‹ Histoire de la chimie (volume 2)Chapitre 16 sur 31 · C. Poiso7is tirés du rèy?ie minéral · texte numérisé non relu

C. Poiso7is tirés du rèy?ie minéral

Sanûarar/iie. — Arsenic (1). — Dioscoride s'est le premier servi (lu nom d'ai'senic. « L'arsenic, dit-il, se rencontre dans les mômes mines que la sandaraque. Celui qui se présente sous forme de morceaux compactes, écaillcux, d'un jaune d'or et pur de tout mélange, est réputé le meilleur. On trouve de l'arsenic dans la Mysie de l'Hellespont. Il y en a deux espèces : d'abord l'arsenic qui vient d'être indiqué; puis celui qui nous arrive du Pont et de la Cappadoce, et qui est en morceaux semblables à la sandaraque (2). »

Ainsi donc, ce que Dioscoride appelle ici arsenic n'est autre chose qu'un sulfure d'arsenic comn)e la sandaraque. « L'arsenic, ajoule-t-il, se torréfie de la manière suivante : ^leltez-le dans un test (capsule) neuf, et chauffez-le sur des charbons ardents, jusqu'à ce qu'il brûle et qu'il change de couleur. On le laisse ensuite se refroidir: on le triture, et on le conserve en poudre. »

Quelque imparfait que soit ce procédé, jîuisque la plus grande partie de l'arsenic allait se perdre par la volatilisation, il devait néanmoins fournir une certaine quantité d'arsenic blanc (acide arsénicux). Comme les anciens savaient extraire le mercure du cinabre par voie de sublimation, ils se servaient probablement du même moyen pour préparer, avec un sulfure naturel, l'arsenic blanc , qui reçut plus tard le nom d'arsenic sublimé. C'est ce dernier arsenic (acide arsénieux), qui donne si souvent lieu à des cas d'empoisonnement, que les anciens employaient comme caustique, et sous forme d'onguent épilatoire.

En résumé, l'arsenic des anciens est tantôt un sulfure pur d'arsenic, tantôt de l'arsenic sublimé (acide arsénieux).

La sandaraque ou orpiment et l'arsenic (sublimé) étaient comptés au nombre des poisons.

« La sandaraque et l'arsenic , pris en breuvage , occasionnent, dit Dioscoride, de violentes douleurs dans les intestins, qui sont vivement corrodés ([xetà cr.yixoZ a-foùpoZ). C'est pourquoi il faut y apporter comme remède tout ce qui peut adoucir le corrosif. » Ici l'auteur recommande le suc de mauve, des décoctions

(I) Arsenic ( àp^Evi/.ôv ) signifie mâle, par allusion à la doclrine mystique du principe mâle et du principe femelle des alcliimistes. Voy. pag. 23. (?.) Dioscoride, Mat. ined., v, 121.

( liEj/r'aaTx) de graines de lin, de riz, des émulsions, el desjulcps doux et émollients (1).

Mercure (uopàpvupoç). — Le cinabre ( sulfure de mercure) passait pour un poison violent. On ne rencontre pas encore de traces de la connaissance du sublimé corrosif chez les anciens.

Litharge{spu)na argenli). — Céruse (■|/'.;jl;j.ûOiov). — « La céruse, dit Nicandre , rend l'eau laiteuse (2). » On employait comme contre-poisons l'huile d'olive et le lait.

Gtjpse (tiTavoc). — C'était probablement le même poison que la chaux vive (yui/oç). On préconisait le vinaigre comme contrepoison (saturation de la base par un acide).

Tels sont les poisons tirés des troi^ règnes de la nature , et connus des anciens. 11 existe cependant un poison plus actif que tous ceux qui viennent d'être énumérés : l'acide prussique. Nous verrons plus loin que les prêtres d'i-]gypte le connaissaient : la peine du pécher, infligée aux initiés indiscrets, était la peine de mort par le poison en question (3:.

En jetant un coup d'oeil sur le tableau qui précède, on est frappé non-seulement du nombre des poisons, mais surtout de l'excellence du traitement el du bon choix des contre-poisons. En voyant, par exemple, un acide employé pour combattre l'effet d'une base alcaline, on est tenté de croire que les anciens avaient. en chimie, des idées plus avancées qu'on ne pense. Mithridate et Attale sont, d'après Galien, les pères de la toxicologie : ces rois avaient expérimenté les poisons et leurs antidotes sur des hommes vivants, sur des condamnés à mort (4 .

Les poisons septiques, empruntés an règne animal , obtenaient en général la préférence sur les autres poisons. Diodore raconte que les Indiens avaient l'habitude de tremper leurs ilèches et leurs lances dans un poison mortel. Ce poison était, ajoute-t-il, fait avec des serpents pourris. Ceux qui étaient blesses par ces armes

(1) Dioscoride, Ilcpi or.Xr.x. çafix., c. \xix.

(2) Nie. Alexipharm. Colunielle (liv. x), Diofcoridt' ( i, 187), Pline (xv, 13) et Galitn {De anhn. fac, », 36), rapportent comme un bruit f;énéralement répandu (fama), que le persea (pêcher) était un arbre pernicieux, vénéneux. Et ils s'en étonnent, parce que, disenl-iis, le fiuit eu est trés-mangeab!e. Ce seul indice, à dcfaul d'anties, aurait dû suffire pour mellre sur la trace du poi.-on qu'on relirait du pêcher, dont les noyaux écrasés exlialtn! l'odeur caractérisli([iie de l'acide prussique.

(3) Voy. I1.1-C233.

('i) Galien, De simpl. mcd. foc, c. xxiii.

empoisonnées mouraient au milieu de convulsions horribles, et leurs cadavres prcnaitMit aussitôt une teinte livide (1).

§ St.

I>es poisons lents*

Existe-t-il des poisons dont l'action ne se fait sentir qu'après un laps de temps plus ou moins long? Les Italiens, au seizième siècle, du temps de Catherine de Médicis, passaient pour trèsversès dans la connaissance des poisons de ce genre. Mais la tradition en remonte bien plus haut. Tliéophraste, qui vivait au deuxième siècle avant J.-C, parle déjà d'un poisonqui tueaubout de deux à trois mois, ou seulement au bout d'un à deux ans (2). Il ajoute que ce poison se préparait avec l'aconit, plante qu'il était défendu, sous peine de mort, de cultiver dans les jardins. Tacite reproche à Séjan d'avoir fait mourir Drusus à l'aide d'un poison lent (3).

On connaît l'histoire de l'empoisonneuse Locuste , qu'Agrippine et Néron comblèrent de bienfaits, pour avoir été en partie l'instrument de leurs crimes. Pour parvenir au trône, Néron fit empoisonner Germanicus et Britannicus : le premier, par un poison lent; le dernier, par un poison très-prompt. Comme, dans une première tentative, le poison n'avait eu pour effet qu'une violente purgation, Néron contraignit Locuste, avec d'horribles menaces, d'en préparer une autre plus efficace. Il en fît, en sa présence môme, faire l'essai sur un bouc, qui mourut dans l'espace de cinq heures. Trouvant ce temps trop long, il insista sur la préparation d'un poison plus expéditif. Locuste obéit ; elle fit une nouvelle expérience sur un porc, qui tomba mort sur-le-champ. C'est ce poison qui servit, dit-on, à tuer Britannicus (4).

On s'est souvent demandé si les anciens avaient connu un plus grand nombre de poisons que nous.. Cette question a été plus d'une fois abordée inutilement. Mais ce qui paraît certain, c'est

(t) Diodore de Sicile, Bibl. Iilst., xvii, 103.

(2) Hist. plantai'., ix, 2().

(3) Tacile, Atinales,\\, 8.

(4) Tacite, Annal., xiii, 15, 16. Suelone, vi, 33. Jnvéïial, Sal.i, 1, 71.

qu'en raison même du grand mystère qu'on en faisait, la connaissance et la préparation des poisons étaient jadis plus répandues qu'aujourd'liui. Chacun voulait y être initié. Ruimvs per veiitum nefas.

