BISTOIAE
quatrième cqùi;^ h son a^dversaîre; Bembro accepte; les deux champions se chargent avec une nouvelle fufteur , et Du Guesclîn renverse enfin le malheureux Anglais aux pieds de son cheval, où il exp}re à Tinstant. Tout le camp frémit de la .chute de ce hrave guerrier. Du Guesclîn le regretta, lui-même; mais s'apercev9nt que les soldats anglais le- regardaient d un œil courroucé « il donna le cheval de Bembro au héraut du camp, et se hâta de-rentrer dans la ville où il fut reçu aux acclamations de tous les habitants.
Trois ans après , Du Gnesclin eut encore occasion de signaler' son courage et son adresse dam un autre combat singulier contre un chevalier anglais"; Tissue en fut moins sanglante que celle du premier ; mais elle n'en fut pas moins glorieuse pour le chevalier breton. , .
En i539» Lancastre assiégeait Dinan, et Du Gnesclin le défendait. Pendant une trêve, Thomas de Cantorbéry» chevalier distingué par sa naissance et par son courage plus que par ses vertus» jaloux de la gloire de Du Guesclîn, arrêta un de ses jeunes frères, qui se promenait seul, n'ayant pour toute arme que son épée , et le fît prison- * n;er. « II' a voulu vous insulter, dit-on au héros, »ejt avoir occasion de se battre contre vous; -— » II Ta trouvée, répondit brusquement Du Gues- » cUn,\et je le ferai repentir de l'avoir cherchée.! En même temps il m^nte à cheval, sort de la ville et arriver à la. tente dn duc de Lancastre.
DE LÀ CSSTÀLEBIE. . 2^7
Il y trouva le jeune: comte d» llfonlfort qui/ à Taîde des Anglais » soutenait ses prétenttoûs« au di)iché de Bretagne, contre Charles de Blois, qui comptait Du Guesclin et les Français dans son parti. Montfort n'aimait pas Du Guesclin, mais il TesUmait, et qjuoique son ennemi, il ne put dans cette occasion s'empêcher de })lâmer la conduite de Thomas de Gantorbéry, qui com battait pour lui.
Du Guesclin demandait justice et réclamait sçn frère. Le duc^de Lancastre envoya chercher Thomas de Gantorbéry, pour qu'il lui rendît compte de sa conduite. Ce chevalier arriva un instant aj^rès , et entra dans la tente d'un air fier et insolent. Le duc, piqué de son impolitesse, lui dit avec aigreur qu'il avait fait une action indigne" d'un chevalier en faisant prisonnier. le frère de Du Gue3clin pendant .la trêve, et il lui ordonna en même temps de rendre ce jeune gentilhommeà Bertrand, qui venait le réclamer. Le fier Anglais répondit qu'il avait été en droit d'arrêter le frère, de Du Guesclin^ et qu'il lui prouverait ce» droit quand il le jugerait à propos. «En même temps il jeta son gage de bataille. Du Guesclin le. ramassa aussitôt, et serrant avec force la main . de son adversaire : x( Vous voulez vous battlre., »iui dit'il , je le veux bien aussi , et je yous ferai ». connaître pour un méchant et un traître* » Le. combat eut lieu dans Dinan , et le duc de Lancastre y assista.
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DaGuesclm tout armé» attendait depim longtempa stm enoerai; lorsqu'il pa^t enfin; mais il n'avait plus cet air fier et audacieux qui ayaH encore augmenté le courroux de Bertrand chez le doc de Lancastre; il paraissait Indéterminé, et disposé à uii accommodement. Du Gu^clhi ne voiiliit pas en entendre parler, et hit dit èe se préparer il conibattre. Les deux adversaires s'attaquent aussitôt ; mais dès les premiers emips Bertrand fait sauter ao loin l'épée de TAnglais , et descendant vivement de son cheval , il la ramasse et la jette hors des barrières. Cantorbéry l6 voyant à pied voulut profiter de son avantage et lui faire passer son cheval sur le corps. iNa Guesclin s'en aperçoit, blesse son cheval, et le force ainsi à mettre pied à terre ; alors il jette son épée » pour combattre son ennemi à armes égales. La lutte s'engagea corps à corps ; elle fat longue, mais enfin TAnglats fbt vaincu, renversé et désarmé* Le duc de Laocastre demanda grâce pour Im et I^ obtint ; mats il le chassa ignominieusement de l'armée.
