‹ Histoire de la charité ou de l'assistance publique, en Bourgogne, jusqu'en 1789Chapitre 4 sur 36 · HOPITAL ATTACHÉ A UN TEMPLE DE MITHRA, ETC · texte numérisé non relu

HOPITAL ATTACHÉ A UN TEMPLE DE MITHRA, ETC

L’assistance publique ne fut pas moins pratiquée à Rome qu’en Grèce, et les Romains marchèrent sur les traces des Grecs, leurs devanciers. Mais, à Rome, la générosité privée devança la libéralité des Empereurs. Les inscriptions nous font connaître de véritables fondations particulières présentant tous les caractères de sûreté et de perpétuité que peuvent avoir chez nous les dispositions charitables. On voit, par exemple, un certain Helvius Basila léguer aux habitants d’Atina la somme de 3 oo,ooo sesterces (60,000 francs) pour que les enfants de cette cité soient nourris jusqu’à l’âge viril avec l’intérêt de ce capital. Une femme de Terracine, pour honorer la mémoire de son fils, donne aux habitants de cette cité un million de sesterces (200,000 francs) destinés au même emploi ; on peut mentionner les fondations analogues et plus magnifiques encore de Pline le jeune en faveur de Corne, sa patrie.

Deux tables de bronze découvertes, l’une près de Parme, dans les ruines de Velléia, l’autre près de Bénévent, nous

ont fait connaître une des plus belles, des plus patriotiques institutions qui aient été pratiquées dans les états civilisés. L’idée première appartenait à l’Empereur Nerva, mais elle reçut son développement de Trajan : et on peut dire qu’il est le premier empereur qui ait organisé le service de l’assistance publique à l’égard des enfants pauvres de naissance libre. Trajan prêtait contre hypothèque plus d’un million de sesterces à 62 petits propriétaires de Velléia, pour que l’intérêt annuel de cette somme (à Velléia 5 0/0, à Bénévent près de 2 1/2 0/0) fût versé au trésor de la cité et employé à l’entretien des enfants pauvres. Trajan visait ainsi à un double résultat : soulager la misère des orphelins ou des enfants sans moyens d’existence, et en même temps venir en aide à la petite propriété par ces prêts hypothécaires. C’était là une heureuse combinaison du crédit foncier et de l’assistance publique. Il faut remarquer que l’Empereur établissait en outre une sorte de patronage et de clientèle dans toutes les villes d’Italie en associant ses propres débiteurs à l’acte public de l’assistance : c’était de leurs mains que sortaient les deniers consacrés au soulagement des pauvres et la reconnaissance des classes souffrantes se reposait sur eux en remontant au prince. On voit, dans l’inscription deVelléia,que dès l’année 100, cinq mille enfants reçurent à Rome l’assistance de l’Etat. Les garçons recevaient palan 192 sesterces, soit 48 francs, et les filles 144, soit 36 francs; les enfants naturels recevaient moins; les garçons 144 sesterces, les filles 120. Trajan mettait ainsi en pratique la maxime que son ami Pline donne dans une lettre : « L homme

vraiment libéral donne à sa patrie, à ses proches, à ses amis

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pauvres il recherche ceux qui sont dans le besoin, les

secourt, les soutient et se fait d’eux une sorte de famille ».

Cette grande oeuvre survécut à Trajan ; elle fut florissante sous les Antonins. Hadrien, nous dit Spartien, son biographe, « pueris ac puellis incrementum liberalitaiis adjccil », combla les enfants et les jeunes filles des bienfaits

de sa générosité » et il décida que la pension alimentaire

serait continuée aux garçons jusqu’à 18 ans, aux filles jusqu’à 14.

Antonin-le-Pieux fit également élever des jeunes filles par des institutions alimentaires : elles s’appelèrent les Faustiniennes, en l’honneur de sa femme Faustine.

Enfin, sous Marc-Aurèle, l’institution alimentaire de Trajan fut développée : des secours réguliers furent créés pour les jeunes filles pauvres, sous le patronage de l’Impératrice Faustine (1). C’est ce que rappelle un bas-relief que l’on peut voir aujourd’hui à la villa Albani, à Rome.

Nous retrouvons encore cette institution sous Alexandre Sévère qui fonda en l’honneur de sa mère Marnmée, des Mammoeanœ et des Mammoeani.

Les Empereurs nommèrent des fonctionnaires chargés de veiller au bon fonctionnement de cette institution. Dans chaque ville un queslor alimenlorum (2) en administrait la caisse. Marc-Aurèle lui-même créa pour la surveillance générale de ce service, des prœfecti alimenlorum ( 3 ) qui furent de grands personnages.

(1) Cette Faustine était la fille d’Antonin et portait le même nom que sa mère.

(2) Gardien des aliments.

(3) Gardien des aliments.

Cette admirable institution alimentaire montre le souci qu’avait le pouvoir central de venir au secours des malheureux. De nombreux témoignages nous montrent ce même sentiment dans les autorités municipales, les corporations et les particuliers. Des médecins des pauvres sont élus dans chaque municipe par les décurions : à Rhodes notamment, l’assistance publique est une administration soigneusement organisée, quoique le gouvernement ne soit pas démocratique. Les corporations de métiers opposent à la misère le remède de l’association.

Ainsi, ce sentiment de sympathie qui porte à donner à ceux qui souffrent et qui a existé de tout temps, était en progrès dans la société païenne du 11 e siècle.

L’institution de Trajan semble avoir duré jusque dans la seconde moitié du nr siècle. Les malheurs de cette époque et l’anarchie militaire la firent disparaître. A la fin de l’Empire, Constantin en 3i5, essaya de combattre les progrès de la misère par la charité : il prescrivit des aumônes, mais ne réussit point à faire revivre la grande institution des Antonins.

Cependant, à l’époque Gallo-Romaine, un temple de Mithra, auquel était adjoint un hôpital, existait à Vieu, près de Belley.

Les fondations de ce temple existent sous l’église paroissiale actuelle ; on y voyait autrefois, dans un terrain contigu à celle-ci, les ruines d’un vaste édifice pourvu de bains. On a pensé que ce pouvait bien être un hôpital où les malades venaient se placer sous la protection du dieu Mithra, et recevoir en même temps, sous la surveillance d’un prêtre-

médecin, un traitement approprié à leur état. Le nom de l’un de ces médecins, G. Rufius Eutactus, nous est parvenu grâce à deux inscriptions qui lui furent dédiées après sa mort, l'ufie par son fils, l’autre par sa femme (i).

l’assistance publique dans l’église primitive.

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