‹ Histoire de la charité ou de l'assistance publique, en Bourgogne, jusqu'en 1789Chapitre 20 sur 36 · SON ORGANISATION · texte numérisé non relu

SON ORGANISATION

Nous venons de voir l’Hôtel- Dieu devenir un établissement civil ; mais les religieux et religieuses en restèrent toujours les serviteurs.

Jusqu’en 1479, ce furent les frères du prieuré de Saint- Amâtre, soumis à la règle de Saint-Augustin, qui servirent les malades dans notre Hôtel-Dieu. Dans le cours des années 1478 et 1479, une maladie contagieuse décima la France; les religieux Augustins périrent victimes de leui zèle. Les administrateurs les remplacèrent par huit béguines, tiiées du couvent d’Abbeville ; c’étaient des religieuses de l’ordre de Saint-François. Dans un compte de 1480 figure une dépense de 10 livres pour le voyage des sœurs de Saint- François venues d’Abbeville à Auxerre, « en intention d’y demeurer et d’y faire continuelle résidence pour servir les malades durant le temps des pestilences et autres nécessités des maladies comme elles accoutumées ès autres lieux et bonnes villes où elles sont fondées et demeuient ».

Mgr de Broc, évêque d’Auxerre, ne voyant plus, dans ces religieuses, la même ferveur et le même zèle que les premières avaient apporté, pensa sérieusement à leur en substituer d’autres.

D’abord, on avait jeté les yeux sur les religieuses de l’hôpital de Bourges (i), ce projet demeura sans exécution; on appela des religieuses hospitalières de Gien (Nièvre) du consentement du maire, échevins et administrateurs ; ce fut en i 6 q 5 que les sœurs Anne Varlet et Louise Cochart furent installées et établies dans l’Hôtel-Dieu, la première pour supérieure et la seconde pour assistante, conformément aux clauses et conditions portées dans l’établissement de Sainte- Pélagie, en la ville de Laval, en 1 635 .

Mgr de Broc, par son règlement de i 6 q 5 , fixa le nombre des religieuses à douze. Plus tard, l’évêque d’Auxerre, Mgr de Caylus, augmenta le nombre des religieuses, il écouta favorablement la requête que lui présentèrent à ce sujet les maire et échevins conjointement avec les administrateurs et par son ordonnance du mois de mai 1 623 , il augmenta de deux le nombre des religieuses, qui fut porté en 1730 jusqu’à seize.

Une conclusion de l’Hôtel de Ville, du 11 janvier 1660, semble avoir eu pour but de fixer entre l’évêque et les administrateurs, les limites des pouvoirs temporel et spirituel relativement au gouvernement de la communauté ; l’évêque seul pouvait donner l’habit aux religieuses, mais les administrateurs se réservaient le droit de présentation ; on ne pouvait admettre, sans leur participation, que celles appor-

(1) Registre capit. 29 avril 1643.

tant une dot supérieure à 1.800 livres. La supérieure ne devait être élue que par les religieuses ; mais, avant le choix, les administrateurs devaient être entendus en leurs remontrances , pour désigner celle qui leur paraissait la plus apte à bien diriger la maison .

Le consentement de l’évêque ne suffisait pas aux religieuses pour les sorties nécessitées par les quêtes de vin et de blé que l’on faisait tous les ans, il leur fallait encore le consentement des administrateurs.

On a souvent accusé le pouvoir spirituel d’empiéter sur le temporel ; le contraire arrivait à l’Hôtel- Dieu d’Auxerre ; là, le pouvoir temporel voulait tout diriger.

De nombreuses délibérations nous montrent l’administration contestant perpétuellement à l’évêque le droit de s’immiscer dans ce qui était le plus évidemment de son ressort.

En 1666, notamment, MM. les administrateurs distribuèrent aux religieuses toutes les dignités, soit de la maison, soit de la chapelle; ce sont eux qui nomment les sacristaines ; l’évêque défend aux religieuses de prendre les titres qui leur sont conférés par les administrateurs ; protestation de leur part et arrêt du Parlement en vacation, du 22 septembre 1666, qui les reçoit opposants.

Nous ignorons ce que devint le procès.

Indépendamment des religieuses qui soignaient les malades, l’Hôtel-Dieu ne pouvait se passer d’un aumônier, ou chapelain, pour y célébrer le service divin et administrer les sacrements.

Lorsque le chapitre eut pris la direction de l’Hôtel-Dicu

de la Madeleine, devenu le grand hôpital de la ville, les chanoines désignaient un semi-prébendé, qui remplissait les fonctions de chapelain. Cet état de choses se prolongea, pendant l’administration laïque, jusqu’en 1420.

