‹ Histoire de la chimie (volume 2)Chapitre 18 sur 31 · DOCUMENTS RELATIFS A L'ART SACRÉ · texte numérisé non relu

DOCUMENTS RELATIFS A L'ART SACRÉ

La précieuse collection des manuscrits grecs de la Ribliothèque impériale de Paris renferme un grand nombre de documents sur l'art sacré, sur la chimie et l'alchimie, dont nous allons donner ici une analyse détaillée. Nous y joindrons quelques fragments inédits^ et nous tâcherons de remplir, au moins en partie, la promesse faite, il y a plus de deux siècles, par Léon Allalius, célèbre bibliothécaire du Vatican (■2).

Voici la traduction de quelques-uns de ces fragments. Nous renvoyons une partie du texte original à la tin du volume.

(1) Mitnget, Bibliotlieca chiinica, L i. — Artis aiiriferae quain Clieiniam vorant, etc , Basil., 1610, 12.

(2) Voy. 01. Borricliius, in Màugel, Bibliotheca chim., t. i, p. 41. — Fabriciiis ( Bibl. Grxca) el La Porte du Theil {\'otices extraites des mss.) ont fait connaître quelques fragments , que nous aurons l'occasion l'e signaler.

PREMIERE EPOQUE. 2o5

IVonis de ceux qui ont cultivé l'art sacré (1).

« Voici lesnoms des adeptes :

« Platon, Aristote, Hermès, Jean l'archiprôtre dans la divine Évagie, Démocrite, Zosime, le grand Olympiodore, Sléphanus le philosophe, Sophar le Perse, Synésius, Dioscorus, le prêtre du grand Sérapis à Alexandrie, Ostane, l'initié de l'Egypte, Comarius, également initié de l'Egypte, Marie, Cléopâtre, Porphyre, Pébechius, Pelage, Agathodémon, l'empereur Héraclius, Théophraste, Archélai'is, Pétasius, Claudien, Panseris, Sergius, Memnon le philosophe, et un grand nombre d'anonymes. Ce sont là les maîtres les plus célèbres et les plus répandus, les commentateurs nouveaux de Platon et d'Aristote (o-. vsot ilr,-fr,-:y.\ Toù nXaTOJVOi; xal 'ApiTXOTéXouç),

« Les pays et les lieux dans lesquels on cultive l'œuvre divin (xb ôstov Ipyov) sont : l'Egypte, la Thrace, l'île de Chypre, Alexandrie, et le temple de Memphis (to kpov r^ç MiiJ.-j^to)i;.) »

Dans le discours d'un philosophe anonyme chrétien , Sur l'art défaire de l'or (2), on trouve aussi une liste des adeptes. « Parmi les coryphées de la science nous nommerons , dit l'auteur, en première ligne Hermès, le trois fois très-grand , ain-si désigné à cause des trois puissances de l'œuvre; c'est le premier écrivain du grand mystère (uptoTo; (j'jyypaajs'ji; tou it-B-filou auaT/jptou]. Après celui-là vient Jean l'archiprêtre, Démocrite, le fameux (TrepiêoYjToç) philosophe d'Abdère, un certain Zosime, très-instruit (Zcoaiuo'i; tiç TroXuij.'xOéuTaToi;). Ce sont là les philosophes écuméniques (o'i oiKou[ji£vixot cpiXôffO'.poi). Puis viennent les exégètes (commentateurs] de Platon et d'Aristote, Olympiodore et Sléphanus. »

(1) .Vs- giec n" 2250, fol. 245. Le titre du traité porte : Ttspl tmv roi-zi-wv Taûtr,;

(2) Manu'^crit 2249, foi. 43.

§ 13 iiubstanceB métalliques consacrées aux sept planètes (1).

On a consacré à Saturne : le plomb, la lilharge, la mélite, l'agate, et d'autres choses semblables.

— à Jupiter : l'étain, le corail, toute pierre blanche,

la sandaraque, le soufre.

— à Mars : le fer, l'aimant, les pyrites.

On a consacré au Soleil : l'or, le charbon, l'hyacinthe, le diamant (2), le saphir.

— à Vénus : le cuivre, les perles, l'onyx, l'amé-

thyste , lenaphthe, la poix, \e sucre (dâx- -/ap), l'asphalte, le miel, le sel ammoniac, la myrrhe.

— à Mercure : le vif-argent, l'émeraude, le jaspe, le

chrysolithe, le succin, l'encens, le mastic.

— à la Lune : l'argent, le verre, l'antimoine,. la terre

blanche.

