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CHAPITRE XL

Des officiers d'armes.

Nous avons eu déjà souvent occasion de parler des roîs, des hérauts et des poursuivants d'armes , que l'on désignait sous le nom générique d'officiers d'armes. Il est indispensable, pour l'intelligence dp ce que nous ayons dit , et de ce qui nous reste à.dire surles institutions chevar leresques , de connaître la nature des fonctions, les droits , les charges et les privilèges de ces officiers , qui jouent un si grand rôle dans tout ce qui tient h la chevalerie.

L'înstiliit.îon de ces représentants des roiè, des princes études peuple^ , destinés à entretenir, au milieu de la guerre , des relations pacifiques entre les États et les souverains, remonte au ber; ceau de Thistoire. On voit dans l'Iliade des hérauts porter au rôi des rois les messes de Priam et d'Hector. Agamemnon envoya les hérauts Eurybate et Talthybius enlever la belle Briséis de la tente du fils de Pelée; et tel est le respect du fougueux Achille pour ces' ministres de Jupiter et des hommes, qu'il ne s'oppose point à ce qu'îls

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exécatent les ordres qu'ils ont reçus (i). Les BardiiS paraissent avoir rempli le même, emploi chez les Gaulois, nos aïeux» et ja harpe de ces chantres sacrés, qui faisaient partie de Tordre 8£^cer dotal / ne faisait point en vain -retentir des accents pacifiques devant la barrière des camps, ou sous les sonibres murs. des palais des chefs. Les féciaux et les pères- patrat» des Romains étiaient révérés d'un bout du monde h l'autre , avant même que leur aigle victorieuse eût parcouru la terre. En Grèce, ils étaient honorés de tous les citoyens, nourris et entretenus, par le peuple, et reconntis par tout le monde pour être les seuls chargés d'inviter à 'la paix; c'est pour cela qu'on les appelait elftnvoSlx^ , arbitres delà paix. Us portaient à la main des baguettes de palmier ou d'olivier (symbole de la paix) , entourées de laine pour indiquer avec quelle douceur ils devaient s'acquitter de leur charge ; ces bagmettes étaient ornées d,e d.eux cornet d'abondance , pour signifier que la paix produit toutes sortes de biens.

En France, Tiiistitution des hérauts et rois d'armes est aussi ancienne qi^ la nronarchie. Ces. ministres d'un prince et d'un peuple guerrier étaient divisés en trois classes, sous le nom de chevaucheurs , de poursuivants et de hé^ rcuits d'armes. Un chef suprême, appelé' roc d'à:!--

(l) Homère, Iliade, chant 1«'.

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mes , exerçait sur ces diverses hiérarchies ane autorité preçqoç absolue. On ne parvenait aux différents degrés de Tordre que successivement, et après un certain nombre d'années dç service dans les cours et dans les armées. Les fonctions les plus, pénibles, et cependant les moins importantes, étaient confiées aux éhevaiîcheurs» qui' commençaient par lii à se former aux exer-^ cices de leur profession. Toujours prêts à accomplir leis commissions dont il plaisait à leur seigneut do les charger , ils l'environnaient, quand il comn^andait Tarmée, pour être à portée de recevoir ses ordres et de les porter aux chefs de guerre répandus sur les divers points de la bataille. Ces ordres étaient-ils en même temps plus importants et d*une nature plus difficile, c^était aux poursuivants d'armes qu'on les confiait. CiOux-ci remplissaient ^ peu près les mêmes fonctions que celles dont les aides-de-camp sont chargés de nps jours auprès des généraux d'ar<^ mées.

Quand un chcvauchcur passait au grade de poursuivant;» un héraut le présentait au seigneur, et demandait à œlul-ci quel nom il voulait lui donner. ^Le seigneur lui imposait ordinairement Celui d'une ville de son obéissance. Le héraut, tenant le rétipiendaire de la main gauche, l'appelait k haute voix par son nouveau nom , et répandait sur sa tête, inclinée sur un bnssin, une coupe de vin et d'eau qu'il tenait de la main

