une lame d'or
6 — le jour (au plur. P[3), ourayonmontant;
û — la nuit (au plur. pp),ourayondescendant;
Fo — once (Fo a = 1 once, Fo (3 ^ 2 on-
ces, etc.).
On se servait de figures symboliques pour représenter nonseulement des objets, mais encore des actes.
Exemple : une ligne tracée en spirale figure le mouvement circulaire d'un bras qui broie quelque substance. De là, le symbole qui signifie : pulvérisez (XEicoaiv ).
Enfin, il y a des figures mixtes, dont les éléments sont à la fois symboliques et graphiques; c'est-à-dire que la figure symbolique ou hiéroglyphique est en même temps accompagnée d'une ou de plusieurs initiales du nom de l'objet représenté.
Par exemple, l'or très-pur, /puGOî jiexauaévo; (or passé au creuset), est figuré par le disque du soleil, symbole de l'or, surmonté de deux rayons se coupant à un angle très-aigu; au-dessous de ce rayon se trouve la lellre K, initiale de xcxauixÉvoç.
Pour désigner la litharge (XiGapyopoç), on trace la lettre A, initiale de X(&0(; (1), accompagnée d'un croissant, symbole de l'argent, dont les pointes sont tournées de gauche à droite (2).
(1) Le nom de lilliarge, venant de ).î8oç, pierre, et d'âpyupo;, argent, signifie pierre d^argeni. Ce nom n'a pas peu contribué à répandre les doctrines de la transmutation des métaux et de la pierre pliiiosopliale.
(2) On trouve l'exposition d'un grand nombre de (igures symboliques des alchimistes grecs, dans le 2^ vol. de Du Cauge {Gloss. inf. et med. grxcitatis ). Il est bon de noter que plusieurs de ces tigures sont mal rendues et inexactement expliquées.
PREMIÈRE ÉPOQUE. 26i
§i ** lo.
Zosime.
Il y eut plusieurs auteurs du nom de Zosime. Fabricius, dans sa Bihliotheca grseca, nous en a conservé la liste. Celui dont nous allons parler est surnommé le PanopoUtain et le Philosophe divin. II ne faut pas le confondre avec Zosime l'historien, avocat du fisc, sous Théodose le jeune.
Zosime le PanopoUtain, initié aux mystères de l'Egypte, paraît avoir vécu vers la fin du iii^ siècle ou au commencement du rv*. On peut le considérer comme le principal maître de l'art sacré ; car les écrits de Démocrite, de Marie, et de quelques autreSj réputés antérieurs à cette époque , sont apocryphes. Photius rapporte {Cod. clxxx) que Zosime le Thébain ou le Pano- 'politain avait dédié à sa sœur Théosébie vingt-huit livres sur la chimie. Suidas fait également mention de Zosime, qu'il appelle philosophe d'Alexandrie; il ajoute que ce philosophe avait écrit des ouvrages de chimie, //j[;i£UTixà (1).
On trouve, dans un livre de Zosime, en termes très-explicites, que la connaissance de la distillation est bien plus ancienne qu'on ne le croit généralement.
Livre de Zosime sur les fourneaux et les instruments de chimie. Du tribicus, ou appareil à trois ballons (2).
Ce livre renferme des descriptions de vases et d'instruments chimiques, accomp;ignés de figures. Zosime rapporte qu'il a vu, dans un ancien temple de Memphis, le modèle des appareils qu'il décrit.
(1) Les seuls manuscrits grecs de Zosime le PanopoUtain, qui aient été, autant que ncus sacliions, jusqu'à présent imprimés, sont : de Zythorum confectione fragmentum nunc priinum grsrce (,e cod. Gothano) ac latine, editum a Ch. Grimer; — Fragmentum de Persica ciipri tinctura, edidit J. G. Schneider, in Animadvers. ad Eclogas physicas, p. 95. Voy. Bibl. de Holfmann. Aucun de ces fragments ne se trouve dans la collection des mss. grecs de la Bibl. impériale de Paris.
