CHAPITRE X
' Tournois et jonies de la cour de Bourgogne.
Les ducs de Bourgogne rivalisèrent longtenips de luxe y de magnificence et de pouvoir .avec les rois de France eux-mêmes. Mais c'est surtout sons Philippe -le -Bon» ce prince qui institua l'ordre fameux de la Toison-d'Or> et qui se fit constamment remarquer par ses goûts chevaleresques, que les joutes, les pas -d'armes, les tournois furent les plus nombreuif et les plus brillants.
A l'époque de son mariage avec Jeanne de Portugal, et des fêtes qui ea-furent la suite , cinq chevaliers du roi de France vinrent à Arras , à la faveur des trêves , demandei* au duc de Bourgogne l'houneur de combattre en sa présence cinq chevaliers de son obéissance. Le célèbre Poton de Xaintrailles, et Théaulde de Valperga, chevalier lombard, qui combattait depuis longtemps sous l'étendard des lys, et qui s'était surtout fait remarquer pendant le siège d'Orléans , brillaient eiître les chevaliers de France ; leurs compagnons étaient Philibert d'Abrecy,
■'' D£. %h^ CHEVALERIE. l^S
Guillaume de Ber, et TËstendart de Neuilly. Le duc de Bourgogne accueillit leur demande; il leur désigna pour adv^rsâ^ires le chevalier Simon de Lalaing, si fameux dans les chroniques flamandes et bourguignonnes , le seigùeur de Charny ,. Jean de Vaulde, Nicole de Menton et Philibert 4e Menton.
Il fut réglé que ces armes dureraient cinq jours , pendant lesquels un chevalier de France combattrait chaque jour un chevalier de Bourgogne 9 et romprait avec lui un nombre de lan-* ces déterminé. On feripa de palissade» un grand espace ou parQ, qu'on couvrit de sable ; on établit au milieu delà lice une espèce de barrière» appelée aisselles, qui empêchait que les chevaux des combattants ne pussent s'entre-heurter »v et les chevaliers se, toucher autremèipt que du bout de la lance. ...
Le duc vint chaque jour assister» comme jugev à ces jeux belliqueux; il était placé sur un éçhafaud n\agnifique , « grandeiQént accompagné »de sa chevalerie et en noble appareil. » Ud homme d'armes , nommé Alard de Mouhi , présentait les lances aux chevaliers français avçc une prestesse et une habilité qui lui méritèreat les plus grands éloges. Jean de Luxembourg s'était chargé du même, soin pour les, chevaliers -bourguignons.
Simon de Lalaing et Theatjde de Yalperga parurent les premiers dans la lice, et firent peu-
176 mSTOIRB
dant loiigleoips admirer tour à tour leur force et leur adresse. A. là fin ^ le cheyalier lombard reçut de son adversaire un choc si terrible , que lui et $on cheval en furent renversés.
• La chronique bourgnignonue garde le silence sur les combats de.XainrtratUes et de Guillaume de Ber, cootre Jean de YauldQ et Nicole de Menton; elle donné par la sujet de soupçonner que l'issue n'en fut pas gIor!eus»e pour les chevaliers de Bourgogne. Xaintrailles surtout était ^ un -rompeup de lances^ auquel l'Europe pouvait apposer peu d'adversaires.
Le quatrième }puT, le seigneur de Cbarny»
a« troisième coup de lance , .'porta la sienne dans la visière de Philibert d'Abrecy/^la souleva» et lui plongea le fer dans le visage. On emporta le chevalier français baigné dans son sang; et « comme en péril de mort. »
Le cinquième jour» l'Estendart de Nenilly^ après avoir i^ombattù vaillamment pendant un temps considérable, et rompu plusieurs lances sur l'éculde Philibert de Mepton , rcïçut égialement un coup de lance dans le visûge, qui le força d'abandonner la lice h son adversaire. <£t »fïit si très-grièvement blessa* qu'à grapd peine »* se pouvait tenir sur son cheval (i)* »
Le malheur de ces deux chevaliers est d'autant plusdifficile k concevoir, que» tomme nous
< (1} Monstrelet.
D£ 'LA CHSYALEBIE. ' I77
Tavons dit, il était défendu par la loi des touiv sois et des pas-d'araiesy de frapper soii adversaire ailleurs qu'entre les quatre membres. Gomme il ne paraît pas que les Français se soient plaints à ce ^ujet, il faut supposer que les coups portés par les chevaliers bourguignons furent regardés comme, des maladresses involonftàires.
Le duc de Bourgogne , au reste ^ traita hono*, rablemept les chevaliers français, et leur fit même plusieurs présents lorsqu'ils s'éloignèrent de sa cour , laissant leurs compagnons blessés à* Âi*ras, où' ils furent assez^lôngtemps à guérir (i).
Le mariage de Jean île Chatons (en i44S ) > fils du prince d'Orange , fut un autre motif de fêtes pour les seigneurs Bourguignons. A cette occasion , le sire de Charni résolut de faire la plus belle joute qu'en eût vue depuis longtemps. Il envoya à ses frais des hérauts dans tous les royaumes delà chrétienté /pour y publier le défi suivant :
((En rhonneuf de Notre-Seigneur et de sa glorieuse mère, de madame SainterÀnne et de monseigneur Saint-Georgés> je , Pierre de Beauffremontv seigneur de Charni > etc., etc., fais savoir à tous princes y barons, chevaliers et écuyers sans reproche, excepté c^ux du r<D y9ume.de France et pays alliés, que, pour honorer la très noble métier et exercice des armes , ma volonté
(1) Monstrelet« — Lebran des CtkarmelteSi Histoire de Jeanne d'Arc.