Lexiques chimiques (3).

Plusieurs manuscrits ( n° "2325, n" 2327, n°2250 (-i)), contiennent des vocabulaires de l'art sacre, /3;ixà t-^; ispôt; T£/vr,ç(5).

(1) M<;. n° 2250, fol. 2'»l. Ce petit tiaiti^, sans nom d'auteur, a pour titre : ex Twv aExaXÀty.wv aTisp àvaxîÔS'.Tai toî; 'éma. TiXavYiTai;.

(2) Il est curieux de voir le charbon et le diamant, deux corps de même composition , rangi's dans la môine catégorie.

(3) Ms. n" 2329. Ce ms. in-i", rempli de corrections, appai tenait au cardinal Mazarin. L'écriture est du xv" siècle.

(4) Le lexique du ms. ?2j0, fol. 249, a pour titre : ),£?ixôv xaTà àXfâêrjTOv (xs- Ta),),e\jTty.ôv twv ôvouâttov tïj; Ôsia; xai Upà; xÉ/vr);.

(5) Depuis l'apparition de la première édition de notre ouvrage (en 1842), plusieurs écrivains ont parlé de l'art soc?'e d'après notre analyse des manuscrits giecs de la Bibliothèque impériale. Mais, pour mieux masquer la source où ils avalent puisé, quelques-uns ont imaginé de remplacer, dans les titres grecs, le mot î£(/â, sacra, par dyia, sancta; ils igiioraient sans doute que le mot ayio; a un tout autre sens, et qu'il ne s'emploie jamais comme qualificatif de xe/vr,, ars. C'est ainsi que les larcins se tiahissent.

Malheureusement ces Lexiques élémentaires de l'art sacré auraient eux-mêmes besoin de commentaires, pour être bien compris (1). Voici ce qu'on y lit :

« Le «?7re (viTpov ) est le soufre blanc (ôeîov Xeuxov), qui produit l'airain.

«L'écume de toute forme (à^ppoç Travxcx; eiôou;) est le mercure liquide (m. 2250).

<( La suie (alQaXï) ) est le poison de la suie.

« L'apospermalisme du dragon {ii:o(ST:z^\).rt.x\n^o^ SpocKovro;) est le mercure provenant du cinabre (ms. 2250).

« Ueaii divine (Oeîov u5ojp ) est le blanc d'œuf (2).

« La cadmie (xaSfxei'a) est la magnésie ([xaYVTiffi'a ).

« La terre égxjptienne (y^ aiYUTrxia ) est la terre de poterie.

« Le claudien (xXauôiavoç) est la chaux brûlée des coquilles d'oeuf.

cr Terre égyptienne, — terre argileuse, terre .samienne, — arsenic.

« Vairain est la coquille de l'œuf.

« Toutes les fleurs jaunes sont des pierres d'or.

(i La magnésie est l'antimoine femelle de Macédoine ((TTtui,u.i 6r,Xuxov To (ji.ax£Sovixov).

« Bile de dragon, — mercure résultant de la distillation du cinabre avec l'étain ( ms. 2250).

« Disque du soleil, — mercure provenant de la distillation d'un amalgame d'or.

« La chélidoine est la teinture d'or.

« La semence de Vénus ('AcppooiTr,(; auépixa) est la fleur du cuivre.

« Le lait d'un animal quelconque est le soufre ( y»^^ éxa^Tou Çwou l<jTi ôeîov), parce que le soufre coagule le mercure.

«Le lait d'une vache noire (3) est le mercure (ms. 2250).

« La grenouillette {^oL^poi-j^iov ) est le vert de montagne,

« L'éponge de mer ((ntoYYOî ôaXàddioç) est la cadmie.

« Le dragon rouge, le cinabre. »

Le mot eau divin,e{^zw u5wp) s'applique à une foule de matières

(1) Un de ces lexiques, intitulé AsÇixèv xaxà axov/tioy Trjç /pudoîtoùa;, a été imprimé par E. Bernard, à la fin du Traité de Palladius De febribus ; L-yda, 1745, iii-8°.

(2) Le mercure était également appelii eau divine. Ces lexiques ne semblaient avoir été faits que pour égarer le profane, dans le dédale des pratiques alchimiques.

(3) Une vache noire était, en Egypte, le symbole de la fertilité; el une vache rousse, celui delà stérilité.

diverses, telles que l'anlimoine, la litharge, le marbre, blanc d'œuf, l'asbeste, etc. Le marbre thébaïque élaitle calcaire provenant de coquilles d'œufs. — La fleur de soufre s'appelait nwo^e (vecpéXr,). — Osiris était tantôt le plomb, tantôt le soufre. — L'ocre s'appelait^rti/z^e d'œuf.

