CHAPITRE VIII
Des tournois; leur origine; règlement et ordonnances; préparatifs et forniulaHre des toaraois.
Les tournois étaient des exercices militaires dans nne lice entourée de spects^jteursv
En France , en Angleterre, en Espagne et auire^s royaumes.^ proyinces de l'Eiirope, les rois «t princes souverains , aux jours de fêtes et réjoulssitnces , qui avaient lieu à leurs ipamages, à leurs couronnements, aux baptêmes de leurs enfants, lorsqu'ils étaient obligés de tenir cour plénière, et en plusieurs autres circonstances remarquables , avaient coutume de dresser des tournois, pii, en nombre égal, des chevaliers combattaient les uns contre les antres avec des armes courtoises, c'est-à-dire avec des lances dont le fer était arrondi par le bput , au lieu d'être coupant et aigu , et avec des épées qui n'étaient ni pointues ni tranchantes ; ainsi les coups étaient lien moins dangereux.
Le roi Philippe de Valois a publié plusieurs lois et ordonnances touchant ces tournois; il a spécifié particulièrement ceux qui devaient en
PE LA GHETALERIE. 127
être exclus, comme on le veifa par les article suivants , extraits d'une de ces ordonnances.
1^ Quiconq][ie des nobles et chevaliers aura £t ou fait quelque chose conti[e la sainte foi catholique sera exclu du tourncti , et s'il, présume, nonobstant ce crime , d'y pouvbir entrer pour être issu d'ancêtres grands seigneurs , qu'il soit battu par les autres gentilshommes, et jeté dehors par force.
2* Quiconque ne sera noble de trois races patmielles et maternelles du moins , et qui ne fera paraître le certificat dès armes qu'il porte , ne sera point ?idmis. au nombre des combattants.
5* Celui qui siéra accusé et convaincu de foi mentie sera honteusement exclu dû tournoi , et ses* armes seront renversées et foulées aux pieds par les oHîeîers d'armes.
tf Quiconque aura commis bxx dit quelque ehose contre rhorineuir du roi, son prince souverain, qu'3 soit battu 'en plein tournoi , et chassé honteuseB]keiit hors des barrières»
5* Quiconque aura trahi son, seigneur , oti l'aura laissé au combat , s'enfuyant lâchement , excitant trouble et donfusion eh l'armée, et frappant malicieusement ou par haine ceux de son p2|rti« au lieu d'attaquer renneriii, lorsque c6 crime sera bien prouvé, il sera puni exemplairenient et chassé du tournoi.
6* Celui qui aûrji commis quelque violence de fait 01^ outrages de paroles contre» l'hèfineur et
128 HISTOIBE
la bonne Fenommëe dè$ dames^ ou damoiselles »
fille$ ou mariées , sera battu' et cbassé du ioarr nol.
7^ Celui qui aura £akiflé soo'scçau oii celui d'un autre y qui aura Violé et enfreint son serment, pu qui aura juré ikusseme^t , qui aura fait quelque acte infainant de soi , qui aura volé les églises» les monastères,' les chapelles et autres saints lieux, et qui les aura profanés» qui aura oppressé les pauvres » les veuves et les orphelins y ou retenu par force et ôté par violence ce qui leur appartenait , au lieu qu*il leur en devrait donner » les maintenir ot les garder , qu'il soit puni selon les lois-, et chassé de l'assemblée du tournoi.
8"* Celui qui , devenu ennemi d'un autr«, cherchera les' moyens de se venger de lui «par une voie extraordinaire et contre rhonneur» soit par pllleries, incendies de ses maisons» dégât de ses terres», de ses blés et de ses vins» au moyen desquels lé public reçoit dommage et incommodité » qail soit châtié au tou)pnoi;et, chassé honteusement. . .
9** Celui qui » par de nouvelles inventions » aura mis sur ses terres de nouvelles impositions » sans la permission de son souverain seigneur» en sorte que les marchands soient rançonnés, et le commerce interrompu » tant par eau que par terre» au dommage du public» qu'il soit puni publiquement au tournoi.
DE LA. CHETAL^B^E, 1 2(f
1 o^ C^lui qiii sera atteint et conyahica d'adul* 1ère, ou qui sera ivrogne , querelleur, sera honteusement chassé de Tasseûiblée du tournoi*
1 1* Celui ^qui ne mène vie digne d'un ,vraî gentilhomme , vivant de ses rentes et' revenus féodaux et des bienfaits de son souverain, et qui se mêle de faire trafic de marchandises^ comme les roturiers,, qui s'adontie h mal faire à ^ses voisins, et par ainsi rend le titre de noblesse contemptiblé et méprisable par ses mauvais dé» portements , qu'en plein tournoi il ^oit battu de verges et chassé honteusement.