178 BUTOIRS ^
eèt» avec les doiue cheyaliers ou écuyers geotikhommes à qï!|,atre quartiers » doi|t les noms soi- Tent : Thibaift» sire de Roagemoiit, Guillaume de Beauffiremont, sire de Scey, Guillaume de yieune, silre de Hombes, Jeau ,de Yaleugin'y Guillaume de Cbamp^-DÎTers , Antoine de Vauldrey, Jean de GhaunUBrgiji , Jaccpiesde Chaitant» Aimé de Raveinsteio » Jean deRupes , Jean de Saint-Charon» de garder un pas d'armes sur le grand chemin de Dijon à Auxonne , auprès de Tarbre nommé Arbre de. Gbarlemagney dans la charmille de Marçenay*
• Deux écus ,Xuxï noir » semé de larmes d'or , l'a^ilre Tiolet» semé de larmes noires, seront pendus à cet arbre. Ceux qui feront toucher le promis par ïes hérauts seront tenus de faire armes à cheval ayec moi ou mes chevaBiers»
» Geliii qui ser^ porté par terre d'un coup de lance, donnera au vainqueur, un diamamt tdi qu'il lui plaira. '
» Ceux qui auront plus de plaisir à £iire armes à pied y feront toucher Técn violet.
» Celui qui en combattant ainst^ mettra la main ou les ^noux en ter^e , sera teptu de donner à l'autre un rubis de telle valeur que hoa lui semblera. S'il est jeté à terre d^ tolit son coq^ , il sera prisonnier, et paiera une rançon d'au moms cinquante écus., . , .
9 Tout chevalier ou écuyer qui passera à moins d'un quart de lieùé de l'arbre de Gharlemagne »
DE Lk ÇHEYALERIE. I79
sera tenu de, toucher un dés éç os , et donnera en gage son épée et ^s éperons. »
Les conditions des armes ,étai^t ensnite soigneusement réglées» afin que tout se passât loyalement.
Le pas d* armes devait durer quarante jours, à commencer du 12^ juillet i443» î^ se. faisait arec la permission du duc de Bourgogne , qui avaitdonné pour juge le comte d'Étampes. ' . Cette joute fut honorée de la présence\des ducs de Savoie et de Bourgogne , qqi firent ensemble le voyage de Dijon pour.y àssbter.
Un chevalier espagnol» famçuxpour ces sortes d'entreprises / qui se nommait Pierre Yasco de Saavedra , et qui venait déjà de se faire grand Jionneur daps de pareils tournois à Cologne et en Angleterre» avait touché les deux épus» et
. devait être le premier à combattre.
La lice était magnifiquement parée , les tentes couvertes des bannières des chevaliers. Rien nM-
. galait la richesse dès armures » des baignais , de rhabilljdment desLpages. ,Les ducs de Bourgogne et de Savoie assistèrent à lajouteduprenxier jour» entre le sire de Cbarni.et dom Pierre de Saave- 4ra qui combattirent à pied. Puis lé duc Philippe alla rjecoudmire son noble cousin jusqu'à Saintr Claude*. Mais Tentreprise^ d'armes continua en son absence et après son retour. Tout s'y passa
. avec courage et courtoisie ; tous les champions montrèrent tant de force et d'adresse , que mal-
]8o flISTOIRE
gré les beanx coups qu*ik se portaient ^^ aucun ne fut TaiDcn. Il n'y eu^ d*autre accident qu iine blessure légère reçue par un seigneur piémonlai^, nommé le comte de Saint-Marlln » ^n jouiant contré le sire Guillaume de Yaudrey.
Les deux écus' avaient déjà été suspendus à Fàçbre de Xlharlemagne. durant lin mois , et le terme du pas d'armes n'était pas epicore arrivé. * Il y^ avait encore deux joutes, à faire' ei^tre le comte de Saint-Martin et Guillaume de Yaudrey, entre don Diego de Vallièrer et Jacques de Challant. Le duc les fit venir , leur dit qu'il allait partir pour la guerre avec ses cbevaliers^ que son . armée était déjà entrée dans le Luxembourg , qu'il les priait de vouloir bien , en sa faveur , renoncer à leur défi , et que chacun s'était suffisamment honoré dans ces tournois. Il leur fit de beaux présents /et les traita avec tànt^de bonté qu'ils le remercièrent à genoux. Puis les tenants de la joute firent offrande à la sainte Vierge des deux écus^de l'arbre de Gharleinagne, et les suspendirent dans l'église de Notre-Dame de Dijon.' (i). . ^ •
Au' mois de novembre 1 44^ » la cour de Bourgogne se trouvait à Mons» étalant tout le faste et ie luxe qui lui étai^it ordinaires. On y vit arriver lin écuyer nommé GalépttaBaltazin» chambellan du duc de Milui> qui 8*en allait'de pays en
(1) Umtrche. «— H. de Barante, HUtoire des ducs de Bourgogne.
