CHAPITRE XIII
Privilèges et boniiears accordés à l'ancienne cheTalerie. — Dér gradation, punitions 4liyerse8. ^ Sépaltwe deK .aiielem- . chevaliers. -— Mort et fUmécaliies de DuguedcUn.
§ I. Privilèges et honneurs accordés aux chevaliers.
Nous avons déjà parlé àa premier chapitre de cette histoire des privilèges et honneurs a/^cocdés aux anciens chevaliers; aussi n'entrerons-nous pas ici dans dé grands détails à cet égard , et nous ne ferons que compléter ce que nous en avons déjà dît.
Parmilés marques d'honneur qui distinguaient les chevaliers y ils avaient le droit- d'avoir leurs chevaux de bataille couverts d'une grande housse de taffetas, on antre légère étoffe, qui leur descendait jusqu'aux pieds , et qui était ornée et reixiplie de leurs armoiries. Ils avaient la prérogative d'avoir à eux un sceau particulier sur.lcK quel le chevalier était r^i:ése&té à cheval» armé de l'épée levée. On enterrait avec eux leurst ferons dorés. De même ^u'on leur donniût le& noms de. moiuîenr> demonaeigneuretde messire> onappe-
sSa • . BISTOIBB
lait leurs femmes madame , et tandis que celles des écuyers étaient appelées mademoiselle.
Les seigneurs qui étalept chevaliers ay aient' droit d'exiger de leurs sujets et vassaux des aides ou secours en argent dans certaines occasions , ^ont la première était la cérémonie de réception du seigneur ou de son fils aîné; ils pouvaient encore exiger les droits de chejralerie au mariage de leurs filles , pour payer leur rançon quand ils étaient prisonniers de guerte , ou pour les voyages d'outre-'mer.
La chevalerie était si estimée que quand ik recevaient cet honneur» on leur donnait anciennement une somme pour les dépenses qu'ils avaient. è faire» et les rois accordaient aussi .une pension à ceux qu'ils recevaient chevaliers.
Mais si la dignité de chevalier était accompa^ gnée 'de tant d'honneurs et de privilèges » ri^i n'était terrible et solennel comme la d^ad^tion infligée à celui qui avait mérité cette peine.
3 II* l^égradaiian ; panitians diverses.
Lorsqu'im efaévàlier était coupable de .trahison, ^efi61onie et de tout^ crime qui entraînait la dégradation» et méritait la mort ou le bannissement» on assemblait vingt ou trente chevaliers on écoyers sans reproche» devffnt lesquels le ch6T«liêr traître était accusé de t-rahison^ cte lfi«
DE JLA effBTU.]aiE; 23-3
cheté et de foi meuxie , cfu ^ quelque antre crime c«[Htal et atroce. Cetle convocation so faisait, par le ministère' â*ati roi ou d'un héraut d'armes , qui^déclarait le iatt^» en rapporjtait les particularités , et noïnmait les tégspins. Sur ce rapport, les chevaliers. constitués eh tribunal dé- ' libéraient y et si l'accusé était condamné à xborl;' ou an bannissement, il était dit dans le jugement qu'il serait préalablement dégradé de Thouneur de chevalerie, et qu'il rendrait les insignes dç Tordre, s'il en avait reçu quelqu'un.
Pour l'exécution de ce jugement, on faisait dresser deux théâtres on écba£aiuds dans une place : sur P.un étaient assis les chevaliers ' et éca^ers juges, assisté» des •officiers d'armes, rois, hérauts et poursuivants; sur l'autre était le chevalier condamiié, armé de toutes pièces, et son éea blasonné de. $eê armes , planté sur un pal oli poteau devant luii^ renvet$é la pointe en haut. A droite ^t à gauche du 'cfaevauer étaient assis douze prêtres revêtus de leors^ surplis, et lècheyalier était tourné du côté dé ses juges. Une foule nombreuse assistait en silence à cette lugubre cérémonie, qui excitait d'autant plus la curiosité du peuple toujpurs avide de ces sortes do spectaolea , que celui-ci était phis k*are. Quapd t;out était disposé , les hérauts publiaient la sentence des Juges; alors les prêtres commençaient h chanter à haute voix les vigiles de» morts ; ihla fin., de chaque psaume,* ils faisaient une pause.