La vie de Bayarid n'est pas moins iéconde que ocSe de>Du Gueseiiii' en britkfits* faits d'armes de ce ^T»e. PeiKtant les goerres d'Italie, Bayard a?ailfaitprisocinierun soignent espagnol, Donnné dom AIoBzo de Soto^Bfayor; i) était parent de 6'on«&hre de Cordoûé, général en chef de ^a^méee^gnolOy et il. était t^ ttoins- distiogoé par sa bravoure que par sa nafsêasce. Bayard
DE LA C0BTALBBIE. «7$
rayait condait an château de Mooervîhe , où 8 tenait garnison, et il lui laissa le château toat entier ponr prisob, en exigeant sa parole d'ben^ neuT <fa'il ne tenterait point de s'échapper arrànt d-avoir payé sa rançon fixée entre^ eux à mi)k ducats. Mais 9 après quinze jours de captivité / pendant lesqlieb Boyard n'avait cessé d'avoir pour son prisonnier les attentions les plus délhcates , l'Espagnol profitant ou plutôt abusant de la liberté qu'on lui avait laissée sur parole, gaigna un soldat de la garnison, et s'enfuit avec lui du côté d'Andres^ ville occupée par rarmée espagnole. Bayard s'aperçut de cette évasion ,• et avant qu' Alonzo eût eu le temps d'arriver adprès des siens , il fut rejoint et ramené par les cavaliers que le chevalier français avait envoyés à sa poursuite. Celui-ci témoigna à l'Espagnol toute l'indignation que lui inspirait un pareil manque de foi , et ne pouvant plus désormais se fieï' à sa parole , il le fit enfermer dans une tour du château; mais du reste il continua -à le traiter avec tous, lés égards que pou voit attendre un homme de sa conditioh.
Quelques jours après , arriva un trompette accompagné d'un valet d' Alonzo, qui apporfaitla rançop cpnvenue. Bayard là ^stribua sur- lechamp à la garnison, et rendit la liberté II Soto- Mayor. De retour auprès des sréns, l'Espagnol se plaignit d'avoir été .maltraitépar Fayard, voulant sans doute excuser par là son manque de, foi an
s8o fllfTOlBB
chçTdlier français» et expliquer ainsi le piolif qai I avait engagé à s'écbapper. Ces paroles furent rapportées à Bayard; celui-ci outré de la mauvaise foi d'un homme qu'il avait comblé d'égardsy lui écrivit aussitôt qu'il eût à démentir de-, vaut ses. gens les propos qu'il avait tenus , sinon qu'il le forcerait à ce déaavçu en combattant contre lui h pied ou h cheval à son choix. Alohzo répondit fièrement que jamais il ne rétVactait la j>arolo qu'il avait prononcée, et que personne pas même Bayard » n'était capable de l'y contraindre ; que du reste^ il acceptait le combat proposéy d'ici à quinze jours, en tel lieu que l'on désignerait. Bayard , quoique violemment tourmenté de la fièvre , fut enchanté de cette détermination d'Alonzo p et il sehfita de demander au général en chef la permission de combattre; elle lui fut accordée sans difficulté.
Quand le jour eut été fixé pour le combat, dom Alonzo écrivit au chevalier pour le prier d'être demandeur , et de trouver bpn que lui dom Âlonzo se portât défendeur. Cette proposition
tendait à se rendre mattre du choix des armes
et de la manière de combattre. Bayard consentit à tout ce que désirait l'Espagnol , disant : Sur une bonne querelle peu me chault d'être demandeur ou défendeur. Devenu maître des conditions dom Alonzoy qui connaissait toute la supériorité de Bayard à cheval » décida qu'ils comjbattratent à pied, armés de ioiUes armes, reçusses d'm^met
DB LA CBBVALERIB. â8l
et (U bavièreyà visage découvert, avec l'estoc et le poignard.