DE LA CH£TAL£RIE* i8i
pays , cherchant les faits d'armes et la renomîoiée. .II était beau, de grande taille > de conte* il^nce assurée y et avait avec lof une suite de trente chevaux environ. Le duc dé Milan était allié ià duc PhiHppe, et il avait défendu, au seigneur Galéotto de provoquer personne dahs le^ états de fiourgogne, sans avoir auparavant l'agrément du duc; Il comptait passer en Angleterre pour y chercher aventure » s'il ne trouvait point ^'adversaires parmi les Bourguignons. Mais il ne pouvait en manque^ Le sire de Ternant entre autres désirait depuis longtemps une telle occasion. Il obtint la permission du duc pour faire une eutfeprise d'armes. Aussitôt il comtnença par porter au bras gauche , comme gage de son entreprise , la manchette d'une dame en belle dentelle , bien brodée , suspendue avec une aiguillette noire et bleue à un nœud de perles et de diamants.
Toison-d'Or/ lè héraut, alla alors annoncer au seigneur Galéotto/ que, s'il voulait se trouver à midi dans la grande salle chez lé duc , il y verrait un chevalier qui faiisait. une entreprise. Il n'y manqua pas ; mettant un genou en terre , il demanda d'abord la peràiission du^ duc ; quand elle fut accordée , il s'avança avec upe profonde révérence v^rs le sire de Ternant: « Noble chesvalier» dit-il, en portant la main à son bras , 9 je touche le gage de votre entreprise , ^t , au. » plaisir de Dieu , j'accomplirai ce que vous dé*
l8a HI8T0IB£
jsirez faire» soit à pied, soit h cheyal. )d Le sire de Tcrnant le remercia humblement; on convînt des conditions delà joute;. elles fiTrent écrites et scellées. Le seigneur Galéotto demanda à retournera Milanpoui achever ses plrëparatifs> et l'aitaire fut fixée au mois d'avril i44& > dans la ville d'Arras.
La lice fut préparée sur la grande place de cette ville; elle était carrée et fermée d'une double enceinte de fortes planches ; les deux portes étaient en face l'une de l'autre , et la , tente de chacun de» combattants y était dressée* 'Celle de Ternant était en damas noir et bleu, avec l'éc^isson de ses armes; il avait fait broder àl'entour en grosjies lettres : Je souhaite avoir de mes désirs assouvissance, et jamais d'aigre 'bien* La tente du seigneur Galéotto n'était pas moins belle. ^
Une tribune richement tapissée avait été préparée, pouf^ le duc, «sur le milieu d'un des c6tés de la lice. Deux cents soldats de la, ville d'Arras étaient rangés dans le passage laissé k l'entour de la lice, entre les doux enceintes de planches. Huit hommes d'armes , le bâton blanc à la main, .se tenaient dans la lice pour séparer les combattants et exécuter les ordres du duc. Il arr|i^a avec son fils,- le comte de Charo]^is,.le comte •d'Étampes, ses neveux Adolphe de Clèves et le seigneur de Beaujeu , . accompagné d'une foule de noblesse. Il descendit les gradins de sa tri«
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bone et vint s'asseoir dotant là balustrade,' tenant^ en main son bâton de jnge*
Bientôt après , le sire de Teraant parut à che« Tal et tout armé» mais la visière levée » laissant voir son visage fier et bran, et sa barbe nojire. Le comte de Saiot-iPol et le spignenr de Beaujeu étaient venus lui servir d'écuyèrs. On remarqua» non sans quelque blâme» que» contre la cou^ tome de tout dévot chevalier» il ne portait point \ son col une banderoUe de dévotion. Il descen* dit de cheval, s'approcha de la tijbune dhi duc,, et lui exposa son emprise^ puis se retira, en sa tente. Le seigneur Galéotto entr^ ensuite dans la lice » sauta légèrement de son cbeyaly tout armé qu'il était» se présenta à son tour devant le duc» avec le comte d'Étampes qui lui servait d'écuyer » puis alla dans sa tente.'
Pour lors» le sire d'Humières» lieutenant du maréchal de Bourgogne» et rem{dissant son office en son absence » parut à la. tête des roi^ d*ar^ mes et des^à^uts. Les publications ^ les défen ses de rien faire. qui pût^porler trouble ou. dommage aux cpmbattants » ïivrcnt criées conume à la coutume ; puis il alla .à la tente do sire de Terùant lui demander les iirmeS' c{ue selon les conditions » il devait fdurnir. Le seigneur Ga^iéotto choisit une des deux lances qu'on lui présenta de la part de son adversaicje. Un rnooiend après, chaque comlAittant sortit de .son pavillon tout armé et là visière baissée.
184 HISTOIEE
- Le'sîre de Teraant' fit d'abord tin çrand soigne de croix, puis niit -sa lance en arrêt, -et corn* mença à marcher d'un pa$ ferme et paissant , de sorte qu'il enfonçait d'un pied à chaque pas dans le sable dont la lice était couverte. Quand le seigneur Galéotto eut aussi fait le signe de la croix avec sa banderoUe bénie, toute peinte d'images de dévotion^ il prit sa lance des mains du comte d'Étampe's. Il la maniait comme une flèche, et se mit à courir h l'encontre de son adversaiVe, de telle façon qu'on n'aurait pas cru qu'il fôt couvert d'une lourde armure. Les deux combattants se rencontrèrent de leurs lances. Le seigneur Galéotto brisa la sienne, et son casque fut faussé du coup qtielui poossa le sire dé Ternant.
Les rois d'armes arrivèrent, et avec une corde qu'avait mesurée le maréchal de la lice, marquèrent les sept pas dopt chaque combattant de* vait recoller* pour recommencer à pousser une nouvelle lance. Ils y revinrent ainsi jusqu'à sept fois, toujours avec une force et une fermeté lUerveilleuse , brisant leurs lances et faussant profondément leurs armures.