A cette époque, l’évêque Philippe Desassart, qui eut de grands démêlés avec son chapitre, voulut lui enlever la nomination du chapelain de l’Hôtel-Dieu.

Néanmoins, on ne supprima pas cette charge, car le chanoine Potel (1) nous dit qu’en 1577, le Receveur de l’Hôtel-Dieu payait au chapelain sept livres dix sols par quartier... mais de cette manière, le traitement nécessaire du chapelain était pris sur les revenus destinés aux pauvres.

Pour tout concilier, on n’imagina rien de mieux que d’annexer la cure de Saint-Georges, petite commune à deux kilomètres d’Auxerre, avec ses dîmes et revenus, à l’ Hôtel- Dieu de la Madeleine, et l’on donnait, à titre de bénéfice, cette cure de Saint-Georges à celui qui remplissait les fonctions de chapelain de l’Hôtel-Dieu.

Ce chapelain prenait souvent le titre de maître ou recteur des Grandes-Charités d’Auxerre.

Un tel arrangement suscitait bien des mécontents; quand le curé de Saint-Georges était dans sa paroisse, il négligeait les malades, etc., etc.... et lorsqu’il était à Auxerre, il négligeait ses paroissiens. Il paraît que c’était ces derniers qui avaient le plus à se plaindre ; car, ainsi qu’ils le disaient dans une requête au cardinal de la Bourdaisière, on levait sur eux des dîmes et autres droits curiaux, pour que le curé fit résidence au milieu d’eux, aumônât les pauvres de leur

(1) Recueil d’antiquités sur la ville d’Auxerre.

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paroisse et remplît tous les devoirs de sa charge, en célébrant les offices et administrant les sacrements, mais ils supportaient les charges et ne conservaient aucun des avantages.

Il n’y avait rien de raisonnable à leur répondre. D’un autre côté, juste ou non, les administrateurs de l’ Hôtel-Dieu tenaient beaucoup à l'annexe de la cure de Saint-Georges qui profitait à la maison, c’était pour eux un droit acquis, le fait était accompli, et ils le maintenaient.

Malheureusement Saint-Georges n’était pas un bénéfice assez considérable pour que le chapelain pût séparer du revenu de quoi payer un curé à portion congrue qui desservit la paroisse, et trouver dans le reste de quoi vivre à Auxerre. Il devenait donc bien difficile de remédier à cet abus. 11 se perpétua pendant près de deux siècles, de 1420 à 1599.

Le 19 avril 1699, pendant la longue vacance du siège épiscopal, entre l’épiscopat de Jacques Amyot et celui de François de Donadieu, le chapitre se décida à prononcer la désunion avec le consentement du dernier titulaire, mais à la charge, par le curé de Saint-Georges de payer, à l’Hôtel- Dieu, le tiers des dîmes qu’il recevait.

Après la décision capitulaire, il devenait nécessaire de pourvoir au traitement des chapelains’; les administrateurs se prêtaient de mauvaise grâce à cette dépense ; ils faisaient revenir les curés de Saint-Georges. Trente ans après la décision de 1699, l’évêque Donadieu renouvelait l’interdiction de cette espèce de binage ; on obéit un moment et l’abus se reproduisit.

Enfin, la charité d’un curé de Saint-Sauveur, nommé Brosses, fît cesser ce désordre. Par son testament du

20 octobre 1694, il légua, à l’Hôtel-Dieu, deux domaines situés dans la Puisaye, sous la condition que le revenu en serait employé à entretenir un chapelain nommé par les administrateurs et approuvé, bien entendu, par l’évêque.

Le 5 mai 1721, sous la seule autorisation du Conseil de ville, les administrations vendirent ces deux domaines à M. Paultre, moyennant la modique somme de 8000 livres. Avec ce capital, o.n acheta l’emplacement d’un ancien jeu de paume, près de la place des Fontaines, pour y construire la halle aux blés, qui subsiste encore aujourd’hui. Des lettres-patentes du 7 décembre 1726, autorisèrent l’administration de l’hospice à y percevoir tous les droits de hallage en usage dans les autres villes.

Après la fondation du curé de Saint-Sauveur, l’ Hôtel- Dieu eut toujours, sauf dans les mauvaises années de notre première révolution, un chapelain spécial, et les administrateurs ne pourraient lui en refuser un sans manquer à une obligation sacrée.

Pour compléter le service de cette maison de charité, il est bien entendu que des médecins et des chirurgiens y étaient attachés; ils étaient à la nomination des administrateurs. Ces places étaient aussi honoraires que recherchées, elles assuraient à ceux qui en étaient investis, une brillante clientèle et rarement elles furent rétribuées.

