CHAPITRE IX
Gr«ids tournois* -^ Distribiilion ées inrix.
Dans le chapitre prëcédent, npus avons vn tout ce qui concernait les préparatifs et le formulaire des Jtoumois , jusqu'à la veille même de la fête. Ici hoasaïlens réunir tout ce qui arriy^it tnnâiiiaîrementdaiis les grands tournois , ou touriKHs royaux ; nous suiyrons encore M. de H«r» ehangy dans cette partie, et avec un pareil con*- ^ ducteur, nous somnàes sûr de ne pas nous égarer, i Dès kl matin du jour fixé peur le tournoi , lès éeuyeits entraient à l'heure da lacer datis' l'appar^ tement du chevalier. Celui-ci , après avoir revêta le gauhisaoa et fat cotte de mailles , se rend dans . la «aile des atours. L&> sur des tables de marbre et des sièges richement sculptés » sont épars con^ foaément , . les manteaux « l'hermine, le menu*vair-, les ceintures » les plumes* les morions d'airain, les guidons, les tortils, les lambrequins, et mille autres parements de^uerre«
Les femmes entrent bientôt pour mettre la dernière main à l'ajustement du chei^lier (i). Sa
(1) Le P. Menestrier. » Mémoire d'Ôlîvier de la Marche.
l52 mSTOIRE
dame arrive aTec ua sourire mystérie.u:lC9 loi présente une éeharpe travaillée à son insçu » .et oii ses mains épuisèrent quasi, tout son trésor k broder en pierreries la devise adoptée. et les chiffres unis.
Quasd le chevalier est prêt à partir pour la lice» sa dame lui baille «a lance, .en disant : « Adieu, mon ami; ayez bon cçeur» ne tous souciez -de rien , car on prie pour vous. »
Cependant, .le son du cor et des clairons se fait entendre , l'airain religieux s*ébranle .dans les tours, les clochers, les hasiliques , et rempljt les airs de ses vibrations solennelles. Les hérauts d'armes vont criant de tous côtés : Lacez les heaumes ^. lacez les heaumes l C'est-à-dire che-~ valiers , armez-vous ! Une immense popùlatioii circule en habits do fêtes, dans les rues jonchées de fleurs , et tendues de draperies et de chiffres de. feuillages. ^
DèsTaurore, des milliers de spectateurs se sont placés sur les .hanleurs qui domin(ent les lices ; les coteaux voisins sont Courerts de pavillons et de tentes , , d'où flottent des banderoles , ^des panaches aux vives couleurs et des guirlandes dé roses.
Le vaste emplacement destiné à la lice est entoi^ré de gradins élevés , d'amphithéâtres circulaires , de portiques élégante surmontés par des galeries, des balustrades , des trefs, ou loges ei^
DE LA CnEYALBAIEf l'id
charpentes légères, dont les rebords sont ornés de riches draperies et d'écussons.
^Au-dessus de chaque loge, quatre lances sou» tiennent des draperies de pourpre à franges d^or; Ui , des l>erce9ux- tressés de verdure préseryei^t des feux du soleil , les dames et damoiscHes qui Tiennent assister à ces jeux.>
De distance en distance , de grands mâts 4<^^â* ses dans la carrière; sont chargés de panonceaux» de bannières , d^inscriptions oùron lit ces mots : Honneur aux fils dcs,preups, prix et los au mieux faisant: Ceux des seigneurs qui ne doivent pas combattre , viennent en litière, vêtus de longues robes d'hermine , h collet renversé.
Cependant les chevaliers arrivent de toutes parts; les uns excitent les acclamatipnsdela foule émerveillée par la magnificence de leur costume . et de leur cortège nombreux; les autres, vêtus de noir, ou couverts d'armes brunies ^ viennent sans escorte et s'arrêtent à l'écart : ils sont immobiles dans leur sombre attitude; seulement, Jes coursiers impatients, creusant la terre et agitant leurs crinières, font par intervalle tressaillir le léger panache de ces paladins.
Leur écu est enveloppé d'une housse, et les arjnoiries ainsi cachées ne paraîtront aux regards . qii'à travers les entailles dont les coups d'épéeetde lance vo^t cribler ce voile;.. alors seulement les spectaieurs apprendront quel vail- . lant chevalier leur est apparu.