ÏROISIL^ME SECTION

DU ni" SIÈCLE AU IX* SIÈCLE APRÈS J.-C.

La décadence d'un grand empire, coïncidant avec l'établissement d'une religion nouvelle, c'est un des plus grands drames de l'histoire. Les dieux de l'Olympe devaient tomber devant le dogme de l'amour universel. Pauvres et résignés, les premiers chrétiens eureni le sort do tous les hommes qui professent une religion opposée à la religion dominante : ils furent persécutés. A Rome ils se réunissaient la nuit dans des souterrains pour célébrer leurs ar/apes ou festins fraternels. Mais bientôt ils apparurent au grand jour.

Les derniers philosophes païens firent, avant de tomber, des efforts désespérés pour s'opposer à l'établissement des dogmes chrétiens. Ace moment suprême, bien des mystères, jusqu'alors tenus secrets, furent révélés aux profanes.

Lorsque , sous le règne de Constantin et de Tliéodose le Grand, il s'agissait, non plus de combattre avec le glaive , mais de convaincre par la parole, les défenseurs du paganisme avaient compris combien la lutte serait inégale , s'ils se plaçaient exclusivement sur le terrain des antiques croyances de Grèce et de Home. Ce fut alors qu'ils s'adressèrent à l'ancienne religion d'Kgypte , à ce panthéisme mystique. Rome avait des temples dans lesquels on célébrait les mystères d'isis. Jamblique, Proclus , Porphyre, y étaient initiés. Les systèmes de Pythagore, d'Aristole, les antiques doctrines de l'Orient, étaient l'arsenal qui devait fournir aux adversaires du christianisme les armes pour se défendre.

Le christianisme et le paganisme se reprochaient mutuellement leurs emprunts. Les mystères de la religion du Christ, mis en présence des mystères du panthéisme mystique des néoplatoniciens, le conflit du dogmatisme des premiers pères de l'Église avec le dialecticisme des derniers commentateurs de Platon

et (l'Aristote, ont donné naissance à beaucoup de doctrines adoptées plus lard par les alchimistes.

En effet, c'est dans les premiers siècles de l'ère chrétienne que nous trouvons les vestiges d'une science nouvelle en apparence, quoiqu'elle soit en réalité très-ancienne. Dans les manuscrits grecs que nous ferons connaître, elle porte le nom de science nacrée ( Ertatr^ui.-/] upa) ou d'o/'^ divin et sacré {"^^'/y] Oe'^' 5cai itpa). Cette science sacrée ou cet art divin, qui dans toute l'antiquité n'avait pas de nom particulier, c'était la chimie.

Oris^ine du nom fie chimie.

Suidas emploie , dans son lexique , le mot yweioi. [chewia), et le définit « préparation d'argent et d'or d . Il ajoute que Dioclétien, pour punir les Égyptiens de s'être révoltés contre les lois de Rome, fit brûler tous les livres que leurs ancêtres avaient écrits sur la chimie, afin de priver ces sujets indociles d'une grande source de richesse, et de couper ainsi la révolte par sa principale racine. Mais aucun historien de cette époque ne fait mention du fait dont parle Suidas ; on l'a donc justement révoqué en doute.

Le même lexicographe dit , au mot ospa;, que la toison d'or, rapportée de la Colchide par l'expédition des Argonautes, n'était qu'un livre en parchemin , contenant le secret de faire de l'or au moyen de la chimie (irspis/ov ô'ttojç osI yi-Js.G^i'xi Sià /riastaç /pu-

Ce passage a été bien souvent reproduit et diversement commenté par les alchimistes.

Les documents authentiques où l'on trouve pour la première fois le nom de chèmia et d'alchimia, donné à une science qui jusque-là ne paraissait pas avoir de nom, remontent au iii'^ ou au iv^ siècle de notre ère.

Scaliger parle d'un manuscrit de Zosime, intitulé 'lOaoûO , dont il cite le passage suivant (1) : « Les écritures sacrées disent que les anges, épris d'amour pour les femmes, enseignaient à

(l) Lems.de Zosime, ilont parle Sialiger (Xot. ad Eiiscb. Chronic), u'ixislp pointa la IJililiolhèiiiie iinpt-iiaic de Paris, comme l'aKirmfi ce savant.

niST. DE L\ cniiiiR. — T. I. 15

celles- ci toutes les œuvres de la nature. De ce commerce des anges avec de simples mortelles naquit la race des géants. Le livre dans lequel ils enseignaient les arts est appelé Xyi;j.a (Khema) ; de là le nom de chemia, appliqué à l'art principal (evOev xat y) liyy/] //,ij.£ia xaXeîtai ) (1). »

Saint Clément d'Alexandrie parle d'une tradition analogue, sans se servir cependant du moi chemia (2).

Mais voici deux auteurs, l'un du iv' et l'autre du v^ siècle, qui nomment, pour la première fois, en termes non équivoques, la science dont nous avons entrepris de tracer l'histoire.

Le premier est Alexandre d'Aphrodisie, célèbre commentateur des œuvres d'Aristote. Dans le manuscrit grec du Commentaire des météorologiques (ms. n" 1880, in-4'', de la Bibliothèque impériale de Paris), il est question, à propos de la fusion et de la calcination, d'instruments chimiques ou chijiguci, , fol, 156 : ûik /utxwv ôpyavojv é'}o[ji.ivcov (3). Le creuset (xr^yavov), destiné à faire fondre des métaux, était un de ces instruments.

Les mots j(<jixà opyava, employés par Alexandre d'Aphrodisie , nous donnent en même temps la véritable clef de l'étymologie du mot chimie, sur lequel on a tant discuté. Ce mot vient évidemment de /Joi (/£uoj), couler, fondre. De là /^uixà ou -/uy-ixà opyava, instruments chijiques ou chymiques.

Le second auteur est Jul, Firmicus , qui, en parlant de l'influence des astres sur les dispositions naturelles de l'homme, dit : c( Si c'est Mercure , il s'adonnera à l'astronomie; — si c'est Mars , il embrassera le métier des armes ; — si c'est Saturne , il se livrera à la science de l'alchimie [scienlia alchemiiB) (4).

Il y a dans le texte de ce traité d'astrologie beaucoup de termes grecs ou latins, accolés à des mots d'origine chaldéenne ou persane. C'est ce qui explique dans le mot alchimie l'emploi de l'article al (5).

Le nom grec de chemia ne paraît pas avoir été d'abord

(1) 0. Boiricliius, de Oriii el progressa Cfiemix., et la Biblioth. de Manget, t. I, p. 2.

(2) Clem. Alex., Stromal , lil). v.

(3) Le texte grec de ce manuscrit diflère notablement de la traduction latine, imprimée à Venise en 1548, in-4'\

(4) Jiilius Firmicus Maternus, Hlatli., m. 15.

(à) L'article hébreu ou ciiaidéen H (fia) est une abréviation de Sri (hal); en arabe Jl (al).

universellement adopte. Art sacré, science divine, science occulte, art de Thalhou d'Hermès , etc., tels étaient les noms primitivement appliqués à la science dont l'histoire nous occupe. Ce ne fut que très-tard que le nom de chenue ou chimie parvint à prévaloir.

Hé êétax qui exerçaient l'art sacré.

Les prêtres égyptiens de Thèbes et de Memphis étaient particulièrement initiés à l'art sacré. C'est dans les temples que les prêtres pratiquaient cet art; c'est là qu'ils avaient établi leurs laboratoires.

Autant le domaine des faits sainement appréciés est restreint, autant le champ de l'imagination est vaste.

Les anciens , dans l'établissement de leurs croyances cosmogoniques et symboliques , étaient partis de quelques données expérimentées ; mais ces données , parfaitement exactes , furent obscurcies par ces doctrines spéculatives et mystiques.

Le laboratoire du temple avait fourni le fait ; l'imagination du prêtre, la théorie. Voilà, selon nous, en partie la veritabje source de la science hiéroglyphique des prêtres de l'Egypte.

