Loredan Larchey, op, cit., p
55. Léon Le Grand, Statuts^ op. cit., p. 182. « per VIIII dies servctur, et in decimo die coram omnibus fralribus vocetur, et interrogetur si conversatio eorum ei placuerit. Si sibi placuerit, maneat in loco usque ad mortem. Si vero conversatio loci ei non placuerit, pecunia sua ei reddatur et exeat. »
56. Scriptores rerum Danicarum medii œvi coUeg. J. Langebek, 9 voL in-f*>, Hauniœ, 1772-1878, t. VII, p. 97.
278 HWTOWE LE LA *.Ti 4B;TE- DmrETfE rA»TîE. CHAPtnE n
d'urgence rioiemement de tons les ladres sans distinction de fortune ''.
En temps ordinaire la maladie étant dûment constatée les autorité qui provoquent Texamen envoient le ladre à la maJadi^re de s^m domicile. Il faut remarquer ici que nombre de statuts laissent aux lépreux, déjà admis, un certain droit de consultation, lis peuvent alors refuser de recevoir parmi eux le m^zel ou la mezelle qu'on veut leur adjoindre.
I>es documents sont formels à cet égard.
A Voley, les admissions ont lieu de l'agrément des patrons ou d'un délégué de la léproserie 1 171-1 488 : « Ac interventa voluntate infirmorum »* Ulys. Chevalier, op. cit., p. 82-87).
A Genève, le curé ne peut accueillir aucun lépreux sans Tassentiment et la présence du Conseil d'administration et des administrés : ** Von sich ausdurfte der Pfarrer keinen Leprœsen in die Anstalt aufnehmen, hierfùr war die Zustimmung und Anwesenheit der ûbrigen Beamten und der leprœsen Insassen nofthig ^Bùhler, op. cit., p. 28y.
Nul ladre n'est admis à la Maison Saint-Michel de Coutances, sans la présence et la permission de douze bourgeois de la ville et sans Vayrément des malades. Toujours bien entendu après la sentence de TOfficial déclarant que la personne en question est réellement atteinte de la lèpre '*.
Il est difficile de concilier ce privilège avec les pouvoirs des autorités responsables ; on peut admettre que cette faculté accordée aux lépreux déjà internés, n'est pas générale, mais qu'elle demeure concédée à certains établissements importants par des coutumes anciennes, en vue surtout de maintenir une bonne confraternité entre les hôtes de Tasile : « Et cum occasione hujus sit bonum habere consensum infirmorum dicte maladcric, ut quiète vivere valeant inter se. » C'est ainsi que s'ex-
57. Fabrc, Hôp. de Marseille, op. cit., t. II, p. 34. Ch. Goinart,i?(o(f.Saifi(-Qaeii<inoUes, op. ri7., p. 304, cite un mandement du duc de Bourgogne autorisant une femme mariée, 1^'preuse, à demeurer « es faubourg ou en aucuns village (xiv* nièclc). Voir auHHÎ Garnicr, op. cit., p. 35.
5K. Le Cacheux, Essai hisi. sur l'Hûlel-Diea de Contances^ op. cit., 1. 1, p. S05- 20fJ.
l'administration des maladreries. — l'admission des lépreux 279
prime le procès- verbal d'admission d'une lépreuse à Voley,le 25 août 1492 ^s.
Maintenant la constatation de la mésellerie une fois faite, de quelle manière le malheureux ainsi gecté hors de la société estil conduit à Fasile où il doit vivre et mourir ?
Les cérémonies usitées se complètent avec le temps et paraissent recevoir une forme définitive vers la fin du xv" siècle*^ ; elles comprennent trois parties: la procession 6*, la messe, la signification au lépreux des précautions sanitaires qu'il doit observer. •
Les formules des rituels varient dans les détails, selon les régions, mais revêtent partout une forme religieuse et ont pour but de faire comprendre au mesel que s'il est réputé mort quant au monde, il ne se trouve nullement exclu de la communion des fidèles.
Ces cérémonies paraissent à certains auteurs empreintes « d'un symbolisme sinistre et macabre », de nature à augmenter l'horreur qui s'attache aux ladres.
Telle n'est pas l'intention de l'Église.
Il existe encore maintenant d'autres personnes que les lépreux séparées de leur famille, ce sont les religieuses consacrées à Dieu. Or, quelles règles président à la profession d'un certain nombre de ces viciées?
Nous voyons les postulantes revêtues d'habits séculiers, arriver à l'autel entourées de parents, d'amis; le veni creàtor est chanté, l'officiant bénit les vêtements, le voile, la ceinture que doivent porter ces femmes destinées au service de Dieu.