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Plusieurs troupes de èombattants yétuà à l'antique» se présentent sous les noms des preux de Cyrus, d'Alexandre» de César» des cheTalièrs du Phénix , de la Salamiandre , du temple de la Gloire , du palais de la Félicité. Ceux qui se plai- «aient k reproduire les preux dti roi Artus on de Charlemagne étaient les plus nombreux ; ils portaient les couleurs et les devises des Lancelot » des Tristan , des Roland , des Ogier , des Renaud, des Olivier, enfin , à& tous les héros fabuleux auxquels rimagination prêtant une sorte de réalité , se plaisait à voir revivre ces braves dans nos vaillants chevaliers» bien dignes par leurs vertus et leur courage de remplacer leurs devanciers.
En les entendant annoncer sous ces noms adoptifs » la multitude frappée de leur noblesse et de leur maintien belliqueux » se laissant par degrés entraîner au prestige et à |l'ilIusion » finissait par confondre dans son admiration ces chevaliers » avec les héros dont les romans de Chrétien de Troye , d'Adenès le Roi , d'Huon de Villeneuve» et du bon archevêque Turpin leur avaient appris les aventures.
Le nombre des chevaliers augmentait à chaque instant ; le pourtour des lices était hérissé de lances» parmi lesquelles flottaient les bannières » les^^gonfanons » comme on volt à travers les épis d'un vaste champ se balancer les pàvot^ et les bleuets.
DE lA CHEVALERIE. lS5
Hais le coup fceille plus singulier, surtout pour les spectateurs placés dans les galeries , c'était la diversité des cimiers^ Les uns portaient de^ dragons , des chimères dont la gueule jetait des flammes; dès hures de sangliers^ des têtes de lionnes, de lions, de taureaux, de sphinx, des aigles , des cygnes , des centaures , un amour lançant des flèches , un sauvage et sa massue , une tour, un cercle de créneaux et mille at^tres simulacres , tous formés' des métaux les plus précieux, ou peints des plus vives couleurs. Les panaches, lés aigrette;s, les gerbes d'or, des roses et des couronnes de lys , ornaient un grand nombre de ces cimiers.
Dans cette multitude de chevaliers » sont ces personnages fameux dont un jour lès poêles et les romanciers raconteront les aventures.. Là, se trouveront ceux qui na({uirent avec des signes mystérieux, sur lesquelsles nécromâos et les astronomes consultés, prédirent au nouveau-né d'illustres destins.
Là , on apercevra les jeunes sires qu'un bon serviteur sauva du palais incendié dft leurs pères, ou qui , dérobés à la haine criminelle d'une marâtre, furent élevés dans le fbiul de^ foVêt^, par tme biche ou par une lou?e:.là, se montrent tristes et découragés. les amants languissant sons l'eibpire d'un philtre secret ; en allant aux lieux où un devin leur indiqua la fontaine de l'indifférence, ils s'arrêtent au tournoi ^ espérant y mou-
lâ6 HISTOIBB
vivp. ou da moins y trouver de la gloire à. défaut du bonheur.
Là , sont ceux qu'çû vit mettre II fin des aventures périlleuses , et sortir triomphants, des pièges .du château de Doulourease- Garde, du château de Blanche- Epine, du château de l' lie-Etrange, . de la prison aux QuairçhDnmes , de la Forêt Caiée , du Perron dang^'èux , dit Lit Adventureux, du Càstel des Sept-Donjons, de la Grotte de Sibylle l'enchanteresse , du jardin de la reine de Sabestan, et de vingt autres lieuse grandement redoutés {i).
Là; paraissent I(^s hommes. dont la vertu magnanime refusa la^ couronne des mains du peuple qu'ils avaient affranchi d'un tribut hopteux» et délivré de l'affreux dc^potisnie cl 'nu usurpa-, teur.
Là , sont les frères d'armes qui ont bu leur «ang mêlé. dans une mémie coupe» en jurant de se défendre et de s'aimer toujours.
Compagnons de toutes fortunes et périls, ils s'ai-' dent de leurs corps et de leur avoir , sauf leur honneur , et s'aiment en telle manière, que l'un ^^est toujours ax)ec l'autre , et qu'ils vont ensemble brus^ quer la fortune, (2). Us portent des armes pareilles , et leurs cœurs , qu^aoime la sainte amitié , ne demandent point au ciel d'autre sentiment.
1 '(i) Jourdain de Blàve. — M. de Tressan. — Le P. Menéstrier..
^^) Hardoin de If JaiUe, BoalilUer, etc.
D£ LA. GHETALEIIIB. l6j
Voici Tenir aussi les aventariers » sans patrimoine et san3 naissance, cherchant sous le nom de bacheliers, des occasions d^exercer leur. courage; ils portent des bpucliers blancs « et la yictoire seule y doit graver j^es armoiries ; leur devise est • Honneur. , triomphe de tout.
