‹ Histoire de la charité ou de l'assistance publique, en Bourgogne, jusqu'en 1789Chapitre 14 sur 36 · DT · texte numérisé non relu

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dépourvus des secours spirituels, car, chaque dimanche, la messe était célébrée chez eux, en leur église, qui était placée sous le vocable de Saint-Nicolas.

Est-ce à dire que les lépreux fussent nombreux dans la Maladrerie d’Avallon? Non, voici le relevé des lépreux dont font mention les comptes de 1447 à 1480.

1447. — Une femme.

1455. — Un homme et une femme.

1457. — Deux hommes, l’un royer, l’autre maréchal.

1460. — Un homme.

1466. — Un homme.

1469. — Une tille.

1480. — Deux femmes.

Si nous passons à l’étude des divers bourgs et villes de l’arrondissement d’Avallon, nousvoyonsqueplusieursavaient leur léproserie.

Annéot

Ainsi, à Annéot, petit village de soixante habitants du canton d’Avallon, il existe à côté du château qui est du xvii c siècle, une maison du xv c siècle que l’on appelle la léproserie.

M ontréal

A Montréal était la léproserie de Saint-Barthélemy dont l’origine remonte aux Croisades, et qui fut fondée par les sires de Montréal au xii“ siècle. La chapelle était située près du pont de Montréal dans un champ dit : Pré de la Favie ;

Chapelle de la Maladrerie Saint-Barthélemy près Vézelay (xm c siècle)

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Sceaux

De même au hameau de la Maison-Dieu, localité dépendant de Sceaux, on voit encore les restes d’une petite chapelle dépendant d’une léproserie fort ancienne.

Vézelay

Vézelay avait également sa léproserie: nous connaissons très bien l’endroit où elle était située, mais les comptes de la ville, qui ont été égarés, ne nous permettent pas de faire son histoire.

Si l’on suit, en sortant de Vézelay, l’ancien grand chemin conduisant à Lormes par Neuf-Fontaines (Nièvre), on arrive dans un étroit vallon : on monte le versant opposé en laissant le hameau de l’Etang, un peu à droite ; bientôt on arrive vis-à-vis d’une ferme isolée, bâtie sur le penchant d une colline couverte de bois. C’est ici la ’îMciladrene , fondée au xm e siècle. On y voit les ruines d’une grande chapelle (i), mais surtout une vaste salle souterraine voûtée, soutenue par quatre belles colonnes isolées à grands chapitaux largement profilés. De forme carrée, cette salle qui a plus de i5 mètres de largeur est taillée à moitié dans le massii

(i) Voir le dessin représentant la chapelle.

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rocheux de la montagne. D’autres caves subsistent encore, mais l’entrée est murée depuis de longues années. De la Maladrerie on découvre parfaitement Vézelay.

Nous savons cependant, d’après une charte de l’an ii3p, copie d’une transaction entre frère Albéric, abbé de Vézelay et les bourgeois dudit lieu, que la léproserie et son église dépendaient de l’église de Vézelay, Voici ce qu’on lit en effet dans cette charte :

« Item dictum est qnod liberi homines possint de rebus « suis , tcim mobilibus quam immobilibus, leprosis « convenienter dimittere, suivis tamen per omnia Abbalis « et Ecclesie consueiudinibus. Leprosi vero terras suas et « ædificia quœlibet sibi relicta non possunt hominibus « aller ms Poteslatis aut vendere aut wadiare (i) Hoc « autem ideo concessum est quia leprosi et Ecclesia eorum « proprie pertinent ad Ecclesiam Vizeliaci. Aliis vero « Ecclesiis nihil omnino de œdificiis suis relinquere « possunt. »

11 fut dit que les hommes de condition libre pourraient sur leurs meubles ou leurs immeubles, faire des dons aux lépreux, à condition de le faire avec discrétion et en gardant par-dessus tout les coutumes de l’abbé et de l’église; mais que les lépreux ne pourraient ni vendre, ni engager à des individus d’une autre poté ou seigneurie les terres, ni les maisons qui leur auraient été laissées. Cette faculté de donner aux lépreux n’a été concédée qu’à raison de ce que les lépreux et leur église appartiennent en propre à l’église

Salle voûtée de la Malad rerie Saint-Barthélemy fondée au xm e siècle.