12** Celui qui ne se trouvera àj'assemblée, ea étant averti, qui, par avarice ou autre occasion» se sera marié à une femme roturière, sera exclu et forclos du tournoi. ^
Ainsi ces tournois étaient établis , non-seulement pour donner un divertissement magnifiquei et royal aux spectateurs, n^ais comme de nobles assemblëe$> oit la vertu étajt, pour ainsi dirot épurée. Les princes , par cette rigoureuse sévér rite, forç§iient la noblesse à remplir ses devoirs, et l'pbligeaîënt à suivre la vertu et à s'abstenir du vice , par rappréhensiori du déshonneur qu'elle en recevait en public ; le désir que les gentilshommes avaient d'être reçus au rang des combattants les rendait honnêtes, gens, et les obli* geait à fuir tout ce qui les en pouvait éloigner.
Dans ce& tournois et combats à plaisance, il était absolument défendu de frapper personne
%Zo HISTOIÊK
de Ta peinte de 1 épée /mai$ seulement du plat 4)0 du taillant; qui était rabattu ei imousséy et ce seulemetit de la ceiinture en haut» le visage excepté! . tfn chevalier d^honûeur /nommé par les daines, était chargé d'empéchér que personne des combattants ne fut maltraité et trop rude* ment frappé ; il était ordonné que lorsque le chevalier d'honneur toucherait quelqu'un avec l'écharpe ou le coiivre-chef que les dames auraient attaché au bout de sa lance , alors i'adtversaire de celui qùi^aùrait été ainisi touché» lui laisserait prendre haleine;. de cette sorte il arrivait rarement quelque accident.
Les jeunes novices, bacheliers (bas-chevaliers) , varlets ou damoiseaux qui aspiraient' à ro;?dre de chevalerie , s'exerçaient avec des'épées de bois peintes» et joutaient avec des lances de sapin , afin que la faiblesse de cea armes les empêchât de se faire du mal. . ,
Les tournois et combats à outrance» où Ton combattait â fer émoulu et à epees tranchantes €t poignantes y avec des brancs d'acier bien aiguisées, et oii , par conséquent » on s'attaquait de manière h faire couler le sang et à donner la mort » n'auraient jamais dû être permis; aus'si ont-ils été condamnés parrÉglise. Les papes InnocentetEugènejes défendirent» et, à leur imitation i' le concile de Latran» tenu à Rome» l'an ii8o»>30U« le pontificat du pape Alexandre IIL Innocent III renouvela cette défense ; enfiid te pape Clément»
DE XA GHBT ALIBIS. l5l
Tôalant aasri abx>lir les tournois sanglants , pn-» bfia une bulle au mois d'octobre de l'an i.Si^» sous le règiDe dcpFoi Plrilippe-le-Be)»'par laquelle telle sorte de combat était entièrement défen«* due^ sous peine d'excommunication. I^ais laissons ces jeux sanglants , qui se sentaient encore des temps de barli^arie dont ils étaient voisins , et revenons à nos fêtes chevaleresques > où la rnala-^ dresse , on même l'Impétuosité des combattants pouvaient , il est vrai , quelquefois occasionner des accidents, malgré les précautions les plus sages y mais ôti jamais le sang ne fut versé avec intention.
Le tournoi se proclamait un on plusieurs mois d'avance , en France et dans les pays étrangers ; les hérauts d'armes se rendaient dans les villes et les grands châteaux , avec récublasonné du seigneur , au nom duifuel se faisait le ban du tour* noiy qu'on |>ubliait ainsi à son détrompe : Oa
OUEZ , OK OVEZ» OH OtTEZ.
« Seigneurs 9 chevalieH et écuyers , vous tous 9 qui , parmi les délices de. fortune » espérez ia • victoire par la trempe de vos ai^ines ei la pré- » sence de vos dames , au nom du bon Dieu et de »la sainte Vierge » on vous fait savoir la, très* 9 grande joute qui sera frappée* et maintenue par >le irèis-haut et redouté seigneur dont vous » voyez les armoiries ; laquelle joute sera ouverto >à tous venants 9 et prouesse- y sera vendue et » achetée au fer et à l'acier. Le premier jour OB
|3s msTOIBB
»'y ct>i£ibat^tpa à trois copps de lance et à douze » coups, d'épée , 4e tout è cheval, et partant arômes courtoises non effilées et mi-l^tanckantes. tll e.st défendu» comme à l'ordinaire , entre » loyaux^chevaliers, de férir le coursier de son ad^ 1» versaitoide frapper icelui an Visage, de lui cau- »^ser affolure do mémoires » et de courir sur après ''9 le cHri demrrci.Le prij^, pour le mieux faisant, »âera un plumail flôthint au moindre souffle et » un. bracelet d'or émaillé » à la livrée du prince, 9 et du poids do soixante écus.