Pais vipt le combat à coups.d'estoc.Le sire de Ternant avait changé d'armure, et avait pris une cotte d'armes de satin blanc , 4>rodée en écailles d'argent, éomméon'^ représentait les neuf preux dans les tapisseries d^ Arras.* Ce combat fut terri* ble; ils rompirent leurs épées; >3s firent sauter
DE LA CHBTALBRIB. l85
des pièces de leurs armures; iQurs gantelets de fer furent brisés : à chaque fois on rajustait les pièces qui auraient-laisse' les chabipions désarmés.
EjQsuiie on apporta les haches. Elles étaient faites daHs la forme d^un triple ^coin à fendre le bois; et, selon 9 les coiidilions du combat» elfes n'avaient pas de jointes. Le sei^gneur Galécrtto Tint d*abord sur son adversaire avec une forbe et une vivacité extraordinaires; mais le sire de Ternant se déroba au coup en passant de côté; la hache tomba à vide; Tllalien déjà chancelant ' de ce fauxinouyement , r^çut au même moment une atteinte vigoureuse sur lé col ; on crut qu'il allait cheoir y mais il reprit pied; le' combat s'a*^ niipa^ et le seigneur Galéotto se mit h serrer de si près et à coups si redoublés le sire de Ternant, qu'on pensa un moment que celui-ci allait suc^ combcr^ Cependant 1 un et l'autre étaient encore debout après les quinze fcoups.
Quelques jours après , se fit le combat à cheval. Rien n'était si riche que le harnachement et l'armure des chevaux; mais cbacfnne des pièces qui bardaient le cheval du seigneur Galéotto se terminait par une longue pointe d'acier. Le duc envoya aussitôt- Toison-d'Or lui dire que cela était contre l'usage des nobles champs clos. Il s'excusa, et arma son cheval d'autre sorte.
Le cooàbat était & la lance et à l'épée. Le sire de Ternant avait la lance en arrêt et son épéé à la ceinturé. L'Italien tenait sa lance de la main
droite, son épée et sa beiâe de Ja maip gauche. Il évita le choc de la laoee» et, conn'aissant la force de. soii cheval» il é'eii vint keurter rudejnent celui de soii adversaire. £a effet, il le fît fléchîr dès jambes de derrière , et lé sire de Ter- Drant tomba surila croupe. On le crut «perdu ; mais sans se troubler» il releva son cheval et lui. Auasitôt il porta la main pour Urer son épée. Dans le mouvéraent/la ceinture s'était à demi-brisée, et r.épée pendait à Tenvers. Ne pouvant la saisir, il prit sa bride de la main droite; de la.gauche, il opposait son gantelet à l'épée de sire Bal- ^zin , et cherchait à la saisir par la lame. Enfin , la ceinture acheva de se rompre > et Tépée tomba sur Je sable. Pour lors , d'après les conditions , il fallait qu'elle lui fut rendue. Le combat recommença plus égal ; après quelques coups , le sire ' de Tema^t parvint à serrer de près son adversaire , et chercha loipgtemj^s à faire pénétrer la pointe de son épée entre les pièces de l'armure, au poignet, *au pli du bras, sous l'épaule, à la jointure du casque et de la cuirasse , k la ceinture. Parfois, on la voyait entrer de deux doigts, mais' ce fut en vain ; l'armure était «i bien faite, ^ qu'elle garda l'Itali^i de toutes blessures. Après un assez long ten^ps, le juge fxi cesser le combat Il y avait longtemps qu'on n'en avaijt vu un si beau ,et si rude. Les deux champions s'embrassèrent par ordre du duc*; il fit asseoir le seigûeor Galéotto à sa table, et lui donna les plus beaux présents.
DE Là. CHBTALERIE. 187
Quelque tqmps auparavant» et pendant les fêtes C[ui eprent lieu h Foccasion d'uu' chapitre de ïa Toison d*or,.que le duc tint à Gand, sur la fin de Tannée 144^ * î^ arriva d'Italie un che^ valier sicilien, serviteur d'Alphonse » roi d'Aragon, qui se nommait Jean de Bonifazio. Il de^ manda au duc la permission de £ure une entreprise d'armes. L'ayant obtenue > il se montra à la cour avec, son gage d'entreprise , qui étmt un carcan d'or attaché à la jamtbe gauche » et soutenapar une chalno. C'était à qui toucherait le premier ce gage d'entreprise. Le duc accorda la préférence à un des plus vaillants , des plus courtois, des plus sages 'Seigneurs de Flandre, que chacun aimait et estimait au premier rang, tout jeune qu'il était, car il n'avait que vingtquatre ans : c'était le sire Jacques de Lalaing.
X^a lice fut ^dressée sur le grand marché des vendredis. Une tribune > richement qmée, fut préparée pour le duc, juge du combat,, pour le duc d'Orléans et pour toute la cour qui -était nombreuse et briÛante. A une des portes de l'enceinte , était la tente de messire Bonifado , d'étoffe de soie blalnche et verte, avecTéçusson de ses armes , qui, étaient ime femme portant un dard, avec la, devise : a Qui «a belle .dame, la. 9 garde bien. », IL sortit de sa tente, vint se pré^ senter devant le duc ,^et rentra pour prendre ses armes. Les hérauts avertis^ient à haute voix les tenants de prendre leurs armures : a Lacez»
» lacez )) , criaient-ils.
