‹ Histoire de la charité ou de l'assistance publique, en Bourgogne, jusqu'en 1789Chapitre 3 sur 36 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

coup d’œil rapide sur l’assistance PUBLIQUE CHEZ les grecs.

LES TEMPLES d’eSCULAPE : LES SOINS QUI Y ÉTAIENT DONNÉS AUX MALADES.

LES SACRIFICES PUBLICS ET LES VIANDES DES VICTIMES DISTRIBUÉES A CEUX QUI Y PRENAIENT PART

Dans les Sociétés antiques, où les hommes libres étaient seuls comptés pour quelque chose, et où la classe la plus nombreuse, condamnée à vivre et à mourir dans l’esclavage, n’avait pas même le droit de vivre puisque le maître disposait à son gré de son esclave ; ce que nous appelons aujourd’hui l’assistance publique, n’existait pas à proprement parler. Quelques philosophes avaient entrevu le principe de l’éo-alité naturelle entre les hommes : mais, aucun d’eux n’avait eu la pensée de chercher à faire pénétrer ce principe dans la vie sociale ou dans les institutions politiques.

La société grecque cependant, s’était appliquée à secourir l’indigence par divers moyens. Tantôt l’État venait en aide

aux malheureux, principalement aux orphelins, en les exemptant des liturgies; tantôt, les citoyens riches, imitant en cela l’exemple donné par l’État, cherchaient à enrayer le mal. Les auteurs anciens s’attachent à nous montrer le peuple Athénien, traitant doucement l’esclave et accueillant l’étranger, assurant aux vieillards et aux infirmes leur subsistance, et donnant la patrie pour mère aux enfants que la guerre avait fait orphelins.

C’est ce même peuple enfin qui, au milieu de sa place publique, avait dressé l’autel delà Pitié, et dont Démosthène a dit : « Le fond du caractère Athénien était la mansuétude, la douceur et la pitié ».

Quant aux œuvres de charité faites par les particuliers, elles n’étaient point rares. Une inscription parle des services rendus par Derkitos, contemporain de Démosthène, qui avait pris sous sa surveillance les écoles du dénie (i) d’Eleusis. Démosthène se vante, lui aussi, dans son procès de la Couronne, d’avoir racheté des captifs et aidé des citoyens pauvres à doter leurs filles. Xénophon, après son bannissement, s’établit à Skillonte près d’Olympie, où il acquit des terres qu’il consacra à la déesse Arthémis. Chaque année il faisait un splendide sacrifice de la dîme de tous les fruits de la propriété, et à cette solennité étaient invités non seulement tous les Skillontains, mais encore les habitants des villages environnants. La déesse lui fournissait, d’après Xénophon, un ample dîner de farine d’orge, de pains de froment, de viande, de gibier et de sucreries (2).

(1) or^oq (village, bourgade).

(2) Anabase, V, 3, 9).

cm

Mais nous devons surtout notre admiration aux médecins de la Grèce antique pour les services qu’ils rendaient à l’humanité. Les Asclépiades ou prêtres d’Esculape se dévouaient à la classe pauvre. « Le temple d’Esculape, dit Strabon, est toujours plein de malades : des tableaux y sont suspendus, qui portent l’indication du traitement suivi ».

L’anthropomorphisme transforma Esculape en une sorte de médecin et de thaumaturge qui ressuscite les morts et calme les maux. L’épithète d’ami du peuple («piAcXasç) nous montre bien que les Grecs le considéraient comme une divinité secourable. La médecine se sécularisa. Il y eut des médecins publics dans la plupart des cités grecques. Ce fonctionnaire était probablement le directeur d’un tarpewv (hôpital) mis à sa disposition par la cité et pourvu par elle de médicaments, d’instruments de médecine et de chirurgie, de lits, etc. C’est là que, payé par l’Etat, il exerçait son art et soignait gratis les malades qui venaient le consulter ; il était secondé par tout un personnel d’esclaves dont l’entretien était à la charge de la cité. Il faut nous figurer ces ta-upaa, au moins. les plus importants, comme de timides essais d’hôpitaux laïques, particulièrement réservés aux pauvres.

Une inscription athénienne de la première moitié du iii° siècle av. J.-C. prouve qu’à Athènes les médecins publics étaient nombreux. Ils formaient une sorte de corporation ayant des intérêts communs et sans doute une caisse (i).

Ainsi, en Grèce, l’assistance publique affectait une forme

(i) Voir Girard : UAsclèpiéion d’Athènes, pages 83-87.

spéciale et les services qu elle avait rendus n’en étaient pas moins considérables.

Page 1