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Vézelay.

de Yézelay (i). Mais il n’est permis aux personnes de condition libre de disposer de quoi que ce soit de leurs maisons en faveur d’autres églises.

En 1695, un arrêt réunit à l'Hôtel-Dieu de Clamecy la Maladrerie de Vézelay sur laquelle l’Hôtel-Dieu voulait faire valoir ses droits. Yézelay réclame en vain cette propriété : ses prétentions étaient fondées sur ce que le village d’Armes, où cette léproserie était située, était une paroisse de son élection. Clamecy prétendait au contraire que cet enclos était son climat et que cet ancien hôpital avait été fondé et bâti par les comtes de Nevers, seigneurs de Clamecy. La difficulté fut tranchée en faveur de cette dernière ville, par un arrêt du 10 juin 1695, et l’on réunit ainsi à son Hôtel- Dieu deux autres maladreries dont l’ime était située à Druyes (Yonne).

Si nous passons à l’arrondissement de Sens, nous voyons, que Sens, le chef-lieu, avait également sa léproserie qui était en dehors de la ville. On connaît très bien sa situation.

Saint-Clément (près Sens)

A peu de distance du village de Saint-Clément, la route qui a emprunté jusqu’ici le grand chemin de Bray-sur-Scine, fait un coude et laisse à gauche la ferme de Popelain, bâtie sur l’emplacement d’une léproserie fondée au xn e siècle et réparée en i58o, ainsi que l’indique, au «.petit peuple »; mais plus tard, à l’époque des guerres civiles, elle fut dévastée, et les bâtiments en furent restaurés à la fin du xvi c siècle.

(1) Voir le dessin ci-contre, représentant la salle voûtée de la Madeleine de Vézelay.

Ohéroy

Il y avait également une léproserie à Chéroy; nous voyons par les comptes de la ville du xvii c siècle et du xvm e siècle quelle était son importance. On lit, en effet, dans ces comptes : La chapelle de Saint-Marc, ancienne léproserie de Chéroy, fut unie à l’Hôtel-Dieu de Pont-sur-Yonne, par arrêté du conseil en 1695; les terres de cette léproserie consistent en 24 arpents, savoir : 16 arpents, lieudit la Maladrerie et 8 arpents, lieudit le Poteau, et sont affermés par bail emphythéotique de 1751, à Claude Guillaume, dit Capucin., à raison de 25 sols l’arpent, moyennant la somme de 3 o livres.

Joigny

A Joigny furent établies de bonne heure les léproseries de Saint-Jacques et de Saint-Antoine. Tout ce que nous savons sur ces deux institutions, c’est que la maladrerie de Saint- Jacques fut fondée au xn c siècle par les habitants, hors de la ville, près de la porte aux malades , pour y recevoir les lépreux, tandis que l’Hôtel-Dieu Saint-Antoine était surtout destiné aux individus atteints de maladies contagieuses. — Les habitants avaient la direction de ces deux maisons avec l'agrément du comte.

JBléneau.

A Bléneau existait également une maladrerie qui fut fondée de bonne heure pendant le Moyen-Age. Louis XIV

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ayant remis, par un édit de 1672, aux ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare les revenus des hôpitaux, ceux de la Maladrerie de Bléneau passèrent au xvn e siècle en la possession des hospitaliers de Saint- Lazare. Plus tard, une charte donnée à Versailles en 1696 ordonna la réunion à l’Hôtel-Dieu de Bléneau des biens et revenus de la Maladrerie dudit lieu, pour être aussi employés à la nourriture et à l’entretien des pauvres malades.

O lia ma y

Charny avait aussi une Maladrerie qui, au xvn c siècle, était assez prospère. Il ressort d’un arrêt du Roi du mois de décembre 1672 qu’à cette époque elle possédait 12 arpents de terres labourables et un arpent et demi de pré sis autour dudit Charny, et autres sols de même contenance tenus par plusieurs particuliers dudit Charny, desquels la maladrerie aurait été pourvue par lettre de son Altesse Royale Monseigneur le duc d’Orléans, frère dudit Roi, du 24 avril 1662 (1).

