‹ Histoire de la chevalerieChapitre 7 sur 20 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les chevaliers errants.

£û ienops de paix les cheyaUers ne restaient paa oisifs : fidèles au serment de redresser les toirts et d'aboUr les injustes coutumes , ils chevauchaient par monts *et par vaux, quêtant les ayentures» s'informant en chaque endroit si les bonnes lois et les bons usages étaient observés. Ik <;onsacraient ainsi les premières années de leur installation dans Tordre , à visiter les pays lointains» les cours étrangères, afin de $*j rendre ' chevaliers parfaits ; le vert dont ils étaient vêtus» symbole de Tespérauce , annonçait la yerdeur de leur printemps et la vigueur de leur courage. Ils étudiaient les difTérenté^ manières de jputer des diverses nations» et les plus beaux coups de lanc^ des chevaliers qui excellaient dans Fart des tournois; ils ambitionnaient Thûnneur de se mesurer eux-mêmes avec ces maîtres, pour s'essayer et pour s^iostruire. Ils prenaient dds leçons encore plus utiles dans les guerres où ils servaient volontairement» en se rangeant du côté qui paraissait ayoir pour lui la justice et le bon droit.

DE LA CPETALfiRIE. 89

Ils étadiaient aussi les priocipes d'honneur ou de cérémonial ,. et de civilité on de eourtoisie , observés dans chaque cour. Curieux de s'yiaire distinguer par leur bravoure , leurs talents et leur politesse , ils ne Tétaient pas moins de connaître les princes et les princesses de la plus haute réputation » d'observer les chevaliers et le» dames les plus célèbres , ^'^ppi^^ndre leur histoire » de retenir les plus beaux traits de leur vie, pour en faire ensuite dés i*apports instructifs, et des récils intéressants ou agréables » quand ils seraient de reto^ir dans leur patrie*

Outre les i)*équeates occasions de s'exercer aux tournois et à la guerre» que nos chevaliers errants trouvaient dans leurs voyages , le hasard leur offrait couvent encore , dans les lieux écar^ tés où il^ passaient, des crimes à punir, des violences à réprimer, et des moyens de se rendre utiles eu) pratiquait ces sentiments de justice et de générosité qu'on leur, avait inspirés. Toujours armés pour l'assistance quHls devaient aux malheureux, pour la protection et la défense qu'ils avaient promises aux Sommes et aux femmes, on les ifoyait voler de toutes parts dès qu'il était question d'acquitterieur serment de chevalerie; souvent aussi plusieurs chevaliers assemblés ^ans une cour, qui menaient d'y recevoir les honneurs de la chevalerie, ou qui avaient assisté à ces fêtes solennelles , s'associaient en conimun pour faire des courses ou voyages, qu'ils appelaient qitestes,

90 msToiiE^

soit peur retrooTer un fameux cheralier qQÎ avait disparu y une dame restée au pouvoir d*un en- ]i<uiii> so^ pour d'autres objets encore plus relevés. Nos hértfs errant de 'pays en pays parcouraient surtout les fotêts, presque sans ^utre équipage que cehii qui était nécessaire à la défense de leur personne , vivant uniquement de leur cbflsse. Des pierres plètes plantées en terre , qu'on avait çxprès placées pour eux, servaient à faire les apprêts de leurs repas ; les chevreuils qu'ils avaient tués étaient itds ^ur ces tables , et recouverts d'aiilres pierrçs, avec -lesquelles ils les, pressaient pour en exprimei' le sang ; du sel et quelques épices , les seules biunitions dont on se chargeait, en faisaient tout rassaisonhement.

Afin de surprendre plus sûrement les ennemis qu'ils allaient chercher, ils ne marchaient qu'en petites troupes.de trois on quatre, ayant soin, pour ne point se &ire connaître l de changer et de déguiser leurs armoiries, ou de les cacher en les tenant couvertes d'une housse. L'espace d'un an et un jpnr étaii le ter^ne ordinaire de leur emprise ; au retour, ils devaient, suivant leur serment , faire un récit fidèle de leurs aventures> exposer ingénument leurs fautes et leu malheurs (i);

Ce sont les' chevaliers errants qui ont surtout fourni aux troubadours et aux romanciers ces

(1) Lacuràe de Sainie-Pataye. — Gassier , Histt^re de ia ctieyalerie française.

DE LA €HBVJLLERIE. Qt

récits mer?eilIeQX , oii de yieilles traditions , quelquefois vraies au fond» se mêlent aux fictions 4'ujie imagination brillante et poétique. M. de Marchangy a réuni dans un cadre resserré quelques-unes des aventures les plus remarquables de ces preux, qu'on peut appeler les Thésée et les Hercules du moyen âge.

41 Quelquefois^ arrivé au déclin dn jour vers la lisière d'une fbrét , le paladin voyait entre la cime des arbres les. tours crénelées et le& donjons grisâtres d'un grand château. dont les brillants vitrages étincelaient au soleil couchant Pour connaître le seigneur de ce manoir , et le chemin qui mène à lui ^ il interrogeait quelques charbonniers, dont les chevaux erraient çà at là dans les taillis touffus, paissant la fougère et les mauves en agitant leurs clairons; mais ceux qu'il questionne se regardent sans lui répondre; l'tm d'eux, enfin, lui apprend que ce château, depuis longtemps déseii;, est hanté par des spectres et des démons,, qu'on y entend tontes les nuits un bruit sinistre et de lon^s hurlements. Le chevalier s'y &it conduire , laissant aux pre-» miëres portes son écnyer et son palefroi; l'épée à la main , il se fraie une route à travers l'ortie, les ronces , les débris dont la cour et le^ perroi^s sont couverts.

» Des rentes d'armoiries à moitié effacées sur les lambris par la verte humidité annoncent que ce séjour fut-jadis occupé par de nobles fa-

93 BI8T0IRB

milleft » et le paladin soupire en songeant combien les .grandeurs s*écoulent papidemcnt dans eetie vallée de misère; il s'assied sur la pierre de la fenêtre antique, et se plaît h voir la douce clarté de la lune vaciller sur les tiges de la forêt; au milieu du silence de la nuit , dans ces lieux romanesques et solitairds , le rossignol fait entendresses concerts harmonieux» et la nature est en extase*

» Mais tout à coup le chevalier sent un vent raipido tourbillonner dans la salie oii il veille; les fenêtres se ferment avec fracas ; un fantôme paraît à la porte du milieu ; le preux , sans peur et çans reproche, tire son glaive, marche vers cette apparition, la suit dans les détours des cor* ridors et des escaliers tortueux , h mesure qu'il recule devant lui ; mais, arrivé face à face de ce mystérieux ennemi, il .sent une trappe perfide s'enfoncer sous ses pieds , et se trouve dans un vaste souterrain éclairé par quatre lampes.

» C'est là que le faux monnayeur c^che aux yeux des hommes ses Coupables travaux , craignant qu'un bruit délateur n'attire le glaive des lois; à chaque coup du balancier, frémissant d^épouvame , il voudrait en étouffer le son retentissant , et imposer silence aux échos dés voûtes sonores ; ses cheveux se dressent, et dans ses yeux effarés se peint l'effroi du futur supplice ; le preux l'arrache à son repaire , et le livre aux habitants de la contrée, qui, pendant longtemps

DE LA CHETALERIE. , gS

apprendront aux voyageurs le nom et leseiq>loIts du chevaliei* de minuit,

» Mais un soin pjus pressant isollicitera le courage du héros aventureux. Aux approches d'une cité gothique , surpris d entendre les affreux tintements du beffroi sonnant le tocsin ou le glas de la mort» il demande à de jeunes lavandières, occupées à étendre leurs toiles sur les branches des saules , quelles angoisses annonce une cloche aussi lugubte; il en apprend qu'une dame de renom , accusée d'un crime » doit être brûlée vive» si un chevalier ne prouve , le fer à la main » son innocence (i).

