D' Baillot, Elab. de Vancoulenrsy op. cit., p
triers, l'un Lombard, Tautre Lorrain, « voient en la riie de sainct Martin aux champs » où ils demeurent, « le mardi devant la saincte croix en septembre » une pauvre femme « entreprinse d'une partie de ses membres », ne bougeant point d'une méchante charrette « et vivant des aumônes des bonnes gens. » Emus de pitié ils acquièrent, de Tabbesse de Montmartre un petit terrain, moyennant la charge de « payer par chacun an cent solz de rente » ; ils y font « faire un mur et sur l'entrée une belle chambre et au dessoubs des bancs à licts. » Au premier desquels est couchée la pauvre femme paralytique. Ce refuge a nom « sainct Julian et sainct Génois » (Du Breul, liv. III).
Quelquefois le mouvement charitable qui entraîne des âmes dévouées aux œuvres se produit à la suite de la parole éloquentç d un prédicateur. A Pavie (1449), un dominicain obtient un succès pareil : « I cittadini Pavesi mossi allora dalle predicazioni e dai consigli del célèbre per carità e dottrina fra Domenico da Catalogna, dell* ordine dei predicatori, volsero Tanimoad erigere un cospicuo ospitale» (Magenta, op, cit., 2* parte, p. 36-37).
On peut aussi former un vœu en cas de danger, témoin ce récit d'une vieille chanson de geste reproduite par Léon Gauthier {La chevalerie, p. 83) :
Et Grifon reclama le roi celestial Et si promet à Dieu le Père esperital, Que s'il puet escapet de chel estour mortal, Que, pour Tamour de li fera un hospital, Ou il hébergera tous povrez quemunal.
C'est ce qui arrive à un pèlerin, revenu de Terre Sainte après avoir couru mille dangers, Jehan Tarlenet, de Dijon. Il fait et édifie (1495) « ung hospital pour hesbergier et recevoir les pauvres de Nostre Seigneur et les malades administrer, en honneur et révérence de Dieu, de sa glorieuse et benoîte mère, Nostre Dame la Vierge Marie et de ses benois apostres saint Pierre et saint Paul et saint Jacques de Galice, desquels sains il est pèlerin, et les a visitez corporelment en leurs églises, à Rome et en Galice, et aussi le Saint Sépulcre de Nostre Seigneur en Jhérusalem,.. fut pris et cruelment emprisonnez et traictiez en péril
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évident d'estre occiz. . . après ce que il ot ferme propos et voé à Dieu et auxdis sains apostres de faire, lui retourné en son lieu, le dit hospital... fut et est du tout délivré. » (Simonnet, op, cit., appendice^ VI, p. xcu).
Une faveur inattendue peut amener im résultat analogue. La tradition rapporte qu'à La Rochelle, au commencement du xui® siècle, un armateur et sa femme n'ayant aucune nouvelle de nombreux bâtiments frétés par eux, tombent dans une profonde misère. Au bout de sept ans les navires rentrent au port chargés d'une très riche cargaison. On recherche les deux époux : Alexandre Auffrédy et Pernelle, ils reconnaissent la main de Dieu dans cet heureux événement et voulant continuer à vivre au milieu des pauvres, se donnent eux et leur fortune recouvrée àaTausmosnerie nove » qu'ils font bâtir. C'est actuellement l'hôpital militaire de la ville.
On rencontre aussi des motifs respectables, bien que moins élevés. A Florence (1385), un opulent banquier, un peu et même beaucoup usurier, interroge sa conscience au moment de la mort, et voulant rendre à Dieu ce qu'il a pris au monde, il fournit les fonds nécessaires à la construction de Thôpital Saint-Mathieu.
L'Italie présente à ce sujet des exemples curieux. L'hospice Saint-Boniface de Florence est érigé, vers 1377, par un condottiere Bonifazio Lupi di Parma. Des mercenaires, agents actifs de toutes les guerres civiles de ce pays, pour expier leurs crimes forment, dès 1318, le dessein d'une œuvre pareille, sans pouvoir réaliser leurs intentions.