Le chimiste agrège et désagrège , combine et décompose la matière sur laquelle il opère. Eh bien ! l'initié à l'art sacré croyait pouvoir faire en petit ce que le démiurge ou le dieu créateur avait fait en grand. Aux yeux du vulgaire , le pi'ôtre n'était pas seulement le représentant , mais en quelque sorte un abrégé de la divinité.

L'opinion , que nous venons d'émettre, sera confirmée par les documents que nous allons fournira son appui.

Pratique et théorie de l'art sacré.

Dans l'antiquité, toutes les connaissances himiaines étaient réunies en un seul corps de doctrines, appelé la philosophie. Mais la science se divise à mesure qu'elle avance.

Effaçons un instant de notre mémoire toutes les découvertes réalisées pendant le laps de temps qui nous sépare du règne de

Constantin ou de Théodose le Tjrand, cttransporlons-noiis par la pensée dans le laboratoire de Zosirnc, l'un des grands maîtres de l'art sacré. Assistons, on initiés, à quelques-unes des opérations de l'art sacré.

Expérience. On chauffe de l'eau ordinaire dans un vase ouvert. L'eau bout, elle se réduit en un corps aériformc (vapeur), et laisse au fond du vase une terre pulvérulente , blanche.

Conclusion : L'eau se change en air et en terre.

Supposez que nous n'eussions aucune idée de l'existence de matières que l'eau tient en dissolution et qui , par l'évaporation du liquide, se déposent au fond du vase. Qu'aurions-nous à objecter contre cette conclusion ? rien. N'a-t-elle pas pu prêter son appui à la fameuse théorie de la transmutation des éléments ?

Il ne manquait plus que le feu pour que la transmutation fût complète.

Expérience. On porte un fer rougi au feu sous une cloche maintenue sur une cuvette pleine d'eau; le volume d'eau diminue ; une bougie, portée sous la cloche, allume aussitôt Vair (gaz) qui s'y trouve.

Conclusion : L'eau se change en feu.

Cette interprétation étaittoute naturelle à uneépoque où l'on ne savait pas encore que l'eau se compose de deux corps aériformes (oxygène et hydrogène); que l'un (oxygène) est absorbé par le fer, et que l'autre (hydrogène) se dégage sous la cloche en prenant la place de l'eau qui s'y trouve, et que c'est l'hydrogène qui s'allume au contact d'une Ilanune.

Expérience. On brûle , on calcine du plomb ou tout autre métal (excepté l'or et l'argent) au contact de l'air. Le métal perd aussitôt ses propriétés caractéristiques, et se transforme en une substance pulvérulente, en une espèce de cendre ou de^haux. En reprenant ces cendres, qui sont, comme on disait, le résultat de la mort du métal, et en les chauffant dans un creuset avec des grains de froment, on voit bientôt le métal renaître de ses cendres, et reprendre sa forme et ses propriétés premières.

Conclusion : Le métal , que le feu détruit, est revivifié (I) [)ar les grains de froment et par l'action de la chaleur.

N'est-ce pas là opérer le mii'acle de la résurrection ?

(I) Les mots revivifier, levivijtcalion sont tMicoie luiioiinl'liiii emplovfs comme sjiiunymes ilc rédiiclion , de désdxijdatioii.

PREMIERE EPOUUE. 229

Iln'y arienàobjectercontrecetteinterprélation,puisqu'onignorait alors le phénomène de l'oxydation et la réduction des oxydes au moyen du charbon ou d'un corps organique riche en carbone, tel que le sucre, la farine, les semences, etc. Les grains de froment étaient le symbole de la vie , et, par extension , le symbole de la résurrection et de la vie éternelle (1), moins parce qu'ils servaient de principale nourriture à l'homme , que parce qu'ils étaient employés pour ressusciter et revivifier les métaux morts ou réduits en cendres.

Expérience. On calcine du plomb (2) dans des coupelles faites avec des cendres ou des os pulvérisés. Le plomb se réduit en cendre, il disparaît dans la substance de la coupelle, et, à la fin de l'opération, il reste au fond de la coupelle un boulon d'argent pur.

Le plomb ayant disparu sans que l'opérateur sache comment, quoi de plus naturel que de conclure qu'il s'était transformé en argent ?

Cette opération pafaît n'avoir pas peu contribué à faire accréditer l'opinion que le plomb peut se transformer en argent.

Les phénomènes si remarquables de l'iris et de l'éclair, que présente l'argent soumis à la coupeilation , devaient également frapper l'imagination de l'artiste sacré.

Expérience. Les vapeurs d'arsenic blanchissent le cuivre. Ce fait, connu depuis longtemps, avait donné naissance à beaucoup d'allégories et d'énigmes sur le moyen de transformer le cuivre en argent. Voici une de ces énigmes, attribuées à la Sibylle (3) :

"Evvïx Ypâjj.[j.aT' i"/.w, TeTpafjù/./.aoo; £ljj.t, vôet ]xf Al Tfi£ï; al upcôTai SOo yi^7.\}.\i.y.T:^ iyjj\>a\.y éxaTTY), Al Àotital ûè xà /omà' xat elaiv àiwva ta ttevtc. 0{ix àjAÙriTo; lax, t^; Ttap' i\i.'j\ aosiaç.

'< J'ai neuf lettres, je suis de quatre syllabes, reiieiis-iuoi ; Los trois premières ont chacune deux lettres. Les autres ont les auties lettres; et vous y trouvez cinq consonnes. (Si tu me devines) tu posséderas la sagessi-. "

1,1' mol ost àp-(jE-vi-x6v (arsenic).

(1) Les Égyptiens avaient la coutume déplacer des grains de froment sous U tète des morts, ou d'envelopper le phallus dans im pelit saclict rempli de grains. C'est ce que l'on a constaté à l'ouverture d'un grand nomhre de momies.

(2) Toui plomit est plus ou moin* argentifère.

(3) Plut., in Is. et Os.

Le soufre, qui allaque les métaux, qui les noircit et les transforme en des produits ordinairement noirs, pulvérulents, était un corps tout aussi mystérieux que l'arsenic. C'est avec le soufre qu'on coagulait (solidifiait) le mercure;.

Expérience. Lorsqu'on fait tomber le mercure en pluie fine (en le pressant à travers un tissu serré) sur du soufre fondu, on obtient une matière noire. Cette matière, cbauffée dans des vaisseaux clos, se volatilise sans s'altérer, et se trouve transformée en une belle matière rouge. On aurait peine à croire que ces •deux corps sont identiques . si l'on ne savait pas qu'ils sont composés exactement des mêmes éléments, de la même quantité de soufre et de la même quantité de mercure.

Combien ce phénomène, qui paraît à nous-mêmes encore aujourd'hui inexplicable (car le mot isomérie n'explique rien), ne devait-il pas, par son étrangeté , frapper l'imagination des chimistes anciens, déjà si accessibles à tout ce qui semble surnaturel !

Le noir et le rouge étaient les symboles des ténèbres et de la lumière, du mauvais et du bon principe; et la réunion de ces deux principes représentait, dans l'ordre moral, l'univers-Dieu. Nous reviendrons plus bas sur cette idée panthéistique , qui devait plus tard contribuer à établir ce principe , adopté par les alchimistes , que tons les corps, et principalement les métaux, ont pour éléments le soufre et le mercure.

Expérience. Lorsqu'on analyse les substances organiques , en les chauffant dans un appareil distillatoire, on obtient un résidu solide, des liquides qui passent à la distillation, et des esprits qui se dégagent.

Ces résultats venaient à l'appui de l'ancienne théorie . d'après laquelle la terre, l'eau, l'air et le feu formaient les quatre éléments du monde. Le résidu solide représentait la terre; les liquides de la distillation représentaient l'eau, et les esprits, /'a/r. Quant au feu, il était considéré, tantôt comme un moyen de purification, tantôt comme-l'âme ou le lien invisible de tous les corps.

Expérience. On verse un acide fort sur du cuivre. Le métal est attaqué, et finit par disparaître, en donnant naissance à une liqueur verte, aussi transparente que l'eau pure. En plongeant dans cette liqueur une lamelle de fer, on voit le cuivre reparaître avec son aspect ordinaire, en même temps que le fer se dissout à son tour.

