‹ Histoire de la chimie (volume 2)Chapitre 17 sur 31 · POI'.TES DU CIEL · texte numérisé non relu

POI'.TES DU CIEL

Belliel.

Hébron.

Jérusalem.

Mer.

Parties du monde.

Occident.

Orient.

Midi.

Nord.

Anges gardiens.

Raphaël

Micliaël.

Uriel.

Gabriel.

Fleuves du paradis.

Eiiplirate.

Piiiïon.

Géon.

Tigris.

Vents principaux.

Oiiesl.

Est.

Sud.

Boréas.

Esprits gardiens.

Paymon.

Orient.

Ammonius.

Égyn.

(1) Le mol cabale ou

plutôt tiabbalc

, qui signi

ilie tiadilion ,

dérive du verbe

icbreu fiabbal, Iradere

Le qualernairc sacré est représenté par la formule du lélragramme mn' ( IAÎ2 des Abraxas), qu'il était défendu de prononcer, sous les peines les plus sévères.

Jetons maintenant un coup d'œil sur quelques combinaisons kabbalistiques, ayant un rapport plus directavec les théories des alchimfstes.

L'o/- est l'ornement (mn) du règne minéral, comme Jehovah (nVi») est l'ornement du monde des esprits. La réunion des lettres du premier nom donne le nombre 192; et on obtient ce nombre en multipliant le produit du tétragramme, qui estai, même (1 X 2 X 3 X 4) par 8, ou par le cube de 2 (1).

Ainsi l'or et le nom du Roi des cieux se retrouvent dans la même combinaison mystique. C'est peut-être de là que dérive le nom de roi des métaux , que les alchimistes donnaient à l'or..

Jesod ['~\^Df) signitie à la t'oh fondement et mercure, parce que le mercure est le fondement de l'art transmutatoire. La nature du mercure est indiquée par les noms »n ha [Dieu vivant), dont les lettres produisent, par leur sommation, le nombre i9, que donnent également les lettres 22^J {cocaf) étoile.

Mais quel sens faul-il attacher au motn^iD?

Écoutons la Kabbale : «Le caractère du véritable mercure consiste à se couvrir par l'action de la chaleur d'une pellicule approchant plus ou moins de la couleur de l'or; et cela peut se faire même dans l'espace d'une seule nuit. » Voilà le mystère qu'indique le met •z^2^^2, étoile (•2).

En substituant à Sx {Dieu) le nom de =idd {argent), on a le nom de "n ^nc^ argent vivant (vif-argent).

Le mercure est désigné, dans la Kabbale, par plusieurs termes différents, tels que eau de rassemblement (s:n »3DS), eau d'immersion ou (\e purification (sS"C2n ^a), par allusion à l'usage qu'on en faisait dans l'affinage des métaux nobles. On l'appelle encore eau d'or {i~' in), parce qu'il est supposé jouer le principal rôle dans la transmutation des métaux imparfaits en or.

Entin, tous les autres métaux se rattachent, d'après la Kabbale, à des combinaisons de nombres.

Quant à la matière en général, elle était considérée comme une condensation d'esprits. « Tout est esprit; tout se réduit en

(1) Kabbnla denudata (Soliar), t. i, p. 442. (Snlzbacli, in-4°, 1G77.) (■?) Ihi(i., f. 1, p. 441.

esprit. Les objets de ce monde relourneront au sein de toute lumière. Le charbon lui-même est une condensation des rayons dusoleil; c'est dufeucondensé.» — La dernière idée rappelle la théorie du phlogislique , d'après laquelle le charbon est un des corps les plus riches en feu condensé.

En résumé, la Kabbale se rapproche beaucoup de la philosophie de Pythagore; l'une et l'autre ont probablement la même origine. Les combinaisons mystiques , fondées sur les nombres, sont, dira-t-on, de pures rêveries de l'ancien temps. Soit. Mais à notre époque, où l'on proclame si haut l'autorité de l'expérience , explique-t-on mieux les combinaisons des atomes, fondées sur l'arithmétique et la géométrie?

L'inconnu nous environne de toute part ; nous marchons pour ainsi dire sur des mystères. Les anciens le savaient comme nous. Mais ils étaient aussi impuissants que nous à en pénétrer le sens intime. Ce sont au fond toujours les mômes systèmes qui, à différentes époques, se présentent à l'esprit, revêtus seulement de formes différentes; puis, confondant la forme avec le fond, on porte sur le tout un jugement défavorable. La pierre philosophale et la transmutation des métaux, telles que les exposent la plupart des alchimistes, paraissent des idées inadmissibles ou bizarres. Mais ces idées n'agitent-elles pas, au fond, le problème de la composition des métaux, que personne n'est encore parvenu à résoudre?