Le jour vemi , Bayard ayant pour second ou parrain , son ami Bellatyre , et accompagné de plusieurs seigneurs , se rendit au lieu indiqué ; bientôt arriva Alon^o, avec un nombre à peu près égal de seigneurs espagnols ; il envoya aus-^ sitôt à Bayard deux épées et deux poignards li choisir ; celui-ci prit au hasard les armes dont il avait besdn , sans s'amuser ^ faire un choix. On procéda alors au^ cérémonies en usage dans ces occasions , les deux champions prêtèrent les* serments ordinaires, et. entrèrent dans le cainp, chacun par un côté opposé. Bayard n'était accompagné que de Bellabre , et du seigneur de la Palisse, pour juge du camp; Alonzo avait pour parrain dom Qniguonès, et dom Athanèse pour juge du camp. Bayard , quand il fut entré dans le camp , fit sa prière à genoux , baisa la terre, se releva en faisant le signe de la croix , et marr cha à son ennemi avec la même assurance et te' même calme que s'il fût allé à une fête. Dom Alonzo s'avança d un air non moins intrépide, et lut dit : «Seigneur Bayard que me voulez-vous? i> — « Je veiix défendre contre toi , dom Alonzo » de Soto-Mayor, mon honneur, dont faussement »et mauvaisement m'as accusé. >A l'instant ils' fondirent l'un sur l'autre avec impétuosité; Au premier- choc , Bayard blesse son adversaire aa visage ; mais ce coup peu dangereux ne fait que
^ii% «STOttE
redauhler U forcktf d'Aknzo. L*£spagiiôl plus gfand, plus vigoureux en ce moment que Bayard affaibli par la iièvce, l'observait pour le surprendre en flanc , «t le saisir au corps, mais le Fràtt* çais avait 1- œil partout , et. parait tous les coups qui loi étaient pM*^..Le combat fut long, et tant qu'il dura la victoire fut balancée , avec de^ chances à peu près égales de succès. Les spectateurji tremblaient et faisaient des vœux chacun pour le guerrier de leur parti ; les Fraoçais craignaient que la maladie de Bayard ne lui p^wlt pas de soutenir une lutte si prolongée ; ks £^»* gnols f quoique rassurés par la feroe et l'adresse d'Alonzo, auraient fvéflépé k voir combattre' avec tqut autre chevalier que cdui qui leur avait' fait se&tir tant; de fois lit puissance de son bras invincible* Enfin, apiès avoir essayé l'un et l'autre toutes les rusas , toutes les feintes imaginables pour se frapper aux dé&uts de leur iirmure, Bayard saisissant l'instant où l'Espagnol levait le bras pour le frapper, lui porta avec/la rapidité de l'éclair 9 un coup de la pointe de, son épée dass le gorgerio; la Ibrce de ce coup est telle, que mal^é sa bonté, legorgerîn est rompu, et l'arme du chevalier français s'enffonce de plusieurs pou* ces dans la gorg9 de son adversaire, Cetut^i, en voyant conter son sang en abondance devient phia fiirieux et plus terrible ; il fait des efforts inociis pour saisir ^oo eAuemi à braa^krcorps, etTac^ahier de son poids; mais Bayard paré ses coupa
amec adresse , érite àyec agilité une étreinte qui pou]t*ait lai être funeste , jusqu'à ce qu'il se soit aperçu qu'AkHizô était afiaibliparfo perte de son s«ag ; se jetant alors sur lui è corps perdu , îl Telabrasse» et le serre avec tatit de force qu'ilsr tmnbent tous les deux et se débattent quelque temps par terre ; mais Bayard porta un vigoureux coup de poignard h Alonzo, en lui criant : Bendezr-voas , dom Alonzo, ou vous êtes mort ! Le malheureux Espagnol ne répondit point à cette s<Hnmation , car il était déjà mort. Dom Quiguo-* nés , son second» s'en aperçut , et dit à Bayard : c Seigneur Bayard , que lui demandez-vous , ne »voyez-votis pas qu'il est mort ?» Le chevalier aurait désiré pour tout ce qu il possédait, Tavoir vaincu 9 sans le tuer; il en ressentit une vive douleur , mais il était trop tard.
Il se jeta à genoux pour remercier Dieu de loi avoir donné )a victoire , et se releva après avoir baisé'trois fois la terre. Ensuite il rendit le corps d'Alonzo à son parrain^ en lui disant : «Seigneur Diego, je vous remets ce corps qui est 9 à ma disposition d'après les lois de la guerre ; » je vaudrais de bon cc&or vous le rendre vivant, n Alors les Espagnols TempODlèrent en faisant entendre des plaintes et des gémissements ; les Français reconduiiiirent le vainqueur II la garmî- ' son , au son d'une musique guerrière et aux acclamations de la multitude.