T onnorre

La ville de Tonnerre se distingue surtout, dans le département de l’Yonne par la manière dont elle organisa un établissement pour les lépreux. Cet établissement s’appela Maladrerie ou Léproserie de Saint-Biaise.

Le premier titre que nous ayons trouvé concernant cet

(1) «. Archives Nationales : Domaines ecclésiastiques, S. 4899. (Voir pièces justificatives).

établissement, est un bref du pape Eugène III, écrivant à l’abbé de Saint-Michel, le 12 septembre 1147 : « Par sentiment de piété, les frères lépreux ont construit une église dans la paroisse qui appartient au droit de cimetière de votre monastère. En notre présence vous avez concédé que cette église fut consacrée et que deux chanoines y fussent établis, un pour les hommes lépreux, un autre pour les femmes. Y seront également ensevelis ceux qui, morts au siècle, auront spécialement adhéré à les servir, à moins qu’ils ne préfèrent être inhumés dans le cimetière de votre couvent. Les lépreux choisiront un prêtre (1) qu’ils vous présenteront (ce fut pendant longtemps le maître de la maladrerie), et, à raison de cette église, ils vous paieront un cens de deux sols de monnaie tonnerroise » (2).

Le fonds de la maladrerie ( 3 ), aux archives de la ville, renferme un certain nombre de parchemins, dont la plupart sont des xii”, xm e xiv e et xv e siècles, et concernant le plus souvent des baux à vie. Nous nous bornerons à en relever quelques-uns (4).

En 1 187, la comtesse Mathilde reçoit un accensément fait aux lépreux par Robert d’Aisy, chevalier.

En 1 189, Manassès, évêque de Langres, leur concède, en vue de pourvoir aux nécessités durant l’interdit, une aumône volontaire d’une tarte (ou tourteau de pain bis , tartellos)

(1) Toutefois les habitants revendiquèrent toujours le titre de fondateurs de la maladrerie et la collation de la maîtrise.

(2) {Cari. Saint-Michel , A. L.)

(3) Voir les pièces justificatives, n° 6.

(4) Il serait à désirer que ces chartes fussent jointes aux manuscrits déposés déjà a la bibliothèque, pour faciliter les recherches historiques.

que chaque boulanger de Tonnerre leur donnera à chaque fournée, sous réserve de l’approbation de l’archevêque de Lyon. Ce prélat confirme la concession de 120^ (1).

En 1193, une bulle du pape Célestin III interdit à tous d’exiger ou d’extorquer une dîme sur les terres et vignes que cultivent ou qu’ont achetées les lépreux de Tonnerre et leur abandonne les aumônes préparées par les boulangers et bouchers du lieu, en confirmant les lettres de l’évêque de Langres. Néanmoins le prieur de Saint-Aignan réclama bientôt la dîme pour les vignes de son finage. Le différend fut apaisé en 1214 par une sentence de l’évêque de Langres portant que les lépreux rendront annuellement au dit prieur 3 muids de vin en coupes, et que s’ils viennent à acquérir d’autres vignes sur le finage, ils seront tenus d’en payer la dîme (2).

Le 27 novembre 1 338 , au bois de Viviers, Jehanne de Chàlon, comtesse de Tonnerre, reproduisant une charte de feu son mari Robert de Bourgogne (de 1 33 1 ), qui donnait la maladrerie à Parnier ou Peirenos de Baise de Cluigney, pour le mauvais gouvernement d’icelle par les bourgeois ,

(1) Le sceau de sa charte est en partie conservé. Il est en cire jaune, de forme ogivale, comme celui que reproduit M. Quantin à la page 2 du recueil qui fait suite au Cartulaire de V Yonne, et pendant à parchemin : C’est l’archevêque dans la pose et le costume consacrés. La tête et les jambes ont disparu. Le contre-sceau est mieux conservé parce qu’il est plus petit. On y voit un homme vêtu d’une robe à larges manches, à genoux, en prières, près d’un martyr nu, qui semble pendu par les mains. Nous n’avons pu déchiffrer de l’exergue que ceci : Hoc. Fcc. Ne. statuas, illis.