» A cette nouvelle» le paladin presse les flancs de son coursier; entre dans te cité dolente et funèbre , parcourt » sans y rencontrer ^n seul habitant», les rues sombres et fangeuses; puis» arrivant sur l'esplanade couverte d'une foule in-; nombrable » il voit au milieu » un tribunal élevé où siègent les juges du camp» en habits de deuil ; Vis-à-'vis se tient le grand pénitencier » accompagné de religieux portant la croix et les flambeaux; d'un côté le bûcher (s)» et la victime assise auprès ;* de l'autre côté paraît l'accusateur» monstre exécrable qui » pour se venger d.es mépris de. la femme qu'il convoitait» l'accuse d'un crime qu'il a cominis.

(0 Flores et Blanche-FIcar. — Voir Textrait de M. de trèssan.

(2) Gérard de Nevers.

94' HIST^IBE '

Les regards du éhèTalier t>iit déjà justifié Tac* cusée ; il ne croit pas que si génie , si douce créon tare, se soit portée à pareil vice; iLdit L'accusateur /être foux, traître, mensonger, et requiert vi^^ement de le prouver en combattant, non par armes cour-toises et lances gracieuses, mais à fer émoulu et à outrance.

» Il jette son gant dans l'arène ; les deux adversaires s'avanceat à pied» le visage découvert , armés de l'estoc et du poignard, font le signe de la croix ejt coibbattent. Le bon droit prévaut , le félon tombe et avoue son crime. Alors lés juges du camp livrent son cadavre aux hérauts d'armes , qui le traînent sur la claie fiingeuse ( i ) . Ses armes sont attachées au pilori, puis déplacées et honiiies; se^ éperons brisés sur le fumier, et il est inhumé en povre lieu et en terre qui ùncques ne fut bénie, ainsi que cela se pratique à l'endroit du chevalier parjure , déloyal et foy-mentie,

» La beauté délivrée n'a point encore repria ses. sens; et déjà Je chevalier libérateur a quitté la ville. Les citadins le reconduisent en lui criant : Qentil siris , nous prions Dieu qu'it vous donne joye de votre dame, et ce que vous dédirez»

ï> Mais le «chevalier trouvait au milieu de ses coprses bienfaisantes' un doux repos dans h»' châteaux où le retenait toujours un accueil bien*, •veillant. Aux portes et sur les flèches de ces ré-

(1) Beloi, Origine de la Chevalerie; de la Roque, Traité de la noblesse.

DE LA. GflEVALBRIE. gS

sidences, on plaçait des casques dorés comme les signes convenus de l'hospitalité et du logis ap* prêté sawc chevaliers errants ; ~ car c'était une cou» tume en notre bon pays , tant que courtoisie et cha» rite régnèrent en iceUU, que gentilshommes et nobles dames fissent mettre au^lus haut de leurs hostels ung heaulme, en signe que tous chevaliers trépas» sont les chemins entrassent hardyment en cet hostel comme en le leur propre ( i ) •

» A Tapprociie du chevalier le cor sonne et le pont s'abaisse. 'Les dames s'empressent de le re* cevoir au 'pied du perron » et de lui tenir Té* trier (2) ; ell^s le conduisenf; ensuite dans une grande salle dont les solives sont couvertes d'âr* moirles et de fleui^s de lis. Les pages lui donnent à laver; les blanches mains des damoiselles dé* lacent les courroies de son armure , et de rnoel*» leax tissus essuient la.poussiè^ dont son front humide est souillé, a Beau sire, lui dit-<Mi, soyez > ici à vot]i^;aise» et si quelque chose y dépiaf t » à vos yeux, dites-le en maître^ car vous l'êtes » dès ce moment. )»

cr Des varlets vont promptement inviter au nom de feur naître les châtelains, les va vas-" seurs. et les bons plaisants d'alentour» afin qu'agréable et joyeuse compagnie célèbre la venue du chevalier. Bientôt arrivent en beaux accoutre»

(1) Perceforesl, tome v.

(2} Instruction du chevalier de la Tour i ses filles. — Lacorne de Sainte-Palaye.

96 HlàTOIBE

ments les comtes , les banàerets , le sénéchal » damp-abbé; , les sîres-clercs , les mires , les ménestrels , les ^obenrs , les joueurs de yielle , de cornet et de flûte behaigue.

w Après le repas, et .quand sW vient la veillée^ on commence à ballcr et à rire ; les ti*oubadours font entendre le galoubet provençal; la mandoline italienne, la harpe de la cour de 'Champagne , Id' flûte de Cologne , la musette des bords du Lignon. Les chevaliers, écuyers et pages, Vétudient comment dire aux modestes jouvencelles galanteries plaisantes h entendre et douces à retenir. Cependant, assis surrescabelle, le pèlerin conte ses voyages aux anciens du lieu; lo scolastique et le théologal discutent, sans trop se comprendre, quelques passages captieux extraits du mattre des sentences , et le fou de la cour , se glissant derrière le fauteuil des dames, s*évertue h maints quolibets et bouflbnneries (i).

»Le chevalier, conduit dans l'appartement qui liiKest préparé, y trouve de l'eau de rose et de Télectuaire pour se laver , puis un lit haut de paille et mou de plumes^ avec un oreiller parfumé de violette; les pages lui servent le vm du coucher, le clairet, Thypocras et les dragées. Le lendemain, à l'instant de la départie, le chevalier demeurait nioalt ébahi eti voyant un page lui apporter des pièces de drap de soie , voire des joyaux

(0 Harcbangy, Gaule poétique.

SE LA CflETALERIE. ^ 97

et de l'&r, en- disant : Sire chevalier^ viez-ci un 'présent ^ue^ Monseigneur sous prÀ^ de 'garder pour l'ampurde lui» et, en oittre de ces dôhs , sont amenai sous l' arcade duclocher^ deux palefrois pour vous, et deux forts rbussins pour vos gens; Monseigneur i^ous les baille pour ce que vous êtes venu le voir eh son hosteL

» Ces présents étaient volontiers reçus ;. et eon^ment aarafèi|t-ils humilié » quand le> sentiment qui les offrait rarppelait h l'orgueil du che- TaHer comment if les mérita ? En effet, ces libéralit^s s'exerçaient, non-seulement pc^r en faire des marques de souyeoir , mais encore afin de s'associer d'une manière quelconque aux exploits et aux arentures du . preux '(i) ; pacle secret, sdfciscrit d'un côminun accord par la courtoisie et là lojauté de ces temps. Une pensée délicate, une iHusion cbevaleresque. disait au châtelain généreux qu'en sortant 4e ses m^iins, cette parcelle de ses trésors allait devenir, par Tentremise êixm bérps, déS' semences de vertus et de gloire, ir voyait, par son or ennobli, 4'iUjdigent>t la veuve clonsolés, la rançon d un captif acquittée, de pauvres paladiàs remis ^i^ équipage ,. des na^ vires se consti*uire, et s'armer Tescorte que le paladin devait conduire èi- d'éclatantes expéditions; il espérait pouvoir dire un Jour : « Le chevâlief était peut-être nlonté sur mon coursier