Après cet événement, il y eût entre les armées
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française et espagnole , une trè?e de deux mois. Les Espagnols étaient mconsolables de la mort de Soto-Mayor, et ite brûlaient du désir de la renger. Pendant la trêve» les ojliciers de part et d- autre allaient souvent se promener jusqu'auprès des garnisons du parti opposé. Un jour, une troupe de treize hommes d'armes espagnols se trouva " près de la place de Monervine« d'oii Bayard et son anâi d'Oroze , étaient sortis pour prendre Tâir. On se salua de part et d'autre, et bientôt la conversation s'engagea. Un des cavaliers espagnols, nommé Diego de Bisagna, qui avsut été de la compagnie de Soto-Mayor, et ne pouvait par^donner sa mort à Bayard» prit la parole : « Seigneur français, dit-il , il n'y a que huit jours »qoe la trêve dure» et déjà elle nous ennuie; je » ne sais si elle produit sur vous le même elFet; » mais si cela était, vous pourriez, pendant qu'elle » dure, faire avec nous une partie de dix contre V dix» vingt contre vingt, plus ou moins, en nom-* » bre égal ; je me fais foi^t de mon côté de troa- »'ver de quoi vous soutenir, en convenant que »les vaincus demeureront prisonniers des vain- » queurs. « A ces mots , les deux amis se regardèrent «en souriant, et Bayard s'empressa de répondre à l'Espagnol : « Seigneur nous acceptons «avec le plus grand plaisir, mon camarade et » moi , vot^e proposition. Vous voilà treize hom- • mes d'armes, promettez-nous de vous trouver » dan5 huit jours^ auprès de Trani ; nous^nous y
DE LA CflETALESIE. 285
9 rendrons en même notùbre, et nous Terrons » qai en aura 1 honneur. » Les Espagnols le promirent, et chacun s'en retourna.
Les deux amis» arrivés à Monervine, firent part à leurs compagnons de la rencontre' des Es* pagnols et du rendez-yous donné. Chacun voulait prendre part à ce combat ; on tomba d'ac* cord enfin du choix des treize champions. Au jour et au lieu indiqués, les deux peftites troupes de chaque parti, arrivèrent accompagnées chacune d'un grand nombre d^amis de leur nation ^et d'une foule de curieux. On régla aussitôt les conditions de la joute ; on fixa les limites de la licë , et il fut convenu que quiconque passerait ces limites, demeurerait prisonnier et ne combattrait plus de la journée; il fut également décidé que quiconque serait démonté ne pourrait plus prendre part au combat; enfin que si la nuit Tenait sans que la victoire fût décidée , ne restâtil qu'un seul champion à cheval de chaque côté, le combat serait terminé, et chacun se retirerait et emmènerait ses compagnons de part et d'autre. Quand toutes les conditions eurent été ainsi établies, les deux partis se mirent en présence, et la lance en arrêt , se chargèrent avec vigueur. Nous avons vii qu^une des lois principales de la chevalerie était de ne point diriger les lances contre les chevaux. Les Espagnols, interprétant à lecrr manière la clause dejs conventions qui ne pe'rmettaft plus au chevalier démonté de prendre
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part au coiubat, ne s'attachèreat qu'à blesMr les chevaux, et du premier choc ilsea tuèreai onze y en sorte que Bayard et d'Oroze se trouvé-* Fe^jt sealsà cheval. Ce stratagème, qoi était, un véritable abus des conveations , ne réussit pcKÎiit à leurs auteurs.; car leurs chevaux ne voulurent jamais passer sur le corps de ceux qui étalent abattus, malgré les coups redoublés d'éper^ia et ious les moyens qu'employaient les Esp4igBi»k pour les exciter. Bayard et son ami , restés seok pour soutenir mne attaque si disproportionnée^ profitèrent habilement de cette circonstance; chaque fois que l'occasion leur paraissait faror»» ble, ils chargeaient leurs adversmres, et quand ceux-ci revenaient en masse sur eux , les decui Français se retiraient derrière les chevaux iiMMrts« et s'en faisaient un rempart. Plusieurs cavahera espagnols furent grièvement blessés , et un plus grand nombre désarmés ^ et quoique treize contre deux ^ jamais ils ne purent pénétrer daofr le camp des Français, qui soutinrent cette lotte inégale pendant plus de quatre heures^ et jusqu'à ce que la nuit forçât les deux partis à se sépaser. Personne n'eut l'avantage; mais l'honneur dab journée resta aux deux Français qui avaient su se jnainlemr si looigtemps contre tant d'âdvèr^ sairesb
Cette même campagne fût signalée par un des plus brillants faits d'armes dont l'histoire ait conservé le souvenir, et qui seul aurait suffi poof
DE L^ OIBTlIiERIE. 387
îÉi^aoïialiâer lë chevalier sans pêiir et saos re*proches. Quoique ce fait ne sok pas exacteÉaent âe la nature de ceux qui font Tobjet de ce cha* pitre, nous avons crû de?oir ]e rappeler ici, parce que tout ce qui intéresse la gloire des che* valiers français ne peut jamais être déplacé dans . G^ ouvrage.