PREMIÈRE ÉrOQlE. 231

Quoi de plus simple que d'en conclure que le fer s'est transformé en cuivre?

Si, à la place de la dissolution de cuivre, on avait employé une dissolution de plomb, d'argent ou d'or, on aurait dit que le for s'est transformé en plomb, en argent ou en or.

Ainsi, la fameuse théorie de la transmutation des métaux, adoptée par les alchimistes, est fondée sur des faits réels, mais mal interprétés. Au reste, cette théorie, considérée au point de vue de la science d'alors, n'était pas aussi irrationnelle qu'elle pourrait le paraître au'ourd'hui.

Le point de départ de tout raisonnement était l'observation et l'imitation de la nature. Les métaux étaient assimilés à de véritables êtres animés, ayant, comme les végétaux et les animaux, leur vie propre ; car la division des corps en organiques et en inorganiques est d'origine récente.

Que voit-on dans la nature? des transformations. Les écrits des anciens chimistes sont pleins de doctrines allégoriques sur la germination, sur la génération, sur le changement delà graine en plante, des fleurs en fruits, etc.

La théorie de la transmutation repose sur un phénomène naturel d'échange ou de substitution qu'on explique à présent, mais qu'il était autrefois impossible de comprendre. Se moquer, comme on l'a fait, de cette théorie, c'est donc commettre à la fuis un anachronisme et une injustice. Si nous sommes maintenant à même de juger les doctrines de nos prédécesseurs, c'est grâce aux découvertes qui ont été faites dans l'intervalle qui nous sépare d'eux. Nousaussi ne faisons-nous pas des théories auxquelles nous tenons probablement autant que nos aïeux aux leurs? Eh bien ! à moins que le monde ne finisse demain, personne sans doute n'aura la prétention de croire que nos contemporains ont donné le dernier mot de la science, et que nos descendants n'auront plus aucun fait à découvrir, aucune erreur à rectifier, aucune théorie à redresser.

Encore une fois, si nous voulons juger sainement ceux qui nous ont précédés dans la même voie, il faut nous placer à leur point de vue, et nous garder de les condamner en les examinant à travers le prisme de nos connaissances actuelles. C'est avec ce principe qu'il faut aborder l'histoire des sciences, comme du reste toute l'histoire du genre humain.

Les expériences et les opérations que nous venons de passer

en revue, cl dont il serait facile de multiplier les exemples, étaient 00 nnues depuis longtemps; les prêtres d'isis et les initiés de l'art sacré devaient avoir journellement occasion de les exécuter dans les laboratoires de leurs temples.

Mais les maîtres de l'art sacré n'exposaient point leurs expérionces, comme le font nos professeurs de chimie. Tout était alors enveloppé de mystères, et le langage symbolique, allié aux hiéroglyphes, n'était compris que des initiés ; car il était défendu, sous peine de mort, de révéler les mystères.

Initiation. — Peines infliti^'ées aux parjures.

Le serment d'initiation était un serment terrible. Les initiés engageaient leur silence en jurant par les quatre éléments, par le ciel et l'enfer, par les Parques et les Furies, par Mercure et Anubis, par Cerbère et le dragon Rercouroboros. Des statues d'Harpocrate, placées dans les rues et les carrefours, rappelaient aux initiés le devoir du silence.

Le dieu du silence portail, en langue égyptienne, le nom de Moth, qui rappelle l'hébreu n':2, mort, mourir. Quel était le genre de mort infligé aux parjures? Le poison.

Il paraît démontré que le poison avec lequel on faisait périr ceux qui avaient Irahi leur serment, était précisément le poison le plus énergique que l'on connaisse, et dont l'action est presque aussi instantanée que celle de la foudre. C'est avoir nommé V acide prussique.

Selon M. Duteil, auteur d'un Dictionnaire des hiéroglyphes , on lit sur un des papyrus du Louvre : « Ne prononcez pas le nom de lAO, sons la peine du pécher. »

En effet, les anciens nous apprennent que la feuille du pêcher était consacrée au dieu du silence. Si c'était , comme le prétend Plutarque (1), parce que la feuille du pêcher est l'image de la langue, l'exemple aurait été fort mal choisi pour donner une idée de la forme de cet organe. Ce choix devait être dicté par une autre raison, que nous allons faire connaître.

On sait que l'acide prussique se reconnaît à l'odeur des fleurs

(1) Plutarque, Isis et Osais.

du pêcher ou de l'amande pilée du noyau de la poche, et qu'en soumettant celte dernière partie, avec un peu d'eau , à la distillation, on obtient le poison en question, surtout si l'on a suia d'arrêter l'opération à temps, et de ne recueillir que les premières vapeurs qui viennent se condenser dans un récipient convenablement refroidi.

L'objection qu'on pourrait faire ici que la distillation est une invention récente, dont l'honneur revient à Albucasis ou à Arnaud de Villeneuve, n'est d'aucune valeur. Car la distillation se trouve décrite, comme nous le verrons plus loin, dans des auteurs du troisième et du quatrième siècle; et ces auteurs eux-mêmes la donnent comme un procédé connu depuis longtemps.

L'acide prussique se distingue encore par son excessive amertume, qu'il, partage d'ailleurs avec beaucoup d'autres poisons organiques. Ce caractère rappelle les eaux nmcres (eaux de jalousie) , que, d'après la coutume juive et égyptienne, le prêtre faisait boire à la femme accusée d'adultère. Ce poison mail promptement, et ne laissait aucune trace de lésion sur le cadavre.

D'ailleurs, les feuilles et les fleurs du pêcher (.pu)Ja xai à'vOr, TCapaÉtç) étaient souvent employées dans les opérations de l'art sacré.

Mystères des nombres, tles lettres, des plantes, des animaux, des planètes, etc.

La science du grand œuvre ne consistait pas seulement dans l'étude des métaux, des terres et de leurs combinaisons; c'était la science de l'univers, entourée de symboles et de mystères qui étaient tous, comme nous l'avons montré, originairement fondés sur des faits d'observation incontestables.

Les nombres jouaient un grand rôle dans ces mystères, comme dans les doctrines de Pylhagore. Les quatre éléments : Veau, Vair, la terre et le feu, exprimaient, dans l'ordre physique. Dieu ou l'univers-Dieu. A cette doctrine d'origine égyptienne (l), les Grecs joignaient celle de l'âme du monde, dont

(1) Le nom de mn', i;e noinen ineffabile, qui coininanilait aux (ju.itre éléments,

les âmes des hommes, des animaux cl des plantes ne devaient être que des parties.

Les trois principes : matière, vie et intelligence, exprimés symboliquement par les trois côtés d'un triangle équilatéral, emblème de la Trinité, représentaient, dans l'ordre intellectuel, tout ce qui est, l'univers-Diru (I).

L'Isis blanche et noire, telle qu'on la voit peinte sur des papyrus du Louvre ; le basilic et l'aspic, placés sur le front d'Isis (2), tous ces symboles paraissent représenter la lumière et les ténèbres, la vie et la mort. Ce dualisme se retrouve au fond de presque toutes les doctrines religieuses et scientifiques de l'antiquité.

Le panthéisme des Egyptiens, repose principalement sur les nombres binaire, ternaire et quaternaire. A ces nombres mystiques, il faut ajouter encore les nombres cinq, sept (le cube de deux moins l'unité ), le carré de trois (neuf) et le nombre quinze égal au résultat de l'addition des trois premiers nombres impairs (3+5 +-7=15), c'est-à-dire le carré de quatre moins l'unité. L'autel sous la forme de coupe, dont parle Zosime dans son traité de la composition des eaux, a quinze degrés. Et le sceau d'Hermès ou de Mercure, avec lequel les alchimistes cachetaient les flacons contenant les substances destinées au grand œuvre, était formé de nombres cabalistiques. Il faut y joindre les signes des sept métaux consacrés aux sept planètes, ainsi que beaucoup d'autres combinaisons mystiques que l'on trouve dans les ouvrages d'alchimie (3).

et que le grand prêtre ne prononçait qu'une fois par an , se compose de quatre lettres. Les Hébreux portaient si loin le respect religieux du nom de Jdhovah (mn''). Qn'au lieu d'écrire, comme ils le devaient, le nombre 15 par les lettres n' ('= 10, n =5), qui pourrait être en même temps pris pour le signe abréviatif de ~^^\'>: ils désignaient ce nombre par 'C^ =9-1- 6.

