‹ Histoire de la charité ou de l'assistance publique, en Bourgogne, jusqu'en 1789Chapitre 13 sur 36 · LÉPROSERIE I)E SAINTE-MARGUERITE · texte numérisé non relu

LÉPROSERIE I)E SAINTE-MARGUERITE

Les dons en faveur des lépreux se continuèrent pendant le xm e siècle. On trouve dans les ‘Preuves de l’Histoire de LebeufXe testament d’un chanoine d’Auxerre, qui, en 1226, léguait à cette ville une somme de cent sols. La léproserie n’était désignée alors que sous le nom de Saint-Siméon par les chartes de 1 23 1 et 1296, qui ont été citées plus haut. Mais, avec de si puissantes ressources, on éleva près de la fontaine de Sainte-Marguerite de vastes bâtiments pour y entretenir un nombre considérable de malades, sous la direction d’un préposé, nommé probablement par l’assemblée générale des habitants, et qui avait le titre de maître, gouverneur et administrateur, et une vaste chapelle qui eut son chapelain spécial. C’est de ce moment qu’elle prit le nom de Sainte- Marguerite. Pendant longtemps l’administration de cette maison avait été fort laborieuse, à raison, tant du grand nombre des malades, que de l’importance des propriétés à faire valoir et des revenus à recevoir. Mais trois siècles après, la gravité et la contagion de la maladie ayant subi un très grand décroissement, la quantité des malades se trouvait considérablement diminuée. Ils n’étaient plus qu’en petit nombre, et en même temps les revenus de l’établissement avaient subi une énorme diminution. (1)

Nous avons eu sous les yeux les comptes des préposés à

(1) Cependant, la léproserie avait des biens domaniaux très étendus donnés à bail à divers propriétaires d’Auxerre ou des environs. (Archives de l’Hôtel-Dieu, série H. § II.

la léproserie de 1440, 1441, i486 et 1 5 s 5 , que nous avons trouvés dans les archives du département. Dans le premier il y a quatre maisons à Auxerre, mais elles ont été autrefois données à rente, et ne rapportent ensemble que quatre livres quinze sous ; deux jardins, dont un sou et huit deniers, et l’autre rien, parce qu’il est en désert et abandonné par le preneur; deux fermes, l’une à Champigny et l’autre à Montboulon, ne donnant aucun revenu, cette dernière a quatre-vingts arpents, mais ni l’une ni l’autre ne rapportent rien, parce qu’elles sont en déserts et buissons. Le reste des biens ne se compose plus que de vingt-sept pièces de prés et terres, sur les territoires d'Auxerre, Jussy, Champs, Escolives, Coulanges-la-Vineuse, Gurgy et autres, dont sept sont en désert, et le revenu total de l’année n’est que de 22 livres 5 sols 6 deniers, y compris 2 1 sols pour les offrandes et les aumônes. La livre, à cette époque, représentait environ 3o francs d’aujourd’hui, c’était, donc la valeur de 665 ' francs, de notre monnaie d’aujourd’hui, qu’encaissait l’administration de la léproserie, aussi ne contenait-elle plus qu’un seul lépreux.

Au reste, chez nous comme ailleurs, le désordre se continuait dans l’administration. Le roi François I er publiait alors une ordonnance qui portait :

« Pour remédier au grand désordre, qui de présent, est aux maladreries et léproseries fondées d’ancienneté en notre royaume, tant de nos prédécesseurs, rois, ducs, comtes, barons et autres seigneurs, qui par plusieurs autres bons dévots et fidèles chrétiens, villes, chapitres et communautés dont les fondations ont été interverties, les titres et chartes

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perdus ou dérobés, les biens et héritages aliénés et autres intinis abus ».

Le roi confie en conséquence à son Grand-Aumônier la direction de toutes les léproseries, pour ordonner quel nombre de lépreux chaque maladrerie pourrait recevoir et substanter et leur remettre des lettres ou bulletins, au moyen desquels ils pourraient s’y faire recevoir.

Une seconde ordonnance de la même année prescrit aux gouverneurs et administrateurs d’exhiber les titres de fondation et de rendre leurs comptes devant le plus proche juge du lieu et enjoignant aux parlements d’examiner les titres des prétendus titulaires, et de leur taxer leurs revenus, pour le surplus être distribué aux pauvres et consacré à leur entretien.