1 88 BiSToniB
Jarcqiies de Lalai^g entra par la porte opposée » tout armé , avec une eotte aux armoiries de sa maison » jet là visière levée. Il avait pour étuyers Simon de Lalaing» son oncle , chevalier de là Toison d'Or, et un vaillant Breton , nommé Hervé de Ifériadet. Il s'avança vers la tribune -du Juge, se mit à genoux, et pria le bon duc, son mattre, de vouloir bien! le faire chevalier. I^ duc descendit dans la lice. Jacques* tira son épéè, en baisa la poignée, la remit au dud; il s^eh servit pour donner la col^é , le coup retentît sur Tarmure; puis le duc le releva , lè baisa sur la bouche, et lui dit : « Au nom de Dieu, de » Notre-Dame et de monseigneur Saint-Georges, > puissiez-vous être bon chevalier. » Le nouveau chevalier se retira dans son pavillon , et bientôt les deux champions e&trèrent en combat, n Fai- »^ tes votre devoir » , crièrent les hérauts.
Chacun portait de la main/droite une lourde épéé , de celles qu'on nominait estocs ; de lamain gauche une hache d'armes : une épée plus petite était attachée à la ceinturo. Au bras gauche était passé' un petit bouclier d'acier, de forme carrée, nommé targe. Le duc avait lui-même visité les armés avec soin , comme il n'y manquait pas, lorsqu'elles étaient laissées au choix ^es combattants. Ils commencèrent par se lancer leurs estocs l'un à l'autre de toutes leurs forces. Le sire de^ Lalaing se garantit^ avec sa targè ; le cbevalîer sicilien ne f^t pa^ atteint. Alors ils ti-
DE LA OHBYAtEBIE. iSg
rèrent leur large ; chacuo la jeta dans les jambes, de son adversaire pour Tembarrasser^ etie combat à la hache commença. Le Sicilien frappait de grands coups h la hauteur de la tête dû jeune cheyalier, tâchant de l'atteindre au visage , car il avait une visière'qui ne cc^vrait que le menton et la bouche. Jacques de Lalaing , avec un admirable sabg-froid, profitant de tout ravantagé de sa taille» rabattait > avec le bâton 4® sa hjiçhe» les coups du seigneur Bonifazio» et tâchait» en les écartant» d*enfoncer le bout ferré de ce bâton dans la visière. Enfin, il réussit à le faire entrer dans une des ouvertures ; mais le fer se rompit.
Voyant combien son adversaire était fort et subtil à manier la hache » le Sicilien jeta tout à coup la sienne , saisit de la maingauche celle du sire de Lalaîng» puis j, ayant tiré son épée » il.al* lait lui porter un coup au visage; maille sire de Lalaing fit un pas en arrière et dégagea sa hache. Lç combat devenait pressant et dangereux. «Beaun frère» dit le^duc d'Orléans au duc Philippe » » voyez en quel état est ce noble chevalier. Si vous » ne voulez sa honte , il est temps de jeter votre » bâton, y) Leduc jeta en effet sa bavette blanche dans là lice» et le combat cessa. On lui amena les chevaliers ; il leur dontià des louanges, et remit à une autre fois, le combat à cheval* Jacques.de Lalaing s'en alla, dévotement et tout armé remèrr cier Dieu dans l'église prochaine » car il était fort
igo HtSTOOlB
pieux, ce 4|iii n'était pas comman à son âge.
Le^combat à cheval n*eot rien de remarquable que la dextérité du cberalier sicilien et la ma* gnifîcence de Farmure et des ajustements du sire de Lalaing.' Il avaii^ ainsi que cela se pratiquait quelquefois» des rondelles di'acier ajustées à son armure ; Tune au/poigitet , Tautre au coude, Taulaw près de Tépaule. Le seigneur Bonifasio frappait si juste , que sa lance venant à s'arrêter sur Tune ou l'autre des rondellesVil tenait le jeune chevalier k une distance où» de sa lance, celui-ci ne pouvait atteindre tout à fait jusqu'au corps .de l'adversaire. On fut obligé d'interrompre la joute pour ôter les rondelles. Après qu'ils eureiit couru viagt^sept lances , le combat fat terminé à leur grand honneur à tous deux. Ce fut un beau commencement de chevalerie pour le sire de Lalaing, et le seigneur Bonifano augmenta la renommée que se fabaient les cheva* liers d^Italie.