(1) Voy. le limée de Platon.

(2) On retrouve ces deux symboles fur le caducée de Mercure, auquel on attribuait la propriété d'éveiller et d'endormir.

(;{) Dans un recueil manuscrit , contenant plusieurs traités mystiques attribués à Thémislius, recueil qui nous fut communiqué, en 1841, par M. Javarry, on lit ce qui suit : « Les sages s'altacbaient à considérer la nature des différents métaux ; et, ayant reconnu que ceux ci étaient au nombre de sept, ils découvrirent de grands mystères dans ce nombre, ce qui les engagea à diviser le temps en espaces de sept jours consécutifs qu'ils appelèrent semaine [septimane), et donnèrent à chaque jour de la semaine le nom d'une des sept planètes, parce que chaque métal est physiquement dominé par une des sept planètes. C'est pour ce

D'après les idées de ce panthéisme pythagoricien, Dieu esL])artont et dans tout , dans l'abstrait comme dans le concret, dans le nombre comme dans la réalité. Dieu est le commencement et la fin , le X («) et le n {th) (l), l'a et l'oi, l'a et le z.

Dans les mystères de l'art Si'icré les lettres jouaient un aussi grand rôle que les nombres. A, la première lettre des alphabets de presque toutes les langues connues, donne, étant jointe aux trois dernières lettres des alphabets latin, grec et hébreu,

le mot mystique AZOTH = A 12

Les adeptes ne parlent qu'avec beaucoup de mystère de ce fameux AZOTH, qui devait être la clef de la santé et de la richesse, ces deux grands leviers de la vie de l'homme, et de l'alchimiste en particuli'Cr (2).

Les lettres du nom de lEHOUÀ, ro.T, inscrites dans le milieu d'un triangle équilaléral, avaient, d'après les adeptes, un irrésistible pouvoir magique. Elles devaient, dans certaines conditions, transporter des montagnes, opérer la transmutation des métaux, bouleverser les quatre éléments. Jamais ce nom redoutable ne sortait de la bouche de l'initié.

même sujet que Moïse, philosophe hébreu, dans son allégorie sur la créalion du monde, a appliqué les sept métaux aux sept premiers jours , à savoir, les six métaux malléables aux six jours de la créalion , et le mercure ou argenl-vif au septième jour, dont il a fait un jour de repos, pour indiquer que ce métal ; n'étant ni solide ni malléable, avait besoin d'une préparation différente des autres. »

Plus loin on lit : « De la propriété du nombre, quatre. Il faut d'abord considérer que les quatre éléments sont sortis de la pensée de Dieu comme d'une matrice dans laquelle ils avaient été renfermés jusqu'au moment de la création. — Les sages regardent le nombre quatre comme le symbole de la nature, et comme le seul nombre qui constitue l'essence divine, eu représentant ses quatre plus essentielles perfections, qui sont : son unité, sa puissance infinie, sa bonté et sa sagesse. De même que l'essence divine est désignée par le nombre 4 , l'àrae du monde est désignée par le nombre 36, parce que le nombre 9, qui désigne les neuf hiérarchies des anges, étant multiplié pir le nomlire i, donne 36 ; et que dans le nombre 9 on retrouve les quatre premiers impairs et les quatre premiers pairs, qui, additionnés ensemble, donnent aussi le nombre 36 = ( l + i -\-b-\-l + (2 + 4-f-6-|-8). Remarquez encore qu'en additionnant ensemble les quatre premiers termes de la suite naturelle des nombres, on a le nombre 10 = I + 2 + 3 + 4. »

(1) La première et la dernière lettre de l'alphabet sémitique.

(2) Paracelse a fait un traité sur Vazoth, qui n'a aucun rapport avec la chimie.

Le mot cabalistique Abracadabra, écrit sous la forme d'un triangle équilatéral ,

abracadabra

Cad

était un amulette, réputé efficace contre toutes les maladies. Suspendu au cou ou porté sur l'estomac, il devait prolonger la vie bien au-delà du terme ordinaire. II avait la même vertu que la panacée ou l'élixir universel (1).

(1) Le mol abracadabra a reçu des iiiterprétations diricrentes, suivant les caractères de l'alpliabet employé. C'est ainsi ([u'on a formé :

A B p A cTp- mi p nx

c A A Icûrcipia 'Atio Ao^r,;

A B P A "u;-pn nn p ns

Les lettres de la première et de la dernière ligne des majuscules grecques douneiil les initiales de quatre mots hébreux :

K = Ab, père B = Ben, fils P = Rouakii, Esprit

et les trois lettres du milieu sont les initiales des trois mots grecs indiqués à la suite sur la même ligne. On a ainsi :

Le Père, le Fils et le Saint- t'spril : Le salut {nous arrive) du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Ou trouve un grand nombre de ces mois mystiques ( monstra verborum ) dans Marcellus Empiiicus , dans Alexandre <le Tralles, dans Constaulin César ( in Geoponicis ), dan.-- Jules Africain {in Cestis ).

Le nom d^Abraxas, par lequel on désigne les pierres précieuses sur lesquelles sont tracées des ligures symboliques, parait être aussi Une combinaison mystique de lettres qui, étant exprimées en cliinres, donnent le nombre de jours dont se composait l'année égyptienne. (Voy. J. Macariiis , Canonicns Ariensi>, Abraxas seu Apistopistus ; Antverpiai, 1657, 4. )

Le nom (\' Hier acium vient du grec tépa?, épervicr, qui, dans la langue liiéioglypliiquede l'Egypte, eslle symbole du soleil. (Voy. Horus Apolio, Hieroglypli., i,0.) Quant au millepertuis {Injpcricuni perforât uni), plante cosmopolite, qui se plaît surtout dans les terrains secs et élevés, il doit son nom à ime multitude de petites glandes que l'on distingue dans les feuilles et dans les pétales, ce qui Imr donne, lorsqu'on les tient contre le jour, un aspect criblé tout particulier. Celte

Après les nombres, après les signes géométriques et les lettres, viennent, dans l'emploi des combinaisons mystiques, considérées comme les principes fondamentaux de l'art sacré ou de l'alchimie, les animaux, les plantes, les signes du zodiaque, le produit d'êtres vivants , le lait , l'œuf, le sang , etc.

Parmi les animaux sacrés , on remarque le lion , l'aigle , la salamandre, le dragon , le basilic , la cigale , etc. Le lion jaune était le symbole des sulfures jaunes ; le lion rouge celui du cinabre , et le lion vert désignait les sels de fer et de cuivre. L'aigle noir figurait les sulfures noirs , et plus particulièrement le sulfure noir de mercure. Cette phrase , que l'on rencontre si souvent : L'aigle noir se transforme en lion rouge, signifie que le sulfure noir de mercure se transforme, par voie de sublimation, en sulfure rouge de mercure (cinabre). Le dragon et le basilic remplaçaient souvent le lion et l'aigle.

Les quatre éléments étaient peuplés d'animaux de différentes espèces. Le feu lui-même n'en était pas exempt. Le roi des animaux habitait le feu ; c'était la salamandre, qu'on représente dans les figures cabalistiques avec une couronne sur la tôte, et au milieu d'un brasier. La salamandre devait cette distinction aux taches jaune d'or dont sa tête et la surface de son corps sont parsemées. Les couleurs semblables à celles des métaux , les colorations jaunes des animaux et des plantes , jouaient un important rôle dans les opérations du grand œuvre et dans la recherche de l'or par la voie des mystères.