» Le second jour les tenants jouteront h pied » et lance enarrét ; après les lances il y aura as- » saut à coups de hache » et à la discrétion des » juges du camp ; le prix du plus vaillant sera un » rubis de cent écus et un cygne d'argent.
)) Le > troisième jour se verra castille et be- »hours (i) ; là moitié d^s cavaliers combattra » contrp lautre ; les vainqueurs feront des prison • > niers i|u'ik amèneront aux pieds des dames ; le jiprix sera une armure complète, et un palefroi 9 avec sa boussure d*or.
D La dame la plus belle donnera les prix, en
( (1) Le behoMTs, nommé aussi ét<mr ou béhourdis'j représcn|ait.,ane vraie balaillè. Lc^ chevaliers, apréft s'être réunie en escadrons , se chargeaient la lance en nrrêt. Ceux dont la lance était brisée dans c^e premier choc coipbattaiént Tépée à la main, cherchaient à renverser leurs adversaires, à leur arracher Icttrs écns» leurs casques ou leurs épées, et même à les lairs pri^nnicrs» .
DE LA CHEVALEBIE. l55
» joignaat à iceux un baiser et une coaroode de vflears.
» Vous/ iiloQC qai , desip avez de tournoyer , » êtes tenus de .vous rendre h, .... (ici était indi- »qué le lieu du tournoi) , quatre jours a?ant le» ajoutes, pour exposer vos blasons aux palais, xK abbayes et. autres édifices voisins^ des Ucef^ 9 Voici ce que vous annonce en outre la royale 2> ordonnance. » (Le héraut lisait les )ois' et ordonnançons sur les tournois.)
Ces publications étaient très-fréquentes ,cn temps dé pais» car les tournois, arrachant la noblesse française à l'oisiveté /l'exerçant au ma* .niement des coursiers et desai^mes» entretenaient dans tous lés cœurs Tardeur martiale qu'un long repos aurait assoupie (i).-
Le lieu du tournoi était ordinairement choisi auprès d'une grande ville, qui eût une^rivière et une forêt don^ le voisinage. L'assiette du ç^mp^ devait être telle, que la ville formât 6n quelque sorte un des grands cotés de l'enceinte, et la forêt un autre; les deux extrémités étaient closes de barrières de bois coi^me les lices; on dehors étaient.tendus les pavillons des chefs du tournoi. • X^s tournois i^' étaient ^ère moins remarquables par leurs accessoires que par leur objet principal, da présence des dames, les hommages, les égards dont on les entourait dans ces fêr tes , accoutumaient à la politesse et à la galante-
(1] La Golombiére. — Marchangy, Gaule poétique.
l54 HISTOIAB-
rie, âes gcrerrieir» qu'eût abrutis peut-être ranîqué métier des armes ; le luxe des équipages et des parure», la beauté, des festins et des bals , en un mot", les magnificences dé ces jeux célèbres, durent éfectriser l'industrie, te eCommerce, les arts, en ramenant dans toutes les classes dtf peuple un or que la féodalité ayaît fait monter* dans les premiers rangs de la socfété.
Les tournois où se rendaient les troubadours et les ménestrels, afin d'y chanter les^yainqueurs dans leurs ballades et leurs tenisons , derenaient pour ces romantique^ IHudares un motif d'ém«* ïation dont la fréqueàce dut contribue^* peutêtre à la renaissance et au gb&t des lettres (i)«
, On petit encore ajouter à Téloge de ces sortes^ d'exercîcfes, qu'en attirant en France par Icfor renommée tous les seigneurs de» cours étnangères, et inultiplia^t ainsi nos i^elations avec les peuples voisins , ils nous créaient parmi eux une' réputation de coortoisie et dfe vaillance, dont nos ennemis et nos rivaux eux-^mémes liront Jn^ mais osé contester la supériorilé.
Ce ÎB'étàit pas seuleibent le>rpi de France et les princes souverains qui fmsaient publier desr tournois ; les grands Se la cbnr , et jusqu'aux simples chevaliers, se plaisaient quelquefois à y consacrer une paftfe de leui*s revenu». Ces felcs avai^it sauvent pôu^ objet de eoncourir à celé-
(1) Mémoire de rAcadémie des bellesrleUres.
DE LA CHETALEBIB. l35
brer un éyénement henfeùic, un ansrirersalre mémorable , et plus commanémënt encore on les donndiit pour le plaiàîr des damés, pour Pamûur dès béilks acifuénr , et leurs mérites promet envers et contre tous. ' '^ .
