SON DÉVELOPPEMENT : DOTATIONS ET LEGS
Cet établissement qui se développa très vite grâce aux donations qui lui furent faites ; les dons et legs ont été fort nombreux et fort considérables ; ils émanaient principalement des évêques et du clergé, surtout du clergé de la cathédrale ; mais des laïques en grand nombre se sont également distingués par leurs libéralités. Les testaments, les donations conservés aux archives, offrent à plusieurs familles d’honorables titres à la reconnaissance de leurs concitoyens.
Nous trouvons, par exemple, dans l’inventaire des archives de l’hôpital la liste des personnes qui payaient des redevances
(i) Lebœuf... Préface de la Prise d’*Auxerre , page 23.
à l’Hôtel-Dieu, au xiv c siècle, à la date de i 33 g. En voici quelques extraits :
« Ce est li livre des héritaiges, rente et cens appartenenz « au granz charitez d’Auceurre, faiz par Jehan don Vaal de « Marci, clerc, procureur desdictes charitez, l’an mil trois « cenz trente et neuf. » Censier commençant par Auxerre, « divisé par paroisses, puis continué par celles de « Colanges-les-Vineuses, Migié, Vaux, Escolives, Champs, « Juissy, Venoy, Quenne, Chitri, Chevannes et Ourgy ; « Saint-George, Perrigny, Appoigny, Gurgi, Monestaul, « Saint-Bris, Augi, Villefargeaul et Esquan. » Censitaires « sur Auxerre ; Guillaumes Bruneaus, pour la initié de la « maison qui fut au prévost d’Esquean es dos Notre-Dame- « la-Dchors , laquele maison est apelée la maison don bois « 2. s. 6. d. — Jehannin Brichemer, pour la grant maison « en la grant rue de la Croix-de-Pierre, 5. s. ; — « Guillaumes de la Haï, pour la maison qui fut à la « Coinausse et au Venoussat, assise au Bourc-Saint-Loup, « tenant au four du chapitre, etc., 2. s.; — li maistre de « Nostre-Dame-la-Dehors, pour la maison de devant « 1 ’ormet, 4. s. ; — Thevenins Pioz, pour la maison tenant « à la tour d’orbandeile et aux murs de la veuille cité que « l’on dit les murs au cordeliers, 5 . s. ; — Estienne Regnier, « pour la maison dou cimetière de Monteurtre, tenant au « murs de la ville près dou dit cimetière, 3. s. 6. d. ; — « Phelisauz de Monesteaul, cordoanniers, pour la maison « ou il demore (paroisse Sainte-Eusèbe), tenant au cortil de « lospitaul, 18 s. ; — li hoir fui Pierre le Blastier, pour la « grant maison à piliers au marchié dou bled, 4. s. ; —
« Auberz de Pleine, pour la place tenant au portail dou « temple et au murs de la ville d’une part, et au clos de « Saint-Eusèbe d’autre part, 2. s. 6. d. ; — Jehauz di « Bruneaus, pour sa maison ou bore Saint-Amàtre, tenant « le portail dou cimetière de Monteurtre, 40 s. ; — Câlins « Ricarz bazeniers, pour sa maison devant les ormes de « Saint-Julien, tenant à la maison des chérîtez, 8. s. 8 d. ;
« — li gouverneur de la charité de Saint-Gervais, pour sa « vigne en Grafligneaul, 8. d. ; — li abbés de Saint-Mariain, « pour une maison assise en Villeneuve, 4. s. ; — Huguenins « li Vaichiers, pour sa maison, vigne et courtil assis en la « grant rue de Saint-Gervais, qui vet dou pont d’Aucerre à « Monesteaul devant la rue de Saint-Côme, 18 s. ; — « Perrins et Agnès, enfant feu Droin Ingrant, pour lamaison, « le clos et appartenences, assis devant la barre de Saint- « Gervais, et se tient ladite maison au chemin qui vet de « ladite barre à Saint-Gervais, 20 s. ; — Jehannaut Poilly, « pour la place qu’il tient de charitez, en laquele il ha faite « maison neuve, tenant à la place du curé de Saint-Loup « d’une part, et au foir de chapistre d’autre part, 6. s. ;
« li clerc don cueur de Saint-Etienne d’Aucerre, pour la « grant maison assise en la fenerie, 3o s. et autant à Noël ; « li maistre de la Maison-Dieu de Saint-Etienne, sur la « maison qui fut monseigneur Henri-Brulé Chien 7 s. 6. d. ; « et autant à Noël ; li chapistre d’Aucerre, pour 1 ovroerou « l’on vent sel, 10 s. ;
De même, nous voyons dans la même série B des archives, à la date de 1395, les rentes et les revenus que possédaient les Grandes-Charités à la lin du xiv c siècle, i 3 q 5 .
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« C’est le livre des héritaiges, rentes, revenus et censives « appartenenzauxgranscheritez d’Auceurre, lequel livre fut « fait par Guillemin Poytevin, fermier et admoisonneur des « dictes rentes et revenus appartenens aux dictes chéritez, « l’an mil CCCII 1 I XX et quinze ».