Toutes les plantes à corolles jaunes, à racine jaune , à suc jaune, représentaient soit l'or, soit le soleil, symbole de l'or. C'est ainsi que , dans les écrits de l'art sacré , il est souvent question de la chélidoine , du suc de la chélidoine (synonyme de teinture d'or), de l'anagallis, qui est notre primevère {priinula veris. L. ), dont les corolles jaunes d'or tachetées de roux forment un bouquet au sommet du pédoncule, qui sert en même temps de tige (hampe), ce qui était une raison de plus pour lui supposer des vertus surnaturelles.

k ces plantes il faut ajouter plusieurs espèces de renoncules (boutons d'or), d'hélianthe (soleil) {Hclianthus annuus ; H. tuberosus] , le suc jaune du rhapontic , de la rhubarbe, le suc de sy-

plaiite passait pour chasser les inaiivais esprits ; île la son uoin de ftiga (lamo)ium. On rapi)ello aussi riicrbe de Suinl-Jcun.

comorc, mais surtout les Heurs jaunes du millepertuis et de l'épervièrc [Uieracium umbellalum).

La mandragore, la jusquiame , la slramoine, la belladone, et d'autres espèces de la famille naturelle des so/ane'es, étaient spécialement consacrées aux conjurations mystiques et à l'évocation des démons (1),

Les signes du zodiaque servaient à désigner les saisons ou les époques propices aux opérations. L'astrologie était l'auxiliaire indispensable de l'art sacré. Les adeptes faisaient aussi grand cas de l'influence des périodes lunaires.

Parmi les produits naturels employés dans les opérations de l'art sacré , on remarque surtout le lait et l'œuf. Le lait d'une vache noire désignait le mercure, l'un des éléments des métaux (2) , car c'était une opinion depuis longtemps reçue que les métaux se composent de soufre et de mercure. Le lait d'un animal quelconque représentait le soufre, a qui coagule le mercure , » à l'instar du lait coagulé par un acide.

L'œuf ( œuf des philosophes) était le symbole du grand œuvre par excellence. Le monde était comparé à un œuf immense , dont la coque serait la terre , tandis que le blanc et le jaune représentaient les autres éléments. Cet œuf était entouré d'un cercle d'or figurant le zodiaque. Sur les monuments druidiques on rencontre l'œuf de cristal comme symbole de la création du monde, sortant de la bouche d'un serpent (3).

Le sang frais et le sang putréfié devaient cacher de profonds mystères. Beaucoup d'autres substances, au moment de leur combinaison, prennent la couleur du sang, couleur rouge, symbole de la lumière. Le sang était d'ailleurs considéré comme la nourriture de l'àme (tyjv ']^u/V àîro xoZ aïaaToç Tp£.f.£aOat : — Platon, Pythagore , Homère). D'après cette croyance , érigée en dogme chez les Hébreux , chez les Égyptiens, chez les pytha-

(1) La plupart des plantes de cette famille, étant prises à de certaines doses, troublent d'une manière étrange l'appaieil d'iunervation : les malades ont des visions extraordiuaires , accompagnées d'un délire galon furieux.

(2) Une vache noire était le symbole des eaux de l'abîme, des eaux fécondantes du Nil; tandis qu'une vache rousse, consacrée à Tvplion, était le symbole des eaux salées ou de la stérilité.

(3) C'est ce (|ui a probabicuiciit donne lieu à la table de Tu uf des serpenia, ra|)portée par Pline ( lllst. ISal., XXI , l'2). C'ouip. Htiloiie des druides, d'apiès M. Smith; Arbois, 1845 , |). Sô.

goriciens cl les brahmines, il était interdit de manger de la viande souillée de sang.

Pierre philosophale.

Le centre des opérations alchimiques était la pierre philosophale ( Xiâoç cpiXoaocpwv ). Santé et richesses, voilà le côté pratique de l'œuvre, tandis que le côté théorique se rattachait aux secrets de la religion, de l'astrologie, de la cosmogonie.

Il est advenu ici ce qui arrive toujours lorsqu'on quitte la voie de l'expérience, pour s'abandonner à l'imagination. La pierre philosophale était tantôt le cinabre, tantôt le soufre ; pour les uns, c'était l'arsenic qui blanchit le cuivre; pour les autres , c'était la cadmie qui le jaunit ; enfm , pour d'autres, c'était quelque chpse de surnaturel, qui ne pouvait être saisi que dans des conditions exceptionnelles. Pour tous, la pierre philosophale était une subslance propre à transmuter les métaux vils en or et en argent, et à procurer ainsi immédiatement la richesse.

Mais, comme la richesse est sans valeur si celui qui la possède ne peut en jouir, la pierre philosophale devait être accompagnée de cette autre pierre philosophale qui passait pour guérir toutes les maladies et prolonger la vie même au-delà du terme ordinaire. C'était la pierre philosophale pour ainsi dire à l'état liquide ; elle se nommait éllxir philosophai ou panacée universelle; les uns croyaient l'avoir trouvée dans une teinture mercurielle , les autres dans une teinture d'or ou d'argent. Atteindre le bonheur dans ce monde , tel était le but de ceux qui se livraient à la recherche de la pierre philosophale et de la panacée universelle. Mais, comme cette recherche était liée à des croyances mystiques, et que d'ailleurs on ne trouvait pas dans ce monde le bonheur tant désiré, on passait de la sphère terrestre dans les régions de la vie spirituelle. C'est alors que les adeptes cherchaient à s'identifier avec Vàine du monde ^ troisième pierre philosophale que l'on pourrait appeler la pierre philosophale à l'état invisible , afin de jouir par anticipation, dans la communauté des anges ou des esprits, de ce

i2iO HISTOIRK DE LA CIllMIK.

I)onhoiir qu'il leur avait été iii)i)ossible d'atteindre par la voie naturelle.

En résumé , l'art sacré , de même que l'alchimie, comprend, sous les noms de pif}-re philosophale, de panacée universelle et d'âme du monde, trois classes d'opérations distinctes. Dans la première, on cherchait la richesse matérielle; dans la seconde, une longue vie; et dans la troisième , le bonheur au sein de la Divinité ou dans le commerce avec les Esprits.

Qu'on ne s'imagine pas que ces trois classes d'opérations soient toujours bien tranchées dans les écrits des adeptes et faciles à démêler. Le ciel et la terre, la matière et le mouvement, le naturel et le surnaturel, tout est confondu dans les doctrines de l'art sacré et du néoplatonisme.

Cependant, au milieu de cette confusion même, on remarque toujours un principe dominant , la suprématie de l'esprit sur la matière. Avant de rien entreprendre, l'opérateur invoque le Saint des saints pour la réussite de son œuvre; il emploie les combinaisons dans lesquelles les démons ou les anges sont supposés se complaire. C'est pourquoi Vœuvre qu'il pratique s'appelle ^/YmtZ, et Varl qu'il cultive, sacré et divin.

Les derniers commentateurs païens de Platon et d'Aristole sont comptés au nombre des maîtres de l'art sacré. Mais leurs investigations avaient plus particulièrement pour objet l'àme du monde ou le commerce des mortels avec les forces intelligentes, avec les êtres supérieurs, qui n'ont plus de corps humain.

Comme la vie et les doctrines des néoplatoniciens semblent avoir servi de modèle aux alchimistes des siècles suivants, nous allons en donner ici un aperçu.

Doctrines des néoplatoniciens de l'école d'Alexandrie.

Ammonius, qui vivait vers le milieu du ii* siècle, cherchait à mettre en harmonie le système d'Aristote avec celui de Platon. C'était le maître de Plotin.