Fré()uemment un suzerain opulent invita les plus Taillants chevaliers français à un tournoi , pour octroyei* la main de sa fille au' vainqueur.
Aussitôt que les. hérauts d'armes avaient publié le ban du tournoi ^ tous les seigneurs , les preux et leurs dames se disposaient à se rendre an lieu indiqué; ils y venaient de toutes les provinces; et même des ^ pays étrangers; pendant plusieurs jours les routes étaient couv.ertes de caravanes^ d'écuyers , ifienant de beaux dcxtriers endextres, de jongleurs fetde plaisantins ; se voyaient aussi de toutes parts ^ntîlshommes, te faucon sur lé poing, suivîîs de pages et de'varlets; des femmes richement parées, tenant d'uûemain les rênes de soie deleurs^hàquenées , et de l'autre leurs ombrelles transparentes ; ensuite venaient des compagnies de deux cents personnes faisant petites journées et grande dépense. C'était la noblesse de toute une province réunie en partie joyeuse pour se rendre au 'tournoi dans un costumé uniforme; ainsi , par exemple , les deux sexes portaientdeshabits blancs chamarré^ d'or, ou des habits d'écarlate brodés aa argent , ne sa bissant connaître dans les mona»tères et hôtelleries oiiils s'arrêtaient, que sous le simple nom
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de la compagnie blanche, ou delà compagnie à la riche couleur. On y comptait de grands seigneurs, sous la dé^iguation de comté rouge , de baron Tert , de prînte npir , parce qu'ils se rendaient au toui^Qoi ^Teo des armures de ces couleurs» Ces .surnoms y tenus pour honorables j, en ce qu'ils prouYaient leur admission au tournoi , se conservaient fidèlement parmi leurs contemporains , et même dans Tbistoire , où d'illustres personnages dérobèrent leur^ noms de famille sous de pareilles dénominations. ,
Les chevaliers arrivés aux lices s'empressaient, conformément aux avis qu'ils recevaient» d'exposer avant l'ouverture des joutes leurs casques , leurs écus ajrmoriés^ leurs décorations, sur les murs les plus apparents et les plus voisins du champ du tournoi. •
Cet usage fut introduit pour avertir lef dames, de la noblesse, et du nom des combattant , afin qu^elles dénonçassent aux juges d^u^ camp ceux dont elles avaient à se plaindre, et aussi ceux dont on leur avait rendu mausvais témoignage ; dans ce cas« si l'accusation se trouvait foodée, les chevaliers pouvaient êtrelionnis et repoussés du concours (i).
Voici comment un ancien auteur racopte dans
(1) Bencfop, TraUé des marques nalion. — Le manascrit de Bené d'Anjou, roi de Sicile. — Mënestrier, Origine des âr* moiries. — Marchangy, Gaule poétique. — Lacume de Saintebalaye, Gassier, le comte de Tressan, etc.
DE LA CflEVÂlBRIE. . 1S7
son naïf Jiaogage. les préparatifs et le formulaire d'un tournoi. •
a La mode et cérémonie des toarnois étaient que le roi ou le prince envoyait un héraut » accompagné de deux poursuivants d'atmes , du de deux damoisels^ portant soU ^cu à son blason au poi ou au prince contre lequel il voulait s'éprouYer , avec un cartçl contenant sa volonté » qui était de dé&irer faire un- tournoi avec lui pour le haut nom de sa prouesse et vertu » en tel lieu , pour prix et donneur des chevaliers et plaisir et sonlas 'des dames. . .
» Le princid appelant se présentait longtemps devant en gaie réception des chevaliers qui afriyaient pour soutenir son pvti » leur aidant de tout, ce que mèstier leur était. Les chevaliers du plus haut état y portaient telles couleurs et blasoùs que bon leur semblait sur leurs ari^nes » sauf quelqAto petites marques du' prince pour' lequel ils «Combattaient; les moindres chevaliers ne por* taient que celles du prince ; nulles bannières ne s'y déployaient que de ceux qui étaient chefs de bandes » lesquelles le plus souvent étaient départies en trois batailles,' selon leur nombre , divisées ep trois parties égales » el i^u dernier «on mettait les meilleurs chevaliers , afin que , par leur vertu , fh% I effort mieux soutenu » et la fin du combat vaincue.
» L'acceptant se présentait seulement trois oii quatre jours avant le temps , et $e logeait k l'op-
poisiter de la yille , pMrce qa'il ne kiî éï^k p^mîs d'entrer dans Tencefaite' des murs jusqd'^après la tommai. •
» Les^ échafauds des dames , poor regardes*, élaieht plaoiés à l'endroit où les deax liçes ve* Baient aboutir» qui étaient commuBémeiit deyaBA les murs delà Tille où s'adressaient les preunères Eencooitres des coQ|}>attants; et vis-è-vrs i\jï*J avait d'autre clèture que rivière ou forêt
» iki chacune liice r il y arait tro^s grandes poP* les et bien spacieuses , par où les chevaliers entraient au camp y six à six, pour se ranger en bataille sous leurs enseignes. .