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droite, cérémonie qui rqppelaîl celle dii baptême, et quî avait aux y^ux des peuples un caractère presque également sacré. Le hératijt prenait ensuite la tuoique du seigneur, en reyétait le poursuivant , et , par une singularité assez bizarre, observait qu'elle fiJtt placée de manière que Tune des manches tombât sui^ la poitrine, et l'autre entre les épaules, ie ]poursuivant devait toujours porter ainsi cette sor le d^ vêtement jusqu'au jour ou il passait aq grade de héraut. Ces officfers portaient toujours sur eux l'écùsson des armeâ de leur seigneur. A la difTéreuce des simples coureurs , qui le suspendaient h leur ceinture , les chevaucheurs le portaient au bras droit, les poursuivants au bras gauche, et les hérauts sur la poitrine. On ne parvenait ii ce dernier grade qu'après avoir exercé pendant sept années celui de poursuivant. L'usage était de recevoir les hérauts, soit à la glle^re, dans un jour* de bataille, soit aux couronnements des rois et des reines, soit dans la solennité d'un tournoi. Le prince , après avoir fait publiquement l'éloge de la fidélité, dç la diligence, de l'honnêteté et de la discrétion de son poursuivant, déclarait qu'il le mettait au nombre de ses hérauts. Le plus ancien des hérauts dictait alors un serment, que le récipiendaire répétait après lui. dé g)rade anoblissait celui à qui il était conféré. Son seigneur lui donnait ordinairement une terre ou < fief, et désignait les armes ou le blason qui de-

valent lui appartenir^ et à sa descendance àperpétuitë'. Le nouTeaii héraut changeait encore de nom : il recevait îè plus souvent celui de ({uelque province ou du seigneur même.

L'emploi des hérauts d'armes consistait principalemei^ à représenter la personne du prince dans les négociations dont ils étafent chargés» traités de mariages entre les grands , propositions de paix y défis, de bataille. Voilà pourquoi ils étaient revêtus ^3es niêmes habits que lés seigneurs au service desquels ils étaiei)t 'attachés. La considération dont ils jouissaient était proportionnée à la qualité du prince dont ils étaient les officiers. Ils assistaient en général à toutes les actions militaires, aux combats en champ clos y aux tournois , aux mariages • aux couronnements , ^\x% réjouissances « enfin, à toutes les solennités publiques où nos aïeux mêlaient toujours un appareil. guerrier. . '

Lorsque les rois et les princes souverains instituaient des ordres de chevalerie » ils créaient en même temps un héraut de cet ordre» et baptisé de son nom. Louis XI/ après la création de Tordre de Saint-Kicbel, nomma Mont-Salnt-Michel le héraut de cet ordre 1 Les noms de Jarre-tière, de Toisoh-d'Or, d^ Hermine, de Porc-Epic, de Croissant, etc.» furent donnés, en Angleterre^ en Bourgogne/ en Bretagne» à Orléans» et en Aajïou » AUX hérauts des ordres du même nc$m existant dans ces pays. . .

On a dit phis haut que .ceis divers officiers » chévauchears» poursuivants et hérauts» étaient subordonnés auç rois d'armes. On ne peut mieux ' faire connaître les fonctions et les prérogatives de ces derniers) qu'en rapportant ce qui se pratiquait à la réception du premier des rois d'armes; c'était celui qlii avait l'honneur de représenter le f*oi de France. On le nommait Mont" joie. Le jour choisi pour cette cérémonie (et c'é" tait ordinairement celui de quelque fête solennelle) y le récipiendaire se rendait au palais où le roi ^se trouvait alor^. Les Valets de chambre du prince l'attendaient dans l'appartement qui. lui était destiné. On le revêtait des habits royaux» comme si c'eût été le roi lui-même. Lorsque le monarque était prêt à se ren,dre à l'église ou^à la chapelle de son palais pour entendre la messe^ le connétable de France , ou » à son défaut , les^ maréchaux dû royaume, y conduisaient l'é/a^ précédé des hérauts et rois d'armes des différentes provinces qui se trouvaient alors ^ la cour. Us le plaçaient en face du grand autel sur une chaire {chaise à bras) , couverte d'un tapis de velours au-dessous de l'oratoire dd roi. A l'aspect du monarque. Je récipiendaire se levait de sa chaire, se mettait à genoux devant lui, et pro^nonçait à haute voix le serment qui lui était dicté par le connétable ou le premier maréchal. Après le serment, le connétable lui ôtait le manteau royal» prenait une épée des inains d'un cbeva-