(2) Ms. N° 2249. Ce manuscrit (petit in-folio, de 107 feuillets, écriture de la fin du I5e siècle, sur papier) contient un plus grand nombre de traîtres que ne l'indique la liste inscrite au premier feuillet.
Ce que l'auteur nomme opyava (instruments) et xaix^vot (fourneaux), étaient de véritables appareilsde distillation et de sublimation. La simple inspection des figures 1, 2 et 3, ci-dessous dessinées d'après le ms. n" 2249, fol. 100, dOl et 103, suffirait pour démontrer que Vari distUlatoire était connu et pratiqué longtemps avant les Arabes, et que ni Albucasis ni Rhasès n'en sont les inventeurs.
"^i/rSiiP
FIg. I.
Les différentes pièces dont se composent ces appareils , ont chacune un nom particulier, qu'il importe de connaître pour l'intelligence du texte grec des manuscrits de l'art sacré.
Le fourneau, sur lequel repose l'appareil, s'appelle xà cptoxa, les lumières (voy. a de la fig. 1 ci-dessus). Le ballon, posé sur le fourneau, se nomme ^ XwTraç ( b des fig. 1, 2 et 3). La lopade, qui est le matras, contenait la matière soumise à la chaleur du fourneau.
Le tuyau de communication, adapté à la partie supérieure de l'appareil, porte le nom de ô awXviv, le lube. Ce tube était tantôt droit, vertical ( c des fig. 1 et 3), tantôt coudé à angle droit, de manière à présenter une direction verticale dans un sens et horizontale dans l'autre {ce de la fig. 2); quand le tube était vertical, il communiquait en haut avec un second ballon, nommé ^ <piaX7], la coupe {d des fig. 1 el 3), et ce ballon communiquait à son tour avec un^ véritable récipient ayant la forme d'un petit matras.
Le récipient, recevant le liquide condensé dans le ballon d, s'appelle ô prixoî ou pTxoç, le vique {e de fig. 1 2 et 3 , et le tube qui le joint au ballon supérieur, se nonuiie \q contre-tube, h àvTt/etpoç crojÀviv (/"/'des fig. 1 et3). Les récipients étaient posés sur des bi-iques (1).
Fig. 8.
Quand le tube était courbé, le second ballon et les contre-tubes devenaient inutiles, et le viqiie ou récipient communiquait directement avec la lopade ou gros ballon. L'appareil à un seul récipient se nommait monovique, [xovo^i/.o; (fig. 2), à deux récipients il s'appelait dioique, Siêixoç (fig. 1), et à trois récipients, tri v/çî/e, Tpiêixoi; (fig. 3).
On pouvait ainsi multiplier à volonté le nombre des récipients. Cependant il y en avait rarement plus de trois ou quatre, nombres sacrés.
L'appareil trivique était le plus souvent mis en usage pour la distillation. Zosime prescrit de le construire de la manière suivante :
«Fais'roistubes (TwXvîva;) d'airain, dont les parois soient assez épaisses, et de seize coudées de longueur. — Les ouvertures ou langues pratiquées à la partieinférieure du ballon doivent exactement s'adapter à ces tubes, qui eux-mêmes viennent aboutir à
(I) Le mol p^i o; ou pïx.o; paraît ôlie la racine fin mot &\i.è\\ : il se retrouve tout entierdans Icgen. à;j.6txo;. On sait que le g(^nilif du singuliei' est presque toujours la vraie racine des noms. D'à|x?'.v«o; les Arabes ont fait alambic. C'est donc là un mot grec, et non arabe.
