‹ Histoire de la chevalerieChapitre 13 sur 20 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Usages et coutumes de rancienne chevalerie.

£es entreprisjes de guerre ou de chevalerie étaient annoncées et publiées avec un appareil capable d'inspirer h tous les guerriers l'ardeur d'y concourir et de partager la gloire qui devait en être ]e prix. L'engagement en était scellé par des actes que la religion, l'honneur, l'amoifr ou réunis ou séparés, retidaiçnt également irrévocables; soit que l'on s'enfermât dans une place pour la défendre , soit qu'onen fît l'investissement pour l'attaquer; soit qu'en pleine campagne on se trouvât en présence de l'ennemi , des serments iûviolables et des vœux.dont rien ne pouvait dispenser , obligeaient également les chefs, et ceux qu'ils commandaient , à répandre tout leur sang plutôt que de trahir ou d'abandonner l'intérêt de. l'état. Outre ces vœux gênéra\ix, la piété en suggérait d'autres aux particuliers i qui consistaient à visiter divers lieux saints , auxquels ils aivaient dévotion , à déposer leurs armes ou celles des ennemis vaincus dans lej^ temples ou dans les monastères , à faire di-

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veiîs jeunes , S pratiquer divers exercices de pénitence. La yafeur dictait aussi des Ycaax singuliers, tels que d*être le premier à planter son pennon sur les murs ou sur la plus haute tour de la place dont on voulait se rendre maître; de se jeter au milieu des ennemis , de leur porter le premier coup, de donner telle preuve d'audace, et quelquefois de témérité. Les plus braves chevaliers se piquaient toujours d'enchérir les uns sur les autres , ^ par une émulation qui toujours avait pom* objet iVva'ntage de la patrie et la destruction dé lennemi.

Le plus authentique de tous ces vœu^ était celui qu'on appelait Vœa du Paon ou du Faisan, Ces noblds animaux , car oh' lès qualifiait ainsi , représentaient parfaitement, par l|éclat et lava-' riété de leurs couleurs , la majesté des rois , et les superbes hâbiUements. dont ils étaient parés, pouï» tenir ce que l'on nommait Tinel ou Cour pLènièrel Le jour que l'on devait prendre l'engagement solennel soit d'aller (Tombattre un ennemi pnis^^nt, soit d'entreprendre une guerre dont les motifs étaient ou la défense de la religion ou quelque autre cause légitime, un paon , ou bien un faisan, quelquefois rôti , mais toujours paré de ses plus belles plumes , était apportée majestueusement par des dames ou dés demoiselles » dans un grand bassin d'or ou d'argent, au milieu de la nombreuse assemblée de chevaliers convoqués : on le prjésentait à chacun d'eux, et chacun

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faisait son vœù sar Totseau :. eostiite op le rapportait sur la table » poor être enfin ^i^i'îbué à tous les' assistants.

L'habileté de celai qui tranchait' consistait à le partager de maniéré que tous pussent en avoir. L^s dames ou demoiselles choisissaient un des plus braves de l'assemblée, pour aller avep elles porter le paon au chevalier qu'elles estimaient le plus preux. Le chevalier choisi, par les dames metiail^le.plat. devant.celui qu'il croyait mériter la préférence y coupait l'oiseau et le distribuait sous ses yeux. Une distinction si glorieuse , att^cl^ée à la plus éminente valeur, ne devait s'accepter qu'après une longue et modeste résistance. Le chevalier, h qui l'on déférait l'homieur d'être réconnu pour le plus iml^ureux , paraissait toujours croire qu'il l'était moins que personne (i).

Les emprises on entreprises d'armes dont nous avons d^jà parlé , estaient aussi une espèce de vœu formé par les chevaliers. Les gages de ces emprises, qui consistaient en chaînes, carcans, anneaux ou autres. signes, étaient attachés ordinairen>épt par la main des dames, et le chevalier qui les, avait acceptés ne pouvait plus se décharger de ce poids qu'au bout d'une ou plu-

r'eurs antiées, suivant^ les conditions du vœu , moins qu'il, n'eût trouvé. quelque chevalier qui, s'offrent de faire armes aTecJui, le délivrât, en

{^) Lacurne de Saiote-Palaye.

loi enleTA&t son emprise» c/est-à-dîre ^n lui ôtant lès chaînes oa autres marques qui en tenaient lieu. ,