(i) JLacurBe ^e Sainte-Palaye ^ mémoire sur Vancicnne chevalerie. ' ' ^ '

96 ^ HlSTpIEE \

quand il a dispersé les gens d^armes d'Angleterre'; peut* être ^yec mon épée a*t-il renyersé le géant ou le chef sarrasin; en ma maison pourrait biea avoir été filé le beau manteau dont il se para le jour dû tpnrnoi* »

Mais si dans les tomps d'anarchie £éodale , temps de désordres 9 d'oppression» de tyrannie, la chevalerie errante a rendu d'importants services , on conçoit que son action ne jponvàit étf e que passagère , et ne devait >durer qu'autant que la' cause qui l'avait produite. De^s que la société ; vers U fin du moyen fige^.conunençait à devenir de.pkisen plus régulière, queia police des états modernes commençait À s'établir et à se fonder» l'esprit indépendant» amnturenx, eKcentriqaé des chevaliers pilants ne^ pooitait qne gêner et embarrasser l'action du gonvemement au Ueu de le servir. Dès lors lés souvwains s'attachèrent à faire disparattre de la cl^alêrie tout ce qu'il y. avait d'imprévu , de déserd^HUié dans tes habitudes de ces. guerriers conrenrs d'àveutnres et redresseurs de torts» pour ramener cette institution à un e^ril d'oindre ^t de discipline plus en rapport avec le nouvel .état de la société. Ainn disparut peu à peu cette chevalerie rMnanèsqùe» qui s'était mêlée ans réalités de la cbevalM^ie historique, et qcir suivant l'ejfiression deChâteàubriand» «retentit par tm extrême écho jusqu'au règne de François 1*', où elle donna naissance % Bayard» comme eHe avait en-

DE L4 CSEVi^LERIE. 99

fanté Du- Giie$clin apprès du trône de Charles y. »^€eqai lui suryécut loDgtenùtpfl «ncore, 6t ce que les prinices encouragèrent pour mainteuir l'adresse, la valeur et l'enthousiasme chevaleresque, ce sont le$ jeux militaires, les tournois, les pas d'armes , les emprises, dont nous allons parler dans les chapitres suivants.

lOO HiSTOIR»

PHAPÏTRE VU.

Des pas d* armes ou emprises.

De tous les jeux militaires au^pquels a donné lieu la chevalerie , les pas tl'armes ou emprises , c'esl-à-dîre entreprises ^ étaient ceux qui avaient le plus d'analogie avec le génie aventureux et rocnanesqne des anciens chevaliers. Nous avons vu déjà que , pour ne pas rester oisifs en temp$ de paix , les jeunes gens nouvellement élevés, aa rang de chevalier, allaient voyager dans, les provinces étrangères etvisiter les cours des roiset des prÎQces les plus renommés. Ils ne rencontraient pas toujours des aventures h mettre h fin, ni des torts lr,redresscr , surtout depuis que les princes eurent assez de pouvoir pour rendre^ régulièrement la justice, pareux-memes ou-por les magistrats qu'ils avaient institués* A défaurd'aventutos que le hasard ne leur offrait plus, les preux en imaginèrent; ils faisaient publier /{ue dan$ iin lieu indiqué, et pendant un certahi temps, ils combattraient contre tout venant, b telle ou telle condition , pour soutenir Fhonnetir de leur nation^ la gloire de leurs rols^ ou la beauté et le

DB LA. GDKir«I;£&IE. IQI

mérite de Jeurs dtines. Cet engagenient se non^ siait éprise, et son aûcom{Ais5émeBt était lo pas d'aimèsi, p^rce qu'ordinairement il consistait à défendi'e un j^assage sur un pon^» ou sur ui^ chemin » ou même sur une place fréquentée.

Quand le cartel^ contenant la formule et les conditions ^e Temprise avait été publié,. les cher Taliers tenants, se rendaient à 1 endroit qu'ila avaient assigné; .là, plantant leur étendiard, ila appendaient leurs éci}s ariporiés de leurs armes» ou enrichis de^qùelques chiffres on devise» particuliers, à des arbres ou à des pa)s et colonnes dressés pour ce eiijct, et obligeaient tous ks chevaliers qui désiraient passer par Jà à combattre ou jpuler contre eux. S'ils étaient plusieurs H- ^és ensiamblepour garder Iç pas» il y avait aur tant d^écus pendus à ces arbres ou colonnes , qu'ils étaientde chevaliers; et alors, pour éviter la jalousie, le ehèvaliei* qui désirait pasçer^JL^uchait avec sa Jauce un de» ces écus ,- et celui à qui il appartenait était tenu, de combattre^

Quand le cartel d'un pas d'armes était pi^bUé» il était bij^tôt connu au loin, et bientôt arri> vaient de fbutes parts des chevaliers jaloux de s'^rouver avec les gardiens de Fempri^* et des dames curieuses de ces sortes de spectacles^, .offerts ordinairement en leur honneur, , Au jout fixé, les combats s'engageaient dès le piatju , et duraient une partie de la journée. On joutait soit à fer émoulu soit à lance morte, suivant les

son MrréfiRE

CMiHtiiHis do cartel y ou^rai^wt la {>eniiiè6i^ qai en avait été àccerdée ^t loé princes 8mi<« Terains » sur le territoire des<{oek se teirait le pas d'armes* Le vainca était le pkis seaTentoUi^^ gé d» danjier un gage *u T.k>taear, ^i en Maak hommage à sa dame. C'était une vei^ d'or, aa*peiaçon » des fourrures , ou qodqne pierre précieuse ; souvent aujftsi le vaincu ^tàit . efcCgé de donner ïe portrait de sa dame et de la nom- Hier. D'autres fois^ les conventions ^ f emprise port£fîent que le vaincu serait obligé d'aller se rendre prisonnier à la merci du rm ou prince souverain du vainqueur, et de lui qoafesser qu'ayant éié vaincu en- tel pas d'armes, il ve^ nait se nîettre à ses pieds et se rendre «en pri* sonnier pour le temps qu'il plairait à sa majesté; le plus souvent, le vainqueur le remettait à la merci de sa dame ; en ce cas , le roi ou la dame .avaiiBiit coutume d'en user le plus généreuse^ mient qu'il leur était possible /et de flatter, consoler et honorer de tout leilr pouvoir les chevaliers qui leUT' étaient ainsi envoyés (i).» . Ghaqne jour les jeutes se renouvelaient pendant toute la durée de l'emprise; chaque jour, succédaient anx combats , les danses , les con* certs, tes jeux et les repas que les chevaliers donnaient à tous les spectateurs, sur le bord des rivières , des forêts, et sur le penchant des

(0 Lacurne de sàinte-Palaye, mémoire ^r l'aBcienne chevalerie.