On y voit a^ssi les servaiiCs d'amour, volontaires esclaves de la beauté, avec des emprises, des chaînes , des rubans, pour marques de leur servitude , et Continuelle souvenance du vœu fait en. rhonneur des dames dont ils portent les livrées. Plusieurs d'entre eux avaient un tacil côu-
vert de drap , car leurs belles en avaient reçi^ la promesse de ne -voir par ce.t œil tant qu'ils n'auraient accompli prouesses dignes d'elles (i).
Ils arrivent au tournoi, précédés de damoiselles conduisant par des tresses de soie leurs frio gants coursiers , et lesditcs damoiselles o$it des rqbesde satin azuré, couvertes, d'esckçts en broderie d'or, ,
Tout à coup redouble le bruit de$ fanfares , le son des cloches > le cri de Montjoie et Saint-Denis ! C'est le roi qui s'avance >avec toute sa cour.. Les hérauts d'armés ouvrent là marche , deux à deux, portant le caducée ou le rameau de, paix. Leur front est ceint de ban4elettes et de cour rpnnes de chêne; ils sont vêtus d'une draperie chamarrée d'or, |én forme de dalmatique sans
(1) FroUsard, chap. 29.
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manches. Sur leur pokrine, paraît ane pjaque d'émail , coloriée des armoiries de leqr proyince. Lear personne est Inviolable , ils peuvent sans craindre traverser 1^ champ de bataille , aborder les Ichefs ennemis , leur, porter au nom des peuples ^ les paroles de U. h'aiue ou de la vengeance , proclamer la guerre, la paix ou le^ trêves » annoncer et régler les tournois , les cérétnonies des inaugurations «t des grandes investitures , partager la terre et le soleil de la lice aux combattants , et mettre un frein à leur ardenn
Us sont les régulateurs des préséanbes et de Fétiquette des cours « les archivistes des titres de noblesse » les maîtres du blason y les peintres des armoiries , les poëtes des monuments et des tombeaux; quelquefois aussi les rimeurs naïfs des hauts faits dès preux.
Après les hérauts , marche le roi d'artnes de France, surnommé Montjoie, accompagné de maréchaux , de poursuivants et de varlets ; rien n'égale là magnificence de son accouti^èment; il est vêtu d'une cotte de velours violet à trois fleurs de lys d'or brodées en perles sur le c&té gauche , et par^dessus d'une tuniqné d*écarlate fourrée 4e menu-vaîr et décorée d'une lai^ brodcriie de rubis mélangés avec des étincelles (i).
Aprèfe le roi d*armes , suivent les estafiers» - couverts de hoquetons noirs , brodés en peries
(1) Le P. Menestrier. — La Godombière; La Roque, etc.
D^ LA' CHBTALEBIE» i5q
OU en jais briltent; derrière eux, six cheyaux blancs traînent un char représentant celui ,dn soleilcohduit par Phaëton; l'Aurore et 'les saisons rehyironnent. Cent autres estafièrs dans le même costume préc^doii iin ehar plus vaste encore que le premier, et traîné par des taureaux. Devant cette machimi voulante, sur laquelle s'élevaient des rochers et des arbres , s'avançait un troubadour représentant Orphée avec sa lyre.
Auprès ces pompes curieuses et plusieurs autres qui, selon l'expression d'un vieil historien, enfantaient beaucoup de choses mystérieuses et pleibes d'esprit (i) , défilent trente bannerets» Chacun d'eux est suivi de cinquante ai^balétriérs, et fait porter devant lui une haute bannièire^ apanage de sa puissance. Tous possèdent de grands fiefs et un nombre considérable de vassaux. Ils doivent à leur naissance et à l'étendue de Ic^rs domaines rhdnnèur de porter bannière dans les armées royales ; mais la gloire de la rapporter est la tâche de leur courage. Souvent à leur retour , ces hauts et vaillants seigneurs , le bras en écharpe et tenant de la main gauche leur bannière , avaient joint à cet étendard vainqueur les drapeaux et les enseignes de l'ennemi:
A la suite des bannerets sont les Juges-diseurs, revêtus de robes longues et une vergé blanche h
(1) Oulreman, Histoire de Valencicnnes.
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)a niain. Des varlets de pied passent autour da htSLS la bride de leurs coursiers. -
' Entre ces rangs ^ o),i aperçoit les tambourins,les fifres et les trompettes du roi^, habillés^de damas incarnat et blanc.