.Quelquefois aussi les dames ordonnaient jaux chevaliers» pour leur prouver le prolbnd attachement qu'ils avaipnt pour elles ; d'en^treprendre un fait d'armes en leur honneur. Ainsi » les unes demandaient h un p^iladin français de leur amenerplusieurs chefs anglais prisonnier^; les autres prétendaient qu'il allât combattre le géant gardien (ftt pont du ^hene et des eaux brunes, ou qu il tuât la mâU biie, e/Froi de la ville de,Toulouse» ou le draç$»i veillant.le passage du Bhône^ sous les arches du pont de Lyon.

Uu chevalier fit le vœu de ne point dormir à couvert, de ne prendre pour .nourriture que Teau et les herbes des fontaines , jusqu'à l'entier accomplissement des ordres de sa dame ; un autre promit de (fuérir qiventure todt un hiver » vêtu d'une simple casaque de ^erge légère» sans plus, et' portant pour devise ces deux vers sàn vieux «poè'te Gonlier : * ^

Ki sert boioe amor 5e craint la fcoiduref

rh troisième jura de se f^ire une chlamyde^de la robe de sa dame» une ceinture de son voile» et de combi|ttre en c^ coatume sans bouclier. C'est ainsi en effet qu'il paxcourut une grgnde

Sl8 blSTOIRB

partie du royaume, ]iM)rt2rnt ees'mots pour devise i. seule force d'athour.

Pour donner une idée de ces vœux, on lîfa sans doute avec ptaisir le détail Ae ceux que, lors du beau tournoi qui eut lien entre les châteaux* de Sydi^ac et de Tomtalon , ati couronnement du roi Gadifer d'Ecosse, firent douze cbevaliers pour Tamour de Pergamon , le vieux ebevalier, et de ses douze nièces , les plus beOes elles plus gentilles damoiselles, dont la plus âgée n'avait pas vingt ans. Pfergamon" avait fait dresser «n grand écbafaud, garnir de fetiitlées, non-senleihent pour voir à son aisé tous les b^eanx faits d'armes qui se feraienten ce tournoi, niais auitei. poury recevoir et y faîrç bonne cbère àious les chevaliers qui le viendraient voir.

Le premier chevalier à fépervier, qui portait pour armes, de gueules à une maht et bras gauche portant un épervier, le tout au naturel, fit vœu à Dieu et au bon chevalier Pèrgatnon ainsi qn*aux nobles damoiselles qut étaient dans la feuillée, et particulièrement à la belle et^nttlle Blanche, que quand il serait arîn,é et monté sur son cheval, il entrerait d^ns le tournoi, et livrerait au roi d'Ecosse teint à faire et le tiendrait si court en fait d* armes, qu^il nç se pourrait éloigner de la feuillie plus loin tju'un trait (tare: et son vœu était terminé par ces mois : « Et it sera ainsi, si » mort ne me devance ou attblure de mem{)re. »

1^0 deuxième cfaeviàHer à Taigle d'or, portant

de gueaUs'à an aigle d'or , fit un setablable vœm ea générai» mais pàriicolîer pour Ja belle Cas* sandre. ^

Le troidème chetalier k [la fleur de lis ,• qui portait d'azur à ime fleur de lys d'or, fit rœu à Dieu et à labeUeCrésilIe^ qùVrriyé dans le tour*^ noi, fl sensetirait du parti qu^il verrait le plus faible et près de supcomber» et que par ses efforts il Im •ferait avoir la rictoire et l'honneur du tournoi. II promit aussi de faire reculer 1 un et l'antre parti jusqu'auprès de la feuillée du cbevalier Pergamon et de ses» nièces» afin qu'ils pussent vpir le combat de plu$ près ^ et mieux juger les faita d'armes des tournoyeurg.