Plus heureux sont d'autres soldats allemands de la suite de Henri VII ; ils se mettent, après la mort de ce prince, au service de Pise et ouvrent dans cette cité, en 1330, un établissement portant le nom significatif de : « lo spedale délia Pace » (Passerini, op, cit., p. 216 et 824).
Tous les bourgeois qui veulent créer des œuvres durables ne sont pas toujours suffisamment riches, ils recourent, selon les régions, à des expédients divers, de nature à assurer la perpétuité et le développement de ces institutions.
En France on les voit fréquemment s'adresser è des évêques,
L£S FONDATtOxNS HOSPITALIÈRES 55
des chapitres, des seigneurs, leur demandant de prendre les fondations sous leur haut et puissant patronage. A Beaufort-en- Vallée, les pieux époux Joanneaux, dont nous venons de parler, prient Jean le Maingre, maréchal de Boucicault, et Antoinette de Turenne, sa femme, de vouloir bien se regarder comme les vrais fondateurs de leur maison hospitalière. Dans les contrées du Nord, en Allemagne, on se tourne de préférence vers l'autorité communale.
La majeure partie des fonds recueillis est souvent aussi le produit de souscriptions et de cotisations pour lesquelles les évêques accordent des indulgences. Il est procédé de cette manière en ce qui concerne Thôpital du Saint-Esprit de Hanovre (1256) 2i>.
En Italie, le moyen le plus usité est la constitution d'une confraternité; des concitoyens veulent créer une œuvre, ils se réunissent, recueillent des fonds et atteignent le but désiré.
Ces habitants de Pavie^ dont il est fait mention plus haut, remués par l'éloquence d'un frère prêcheur, n'agissent pas autrement ^.
A côté de ces sociétés, confréries, confraternités, constituées en vue d'une circonstance déterminée, il existe de nombreuses associations similaires établies en vue de multiples intentions religieuses ; toutes exercent la charité et souvent sous la forme hospitalière. Citons entre autres : à Florence, l'hôpital de san Lucia, compagnie delà miséricorde (1283); d'autres asiles dus à la même société (1298); Lospedale del Piccione, confrérie du Saint- Esprit (1332); Lo spedale dei S. S. Filippi c Jacopo, confrérie des sept œuvres de miséricorde (1413) ; Lo spedale di san Hocco^ confrérie du même nom (1508).
Inutile d'allonger cette liste, partout les confraternités agissent de même^; des faits analoques se produisent en Allemagne.
25. Voici quelques fondations Allemandes dues à des particuliers : Gôllingen^ HôpiUl du Saint-Esprit (1293), de Sainte-Croix (1381): Halberstadt, Hôpital Saint-Georges; iVûrn/)cr^, Hôpital du Saint-Esprit (1333) ; hôpitaux de Kitzingen et de Lûneburg (1341-1352). En Alsace, à Strasbourg, un hôpital est fondé (1311) par Jean de Kalbergassen (Uhlhorn, op. cit., p. 205-206).
26. « E perciô dodici dei più ragguardcvoli, addetti segnatamente al collegio dei mercanti, unitisi in società o confra terni la, com' era Vuso di quel tempi... » (Magenta, op. cit.)
27. « Questa confratemita dcUa misericordia pcrtanto a guadagnarsi merito presso Dio, oltre il raunarsi in un oratorio suo proprio per cantare le lodi di Dio
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Les corporations de métiers élèvent également des asiles, affectés plus particulièrement à leurs membres. Telle est Tongine de Thopital des orfèvres à Paris, de celui de Sainte-Barbe à Belfort (vers 1400).
Florence renferme les établissements suivants :
Saint-Jean Baptiste des portefaix (1317); San Onofrio des teinturiers ; Saint-Eloy, des maréchaux ferrants (1435) ; Thôpital des ouvriers en laine (battilani, fin du xiv® siècle).
La cité papale possède la maison charitable des apothicaires ; celle des boulangers (1450-1500).
Le besoin de secourir les étrangers appelés da*ns une ville comme Rome, par exemple-^, donne naissance aux hôpitaux nationaux. Nous signalerons ceux destinés aux Anglais, Flamands, Scandinaves [Spedale dei Gotti), Ecossais, Portugais, Espagnols, Illyriens (Spedale dei Schiavoni), Lombards, Français, Génois, Arméniens, Aragonais, Allemands.