(2) La sentence énumère ainsi les vignes dîmées : 2 arpents dans la vigne à feu Robelin, 2 dans celle Odéart, 1 dans celle d’Opérier, 1 dans celle de Vaupayen, 3 quartiers dans la vigne Barbedorge, 3 dans celle du Chapelain Etienne, 3 aux Rostiens (Rouquins), 3 dans la vigne de Chapelain André, les quartiers Gaaignac, uii arpent % au val Voutois, X au Croy, X en de & de l’église des lépreux, 1 quartier de la laine.

confirme la reconnaissance faite par le feu comte du droit de collation des dits bourgeois et consent à ce qu’ils en usent au profit de son écuyer et maître d’hôtel Gauthier de Chasy, qu’ils investissent pour sa vie et sans être tenu de rendre compte.

En 1416, le maître de la maladrerie est maître Jehan Aquenin, bachelier ès-lois. Le garde-scel, pour hault et puissant prince, Monseigneur le duc de Bourgogne, est Emile Gobert. En 1420, la maîtrise est entre les mains de messire Jehan Pétraul, curé de Chablis. En 1430, nous en voyons investi : « noble et puissant seigneur messire Guillaume de Roichefort, seigneur de Roichefort et Puisset en Beauce », représenté par son procureur, messire Girart-du- Pont: Un autre procureur du même maître et commandeur, Guillaume Milon, est assisté, en 1433, des échevins, maître Guillaume Acquant, licencié en lois et bachelier en décret, Huguenin Thibaut, Jehan Milon et Etienne Pinard, pour consentir la résiliation du bail d’une pièce de vigne contenant à l’œuvre de sept hommes , au lieudit Tarte-Mailley, que le locataire se trouvait hors d’état de cultiver, par suite des guerres, et qui est relouée trois sols quatre deniers.

Le 27 mars 1449, les échevins reprennent plus efficacement encore possession de l’administration de la maladrerie dans un acte passé en la galerie Notre-Dame, où comparaissent les habitants ainsi qu’Etiennette, veuve de Jean Toulon, en son vivant maître de ladite maladrerie. Dans cet acte, qui porte la signature de Jehan Pilon, clerc, notaire juré, et qui fut scellé par Aignan de Laugière, prêtre, maître de l’Hopital- Notre-Dame-des-Fontenilles, garde des sceaux pour noble

et puissant seigneur et baron, monseigneur Jean de Husson, comte de Tonnerre, les échevins et habitants ont reconnu d’un commun accord avoir conféré ladite maladrerie à Alexandre Thaulon, fils d’Etiennette (qui s’en désiste en sa faveur), sa vie durant tant seulement, pour en percevoir par lui et ses commis les droits et profits, rentes, revenus et émoluments, sous les modifications et charges ci-après : de remettre aux mains des échevins, incontinent, les lettres du don de la maladière fait à son père, qui serait annulé ; de faire faire le service divin en la chapelle, ainsi qu’il est accoutumé ; d’administrer soigneusement, en maintenant les nécessités corporelles des pauvres malades ; de faire les vignes de toutes façons dues et en saison, et de les maintenir en bon état, sans les laisser diminuer ni déchoir; de ne bailler aucune terre à rente d’argent sans le consentement des échevins; de garder et défendre envers et contre tous les rentes et revenus, sans les laisser diminuer et déchoir, à peine de dépens ; de rendre compte une fois par an aux échevins des recettes qu’il aura faites ; de laisser visiter par les échevins la maladière deux fois par an, si bon leur semble, afin qu’ils voient ce qu’il peut être nécessaire cie faire ; de bailler aux échevins en la main, par chaque an, d’ici à dix ans, cent sols tournois pour employer, selon l’avis desdits échevins, et de mettre en sa place, pour ce qu’il n’est marié ni résident àTonnerre, un facteur et entremetteur des besognes auxquelles il doit pourvoir.