Avant l’établissement des écoles de medecine, il se faisait dans tous les hôpitaux, des cours de cette science si utile à l’humanité ; l’Hôtel-Dieu d’Auxerre eut les siens ; nous avons même remarqué une délibération du 5 octobre 1660, par laquelle un médecin est autorisé à établir une chaire dans la

galerie du grand cimetière, pour enseigner la physionomie , l’astronomie et autres sciences qui en dépendent pour le prognostic, connaissance et guérison des maladies

épidémiques.

Nous avons cru d’abord nous tromper sur la date, et qu’une telle délibération remontait au siècle où l’on était imbu des préjugés de l’astrologie ; mais c’est bien en 1660 que nos pères ont autorisé l’enseignement de l’astronomie pour le pronostic et la guérison des maladies épidémiques.

Il n’y eut d’abord qu’un chirurgien attaché au service de l’Hôtel-Dieu, c’est ce qui ressort de la supplique (1) adressée par les chirurgiens d’Auxerre en ip5o à l'évêque d’Auxerre : « on a fermé, disent-ils, cette école aux chirurgiens, un seul y a entrée, un seul y travaille, tous les autres en sont exclus ; quand les autres chirurgiens s’y sont présentés, on a reculé l’heure des pansements, on a différé les opérations, tout s’y est fait furtivement ; on a fait plus, on a refusé positivement l’entrée de la maison : rien de plus contraire au bon ordre, au bien des pauvres et à l’usage. Aussi s’adressent-ils à l’évêque d’Auxerre pour obtenir de lui, disent-ils « i° que l’entrée de l’Hôtel-Dieu nous soit permise et à nos élèves ; que l’heure des pansements soit fixe ; que nous puissions assister aux opérations qui s’y font ; 2 0 que l’administration ■ accorde la substitution et la survivance à la communauté des chirurgiens, pour suppléer à l’absence ou au défaut du titulaire pour le traitement des pauvres ; 3 ° que l’Hôtel-

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Dieu continuera à nous fournir des sujets pour démontrer l’anatomie, comme il se pratiquait au passé. »

Il y avait déjà longtemps que la communauté des chirurgiens insistait pour obtenir cette satisfaction. On lit en effet dans une autre supplique adressée aux Maire, Echevins et administrateurs de l’Hôtel-Dieu, pièce (i) qui fait également partie de la collection Lorin que, « depuis 1729, la communauté a demandé à être admise à la desserte del’Hôtel-Dieu, en nommant un chirurgien en place et un substitut qui serait choisi parmi les membres de la communauté », et qu’aucune suite ne fut donnée à leur demande.

Dans cette supplique, nous voyons encore que tous les médecins étaient admis à l’Hôtel- Dieu, tandis que tous les chirurgiens, à l’exception d’un seul, en étaient exclus. À ce sujet, voici comment ils formulaient leurs réclamations :

Article I er . — Le chirurgien en chef continuera l’exercice de ses fonctions jusqu’à son décès, jouira annuellement des appointements qui lui ont été accordés jusqu’à présent avec les honneurs et immunités attachés à cette place.

Art. II. — On nommera tous les ans un maître chirurgien pour lui servir de substitut au premier janvier.

Art. IV. — Le chirurgien en chef jouira pendant l’année de son concours des exemptions, privilèges et immunités accordées à Messieurs les médecins dudit Hôtel-Dieu, et ne recevra de la ville aucun appointement. Il fera les pansements deux fois le jour, assisté de son collègue, le matin à huit heures et le soir à cinq.

Art. VI. — Dans les cas épineux, le chirurgien en chef

(1) Annuaire de V Yonne, année 1878, pages 171-158.

cru

fera appeler ses confrères pour prendre leurs avis, et s’il se trouvait une opération difficile et que la communauté reconnut qu’un des sujets qui la composent fût plus en usage de la pratiquer, elle serait libre de le nommer, mais toujours du consentement du chirurgien en chef et non autrement.

Art. X. — L’Hôtel-Dieu fournira tous les deux ans deux ou trois cadavres à la communauté de Saint-Cosne, pour faire les démonstrations, où Messieurs les médecins de l’Hôtel- Dieu seront invités d’assister par affiches mises à leurs portes.

Art. XXX. — Tous les élèves des Maîtres en chirurgie de cette ville pourront travailler à l’Hôtel- Dieu, en justifiant au moins d’une année d’études, et subiront un examen sur les principes de chirurgie et sur les saignées, en présence de Messieurs les administrateurs, ainsi que dessous.