La pierre étésienne, ô ÈTY^aioi; XîOoç, était le chrysolithe, pyrite couleur d'or.

Le bain de cendres cbaudes, OspijLoaTtoât'a (r,), était une espèce de bain-marie.

Le surjet, uTT£pêo)>7^, était la distillation, propre à faire passer un liquide du matras dans le récipient.

La spirilualisalion, TcveufjiaTwaK;, était Voxydation, dans le sens de la théorie du phlogistique : les alchimistes croyaient que les métaux qui se rouillent (s'oxydent) par le feu , perdent un esprit

(Trve'ùt/.a).

Vcpibaltarium, sTriêaXTaptov (xh) , était un vase à col étroit et à large ventre, une espèce de matras. La forme des vases n'était pas indifférente dans les opérations de l'art sacré.

Les noms de a);jLop(aet de ^arpa/iov étaient également appliqués à la f hrysocolle.

La trychite bouclée, .SoffTpu/tTviç, était la pyrite.

Le siège ou char, St-^poç , était le mercure liquide.

Le cnuphium , xvoOcf-iov, élait un alambic.

Le moitalc, Ta)»ax, probablement d'origine persane, désignait un silicate de magnésie.

Le xerium , ;r,p(ov, était une poudre (sèche) de projection (1).

Une momie égyptienne s'appelait le tombpau d'Osiris.Lc blanc, le bleu et le noir étaient les couleurs inuitresses, parce qu'on les retrouve dans l'œil (la cornée, l'iris, la pupille).

Ce qui contribue encore à obscurcir la lecture de ces ouvrages déjà si peu clairs, c'est que le nom d'un métal est souvent pris pour celui d'un autre. Le nom d'une substance inorganique est quelquefois appliqué à une substance organique qui n'a aucune analogie avec la première. C'est ainsi que le fer (fft^Yipoç) signifie quelquefois une coquille d'œuf, et que les noms de cuivre, d'argent , d'or, de soufre, désignent des objets tout différents, ordinairement des plantes ou des animaux.

Les maîtres de l'art sacré ne se contentaient pas de cacher

(1) Quant aux moLfXwTtiç, prjxo;, ;vTÎ);jipo; aotXïjv, voy. pag 262.

leurs principes sous le voile d'un langage énigmatique; pour ajouter à l'obscurité de leur langage, ils avaient adopté des caractères particuliers (ffy,[j.£Ta). Ces caractères ou signes sont de différentes espèces, et plusieurs d'entre eux ont une ressemblance complète avec les hiéroglyphes. Peut-être sont-ils même d'origine égyptienne. Parmi ces signes, il y en a qui sont une image de la chose représentée. Ainsi, pour désigner l'eau, on traçait horizontalement une ligne brisée, figurant les ondulations d'une masse d'eau agitée :

Signe de Peau : ^^^^^/v/^/^ (1).

Un œuf est représenté par un cercle qui en contient un autre plus petit, indiquant le jaune. Un petit cercle, surmonté d'un trait en arc, représente l'œil. Un cercle dont la circonférence est hérissée de pointes sert à désigner le vinaigre (2). L'urine (o3pov ) a pour signe une image grossière de l'organe même qui sert à l'expulsion de ce liquide.

Voici quelques-uns des signes que l'on rencontre fréquemment dans les manuscrits grecs, relatifs à l'art sacré.

figure

l'or;

l'argent;

le mercure;

le soufre;

la mine de c

T^ouïj^ouo — l'étain, ^qr — le fer;

(1) On rencontre ce signe très-fréquennment sur les monuments couverts d'iiiéroglyplies. Tout le monde peut le voir dans le Musée égyptien du Louvre, ainsi que sur l'obélisque de Louqsor, de la place de la Concorde, à Paris.

(2) Les alcliimistes parlent souvent des pointes du vinaigre. Leniery lui-même, qui pourtant n'était pas alchimiste et qui vivait au xv!!»" siècle, explique l'effervescence que font les acides avec les alcalis, par la pénétration des pointes de ces acides dans l'intérieur de la substance des alcalis.

O figure le cuivre;

Jô] — un fleuve ;

p><] — le poTocpiov (instrument chimique);

I — I — une lame de cuivre ou de tout autre mé-

tal, excepté une lame d'or ;

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