DE LA CHEVALERIB. lo5>

Collines; car on ckolMssail; ponrlIiéAtre des pas d'araies > le voisinage des bois ; de Fonde et des haatearsy non^seolémeat pour y trouver une décoration naturelle à ces fôtesy mais encore afin de respirer tin air toujours rafrâtchl p^r l'oimbre des arlrries et le courant des flots » et aussi pour^ ménager à la foule des spectateurs la facilitiS dé se- grouper* et de s'asseoir sur la peinte des monts (i^. "* ' ^

Ces pas ou emprises étaient si fréquents en France, que, dèsqdela paix était faite, quantité de chevaliers se liguaient ensemble pour ^ aller en divers lieux ftiire preuve de leur valeur. Entre Caliéiis et Sàint-Jacquevert, il ^ avait une lice dressée t^ut exprès, oli la noblesse de Franco, allait éprouver sa valeur contre lies Ailglais qui passaient par lli pour se rendre en Franée ou ailleurs; Le maréchsil de Boueicauti le seigneur de Sàiniré, Regnaud' de Roye, Saint Pris et plusieurs- antres y ont combattu avec succès. Ceux' des provinces de Languedoc et dèGuienne» c[ui ne. voulaient pas venir si loin , allaient dresser des pas aux frontières d^Espagne ; pour obliger lefe chevaliers de cette nation à vepîr se mesurer ^ntre.eux. P^n devant du château de Pàu en* Béarn , il y avait une barrière ou champ fermé, où ceux de «cette nation' allaient coutume de. combattre ; et même aujourd'hui cet endroit est

(1) Marchangy: - Gaule poétiqire.

I04 mSTOIBB

appelé le Ciiamp dé balaHk. A Paris > on se btft* tak aussi.de cette façon; le lietioù se tenaient ces joutes en a conseryé le nom de Maapas ; il est situé dafDs le feubourg Saint-Jacquefli;

SousXharles VIII , un geotilHomnie du comté de Bourgogne » nommé mes^ire Claude de Yaudré , tint à Lyon , pendant le séjom* du roi dans celte ville p ^n pas d'armçs devenu célèbre» parce que ce fut là que se signala, ponr la pi^mière fois y de la manière la plus brillante^ un^ }enne hommo» à peine hors de page» ^ui devait plus tard acquérir tant de gloire , sons le nom du chevalier sans peur et sans reproche.

Parmi les plusjcélèbres pas d'armes maintenus par les chevalliers de France » on compte Temprise du Dragon , le pas de Sandricourt^tle cartel du C4hevalièr Solitaire. L'emprise du Dragon» ainsi appelée,» parce qu'on avait élevé sur le lieu du combat une haute, colonne qu'entourait un dragon» (ixi mainte^ue pi*ès Sa;unur» par quatre chevaliers , en l'honneur et pour le plaisir des dames ; elle fit remarquer surtout \s^ n^agnificence de René d'Anjou» roi de Sicile » qui p^ssa une partie de $a vie à rédiger des modèles de tournois» et à peindre ^es armoiries* Il dessinait une perdrix aji moment où un message lui vint apprendre h prise de Naples. Le prince philofo-^ phe ne quitta point ^on ouvrage » mais représenta cet oiseau les ailes déployées » pour en faire l'emblème des biens d'ici-bas; il Vint à l'emprise

DE LA CflEVALERtE, lo5

3a Dragan, précédé à-im cortège Nombreux; devant lui marchaient deux e&ta^ers turcs cop* iduisant chacun un lion.enchàlné^ après eux s*a- Vançiiit un dromadaire , sur lequel tétait assis le nain qui portait Técu.du roi. Une dame de rare beauté»- et' qu'on prit pour une fée, ouvrit la barrière aux chevaliers, et donna le prix au vain*queur (i),.

Le pas de Sandricourt , tenu près de Poçtôise» ne fut pas pioiiis brillant;. les plus grands sei* gneurs s^empreséèrent de s'y rendre. La Golombière , en nous apprenant le nom des tenants , des assaillants et des danîies, raconte quels exploits illustrètént pendant plusieurs jours le Carrefour téqébreuxr, k champ de TEpine et la Barrière périlleuse, noms romanesques donnés par les chevaliers auj^ ^divers passages qu'if s'agissait ' de défendre ou d'attaquer.'

Quant à l'emprise du Chevalier Solitaire, elle offre un tcait d'audace et de valeur digne d'être pladé au nombre de nos victoires (2).

Un Français voulant rester. ignoré, sous le ' nom du Chevalier Solitaire , se fit passer dans un bafelet en la Grande-Bretagne ,^amc un sien coni^ pagrion; se rendant droit à Londres., ils dressé* rent , entre le palais et la marine , leurs bannie-^ res et leurs écussons j puis vinrent Wft,face du .rdî , lequel tenait alors c'our pleinière ettinel ou»

(i). La Golombière. -^ M^rchangy; Gaule poétique, (2)Marcha6gy,f*W<î.

I06 ' ■ eiSTQIBE

vert,'jfom}iû demander la permbsioi» âe com* iMltre avec le» ciié?9liers Ar don rp jatuiSB qui YbudràieiU leur fairo rhomievr de se mesurer avec eux; o^s aveûtiiriers , aprà» areir jouté di»ra«jt huit jours contre toute la noblesse d'Angle* terre y s'en revinrent en ]^rance vainqueurs et chargés de présents.

Quelquefois les pas d'armesi étaient ambu^ lants» e^estrà-dire que les chevaliei's plantaient leurs pennons çà et là selon Toccasion ^ piûs erraient au hasard» épuisant tous les lieux d'avenlures* En voici un exemple |N*opfe à fiiire- connaîire Tesprit chevaleresque et k fanatisme' de l'amour qui régnèrent pendant plusieurs siècles ckèi; nos ancêtres. Par suite, de* certain^ wav^tm chevalier français parcourut les royaiunes dé France » d'Angleterre^ d'Ecosse et d'Esp^igne , avec le porterait de sa. maîtresse peint en énùrafl sur son écu. Lorsqu'il rencont^rait dans sed courses des chevaliers de bonne i|»parence, leur montrant l'effigie de sa dame» il tes sommait de déclarer qu'eUe était la plus belle de l'univers ; «'ils ae refusaient |i cet aveu» le chevalier d» VempriM piaulait sa lance» y suspendait la ressestblancê de sa bieB-aiBiée»et» tirsmt sa flimahérge» engageait un combat» cRoù sortant vic<^ ftorieuJSiA^il inàposait aux va^icus l'obligation de lui apjg^orterftdansumbref dâai» les portraits et les noms de leurs maitr^ssesj revenant dans son château avec trente porjtraita conquis de cette

loamèrû, et left àynat placée: ^utout^de Timage de la stouvecaiBft de^aes peûsée»» il alla déposei* s^WL pieds de celle-ci .ce» trepfaéé& d'un, aœoup extrayagani el d'une. cheValeresqve folie.

Ëa Yoiâi eûcore une dumédie genre. Antoine Darces, seigneur de la Bastie». en Danpbiné»

suEnommé le Cbevalier Blanc » et trois autres cheyaliersy ses aides» par permission du roi et de4a reine de France» Anne, dei Bretagne» portèrent au cou uûeéeharpe blanche pour'emprise, et allèrenivisiterles royaumes d'Angletere» d'Es-*> pagne» d'Ecosse et de Por^igal ; le srommaire de ladite emprise portait » « que celui' qui y touchée tMis serait tenu de se battre avec eux à la lance et Ji Tépée. Dans un autre article» qneiceltri qui. y toucberait pour l'amour de sa. maîtresse > et qui serait vaincu , serait obligé de s'aller rendre prisonnier à la merci de la mieux aimée dame de celui à qui le cas. en seçattiadv^au ; et au casqu'il jx'y voudrait aller en personne » sera rache^ table^d'un dianfant de trois cents écus.» lequel sera baill^ et délivré dans qqatre jours à un offi*^ cier d'armes ou à un gentilhôiame)» pour le lui porter qjoelqine part qu'eUe-^r» de par celui qui était son prisonnier et à sa merci, .»