Ces sages mesures arrivaient malheureusement trop tard pour la léproserie de Sainte-Marguerite, car, en 1 555 , un « commissaire au régime et gouvernement des revenus de cette maladrerie », ne trouvait, en entrant en fonctions, qu’un revenu de 60 à 70 francs, et par ce motif demandait à être relevé de cette charge.

Les troubles et les guerres de religion, survenus peu après, et qui se prolongèrent près de quarante ans, ne permirent pas de remédier à ce triste état de choses. Ils favorisèrent au contraire l’impunité et la considération de tant d’usurpations et de fraudes, qui avaient ruiné de fond en comble un établissement si riche autrefois de possessions et de revenus. Les documents de cette époque signalent, entre autres scandales, qu’une grande partie de ce qui restait de titres avait été conservée et détournée par d’anciens

administrateurs, par des notaires, par des avocats, qui avaient perçu pour leur compte particulier, les fruits, intérêts et revenus, et qui niaient opiniâtrement leur vol, se refusant à toute restitution.

Bientôt intervinrent des lettres patentes du roi, de l'année 1625, qui réunissaient les biens de la léproserie à ceux de l’Hôtel-Dieu d’Auxerre, aux conditions de reconstruire la chapelle et d’y faire célébrer l’office, de réparer les bâtiments, d’y loger et entretenir les lépreux de la ville, où, s’il n’y avait pas de lépreux, de payer au ‘receveur des hospices et charités du royaume, une somme de cent livres par année, et enfin à la charge de loger et nourrir convenablement, sa vie durant, l’administrateur Jean de la Rente, ou de lui assigner une pension suffisante.

En exécution de cet ordre, et en attendant les réparations des bâtiments, on payait des pensions aux lépreux dans leurs domiciles. Mais de nouveaux et étranges abus se glissèrent dans ce régime. C’est que des pensions étaient frauduleusement concédées à des personnes qui n étaient nullement atteintes de la lèpre, et que même il arriva, qu’après la mort de certains lépreux, leurs pensions continuaient à être touchées par des gens qui prenaient leurs noms. Lorsque ces monstrueuses fraudes eurent été constatées, on se décida à réparer les bâtiments, et des lépreux rentrèrent à Sainte- Marguerite. Il y en avait huit en i 655 , et il en restait deux en 1672, lorsque survint une grave et générale modification dans le régime de cet établissement.

Par un édit promulgué au mois de décembre de cette année 1672, Louis XIV transférait à 1 Ordre de Notre-Dame

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du Mont-Carmel et de Saint- Lazare de Jérusalem, « l’administration et la jouissance générale, perpétuelle et irrévocable de toutes les maisons, droits, biens et revenus de toutes les maladreries et léproseries du royaume, pour en être formé de commanderies, desquelles le roi aurait l’entière et libre disposition, en faveur des officiers et soldats de ses troupes, qui se feraient admettre dans ledit Ordre, et sur icelles y affecter toutes pensions qu’elles pourraient et devraient porter, pour en gratifier d’autres officiers, et y prendre les deniers nécessaires pour aider et subvenir à l’entretènement des hôpitaux des armées et places frontières, où seraient reçus tous les officiers et soldats malades, le roi ayant jugé cette application plus conforme aux intentions des fondateurs des lieux pieux, alors qu'il n’y avait presque plus de lépreux dans le royaume ».

Il ordonnait d’ailleurs « que ceux qui se trouveraient encore atteints de cette maladie, seraient logés dans un même lieu et entretenus aux dépens dudit ordre, suivant l’institution d’icelui ».

Un nouvel édit du mois de mars i6q3, portait « désunion de l’ordre de Notre-Dame-du-Mont-Cannel et de Saint- Lazare-de-Jérusalem des maladreries et léproseries qui y avaient été unies par l’édit du mois de décembre 1692, » c’est-à-dire la restitution de ces établissements et de leurs propriétés aux représentants de leurs fondateurs, et aux hôpitaux auxquels ils avaient été précédemment réunis légitimement et sans fraude. L’Hôtel-Dieu d’Auxerre prit donc possession de ce qui restait des domaines de la léproserie de Sainte-Marguerite, et il se peut que quelques

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parcelles de ses possessions d’aujourd’hui proviennent encore de cette origine.