Après ce tournoi , Jacques de Lalaing, (pie les Flamands ont surnommé le bon chevalier, était allé chereher des joufles en France , en Gastille , en Aragon, en Portugal, en Ecosse; et avait eu partout de beaux faits jTarmes. De là , il était venu en Angleterre , où il avait publié une entreprise. Comme il n'avait pas obtenu la permissiop duToi , on lui remontra qu'ilagissait contre l'usage et la loi du pays. A cela il répondit : « J'ai &it vœu de pubUor mon entreprise dani
DE LA CHEYàlERIE. I9I
» la plupart des royaumes chréttens ; si je de-' 9 mandais une permission qu'on pourrait me » refuser, je m'exposerçûs à manquer à mon vœu, » et à désobéir à une personne que je crains plus 9 de mécontenter que tous ic^s rojs du monde 9 entier. » Ainsi il continua à publier son entreprise; mais le roi n'ayant pas fait connaître sa volonté*, personne ne se présenta. Comme il venait de s'embarquer à Sandwich , un écuyer du pays de Galles, nommé Thomas Kar, se jeta dan^. un petit bateau, et» abordant $on vaisseau, lui demanda à le combattre , sinon en Angleterre » du moins en présence du duc de Bourgogne. Sa demande fut accueillie avec empressement, et le duc de Bourgogne fit dresser à Bruges une lice poitr ce combat. ^ ^
Le sire de Lalaing avait pour écuyers le sire de Beaujeu , Adolphe de Clèves , seigneur de^Ra^ ' v^n^ein , le bâtard de Bourgogne et d'autres grands seigneurs qui, pour lui faire honneur > portaient ses couleurs, la robe de satin gris et le pourpoint Cramoisi. - '
Le combat de la hache commença; le sire de Lalaing portait la sienne. par le milieu pour se servir, à son choix, bu du bout ferré ou de la niasse qui était en bec de feucon. Tantdt iles* sayait d'entrer dans la visière avec la pointe, tantôt tenant sa hache des deux mains ^ il frappait à grands coups de masse sur le casque de l'adversaire. Celui-ci, sans s'émouvoir, parais
igS HISTOIRE
les coups » e( se défendait fièrepielit. Enfin ,- repoussant du tranchant de sa hache une des attaques du sire de Lalaing, il l'atteignit au -défaut du gantelet On vit tout aussitôt le sang couler eu abondance du bra^du bon cheyalier » et sa main gauche lâcher la hache, car il n'avait plus U force de ]a soutenir. ^
Chacun pensa que le duc allait arrêter le combat où son cheyalier le plus aimé courait un tel péril. Mais il craignit de paraître pai^tial contre Fétranger, et ne donna aucun ordre. Cependant le sire de Lalaing avait passé sa hache sous le bras gauche 9 comme une femme porte saquenouiUef et la dirigeant de la mfiiu droite , il parait avec le manche les coups qui lui étaient portés. Toute l'assemblée tremblait pour le jeune cheyalier; de temps, en temps » il soulevait sa main blessée, et Ton en voyait dégoutter le sang. Il semblait qu'il voulût ainsi montrer à son seigneur en (juel état il se trouvait. Les assistants avaient tous les yeux fixés sur le duc. Quoi qu'il lui en pât coûter, ilTOulut faire son devoir *de juge> et s'en fia à Dieu et à la chevalerie "de son cher Jacques de Lalaing.
Ne pouvant plus soutenir ce combat inégal, Jacques j>ous$a le bâton de sa hache entre le bras et le corps de son adversaire^ , et, se jetant sur lui, il souleva son bras blessé et le lui jeta sur l'épaule, tandis^que de l'autre, il le saisit par le bord de^son casque; puis» il tira avec
SE LA CHEVALERIE. IqS
force. L'Anglaîs fut .pris h rîmprovîsle ; son aruiure était lourde , et le bon cheralier armé à la légère. Il fut ébrajUé» et entraîné^ en avant sans pouvoir se retenir. En un clin d'œil, U tomba de son long , la ylsièr^c dans le sable. Jacques de Lalaing ne songea point à user.de son avantage ^ ni à faire un .mauvais parti h son adversaire; il ramassa la hache, et se présenta devant son ju^e. Les liérauts relevèrent l'Anglais; il voulut dire qu'il, ri'élaît tombé que sur le coude , et s'était * retenil. Le maréchfl de la lice et les témoins
mm »
attestèrent qu'il avait eu tout le corps à terre; et la victoire fut reconnue au bon chevalier. II se montra si courtois et si généreux qu'au lieu d'enjoindre à son adversaire vaincu de s'en aller» selon les conditions du combat» rendre son gantelet à la persopne que désignerait le vainqueur, il lui fit grâce de cet afiront/et lui donjia même un beau diamant comme gage de consolation et d'amitié.
Après son tournoi de Bruges, le sire âe La-' laing continua à. chercher les aventures; car il s'était promis de paraftre trente fois en champ clos avant d'avoir atteint sa trentième année. Pour en venir plus sûrement h ses fins, il imagina d'aller tenir son entreprise à Châlons-sur- Saône. C'était la route d'Italie, et comme on approchait de l'année i4^o^ où devait se faire le jubilé à Rome, beaucoup de chevaliers déviaient passer par là. Le sire de Lîflaing s'était associé
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au seigneur Pierre de Vascp , ce chevalier espagnol qui avait combattu à Tarbrè de Charlemagne. Ils firent dresser à Châlqns , de Tâutre côté de la rivière , tin grand pavillon ; on y voyait un tableau représentant la sainte Vierge tenant Tenfant Jésus. Aii bas de ce tableau était la représentation d'une figure de feinme richement vêtue, qui semblait éplorée, et dont les larmes toin-" baient dans une fontaine. Près de cette fontatne < était une licorne qui, portait les trois écus qu'on devait topcher pour le combat de la hache , de l'épée ou de la lancée.
Les deu3^ chevaliers devaient passer une année entière à Châlons , pour y combattre contre tous venants ,^ au nom de lai dame des Pleurs. Le duc n'avait pu veâir si loin de la Flandre , où ses affaires le retenaient; mais il avait envoj é Toisond'Or, pour servir de juge en ça place, et tout se fit avec une extrême solennité. Il se présenta successivement plusieurs chevaliers ou écuyers de Bourgogne, de Nivernais, de Savoie , de Suisse. On y vit Jacques de Bonifazio , et ce fut lui qui eut le prix de la lance. Le duc d'Orléans, la duchesse , madame d' Arguel ^ et toqte une cour brillante qui revenait d'Italie ,' honorèrent ' de leur présence plusieurs joutes. Lorsque l'entreprise fut à sa fin , le bon chevalier donna un graiSd banquet à tous les nobles combattants. Pour orner la table, il avait fait faire un entremets. C'était ainsi qû on appelait les figures et repré-
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sentsftions qu'on faisait' paraître dans les banquets. II avait Toulu que tous les combattants fussent points avec leurs arnàures > et Ton voyait son propre portrait avec un%coupIet écrit devant ses pieds » où il témoignait sa recon naissance à tous les nobles compagnons qui avaient biea voulu le prendre pour adversaire ; leur offrait de le$ servir, en toute occasion , de son corps et de , ses brens.i comioae leur frère d'armes. Il fit présent d'une belle robe de martre zibeline à Toison-d'Or. Enfin, après avoir salué courtoisement la dame, des Pleurs , et baisé les pieds de }a sainte Yiefgê, il fit porter, avec respect et en procession , le tableau , la figure et la licorne dans. l'église de Châlons. De là il partit pour aller pubfier des entreprises en Italie.