En iâo3, Farniée espagnole était campéesïip U rive gauche du Garîllan y et les Français œeu* paient la rive opposée. La disette de vivres et de fourrages qui se faisait sentir dans le camp français , força la cavalerie qui formait la plus grande partie de l'armée» d'aller au loin s'établir en grands détachements pour se procurer des subsistances. Instruit par ses espions , Gonzailve de Cordoue, général de l'armée espagnole, passe te fleuve sur un pont qu'il avait constniift à l'insu des Français ; et les faisant attaquer sïit im autre point po«ir détourner leur attention, ît s'avance avec le reste de ses troupes pour les envelopper. Il n'y avait qu'une prompte retraite qui pût sauver l^armée ; le général français l'ordonna; elle se fit en bon ordre , soutenue par pin* sieurs compagnies de gens d'armss qui formaient Farrièreugarde, avec quinze braves, du nombre desquels 'était Bayard. Ils protégeaient la mat^ «^lÉe de l'arai^e, que la cavaleipîe légère espagtfotiR barcetiait sans cesse pour la reWder, et perinét»* lre% Gonzalve dé l'atteindre (i). Tout h cotrp
(1) Anquetil. — Histoire de France.
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Bayard aperçoit un corps de cavalerie espagnole de deux cents hommes qui ayaient pris le chemin des hauteurs pour tomber ^ à une certaine di»^ tance , sur Finfanterie française y et arrêter sa marche'; cette troupe se dirigeait vers un pont étroit par où elle deraitdéb^cher dans la plaine, et si ce mouvement ne rencontrait point d'obstacles; c'en était fait de Tarmée française. Bayard a compris toute l'étendue du danger, et sans perdre de temps à faire part de ses observations au général en chef, il s'élancevers le pont, suivi d'un seul écuyer. Voyait bientôt la colonne ennemie arriver sur lui : a Gourez , dit-il à son nécuyer, courez chercher du secours pendant »qoe jç V2iis les occuper de mon mieux. » Tandis que celui-ci exécute cet ordre, Bayard, sa lance enoirrêt, se place sur le pont. Les Espagnok ^'apercevant qu'un seul homme, ne pensent pas qu'il veuille sérieusement leur disputer lo passage, et ils continuent leur paarche en riant de Ja' témérité ou de. la folie d'un tel adversaire; Bayard fond sur eux avec impétuosité; et des premiers coupf qu'il porte quatre hommes d'armes s'ont renversés, dont deux tombent dans la tivière. Animés par la perte de leurs camarades, et par la honte de se Voir arrêtés par un seul gnerrier , les Bspagiiols l'attaquent avec foreur ; mais, lui, Tépée à la main , soutient leurs efforts, et tout efx parant' les coups qui lui sont portés , multiplie tellement les siens, que les ennemis
^^-Ey^-U^ a**'A&TZ^ ^ ^^^^^^f! '
DE Ll C^ETALEBIE. s8()
croient avoir affaire » non pas à un tiomme, mais à un être surnii^t*e]. Sans doute un tel combat ne pouvait se prolooger longtemps, et bientôt les forces épaisée^ de Bayard auraient trl^hi' son courage ; mais i| eut le bonheur de tenir assez pour donner le temps h son écuyer d'amener à son secours cent hommes d'armes qui le dégf^gè* i*Ênt » et ôtèrent aux Espagnols tout espoir dé passer le pont.