Au commencement du xvn e siècle, il y avait encore quatre lépreux à Auxerre. La léproserie cessa d’exister vers la fin du xvii c siècle et ses biens furent transférés à l’hospice par le grand édit de Louis XIV, qui supprima toutes les léproseries de France et ordonna le transfert des quelques lépreux qui pouvaient exister encore en France à la grande léproserie de Saint-Mcsmin près Orléans.

Si nous jetons un coup d’œil sur les villes et les bourgs de l’arrondissement d’Auxerre, nous voyons que la plupart ont marché sur les traces de leur chef-lieu d’arrondissement en faisant construire des asiles pour les lépreux.

Saint-Florentin

Sur l'emplacement de la ferme actuelle de la maladrerie située à un kilomètre de Saint-Florentin, existait autrefois un hôpital destiné aux lépreux. A quelle époque cet établissement fut-il fondé? Il serait difficile de fixer une date précise. Tout ce qu’on peut dire, c’est que, d’après une charte de l’abbaye de Dilo, la léproserie de Saint-Florentin remonte au-delà de l’année 1184.

La même obscurité qui empêche d’assigner une date certaine à la création de la maladrerie de Saint-Florentin se rencontre quand on recherche comment et par qui cet établissement fut fondé. Toutefois, à envisager la double

suprématie qui s’étendait sur lui, on serait tenté de supposer

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qu’il fut à la fois l’œuvre de la ville de Saint-Florentin et de l’un des seigneurs dont releva cette dernière. Par là, s’expliquerait le droit qu’avaient concurremment le seigneur et la ville de surveiller la léproserie et d’instituer le ^Maître ou Gouverneur qui la dirigeait.

Dès l’origine, ou du moins aussi loin que l’on puisse remonter, la maladrerie dut occuper un espace assez vaste, recouvert de bâtiments de diverse nature ; ainsi l’exigeaient à la fois sa destination, son service hospitalier et le mode de son administration. D’abord, cet hospice était ouvert aux malades des deux sexes ; il fallait nécessairement des logements distincts pour les ladres et pour les ladresses. En second lieu, nous savons que l’établissement était desservi par des frères et par des Sœurs : autre nécessité donc de bâtiments séparés pour les uns et pour les autres. Selon toute vraisemblance aussi, il y avait une église pour les religieux et pour le public, et une chapelle pour les malades. Enfin il est constaté que les frères élevaient des bestiaux et se livraient à la culture : il fallait par conséquent des étables et des granges. De nombreux dons particuliers, au reste, vinrent successivement accroître les dépendances de la maladrerie. C’est de la sorte que se formèrent les fermes (on disait alors granges) de Beauvais et de Renard, qui appartenaient alors à la léproserie.

La maladrerie était exclusivement destinée aux lépreux, et l’on n’y admettaient que ceux qui étaient natifs de Saint-Florentin.

Le service était fait, nous avons vu, par une communauté de frères et de sœurs , qui vivaient sous un chef qualifié

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maître , garde ou gouverneur de la léproserie. Ces frères et ces sœurs ne faisaient pas de voeux, de voeux perpétuels au moins, et étaient libres de se retirer quand il leur convenait. Quelques-uns des frères étaient prêtres; ils faisaient l’office des chapelains de l’établissement. Selon toute apparence, il existait deux classes de frères et de sœurs ; les conventuels , qui appartenaient à des familles nobles ou bourgeoises, et les laïcs ou convcrs qui sortaient de familles d’artisans, voire de serfs. Les frères conventuels étaient préposés à la surveillance de l’intérieur, au service du culte et à l’inspection des fermes ; les sœurs de la même classe étaient chargées des menus détails du ménage et du soin des malades. Les frères corners , eux, s’occupaient de la culture des terres et de l’élevage des bestiaux; les fermes de Beauvais et de Renard étaient exploitées par leurs mains. Quand aux sœurs converses, elles étaient employées aux gros ouvrages tant de l’intérieur que de la basse-cour, et faisaient auprès des malades le service le plus pénible. — Les religieux de la première catégorie devaient, en entrant à la maladrerie, apporter leur lit et leur huche, et fournir leur nourriture, à moins qu’ils ne fissent un don à l’établissement pour y suppléer.