Le qifôtrième chevalier» au .cœur enferré, porr

tant d'argent à un céBur navré et enferré de gâeur-

^« , afdrès s'être adressé à Dieu» fit à la belle

Esmeraude une promesse conçue en ces termes :

« Lorsque le .chevalier A la fleur de lys anra ,

» eornooke il le dit, donné la victoire au parti, du

» pâté duquel il ae rangeva^ je me mettrai à mon

» tour dans le pmrti oppopé et ferai tant par force

» d'armes « qu'il sera remis au-dessus et demea-

9 rera le HiaDtre dès lor» en avant , malgré tons

- vies efforts du chevalier du Ip et des autres , car

> 9 ûiinti Pûivoué, ^i le îiendrai. ]»

Le cinquième dheylilîèr » au noir Léopwrd ,

' promit 2i la belle CodiJUe de démonter par trei»

' lois. Je roi d'^casse» et d'ameaier les. trois che-

vaux è la feuiUée du ichevalier Pergamén» pour

%iO HIStOIlkB

lé» lai {>résepter; « Nonr pas> quècét excellent «prince» ajouta-t*il» ne soit plus preux à cent » doubles que ne le sais; mais ainsi le roadra la «fbrtanc. » - -

Le sixième chèTalîer» au noir lion , portant d'or à un lion de sable ^ • fit ycëu en faveur de la bellor Plaisance , qû*aussit&t que le chevalier aa noir léopard aurait "démonte le roi d^cosse, il le remontrait slir un lEiatre cheval qn*il enlèverait* de force an roi de Bretagne » et qu'ensuite -^« prendrait prisonnier ledit chevalier au noir ii léopair^ et renverrait à là reine d'Ecosse pour « lur demandép pardon de ce qu'il nnrail fait à » son înarj. «

Le vœu du septièmechevali^r n*offre rien d'extraordinitire; il promet seulement à Camille de faire bien ^on devoir depuis le commencement ' {Osqu'À la fin du tournoi,

^Le huitième chevalier, à la blanche étoile , portant' de sable à une étoile d^argent, promit à la belle Hélène , qu'avant la fin du tournoi , il gagnek^it par droit d'armes tous les chevaux des onze ' chevaliers qui avaient fait ou qui finraient dès vœux, et qu'il les lui offrirait tMS.

liO neuvième chevalier» au cejrf aaaré» por* tant d'or à un cerf d*àtur^ promit à la bette Âa* dromata qu'il jeuterait deux fois centre le chevalier à la blanche .étoile y qu'il le ferait toniber à terre d'un seul coup' de lance» ei qu'en oatre il l'amènerait par force» lui et son cheval» devant

DE LA ^HCVAtERIS. SS 1

la febiHée^vis^k^vis delà jeune Âudromata, et qn^ là> bon gré msigfé, il le renverserait de son cbevarà terre par force d'arufies.

LedixtèmecheyaHer, anx trois lionceaux» por^ tant de gueules à irais lionceaux d'azur , promit à la belle Minerve de jouter contre un très-vail^ lant chevalier» nommé le, Bossu de Suave, à qui jamais per^nne n'javait fait vjder les arçons; son vceii fut qu'il le porterait à terre d'un coup de lance; qu'ensuite irraiderâit à remonter à che- Taly et qu'alors à force d'armes et de bras il ïe tirerait une seconde fois hors de selle e( le^ ferait tomber.

Le onzième chevalier, au griffon, portant d'oi* â Un griffon volant de éueules , jura à )a belle liairmona qu'il vaincrait tout le monde dans lé tournoi et remporterait le |>rix, ,qui consistait en un chapelet de perles dont il lui ferait présent.

Enfin, le douzième chcvajtier, au dauphin; portant d'or à un dauphin d'azur, fit serinent, à la^ belle Geneviève , et à toutes les autres damoi- «ellcsy'de gagner à force d'armes la plus belle et la plus riche chose qu'elles verraient dans lé tournoi , « h> sa vdir , chevaux , heaulmes , bannières» » écus, couronnes, bourlets, cimiers, caparaçons »et autres ornements dqnt les chev-aliers sont » parés, et de la leur apporter dans la feuîllée. »

Malgré la difjSculté que présentait l'accomplissèment de tous ces^tœux, dont quelques-uns sont tellement opposés entre eux que leurs suc-

ces empêcheot néceasairèment laf réofkil^dés autre», fauteur ajoute que le Dieu des batatUes çt «le DieK d'amour favorisèrent si puissamment 1» ces douze chevaliers-, que tpus accomj^lirent )» trësT-heurçusement leurs vœux. » Nous voulons bien crçîro ce fait sur sa parole , mais nous ne oou^ èbargeons pas de Fexpliquiçr,.