Puis après , les écuyers des princes en tuniques de taffetas ou.de satih blanc, brodées en argent , avec des manches en çoie bleue galoi^nées d^or, et leurs chapels ombragés de^plumes blanches et bleues.
, Défilent ensuite les pages , dont un léger duvet cotonne à peine le menton; ils portent les livrées de leurs maîtres, couvertes d'orfèvreries. s Enfin, paraît le roi entçuré des princes^u sang, des ducs, des grands' dignitaires, du connétable, deréchan$on,dupannetiçr, di^ chevalier d'honneur, desi officiers de la fauconnerie , de. la vennerie, tous accoutrés de drap d'or ou de ver- Jours cramoisi, et portant les marques et les symboles do leurs fonctions.
Les^ chevaux des gens de cour ont la têle et la crinière couvertesr de plumes d'autruche touiTues; un coUier de clochettes dWgent entoure leur col.
Le. roi a une tunique ou robe blanche semée dé fleurs de lys d'or ; son blanc destrier est paré d'une housse de velours bleu céleste, traînant jusqu à terire, et pareillement semée de fleurs de lys d'or (i). ' .«
(1) Fargy , liy. m, p. 613. — Benejlon , traité des Marques Nationales.
DE LA GHEYALEBIE. l6l
Près du monarque chevauUhe un éciiyer portant une lancé vermeille peinte d'étoiles de fin or, et du bout d'icelle flotte, un étendard orné aussi d'étoiles d'x>r fin. ,>
Cet étendard avait changé plusieurs fois dp couleur depuis l'origine ^e la monarchie; sous la première et lajseconde race^, les Français arborèrent pour enseigne nationale la bannière bleue, ou la chappe de saint Martin; pendant le premier règne de la troisième dynastie», la dé- Tt>tion publique, fit prévaloir l'enseigne rougc^ ou l'oriilamme de saint Denis ; au temps de Charles VU , on adopta la cornette blanche semée de flenrs de lys d'or. , < ^
Après le roi , se déjfloie le cortège de. la rpine, fermé par des sergents d'armes « des archers. <st des estafiers. Il fait deux fois te tour de la lice ; chacun se range selon le cérémonial usité. Quand le Toi et là reine ont pris place dans le balcon du milieu» le roi d'armes s'avance et crie à haute voix : a Ob oyez, oji oyez» or oyez, w
(( Messeigneurs les juges prient et requièrent 9 entre vous» messeigneurs les toùrnoyeurs» que > nid ne frappe' autre d'estoc ni revers» depuis » la ceinture en bas » comme vous Tavez promis » » et que nul d'entre vous ne veuille frapper par ». haine sur un plus que sur l'autre» si ce n'était ».sur auc^un qui fO}Xt se^ démérites fût reçom- » mandé. — Outre plus» je vous avise que de- » puis que la trompette aura sonné retraite »^ et
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9 que les barrières seront onrertes poar plus 9 longteiUps demearer sur les r^ngs, nul ne ga* » gnerà l'emprise après ladite sonnade (i)* ,^ Après cette dernière proclamation, on donne aux toumoyeu/s tin peu d'espace , comme de la ^langueur dé sept palmes ou environ , pour se mettre en ordre; cela fait, les juges da camp lèvent leurs baguettes blanches » en xriant : Coupez cordes, et laissez aller tes bons combattan^^. Aussi-, tôt des soldats armés de haches coupent les câbles tendus devant chaque file de chevaliers , afin de modérer l'ardeur de leurs chevaux. La trompette sonne » la barrière est ourerte ; et des bouts opposés accourent au bruit des fanfares , et en faisant le signe de la croix , deux quadrilles de chevaliers. Ils se" heurtent vers le milieu de la lice» et les huit lances volent en éclats : les combattants un m^nnent immobiles ; se contemplent Il travers les griUes de leurs lisières , puis s'éloignent ei reviennent avec 'd'autres armés qui se rompent encore sur les boucliers et cuirasses de leurs adversaires. Douze fois la carrière est livrée h leur essor, et doûïe fois, daps leurs foudroyantes atteintes , ils brisent comme un cristal fn^agiie le bois de leurs fortes lances.
A chaque détour, pour reprendre du champ> passant le long des amphithéâtres , ils saluent lès dames du geste et.de la voix. Les précepteurs
(1) Manascrit âa roi René d'Anjoo.