d'autres ballons plus petits (,8ix(a). Un fort tube (àvxC/sipoç auvriXw) fait communiquer le matras ( sous lequel on met le feu) avec le grand ballon en verre (Xr/avo'ç, ^vî^coç); cl l'appareil porte, contre toute attente (irapaooçoi;), l'esprit (TCveuaot ) en haut. Après avoir ainsi adapté les tubes ,on en lute ((iu[jnrr,Xwffai ) exactement toutes les jointures. Il faut avoir soin que le grand ballon en verre, placé au-dessus du matras ( avec lequel il communique par un tube^, soit assez épais pour que la chaleur, qui fait porter l'eau en haut ( T^ç ôspijLïjç Tou uodcTo; xoijii^ouavii; to àvaêaiveiv), ne le brise pas. »
Flg. 3.
Les petits récipients et le ballon supérieur étaient toujours en verre (uéXtvoi), tandis que lè ballon inférieur (Xojiraç) était souvent fabriqué avec une pâte argileuse. Les tubes de communication paraissent avoir été moins souvent en métal qu'en terre ( cwXrjveç oatpâxivoi).
Traité da dÎTin Zosime sur la Tertu et la composition des eaux (1).
Ce traité, divisé en trois livres, serait mieux intitulé le Songe d'i.n alchimiste. Les passages suivants, que nous en avons détachés et traduits, pourront donneruneidéedulangagedes adeptes:
(1) Manuscrits n°» 2249 et 2252.
« Les chaux solides ( ffrepsà oaTpaxa ) caractérisent les métaux; les éléments liquides, les plantes... La substance homogène et multicolore comprend la nature variée de toutes choses. C'est elle qui, sous l'influence lunaire de la nature (ff£X7ivia!;o[jL£vy,<; rvî; cpuffEwç), soumet la diminution et l'augmentation à la mesure du temps.
«Tout en disant cela, continue l'auteur, je m'endormis, et je vis un prêtre debout devant un autel en forme de coupe (pojjxo; (fiaXoEioyi? ), ayant plusieurs degrés pour y monter. Et j'entendis une voix qui me criait d'en haut : J'ai achevé de monter et de descendre ces quinze degrés, resplendissants de lumière.
«Ayant entendu le prêtre officiant devant l'autel, je lui demandai quelle était cette voix retentissante dont lessons avaient frappé mon oreille. Le prêtre me répondit en disant (1) : Je suis celui qui est (sîjxiô wv), le prêtre du sanctuaire, et je suis sous le poids de la puissance qui m'accable. A la pointe du jour, il vint un envoyé qui me saisit, me tua avec un glaive, me divisa en morceaux; et, après avoir enlevé la peau de la tête, il mêla les os avec les chairs, et me calcina dans le feu, pour m'apprendre, que l'esprit naît avec le corps. Voilà la puissance qui m'accable.
« Pendant que le prêtre me parlait ainsi, ses yeux devinrent comme du sang, et il vomit toutes ses chairs. Je le vis se mutiler, se déchirer lui-même avec ses dents, et tomber à terre. Saisi de terreur, je me réveillai, je me misa réfléchir, et à me demander si c'était bien là la composition de l'eau. Et je me félicitais moimême d'avoir raisonné juste.
« Bientôt je m'endormis de nouveau, et j'aperçus le même autel; et sur cet autel je vis de l'eau bouillir avec bruit, et beaucoup d'hommes dedans. Ne trouvant personne dans le voisinage pour m'informer de ce phénomène, je m'avançai pour jouir du spectacle de l'autel. Je remarquai alors un homme aux cheveux gris, maigre, qui me dit : Que regardes-tu ? — Je regarde, lui répondis-je, avec surprise le bouillonnement de l'eau, et les hommes qui y cuisent tout vivants (2).
« Le spectacle, reprit-il, que tu vois, est l'entrée (etaoSoç), la
(1) 'AitexpîvaTù [jioi Xéyuv, TQX ; ^ST"^, style de l'Écriture sainte.