Les Français n'étaient pas lesseub qu» se signalassent par des entreprises de ce genre ; les Anglais » les Écossais» les Espagnols "sunout côpservèrent longtemps ces go^s <;faévâlBresques« On cite comme un des derniws pas d'armés ce-

1 o8 HI6T0IEB

lèbres, TefBpPMe du cheralierSacfrage à là ï)ame Noire. G^ était un cheralier écossais» qui avait pris ce oioin bizarre; et qui^ sécoDdé.par deux autres chevaliers, ses aides, fit publier partout» avec la permissfÎQlï' du roi d'Ecosse» qti'ils combattraient pendant cinq semaines, à Çied et àcheval pour Taiâour des dames »- contre tous venants » gentilliomn^es de noùis et d'armes.

Voici le premier article de ce cartel, qui proave que la galanterie écossaise ne le cédait en rien h celle d'aucune autre nation.

« Ces ^rmes se feront en cedit ik)yaufne et ville d'Ëdimbomrg» dédans le Champ du ^Souvenir»

lequel sera entre le château nommé des Damoiselles et tê Pavillon Secret, et dedans Jedit champ sera Tarbre d'Espérance , lequel croît au jardin de Patience , portant feuilles de plaisance » fleurs de noblesse et fruits d'honneur; et au bas dudit arbre seront attachés , pendant- cinq semaines , cinq écus, l'un après l'autre de différentes couleurs; en chaque semaine un, dont le premier blanc, le deuxième gris, le troisième vert, le quatrième de pourpre et le cinquième d'or , h chacun desquels il y aura une lettre couronnée , du nom dudit chevalier Sauvage et de sa dame, ensemble. desçLtts chevaliers, et pareillement da leurs dames.

« Le prix qi^e les vaincus seront obligés de donner au vainqueur , sera une verge d'or pour ^dopher à sa maîtresse.

DE LA GHBTALERIE. lOC^

» Le$dile^ armes h pied et à ch|ÇTal sobt assignées et coBunencerant le, 1" août i5'o7« »

Toutes \e$ emprises àont nçns «FÔn$ parlerasqu'ici peuvent être" appelées historiques» parce que les hék^s sont des per^ônqpges connus , ^t que ce qifb nous en avons raconté a- tous les caractères de Tautheoticité. Si nous avions vdtilu puiser dans les romans de chevalerie » nous au7 rioQs trouvé une foule d'anecdotes de ce genre, mais QÙ la féerie et lé merveiDettx sont tellement prodigués » que les auteurs semblent avoir^ ^u moins en vue de peindre les mœurs réelles de la chevalerie p que de donner carrière à leur in^ vention. Un seul de ces romans , laissant de côté toutes ces ressources de l'imagination, nous donne sur celte partie dès mœurs chevaleresques des détails oii tout paratl virai ou du moins vraisemblable > oit tout est conforme à l'histoire et à Tusase du temps. Nous' terminerons ce chapitre par quelques passages de ce roman (i), rajeuni par H. le comte de Tressan; ils compléteront cequ6 nous avons à dine' ièi des pasd'ar* mes ou emprises des chevaliers. Nous y reviendrons encore à l'occasion des joutes et des tourntfts de la cour de Bourgogne.

\ Le jeune Saintré, page de la cour du roi Jean» après avoir passé* par les différents grades, était» parvenu à celui d'écuyer poursuivant d'armes.

(1) Sainlréj M. de Tressan, tome ni;

1 liO Hi3T0a£

Voulant se signader par quelque actittxi d'éclat» capable de Télever au na^ da cheiralier^ il d»^ maacU iaiu roi la pemnsyision de iormeFiioer. entreprise et de parcourir les- cours étrangères» • Le roi qui Faiatait beaucoup lui répondit: Ëh iquol! mon ami Saintré, c'est au 0rt>meiit oii » jewoua attache pbia inlimemeat à ma personm», ji.que vous voulez ViOus^ éloigner de. moi l/Mais'» » ajoute ce bon prince» je ne pois voua con- » damner ; je veu3^ encore moins vous refuser une % occasion de faire bonoeur à me& sentiment»» »et de ma mettre en droit de vous armer cbe*-* 9 valier* » -

Dès: que le jeune Saintré eut. obtenu cette.

^rmissi^Q de son, maître» il a'occupa activement des prépara tiib de son entreprise* U déjploya dana cette oecaiâon une magnificence et un luxd.di^^ gnesde k noble cour 4 laquelle il avait.rhon]ieur d'appartenir. Le' jour du départ arrivé», il alla prendre cûBgé du roL et recevoir ses lettres d'armes* L'usage d0 ce temps était que le monarqjiie , • la^ lamille. royale et les princes du sang, fissent un don au jeune gentilbomme dont l'entreprise faisait henneuir à le nation. Le ix>i> li;ii donna, deux mille écus d'or de son épar^^ ; la reine ea donna.mille de la sienne; messieurs de Boorgogne» d'Anjou» de Berry» en. donnèrent aurtant ; les prin<SDssea leurs épo^nses l'enricbirent de bracelets» d'attacbes, d'anneaux» dej)ier^ reries » pour qu'il pût répandre .ses dons dans

^ DE LA OIBTALERIE. 111

les difl^wnies c«i»rs où. il allait coeakaitre. La dame de sest pensées lui attacha elle-même tûi kracelet qui deyiiit être 1^ marqué de son em- ;»m^,'e0 lui di^Âpt :' « J'espère qui! en coûtera cher à celui qui voudra vous jdtélivrer. » On appelait délivrer un poursuivant ^d'armes de son mtreprise , lui enlever par force» ou par coortoisie» ou par un troc noble et généraux, la Barque qu'il avait ehoisfe pour la* porter toujours... • ^ '. .

Le Jeune Saintré se dir%^a sur TEspagnie ; il se fit adinjirer par sa beauté» par seàsentimepts» et par sa n;iagDificence dans toutes les villes fran-^ çaises qui se trouvèrent sui: son passage. Cette atagnificence et ses. dons augnuentènentidès qu'il entra sur les irontières étrangères; quelques aventures même signalèrent son adresse et sa valeqr. Des chevaliers catalans gardaient diffé^ rents pas dans les montagnes; vaincus également pi^ les armes» les dons et la courtoisie de S^ntré» il» le précédèrent à Barcelonne» où les seigneurs du pay»' marquèrent son arrivée pfar des l^es. Il s'y arrêta pendant quelques jours pour £iîre réparer ses équipages et les rendre encore phis bri^iaiits. De là » il envoya trois hérauts , dont' le principal était couvert des attributs et des livrées de^ Frauiee ; les deux autres l'étaient des donnes. Il les députait pouf présenter les patei),^s du roi de Fraocç , qui autorisait son emprise i et poiur deipaisider la permission de pa-

1 1 s HISTOIBB •

raltire à la cour clu roi d'Aragon »;d*einbrasser lè^ genoux ; de ce prince y et de lui présenter luitnéme ses lettres d'armes. Tant lui fut accordé: et peu de jours après» il arriva près de Pan^pdinne où la coiir était alors. ^^La grande ^réputation du noble «poursuivant d'armes français l'avait dé* Tancé ; et Saintré vit accourir à sa rencontre un nombre infini de chevaliers et de dames, qui fuirent frappés de lamagnificence et de là galanterie qui ri^gaaiçuit dans tout son cortège.