» Cba<{iÉie' chevalier pouvait aller visiter lea ifeases ou attiis à son plaiNr, avant Iftjoçr échu èa tournoi, mais non les princes p sinon en habit déguisé ; ce qui- était bjeh permis aussi aux officiers d'armes, aox damoisels efgiolier^ des deux côt^ » jusqu'À la veille du'toâmoi ; car aliôrs in«^ kibé «et défendu à tavs de sortir de leurs' places^ sans le commandement du prince qu'ils servaient*
w Le jour de.k veille , tous 1m damoiseaux qui aspir&ient à l'ordre dé chevalerie^ se rangeaient tous efisen^bk , étant le jour de devant tous vê* tus d'ime méine livrée, et dînaient pil^s de 1« tftble de leurs seigneurs , selon Tordre et dignité d'un chacun ; après , ils allai^st ouir vêpres, es la compagnie et conduite des vieux chevaliers*
»Le prince alors ks admonestait amiable*
DB LA CHEVALERIE. iSg
ment conlme ih devaient garder la M et loyauté sur toutes choses f révérer l'Église , soutenir lear veuves et les orphelins , hanter les* guerres , s'exposer avec les armes pour droit et raison, josques à victoire ou mort ^honoàdr noblesse» aimer les vaillants hommes» êtk*e.doux ou gracieux aux bons , et fiers aux méchants.
x) Ce fait, ils s*en« retournaient à l'église» où ils veillaient toute la nuit dévotement jusqu'au matin , qu'était célébrée la messe du Saint-Esj«it. . *
» Après laquelle» s'étant un pen reposés en leur logis» ils accompagnaient le prince à la-* grand'mcsse» marchant devant lai deux à deux» chacun a^sis an siège qui lui était ordonné par le maître des cérémonies ; incontinent, que Tépttre était chantée avec les bénédictions en ieV cas laccoutumées, le prince leur donnait l'atîcolade» leur^. ceignait les épées» et certains chevafiers leur chaussaient les éperons ; de là » ils s'al^ laient asseoir en letirs premiers lieux, et le sa>orifice achevé» ils reconduisaient le prince en son pavillon, là oii ils dînaient eala manière honorable du jour précédent.
» A l'heure de nones ,^les cors sonnaient pour le tournoi du soir, et ils paraissaient par couple» au camp, armés »'vêtiis et montés richement; mais V nul d'eux n'était permis de porter écu, que d'une sinaple couleur ou métal» ni ceindre épée^ mais seulement avoir une lance dé sapin à
l4o HISTOIRB
fer court » bput poli ni. tr^tnchant , et- ainsi ^ chacun de son côté, courir et rompre leurs lances jusqu'au soir que les cors sonnaient la retraite; alcA's-ils s'allaient désarmer et revêtir. somptuèur sèment y retournaient au souper , oii ils étaient reçus et baressés par le prince , selon leur mérite , et celui qui était jugé avoir le mieux fait était assis à «a table » mémie y festoyé et loué sans CQçse.
» L'usancQ était après le souper, que les chefs du tournoi allassent visiter les dames par plaisir, y menant avec eux le jouvenceau vainqueur, ^ s'y ébattant en danses , jeux et conversations , jusqo'à l'heure du repos.
» A Taube du jour, la messe ouïe, déjeunaient ceux qui en avaient la volonté; h Theure de prime,. se montraient au camp tou&.les com- Ji^attants en armes , sons leurs enseignes. »
)» Au tournoi, chacun portait telle devise qu'il lui plaisait , moyennant qu'il montrât quelque petit signal du prince sous lequel il. marchait, excepté ceux qui surrenaient et qui ne voulaient être connus.