Le Pontife coupe leurs cheveux, place sur leur tête une couronne;
59. Ulys. Chevalier, Essai hist. sur les hôpitaux de Romans^ in-8, 1865, pièces justificatives, n« V, p. 344.
60. « Ces textes (rituels de Reims, de Bourges, d'Amiens, de Chàlons) appartiennent tous à une période relativement moderne et nous croirions volontiers que les cérémonies minutieuses qu'ils énumèrent ne remontent pas à une très haute antiquité » (Léon Le Grand, Maisons-Dieiiy op. cit., p. lxxxvii). Voir aussi Labande. La charité à Verdun, op. cit.. p. 45.
61. « Il .semble que la cérémonie essentielle ait consisté (à l'origine) en une procession, où le clergé et le peuple, au son des cloches, accompagnaient solennellement le lépreux jusqu'à la demeure qui lui était désormais assignée » (Léon Le Grand, Maisons-Dieu^ op. cit.^ p. lxxxvhi).
2«*V î.-*-- .«.-: ift 1.1 j? fcj.-î. — jtnr. 1^:1x1 ?àJrrK. — Sattsc k « fer*'- - 1:1»^ sr-;«?«.j:a iï^tl^c^i:: j** t »^rx znKUtaMÎa^ ^s
4^ . k:iZM^\ jW fr^jD**«î» i*o:»ïr ii^Tt.-*n^ !«* StBicieaF Je rece- TVd* ^r^*-* *p*r:r*«Li* ELI*» ** zr-.'^,^;Tiiszx *aascz^^ ta étestd wmr ^j.^ Q^ "ifkç, '^:-*^'3*.'* t:** ««iiZL«».3t»ai <à» ttt-t nrmmrTTif n :
ks 1'/-^'!JA oi^ p^nr-^T^Af ir=^-.*ir;:*». «^ tocî au coe^zt des ass»-
C>r*t ji*i«nr:at 4 '1^: orir^ <i~:ié«* *fae IXffii** esiprunte les ^ii^ni*:ùt* d* U cér^TR'j&iÇ q:d 4>it sarqser rentra des lêpraix ^us \f:% rr^Udirres oa 1rs cabioes isolées dressée» à leur osa^. II utxj^Xf: hà Doll^ iniKtilion de reodi>c c«s infortonés cMiienx aux tofiU::^. ïïihis bi^D la p^ïki^ dé faire compreiMlre à tons que si les *Ai^Àrs bamams leur échappent ils doÎTent se toumer rers les conv^latioas ^umatareUes.
SiffiA qa<ï l'on paiss<e affinner que les rituels : de sepMrMiione UproM^^rum et ceux : de con.tecrMtîone riryïnam soieot la copie \h%xxxèsA*:% aatres. raoalo^e des situations amène des coinctdence* qu'il est curieux de relever.
!>;« paroissiens se réunissent donc pour conduire à Ti^lise le rri;ilbeureux armché a la vie commune : il entend la messe placé Viuvent. au xV siècle, sous le drap des morts, parfois cette épreuve lui est épargnée. La messe c/e Requiem est fréquemment rernpUcée par une messe du Saint-Esprit, ou un office approprié a la circonstance ^-. composé de lectures consolantes, destinées a donner au ladre courage et résignation*^.
<i2. r'Iv, ('MfvsàVmr. Volcy. op. cit.. p. 33 et «uiv. ancien rituel du diocèse de Vi*rriri" wr* 1 •T'î; ; Biiviiffi:«rp. Verdun, op. rit., p. iî et suiv. ; Breniano, op. cit., p. î»'! '•». ^ijiv. A G'rriev*-, r-tie mo«*e peut être dite à la maladrerie 'Bûhler, op. fil , p. 2^ .
'/l. " Si I K/ïmt: r.i,n%Ht:rni{ par uinr c-rémonie reli^rieuse leur crueUe expulsion t\*: \h * /• l'-t'- flirs viv;ïn!«. f:\\r leur laissait entendre par des formules pleines de rofM /la».iori- fi f\r «iiirriatur'rlles espérances, qu'elle leur gardait une place dans (h MfrrimiiriiorifJe- ««airitf. KIK* ouvrait *ou« leurs yeux la pa^re des saints liTres
l'administration des maladreries. — l'admission des lépreux 281
L'office terminé, le célébrant exhorte le mesel à subir son mal en patience : « mon amy, dit-il, il plaist à Nostre Seigneur que tu soyes infect de ceste maladie, et te fait Nostre Seigneur une grant grâce quant il te veult punir des maulx que tu as fait en ce monde.