Art. XXXI. — Ces élèves se présenteront deux fois l’année, tous les premiers jeudi de janvier et premier jeudi de juillet ; s’ils sont trouvés capables, ils payeront en entrant la somme de vingt livres pour les pauvres de l’Hôtel-Dieu.

De cette façon, disent-ils, les pauvres ne seront plus forcés d’aller à la capitale pour se faire opérer. On fit droit à leur requête ; nous voyons en effet, dans les archives de l’Hôtel-Dieu que, en 1771, le service médical de l’Hôtel- Dieu était confié au sieur Brigault, l’un des chirurgiens de la ville, par voie d’adjudication au rabais, à la charge de ne pouvoir administrer aucune médecine ou remède sans que le curé en ait pris connaissance. Peu de temps après, l’autre chirurgien, le sieur Leroy, vient à mourir, mais un successeur ne se fera pas longtemps attendre ; sa veuve elle-même

continuera d’administrer les plis ânes sintériques , des pilules hydrogogucs et de passer la pierre infernale. D’habile praticien, Mme Leroy se fera même professeur, et le 28 août 1774, elle fera agréer son élève Etienne Guillemineau, comme chirurgien de l’Hôtel-Dieu. On n’y regardait pas alors de si près. La ville du reste était à ce moment dans une grande agitation ; mais plus tard l’administration de l' Hôtel- Dieu crut devoir prendre des précautions contre l’inexpérience et le manque de talent de ces fonctionnaires : car, nous trouvons dans les archives de l’ Hôtel-Dieu d’Auxerre, à la date de J789, un mémoire relatif à la défense faite aux chirurgiens de ne plus procéder à l’avenir à des opérations, sans en avoir préalablement conféré avec les médecins (1).

Ajoutons à cela qu’il y avait dans l’Hôtel-Dieu, pour les besoins des malades, toute une hiérarchie de fonctionnaires secondaires qui étaient sous la dépendance des servantes de la maison. Ainsi, dans les archives de l’Hôpital d’Auxerre, pour l’année 1784 (2) il est question delà création d’un poste de gardien des salles. Le bureau décide d’en faire l’essai, et prend à cet effet, pour trois mois, le nommé Ducrot, dit la Faveur, ancien caporal au régiment de Royal-Marine « il recevra dix sols par jour, sans être nourri ». Une note marginale fait connaître que pour l’exercice de ces fonctions, il lui a été prêté « un habit d’invalide et un sabre ».

Telle a été l’administration et l’organisation de l’ Hôtel- Dieu d’Auxerre, depuis sa fondation jusqu’en 1789. Confié

(1) t Archives de V Hôtel-Dieu, H. Supp. 2497.

(2) Archives de V Hôtel-Dieu, H. supp. 2497.

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d’abord aux ecclésiastiques, qui avaient contribué pour une bonne part à son développement et à son organisation, il devait bientôt passer entre les mains de l’administration laïque, à cause des abus de pouvoir et des déprédations commises par les fonctionnaires ecclésiastiques dans l’exercice de leurs délicates fonctions.

Mais sous l’une et l’autre de ces administrations, nous voyons dans cet établissement, pour y exercer chacun leur ministère, toute une hiérarchie de fonctions assez savamment organisée, depuis le maire, les échevins et l’évèque, qui en sont les administrateurs principaux, jusqu’au dernier des servants. C’est grâce à cette hiérarchie et à cette filiation établie entre tous les fonctionnaires, depuis le premier degré de l’échelle jusqu’au dernier, que l' Hôtel-Dieu d’Auxerre jouit d’une grande prospérité jusqu’en 1789 et que, depuis sa fondation jusqu’à cette date, il remplit toujours admirablement le but qu’on lui avait assigné.

IMPORTANCE DE l’iIOTEL-DIEU A TOUTES LES ÉPOQUES

Et en effet, si nous consultons les sources de l’histoire de cet établissement nous voyons qu’il eut une assez grande importance jusqu’en 1789.

On trouve en effet dans les archives de l’Hôtel-Dieu une délibération des administrateurs, du 14 juillet 1761, « que les revenus de toute nature de cette maison sont de 17.721 livres 10 sols, et le produit des quêtes de 5o bichets de grains et 40 feuillettes de vin ; que, sur les modestes revenus, la

maison acquitte de nombreuses pensions viagères, contient de cent à cent vingt malades et de cent à cent cinquante enfants trouvés ; qu’à ces charges, il faut ajouter l’entretien des bâtiments, de la chapelle, et pourvoir aux dépenses d’un nombreux personnel, 16 sœurs, chapelains, médecins, apothicaires, domestiques, etc. La dépense totale s’élève à 27 .585 livres (14 juillet 1761).