. Les femmes s'^primaient avec ime .égale candeur dans les ordres qu^elle^ intimaient aux cfae^ valii^rs* La bannière d'Angleterre, disait Tone , a une image si bien pourtraite et si bien entourée • d*or> y (jue dest chose plaisajite à regarder ; je vous prie donc que vous fassiez (juejet'aye, car je la désire avoir»

Gdle*ci avisait Texploit suivant : Un banneret de Bretagne a, sur son cimier un paon, dont les plumes schit d*émeraudes et d^ opales , et pour ce ^me leur éclat est admirable aux rais dwsoUii,j*aarau plaisir à l'avoir à moi {i). „ v

■ Dana toute cette partie des usages chevaleres-* qoes , le roman est tellement mêlé h l'histoire , et rhistoire au roman ^ qu'on les peut à peine séparer. Voici des vœi|x qui sent attestés par toutes les chroniques» et qui ne 4^^!'^^^ point de ceux qu'on lit dans les romans.

La que)*eUe de la ^rance et de TAngleterre dans le q,uato^3iè^le siècle, ranima l'esprit cheicaleresque, et fit descendre , sinvant l'expression

(1) La Golombière. — Marcluingy.

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dç Chateaubriand» les. deux nations «ï eh^mp clos. On ?it alors parâttrè à la coiie du comte de Hàinau^4 Je jeunes chevaliers anglais» un œil couFert de drap> aycmJt voué entre, dames dp leur, pays que jamais ne verraient que d!an œil ,ju^H*à ce qu'ils . aurcùeni, fût aucunes prouesses . de leur, corps au rojaame de Frq^e. Messire Gauthier de Mauny avait dit à aucuns des siens qt/^iL avait promis en Angleterre , devant les - dames et seigneurs^ q^'iL serait le premier qui enti^erait en France, ^et qu'il y prendrait ckastel ou forte ville., ( et y ferait aucunes apertises d'armes. Souvent les . barrons et le^ chevaliers juraient pat un saint ou t par une damc^^ au pied d'un rempart enitepii» d'en^porter ce rempart dans un certain nombre ^ • de }0ura, d ût leur serment leur être funeste aa è leur patrie (i).

De tous ces tcqui: le plus célèbre e^ celui du • Héron; voici ce qdi; donna, lieu. Depuis long* temps Edouard III pourrissait le de^eîn d^âtta* . qiier la France;, m^is^ la grandeur de l'entreprise , . les embarras intérîètirs de son gouvernement l'eiTrajaient et Varrêtaient. Peut-être ne se f&t-il jamais déterminé à prendre les armes V sans les sojlicitatioitô de Robert d'Artois». qui, i^ctiré de- , puia deuiaps eo Angleterre» soufflait au cceur.de^ l'ambitieux Edouard, lajsaine» doîitlul» Robert^ ' était dévoré contre le roi de France» qui l'avait

(!) GhâteaubriaiAd, Élii4<^Jûstoriques.

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exiié. peptiU longtemps, Ëdoilarâ résistait h ses instances ^ enfin le banni employa» ipour déter-^ miner- son liite, le moyen extraordinaire dont nons allons parler » 61 qui fut nommé le Tceu da héron. ' '

Voici de qnelle manière nn yieil antenr raconte ce fait. Au commencement de Tautomne de l'année i338, et comme dit' poétiqaèipent l'historien y c lorsque l'été Va à déclin, que Toi- »seau gai a perdu la voix, que les rignes se- »chçnt> que meurent les roses, que les arbres 9 se dépouillent , que les chemins se jonchent » de feuilles, Edouard était ii Londres en son pa- > lâis , environné de ducs , de comtes, de pages, » de dames , de jeunes filles et de jeunes hom- • mes; il tenait la ^ fête inclinée en pensers d*a- 9 moiirs. » Robert d'Aitois , retiré en Angleterre , était allé à là chasse, c parce qu*il se souYenait »àn très-gentil pays de France dont il était » banni* » Il portait un/petit faucon qu'il avait nourri ,,« et tantTdla le faucon par rivières , qu'il 9 prit un héron« d Robert retourne à Londres, fait rôtir le héron, le n^iet «entre deux plats d'argent, s'introduit dans la salle du festin du roi, «uivide « .deux maîtres de vielle» d'un quistre- » nous (joueur de guitare) ', et de deux damoisel* » les , filles de deuxni'arquis; elles chantaient ac- » compagnées du $on des vielles et de la guitare.» Ilobert s'écrie : « Ouvrez Tes rangs ; lassez pas- »ser les preul que l'amour a surpriii:: voici