« Censier divisé par termes d’échéances et par localités. « Censitaires : « Margueron, femme feu Jehan Andrier, pour « une place au bourg Saint-Amâtre, tenant par devant au « chemin commun de l’Orme-Martin-Billon, 3 s. ; — Jehan- « nin Mussy, panetier, demeurant au marchié des haulx, « pour le cortil ou il ot maison en la grant rue de la Porte « dau Temple ou bourg Saint-Amâtre, tenant d’une part au « cortil des doyen et chapistre d’Aucerre, 12 d. ; — la maî- « tresse de la Maison-Dieu-des-Aulx, pour une vigne en « Monblanc, 18 d. ; — Marie, femme feu Jehan Chanloup, « à présent femme Loys Aude, lille de feu Maistre-Jehan de « Noyers, pour sa maison du bourg Nostre-Dame, tenant « d’une part à la maison des religieux de Pontigny, et par « devant à la rue qui va à la Croix de Pierre à la porte Saint- « Syméon; — la femme Guillaume des Chasnes, pour la « maison ou bourg Saint-Père, en la rue qui vait de la « boucherie es-molins de Somur, tenant d’une part à la « maison des doyen et chapistre d’Aucerre et d’autre part à « la maison à l’ovrier de Saint-Germain, 80 s., et autant à « Neel ; — la femme feu Guillemin Herbelin, pour la maison « ou bourg Saint-Menier, au marché des aulx, tenant d’une « part à la maison aux religieuses des ysles, et d’autre part « à la maison au chantre et chapitre de Chablies, 4 1. et « autant à Neel; — Phelippon Chauffeleaue, voicturier par
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« yeau, demeurant à Vincellettes, pour ses maisons dou « bourg Saint-Pélerin, assiees devant la tour de Saint- « Pancrace, tenant d’une part à la maison des chéritez où « demore à présent Jehançon Leygoys, pescheur, et d’autre « part à la maison des religieux de Saint-Père, par devant « à la rue qui va de la boucherie aux molins de Somur et « fait le coing de la rue à alée de la porte des molins à « Saint-Pélerin, 40 s. t. ; — Huguenin Benardot et Johanne,
« sa femme, pour deux places où il a courtilz assiz ou bourg « Saint-Julien d’Aucerre, l’une tenant d’une part au grand « chemin qui va de Saint-Julien à Collanges, et d’autre part « à la masure Martin de Loron ; l’autre tenant au grand «t chemin d’une part et au courtil aux religieuses de Sain- « Jehan-Jérusalem .à cause de leur maison de Champs, « 9 s. 6. d. ; — le prieur de Saint-Eusèbe, pour sa maison « de la croix, pour la grant maison tenant ou la ruelle qui « vait de la Roerie à Saint-Eusèbe, et la grainge darrier la « dite maison et y sont les estables, 40 s. ; - — - les religieux de « Regny, en lieu de Auxelot, pour une place séant au bourg « Saint-Père, en la fréperie, 5 s.; — Ythier le Large en lieu « dou filz Poilly Sévère, pour sa maison ou bourg Saint- « Loup, tenant d’une part à la maison aux religieux de « Saint-Germain, appartenant à l’ovrier de Saint-Germain, « d’autre part à la place de l’église de Saint-Loup, ou soloit « estre la maison dou curé de Saint-Loup, et pai devant au « chemin commun, 3 s. ; — li chapistre d Aucerre, poui ung « lovroir où l’on vant seel, 10 s. ; li maistre de la « Maison-Dieu de Saint-Estienne, pour une maison assise « au bourg Nostre-Dame, au dessuz de la maison à la
« Faissière, 5 s. ; — Martin de Brivon, en lieu du chantre et « chapistre de Nostre-Dame-de-la-Cité, pour la maison des « estives (étuves) devant la fontaine Saint-Germain, tenant « par devant au chemin qui va de la dite fontaine à Saint- « Estienne d’Aucerre et d’un çousté au chemin qui va de la « dite fontaine à Nostre-Dame-la-Dehors, 3 o s. »
Parmi les legs qui furent faits à l’Hôtel-Dieu, nous remarquerons qu'il y en eut à toutes les époques, mais surtout au xvn e siècle. Ainsi, dans la période qui s’étend de 1625 à 1669, les testaments en faveur de l’Hôtel-Dieu sont nombreux. Il faut citer en particulier ceux de Catherine Boudin, « gisante au lict, malade depuis trois ans, en la salle de l’hospital de la Magdeiainc d’Auxerre », par lequel elle lègue à cet établissement, pour les bons soins qu’elle y a reçus : un demi-arpent de vigne à Mailly-le-Château, la moitié d’une maison à Irancy, la moitié d’une denrée de vigne et deux quartiers de vigne au dit lieu et la moitié d’un quartier de vigne à Saint-Bris (16 novembre 1639}; Claudine Darlot, également malade, de ses biens situés à Bligny-le- Carreau et à Montigny (20 novembre 1639) 1 Germaine Billard, aussi malade, de sept livres de rente, d’une douaire de i5o livres et intérêts qui lui sont dus, et généralement de tous et chacun des autres biens, meubles, etc., qu’elle possède (24 septembre 1640); Edme Gallard, de ce qui lui appartient à Ligny-le-Chàtel (5 juin 1642) ; Edmée Fondriat, d’une denrée de vigne à Coulanges-la-Vineuse (i5 décembre 1642) ; Pierre Bonny, vigneron à Auxerre, par lequel il lègue à 1 hôpital où il est malade, 40 sols de rente (i5 février 1645) ; de Martine Vaudenet, de Saint-Maurice-Thizouaille, âgée de