Nous ne voulons pas faire ici l'apologie de la magie et de la Kabbale; mais nous devons rappeler qu'il n'y a rien de plus funeste à la science que l'orgueil du dogmatisme qui dédaigne le passé et n'admire que le présent.

Hermès Trismég'iste.

Hermès Trismégiste est l'oracle des alchimistes. Ils lui attribuent l'origine de leur art.

Mercure était vénéré comme l'inventeur de tous les arts, chez les peuples de races très-diverses, chez les Egyptiens aussi bien que chez les Gaulois (1). Cicéron ne compte pas moins de sept

(1) Diodorede Sicile, i, 2. — J. Cu;s., Bell. Gall, vi, 14.

Mcrcures, qui tous recevaient un culte divin (I). Vulcain, Thoyth ou Tliath, et Cadmus, passent également poiir avoir inventé plusieurs aits, qu'on attribuait plus tard à Mercure ou Hermès. Vulcaii ou Phtha, symbole du feu, était l'objet d'un culte particulier chez les prêtres de l'Egypte. Thath , dont parle Platon ('2), est, selon quelques auteurs, le même que Hermès, portant le surnom de trois fois très-grand Tp\; uEyiiToç. Quant à Cadmus, que les Grecs font venir de la Phénicie, son nom sémitique grécisé signifie du côté de l'orient (mp)- Il est à remarquer que toutes les fois qu'il est question, dans les livres anciens, sacrés ou profanes, de quelque art jusqu'alors inconnu, on le fait venir des pays de l'Orient, comme de la source de toute science.

Faut-il n'y voir qu'une simple métaphore du soleil levant et du culte de cet astre, considéré comme la source de toute lumière? ou bien serait-ce l'indice d'une communication fort ancienne des nations les plus reculées vers l'orient, des Chinois ou des Indiens, avec les Assyriens, avec les Perses et les Égyptiens? Ces questions, quelque intéressantes qu'elles soient, nous paraissent à peu près insolubles.

Hermès, en même temps dieu du ciel et dieu de l'enfer, symbole de la vie et de la mort, évoquait, d'après les croyances antiques, les âmes des morts, et opérait des miracles avec son caducée. C'est pourquoi les philosophes, les magiciens et les alchimistes avaient choisi Hermès pour leur patron. Aussi l'art Iransmutatoire des alchimistes reçut-il le nom d'art hermétique. Qu'y a-til donc d'étonnant à ce que le métal, si utile à l'afflneur et k l'orfèvre, que le mercure, que Veau-argent , ait été consacré à la divinité, dont il porte encore aujourd'hui le nom?

Une fois enga'gé dans cette voie, on ne pouvait pas s'arrêter à mi-chemin. Les hommes, qui avaient voué à Hermès un culte aussi exclusif, devaient lui supposer des écrits, ne fut-ce que pour donnei" plus d'autorité aux leurs. En effet, pendant que l'antiquité garde un silence absolu sur les prétendus écrits d'Hermès, les philosophes de l'école d'Alexandrie, les disciples de l'art sacré, parlent sans cesse des œuvres d'Herrnès, comme dignes d'être consultées ])ar tous les adeptes.

(i) De nat. Deorum, lu.

(2) Platon, in Phxd. et P/iilcbo. — 01. Boriicliius, de Orlu et prog. Chemix; Mangel, Bibl., t. i, p. 13

TREMIÈRE ÉPOQUE. 251

Jamblique nous apprend que Hermès Trismégiste a écrit, au rapport de Séleucus, vingt mille volumes sur les principes universels. « Mais selon Manéthon, c'est, dit-il, trente-six mille cinq cent vingt-cinq volumes qu'il a composés sur toutes les sciences (1). » — Puis il ajoute : « Les écrits connus sous le titre de Sentences de 3Iercure contiennent souvent des termes de philosophes grecs ; car ils ont été traduits de la langue égyptienne par des hommes versés dans la philosophie (^). »

On se demande pourquoi Jamblique ne parle des livres d'Hermès que par tradition, et pourquoi il ne dit pas un mot des livres 'originaux, qu'il lui aurait été si facile de se procurer, en sa qualité de grand prêtre. Ce qui prouve que ces livres n'avaient jamais été déposés dans les temples d'Egypte, c'est que Héraïscus et Asclépiade, qui avaient approfondi les systèmes cosmologiques et astronomiques des Égyptiens, ne disent pas un mol des livres d'Hermès, au rapport de Damascius, qui vivait du temps de Justinien (3).