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llçr , et la présentait aa roi , qai s^en servait pour conférer. rordre de la ch6yaleric au récipiendaire» s'il n'était pas encore chevalier. Le connétable prenait ensuite la cotte d'armes , portée par un autre chevalier au bout d^une lance ; il la donnait au "prince, qui en revêtait, faii-niéme relu, en lui disant : «Messire tel.... par cette » côtte d'armes et blason couronné de nos armes» »nous t'établissons perpétuellement en l'office » de roi d'armes ; » et lui posant sur la tête la couronne royale, qui lui était présentée avec la même cérémonie , il ajoutait : « Notre roi d'ar- >mes, par cette couronne, nous te nommons «par nom Montjoie, q^i est notre roi d'armes, » au nom de Dieu , de Notre-Dame sa benoîte » mère, et de Monseigneur Saint-Denys, notre • patrpn. » Les hérauts et poursuivants js.'l^criaient alors par trois fois : a Montjoie Saint-I)enys ! 3f> Le roi rentrait dans son oratoire ; le ç^I d'armes se replaçait sur sa chaire, oji il deiaeiîpait assis pendant tout le service divin , tandis que les rois et hérauts d'armes tenaient le mantçau royal étendu, derrière lui contre le mur. Après foflice, le roi d'armes suivait le roi daftsTsen-palMs, oh les tables étaient dressées pour le^festin.'' Il prenait place au haut bout/ de la scccaida table; Pendant le repas, il.était servi par deux écuyers, et avait devant lui une coupe dorée. Quelquefois» mais -rarement» le roi d'armes était admis à la table du roi » lorsque sa naissance lui peruettait

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de prétendre h un pareil honneur. H hé s'en trouve que deux cxetbples dans notj^ histoi|re ; le premier^st celui de Robert d'Ôrfin , sous, Dagoïiérf; et le second celui de François Ronssy » roi d'armes sous Philippe-Auguste^ .

A la fin du'repas, le roi se faisrâil; apporter, la coupe dorée qui aTùit servi à xness.ire Montj'oie , et y mettait , en or oir en argent , la spipme dont il voulait le gratifier. On prenait ensuite les épices et le vin du côngié ; et le roi d'armes , avant ^de se retirer, présentait au monarque celai des hérauts qu'il choisissait pour son mai'échal d'armeê., IBontjoie , paré de là cotte ""d'armes » et la couronne en tête, se rendait "ensuito à son hôtel » t«ujoijirs escorté du connétable ou des miré^ ohàiix» et des hérauts et poursuivants. Un des valets de chambre dq roi l'attendait danj son appartéoient y et lui présentait de la part du prince ui>^ <f ouronne et liû habillement coitiplet dechcvalîef (*i).

Les rois ethérauls d'^^armes commencèrent surtout à être en honneur et en considération sous le règn« âePhtKppe de Vtflois , dont la cour Surpassa en ïmagni^nce toutes celles de ses prédécesseurs;^ Il ordonnait chaque jour des. joules et des toutP^s; aussi h dater de ce temps» et même longtemps après , les charges de roi et de héraut d'armes ne pouvaient être exercées qu<!^ par les

(1) M. Lebrun de Charmettes, histoire de Jeanne d'Arc*

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gentilshommes ayant fait prenne de lear noblesse devant lé grand écuyer de France, .qai aTaille droit de leur donner leurs provisions , der les recevoir et de les installer dan» leur charge. Peu- à peu cet usagé fut aboli, et ceux qui remplirent lés c|iarges de roi e^ de héraut ne. furent phis tenus à faire aucune preuve de no* blesse.