(2) Il est ici probablement fait allusion aux eaux du Nil, qui, au solsli(e d'été, débordent, et, étant refoulées par les vents du nord, semblent être en ébuUition. C'était le moment propice pour se baigner dans ce (leuve, pour s'y purifier. En effet, plus loin, dans le même traité de Zosime, il e&t question des eaux du Nil.
sortie (éÇoSo;) et la transmutation (,a£raoo),r'). Et je lui demandai quelle était cette transmutation. C'est, me dit-il, le lieu de l'opération qui porte le nom de purification (1), car les hommes qui veulent devenir vertueux s'y rendent, et deviennent des esprits en abandonnant le corps. Et je lui demandai : Es-tu aussi un esprit? — Je suis, me répondit-il, un esprit, et le gardien des esprits.
«Pendant cette conversation, et au milieu du bruit de l'eau bouillante et des cris du pcu^)le , j'aperçus un homme d'airain {/a>.xâvôpw7rov), tenant dans sa main un feuillet de plomb, et je l'entendis me dire à haute voix : Regarde, j'ordonne à tous ceux qui sont soumi> à des châlimcnts, «le s'instruire dans ce feuillet. Je commande à chacun de prendre le feuillet de plomb et d'y écrire avec la main, jusqu'à ce que leur arrière-bouche se soit développée, que leur bouche se soit ouverte, et que les yeux aient repris leur place.
((L'acte suivit la parole; et le maître de la maison, assistant à ce spectacle, me dit : Tends le cou, et regarde ce qui est fait. — Je regarde, lui dis-je. — L'homme d'airain que tu vois, reprit-il, et qui vient de quitter ses propres chairs, est le prêtre ofticiant devant l'autel ; c'est à lui qu'a été donnée la faculté de disposer de cette eau.
« En repassant tout cela dans mon imagination, je me réveillai, et je médis à moi-môme : Quelle est la cause de cet événement? Qu'est-ce donc que tout cela? N'est-ce pas l'eau blanche, jaune, bouillante, divine? Et je trouvai que j'avais raisonné juste.
« Et je dis : Il est beau de parler et beau d'écouter; il est beau de donneret beau de recevoir ; il est beau d'être pauvre et beau d'être riche, et de savoir comment la nature apprend à donner et à recevoir. L'homme d'airain donne , et la pierre humido (ôypoOaOoç; reçoit; le métal donne, et la plante reçoit ; les astres donnent, et les fleurs reçoivent ; le ciel donne, et la terre reçoit. — Aucune combinaison ne se fait sans règle, et la règle est naturelle. — Enfin, pour abréger, construis, mon ami^ un temple d'une seule pierre (monolithe), semblable à la céruse, à l'albâtre, le proconnesiuin , un temple qui n'ait ni commencement ni fin, et dans l'intérieur duquel se trouve une source d'eau la plus pure,
(1) Le mot xapi/Eia, qui est ici employé, signifie, à proprement dire, Vacdon de saler, embaumement.
et brillante comme le soleil. C'est avec une épée à la main qu'il faut chercher à y pénétrer, car l'entrée est étioite. Elle est gardée par un dragon qu'il faut tuer etécorcher; et, en réunissant les chairs et les os, il faut t'en faire un piédestal sur lequel tu monteras pour arriver dans le temple, où tu trouveras ce que tu cherches. Car le prêtre, qui est l'homme d'airain que tu vois assis près de la source, change de nature et se transforme en un homne d'argent {oLpyDç>iw()po>v:oç), qui lui-même, si tu le désires, pourra se transformer en un homme d'or (/puaavOpojTroç ). Alors s'ouvriront devant loi les fleurs de l'éloquence, les trésors de la vertu et de la sagesse, les doctrines de l'inlelligonce, la révélation des mystères, — Et la nature, domptant la nature, se perfectionne, devient parfaite, et apte à la recherche de l'œuvre des œuvres ( ip^ou xr^q ip-(<x<si'xç) ; elle revêt sa matière et consomme le venin; puis, quittant sa première forme, elle meurt. Alors elle imite celui qui parle la langue hébraïquo (aiactTaix/jv iouSatx>,v 'pMfjaav XaXoùvTa), Enfin la malheureuse se venge d'elle-même ; elle devient plus légère ; et, ayant ses membres mêlés à l'élément liquide, elle subit l'épreuve du feu et acquiert la perfection,
«Ne révèle rien de tout cela à autrui, et garde ces choses pour toi-même; car le silence enseigne la vertu. Il est très-beau de connaître les transmutations (tàç [xs-raÇoXà.; ) des quatre métaux : du plomb, du cuivre, de l'étain, de l'argent; et comment ils se changent en or parfait (î'va vivwvTat téXeioç ^^puaoç).
