Saint-Jean (1181), IX
67. Le savant archiviste ajoute : « Etait-on bien nourri à THÔtel-Dieu ? Le pain, le vin, la viande, étaient-ils de bonne qualité? Rien n'autorise à le nier; n'oublions pas, d ailleurs, quau Moyen Age comme aujourd'hui, les hôtes de Thâpital, pour la plupart du moins, savaient par expérience ce qu'est la privation, le morceau de pain dur et sec arrosé d'une gorg^ée d'eau, voire le jeûne absolu : excellente condition pour n'être pas diflicilc et pour apprécier la pitance de la maison » (p. 86).
mentionnées expressément à Jérusalem, Angers, Cambrai, Vernon, Pontoise, Amiens, Lille, Saint-Pol, Tournai, Arras^.
Célestin Port relève dans les comptes de THôtel-Dieu d'Angers des achats faits à la demande de personnes débiles ; il s agit de sardines, ablettes, (( raisins cabatz », d'une demi-livre d'amandes pour un administré « qui est outrageusement malade » [op, cit.^ p. 20).
De nombreux dons favorisent ces allocations. Un chanoine de Troyes (1212) veut que huit poules soient données le jour des morts aux plus exténués et aux plus souffrants. A Saint-Germain-en-Laye (1336), on voit les frères et sœurs de la Maison- Dieu obtenir du roi modification d'une redevance établie sur une vigne afin de pouvoir, sans difficulté, distribuer ses fruits « à aucunes personnes, femmes accouchées ou malades oudit hostel, qui ont volonté de raisins 6^. »
Cette charité inlassable des Maisons-Dieu passe tellement en proverbe que les chroniqueurs en font l'objet de légendes.
Saladin voulant, durant une trêve, éprouver à ce sujet les Religieux de Saint- Jean, se déguise en mendiant ; une fois dans la vaste salle de Thôpital de Jérusalem, il refuse toute nourriture. Les inflrmiers s'ingénient pour trouver les moyens de satisfaire ce malade si difficile. Il déclare qu'il lui faut une jambe du cheval du grand maître, coursier d'un prix inestimable. La charité l'emporte, le cheval est amené; à ce moment Saladin, pensant que Tépreuve suffit, se fait connaître et rend hommage aux serviteurs des malheureux.
Il convient d'éviter toutefois que cette générosité ne dégénère en faiblesse. Dans un sermon adressé à des hospitaliers, Jacques
6K. « mis enim, tam in pane quam in vino et in omnibus cibis, quos poscunt et ci» cxpcdiunt, volumus provideri. Quod auteni petunt sine murmure et sine dilacione queratur : hoc autem fiât illis qui de communibus cibis sumere non possunt » (Angers, IX).
« Et se aucune chose vient ou désir dou malade, on le doit quérir s'on le puet trouver, par si que ce ne soit contraire cose au malade, selonc le pooir de le maison. Et chou doit-on faire parfaitement dusques à dont qu'il soit restaulis en santé » (Cambrai, XIV).
69. Guignard, op. cit., p. xxin; Léon Le Grand, article cité (1898), p. 142-143 ; Donations diverses à l'Hôtel-Dieu de Paris pour la nourriture des pauvres, années 1193, 1204, 1205, 1212, 1225 (Brièle, Cartnlaire, op. cit.).