On sait aussi déjà que les maîtres ou gouverneurs étaient institués conjointement par le seigneur de Saint-Florentin et par la ville. Au maître seul revenait l’administration que l’on pourrait appeler courante ou ordinaire, laquelle ne comprenait que les détails journaliers, la recette et la dépense. L’administration générale, au contraire, qui embrassait les affaires importantes, telles que acquisitions, baux à vie,

aliénations, échanges, procès, transactions, etc., reposait entre les mains du maître et de la communauté toute entière. Aucun acte relatif à cette dernière espèce d’administration n’était valable qu’autant qu’il avait été consenti par la majorité. Aussi longtemps que dura un tel mode d’organisation, la situation de l’établissement fut florissante. Indépendamment des fermes de Renard et de Beauvais, la maladrerie possédait un moulin (appelé moulin de Nuisement); elle avait dans plusieurs quartiers de Saint- Florentin, des maisons dont la location était productive; droit de pâture lui était acquis sur les territoires d'Avrolles, Chéu, Vergigny et Rébourseaux; chaque année, le jour de la Saint-Siméon, se tenait aux portes même de l’établissement une foire dont la maladrerie percevait les droits..., droits si inflexibles que les habitants de Saint-Florentin mêmes étaient obligés de payer le minage, quoiqu’ils en fussent exempts aux foires et marchés de la ville, et que la maladrerie se trouvât sur le territoire de Saint-Florentin ; par un autre privilège de même nature encore, la maladrerie avait, à chacun des marchés de la ville le droit de salage, c’est-à-dire qu’elle percevait une levée ou havée de sel sur chaque personne vendant à eslail et destail.

Mais la prospérité de cette maladrerie ne fut pas de longue durée. Leroi Philippe-le-Long, en i3ai, fit confisquer le bien de plusieurs léproseries. Si la maladrerie de Saint-Florentin ne fut pas victime de cette mesure de rigueur, elle en ressentit néanmoins le contre-coup. En i 332 , son mode d’administration subit une transformation qui amena rapidement la ruine de l’établissement. A cette époque, en

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effet, la maîtrise qui jusque-là avait été conférée à un frère, toujours présent sur les lieux, obligé de rendre chaque année des comptes minutieux au seigneur et à la ville, exposé en cas de négligence ou de malversation, à être aussitôt destitué..., la maîtrise fut changée en une sorte de commende et donnée à titre de bénéfice. Les nouveaux Maîtres , toujours éloignés, sans antre souci que de tirer de leur charge le plus grand profit, se contentèrent d’avoir à Saint-Florentin des agents pour faire leur recette et la leur envoyer. Un tel état de choses ne tarda pas à porter ses fruits. En 1484, on voit la ville (qui, malgré la transformation subie par les maîtres, n’avait pas été destituée de tout droit sur la maladrerie) se plaindre que les trois quarts des biens étaient perdus et que tous les bâtiments des fermes étaient en ruines. Si prompt et si complet fut l’appauvrissement du domaine, qu’au bout d’un siècle la maîtrise de la Maladrerie devint morceau trop maigre pour les appétits des gens de cour; elle ne fut plus recherchée que par des gens d’affaires et des financiers, qui mordirent eux-mêmes à belles dents dans les restes du festin.

A ces causes générales de désastre s’était joint un évènement dont les conséquences devaient être spécialement funestes pour l’établissement hospitalier proprement dit. En i 356 , les Anglais s’étant avancés pour mettre le siège devant Saint-Florentin, les habitants résolurent de détruire tous les édifices de quelque importance, situés en dehors des remparts, qui pouvaient servir d’asile ou de position à l’ennemi. Au nombre de ces édifices se trouva la Maladrerie. Les maîtres qui se succédèrent depuis la destruction de 1 établis-