Lé duc t*hîlippe employa le même chevalier de Lalaing,' pour donner les premières leçona d'armes au comté de Gharolais, son fils, qui succéda à son p^re, sous le nom de Gharles-le- Téméraire. Le duc 'fit prépârier à Bruxelles, en 14^1 9 nn magnifique tournoi , exprès pour que le jeune pripce y combattît. Mais comme il n'était jamais descendu dans la lice , le père choisit Jacques de Lâlaing pour courir la première lance avec son fils. Chacun disait que jamais si^grand honneur ne pîoùrrait (être attribué à un meilleur chevalier, et que c'était -à lui mieux qu'à nul autre qu'il appartenait d'épro|iver le noble fils ^e son souverain, celui qui devait être un jour son
seigneur.
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On se rendit aq p*arc de Brtixelle&» et pour cette foK la bonne dachessé^ qui, d'qrdinaire, n'assbtait pas & ces jeux guerriers, vint au tournoi, pour y voir jouter son fils unique, qu'elle \. aimml lanl. Les lances furent. douQées , et les chevaliers courant ï^xn sur l'autre, le comte de Charolais brisa sa lance sur l'écu de son adversaire. Pour le sire de Lalaing, sa lance ne toucha point ; elle passa au-dessus |lu casque. Lç' duc vit bien que le bon chevalier avait ménagé son fds. Il se fâcha, et fit dire au sire de Lalaiiig que, s'il voulait en agir ainsi, il ne s'en mêlât plus. D'autres lances furent ' apportées. Cette fois , Jacques de Lalaîng courut ferme sur le comte , et les deux lances furent brisées en même (emps. Alors ce fut la ''duchesse qui se fâcha contre le sire de Lalaing; mais le duc riait et se raillait ^ doucement de sa crainte. Ainsi le père et là mère' étaient d'opinion diverse; l'un désirait l'épretive, £t l'autre la sûreté.
Tous les gens sages- de cette cour se réjouissaient, voyant l'assurance et la bonne grâce de leur jeûne prince ; chacun disait qu'il se montrerait digne de sa noble race. Le jour du tournoi, dans la place du marché de Bruxelles , il ne paVut pas avec moins d'avantage, devant la brillante noblesse , qui était venue de toutes parts, et devant une foule de apectateurs. Il fut conduit et a/écompagné par son cousin le comte d'Étamr pes , et led princes , ses parents et ses alliés. Le
Bcr'd*Aiix! et ic* sire de Rosi^bos, quiTavaient nourri et -gouvcraé depuis son eoTance » Se. tenaient au plus près de lui. Toiis ses jeunes cornpagnonsi Philippe de Groy, Jean de lu Trémoiile» Charles de Ternant et d'autres » étaient venus aussi ^ire leurs premières entreprises d'armes* Le comte rompit dix-huit lances r donna et reçut de fortes atteintes , fit bien son devoir en tout. Sans cesse il fut encouragé par les applaudissements de rassemblée» et par les hérauts (jui criaient : « Montjoie Saint-Andi^é. » Le soir, les damés lui décernèrent le prix.
Nous terminerons la relation des tournois de la cour de Bourgogne , par celui qui eut lieu à ^occasion du mariage de Charles-Ie^Téméràiro arec la sceur du roi d'Angleterre , en 1 468.
On prépara la lice sur la graiide place de Bruges 9 et le bâtard de Bourgogne fut le tenant de la joute ; il avait pris le personnage et le nom de chevalier, de l'Arbre -d'Or. Dès le matin» un poursuivant d'armes à la livrée de l'Arbred'Or» avait remis au duc une lettre de la part de la princesse de l'Iie-Inconnue , où elle proine^ tail sa bonne grâce au chevalier qui pourrait délivrer le géant enchaîné qu'elle avait mis sou^ la garde de son nain. En effet, dans la lice, en face do la tribune des damés , était un grand &apin dont la tige était toute dorée , et qui 8*'élè- Vait au dessus d'un perron. Au pied de l'arbro étaient le niûn, vêtu d'une robe mi-partie de blanc
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et de cramoisi , et le géaot avec uQe robe de drap d'or et un chapeau à fa mo^e des Proyençaux. Il était enchaîné par le milieu du corps » et le nain le conduisait en lesse*
Bientôt on frappa à la porte de la lice; c'était Raveiosteiû , héraut de M. de RàVeinstein .:
« Noble ti^fficier d'armes, que demandez-vous ? » dit Arbre-d'Or, le poursuivant. » — « A cette 9 porte est arrivé haut et puissant seigneur , » M* Adolphe de Glèves, seigneur de R^vein- » stein, pour accotnplir Tàventttre de l'Arbre- » d'Or. Je vous présente' le )>lason de ses ar- » mes, et vous pri^ qu'ouverture lui soit faite et » qu'il soit reçu. » /
Arbre-d'Or s'agenouilla , prit respectueuseinent Técusson du chevalier» aUa le montrer aux Juges» puis le suspendit à l'arbre* Le nain et son^ géant allèrent eux-mêmes ouvrir la porte. M* de Ravçinstein fit alors la plus brillante entrée : ses trompettes , ses clairons » ses tambours ouvraient la marche ; ensuite venaient ses.offîciers d'armes ^t un chevalier âe sou coqseil , tous vêtus de ses couleurs en velours bleu et argent. Pour hii » il était dans une litière cramoisie et or. Sa rob6 était de velours couleur de cuir» foiurrée diierminés» à collet renveji^sé et à manches ^u* vertes» Il portait sur la tête une barrette noire. Après la litière» un valet de pied conduisait eh main spn grand destrier magnifiquement enharnaché; puis venait un cheval de somme chargé
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de.Seux paniers qai renfermaient les armnres da sire de Rareinstein.. Son fou, qai était un enfant ▼éta à sa livrée» était assis entre les deux paniers.