Cette simple énumération est suggestive. Les asiles sont dus au zèle d'évêques, de riches pèlerins, de simples particuliers, touchés de l'abandon de leurs compatriotes ^,
Signalons à ce propos Charles IV qui, lors de son second voyage dans la ville éternelle en 1368, achète, non loin du
c de' santi ed escrcilarsi nelle pratiche délia rclipionc, dovea pur venire in soccorao alla lanpuente umaniià coll' esercitare opère di misericordia e di cariU. E primo pcnsicro di lei fu fondare presso l'oratorio stesso un Ospedale... » (xv* siècle, Molinari, La Mirandola^ op. cit., p. 5). En 14i9, le duc de Savoie se débarrasse de la charge de l'hôpilal Saint-Jacques du pont du Rhône à Genève, et en confie le patronage aux procureurs de la hoile de toutes Ames, institution de bienfaisance fondée parla communauté Genevoise (Chaponnière, op. cit.t p. 221).
28. A Jérusalem on considère que le premier établissement de ce genre remonte au milieu du xi* siècle et est dû à des marchands d'Amalfi, autorisés par le calife d'Egypte. Un provençal, nommé Gérard, parait avoir été le premier gouverneur de cet hôpital que Godefroy de Bouillon [Jrend sous sa protection. Saige {op. cit.) mentionne des libéralités faites en Albigeois à cet asile avant la prise de Jérusalem par les croisés. 11 avait donc une certaine importance.
29. En voici un exemple : « Gentis hospitalitas cwpta Romœ sub Honifacio cjus nominis nono, anno Dom. 1398, caussam dédit: Anglicœ mulieris noctu per Urbem vagantis, a fcris comesœ, indignus eventus, quem tcgrè ferens Joannes Skopandus Anglus, Urbis incola, Praelatos nationales, reliquos que ditioresconvenit, ut huic malo aliqua via mederetur ; conventum inter ipsos, latè disputalum nihil conclusum. ludignabundus Joannes, qui pium se dici vult, exclamât, me auctorem imitetur, ac illico pluribus bonis distractis, domum cot'mit, illam que suppellectile necessaria rcpletam, hospitalitati suie nationis donavit, illi que se et uxorem (quoniam libcris carercnt) totos addixit » (Th. Amydenus, op. cit. y p. 30).
Campo di fiorc^ une vaste maison destinée aux pèlerins pauvres ou malades originaires de la Bohême, de la Moravie et de la basse Silésie. Par suite du malheur des temps, la confirmation du pape date seulement de Tannée 1379^^.
Pour résumer ce chapitre nous pouvons faire, au point de vue de la création de tous ces établissements hospitaliers, une constatation intéressante.
Si, imitant les géologues, on établit une tranchée dans ces alluvions charitables, il est facile de constater trois couches superposées, bien distinctes, sauf certaines infiltrations qui ne changent pas la nature du terrain.
Aux époques de tourmente générale, d'invasions, les évêques peuvent garder dans Tenceinte des cités, les Maisons-Dieu, les Xenodochia, les Aumôneries ; d'un autre côté, les monastères sont les premiers à se relever des ruines accumulées. Les fondations dues à l'Eglise sont donc prépondérantes aux x® et xi® siècles.
Vient ensuite rétablissement du régime féodal. Les possesseurs de fiefs cherchent à améliorer la situation de leurs vassaux; ils ouvrent des asiles, des hôpitaux.
Après les Croisades, le développement des communautés d'habitants, l'extension du commerce, la richesse croissante permettent aux particuliers de s'occuper efficacement de leurs frères soufTraiits. Aux xiv® et xv® siècles, les fondations des bourgeois, des confraternités se multiplient.
Toutes ces créations, si diverses d'origine, puisent leur force dans un même sentiment de foi et d'amour du prochain; c'est ce qui constitue leur unité.
30. Le savant historien Pastor fournit, dans son Histoire des Papes (trad. françaisCf I, p. 254 à 261), de nombreux détails sur ces hôpitaux nationaux.