sement, n’eurent garde d’employer une partie de leurs revenus à rétablir petit à petit les anciennes constructions. Maintes fois la ville les poursuivit à cet effet; presque toujours ce fut en vain. Tout ce qu’elle put obtenir, ce fut le relèvement incomplet de l’église et la construction de quelques petits bâtiments qui ne rappelaient guère l’ancien édifice. Par suite de ce mauvais vouloir des bénéficiers, les religieux ne purent revenir s’installer à la maladrerie, qui, dès lors, perdit son caractère primitif. On constate seulement, de distance en distance, la présence isolée sur le sol de l’ancienne léproserie, de ladres ou de malades réputés tels, qui y avaient été relégués. Leur installation, était si défectueuse, la surveillance qu’on exerçait sur eux si relâchée, qu’en 1464, uneladressepritlafuiteetnefut point réintégrée : une sentence de la mairie de Saint-Florentin, rendue à la poursuite des marguilliers, condamna seulement cette malheureuse à ne pas fréquenter les gens sains, à peine de 5o francs d’amende. En résumé, à partir de la fin du xrv” siècle ou du commencement du xv c , la Maladrerie ne fut plus qu’une simple ferme..., ferme d’un si mince produit, qu’en 1416 elle ne put être louée que 6 livres, par un bail de douze ans, avec les terres et prés qui l’entouraient. La ville, au reste, attachait si peu de prix à la possession de cette ferme, qu’en 1620, elle l’offrit à des capucins qui étaient venus prêcher une mission à Saint-Florentin, pour y établir un couvent de leur ordre. Les capucins acceptèrent; mais ne trouvant pas 1 installation convenable, ils abandonnèrent cet emplacement pour aller se fixer dans une vaste propriété située dans la partie nord-est de Saint-Florentin.

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En même temps que les maîtres laissaient dépérir les biens de toutes sortes, terres, moulins, fermes, qui constituaient le domaine de la maladrerie, ils s’efforçaient de réduire les charges qui incombaient à cet établissement. Dans les temps qui suivirent la retraite des Frères, le maître ne fit plus dire que deux messes par semaine à la Maladrerie ; un peu plus tard, il n’en fit dire qu’une seule. Par un arrêt en date de i583, la Maladrerie se fit décharger du paiement des charges du maître d’école, qui jusque-là était pris sur ses revenus. Les maîtres ne purent, il est vrai, s’exonérer du paiement des missionnaires qui venaient prêcher à Saint-Florentin pendant l’Avent et le Carême; mais en revanche ils trouvèrent le moyen de mettre au compte des locataires des fermes attachées à l’ancienne léproserie, certaines redevances auxquelles ils ne pouvaient se soustraire. C’est ainsi que dans un bail à vie de la ferme de Renard, du i3 avril i5p7, on voit la condition, imposée au preneur, de fournir chaque année : i° huit pintes d’huile poulies lampes de l’église paroissiale ; 2° les gâteaux aux enfants de choeur et le déjeuner aux gens d’église et aux notables qui allaient, le lundi de Pâques, en procession à la Maladrerie, ou de payer la somme de cent sols ; 3° de livrer le jour de la Saint-Nicolas de mai, aux gens de justice de Saint-Florentin, un veau qu’ils avaient coutume d’aller quérir à la Maladrerie, au son du tambourin, ou de leur payer 60 sols.

Par un édit rendu en décembre 1672, Louis XIV ayant uni à l’ordre de Notre-Dame de Mont-Carmel et de Saint- Lazare de Jérusalem, les maladrerie!, léproseries, hôpitaux

et autres lieux pieux où l’hospitalité n’était pas exercée, la Maladrerie de Saint-Florentin devint une commanderie.

On sait qu’en 169.3, Louis XIV retira les raaladreries à l’ordre de Saint Lazare, et les donna momentanément à régir aux intendants des provinces.

Enlin, deux ans plus tard, le domaine de la Maladrerie de Saint-Florentin fut rendu à sa destination première, c’està-dire à l’entretien et au soulagement des malades ; un arrêt du conseil privé du roi, du i 5 avril 1696, le rattache à perpétuité à l’ Hôtel-Dieu de Saint-Florentin.

Appoigny

Cette ville avait également une maladrerie, mais elle disparut, vers 1 32 1 , sous le règne de Philippe-le-Long, qui, non content de faire brûler un grand nombre de lépreux comme sorciers, détruisit une quantité de léproseries et d'hôpitaux, et confisqua leurs biens, mais l’hôpital et la léproserie furent rétablis peu après pour disparaître de nouveau vers 1660.