Ces officiers « et surtout le roi d'armes» jouis saient de privilèges et d'exemptions sans ïiombve. Leurs ^persopnes ^taieift* inviolables et sacrées. Ëgnlemient employés pendant la paix et pendant la guerre , âoiis et ennemis avaient pour eux le même respect. La plupart des commissionsoù il fallait représenter le souverain ou la nation leur étaient confiées; ils s'obligeaient ep^trç autres choses, par s^Arment, 4 procj/rer^en toutiB occasion et à conserver l'honneur des dames etdamoiselles. « Si voùs^en «ntçpdez blâmer quel- » qu'une, x) était-il dit dans leurs statuts ,,« vous » honnêtement les reprendrez*. » Ils devaient un seci^t inviolable è tout le monde , en sorte qu'ils n'excitaient la défiance, d'aucun parti. Il ne leur était pas n^éme. permis db révéler à leur seigneur les aitreprises secrètes de ses adversaires , lorsqu'on les av itune fois confiées à leur discrétion (i). ' . . ; ' *

Les hérauts étaient reçu^ dans toutes les cours (1) VUlarety Histoire de France, tome xi.

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des princes et des seigneqrs , et ceux qui leur re- ** fusaient eet honneur étaient regardés comme discourtois et indignes du titre de gentilshoiiimes*

JIs avaient le droit de reprendre les vices des chevaliers , ecuyers et nobles ; lorsqu'ils oubliaient y. pat* une conduite blâmable, ce qu'ils devaient à leur rang et à feur naissance; et s'ils méprisaient les avis des hérauts , et ne se corrigeaiedt point de leurs défauts , alors ces deniers les chassaient des jo»ies et des tournois. >

Les héraats étaient obligés de mettre par écrit tout ce q^i se passait dans te^ joutes, tournois, pas-d'armes, combats. judiciaires, etc., et de peindre les airmes et portraits 4es tenants-et cimtre-tenants, leurs titrel et qualités, avec la plus aérupulçuse exactitude. CWt. pourquoi il leur était nécessaire d'avoir vu mainte contrée étrangèrjs , et étudié l'histpire des peuples ; ils devaient connaître d^Qs tous leurs détails, les^ formes. et cérémonles'usitées tant à Ja création d'un noble qu'à celle d'un chevalier ; ils devaient surt<Hit avoir une connaiif^aLnce approfondie de la seience héraldique, et êirc^ capable^ db peindre et d'enlUminer les armoirjes , car ils étaient en quelque sorte les gardiens des titres de noblesse, et l'on % joutait foi à ce qu- ils. déclaraient, lorsqu'il s'agissait dç i^echercher et de prouver l'origine des familles nobles^. .^

C'étaient eux qui avaient la charge d'avertir

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les chevaiien/éctiyers et capitaines^ du jour qae Ton devais donner bataille , et dans ce jour ces officiers d*armes deyaient se placer en grand costume dc^vant la cùvnette blanche, ou devant le grand étendard ou bannière de France. Lorsque 'le combat commençait &' s'engager ^ ils se retiraient en quelque lien élevé, pour observet* tous les détails de Faction, et voir ceux des deux partis qui auraient le plus vaiUammenC combattu. Ensuite ils en faisaient un rapport au roi ou au général d'armée lorsque la bataille était finie; puis ils le mettaient par écrit pour en conserver la mémoire à la postérité. •

Lorsque le roi ou un prince souverain anoblissait quelqu'un, le roi d'armes ou héraut devait lui blasonner son écu, et l'enregistrer au cbartrtev des nobles de' la province , avec son nom , surnom , seigneurie et qualité.

Chaque roi d'armes devait avoir deux hérauts sous soii commandement; et ch(ique héraut, un poursuivant d'armes: Nous remarquerons en passant que ce nom de poursuivant d'armes se donnait également à l'écuyer qui« aspirait à obtenir la dignité' de chevalier, ainsi que nous l'avons déjà vu précédemment; mais Tes qualités et les fonctions n'étaient point les mêmes.

Les rois, princes, ducs, marquis, coûtes et vicomtes'souvérains. pouvaient seuls jivoir dés rois d'armes. Les ducs, marquis, comtes et vi* comtes non souverains ^^n'ava)ent que des hé-

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t'ants, et les barons ou chevaliers bannerets» des poursuivants d*armes , mais seulement de Taveu et de la connaissance de quelque héraut (i).

On trouvera dans le cours de cet ouvrage quelques autres détails sur les fonctions des rois et hérauts d'armes, que nous n^avons pas insérés dans ce chapitre pour éviter les répétitions.

(1] Yillaret , Histoire de France..

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