Quand il fut arrivé au pied du trône > le monarque lui parla avec distinction » et lui démanda àes nouvelles du^^brave chevalier qui Degnait sur la France/ ajoutant qu'il 1^ félicitait d'avoir fiiit un pareil élève. I^s premiers chevaliers étaient prêts à se disputer l'honneur de le délivrer; mais ils furent, forcés de qéder cdC honneur à monseigneur Ënguerand' , le premier .4JentFe eux, et proche parent du roi, dont il avait épousé la- nièce (madame Aliénor$ princ/esse de Cordoue , Tube des plua*belles et des plus parfaites dames de toutes les Espagnes). Au moment oii Saintré quitta les genoux du roi , monseigneur Ënguerand vint à lui' avec^toute la noblesse, l'air galant et ouvert qui distin^cy^ientJes chevaliers aragonais de ceux des deux Gastilles, dont l'air était plu^fieret plus réservé. «Mon » frère, dit-il à^Saintfé, en lui tendant le^s bras, » m'acceptez-' vous pour vous délivrer?— Oui, » Seigneur, répondit Saintré; et l'honneur que

DE L'A CBEi^ALERIB. 11 3

Bvovts daignes me faire est àéjà si grande que je> » rougis de Tavoir encore si peu mérité. -^ Qu» » ne dois-j^ pas faire reprit Engu^erand, penr f é- » lève d'un si gn^ndroi i et' pour un tel poursui- »Tailt d'armes ,L également agréable aux yeux do »nos dames et dé tous nos chevl^liers ? » A ces mot»» il embras^^ le Jeune Saintué, et le conduit au monarque; il détacjie alocs % .bracelet de Saintré ; il appelle Aragon, premier héraut d'armes de la coufy et le lui remet avec unh'ubis d'un prix inestimable. Enguerand le pjfésente ensuite aux dames et aux autres chevaliers?

Le lendemain fat marqué .par une fête bril* lante quejAinna la reine d'Aragon. Saintré y parut avec tout le goût et l'éclat qui caraolérisaient la cour de France. Il plut aux hommes par sa politesso noble,, aux dames piar sa galanteHe res-*' pèctueuse. <ie fot le. premier honneur qu'il fit' à la nation. Le fier et juste Aragonais ne put s^endpécher de juger d^ succès de l'éducation 4^ la noblesse françafsëy^rsque Famoar-proprg et de légers^ défauts ne la font point abuser des dons naturels qu'elle semble avoir reçus pour plaire.

Pendant ces moments .de plaisir on préparait les licess' Les lettres de Saintré' portaient que le premier jour » les deux tenants rompraient cinq lances» ^et que le prix serait-adjugé à celui qui au ' raitrempqrt^é quejlqu'avantage. Les mêmes lettres portaient que» dans la seconde journée» lés te* nants combattraient à pied avec l'épée» la dague

1 14 BISTOIBE

et la bâche (i)» el que k Tainqneup recevratjt ah Fiche dea da v^acHu. ^ . ^

Le roi et la leine, suivis d'tuie éoar iombiiBase^ hondlrèrent ces joutes de liem* présehcei Moaae^eur Engnerand surplkssait je jeane Saintré de toute la tête. Son ait* nm^tial » sa force , sa: Taiêttr éprouvée dmas TÎfigt tonabats^ formaient im pré^gé favorable pour lui. Le vœu géfiéralétait cependant pour Saintré.

L'bôaaear des trois p.«iBièt«8 jootes fût absohument égal entre les combattants. A la cpatrîè-' me course, mênseignenr Enguerand parut avoir' quelque avantage ; . mais celui du jeune Saintré ftit ^écisif dans la cinquième. Monseigneur Engnerand ayant manqué son atteinte , Saintrébrisa sa lance jusqu'à la. poignée» en atteignant Enguerand dans la visière de son casque, et lui<^ &Isant plo3f(ei^ la tête jusquesur la croupe de son cheval y sans te otefc is le renverser;

ici le combat fut ar^ôtéi Les jogea d\i oatmp ,

(1) : Gstta espèce' de^ hèthe » dont sous avons d^à pnrlé ,. étAit une arme dangereuse ^UrèsHOfleuvtriè]». M« le comte dft Tressan (hit ainsi la description d'une de ces haches qu'il a eue kmgtenips en sa possession : « fille était toute de fer , et frofondéQian^ dana^quiBée d'or.,, lo^igùede d^îix. pieds. La t^e portait une poipte longue de -cinq pouces, d'un fer triangulaire à lame pleine. La ccoisée porla^t d^uh côté lîtidame de hache, dont le tsanchant aidait cinq pouces de long , et oS* frait Ik figure d'un courbe /aisant partie d'un ovale aleagé. L'autre côté, long de trois pouces.^ se terminait par un marteau , dont la tête formait un bouton allerigë. Le tout pesait tflYiron qaiaxe livrés. '

ayMit s'aûi les advçrsaires^; les coadubireat âa balcon royale Ara^gon , . prei][iier bérant â''arme» , ayant recueilli les xoi^ (pour la &nii^)9.SAintré ftil; proclamé yainqueur. Ën^erand prît^le rubî»^ des tualns du héraut , 4e présenta à âaiotré > et loi dit :. ii Mon frèfji^ puisse ce rubis parer les » cbeyeux da la haute et reHueuse dame qui pré- ^sîde secrètement à votre entrcfprisel » Totta* draX' ftirent admis' le soir au festin royal , et traités avec la distinction la pins gleiueuse.-Le> loademain, fut un. jouir de plaisirs ipublics.

Le troisième )0ur » les trempettes annoncèrent, un combat plus sérieux; et les lices rétrécies. furr ^irent préparées diffîremment pour le combat à pied. Ce combat fat assez long et assez violent pour que les deux, adversaires fussent obUgés de i^ptendc^ baleine, et de relacer leurs arme^ que la. vidence des coups avaient en par^e faussées etdésassemblées. Le dernier assaut fut lé j^us terrible. Le jeune Saintré , ay^nt laissé échapper sa hache , eut recours à son épée avec laquelle il para longtemps les coups qu'Engoerand lui por«* tahr. Se servant alors de toute son adresse pour esquiver ou .poxir parer , il saisit un memiQiîi fâ- Torable pour porter un si -furieux coup sur le poignet 4^ son adversaire. » que , sans la force da la trempe du ganteletV M eut peui*4tre coupé le bras d'Ehguerand, dont là haché vola à plûneur^ pas de distance. Saintré ramassa alors la sienAe avec la plus grande agilité »., et en plDéscnta la

pointe à la vUière.cUi casque xL'Engoeraod , saatant légèroment et ppsaot le pied sur la hache tombée» que celui-ci roulait ramasser. Eugue* rand^^ désefl]>éré de se voir désarmé., saiita sur Saiôtréy, et Tembrassant «étroitement, il essaya vainement de le jeter par torre : Saintré , le saisissant aussi du bras giauche» tenait sa hache levée du bras droit, mais sans lui pçrter un seul eoup; il se contentait de résister à. ses efforts, et de Fempécher de lui saisir- ce même, bras. Le r.oi d'Aragon, voulant faire floîr cette lutte dangereuse, jeta sa baguette. Les juges saisirent les combattants qu'ils séparèrent sans efforts. Ënguerand , levant aussitôt sa visière de la maîn qui lui restait libre, s'écria : n Noble 9 Français , ^on courageux frère Saintré , vous 9 m'avez vaincu pour la seconde fois.. — Ah ! mon » frère , que dites* vous , reprit vivement Sain^ » tré , ne suis-je pas vaincu moi*m%me par votre »main; puisque ma hache d'armc^sest tombée la » première ? » Pendant ce noble débat,, ils furent conduits au balcon royal, dont le roi descendil pour les recevoir l'un et l'autre dans «es bras. Taudis qtie les hérauts recueillaient les voix pour proclamerle vai'iiqueur ,. Saintré s'échappa de ceu:^quiles eritouraiîent, vola vers le l'oî d'armes , reprit son braceleP, et vint, la maîn droite désa;rméi3 , le pirésenter à monseigneur Ënguerand, comme à son vainqueur, 'sans vouloirdonner aux hérauts le temps défaire leur proclamation.