» Les dames se réduisajent.ez hourts ou échafiauds, accompagnant les grandes princesses, .on elles étaient couvertement conduites par le^urs propres parents, et il n'était loisible de les faire découvrir par forte» non plus qu'aux chevaliers étrangers et inconnus qui voulaient . tenir le parti qui mieux leur agréait ,
DE LA GHETALEBIE. ]4l
» Ceci ordonné de telle sorte,* et le signal donné par les cors et buccines, les premiers rangs des chevaliers entraient au camp, où se faisaient maints beânx coups , et maints cheyaliers étaient abattus , tant que Tun des bataillons allait à déconfiture, s'il n'était relevé et soutenu par un autre nouveau survenant , et autant en faisaient les autres ,. selon le besoin , se multipliaient , renforçant de bandes h bandes , et mé- Uoraienten puissance, tellement que tous mêlés ensemble en bataille , c'était chose merveilleuse à voir, que l'effort et la vertu de chacun pour deffendre leur honneur propre et .conquérir l'autrui. Or, aucune fois que l'un parti semblait du tout défait l'autre, alors y entraient les chevaliers inconnus très-valeureux , qui aidaient tellement les plus foulés et les oppressés^ qrfîls leur mettaient en mains la victoire. Si par autres nouvellenfiei^t arrivants, ils n'étaient de rechef renversés à toute finale , tellement que d'un côté et d'autre le plus souvent variant la fortune muable, les vainqueurs se voyaient vaincii^, et le cri du .peuple se jetait sur ces chevaliers étrangers,' disant : Celui à tel blason vainc toujours.
)) Enfin ; le parti ^î était totalement rompu et défait, abandonnait le camp et s'enfuyait dans la forêt ^ans plus se représenter^ sinon un h un, à pied et désarmé; et les vainqueurs sans plus mener les mains en acte de joie et liesse, se ralliaient tous sous leurs enseignes.
l42 HISTOIBE
y> Souvent il arrivait que les chevaliers inconnus se partaient; quoique victorieux, si céléren^ept du tournoi, que nul, sincm par conjectures, ne pouvait juger qui ils étaient; h. cettQ cause plusieurs se mettaient en quête pour les retrouver et .reconduire en la cour du prince , pour y être reçus par lui , et reconnus à graud honneur.
)) Il est vrai que quelquefois le tournoi fini , il était loisible au parti vaincu de'requérir nouveau combat au lendemain ou autre jour qu'il avisait moyennant que l'assemblée pe fût encore départie et retournée en letirs maisons.
i>Le troisième jour, les princes se départaient, aucune fois en grande amour , .autres fois avec quçlqu' aigreur en leur courage, mais bien couverte, à Toçcasion de laquelle se renouvcUaient souvent lès' tourjiois , tellement qu'on passait peu de mois sans içn^ faire, et les bons chevaliers étaient à. celte cause tant prisés et caressés en ce temps-là que plusieurs» y étaient plus honorés et estimés que les prioces mêmes ; ce qiii fut cause de produire tant de chevaliers preux et hardis aux armes» (i).
U existe dans la Bibliothèque royale un manuscrit entièrement écrit de la main de René d'Anjou, roi de Jérusalem, sur la forme et la manière déâ tournois à plaisance» Ce traité, l'un
(1) La Golombiére^ Théâtre d'honoew et de dievaleiie.
DE LA GHBYAL^RIE. l43
des plus complets qui dipntélécoiàposés sur celte iQatière» etfait par un.prince ({ui lui-même prenait beaucoup de plaisir à ces sortes divertissements» donne Texplicatlon précise des coutumes qui précédaient les tournois. L'étendue de ce traité i^e nous permet pas de le rapporter en entier ; d'ailleurs, plusieurs de ses dispositions se trou vent déjà insérées dans ce chapitre; nous nous contenterom donc d'en donner ici u.ne analyse succincte, et quelquesextraits qui sufHrontpour faire connaître le style de ce prince, véritable chevalier troubadour.
L'auteur établit d* abord en principe que celui qui veut donner un tournoi doit être quelque prince, ou du moins un haut-baron ou banneret* U entre ensuite ^dJà^ le détail des cérémonies par lesquelles le prince appelant enverra le cartel dur tournoi au priiice défendant; il indique comment doit se faire Télection des juges-diseurs, la forme et le mode des proclamations ^ etc. Passant en^ suite au costume et aux armés que devront porter les chèvaliars ou écujers - toumoyeurs , il les décrit avec les détails les plus circonstanciés. Nous en rapporterons quelques-uns*
«D'abord, le timbre doit être sur une pièce de cuir bouiUf, laquelle doit être bien feutrée d'un doigt d'épée au moins par le dedans^ et doit contenir tout le commet du beaunàe» et sera couverte de lambrequin, armoié. deis armes de celui qui le portera, et sur ledit lambrequin» aa
; l44 HISTOIRB
plus haut du sommet» sera assis led(t timbre, et autour d'icelui y aura un tortil dés couleurs que voudra ledit tournoyeur , du gros du bras , ou plus ou moins il son plaisir;