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pendant laquelle ^1^ offiiciera d'armes défoiiS-laieiit le condamné de qnelqiye pièce de ses arme»» commenç^ant par le^beaume en continuant de le d^aarmer pièce à pièce jasqii^à la fin* A mesure qu'ils ôts(i|9ni une pièce , les, hérauts criaient à liaute voix : « Ceci est le heaume^ ceci est le collier» ceci est r^>ée.» etc. « du traître et déloyal. cbe¥alLer. » La cotte d'armes était rom** pue en plusieurs lambeaux; on finissait par Técu de ses armes que les. hérauts brisaient en trois pièces avec un marteau. .
Aprèsledernier pjiaume, les prêtresse lefaîent et chantaient sur la tête du chevalier condanmé le 108"^. psaume de lijg:vià,Deus, laudem meafk ne tqcueris, dans lequel scmt contenues pliteieurs imprécations et niialédictioQs contre les traîtres « entre autres celles-*ô : « Que le nombre de ses » jours soit abrégé; (p'aft aul|« reçoive la di-^ » gnité dont il était revétn; que sa femme de- » vienne veuve et ses fils orphelins; qu'ils soient » réduits è la mendicité et chassés de leurde-" » 4neure; qu'un avide étnoiger piUe et déTore » ses richesses ; qu'il ne- trouve perscmae poinr le » protéger; que personne n'ait pitié de ses en*- » ïants; qu'ils meurent enst^mèmes sans posté*- » rite, afin que le n6m du traître périsse dans » une seule' {^aératidn; paîrci» qu'il ne s'est point » souvenu de fiiire fniséricorde , et qu'il a •.persécuté^ le pauvre et le malheoreux; parce » qu'il s'est attiré la malédiction » et qu'il a re-
DE LA CBEVAURIE. 2^5
» ppassé la bénéfiiçiion loin dé hiL »^ Ce chant étant achevé y le roi oa héraat d'armes demandait par trois fais le nom du chevalier dégradé; un poursuivant d'armes » pl^cé derrière lai; et tenant un bassin plein d'eau ebandé » le nommaiit. , par son nom« surnom et seigneurie; celui (fpi . avait fait la demande répondait aussitôt qu'il se trompait, qu^ celui qu'il yenaij; de nommer était un traître » déloyal et foi mentie , et pour montrer au peuple qu'il disait la vérité , il demandait tout haut ropinion des juges; le pins ancien ré-, pondait à haute voix que par sentence des chevaliers et écuyers présents , il était ordonné que ce déloyar, que le poursuivant venait de nom^ mer> était indigne du titre de^chevalicrx et que pour se» forfaits U était dégradé i^t condamné à n^ort. '^
Lorsque ce jugement était prononcé » le roi d'furm^ renversait sur la tête du condamné le . bassin plein d'eau, chaude que lui présentait Je poursuivant ; après quoi les chevaliers juges descendaient de leur éqhafaud, se revêtaient de. robes et de chaperons de deuil , et se reùdai^nt à l'église* Le dégradé était aussi descendu de sOa . échafaud» non par le degré, par lequel il était, monté» mais par une corde qu'on lui attachait sousies aisselles, et alors on le meltait si;r une civière 9 on le couvrait d'ui\ drap mortuaire, et on le portait à l'église. Les prêtres chantaient alors l'OlIice des morts» et toutes les prières
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pouJr les trépassés; loi^qae cette cérémonie était finie , le dégradé était livré au Juge royal» ou prévôt, puis à Texécuteur, pour Stre mis li mort» sMe JtigemeDtle condamnait li cette peiné. Après cette exécution , le roi et les hérauts d'armes déclaraient les enfants et descendants du dégradé » ignobles et roturiers, indignes déporter les armes et de se trouver et paraître es joutes ,. tournois , armées, cours et assemblées royales, sous peine d*être dépouillés nus et battus de verges, comme vilains, nés d'un père infâme {\).
Une condamnation aussi terrible que celle que nous venons de rapporter» environnée de toute la pompef religieuse et k^ubre que Tégllse déploie dans les grandes solennités oh. elle prie pour les trépassés » devait produire sûr tous les esprits iioe profonde et salutaira impression. Aussi » comme nous l'avons observé » de telles condamnations étaient très-rares , et ][i'éta!e.nt prononcées que pour les plus grands crimes.