De-tous les combats partieU livrés d'après tes usages de la chevalerie , le plus célèbre est sans contredit celui qui eut lieu en Bretagne, dans les landes de Ploërmel , entre trente chevaliers ou écuyers bretonset un nombre égal d'Anglais, et qui est connu sous le nom de Combat des Trente.
Pendant la guerre civile qui désola la Bretagne au quatorzième siècle, Jean de Beaumanoir, ami et compagnon d'armes de Du GuescHn , avait embrassé comme loi le parti de Charles de Blois, contre son compétiteur Jean de Mont-^ fort. Chargé de là défense d^Josselip, ce* guerrier gémissait de voir , au mépris d^ine trêve qui avait été conclue entre les deux partis , la garnison anglaise de Ploërmel parcoi;trir les campagnes , et aggraver par le brigandage ^t le meur-* tre les maux inséparables de la guerre. Au moyen d'unsâuf^conduit, Beaumanoiral^la trouver le commandant, sir Jacq\ies Brembro? et* lui reprocha de faire mauvaise tgaerre; l'Anglais
ago BISTOIBE
répojudKt yWeift^at ; kA^n^relle 9'^cliaiiffa^ Le résallât de l'eBÉfeme fut qu'im combat de trente contre trente i^iiraillieale a 7 mars 9uiif anl( 1 35 1 ) , entre Ploërmel et ioêiélixï, an âhêne de mi-voie.
DeretaoràJesaeUn»Beanmanot|ramionça -celte nouvelle aux gentilshommes bretons qui composaient la garnUoQA Chacun désirak prendre l^âirt à cette expédition; -ne pouvant tous les «a-tisfairCy il choisit neaf chevaliers et vingt-un éjcuyers. On distinguait parmi ces braves le sire àt Tintentac, Guy de Bochefort , Yves de Charruel, Geoffroi du Bois, Guillaume de Blontaii* biin» Alain de Tint^iiac, Tristan de Pestivien , GeoiTroi de la Roche , MeUon » PouUart , Rousselet , Bodegat , etc.
Brembro ne put trouver dans sa garnison assez d'Anglais sur lesquels il pât compter pour faire le nombre de trente dans une action aussi im* portante pour la gloire de sa nation» il n'admit que vingt Anglais dans sa troupe; les antres étaient Allemands ou Bretons, du parti du comte de Moirtfort. Les principaux chevaliers anglais étaient Robert Knole, Croquart» Henri de Lesçualen , Billelbrt , Hucheton , etc*
Tous les /combattants , arméa de pied en cap » furent exacts au rendez-vous. Une feule de spectateurs^ curieux d'assister à te saaghint tournoi» s'ét^nt portés sur le champ de bataille» Au moment d'en y^aitt. aux mains , fimmbro parut hésiter; Ce combat, livré aaas rauCorisatîon, dea
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soûyerams respectift, était» dbaît-il, irrégixlier. BeatiBianoir répoïkâît qu'il .était trop tard pour rcna^rë^mie partie si bien liée, pinur perdre une si bdle occanon de prouver qui avait plus belle amie», '
Aussitôt le sipial est dosiné » et les deux ti^oupes se chargèrent d'tine manière si terrible» que tous les assistants en frémirent; Les combattants étaieut rangés sur deux lignes > et chacun arait son adversaire en^atcef leurs armes étaient inégales» ayant eu la liberté de cdioisir celles qui leur conrenaient le Uiienx. Billefort se servait d'un maillet pesant vingt-cinq Kvres» et Hucheton d'un fauehard crochu et tranchant des deux côtés ; et ainsi des autres. L'avantage fiit d'abord pour les Anglais» qui tuèrent Mdlon et Poullart» Pestivien fut blessé d'un coup de marteau ; Rousselet et Bodegat furent abattus à coups de mail , et faits prisonniers » ainsi que Gharruel. Beaumanoir» animé par cette perte» recfi>ubla ses coups , et les autres suivirait son exemple. Les Anglais ne leur cédaient ni en finrce ni eu courage» Les deux partis épuisés de fatigue se retirèrent de concert pour prendre haleine et pour serafralehir.