9 Item, le heaume est en façon d'un bassinet ou d'une capeline, excepté que la visière est au* trement.
n Item y le barnais du corps est comme, une cuirasse ou comme ip harnais à pied, qu'c^n appelle tonnelet i, et aussi peut-on, si Fonveut, tournoyer en brigandines, mais en quelque façon de harnais large et si ample , qu'on puisse dessous un pourpoint ou corset, et faut que le pourpoint soit feutré de trois doigts d'épée, sur les épaules, et au long des bras , jusqu'au col et sur le dos, pour que les coups de masse et des épées descendent plus volontiers , es endroits susdits qu'en autres lieux. » •
L'épée doit être large de quatre doigts, afin qu elle ne puisse passer.à travers les grilles de la visière; elle doit avoir les deux tranchants larges d'iin doigt, et, pour qu'elle soit plus légère, elle doit être évidée par le milieu ; elle ne doit avoir, la poignée comprise , ^ue la longueur du bras. La masse aura la méme'^longueur^ et sera garnie d'une petite rondelle bien clouée devant la main pour la garantir.
La grosseur des 'masses et la pesanteui' des épées seront constatées par les juges la veille du jour du. tournoi ; ik y apposeront une mar(]ue
DE t/L CHEVALERIE, l45
avec un fer chaud', afin qu'elles ne soient point d'outrageuse pesante ur%l- longueur,
« Les plus courts éperons sont plus convenables' que les longs /afin qu'on ne les puisse arracher ou détordre hors les pieds en la pressé. La cotte d'armes doit êtro faite comme celle d*un héraut, à la réserve qu'elle doit être sans plis par corps , afin qu'on connaisse mieux de quoi sont les armes. »
Suit une longue description de l'armeiçent et de l'équipement en usage dans les tournois en Bfrabant, en Flandre, dans le Hainaut et dans, les pays d'outre Rhin. Il passe ensuite à la ma-, nière d'établir les lices , et à l'entrée des tournoyeurs dans la ville où se doit faire le tournoi.
« Les lices doivent être un quart .plus longues que larges , et de la hauteur d'un homme ou d'une brasse et demie, de fort merrain et pal carré à deux travers. L'un rt l'autre bas jusqu'au genou doivent être doublés. Une autre lice par dehors , à qnafre pas près dies autres premières lices, pour rafraîchir les serviteurs à pied et les sauver hors là presse, et ïk dedans doivent se 'fenîr gens armés, commis par leè juges, pour gai'cTer les toumoyeurs de là foule du .peuple ; et quant à là grandeur de la pjace des lices , il les fatit faire graûd^3 et petites , sselou la quantité des iournpyeurs et par l'avis des juges. >
# Voici comment les toornoyeors doivent entrer dans la ville où se doit faire le tournoi:
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d'a)iord les princesy seigneurs ou. barons (|ai toudroDt déployer leurs baïuiières au tournoi, dot- Teut être açcompagués , pour leur eaUrée^ de la plus grande quantité de, cbeyaliers et écuyers <{u'jl& pourront fixer.
. 9 Le destrier du prince » seigneur ou. baron» chef des autres chevaliers et écuyers qui Taecoropagnenty doit être le premier en entrant dans la ville et couvert de la devise dii séigaeur» et quatre édu^sonii de ses armes aux quatre membrés ducheiyal; la tête emplumée de plumes d'autruche, et au col le collier de clochettefi» t un bien petit^ page tout à dos ou selle» et après ledit destrier doivent entrer ceux des autres chevaliers et' écuyers tournoyeurs de sa compagnie» deux à deux, ou chacun par soi à leur plaisir, %yant toutes voies , leurs armes es quatre membres de leurs chevaux, et après lesdits destriers doiveqt aller les trompettes et menestriers cornants et sonùants, ou autres instruments, tel qu'il leur plaira^ et puis après lourds hérauts ou poursuivants, ayant leurs pottes d'armes vêtu» et après eux lesdits chevaliers et écuyers tour* noyeurs» avec leur suite de tous autres gens**
» Dès ^u'un sfei^neur ou biaron est arrivé au hébergement, U, doit faire de son blason, fenêtre» et pour ce foiré mettre par les hérauts et poursuivants, devant son logis^uue longue plaath^ attachée contre le mur», sur laquelle sont peints les blasons» et à la fenêtre haul^ de son logis
DE LA CaSVALERIE.' xl^'j
fera mettre aa bannière déployée pendant sur la riie; pour ce faire lesdits hérauts et pour- 9uivantâ doivent avoir quatre sols parisis pour cliaque blason et bannière,, et sont tenus de fournir elous et cordes.... -
»Les juges - diseurs doivent faire leur entrée, ainsi qu'il suit : d'abord ils doivent avoir devant eax quatre trompettes sonnantes , portant chacun d'eux la bannière de l'an des.juges-dîseurs; après les quatre trompettes^ quatre poursuivant» , portant chactin une cotte d'armes des juges, ar- ' moyée comme les trompettes; ensuite doit aller seul le roi d'armes , , ayant sur sa cotte d'armes la pièce de drap d'or^ velours qu satin cramoisi^ et dessus icelle, le parchemin des blasons.