Plotin, dont Porphyre nous a décrit la vie, était né en 205. 11 vécut quarante ans à Rome; il y enseignait d'abord les doctrines d'Ammonius à ses amis et à ses disciples, parmi lesquels on

distinguait surtout Amelius et Porphyre. L'extase et l'intuition divine occupaient sa vie. Plutin se croyait en butte à la jalousie des méchants. «Je sais, disait-il, qu'un certain Olympiodore cherche à me ravir mon intelligence. Mais la puissance magique ne frappe que mon corps; elle n'atteint pas mon âme. Je sens, sous l'influence de celte puissance, chaque membre et tout mon corps se resserrer comme une bourse de cuir. »

Plotin composa un ouvrage Sitr les démons en société avec les hommes. Porphyre, qui exalte beaucoup le génie de son maître, veut le faire passer pour une espèce de divinité. A cet appui, il raconte, entre autres, l'histoire suivante : Un prêtre égyptien vint à Rome, où il fit connaissance avec Plotin. Pour donner une idée de son art, le prêtre promit d'évoquer l'esprit de Plotin et de le faire apparaître sous une forme visible. On se réunit donc dans le temple d'Isis, et Plotin lui-même fut invité à assister à ce spectacle. L'évocation commença, l'esprit apparut. Le prêtre, saisi d'épouvante en voyant à la place d'un simple démon une divinité, s'écria : « Heureux Plotin, ton esprit n'est pas de ceux d'une classe inférieure. » L'apparition disparut presque aussitôt; car l'assistant du prêtre avait, par peur ou par jalousie, étouffé les oiseaux qu'il tenait dans sa main, et qui étaient nécessaires à la durée de la manifestation.

Une chose digne de remarque, c'est que ces philosophes d'un genre tout particulier étaient simples dans leurs habitudes, doux de caractère, aimant la sobriété et la retraite.

Plotin mourut en 270, à l'âge de soixante-cinq ans, en prononçant ces paroles qui résument toute sa doctrine : Je vais ramener le Dieu qui est en moi au Dieu qui est l'âme du monde.

Plotin et ses disciples faisaient Jouer un grand rôle à la lumière dans les phénomènes de la vie. « La lumière, disaient-ils, est le véhicule des âmes qui abandonnent les régions célestes, descendent vers la terre, et tendent à s'incorporer dans le germe d'un animal ou d'un végétal pour l'animer. »

La philosophie de Plotin était enseignée à Athènes par Plutarque, fils de Nestorius, par Héliodore, Proclus, Damascénus, Olympiodore, etc.

Porphyre , dont le véritable nom est Match (roi), naquit en Syrie, en 233. 11 devint à Rome le disciple de Plotin. Il raconte lui-même (1) comment, à l'âge de soixante-huit ans, il jouit pour

(i) Porphyre, Vie de Plotin.

UIST. DE LA CHIMIE, r— T. I. 10

la première fois du bonheur de l'intuition immédiate et de la contemplation divine. Il mourut peu de temps après, en 304.

Porphyre avait l'orgueil du dogmatistc. Mot, Porphyre, était son expression favorite. Les alchimistes lui ressemblent beaucoup sous ce rapport. «L'âme, dit-il, est associée à un certain iluide subtil, aérien (mvju.'x), qui rend possible l'union de l'âme immatérielle avec un corps matériel. »

Nous venons de voir que, d'après la doctrine néoplatonicienne, non-seulement les animaux, mais encore les végétaux, avaient des âmes qui étaient supposées descendre du ciel par l'intermédiaire de la lumière. Or, ces philosophes , qui pratiquaient en même temps l'art sacré, devaient certainement savoir que, lorsqu'on détruit des animaux ou des végétaux par le feu, il s'en échappe des effluves aériformes, des esprits subtils, qui viennent se mêler à l'air. Aussi , d'après leur doctrine, comme d'après celle de Pythagore, l'air est-il rempli d'âmes et de démons.

Les esprits subtils et aériens (gaz), qui deviennent libres et se dégagent pendant la putréfaction, étaient pour certains philosophes les âmes mômes des décédés. — Dans la recherche de l'inconnu la généralisation a des bornes que l'esprit ne franchit que sous peine do tomber dans le néant, ou de revenir sans cesse au point de départ.

Jamblique était, ainsi que Porphyre, Syrien de naissance. Il vivait sous les règnes de Marc-Aurèle et de Commode, et mourut probablement sous Constantin (1). C'était un ardent défenseur du vieux paganisme et un grand adversaire de la religion chrétienne, dont il cherchait à combattre le progrès avec les' armes de la philosophie néoplatonicienne. Ses disciples , qui l'ont surnommée le divin (Osïoç), racontent que, lorsqu'il faisait ses prières, une force invisible le soulevait à plus de dix pieds au-dessus du sol, et que sa peau et ses vêlements prenaient une couleur d'or (2). C'est Jamblique qui donna, pour ainsi dire, une forme systématique à la Ihéurgie et à la magie, auxiliaires de l'art sacré ; c'est lui qui, par son ouvrage Sur les mystères de r Egypte, a doté les magiciens et les thaumaturages de leur évangile.

Dans cet ouvrage, l'auteur s'attache à démontrer que le vrai

(1) Tennemann, Sc/.wdrmerische Philosophie der Alexandriner {IhWofcpliie extatique (les Alexandrins), vol. vi (de l'Hist. de la pliil. ); Leips., 1807,8.

(2) Kunape , dans la Vie de Jamblique.

piiEiiiÈRE ÉroguE. 243

moyen de s'unira la Divinité d'une manière aussi intime que réelle (SpaffTixY) £vo)(7i<; ) consiste non pas dans des connaissances rationnelles, mais dans certaines cérémonies mystiques, dans des paroles secrètes, qui portent le nom de symboles ou de synthèmes (duaêoXa v) <7uvô-/iaaTa), et que la connaissance de ces symboles et leur mise en pratique [théurgie) est un don divin, particulièrement réservé aux prêtres et aux initiés.

Jambliqueeslle premier qui ait parlé delà philosophie hermétique et des écrits d'Hermès, dont il estime le nombre à plus de vingt mille. — On cite, parmi les partisans des doctrines deJamblique, Eunape, Eustachius, Ciirysanthius, et même l'empereur Julien l'Apostat.

Provins naquit à Constantinople. en 4! 2. Si Jamblique passe pour avoir donné la physique des esprits, Proclus en a donné la métaphysique.

Proclus étudia la philosophie à Alexandrie et dans la capitale de la Grèce. C'est lui qui disait qu'il convient à un philosophe d'être le prêtre, non pas d'un seul culte, mais de l'univers (I). On lui attribuait le pouvoir de faire, à l'aide de paroles magiques, des miracles, tels que de faire pleuvoir, de modérer la chaleur du soleil, d'apaiser les tremblements de terre, de guérir les maladies réputées incurables, elc. Comme Jamblique, il cite avec beaucoup de respect les écrits d'Hermès , qu'il rogarde comme la source de la sagesse (2).

Quelques-unes de ses doctrines ont beaucoup d'analogie avec les doctrines modernes d'Oken et de Schelling. Proclus pose Vabsolu ou Vunilé absolue comme le point de départ et le centre de toutes choses. Ses efforts tendent à démontrer comment le fini est sorti du sein de l'intini et de quelle manière le multiple se manifeste dans l'unité absolue (3; .

A l'exemple des commentateurs de Platon et d'Aristote, Proclus considère la théurgie comme une science divine qui apprend aux hommes à communiquer avec les dieux au moyen de certains symboles, et à éprouver ainsi les effets de la bonté divine. «Dieu, dit-il, tient l'empire du monde. Il a sous ses ordres les démons, dont les uns régnent sur les animaux, les autres

(1) V. Marinus, Vita Procli, p. 'jTjCd. Fdbriciiis.

(2) Proclus, Theologia Plalonis, lil). vi, p. 430.

(3) Ibid., p. 122.

sur les végétaux, d'autres enfin sur les minéraux. Celui-ei régit le foie, celui-là le cœur, etc. »

Cette localisation des démons se retrouve chez les alchimistes du moyen âge. On compte parmi les disciples et les successeurs de Proclus Marinus de Flavie-Néapolis enVsdesi'me, Asclépiodote d'Alexandrie, qui s'appliqua à l'étude desplanteset des animaux; Isidore de Gaza, qui regardait les rêves comme des révélations divines; Sécérannis, Héraïsnis, Damuscnis, Simplicius, etc. • A cette époque, Athènes devint une seconde ibis le foyer de l'enseignement de toutes les connaissances comprises sous le nom de philosophie. Athènes et Alexandrie devinrent ainsi le centre de la grande lutte entre le paganisme expirant et le christianisme naissant.