DE Llr CHEYAEEIIIE. 225

9TiaRde & preax; à ceax qui sopt soumU àda* smes qui ont i^n tani; beau Visage....;. Le béricin » est le plus CQuard des oiseaux; il a peur de son » ombre. Je donuerai le béron à celui d entre » vous qui est le plas poltron ; à mon avis, c'est » Édouai^d, dcsbérité du npble pays de la France, » dont il était rhéritièr légitime ; mais le cœur »lui % failli^ et pour sa lâcheté il mourra privé » de son royaume. » Edouard rougît de colère et de maltalent, le cœur lâi frémit; il jura par le Dieu du paradis et par sa douce Mère , qu'avant six mois passés , il déliera le roi de Saint-Denys (PhHippe). ' •

Roberty^to un rire, et. dit tout bas : A p^^ésetU j'ai mon avis (désir) > et par mon héron commencera grant giierre.

Robert reprend le bérçiai, toujours entre ks ètux plats d'argent; il traverse la sdle du ban* quet > suivi des deux mfénestriers' qat viellaient doucement, du joueur de guitare «t des deuï damoiselles qui cbantaient ces paroles : «Je vais à la verdure, car amour me Tapprend. » Robert présente le héron au^ comte de Sali^bury qui était assis auprès à^Màmieguifut gentille et courtoise et' de beau^maintim ; elle était fille dii comte de Derby, et Salisbury l'aimait loyalement^ Rô« bériprie le comte de Salisbury de jurer sur le héron. Salisbury répondit : « Je sers la dame la 9 plus belle qui sôit au monde. «. Je la prie <}a'el|e

ss6 BisMniK

» 0ie prête un doigt de sa mam et ^*eUe le mette «sur moà œil 'droit.

'3 -ri Par mafoiy a'écria la dame» j'en prêterai «deux.

» —'El lui ferma rcéîl droit avec deux doigts.

« ' — Est-il bien dos, belle? dît le chevalier »très-^raciensement. • ■

• — Oui . répond-;«11e,

1 — A donc» s'écria dé bouche et de cœtr tSalisbury» je veux et promets à Dieu Tout* » Puissant > et à sa douce Mère ({ui respleadit »de beauté» que jamais cet œil âe sera. ouvert »ou par longueur de temps » ou par vent , dou-

• leur ou martyre» avant que je ne sois entré >en France» que je n^y aie porté ta flamme et » combattu les gens de Philippe de .Yalois en •aidimt ^Édonard.* A présent adviispne qu'ad-

• Tienne... •;• et quand le eomie de Salisbury »«ttl fait son vœu » il demeura l'œil dos en la >g«erre (i). ».

Hais laissons ces vœux bigarres et ces entreprises- extravagantes qui n'ont eut d^autre eflel que de jeter sur la chetalerie un ridicule qui n^a pas peu contribué à sa décadenee» pour par^ 1er (^'engagements plus nobles, de serments plus éaerés en usage parmi les chevaliers.

Si ramonr delà gloire et Celui des dames on- (1} ChàteaiAriand, Études historiqaes.

D£ LA ÇaSTAl'SRIB. 2»7

treleaaient parmi eux ces sentiments d'honneur , de braybàre et.de galanterie qui les distinguaient, le lien de. l'amitié , si utile à tous les hommes » n'en était pas moins nécessaire pour unir tant . de héro^9 entre lesquels une douhle rivalité pou- Vait devenir une source de division préjudicia* . ble à l'intérêt commun^ L'estime ou la Confiance . donnait naissance à ces engagements : aussi . voit-on souvent des associations entre des. chevaliers qui devenaient frères ou compagnons d-ar- , mes , comme l'on parlait alors. Des chevaliers qui s'étaient trouvés aux mêmes expéditions, qui . avisent partagé les mêimes dangers , concevaient . l'un pour l'autre cette inclination qu'un cœur vertueut ne manque. guère d'éprouver, quand il trouve des vertus. semblables aux siennes.

