HOPITAL DE SAINT-GERMAIN
Ce que nous avons dit de l’église primitive en général s’applique également à la ville d’Auxerre, où chacune des églises et des premiers monastères a eu son hôpital.
Pendant la période du Moyen-Age, la piété des lidèles entretenait à Auxerre, comme partout ailleurs, de nombreux hôpitaux affectés, les uns au soulagement des malades, les autres au logement des pauvres voyageurs et des pèlerins et dépendant tous d’une église ou d’un monastère, à l’ombre desquels ils s’étaient merveilleusement développés. Ces hôpitaux ou Maisons-Dieu, sans être très importants, n’en
contribuaient pas moins, par la diversité même des souffrances que chacun d’eux était appelé à adoucir, à améliorer considérablement le sort misérable dés populations. Les abondantes aumônes qu’ils reçevaient suffisaient à leur entretien.
La Cathédrale, par exemple, eut sa maison de charité appelée hôpital de Saint-Etienne, et qui, à l’origine, était destinée, d’après l’abbé Lebeuf, « à donner l’hospitalité aux pauvres passants ». Cet hôpital fut doté, au vm' Siècle, par l’évêque Hainmar, de terres de Milly et de Vérilly. « Item dédit in pago Aulissiodorensi, ad xenodochium prædictæ matris ecclesiæ, villam, quæ dicitur Miliciacus et aller am quæ vocatur Viriliacus , cum universis appendiciis earum... (i).
Nous voyons de même dans les Gesta ponliflcum que l’évêque Adulf (733-748) y avait annexé des biens situés dans le Tonnerrois « hic contutit basilicœ sancti Stephani res proprielalis suæ in pago Tornodorensi,.... ut stipendiis pauperum perpeluo deservirent. » (2).
De même l’évêque Maurin (772-800) imitant l’exemple de son prédécesseur, donna à saint Etienne des biens situés dans le Tonnerrois : « Conlulit res proprietalis suœsancto Stephano ut pauperum indigenliis subministrarent. Sunt autem ecedem res positoe in pago Tornodorensi , in villa quæ dicitur F ontanclus » (3).
Saint-Didier, à son tour, donna à cette maison une terre
(1) ‘ Bibliothèque historique ch l’Yonne , tome I, page 348.
(2) ‘ Bibliothèque historique de l’Yonne, tome I, page 350.
(3) Bibliothèque historique de l’Yonne, tome I, page 351.
que l’auteur des Gesta Ponlificum appelle en latin Feriola (probablement Saint-Fargeau) : elle était située dans le diocèse, sur la petite rivière du Louain (le Loing) ; il affecta le produit des prés, des bois et des troupeaux qui dépendaient de ce domaine à l’entretien de l’hôpital. « Hem agellum Feriolas situm in pago Autissiodorensi super fluviolum Lupe , cum œdificiis, pratis , sylvis , cum grege arment i et grege pecorum, eidem basilicœ ad xenodochium pauperum delegavit. » (i).
Plus tard, au commencement du ix° siècle, l’hôpital de Saint-Etienne avait encore d’autres revenus mentionnés dans une charte de Charles-le-Simple qui date de l’an 900 environ.
Cet hôpital de Saint-Etienne était situé devant l’évêché, près de l’église de Notre-Dame, adossée autrefois au côté septentrional de la cathédrale. C’est ce que nous laissent entendre l’abbé Lebeuf et le chanoine Potel (2) dans leurs ouvrages.
Il faut citer en outre l’hôpital de Saint-Vigile, qui fut fondé par cet évêque au milieu duvir siècle, près de l’église Notre-Dame-la-d’Hors, sur l’emplacement occupé depuis par les Ursulines et aujourd’hui par la caserne Gouré.
Saint Virgile établit une communauté de moines et auprès du monastère un hôpital pour les pauvres, dont il confia le soin aux religieux. Voici ce que nous disent les Gesta Ponlificum à ce sujet :
(1) Bibliothèque, historique de l’ Yonne, tome I, page 338.
(2) Potel : ‘ Rjcueil d'antiquités sur la ville d’Auxerre.
« Monasterium in suburbio civitsilis aulissiodorensis conslruxil , quoi pluribus dilalum muneribus... in honore sctnclœ Dei genilricis Mariœ dedic.ivil : quoi eliam muro circumcingens monachorum esse conslituil simulque xenodocliium p.iupcrum ibidem esse prœcepit (i).
A partir du xv e siècle, cet hôpital prit le nom d’hôpital de Saint-Souvain, à cause d’une confrérie érigée sous le nom de Saint-Sylvain, solitaire à Leuroux, diocèse de Bourges, que plusieurs hôpitaux du Berry avaient choisi pour patron : c’est sous ce nom qu’il en est fait mention dans une assignation du 24 février i56p, donnée à la requête du Procureur du Roi et des administrateurs de l’Hôtel-Dieu, aux différents hôpitaux d’Auxerre, au sujet de la réunion que le roi voulait en faire à l’hôpital de la Madeleine. 11 est dit nettement dans cette assignation que l’hôpital de Saint-Souvain était chargé
de recevoir les passants sains et valides Et dans un
règlement de 1 588, signé d’Amyot, évêque d’Auxerre, on l’appelle de nouveau hôpital de Saint-Vigile. Enfin, dans un procès-verbal de septembre 1627, dressé à l’occasion de la chute du clocher de Notre-Damc-la-d’Hors, ori l’appelle encore hôpital de Saint-Souvain.
En 1200, on voit apparaître également un hôpital sous l’invocation de saint Antoine ; placé d’abord sur la paroisse Saint-Rcgnobert, il fut transféré sur celle de Saint-Mamert, dans la rue Haute-Perrière. Cet hôpital avait été mis sous le patronage de Saint-Antoine parce qu’il avait été fondé principalement pour recevoir ceux qui étaient atteints de la maladie connue sous le nom de feu Saint- Antoine.
(1) ‘Bibliothèque historique de V Yonne , tome I, page 342.