Lorsqu'il fut arrivé devant la duchesse, il ota sa barrette, mit un gçnou en terre, e:^ lui tint un fort beau discoiirs, oh il racontait, selon le rôle qu'il avait appris, qu'il était un ancien chevalier longuement éprouvé aux armes et aux aventures , mais tellement affaibli sur ses vieux jours , qu'il avait laissé le ; métier. Toutefois, 4ans une si belle occasion , il avait voulu tenter une dernière joute, pour laquelle il demandait humblement son agrément.
Lorsque les chevaliers se furent armés, l^nain Mnnii^ da cor pour donner le si^al ,. et renversa un sablier pour mesuser le temps qii§ Ija joute de* vâit durer. Après une demi-heure, il ^onna encore pour arrêter le combat. C!était le bâtard de Bourgogne qui, avait rompu le plus de lances; ce fut lui qui eut l'anneau d'or , et toute la cour se rendit à un splendide banquet, dont les en^ tremets furent fort récréatifs : c'était une grande licorne , sur laquelle était monté on léopard portant la bannière d'Angleterre, et une fleur de marguerite qu'il vint présenter au duc; c'était }a petite naine de mademoiselle!. Marie de Bonr* gogne,>babiUée en bei^ère, montée sur un grand lion d'or .qui ouvrait la gueule paç, ressorts, et chanta un rondeau en l'honneur de la belle bergère , espoir de la seigneurie de Bourgogne.
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Ce furent pendant huit jours seniblabtes fêtes, tournois, joutes pour Tentreprise dé l'Arbred'Or, en gtiise d'aventures de chevalerie; banquets et entremets de plus en plus merveilleux par rimagiuation et les industrieuses nïécaniques qui les faisaient mouvoir. Si bien que, le dernier jour , on vit entrer dans la salle une baleine do soixante pieds de long , escortée de deux grands géants. Son corps était si gros qu'un homme à cheval aurait pu s'y tenir caché. Elle remuaitia queue et les îiageoires ; ses yeux étaiept deux grands mh^oirs. Elle ouvrit la. guei^le/ et l'on en vit sortir des syrènes qui chantaient merveilleusement» et douze chevaliers marins qui dahsèrênt, puis se combattirent les uns les autres , jusqu'à ce que les géants, les fissent rentrer dans leur ba-p leîné (i).
Ces Portes S entremets étaient en .usage dans toutes les cours,, dans les banquets solennels qui avaient lieu aux grandes fêtes. Entre les différent^ services, on représentait devant les convives des spectacles aussi merveilleux que les enchantements placés ,par les auteurs des romans de chevalerie dans les palais des fées et des magi* tiens. Pour donner une gratide idée de là magnificence de nos rois, de l'immensité des salles, des tablés oii se dressaient les décorations destinées à produire des Illusions et des surprises, il
(1] M. de Btranle , His!olre des ducs de Bourgog;ne.
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suffît dé rappeler qq' apparaissaient totit-à-conp, avec un art incoDcetrable ; dés villes , deâ jcampagnes, des châteaux peuplés de divers person- * nagejs» des. fontaines de yin, des ruisseaux de lait et de miel^ dés.rocfhers de patissçrie. Une figure de lion remplie de ressorts bien.ajùstés^ entre dans la salle, s'arrête devant le roi,- et , ouvrant son estomac, fait paraître les armes de France (i)» ' Matthieu de Couci et Olivier de la Marche, témoins oculaires- de la fête qu'un duc de Bourgogne donna pour la croisade qu'il voulait ent'i^eprcndre» racontent'commont , cû guise d'entremets» on offrit sur la table même des spectacle^ analogues à l'entreprise pour laquelle se rassem* blalent tous les braves chevaliers. Un géant , armé en Sarrasin» entra» conduisant un éléphant chargé d'une tour, dans laquelle une femme éplorée et captive , versant des larmes» accusait la lenteur de ceux qui avaient jurer de la défendre. Sous cet emblème» les convives reconnurent la religion» opprimée par le* joug musulman; rougissant de leur inertie, ils sentirent le réveil de leur antique ardeur , et ne deoiandèrént plu« pour partir que le baiser Se jeurs dameà, et la bénédiction de leurs évéques (2).
(1) La GolQmbière.
(1) Marchangy, Gaulé poétique. :