Réunie à l’ordre de Saint-Lazare et du Mont-Carmel par l’édit de 1672, la léproserie fut en i 6 g 5 , en vertu du nouvel édit de 1693, attribuée par arrêt du Conseil à l’hôpital

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Notre-Dame-des-Fontenilles et refusée en son nom par Mme de Louvois, comtesse de Tonnerre, « de crainte, dit Mutinot, que cet accessoire n’importât le principal. » Un nouvel arrêt du Conseil l’attribua alors à la Commanderiedu-Saint-Esprit, qui fit démolir la chapelle pour en construire une grange dans son hôpital de Bourgbereault (1726), transigea avec les habitants et plaida encore longtemps avec le chapitre de Saint-Pierre au sujet des autres dépendances.

Noyers

La léproserie de Noyers qui fut fondée à l’époque des Croisades, fut surtout soutenue par les dons des personnes charitables de la ville. Ainsi, Guy de Noyers, archevêque de Sens, légua à cette léproserie, en 1266, dix sols de rente sur les cens de Joux.

En 1266, Miles de Noyers « octroya aux frères de la Maladièrô une boschie pour pêcher, et une remise au pourpris de leur meison et voulut que le pêcheur fut franc ». La chapelle de cette léproserie fut détruite vers le milieu du xviii c siècle ; la côte où elle était bâtie, et qui est couverte de vignes, se nomme encore la Maladière. Brecan leur légua, en 1256, deux pièces de vigne à la côte des Fourches.

Cette léproserie devait cesser d’avoir une vie à part à la fin du xvii c siècle, époque à laquelle elle fut réunie à l’Hôpital général.

Seignelay

La léproserie de Seignelay se trouvait sur l’ancien chemin de Brienon, entre la route actuelle et la fontaine des Noyers.

Lachapelle, dédiée à Saint-Jean l'Évangéliste, fut vendue et démolie en 1793. Elle avait quarante pieds de longueur; les murs, peu élevés, étaient soutenus par des piles ou piliers butans. On vient de trouver en cet endroit des fondations en pierre de taille, qui devaient être celles de la léproserie. La chapelle avait un chapelain dont la présentation appartenait au seigneur, et la collation de plein droit à l’évêque d’Auxerre ; c’est-à-dire que le seigneur présentait un sujet pour chapelain, et l’évêque l’admettait ou le rejetait. Dans les derniers temps, cette chapelle n’était plus qu’un petit bénéfice, dont jouissait un chanoine d’Auxerre. 11 y disait la messe le jour de la fête. Cet établissement avait le privilège de ne pouvoir être détruit par l’évêque, comme les autres du même genre.

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Nous connaissons uniquement l’emplacement de l’ancienne maladrerie de cette ville, dont il ne reste plus de traces. Le bourg de Cruzy est assis sur les deux côtés du vallon étroit appelé le Val-au-Vau, au fond duquel jaillit une source abondante. La partie située sur la droite de la fontaine porte le nom de maladière, en souvenir de l’hospice qui y fut fondé au xiv e siècle pour les lépreux. Au reste, ce qui nous confirme que c’était bien une léproserie, c’est le voisinage de cette source : car les léproseries étaient toujours placées près d’une source ou d’un cours d’eau pour la salubrité.

Cussy-les-Forges

Nous ne sommes pas fixés sur la léproserie de Cussy-les-

Forges. Vis-à-vis de l’église on remarque une assez vaste maison dont l’ornementation architecturale attire l’attention. C’est, dit-on, une ancienne maladrerie qui date du xv e siècle, ainsi que l’indiquent les fines moulures des fenêtres et de la porte principale.

Enfin, si on parcourait en détail l’histoire des diverses villes et bourgs de l’Yonne, on verrait que presque tous ont eu leurs léproseries. Nous voyons par exemple, dans un texte du xvnh siècle (i) qu’il en existait également à Toucy, Saint-Fargeau, Coulanges-la-Vineuse, et que celles des deux premières villes furent réunies à l’Hôtel-Dieu en 1623 et celui de la dernière en 1697.

CONCLUSION

Telle est l’histoire des léproseries dans le département de l’Yonne jusqu’en 1789. Fondées principalement à l’époque des Croisades, elles eurent une grande importance pendant le Moyen-Age et la première partie du xv e siècle, mais beaucoup de causes devaient contribuer à jeter le discrédit sur ces établissements de Charité.