Les écrits qui nous restent sous le nom d'Hermès, et qui pour la plupart sont étrangers à la chimie, renferment, comme l'a déjà remarqué Meiners, des emprunts faits aux livres de Moïse et de Platon (4). C'est pourquoi beaucoup d'auteurs, -entre autres Tennemaiin, pensent que les ouvrages d'Hermès ont été composés au moment où la religion chrétienne allait triompher du paganisme, et que leur receuil devait être pour les païens ce que la Bible est pour les chrétiens {r>).

Au rapport des Pères de l'Église, et notamment de saint Cyrille, l'auteur des écrits d'Hermès avait mis à profit les livres de Moïse et de Platon (6j. On pourra en juger par la lecture du fragment suivant :

Isis se mit à parler ainsi : « Le monde supérieur domine et couronne le monde inférieur. L'ordre des êtres d'en haut est parfait et immuable; l'intelligence humaine ne peut l'atteindre ;

(1) Jamblique, de Myslcriis .■Egijpf., viii, I.

(2) Ibid., VIII, 2.

(3) Damascius, ixEpl ày/foi (W'olf, Anccdot. grax., t. ni).

(4) Meiners, Versuch iiber die ReUgionsgesclùchle der alteslen Yôlher, I. i, p. 223.

(o) Tenncmann, Gesc/iichfe der Philosophie., t. vi, p. 477. (6) CijriUus (idversus Julianum (Juliaiii opéra, éd. Ez. Spanlieim, Lips., 1696), lib. I, p. 30.

c'est là ce qui lait le malheur et le désespoir des êtres de l'ordre inférieur. Le niouveineut des corps célestes qui, par une sympathie mystérieuse et des effluves secrets, communiquent à la nature la fécondité et l'harmonie, est un spectacle qui excita en même temps la méditation et la crainte. De cet étal de médilalion et de crainte indéfinissable naquit l'ignorance. Pour faire cesser l'ignorance, l'Etre suprême communiqua une partie de sa sagesse, non pas à la race humai ne, — elle n'existait pas encore — , mais à l'âme qui prend part à tous les secrets du ciel. Cette âme est Hermès, qui comprend tout, qui voit tout, qui connaît le passé et révèle l'avenir. Il écrivit toutes ses pensées et cacha ses» écrits, afin d'engager chacun à se livrer à la réflexion. Le successeur et l'héritier des connaissances d'Hermès était Thaat; pui»»vint Asclépias Jacuthès, fils de Pan et d'Héphestobule, et tous ceux qui avaient l'amour de l'étude céleste.

« La nature, continue Iris, resta stérile, jusqu'au moment où ceux qui font tourner le ciel s'approchèrent du roi de l'univers, et lui dirent : L'univers est dans l'inaction ; songe à ce qui est nécessaire à l'avenir. Dieu répondit en souriant : Que la nature s'anime ! Et aussitôt naquit, au son de cette voix, une femme douée de tout l'éclat de la beauté. Dieu lui tendit le calice de la nature, et lui commanda d'être féconde. Il regarda ensuite en haut, et s'écria : Que le ciel, l'air et l'éther remplissent le Toul ! Et cela se fit. La femme épousa le Travail, et de cette union naquit une fille, l'Invention. Pour ne pas laisser le monde supérieur dans l'inaction. Dieu enleva une portion de son intelligence, la mêla intimement avec le feu et avec quelques autres éléments, et en opéra la combinaison à l'aide de certaines formules. Celle cond)inaison, parfaitement pure et transparente, n'est visible qu'à l'œil de celui qui l'a faite (I). »

Dans un autre écrit d'Hermès ("2), on trouve une prophétie, annojiçant la chute du paganisme et l'avènement d'une religion nouvelle. «Les temples de l'Egypte seront, y est-il dit, convertis en tombeaux. » Les chrétiens y sont désignés sous le nom de Scythes ou d'Indiens .