L'empereur Justin ferma, en 529, les écoles d'Athènes, et condamna les derniers philosophes néoplatoniciens à l'exil : Damascius, Simplicius et Eulalius se réfugièrent en Perse. Quelques années après (vers 533), ils revinrentà Athènes; mais il leur fut impossible de relever leurs écoles. L'Eglise chrétienne était devenue dominatrice et intolérante.

Ainsi finit l'école néoplatonicienne, illustrée par les derniers commentateurs d'Aristote et de Platon, après avoir duré plus de trois cents ans (220-529). Avec l'extinction de cette école cessa la lutte entre le panthéisme mystique et les dogmes de la religion chrétienne, lutte pendant laquelle nous avons vu pour la première fois apparaître Vart divin et sacré.

Un mot sur la magie ne sera pas déplacé dans l'histoire de la science que nous traçons. Suivant notre méthode, continuons d'interroger les anciens.

(( La magie comprend, dit Pline, tout ce qu'il y a de plus propre à intéresser l'esprit et le corps : elle comprend la médecine, la religion et l'astronomie. Ces trois connaissances forment la trinité sacrée de la magie, telle que les mages l'enseignaient en Orient , où cette science commande aux rois des rois ( in Oriente regum regibus imperat (1). d

(i) Hïst. nat., XXX, I.

Les mages de la Médie et de la Perse exerçaient la même puissance que les druides dans les Gaules et dans les îles Britanniques. Les druides étaient tout à la fois prêtres, médecins, législateurs, juges et instituteurs; en un mot, ils étaient tout, excepté des soldats. Ils interdisaient les sacrifices à ceux qui av lient encouru leur censure ; c'était une peine terrible : tout homme interdit par les druides était mis hors la loi ; tout le monde fuyait à son approche comme à celle d'an pestiféré : la société le repoussait de son sein (1); c'était un véritable excommunié. Le druidisme disparut , mais l'interdiction sacerdotale fut conservée.

Bien que les renseignements que nous avons sur les institutions des druides soient clair-semés, il nous est cependant permis de croire quelles avaient la plus grande analogie avec les doctrines religieuses des Égyptiens, des Perses et de presque tous les peuples de l'antiquité (2).

«La Bretagne, dit Pline, cultive encore la magie avec un tel appareil qu'elle semble l'avoir transmise aux Perses eux-mêmes. Toutes ces doctrines se sont établies d'un commun accord sur toute la terre, malgré la diversité des nations et le défaut de communication. »

Le système qui représente l'univers et l'idée de perfection par un œuf entouré d'un cercle d'or, symbole du zodiaque, se retrouve chez les druides aussi bien que chez les prêtres d'Egypte. Il en est de même des nombres sacrés et de beaucoup d'autres symboles.

Homère, qui, dans l'Iliade, garde un silence absolu sur tout ce qui concerne la magie, a fondé presque toute l'Odyssée sur des récits magiques, tels que l'évocation de l'ombre de Tirésias, la métamorphose des compagnons d'Ulysse à l'aide de la baguette <lc Circé, les changements de Protée, etc.

La chaîne d'Homère [catena Homeri) est le nom que les partisans de la magie donnent à l'une de leurs principales doctrines, dont on retrouve des traces dans Homère et dans Platon. C'est

(1) Caesar, Bell. GoUic , vi, 13.

(2) Ibid. Les plus .niciennes sources à consulter sur les druides sont, outre Jules César, G. B. vr, 13 et 14 : Diodore, V, 31 ; Pline, xvi, 95 ; xxiv, C2 ; xxx, 4 ; Atnniien MHfcellin, XY, 10. Pomponiii> Mfja, iir. — Denis d'IIalicarnasse, Anfrom , p. 30. — Lactance, i, 2. — Sutîtone, Vie de Claude, c. ?.j. — Solin.c. xxii. — Parmiles ouvrages récents nous signalerons l'/Zis/oire des Druides, iVaprès M. Smith; Arbois, 1-845, in-8" (ouvrage rare).

pourquoi la chaîne (t Homère et les anneaux de Plalon sont souvent synonymes.

Qu'est-ce que la chaîne d'Homère et les anneaux de Platon? Voici ce qu'on répond :

'J'ous lesobjcts de l'univers sont entre eux dans un rapport sympathique; car ils émanent tous d'un même Èlre, et se rattachent tous^ par un fil mystérieux, à la même Providence. Il s'agit donc, avant tout, de trouver le moyen de saisir ce fil mystérieux qui doit conduire au bonheur suprême. Or, la magie enseigne que les choses qui tombent sous les sens ont une corrélation intime avec les choses invisibles dans l'ordre qui leur est assigné : chaque lumière intellectuelle a son analogue dans lasphère céleste; à l'àme de chaque individu correspond un astre qui lui indique ses destinées, L'ùme et l'astre appartiennent tous detixà la région céleste. Dans l'ordre naturel, tous les corps de même nature s'attirent, se pénètrent et s'alimenlent mutuellement; l'un a besoin de l'autre ; le manque d'un seul anneau romprait toute la chaîne. Le feu attire l'air, et celui-ci est attiré parles organes de la respiration. Il y a un mouvement continuel ascendant, par lequel les êtres supérieurs communiquent avec les êtres inférieurs, et réciproquement. C'est ainsi que les animaux, les végétaux et les minéraux communiquent perpétuellement avec les astres.

La chaîne d'Homère et les anneaux de Platon nous donnent la clef de hien des croyances mystiques et de beaucoup de théories alchimiques.

.Après la Perse et l'Egypte, la Thessalie était, dans l'antiquité, le siège principal de la magie. Thessalienne était, chez les Grecs et les Romains, synonyme de ce que nous appellerions aujourd'hui zingane ou bohémienne.

.-Après Zoroastre , Ostane passé pour avoir particulièrement contribué à répandre chez les Grecs l'art magique. Après Ostane, vient Démocrite, qui conîmenla les écrits phéniciens d'A- ItoUûljèches de Coplos et de Dardanus, deux célèbres magiciens. Pline, qui nous apprend ces détails, ajoute que Démocrite était pour la magie ce que Hippocrate était pour la médecine. <( Cependant^ ajoute- t-il, ceux qui connaissent les autres ouvrages de Démocrite nient l'authenticité de ses écrits sur la magie (I). »

(1) Pline, XXX, 1.

Kabbale.

Les doctrines et les pratiques niagiques de l'antiquité se sont en partie conservées dans la Kabbale [iradhion) rédigée, vers les premiers siècles de l'ère chrétienne, par le rabbi Akhiba et son disciple Siniéon BenJochai (1).

Les alchimistes juifs et arabes connaissaient depuis longtemps les livres de la Kabbale, qui étaient, auprès des adeptes, en aussi grande vénération que les livres d'Hermès Trismégiste. Nous allons en extraire ce qui concerne l'alchimie et l'art sacré.

Le microcosme et le macrocosme, de même que les nombres et les analogies mystiques, jouent un grand rôle dans les livres kabbalistiques. C'estainsiqueles d'ixspphiroths (cercleslumineux) correspondent sympalhiquement aux dix orgiines de V homme terrestre [cer\ eau, poumon, cœur, estomac, intestins, foie , rate, rein, vésicule séminale, matrice), aux dix membres de Vhomme céleste (empyrée, premier mobile, firmament, Saturne, .Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure, Lune), aux membres mystiques de Vhomme archétype, et aux dix noms de Jehovah. C'est dans cet insondable enchaînement que les kabbalistes prétendaient reconnaître le plan de la création et la pensée Créatrice.

Le nombre dix est le résultat de l'addition des quatre premiers termes de la suite naturelle des nombres; en un mot, c'est le résultat de l'opération tétract/jque de Pythagore : 1+2 + 3 + 4 = 10.

Le tétractys a aussi beaucoup d'analogie avec le quaternaire kabbalistique, dont voici la table :

Éléments.

Terre.

Eau.

Air.

Feu.

liONS ANGES.

Ariel.

Tliarsis.

Sérapli.

Clierab.

Esprits.

Maliaziel.

Azaël.

Samaël.

Azszei.

Saisons.

Automne.

Hiver.

Eté.

Printemps.

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