Enfin, par arrêt du conseil du 29 mars 1697 et lettrespatentes du roi, il fut ordonné que l’hospitalité serait rétablie pour les pauvres malades de la ville d’Appoigny et, à cet effet, que l’hôpital qui serait rétabli jouirait des biens de la maladrerie et de ceux de l’ancien Hôtel-Dieu du dit lieu, mais cet arrêt ne fut point exécuté. '

Cr ‘avant

Signard, 89 e évêque d’Auxerre, les vicaires généraux firent le 21 juin 1476, collation de léproserie de Gravant à Germain de Tangy, chanoine, mais elle tomba bien vite, car au xvn e siècle, ce n’était qu’une masure dont le revenu n’était que de 8 livres et qui appartenait au grand aumônier.

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La Maladrerie de Chablis était située au faubourg de ce nom, du côté du pont. Ce faubourg n’avait plus, au xvm e siècle, qu’un petit nombre de maisons.

Ce n’est pas seulement à Auxerre que les lépreux trouvèrent un asile pour les recevoir : les villes et les bourgs du département de l’Yonne se firent un honneur d’exercer la charité à l’égard de ces infortunés. Chaque ville, chaque bourg eut, à peu d’exception près, sa léproserie ou sa maladrerie. Au reste, cela ne doit pas nous étonner : car les rois, au Moyen-Age, encourageaient l’assistance publique de toutes les façons. Ainsi, Voltaire (1) nous dit à propos de Louis VIII : « Le testament de Louis VIII mérite seulement quelque attention ; il lègue cent sous à chacune des deux mille léproseries de son royaume ». Joinville (2) à son tour, nous dit de Saint-Louis : « Il fesoit donner aus poures esglises, à maladreries, à mesons Dieu, à hospitaulz et à poures gentilz hommes et gentilz femmes ».

Avallon

Les textes des écrivains nous montrent que la léproserie

(1) Voltaire : Essai sur les mœurs, 41.

(2) Joinville, Histoire de Saint-Louis , 293.

d’Avallon était antérieure à 1216. Nous pouvons en faire l’histoire d’après les comptes de la ville d’Avallon ; mais ces comptes ne remontent que jusqu’à l’année 1608, et encore avec quelques interruptions.

Nous lisons, par exemple, dans ce compte :

1408. — (1) A Jacques le Mue de Saulieu « pour la visitacion de Guillaume, infait (infecté) de mesalerie, « 33 sols 9 deniers ».

Les comptes font défaut de 1416 à 1428 et de 1430 à 1435.

1438. — A Hymbault Muzard, qui est allé « à Ostun quérir mandement pour éprouver ladres » 12 gros.

D'Avallonà Autun, le voyage pouvait exiger cinq ou six jours : c’était pour le messager, 2 gros ou 5 blancs par jour. Nous voyons que chaque expérience ou épreuve exigeait un mandement particulier et nominatif.

i j 38 . — La ville donne acompte 17 francs, en deux saluts d’or, à maître Pierre « le phizicien », pour avoir éprouvé Pierre Saige et autres, soupçonnés d’être ladres.

AJacot le Boiteux, barbier, pour avoir assisté le phyzicien, 9 gros.

Pour une pareille somme, relativement considérable, il fallait, où que les soupçonnés fussent nombreux ou que le « phizicien » vint de loin. Les deux circonstances ont dû se présenter concurremment. L’épreuve a été longue et solennelle ; elle a évidemment duré plusieurs jours, et l’article suivant montre que les échevins et d’autres personnes notables ont fait, suivant l’usage pratiqué alors et depuis,

(1) Pour tous les articles commençant ainsi, le mot payé est sous entendu.

quelques dépenses chez « l’hoste » soit l’équivalent de 20 pintes de vin, la pinte valant alors io deniers.

Dépense de Jehan de Mauvoisin, Pierre de Praelles et autres bourgeois, en faisant ladite épreuve, io gros.

Le jugement est prononcé, le pauvre Pierre Saige doit être « jecté » mais la commisération publique va le suivre, et voici de quelle manière.

A Pierre Saige, pour trois aunes un quart de drap gris, « quant ledit Pierre Saige fut gestez, i 5 gros ; — à Clément le couturier, pour la façon du « tabart » dudit Pierre Saige, 2 gros ; — audit Pierre, pour « une paire de ganz, ung antonneur et ung barry, i gros ; — pour une besace, une tartevelle de bois et une écuelle, 5 blancs i double.