, BË LA. eHEVALEaiE. . Il 7

Engaeranâylomd'accepter, loi présenta aussitôt son épée par le pommeau. L^ roi ettt de la peine li arrêter ce» mouvements de générosité, et décidant enfin que Saintr^ devait garder son rich^ bracelet» celui-ci »^yr-le-champ» courut au balcon de la reine, et mettant un genou en terre Tis-à-rvis de madame Aliénor, il voulut, ïai faire accepter ce bracelet comme le prix de la victoire que son époux venait de remporter sur lui. .Un cri' d'admiration" s'éleva ; la reine même, empoi^ tée par ce sentiniènt , vint le relever des genouK de madame Aliéner , qui refusait obstinément de recevoir ce riche don. La reine décida qu'il devait être accepté par cojirtoisie, et pourhonorer celui qui montrait une ame aussi élevée. Madamo Aliénor céda; mais, snr4e-champ, détachant un riche carcan de diamants dont soncou était paré : « Seigneur, lui dît-ello , il ne conviendrait » pas que vous retournassiez pr^s de la hante et » vertueuse dame do vos pensées , sans des mar- «quesTde votre victoire ; puisse-t-ellè' ne pas dé- » daigner d'honorer ce carcan que je lui présente » par vo§ mains ; et {>uissiez^vous vous plaire un » jour à le lui yoîr.porter ! » .

Le. roi aida lui-même à désarmer lesdeux che- T&liers.* iSatntré, s'apercevant que monseigneur Ënguepitnd était blessé, se précipit2)^sur son poignet sanglflut^ et baisà l'empreinte duxonjp qu41 9vait portée eu le badgnaut de ses .larmes-

La légère blessure de ce seigneur ne le privant

ii8 uwrwKÊ

pas lâ'asabter wol festin ^ smvit ce combat^ le roi fit 4»80oîr à «astable le seigneur de Satntré^ «Qtre.lui et mada^ie Aliénor ; et la reine fit te tnême boonoiir k monseieneor Eiignerand.

Pkwienrs. fêtes conroni^rent encore ce l»eàn )oor; et Saint^é y fut toujours Tobjet des attentions les plus glorieuses. Piresaé de retenir en France , Saîntré prit congé du roi et de la reine d^ Aragon y embrassa tendrement monseigneur {Inguerànd, à qui il jura une amitié inviolable ; et se' mit en route pour retourne^ dans sa patrie. Arrivé à Paris, il reçut du roi Jean Faccneil le plus flatteur ; les" anciens cfacTaliers et toutes lies dames de I9 cour encouragèrent le jeune poursmvant d'armés par des applaudissements qui étaient la plus douce récompense de sa victoire.

Un^m^s après soA^ retour d'Espagne, une iionveUe occasion Vint s'offrir à Saintré de signsh 1er ^ yàillance aux yeux mêmes de son roi et de ioule sa cour. Un des plus grands seigneurs palatins , de la Pologne ,. le comte Loiselencb ^ grand-officier de cette couronne, accosqtagné de quaUe autres palatins d'un rang à peine inférieur au sien, arrivèrent à Paris, "où ik étaient venus poos admirer la cour dû roi Jean. Tous ies cinq ayant fait la même entreprise d'armes , portaient au bras «m carcan d'or et une chaîne qiv rattachait au pied, sans leur 6ter la liberté de se servir de l'un et de . l'autre! Ilsfirent sup- . plier le monarque de leur petmettre d'attendre

DE ÙL fiSBTALEBIE^ II9

éàns sa c^^r^ailse j^résMilâl le mêmp nmabre de chevaliers pour les dlé/ît>n?r. .

La magoificence et laaimpUciié Boble des ha- .bitS'des seigneurs polenati^e fit admûrer de tonte Ja coar de France. Ikie reste de brécwd fllN>r 4^ lear prenait exactement la 'taille, leur tombait jusqu'aux geDou3s« Utte ceinture "^ coaverie, ée pierreries* soutenait la large épée recourbée 4^'IU porftÛQDt à leur ooté.. Des. bottes légères , ornées de ricbes éperons dW;,uii bonnet rdevé suc le front, ijpio surmontait œle aigrette de pin- 4Des de héron , qui paraissait sortir d'une gerbe de dian^ian^s; un long inaoteau de pom^pre , donblé de martre zibeline ou de peaux fagneaux d'astracan » qui. tombait à moitié jambes , et se releTail; €or Tépaule droite avec une agraffe do jHerreçies;- timt réunissait dans ce siai|4e et noble. habiUemfint 9 Tair làilitaire des guerriers eu Nord et la nuigmliGeDCè des seigneurs des cows du Midi. Leur courtoisie » rmnénké de leurs laceurs se ûr0nt bientôt conni^re , mal^ Téir dGior etfaème uà peu farouche que les peuples éa Nord, desomidaats des 'diacq[^ d'Odin ot de F^réga f conserytfient encore. \ / ^ •

Plusieurs }eunes chetlÉdiers ou pOttcsuiTouig 4'iirmfis s'endossèrent de remplirez Icfursnoms Ja l&sif des prétendants an comtet, ^e les^ deux maràdiaux de France devaient présmter auroi* On pense bien que S^ntré ne .fiit pas des der* lûecs à br%ttûr cet t^Mmew, et Je ^rol Jean ne

120 |[I$TOnUS

balflnçu pas à le nom^i^r le ^revùier des cinq qui devaient combattre les cheralier» étrangers.

La céréinotije se fit avec la plas grande splendeur. Ce fut Saintré qui , «'avançant avec grâce» alla demander an paladin, comte de Loiselench, s'il Tacceptàit pour le délivrer. Celui-ci, prévenu ^par la réputation de Saintré, -regarda comîne un honneur le choix que le monarque français avait fait de^son élève et du jeune seigneur le plus renoDosné de 3a cour. Il serra tendrement Saintré dans ses hras, tandis que celui^tû se baissait pour le délivrer de la ch&tne et du carcan attaché à Fun de ses pieds.

X^s lices forent élevées près du. palais Saint- Paul , dans la grande cuUure sainte Xlatherine. Les combat;» durèrent deux jours ^ et furent également honorables pour les deux partis. Saintré, -cependant, dans toute sa force alors » et n'^iyant rien pei^du «le sùn adresse et^de son agilité , sentit bientôt la supériorité que l'une et Taulre lui donnaient sur son courageux adversaire. Loin d'en abuser 9 il se^conteriia, dans ia première > journée, de remporter ravaulagio nécessaire pour ^n avoir Thonneuret eu &if e hommage à sa dame. Mais la seconde journée mit ia^conrtoisie à ■ répreuve îa plus dangereuse. Le fier et brave palatin j, exercé de bonne hourè li'cotnbàttre avec • son sabre recpuk*hé-, eût.p6fit*être reitiporté une -Tictoîre décisive, éans Fadr esse extr^ême de Saintré è évitêttou Ir parer les coups de k»n ennemi.