DE hk CBETALEBIS. l63
crient k leurs élères ponr les exciter *: Or*à eux, or À eux. Dés amîs^ des pareats» mille spectatears se proiionçant pour tel ou tel chevalier » malgré les pràonnatices , Texhortent et renflamment à son passager'en lui répétant sa devise ou son cri de guerre « ses yœux» ses exploits , sa naissance^ et tout ce qui peut'électriser son âme. Durant ce trajet, sa valeur augmente de ce qu'il Toit et de ce qu'il entend, comme le torreht après s'être grossi ddns son cours par cent ruisseaux, arrive écumant et grondanjt vers la digue bp^posée k ses flots.
L6 fils du preux devenant supérieur ti luimême , se croit invincible , et sent en lui se développer une force non encore éprouvée. Pressant son écu contre sa poitrine i^ brandissant son épée ou sa hache ^. il renouvelle un combat plus furieux; tantôt ccuché' sur la crinière de son destrier; tantôt penché en arrière, il évite ou porte des coups terribles^ Tceil suit à peine ses mouvements rapides , et son glaive, en un même instant , brille et frappe en cent endroits. ^ ^
L^arène est semée de débris ; les panaches , les écharpes , les colliers , tombent sous le tranchant du fer; bientôt privés de leurs ornements distincti& , les paladins n'ont plus qu'tine armure uniforme ef poudreuse; leurs dames, potir les* reconnaître dans la mêlée, et les animer par de nouveaux gages de leur tendresse, envoient les écuyer^ leur porter d'autres faveurs ; uniquement
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occupées de leurs preux , adressant à eux seuls • de^ 'regards et des $oins » agitées de crainte et d'espoir» elles se dépouillent par un mouvement irréfléchi; et spontané » de leurs .tissu§ , ^q leurs réseaux » .chapelets et coi^*onnes de violettes , afin que ces objets deviennent entrp les mains.de leurs chevaliers des talismans vainqueurs*^ L'émotion, r^rdeur, Tenthousiasme' dçs combattants redoublent » et .rien ne peut donner une idée d,es elTorts qu'ils tentent pour Obtenir la victoire.
Cependant , après avoir déployé durant des heures entières leur, force et leur adresse , la plupart des chevaliers ont été n!iis hors de cornbat^9 et de tous les concurrents ,. deux seuls restent encore dans la lice , prolongeant entre eux une lutte d'autant plus • glorieuse que le vainqueur allait réunir sur son front les palmes cueillies par ses devanciers. , et ^ envelopper dans sa gloire la gloire de ses rivaux. v
Ce siiccès insigne e^t proclamé par le^ trompettes et par des cris élevés jusqu'aux nues.
Le yainçu vide les arçons» et tombe dans la poussière; humilié» confus, il crie àsop adversaire de lui arracher la vie; mais le vainqueur .généreux ramène«au paladin son coursier qui se cabrait dans l'arène» et lui dit avec lin air affable : « Noble sire» ne plaise à Diei^ que je frappe » à mort si bon chevalier comme vous êtes» ne le » ferais pour la meilleure cité qu'avait ei) son
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» temps le gfand Charlemagne. Quoique la joute » ne ^ît to^umée h votre gré, vous avez conquis au- » jourd'hjiî le haut nom de prouesse ; je ne le die,', vehersire, pour tous louer , mais par pleine ]» conscience ; et si j'ai vàinéu , grâce en est à la ]> bonté de mes armes et démon df^trier.;Je vous » prie donc de prendre ce bracelet pour Tamour de - » moi, et de le poBler un an et un jour. Que cette » aventure fl'ôte rien à votre gaieté, demain vous. » serez peut-être vainquetirà votre tour. »
C'estjainsi que la courtoisies et la générosité des chevaliers faisaient aimer et pardonner leur gloire; ainsi, non-senlement ceux qu'ils ayaient vaincus se consolî^j^nl de leurs disgrâces passagères, mais encore devenaient lesfidèles amis et les compagnons de leurs adversaires.
Le lendenlaîn et le jour suivant , même affiuence de spectateurs , mêmp appareil , même ardeur de la" gârt des concurrents ; nèanihoins on variait les genres de combat. Le premier jour était ordinairement i éservé*au^ joutes ; c'est-à- • dire aux coups de lance de chevalier ^ chevalier ; mais les deux autres jpurs, consacrés à des çxertices plus importants, sous les,noms,de^pas d'armes, de castilles, de combats à la foule et fee- Aoar5 ouy<tta? de' plaisance, offraient une vive et parfait^ image des scènes les plus périlleuses de la guerre, coninle l'attaque sknttlée d*un bastion, l'escalade d'un rempart, la défense d'un défilé, le passage d'une rivière, la rencontre de