« Pourquoy ayes patience en ta maladie ; car Nostre Seigneur pour ta maladie ne te desprise point, ne te sépare point de sa compagnie; mais si tu as patience, tu sera saulvé, comme fut le ladre qui mourut devant Tostel du mauvais riche et fut porté tout droit en paradis. »
Le prêtre bénit les habits du mesel comme lofficiant bénit au xx^ siècle les nouveaux vêtements de la religieuse :
« Vois-tu icy la robe que l'Église te baille en toy deifendani que jamais tu ne porte robe d'autre façon, affin que chascun puisse cognoistre que tu es infect de ceste maladie et affin que Ion te donne plus tost Taulmosne pour Tamour de Nostre Seigneur. »
Il bénit les gants :
« Vois-tu icy des gans que l'Église te baille en toy defTendant que quant tu iras par les voyes ou autre part que tu ne touches à main nue aulcune chose ; mais que tu ayes mis tes gans afin que ceulx, lesquels ne sont point infects de ceste maladie, ne touchent aulcune chose après toy, et que, par le moyen du touchement que l'on feroit après toy. Ton ne fust infect de la maladie. )>
Il bénit l'appareil bruyant que le lépreuir doit agiter (benedictio linguarum lignearum) :
« Vois-tu icy la langue que l'Église te baille en toy defTendant que tu demandes jamais l'aulmone sinon à cet instrument, et aussi te defTend l'Église que jamais tu ne parles à personne si l'on ne te fait parler*^. »
où est contée Thistoire du lépreux qui mourut à la porte du mauvais riche et fut emporté au ciel par des an^s (Prudhomme, Att.pab. k Grenoble, op. cil,, p. 271).
64. Dans certaines localités on conduisait le lépreux au cimetière et on versait sur sa tête, par trois fois, une pelletée de terre. Ailleurs on apportait de la terre bénite que Ton répandait sur le ladre et sur le toit de sa demeure (Brenlano, op. cil., p. 343).
282 HISTOIBE DE LA CHAtlTÉ. DEUXIÈME PAKTIE. CHAPintE H
Enfin soit à VPjgli^ même, soit à la porte de l'asile, le prêtre repré«<eniant de la société'^ énumère an ladre les prescriptioiis sanitaires imposées par les pouvoirs publics et lui fait une obligation de conscience de les observer.
Défense d'entrer dans les églises, lieax de réunicMis, foires, moulins.
Défense de sortir les pieds nus et sans avoir revêtu Thabit des meseaux.
Défense de se laver les mains, le visage, de boire à même les ruisseaux, fontaines, puits communs.
Défense de toucher à aucun aliment exposé en vente avant de lavoir acheté.
Défense de franchir le seuil des tavernes ; le vin fourni doit être versé par le marchand dans le baril du lépreux.
Obligation si le mesel rencontre sur la route quelqu'un qui lui adressa, la parole de se mettre « au dessoubz du vent » avant de répondre.
Défense de toucher les enfants ; de boire et de manger « en aultres vaisseaulx » que les siens.
Obligation par les chemins d*agiter la crécelle ou cliquette afin de prévenir les passants.
Cette cérémonie se termine comme elle commence, par des paroles de réconfort :
" Je te prie, dit le prêtre, que tu prennes en pacience et en gré la maladie et remercie Nostre Seigneur ; car ce ainsj fais, tu feras pénitence en ce monde, et combien que tu soyes séparé de Téglise et de la compagnie des sains, pourtant tu n'es séparé de la grâce de Dieu ne aussi des biens que Ton fait en nostre Mère sainte Eglise. »
Pour conclure on peut dire avec Ch. Gomart [Étud. Saint-Quentinoisen, op. cit,, p. 297) : « Peut-être n y a t-il rien dans la liturgie de plus touchant et de plus solennel que le cérémonial dit HP.paratio leprosoru m y Sivec lequel on procède à la séparation de
rtr». « Cette cérémonie avait toujours un caractère relifrieux et nous ne connais- HoiiH ({ue l'cxfMnple de la léproserie de (xrandpuits, au diocèse de Sens, où c'était le Seigneur (fui présidait à la cérémonie d'introduction du lépreux dans la maladp<*rir »> Léon Lf (iraiid. Ilnlels-Dieu, op. cit., p. uxxxvn).
l'administration des maladreries. — l'admission des lépreux 283
celui que Dieu frappe et que les médecins et chirurgiens reconnaissent atteint de la lèpre, après les épreuves prescrites. « Cette cérémonie annonce au malheureux sa triste destinée avec les adoucissements de la charité, mais dégagée de ces inutiles palliatifs, qui ne changent rien aux maux irrémédiables et qui privent l'âme humaine de la dignité de son sacrifice. »