L'hymne mystique d'Hermès, qui renferme destraces évidentes

(1) 'EçjiO'j TpU [AïyiTTO'j £X TÔ; Upà; pioXou È7tixaXo\j|j.£VYi; Kopri; xÔTfAO-j , Fabriciiis, Bibl. gr.

{1) Hermelis Asclepia."!, dans Jambliqiie , de Myst. jflgypt. p. 513; Liigilmii,

de la philosophie grecque, les adeptes le récitaient ordinairement avant de procéder à leurs opérations. Voici le commencement de cet hymne, qui est une magnifique invocation du dieu des panthéistes :

« Univers, sois attentif à ma prière. Terre, ouvre-toi; que la masse des eaux s'ouvre à moi. Arbres, ne tremblez pas ; je veux louer le Seigneur de la création, le Tout et l'Un (t6 ttScv xai -co l'v). Que les cieux s'ouvrent, et que les vents se taisent. Que toutes les facultés qui sont en moi célèbrent le Tout et l'Un (1). »

En parlant des écrits d'Hermès, nous ne devons point passer soiiS silence la fameuse Table cV émeraude , si souvent citée par les alchimistes. Voici ce qu'on y lit :

(( Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour l'accomplissement des miracles d'un être unique (2). Toutes les choses proviennent de la médiation d'un seul être. Le soleil est le père, la lune la mère, et la terre est la nourrice. — Tu sépareras la terre du feu, ce qui est léger de ce qui est lourd; tu conduiras l'opération doucement et avec beaucoup de précaution : le produit s'élèvera de la terre vers le ciel, et liera la puissance du monde supérieur avec celle du monde inférieur. C'est là que se trouve la science et la gloire de l'univers; c'est de là que dérivent les belles harmonies de la création. Aussi m'appelle je Hermès Trismégiste, initié aux trois parties de la philosophie universelle. Voilà ce que j'ai à dire sur l'œuvre du soleil (3). »

11 y avait encore au dix-huitième siècle des alchimistes qui croyaient que la Table d'émeraude d'Hermès est cachée dans la plus grande des pyramides de Gizeh (4).

C'était dans VOEuvre du soleil d'Hermès Trismégiste, que l'on cherchait le secret de faire de l'or.

Les sentences mystiques qui font allusion à la sublimation, à la calcinalion et à la lixalion, se retrouvent dans Jamblique,

(1) Divinus Pymander Hermetis Trismegisti, cum commentariis Haiinibalis Rosseli , fol , Colon., 1630.

(2) KiicUev {Œdlpus .ligijpt., t. ii,p. ii,p. 414] rapporte qu'on a découvert une inscription en caractères coptes, sculptée sur un rocher près de Mempliis, et qu'on y lit ces paroles de la table d'émeraude : oûpavà; âvw, oùpavô; xâxw, àaipa àvw, (xaxpDt xâTw, etc., dont le sens ferait allusion à la forme sphéroïdale du monde figuré symboliquement par un œuf.

(3) Alli. Kircher, Œdipus .Egypiuicus, t. k, p. ci, p. 428.

(4) Pixvi, Recherches philosophiques sur les 'ipiotiens, etc., t. i, p 3i0.

dans Proclus, et même chez des philosophes grecs beaucoup plus anciens.

Le père Kirchcr, qui explique avec beaucoup d'assurance, dans son Œdipe , les hiéroglyphes de tous les monuments égyptiens qu'il connaissait, s'avoue cependant presque incapable de saisir le vrai sens des paroles mystiques de la Table d'émerande. Il anirmc néanmoins que cet ouvrage ne contient autre chose que la théorie de l'élixir universel, ou de l'or potable. « Cela est, ajoute-t-il, très-certain, cerlissimum est. »

Ce qui nous parait Irès-certain, c'est que la Table d'émeraude ressemble singulièrement aux oracles de Delphes et de Dodone : on y trouve tout ce que l'on voudra. C'était là d'ailleurs le secret de contenter tout le monde.

Le premier qui ait fait mention de la Table d'éineraude est Albert le Grand, dans son livre De secrelis.

On attribue encore à Hermès Trismégiste d'autres ouvrages [ De alchimia, De lapidis physlci secreto , Testamentum) (l), qui ne sont pas cités par les philosophes alexandrins. Leur origine paraît assez récente.

En somme , les livres d'Hermès nous paraissent aussi peu authentiques que les traités d'alchimie attribués à Moïse ou au roi Salomon, et dont les véritables auteurs appartiennent au moyen âge.

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