« Prends du sel, et arrose le soufre brillant, jaune ; lie-le, pour qu'il ait de la force, et fais intervenir la fleur d'airain, et fais de cela un acide (o;oç), liquide, blanc. Fais la fleur d'airain graduellement. Dans tout cela, tu dompteras le cuivre blanc, tu le distilleras (dvavaYî àuTo'v), et tu trouveras, après la troisième opération, un produit qui donne l'or (1), »
Une chose qui frappe dans ce songe allégorique, c'est la représentation de matières minérales sous une forme humaine. Outre le chrysanthrope (homme d'or), Vargijranthrope (homme d'argent) et le chalcanthrope {hommQ d'airain), on y voit encore paraître le mohjhdanthrope (homme de plomb) et l'homme de marbre (àv6pwzo7rapiov). Ce deinier est revêtu d'un manteau rouge, royal; il sejeltedanslefeuoù son corps est consumé entièrement.
(1) Si la flr'ur d'airain est, —ce qiiiparait être ici le ca^, — du snifa'e de enivre, on aura obtenu de l'acide sulfuriqne par la distillation.
Ces hommes minéralisés indiquent-ils chacun le métal ou la substance dont ils portent le nom? C'est ce qui paraît douteux. Car le langage des alchimistes doit se prendre rarement à la lettre. ^ .
Les opérations de l'art sacré, nous l'avons déjà dit, se rattachaient intimement aux croyances astrologiques. Le fragment qui suit confirmera cette manière de voir :
Zosime le Panopolilain, sur l'eau divine.
« Le mystère que l'on cherche à découvrir est grand et divin ; car tout est de lui et par lui. 11 y a deux natures et une seule substance. L'une entraîne et dompte l'autre. C'est là Veau-argent (mercure), le principe androgyne (to àpa£voôr|)^u), le principe toujours fugitif [ih cpEuyov àeî), constant dans ses propriétés, l'eau divine que tout le monde ignore, et dont la nature est inexplicable. Car ce n'est ni un métal, ni de l'eau toujours en mouvement, ni un corps, c'est le tout dans le tout ; il aune vie et un esprit; il est saisissable.
FIg. *.
«Tout homme qui entend ce mystère aura de l'or et de l'argent. Sa puissance est cachée, et repose dans VErotyle. »
Ici se trouve , dans les manuscrits cités, la figure astrologicomystique que voici (fig. 4) :
Au centre de celle figure se voient les symboles des éléments de l'œuvre. Le sens littéral des mots inscrits entre le premier et le second cercle est : le Tout un ; par lequel le Tout ; et par lui le Tout; et en lui le Tout. Chacune de ces phrases est séparée par une croix ou tliau anse, symbole de la vie éternelle; mais elles sont disposées de manière à contenir, la première trois mots, la seconde quatre, et les deux dernières cinq. — Le sens littéral des mots inscrits entre le second et le troisième cercle est : Unique est le serpent, ayant les deux symboles et la flèche. Les deux symboles en question sont ceux de la vie et de la mort, du bien et du mal. Lorsque le serpent devait représenter ces deux principes réunis, il était figuré, comme on le voit sur les abraxas, avec une flèche k\a. queue. — Enfin, dans le milieu de cette figure se trouve, à gauche, le symbole de l'or ou du soleil ; à droite, le symbole de l'argent ou de la lune ; et au bas, le symbole du mercure. Au centre de ces trois figures symboliques on remarque le signe du soufre (1).