Saîntré, conservant toujours son sang-froid contre un adversaire que son adresse irrilait, se contenta longtemps de rendre ses coups inutiles. Sachant par luinnême que la douleur la plu^ profonde qui puisse pénétrer une belle âme»

c'est rhumiliation, jleut l'art d'entretenir le combat jusqu'à l'heure liiarqiiée pour le terminer; il s'apercevait déjà, que le bras de Loi^lench ^'appesantissait, et ne portait plus que des coups mal a^stirés^ il fit alors^boitidir son cheval , et, par une passade, ayant- gagné la croupe de celui de Leiselench, il porta un cofap adroit sur la pointe de soii sabre qu'il enjevd, pour ainsi dire, de sa main. Ayant sauté légèrement à terre il le ramassa , délaça son casque, et tiranf son gantelet il s'empressa de le présenter, par la croisée, au palatin. > Celui-ci , frappé de la grâce et de la coiirtoisie de Saintré, descendit prompiement de cheval pour recevoir son sabre fet embrasser un si digne adversaire, en avouaiit noblement sa défaite. Déjà , le roi Jean était d,es~ cendu du balcon royal pour embrasser les deux coïnbâttants ; il sentit, en serrant Saintré dans ses bras , le tendre et vif intérêt d'un père.

Oji peut imaginer *tout ce, que la bonté du roi Jean, et la politesse noble, vive et prévenante 4e la cour la plus aimable et la plus brillante de. l'univers, réunirent pour adoucit* -aux seigneurs polonais l'embarras et le chagrin de leur défaite. Ils repartirent pour lesbordjs de la Yistule,

12% HI8X0IRB

comblant Saiatpé^.quî alla les recôB^duire une^ jçura^^e^ de riches présents et de leuss caresses^

Peu de temps après ^ un simple courrier viat annoncer au monarque français qvie douze chevaliers dé la Grande-Breta^e avaient passé h. XQcr, et qu'après avoii* séjourné quelque temps à Calais y dédaignant de se soumettre aux usages reçps, ils avaient pris lé parti , non-seuIcm^OLt de ne point paraître à la cour» mais même de ne rien entreprepdre qui pût les obligera y envoyer un.héraut et'ii recevoir aucune esp^e de permissioijl d'un prince qt/ils ne recontiaissaient pas pour roi de France, puisqu'il étaitle fils^de Philippe de Valois, autiinel leur maître avait vainement dis-, puté la couronne. A cet effet , les chevaliers bretons avaien^sSeulement dressé un pas d'armes^sur les confins de leur teri>itoire', et fait élever un perron où lei^rs douze écus blasfmnés étaient attachés près des tentes ou les Bretons devaient attendre ceux des chevaliers français qui seraient assez hardis pour toucher ces écus.

Cette nouvelle excita l'indignation de la che^ Valérie française,^ et ralluma cette espèce d'antmosité ^itre les deux nations , que depuis longtemps, rien ne. pouvait éteindre. Les Français i eèpendantf'plongés alors dans la plus .profonde Ignorance , auraient pe#i-être eu besoin d'imiter leurs voisin$, x[n\ commençaient. à sMnstruire, et dont plusieurs. auteurs méritaient déjà d'être gOûlés. Itjiâis les Auiglàis eussent eu plus, besoin

* DX LA GHBVÀXERIE. ,1 2$

encore de se x:oàformçr à l'aménité des mœ»!*» des Français; de porter moins d'injustice et'd'*- TÎdité dans leur commerce ; de montrer moins de férocité dans, leur génie turbulent et factieux^ qui , sous l'apparence de la liberté , les entraînait à des guerres civiles, oii le sang le plus illustre de leur nation inondait sans cesse les échafaùds^ ce qui les rendait encore plus dangereux les uns Contre les autres dans l'intérieur de leur gouyernement ^ que redoutables dans les guerres qu'ils entreprenaient sans aucunes raisons légitin^es contre leurs yofisins, r

Un grand nombre de chevaliers obtinrent d'aller réprimer leur orgueil , et se rassemblèrent au nombre de douze » dans le port d'Ambléteuse, d'où,. s$ns s'informer du nombre de leurs adversaires , ils partirent avec cette confiance courageuse qui n'apprécie jamais aucun dangei^y pour aller toucher les écus de ceux qui tenaient ce pas d'arme$. Ils eurent presque tous du désavantage dans le^ premières joutes , genre de Combat oii la noblesse bretonne s'exerçait sans cesse dans les plaines de Cramalot , en mémoire d^Artus et des chevaliers de la Table Bonde. On sut bientôt cette humiliante nouv^^e à Paris. Le roi Jean jeta les^yeux sur Saintré,jpt rhonneur de la nation lui parut déjà vengé. Saintré, enQammé par le regard de. son maître, embrasse les genoux du monarque , et vole \ la gloire. Aux motifs qui devaient l'entraîner^ se

1 fi4 HISTOIBB

joignit le penchant que sa modestie naturelle lui donnait à punir Torgueil ejQréné d'une nation impérieuse 9 jalouse de là sienne. Ce sentiment lié dans son cœur s*4^tait augmenté %ans cesse en Toyant les moyens injustes dont elle se serrait pour réussir dans ses desseins.

, Il partit accompagné de t^hevaliers dont il connaissait rattachement et la bravoure. A peine parut- il près du perron, qu'il toucha les écus ; les Bretons sortirent de leurs tentes tout armés, et croyant îûarcher contre de faibles ennemis > ils ne craignirent point de leur montrer les boucliers français renversés et traînés daàs la poussière (audaceaccompagnée de propos insultants). Saisis d'une juste indignation, jS^intré et sed

' compagnons chargèrent les Bretons avec fureur. Ceux-ci plièrent bientôt. Les lances , la hache et l'épée leur furent également funestes. Saintré en renversa cinq sous la pesanteur de ses coups. Ils furent enfin obligés de demander merci.

.Saintré s'étant emparé de leurs boucliers et

, de leurs bannières, fit relever ceux des Français, et les plaça sur le perron ^vec honneur. Il dédaigna de s'emparer des chevaux; et, ren- Toyant les Bretons à Calais, il leur dit qu'il garderait le même perron pendant trois jours , prêt h le défendre contre ceux qui sortiraient de Calais pour Tattaquer. Mais les trois jours s'étant écoulés sans q^'il vît paraître aucun chevalier breton , il fit renverser le perron , et revenant à

DE LA CH£TA1£RIE» IsS

^andès jourùées il rentra dans Paris aux 41cclaniations d^un peaple nombreux. Les. boucliers furent déposés aux pieds du roi. Le monarque no chercha pas longtemps pour trouver une récompense digne du vainqueur : dès le lendemain, il fit convoquer une assemblée brillante , et Sain- Iré fut reçu chevalier.

Cependant les pa^ d'armes étant, pour Tordînaire , entrepris seulement par de simples chevaliers amis des aventures , ces combats n'avaient DÎ la pompe ; ni la solennité des tournois que doniïaient souvent les rois et les princes, et qui vont faire l'objet des chapitres suivants.

126 filSTOIBE

tsas

Page 1