Mais, il faut voir dans cet établissement, moins un hôpital qu’une maison de charité et de bienfaisance. Aussi, méritait-il bien autrefois le nom de Grandes-Charités qui lui fut donné.

Comme hôpital, il n’avait pas une très grande importance, du moins depuis le xiv° siècle jusqu’au xvm e .

En 1398, il ne s’y trouvait que 16 lits pour les malades.

Pendant près de trois siècles la position resta à peu près la même; car, le 3 juin i665, l’évêque Pierre Dubroc, répondant au ministre qui lui demandait des renseignements sur cet établissement, faisait connaître qu’il y avait vingt lits pour les malades et les pauvres voyageurs, et que l’on y recevait des enfants exposés ; mais il faut se rappeler qu’en temps de contagion la maison avait des succursales.

Au mois d’août 1666, les administrateurs de l’Hopital-dela-Madeleine eurent à donner à la chambre établie pour la réformation générale des hôpitaux, dont le grand-aumônier était le président, des détails sur cet hospice, ainsi que sur la léproserie, qui y était unie depuis 1624. Ils firent attester par deux notaires qu’il y avait à l’hôpital dix-huit lits pour les hommes et seize pour les femmes (la plupart occupés par deux malades) neuf religieuses, trois aspirantes, un chapelain, deux médecins, un chirurgien, un apothicaire,

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deux servantes et un valet ; qu’il y avait en outre seize enfants trouvés, mis en nourrice.

Huit ans après, en 1673, les administrateurs ayant à s’expliquer sur les questions posées par la chambre établie pour la réformation des hôpitaux, firent constater, par deux notaires, que l’hôpital d’Auxerre disposait de 18 lits pour les hommes, 16 pour les femmes; qu’il avait à sa charge 16 enfants trouvés et que son personnel se composait de neuf religieuses, trois aspirantes, un chapelain, deux médecins, un chirurgien, un apothicaire, deux servantes et un valet.

La population d’Auxerre était cependant alors plus considérable qu'aujourd’hui ; mais, soit que jusqu’au xvn° le nombre des malades ait été moins grand, soit, ce qui est plus probable, que la charité privée, plus expansive, permit à un grand nombre de malheureux de se faire soigner chez eux, au milieu de leur famille, ce qui est certain, c’est que ce nombre de lits établis devait suffire, la maison étant assez riche pour en doubler le nombre, si le besoin s’en était fait sentir.

Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que l’usage de ne recevoir les malades à l’hôpital que sur un billet d’entrée des administrateurs, ne s’est introduit que fort tard à Auxerre, et que notre hospice, comme ceux des premiers temps du christianisme, eut longtemps ses portes ouvertes de jour et de nuit à tous ceux qui réclamaient des secours.

Tant que notre hôpital n’eut qu’une trentaine de lits, ses revenus et les dons qu’il recevait annuellement, eussent surpassé de beaucoup ses dépenses, s’il n’eût pas distribué

d’abondantes aumônes et fonctionné comme bureau de charité.

Mais on répandait des libéralités immenses de toute nature.

Le compte de 1458 porte l’achat de 120 bichets de blé de froment, pour la distribution qui se faisait tous les ans, le jour de la commémoration des morts, aux indigents de la ville.

Les administrateurs délivraient, dans tout le cours de l’année, des mandements sur leur trésorier, aux vieillards, aux infirmes, aux femmes nouvellement accouchées et même aux pauvres filles, au moment de leur mariage, pour leur procurer un trousseau.

Nous y avons trouvé la note d’un mandement délivré à un jeune homme pour les frais de ses études; cette charité avait été spécialement autorisée par les douze bourgeois jurés de la ville.

Un budget régulier ne pouvait pas régler de telles dépenses ; aussi arrivait-il souvent que les recettes étaient dépassées.

C’est ce qui nous explique pourquoi cette maison avait besoin de trouver une compensation dans les dons et les legs que lui faisaient la générosité et la libéralité des habitants.

CONCLUSION

Ainsi, il ressort de cet exposé que l’assistance publique a été en grand honneur à Auxerre jusqu’en 1789. Les Auxerrois peuvent se glorifier d’avoir exercé la charité de toutes les manières et surtout de n’avoir pas hésité à faire des sacrifices pour l’établissement de cette grande maison de charité, l’Hôtel-Dieu, qui a rendu de si éminents services depuis sa fondation.

Transféré aujourd'hui dans les bâtiments de l’abbaye de Saint-Germain, cette maison continue à donner l’hospitalité aux malades et aux infirmes, et est encore un des monuments de gloire de la ville d’Auxerre.

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