9 Et apfès ledit roi d'armes doivent aller pair à pair les deux chevaliers juges-diseurs, sur beai,ix palefirois couverts chacun de ses armes jusqu'en lerre» et doivent être vêtus de longues, robes , les plus lâches possibles, et les écuyers après eux par^llement; doit avoir chacun des juges un bomme à pied ayant la main à la bride du destrier, et doit avoir chacun une verge blanche à n^ii^, de la loagueur d'eux , qu'ils porteront droit apiont ; laquelle verge i}^ doivent porter à pied et k cheval durant toute. la fête. Est à noter (jue le seigneur appelant 6t le seigneur défendant aoDt tenus d'envoyer devant lèsdits juges -diseurs, dès qu'ils sont arrivés, chacun «l'un, do %^% maltrpâ d'hôtel a^ee de leurs gens de fmao-
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ces , lesquels anront soin de faire fkire et payer tout ce qui sera avisé nécessaire pour lendits juges.»
Viennent ensuite les instructions sur la manière dont les juges doivent procéder à rêxamen et à la vérification des armoiries, et prononcer l'exclusion du tournoi contre ceux qui se trou- Teraiept dans Tun des cas cités par Tordônnance dont nous Wons parlé.
La veille du jour fiié pour rouverture dti tournoi , le seigneur appelait fer-a sa montre (revue) à la suite de laquelle les juges r diseurs feront prononcer aux tournoyants "le serment dont la formule sera proclamée par le héraut de lamar nière suivante :
«Hauts et puissants princes, seigneurs, ba- »ron8, chevaliers et écuyers, s'il vous plaît vous » tous et chacun de vous , lèverez la main dextte » vers les saints, et tous ensemble promettrez et » jurerez par la foi et serment de vos dorps et sur » votre hontieur , que nul d'entre vous ne frap- D pera audjt tournoi d'estoc , ni aussi depuis la » ceinture en aval, de quelque façon que ce soit; j) et d'autre part, si par adventure, le heaume » chéait dé la tête è q^uelqu'un, autre ne lui tou- ') chera jusqu'à ce qu'il ait été remis et lacé; en » vous souoxettant, si autrement le faites à votre we'scient, de perdre armure et destrier, et être. » criés bannis du tournoi pour une^utre foif ; de » tenir aussi lé dit et ordonnance en tout et par
DE LA GH£yA£EBlE. l49
»toot, tel coDQLme messçigaeurs les juge$-dl^ciir» «or^nneroot la punilioiv des délinc^iaDts , et «airni vous le* jurez c|; promeltez par la foi e^ sseriuebt detos corps, et. sur votre bonoeur»
A quoi ils répondront : « Ouï, oui. ». .
« Cela fait, :1e défendant entrera dains les lices» pour faire sa montre , qui aura lieu de la n)éaie maqièrc que pour le seigneur appelant.
Tous ces prâiminaires sont suivisse danses, }k la suit£ desquels k roi d'armes annonce Theùre fixe du tournoi pour le lendemain, de la manière suivante .: Or oyez , or oyez, or oyez ;
c Hauts et puissants princes , comtes, seigneurs, barons, cbevaliers et écuyers qui êtes au tournoi partis, je vous fais à savoir dé par messeigneurs les juges-diseurs , que ichacune partie de vous soit demain dans les ransrs à Theure de ïnjdi , en armes , et prêt pour tournoyer , car h une heure après midi, feront les juges couper les cordes pour commencer le tournoi , auquel il y aura de ricbes et nobles don^ distribués par les damés.
» En outre , je vous avise que nul d'entre vous ne doit mener dans les, rangs, valets à cheval pour vous servir , outre la quantité , c'est-à-dire , quatre valets pour prince , trois pour comte , deux pour chevalier, et un pour écuyer; et de valets à pied^ chacun h son plaisir. )x
On procédait ensuite à l'élection du chevalier d'honneur , qui était choisi par les dames; c'é-
tbo histoibb'
tait eomme dous Tarons dit» un médiateur»
chargé d'empêcher les effets d'un trop grand emportement, et de soustraire un combattant trop faible à la violence d'un vainqueur irrité de la résistance de son adversaire, ou aveuglé par Tardcur du combat , et la joie, du triomphe. Le chevalier d'honneur devait aussi empêcher qu'on ne battu à outrance celui qui était condaûmé , d'après les lois et règlements, 'à recevoir ce châtiment et à être chassé de l'assemblée. Le jsigne de son autorité était un couvre^bef que lui donnaient les diames, et qui pour cetfe raison, se nommait merci des dames. * ^
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