«La lune est pure et divine, disent les alchimistes, lorsque vous verrez le soleil briller à sa surface ; » ce qui , en d'autres termes, veut dire que la coupellation (purification de l'argent) présente le phénomène de l'éclair. La coupellation était le symbole de la purification par le feu, comme la distillation était celui de la purification par l'eau. Aussi, pour compléter l'idée de purification de tout ce qui est, on a dessiné, dans le manuscrit grec, un vase distillatoire complet (voyez la figure 3 ). On y voit une cornue surmontée d'un chapiteau en verre ( fiixoç Os'Xivoi; ), qui comunique, au moyen d'un bec, avec un récipient à col allongé ( XoTîàç rj (XYYOî crTevô(JToij.ov ).
Four se convaincre que V art sacré était identique avec l'alchimie, on n'a qu'à lire ce qui suit :
(1) Ce signe est aussi celui du bélier. D'après les dogmes astrologiques des Égyptiens, le règne de l'homme doit durer jusqu'à la fin du monde, pendant six périodes, c'est-à-dire jusqu'au moment où le solstice d'été correspondra au zéro du bélier. Alors le monde sera purifié, renouvelé, et Dieu reprendra son empire. A ce même moment la tune et le soleil doivent se trouver en conjonction. (Voy. Dict. des hiéroglyphes, par C. Duleil, p. 116 )
FIg. 5.
« Zosime le Panopolitain, sur l'art sacré de faire de l'or et de
l'argent (1).
«Prenez l'âme du cuivre qui se tient au-dessus de l'eau du mercure, et dégagez un corps aériforme («rwaa TrveuuaTixdv ). L'âme du cuivre, d'abord étroitement renfermée dans le vase , s'élèvera en haut ( Exêai'vet sTràvoj ) ; l'eau restera en bas dans le creuset (Ivrîi xrjpTaxioi) (2), afin qu'il se solidifie avec la gomme, avec la fleur d'or, avec la teinture d'or( /pouoCioixtov), et avec let autres matières (3). D'autres parlent de la coloration, de la calcination et de la théorie mystique de l'œuvre, comme il suit : L'œuvre commence par le cuivre, qui, étant projeté dans Tins trument servant à l'opération, léjouit la vue. Alors il se manifesU une coloration noire, par le moyen de la gomme, de la fleur d'or delà teinture d'or, et des autres matières sulfureuses. — Et Marii dit : Prenez l'eau du soufre et un peu de gomme, et mettez-le^ dans un bain de cendre chaude (ôepixosTroci'a). G'estainsi que l'ca se soldifie, à ce que prétendent les philosophes. Et Marie dit dt nouveau : Prenez celle eau de soufre et celle gomme, pour le:
(1) Manuscrits n"* 2249 et 2251. Le litre est : IFepl triç lepà; xal Oeîa; Téx^Tiç tt ToO ypviffoij xai àpvypou Tioirj'jcw;.
(2) Voy. p. 284.
(3) Kal Ta é^^i;. Ces matières ne sont pas nommées. Le ms. 2249 présente ic quelques lacunes.
mettre dans un peu de fumier. Prenez ensuite une partie de notre cuivre, une partie d'or; faites de cela une double lame, mettez du soufre par-dessus, et chauffez le tout pendant trois jours et trois nuits.
— « Après la solidification, on le chauffera de nouveau avec du soufre, pendant deux ou trois jours, jusqu'à ce que le composé, passant dans un autre vase, devienne jaune dans le récipient
(eÎç u7i£pêoXr,v, [7.£TaêaXÀov to cuvÔTijjia ctç l'tspov ayyoç ).