Beamwnoir profita de ee moment de rdtlehe pour ea dw rte r les siens : a Si nous titf(m$ peidn cinq hommes» leur dilntt , nous n'en ittirons que plus de gloire h tnompher* i^ «^ « Peur naoi > dit »Geofiroi de la Roche » je coiiA«ttrtts ai^c plus
29^ ' HISTOIBB
» de courage si j'éUis armé cheyalier. » ^^ « Ta » vas Fêtre , 9 répondit Beaumaooir , et aussitôt il lui ddnna l'accolade» en lui rappelant les l;iaut$ faits de ses ancêtres, qui s'étaient jadis signalés dans les guerres d'Orient contre les Sarrasins.
Affres quelques instants ^e repos, les combattants en vinrent aux mains de nouveau , avec le même acharnement qu'auparavant. Tout à coup Brembro se lance sur Beàumanoir , le saisit- au corps et le somme de se rendre; mais dans ce moment Alain de Kérenrais porta à Brembra un coup de lance au visage, et le renversa par terre; au même instant Geoffroi du Bois , trouvant le défaut de sa cuirasse, lui passa son épée au travers du corps. La mort du chef jeta l'étonnement dans sa troupe ; mais Groquart prenant la parole : « Compagnons, dit-il, comptez sur vo- \ tre courage, et la victoire est à nous; serrez vos » rangs, tenez ferme, etcombattez comme moi.» Les Angilis se serrent et le combat devient plus furieijx qu'il n'avait encore été.
. Cependant les trois prisonniers bretons, quoique blessés, profitant du désordre qu'avait causé la mort de Brembro, s'échappèrent et allèrent rejoindre leS leurs pour combattre encore. Beauibanôixt fut blessé dans ce moment ;' hors d'ha leine, accarblé de faiigoe, il était toumiénté par une soif, ardente, eldemandait à boire. Geoffroy du Bois l'ayant-èntendd , loi cria r Bots ton sang, Beaûmarioir , et ta soif se passer à» Ces pa-
DE LA CttSYALERlE. S9S
rôles le raniment; il rentre âiteombat et fait de noavéâQx efforts pour se faire jour au travers des rangé ennemis; mais ce fat inutilement. Enfin Guillaume de Montauban monta h cheval»
saisit sa lance et feignit de s'éloigner dé sa troupe. Beaumanoir rayant aperçu loi cria : «Faux » et mauvais écuyer, où vas-tu? pourquoi nous » abandonnes-tu ? il sera reproché à toi et à ta » race à jamais.» Montauban sans s'étonner lui répondit : Besogne bien de ta part, Beaumanolr, et je ferai tout devoir de mon côté, A peine eutil prononcé ces paroles qu'il poussa son cheval vers les Anglais, les rompît, et en renversahuit en allant et en revenant. Les Bretons profitèrent de ce désordre et pénétrèrent dans les rangs éclaircis , où ils firent un terrible carnage. Une bonne partie des Anglais furent tués. Les autres , au nombre desquels étaient Knole, Caverley, Billefort et Croquart furent faits prisonniers, et conduits au château de Josselin. Ainsi la victoire des Èretôns fut complète, grâce peut-être à la ruse de Montauban. .D'Argentré, dans son histoire de Bretagne , observe que les guerriers des deux partis combattirent tous à pied, à Texception de Montauban; mais qu'apparemment le combat à cheval n'était pas défendu , puisque les Anglais n'ont élevé aucune réclamation à ce sujet (i).
(1) D*Argentré, Hist. de Bretagne, liv. 6, chap, 27. — Dom Moris, Hist. de Bretagne, liv. 7.
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Telle fbt rifisne da fameux combat des Trente» dont les landes de^Ploërnàd garderont k jamais le sonTonir, et qui, raconté le soir k'ia veillée» par quelque TÎeillard k cheveux Uancs , fera longtemps encore palpiter les cceors bretons » en leur rappdant la raleor et la flaire de leurs ancêtres.
1>E LA CHETALERIE. 9^5
■«■fessaaBpsaanMiaaMaHanpi