Quant aux fautes' nioins graves» et aux autres crimes que pouvaient commettre les chevaliers» ils étaient punis de peines moins sévères » calculées et graduées selon la nature du délit. Ainsi» on attachait à un pilori Técu de leurs armes à lar rçnvecse » avec un écriteau portant leur condamnation » puis les officiers d'armes y retranchaient quelques pièces « y ajoutaient des marques et
(I) Laainie de Sainle-Palaye.
DE L^ CHBTALBBIE. .^^j
iach^s d^infamie, eu. bien le rompaient et brisaient entièrement.
'Xe chevalier fanfaçot) et rodomont, qui se vantait de beapconpde choses, etpe faisait* rien ^ui taille , était puni ainsi : ou taillait d'or la pointe dextre du chef de son écn.
A celui qui avait lâchement et de sang-fro!d, tué un prisonnier de. guerre-, acçou^cissait en- Tarrondissant par le bas la ppinte. de ^on écu. .
Si un chevalîer était- convaincu .de mensonge, de flatterie ou de faux rapports à son prince, pour le porter à la guerre, on lui couvrait, pour punition , avec la couleur dé gueules, la pointe de^on écu, en effaçant les figures qui y étaient placées auparavant.
Celui qtri s'était hasardé témérairraaent'et indiscrètement aux coups de Tennemi, et avait occasionné par là quelque perte ou déshonneur à son parti , ep était puni par une pile ou pointe échancrée, marquée au bas de son écu.
Quand un chevalier était convaincu d'adultère, d'ivrognerie ou de faux témoignage , on peignait deux goussets de sable sur les deux flancs de son écu.
L'écu du lâcbe , du poltron, et du couard était
barbouillé sur le flanc smestrç, en façon de gore,
•qui était un g^i^set échancré et arrondi en dedans.
On peignait une tablette pu quarré de'gueules sur le cœur de l'écu de celui qui avait manqué de parole.
â58 rABtoim
L'écu renversé peînt sar nn drap noir annonh
çait le chevalier infâme et débauché qui avait
'ravi par force rhonneur & une daâie on damoi-
selle; ce crinie était de ceux qui emportaient la
dégradation et la peine de mert
Lorsqu'un chevalier avait été vaincu- dans un combat singulier , ordonné pour prouver son innocence d'un crime dont il était soupçonné coupable» s'il était tué sur-le-champ, ou qu'il expirât après avoir confessé qu'il était le coupable , les officiers d'*armes faisaient traîner son corps avec ignominie, sur une claie noire, ou à la queue d'une cavale, et puis le livraient à l'exécuteur de la haute justice, qui le jetait à la voirie. Us faisaient pendre l'éçu de ses anaes à un pilori , la pointe en bas, trois jours de suile, ^urs le brisaient publiquement , et déchiraient su cotte d'armes en mille pièces.
Le vainqueur, àu contr«iire, était honpré da roi et de la reine, et de toute la cour, particchlièrement des dames ; il était conduit en grand, ti^iomphe par là ville , accompagné de tous les amis et de la jeune noblesse; les trompettes , tambours, clairons, le , précédaient avec les rois et hérauts d^ armes , portant devant lui l'arme avec laquelle il. avait vaincu son' énneâii , avec son pennon et sa bannière , et celle du saint <pll était son patron (i).
(1) Lacamis Sainte-BalAye , Mémoires sur raâciéime chevalerie.
DE Là. GHBT4.LERIE. ^§9
Si le crime de ceux qa'onTOolait punir n'était
pas si grave» les officiers d'armes dommis parle
roi dimiïiuaieot sealeiÀeat quelque chose des
ligures de ieii^rs armôîries. E^ toîcv un ex^œtplje.
.Sous lé règne de saint Louis, Jean d'Aresney lin
des fils du premier lit de Marguerite, comtesse
de Flandre, étant en discussion pour ce comté
avec Guillaume de B^ouri>oa , seigneur de Dam-
f»erre , fils du ^eâond lit , ils se trouvaient tous
deux avec leur mçre , en présence de saint Louis,
qui devait juger ce différend. Dans la chaleur des
débats , Jean d' Avesne laissa échapper quelques
paroles injurieujses contre sa mère, qui, à ce qu'il
prétendait, favorisait son frère à son préjudice.