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27 ans, malade et décédée à l’hôpital, par lequel elle lègue à cet établissement 20 1 . 1 d., pour les deux mois qu’elle y a passés, et le reste de tous ses biens, meubles et immeubles à Perette Vaudenet, religieuse au dit hôpital (28 février 1 65 1 ) . ■
Enfin, les ecclésiastiques et les divers évêques d’Auxerre se sont signalés également par leur générosité à l’égard de l’ Hôtel- Dieu. Ainsi, des chanoines de l’Eglise cathédrale, dès le commencement du xni e siècle, comme maître Abbon, docteur en médecine, Robert Abolant Locteur, Girard de Ville sur Arce, ont fait des legs à la Maison-Dieu de Montartre ; d’autres se sont distingués dans la suite par des marques plus signalées de leur charité. En 1 2 15, Germain de Charmoy, chanoine d’Auxerre, lui donna une somme de douze cents écus, somme très considérable pour ce tempslà ; depuis, il chargea ses héritiers de rebâtir un grand corps de logis pour le service des malades, et voulut que l’une des chambres fut garnie de ses meubles et affectée à ceux qui seraient attaqués de la peste ; son épitaphe renferme plusieurs autres dispositions, qui sont une preuve de son amour pour les pauvres. On le voit encore dans la chapelle du Chainiei où il fut inhumé le i5 novembre i535. Michel le Caron, chanoine lecteur, ordonna par son testament de bâtir une salle séparée pour le temps de la peste.
Plusieurs de nos évêques, Jacques Arnyot, Nicolas et André Colbert ont laissé des monuments de leur bienfaisance à cette maison.
Ajoutons à ces fonds la réunion des biens et revenus de sept ou huit anciens hôpitaux à 1 Hotel-Dieu, a 1 exception
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toutefois des Maisons-Dieu du Chapitre et de l’Abbaye de Saint-Germain d’Auxerre: la léproserie de Sainte-Marguerite près de la chapelle de Saint-Siméon fut réunie à l’Hôtel-Dieu en 1625 ; les biens et revenus des Maladreries d’Ouaine et de l’Hôpital de Sainte-Catherine-des-Aulx y ont été encore réunis par les arrêts du Conseil d’Etat, le 10 septembre 1 690 et le 4 mai 1697, P ar Ls Lettres-Patentes enregistrées au Parlement le 20 août de la même année.
Indépendamment du fonds des maisons de charités réunies et des dons des habitants, notre Hôtel-Dieu trouvait encore des ressources dans la bienveillance du Gouvernement : on peut citer par exemple les lettres-patentes du 3 i mars 1623, qui concédaient à l’administration douze deniers à prendre, pendant six ans, sur chaque minot de sel qui se vendait au grenier d’Auxerre, pour aider à agrandir les salles. Ce droit se perpétua, car on le touchait encore en 1790. Notre Hôtel-Dieu conserva, jusqu’à la même époque, un droit de mesurage sur tous les blés qui se vendaient à. Auxerre les quinze premiers jours de carême. — Au reste, ce qui prouve bien que cette maison avait de grands revenus, c’est qu’elle se développa et qu’on y créa un établissement pour les orphelins et pour les vieillards en 1675.
Il résulte de cette étude que l’Hôtel-Dieu de Montartre, autrement dit Grandes-Charités, n’a cessé de prospérer et de se développer jusqu’en 1789. Les archives de l’Hôpital sont remplies des noms des généreux donateurs qui, depuis le xn e siècle n’ont cessé de l’enrichir. (1)
(1) En 1485, l’Hôtel-Dieu n’avait que 12 lits, ainsi qu’il résulte de l’inventaire des biens meubles de l’Hôpital fait par Jehan Bourdin, notaire royal, le 6 mars 1481. — (Archives de l’Hôtel-Dieu, H. suppL 2570).
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La charité a pu se ralentir à certaines époques, elle ne s’est jamais éteinte : elle s’est ravivée au milieu du xvn e siècle, et le xvni e en peut montrer de nombreux et éclatants exemples. Quand elle n’était point spontanée, on la sollicitait : des quêtes étaient faites à domicile ou dans les églises, soit par les administrateurs, soit par leurs femmes, soit par les dames des paroisses qui parfois se déchargeaient de ce soin sur leurs servantes, (i)
Il n’est donc pas étonnant que cet établissement se soit maintenu jusqu’à nos jours sous diverses formes, bien qu’il ait été réuni en 1697 à l’Hôpital général.