— « Après que l'eau du soufre ouïe nuage s'est solidifié, on le chauffera, pendant une journée, dans de la litharge, jusqu'à ce qu'il ait pris tout à fait l'aspect de la céruse. On jettera ensuite cette substance sur de l'argent. Après avoir, en soufflant dessus, séparé le plomb, on mettra à nu ce qui est pur et non corrompu. »
Ce qu'il importe ici de signaler c'est la production du corps gazeux à l'aide d'une substance rouge ( l'âme de cuivre ) qui se tient au-dessus du mercure liquide. Si cette substance rouge est, ce qui parait très-vraisemblable, l'oxyde rouge de mercure, le corps aériforme (câ)p.a TTvsuixaTixo'v ) aura été Voxygène. Ce sera une preuve de plus que la plupart des grandes découvertes ont été plus ou moins clairement entrevues à des époques différentes (1).
Dans le dernier chapitre, Sur l'économie du corps de la magnésie^ l'auteur cite Zosime l'ancien, ce qui montre qu'il y avait plusieurs philosophes hermétiques de ce nom, et que Zosime le Panopolitain était un des moins ancien'^.
Pelage.
Nous ne savons absolument rien sur la vie de ce philosophe hermétique. Tout ce qu'il est permis de conjecturer, c'est qu'il était contemporain de Zosime; car il est souvent cité comme un des plus anciens maîtres de l'art sacré.
(1) Voy. à ce s;ujel une note de notre traduction de Diodore (tome I, p. de la 2e édition; Paris, 1865}.
Pelage le philosophe, sur fart sacré {{).
L'auteur traite principalement de la coloration des métaux, soit par l'oxydation ou la sulfuralion, soit par les dissolutions. 11 cite Démocrite, Zosime l'ancien (ô àp^^aîo;) etZosime le physicien (ô cpuoixô;), on ajoutant :
« Les anciens philosophes, qui cultivaient avec succès les mathématiques, ont dit : Tout art a son but ; ainsi l'architecture a pour but de construire, avec divers matériaux, des sièges, des caisses, etc. El l'art tinctorial (-^ pa(ft>c->) xi/vy)) (2) n'a-t-il pas été inventé pour faire une teinture (pa-fi^v), but de tout l'art? Qu'on se rappelle ce que nous disent les anciens : Le cuivre ne teint pas; mais, lorsqu'il a été teint, il est propre à teindre. C'est pourquoi tous les livres désignent le cuivre comme le plus convenable à l'œuvre; car, lorsqu'il a été teint, alors il peut teindre ; dans le cas contraire, il ne le peut pas, comme il a été dit (3).
— « Pour faire un amalgame d'or, prenez une partie d'or et trois parties de magnésie et de cinabre. »
Olympiodore.
Olympiodore , philosophe d'Alexandrie, dont nous allons communiquer quelques fragments inédits sur l'art sacré, est très-probablement lemômeque le commentateur dePlaton et d'Aristote. Nous adoptons l'opinion de Borrichius, qui fait vivre ce philosophe vers le milieu du iv^ siècle, peu de temps avant le règne de Théodose le Grand (4).
(1) Manuscrits n" 2'î59 et n" 2250. Le titre porte : nîXayiou çO.oaô^ou Ttepl xyiç ôeia; TaÛTri; xaî Upâ; té^vï].:.
(2) 'H paçix^i iviyt\ signifie à la fois aride teindre et art de tremper. Ce nom est au fond synonyme de té/'/yi kpà, art sacré, qui fut plus tard appelé yriiidct, chimie. La trempe des métaux était empruntée à la cérémonie religieuse du bapténie, mot grec qui signifie lui-même trempe.
(3) Il s'agit ici piob.iblemenl d'un sel de cuivre employé à colorer , soit le verre, soit toute autre substance.