Les firatemités d'armes se cbntract^ent de plusieurs façons différentes. Quelques - uns , comme nous l'uvons déjà remarqué, bavaient de leur sang mêlé dtas une même coupe. *

D'autres compagnons d'armes imprimaient It ' leurs serments lés plus sacrés caractères de la religion : poiir ^'unir plus étroitement ; ils baisaient ensemble la pdix que l'on présente aux * fidèles dans les cérémonies de la messe; quelque-" fois ils recevaient eii même temps la comniunion, en partageant eiitre éuxl'hostîe^coiisacrée.

L^assistance que Ton devfiit à son frère d'armes remportait sur celle que les dames étaient

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en droit dcXtger. Ce que Ton devait au prince remportait sur tous les autres devoirs. Des frères d*armes de nations différentes ^'étaient liés ensemble (|u'autant que leurs souverains étaient unis ; et si les princes se délclaraient la .guerre , elle entraînait ja dissolution de. teiite société entre leurs sujets respectifs. Excepté ce cas y rien n'était plus indissoluble que les nœuds de cette fraternité. Les frères d* armes , comme ^*ils eussent été membre» d*une même .famille , portaient une armure et des habits semblables. Ils voulaient que rennemi pût s'y méprendre » et courir également lès dangers dont Tun et Tautre étaient menacés^ L!obligation de s'aider mutuellément dans leurs entreprises de chevalerie y saps pouvoir se^ séparer , les mettait dans la nécessité de ne prendre que de conçoit aticun engagement. "^

On trbninâ dans Thistçiire de Bertrand Dugues". clin y un exemple de la manière Ami se quiituient des frères d'armes quand le devoir enver^ l^ur souverain les forçait de se séparer.

Du£i|esclin avajt conduit en Espague, par ordre de Charles Y, les compagnies blanches»

pour seconder les prétentions d'ilenri de Transtapiare.au trône de Cas tille» que Piérre-le-Cruel souillait- par §es crimes. Bientôt» à Faide de Ces guerriers intrépides, mais indisciplinés» Henri fut couronné à Burgos» et Pierre-k-Cruel» réduit à prendre ià-iîiite ,' vînt implorer les services

BB Vk CUBV^LltBlE. â&g

d*Édoaard, prince deGftlle6.Ce ppiacé/qni royajt ^vec peine la €àstille passer à^un allié > de la JPrance, résolut de rétablir sur le trene Taisassixi de .Blanche de Bourbon* Tous ceux des compa^ gnrés qdi étaient sujets de F Angleterre (car ces ^ compagnies étaient composées d'hommes de toutes nations) vinrent embrasser Duguesclin, en lui disant : « Cher sire; nous sommes obligés 9 de partir» car notre seigneur nous rappelle » et » rien qu'un tel devoir pouvait nous séparer ; » mais , par Saint-Georges» nous serons toujours » amis» même en nous combattant »

L'anglais Hue àe Carvalai, qui était le frère d'armes de Duguesclin » l'embrassa comme les autres» et de plus lui- dit : a Gentil sire» nous » atons vécu ensemble par bonne compagnie »

» comme il appartient à des prud'hommes; j'ai 9 eu toujours du vôtre à ma volonté » et j'^ai pris » sur l'escarcelle commune-» oii nous mettions à » nous deux les fruits de la guerre et les. présents ]f des rois. Jamais nous n'avons, songé au par- » tage ; mais comme je crois être de beaucoup y votre redevable » voici le moment de compter 9 ensemble» afin que je vous paie ce que je vous » dois. » Ce. à quoi Bertrand répondit : a Ceci > o'est qu'an pur sermon; je ne pense guère ¥ » ce compte» et ne sais si Vous me devez où si ' » je vous . dois ; restons quittes et bons amis » » puisque vient la départie « qui me semble pi- 9 teuse et amère. Toutefob> il est .raisonnable

»;qiie yfém suivies Tftreipïltre; aiofli doit agir, » tout, boa prod'hcwiBie. La loyauté fit notre » amour» et il r^sta loyal |ii8qa'à cette heure et 1 par delà; car il vaot mieux $^9t ennemis rer- » tsenK, qu'amis sans boraiéur (i). » Gela dit, ib se «éparèrent.

(1) HarelHDigT, ItistnIeVayaepew, tome tui.

DE LA CBETAUUE. ïS-l

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