CHAPITRE VII
LA PESTE A AUXERRE ET A SENS. — HOPITAUX POUR LES PESTIFÉRÉS A AUXERRE ET A SENS
Une autre épidémie qui a sévi en France au Moyen-Age et dans les temps modernes et exercé ses ravages en plusieurs points du département de l’Yonne, contraignitbeaucoup de villes de la région à affecter aux soins des malades qui en étaient atteints, des maisons de Charité spéciales. Cette épidémie, c’était la peste. On ne saurait se faire une idée de la terreur que répandait l’approche et l’explosion de ce fléau, dont les effets terribles se font sentir jusqu’au commencement du xvm e siècle. Aussitôt qu’il est annoncé, la ville garde ses portes et ses murailles, comme si elle voulait les défendre contre un ennemi d’autant plus effrayant qu’il est invisible. Tous les étrangers sont tenus à distance, interrogés, et, s’ils viennent de pays, « où l’on se meurt », éloignés sans rémission ; si l’étranger persiste, s’il entre en ville et qu’il se
trouve avoir la terrible maladie, il sera « arquebuse sans aucune forme de procès ». Les habitants de certaines localités sont mis à l’index ; Auxerre fait savoir à ceux de Saint- Bris qu’ils ne peuvent venir dans ses murs « à peine de la vie ».
De 1466 à 14691a peste fit encore d’épouvantables ravages. Ses effets, dans la première de ces années, furent si violents, que la plupart des héritages restèrent sans culture; et que, par ce motif, les Etats de Bourgogne déchargèrent les habitants de toutes les impositions, même de celles pour la guerre.
C’est pour obvier aux ravages causés par ce fléau que l’on fonda à Auxerre des maisons spéciales destinées à recevoir les pestiférés. Tout d’abord, comme on le voit dans les archives de l’hôpital d’Auxerre, « la maison d’ancienneté destinée pour recevoir les pestiférés était à la consise du Grand- Hôpital de cette ville, proche la porte Chantepinot et Tour Paradis ».
En 1569, on assigna aux pestiférés un autre domicile. Voici ce qu’on lit en effet dans une délibération de la ville en novembre 1579 : « A été conclu que la grande maison et concise, était au-dessus du faux-bourg de Saint-Julien, qui avait ci-devant appartenu au nommé N... et de présent appartenant à Calandre et son fils, sera prise et retenue pour y loger et recevoir les malades pestiférés, chirurgiens, serviteurs, chambriers nécessaires pour traiter et panser lesdits malades pestiférés, et que ladite maison sera prise de louage pour trois, quatre à cinq ans à un prix raisonnable qui sera avisé, convenu et accordé audit N... et autres propriétaires
de ladite maison, de laquelle ceux qui la tiennent seraient tenus de se retirer, et en cas de refus, les contraindre ; ensuite il fut fait un bâtiment hors la ville pour retirer les malades de la contagion » .
En i58o, on établit les Pestiférés dans une nouvelle maison. On bâtit à l'extérieur, au nord et sur le bord de la rivière, une maison de santé sous l’invocation de Saint- Sébastien et de Saint- Roch, où l’on portait les malades de l’hôpital, aussitôt que les premiers symptômes du mal étaient aperçus. Ce vaste bâtiment subsistait encore sur la lin du dernier siècle ; c’est ce qui a fait donner le nom de maladière au petit faubourg où sont les ateliers de la navigation. Ce bâtiment fut longtemps très utile, surtout en i6q5 et 1666 ; et chaque fois que des maladies contagieuses se manifestaient dans la ville, les malades de l’hôpital y étaient transportés. Dans ce cas, deux soeurs de l’ Hôtel-Dieu devaient s’y rendre ( 1 ).
On peut se demander pourquoi on plaçait la maison des pestiférés sous l’invocation de Saint-Roch : c’est que Saint- Roch était considéré autrefois comme ayant le pouvoir de guérir ceux qui étaient frappés de cette épidémie. C’est ce qui ressort d’un tableau de Rubens qui a été peint en i63o et qui est déposé à l’Eglise Saint-Martin-d’Alost en Belgique. Le tableau se divise en deux parties : on voit, dans le bas, des pestiférés adressant des voeux au ciel pour obtenir leur guérison, et dans le haut, Saint-Roch, recevant du Christ la mission de parcourir le monde pour soigner les pestiférés.
(1) Voir les ^Archives de la ville d’Auxerre, t . 3 , p . 7 1
La Poste à Sens
De même la peste sévissait à Sens en 1627. Grand fut l’émoi dans la cité à cette nouvelle, et on ouvrit une maison pour recevoir les pestiférés et les séparer des sains. Un impôt fut établi aussitôt sur les habitants pour pourvoir à la dépense nécessitée par le fléau.
Une assemblée de notables citoyens, réunie à l’Hôtel de Ville, arrêta les mesures de salut public que réclamaient les circonstances, et décréta, de par le roi , tout ce qui paraissait pouvoir mettre la ville à l’abri du fléau.
On voit dans le décret émané de cette assemblée jusqu’à quel point on poussait au xvii” siècle, les précautions pour la santé publique dans les temps de peste. A la suite de chaque article est la décision qui charge les divers fonctionnaires de la ville de l’exécution. C’est comme le commentaire de l’ordonnance.
On y lit par exemple que la maison des pestiférés est située en dehors de la ville, qu’un fonctionnaire est chargé de porter des vivres aux malades de cette maison, afin que ces derniers ne soient pas obligés eux-mêmes de rentrer en ville pour aller chercher ce qui leur est nécessaire à la vie. — On voit en outre qu’un cimetière spécial est destiné aux pestiférés en dehors des murs, etc. , etc. Ce décret est intitulé :
Règlement pohlic sur l’ayde et subvention des pauvres malades de peste de la ville et f aulx-bourgs de Sens , et sur autres choses en dêpendans.
« A Sens, chez George Niverd, imprimeur et libraire, en
l’émoi o;mi- ! ; cite a celte nouvelle, et on ouvrit une maison pour recevoir les pestiférés et les séparer des sains. Un impôt fut établi aussitôt sur les habitants pour pourvoir à la dépense nécessitée par le (léau.
Une assemblée de notables .citoyens, réunie à l'Hôtel de Ville, arrêta les mesures de salut public que réclamaient les circonstances, et décréta, de par le roi , tout ce qui paraissait pouvoir mettre la ville à l’abri du fléau.
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