A CHAQUE BASILIQUE EST RÉGULIÈREMENT ATTACHÉ UN HOPITAL
NOSOCOMIA ET ORPHANOTROPHIA. . . ETC., ETC.
Il était réservé au christianisme et à la primitive église de propager ce principe d’une manière active, en même temps que celui de la fraternité universelle. La religion nouvelle était en effet une religion de pauvres ; religion de charité, elle s’adressait, non pas à l’esprit, mais au cœur ; elle parlait pour les déshérités, les malheureux, les petites gens, sans tenir compte de la naissance, nous dit Tertullien.
Il y avait dans son sein une administration organisée pour le soin des malades et le soulagement de toutes les misères. Ce ministère était confié aux diacres pour les hommes, et, pour les femmes, aux diaconesses. Les diacres et les diaconesses se mettaient chaque jour à la recherche de toutes les infortunes et informaient l'Evêque qui, accompagné d’un prêtre, visitait à son tour et tous les jours les malades et les nécessiteux de tout genre. Cette discipline nous est révélée par saint Augustin, dans la Cité de Dieu , liv. xxn, ch. 8.
(i) Voir ces deux inscriptions aux pièces justificatives.
Il est vrai que cette assistance n’était pas publique, à proprement parler, puisque les secours n’étaient distribués principalement qu’aux membres de la société chrétienne, alors peu nombreux ; mais, néanmoins, les diaconies furent la première forme des établissements de bienfaisance fondés parmi les chrétiens. Lorsque le christianisme eut pris une extension considérable, quand il devint, sous Constantin, la religion même de l’Etat, il fallut créer d’autres établissements plus grandioses, et c’est alors qu’on vit se fonder en grand nombre des hôpitaux et des hospices : ils s’appelaient orphanoirophia quand il s’agissait de recevoir les orphelins, nosocomia quand il s’agissait d’hospitaliser les malades, gerontocomia lorsqu’ils étaient destinés aux vieillards, etc.
C’était aux évêques qu’incombait le soin de les construire et de les administrer, et iis étaient ordinairement placés près de leur demeure : à chaque basilique était régulièrement attaché un hôpital. Ces monuments n’étaient pas, comme les hôpitaux de nos jours, de vastes maisons présentant un caractère d’unité, mais un assemblage de petites cases indépendantes, de telle sorte que chaque malade avait sa cellule séparée. Nous le savons par Procope (i). Ce mode d’agglomération donnait à ces hospices l’aspect d'une ville : tel était celui que saint Basile avait construit en dehors de sa ville de Césarée, nous dit Grégoire de Nazianze: « Paulum extra civitaiem pedein cjfer, ac novum conspice civitatem ». « Porte tes pas un peu au delà de la ville, et contemple une nouvelle cité ». Palladius, évêque d’Héliopolis, nous apprend
( ’i ) Histoire Byzantine, Tome III.
que sur la montagne de Nitrie, près de la principale église, était un Xénodochium, fourni de médecins et de faiseurs de placenta (placentarii). Ce nom de xénodochium désignait un hospice destiné à recevoir les pèlerins aussi bien que les malades.
11 y eut aussi des nosocomia en Occident : nous voyons au vr siècle, le roi Childebert I e ' fonder un xénodochium à Lyon, sous le pontificat de saint Sacerdos, à l'instigation de ce prélat et de la reine Ultrogothe.
Lorsque, à raison du peu d’importance de la ville, il était impossible, faute de ressources, d’en avoir de publics, les évêques faisaient de leurs maisons mêmes des hôpitaux : saint Augustin s’asseyait à la même table que ses malades et ses pauvres.
Quand les hospices eurent pris une plus grande importance et que des rentes annuelles leur furent assurées par de riches chrétiens, leur administration fut confiée à des préfets appelés nosocomi, qui étaient ordinairement des prêtres-. Au moyen-âge, l’évêque confiait le plus souvent cette préfecture à ses diacres. Il y avait également les parabolani, qui furent institués par Constantin, et paraissent avoir rempli à l’égard des pauvres l’office d’infirmiers : « ut debilium corpora curarent » (i), nous dit une loi de l’époque.
(i) « Ils ont pour charge de soigner les corps des malades ».