La comtesse porta plainte aussitôt, et le roi', ce
Inodèle detbutes les vertus, mais surtout de là
piété et du respect filial, indigné d'entendre de-
tant lui un fil^ outrager sa mère, le condamna
àBe plus porter dans ses armes le lion armé et
tampasséy c'est-à-dire ayant griffes et langues,
ajoutant que quiconque ternit avec sa langue
irhonneur de sa mère mérîtè-d'étre privé de ses
armes et de sa langue. U résulta de ce jugement
^que les*armes des comtes de Fèandre étant iSov
lau .lion de sable , armé et lampàssé de gueules ,
Jean d'Avesne et ses descendants forent cen-
traâtits dé le porter salis ongles ni langue. Ainsi
les armoiries destinées à transmettre h la po^té»
.rite kù titres de Tlionneur , pouvaient parfois ser-
rvir aussi à perpétuer une flétrissure.
94o HISTOIBB
Lorsqu'on eheralier >était conilamné à mort pour avoir trahi sa patrie,' ou pour irîol , piltage ou incendie , en le condqiàant aui^supplice on loi faisait porter un chien sur ses épaules, dans le Toisinage du lieu oii il avait exercé sibs violences et ses .crimes. Cette coutume avait pour objet de montrer au peuple que le chevalier félon était reigardé' comme bien iiifériénr à cet aniinal emblème de la fidélité, et de rattachement à son mattre.
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§ IIL SépuUute des anciens chevaliers.
. Les rois et les pinces , de quelque façon qu'ils mourussent, étaient représentés sur leuvis tombeaux, revêtus, de leurs habits royaux; mab lorsqu'ils élaiênt morts h la guerre , ou pendant 'qu*ih disaient quelques expéditions militaires, on lois .représentait armés , sous leurs habits royaux,' répé§ au côté, et le bâton de commandant à la main, au lieu du sceptre qu'ils portdient lor^u'ils mouraient aiUeui^s qu'à la guence. On mettait au-dessus de leur efligiç , et tput h' l'èntour de leurs tombeinux , leurs écus. couronnés , leurs ti)Q)bres , leurs b^Hirrelets , leurs cimiers , Jeurs. supports , leurs lambrequins , leurs . .ordres, leurs- uoms et defise^^^ parfois ils étaient représentés h geuoux , pria^it ^ied^ et quelquefois aussi couchés , et mêobe il 'yfeqta eu qui, polir faire voir la vaoité et la misère de coitc vi^
])E LA iCHETAL^RIE. 22^1 '
se faisaijent représenter 9ur leurs toml»eauXy étendus h la renverse» lins» maigres et déiTaits . tels qwe peuvent être Jes véritables coi^s qui' sont dans le tombeau , et^ qui ser.vjent de pâ ture aux vers. II en existait quelqbes-uns^de cette sorte «à l'abbaye de Sain t-Denîs, parmi les figùtiarbrip placées sur les tombeaux de^ plu- ■)is de France.
mples geotilshpmmes et cbova]îers ne Et être représentés dvec leur cotte dL*ars n'avaient pas perdto la vie à la g^prre , j ^ qu'ils ne fussent morts et enterrés, jrs seigneuries. AIors„ pour faire connaîqu'il» étaient morts Saâs leur lit en plciae. paix 9 on les ^présentait sur leurs tombeaux avec leur cotte d'aj;més «ans cejntmre» la tôle dé^ couverte, sans casque^ les yeux fermés, leurs pieds appuyés contre le dos d un lévrier, et sam aucune épée. ' ' ^
' Cen^ qui mouraient dans une bataille ou corn- •bai> ou dans une rencontre, sHls avaient appartenu au parti vainqueur, étaient représentés* •» Vépée nue levée à la main droite, et Jteur écu au bras gauche , Ip -casque ou l'armet en tête et la visière abattue', pour ^ôntfer encore miétr qti'ils étaient morts combattant contre les eané- Biis , 'ayant leur qottai d'armes ceinte si}r leurs araies, avec,tinè*éqjiarpe'en ceinture, et audessous ;4^1e^rspièd,s> un «lion vivante
Ceux qui avaient été tués dans les mêmes cir-