Tout d’abord, la gravité et la contagion de la maladie ayant subi un grand décroissement au xv c ' et au xvi c siècle, la quantité des malades se trouvait considérablement diminuée. Ils n’étaient plus qu’un petit nombre, et en même

(1) Extrait de l’état général des unions faites des biens des maladreries aux hôpitaux des pauvres malades, en l’Edit du mois de mars et des déclarations des 15 mars et 24 août 1693. (Un vol. in-4 0 , 1705).

une

temps les revenus des établissements avaient subi énorme diminution.

Ajoutons à cela les longs désastres de la guerre des Anglais, pendant la seconde moitié du xiv e siècle et la première moitié du xv c qui amenèrent bien des causes d’appauvrissement et favorisèrent tous genres d’abus. Les titres de beaucoup de propriétés et de rentes disparurent à la suite des exactions des grandes compagnies : des calamités de tout genre suivirent ces désordres, et par suite, des usurpations nombreuses de terrains et des dilapidations de deniers.

François I er et Henri IV s’efforcèrent par leurs écrits de mettre un terme à ces abus.

François I er confiait en conséquence à son Grand- Aumônier la direction de toutes les léproseries pour ordonner quel nombre de lépreux chaque maladrerie pourrait recevoir et substanter, et leur remettre des lettres ou bulletins, au moyen desquels ils pourraient s’y faire recevoir.

Henri IV ordonna par un édit du mois de juin 1606, « qu’il serait procédé par son Grand Aumônier, ses vicaires et commissaires à la réformation générale de ces abus, à l’audition et révision des comptes des administrateurs ou fermiers des maladreries ; » il affectait l’argent que produirait cette réforme à l’entretien des gentilshommes pauvres et des soldats estropiés. Une ordonnance du 24 octobre 1612 fut rendue par Louis XI 1 1 dans le même but. Elle prouve que celle de son père n’avait pas été observée. Louis XIII établit une chambre, dans laquelle siégeaient quatre maîtres des requêtes et quatre conseillers du Grand Conseil, sous la

présidence du cardinal Perron, Grand Aumônier de France, pour procéder à la réformation des léproseries et maladreries et mettre un terme aux abus auxquels donnait lieu l’administration de ces hôpitaux. La plupart de ceux qui se faisaient admettre à cette époque dans les léproseries étaient des vagabonds dont la maladie était très souvent factice. Louis XIII chargea, par une commission datée du 3o mai 1626, deux médecins et un chirurgien de visiter les lépreux de toutes les provinces, et il fut décidé qu’on ne serait admis dans les léproseries que sur le certificatde ces commissaires. A partir de cette époque et par suite des sages mesures qui furent adoptées, la lèpre disparut presque entièrement de la France.

Le désordre continua néanmoins à se produire, et au xvii e siècle, Louis XIV réunit en 1672 aux ordres du Mont- Carmel et de Saint-Lazare les maladreries, les nombreuses léproseries et les autres hôpitaux qui, étant affectés à des maladies spéciales disparues, étaient devenus sans utilité. Cette réunion fut une source de procès et de difficultés entre les agents de ces ordres et les villes. Il y avait presque partout des léproseries abandonnées ; mais ce n’est qu’à Auxerre que nous rencontrons encore des lépreux. Ailleurs, on prétendait que l’hôpital était sans malades et sans hôtes, comme à Rambervillers, où la grande salle était, disait-on, sans lits ni paillasses. Cependant le pouvoir central pouvait ôter ce qu’il donnait, et les ordres de Mont-Carmel et de Saint-Lazare durent restituer, en 1693, les biens qui leur avaient été concédés en 1672. Les hôpitaux dont les revenus étaient insuffisants pour leur entretien furent rétablis, et les

on

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an

plus petits furent unis à d’autres (i). Cette pensée d’unité, qui domine si fortement sous Louis XIV, nous la verrons appliquée dans la création des hôpitaux généraux où l'on groupa, sous la même administration, des établissements différents.

(i) Isambert , anciennes lois françaises, XX, page 310.

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