Quelles précautions et quelles marques de compassion en même temps ! Si la tartevelle doit prévenir le public du passage du pauvre lépreux, « l’antonneur et le barry » témoignent de leur côté que le vin de l’aumône ne lui fera point défaut, les « ganz » étant une garantie.

1441-42. — A maître Pierre Saulnier, phizicien d’Autin, venu à Avallon pour éprouver Jean Carré et autres, soupçonnés d’être ladres, 4 francs 6 blancs.

Il y a également, à cette occasion, un mandement de l’évêque pour jeter « ladres hors du siècle ».

1443-44. — On paie la pension habituelle pour la femme Jehan Ligeon, laquelle fut « jectée ladre ».

Le lépreux n’était pas malade alité, il vaquait lui-même aux soins de son ménage, à la maladière, et de sa personne; on lui délivrait sur les revenus spéciaux, une pension mensuelle déterminée.

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De i5oo à i 52 i, il y a une lacune dans les comptes, mais les mentions reparaissent en i 525 pour se continuer à des intervalles plus ou moins éloignés, aux comptes de la maladière particulièrement.

Il serait aussi inutile que fastidieux de chercher à poursuivre une énumération déjà longue. A la fin du xvi° siècle et pendant le xvn 8 la lèpre devint de plus en plus rare, et, dans cette dernière période, il arriva assez souvent à la Maladière de rester sans pensionnaires. En 1696, les maladières furent réunies aux hospices, et en 1700 ou 1701, la ville d’Avallon, qui était propriétaire de la Maladière et non le Roi , en attribua le revenu, à titre d’indemnité, aux P. P. de la Doctrine, qui dirigeaient son collège. Ce fut le commencement des vicissitudes diverses et de longs procès contre des concessionnaires ou des pensionnaires du roi, contre la grande aumônerie de France, qui allouait des secours sur le revenu de la Maladière, revenu modeste de trois à quatre cents livres au plus, et cependant si convoité de toutes parts !

Nous parlions tout à l’heure des pensionnaires de la Maladière. Comme les lépreux restaient la plupart du temps valides et qu’ils n’étaient relégués que par crainte de la contagion et par suite de la répulsion qu’inspirait leur maladie, ils demeuraient isolément dans les chambres qui leur étaient assignées, et il résulte, pour A vallon, de quelques indices assez vagues, qu’ils pouvaient cultiver un jardinet dans leur enclos. On leur payait une pension mensuelle, au moyen de laquelle ils devaient pourvoir à leurs besoins, et trois ou quatre articles des comptes montreront à quel taux s’élevait cette pension.

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1 534 - — Un article de compte parle qu’on paie à chaque lépreux de la Maladière 4 livres par mois et 5 sols d’aumône chaque dimanche, du I er mai au I er septembre, période pendant laquelle l’entrée de la ville lui était interdite.

Les chaleurs faisaient-elles redouter la contagion ou la maladie était-elle plus répugnante à cette époque de l’année? L’aumône de 5 sols représentait, sans doute, la somme des aumônes que chaque lépreux aurait pu recueillir dans la semaine, vêtu de son labart, pourvu de ses gants et de son baril et armé de sa tartevelle. Et si la mendicité leur était tolérée, c’était, tout porte à le croire, que la pension ne permettait que bien faiblement de parer aux plus impérieuses exigences de la vie.

1647. — Il y avait encore une lépreuse à la Maladière, et on lui allouait 64 livres 12 sols par an avec aumône de 5 sols tous les dimanches, de mai à septembre. Plus tard encore, des malades étrangers à Avallon, pourvus d’une pension par la Grande Aumônerie sur la Maladière, devaient recevoir annuellement 72 livres.

j 582. — On paye à « Loys Mynard, lépreux de la léproserie d’ Avallon, pour luy avoir et achepter du boys pour son chauffaige en ladite léproserie, 20 sols. » En j 554, deux lépreux reçoivent 40 sols pour le même objet.

Cette somme sera trouvée à peu près suffisante, si 1 on îemarque, comme nous le verrons, qu’en 1687, un char de charbon, rendu à la Maladière, ne coûtait que six livies.

Si l’histoire de la Maladière, dont nous parlions tout à l’heure, existait, elle nous aurait appris que les malheureux « gectie\ hors du siècle en la maladière » n étaient point

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