(4) V. Conspecius scriplur. chemic. dans Manget, Bibliotheca chemica, vol. i, in-ful., p. 40.
SuivantReinesius (1), notre Olympicdore est le même que l'auteur de l'Histoire universelle ( allant de l'année 407 à l'annôe 425 de J.-C. ), dont Photius nous a conservé, dans sa Bibliothèque, quelques fragments. L'historien Olympiodore , originaire de Thèbes en Egypte, vivait au commencement du v® siècle ; il fut envoyé en 412, comme ambassadeur auprès du terrible Attila, roi des Huns, surnommé le Fléau de Dieu.
Commentaires d" Olympiodore , philosophe d'Alexandrie, sur Vart sacré, sur la pierre philosophale , et sur les ouvrages de Zosiine, d'Hermès, et d'autres philosophes {2).
L'auteur parle d'abord de la macération [tapi/Et'a ) et du lavage (TcXuaiç) des minerais, opérations indispensables pour leur enlever la matière terreuse (to TrriXwSeç). Il traite ensuite du grillage (;r'pav(7t(;). Son esprit de feu ( Tcveuixa ToîJ TTupo'ç ) est un gaz inflammable.
, Olympiodore établit une distinction très-nette entre les eorps volatiles ^ xà cpsuxTà} et les corps fixes (xà a-^euxTa), qui s'appelaient aussi divins, Oeïa. Puis, reprochant aux anciens leur obscurité, il s'exprime en ces termes : « Les anciens ont l'habitude de cacher la vérité, de voiler et d'obscurcir par des allégories ce qui est clair et évident pour tout le monde. »
L'auteur divise ensuite les corps en très-volatils, en peu volatils, et en fixes.
((Les anciens, dit-il, admettent trois teintures (3). La première est celle qui s'enfuit (se volatise) promptement (7rîvo(; ô Ta^^éoiç cpeuyoiv), comme le soufre. La seconde, celle qui s'enfuit lentement (ô PpaoÉojçcpEuyojv ), comme les matières sulfureuses. La troisième , celle qui ne s'enfuit pas du tout (6 jjlïioè oXojç '^suyojv); tels sont les métaux, les pierres et la terre.
(1) J. Alb. Fabricius, Bibliotheca Grœca ; vol. viii , p. 71, éd. Harles, Hamb., 1802,4.
(2) Ces commenfaiies, adressés à Petasius, commencent par ces mots : yivETat 5s Tapt)(£ia àîtô fXYivô; (J.sx'P ^ ^•°'- ^'^^ [J.E(7topl xi ( la macération se fait depuis le 25 février jusqu'au 2.) août), et finissent par ... Sià Tîupèç ( par le feu). Ils se retrouvent aussi dans le ms. 2249, fol. 76, mais avec beaucoup de variantes et <]uel- (jues lacunes.
(3) La signification du mot rtïvo;, ici employé, est fort incertaine. Nous l'avons rendu par teinture, en nous déterminant d'après ce qu'eu dit Du Caii;;e {Gloss. inf. et med. Grsec. ) : « Iltvo; in glossis chytnicis mss. icxl ib êÇcdOsv pàirrwv. » — Eustalliius explique ce mot (lar dxpîQivoî oîvoç, vin d'orye ( bière ).
HIST. DE LA CHIMie. — T. I. 18
« L'arsenic teint le cuivre en blanc. L'arsenic est une espèce de soufre qui se volatilise promplement; tout ce qui est semblable au soufre et à l'arsenic se volatilise par le feu. L'opération se fait de la manière suivante : Prenez quatre onces d'arsenic schisteux de couleur d'or (àpçevtxovî tou «j/iaToiî tou /pu^i^ov- Toç); réduisez-les en parties très-minces, que vous mouillerez pendant deux ou trois jours avec du vinaigre. Ayant fait dessécher tout cela k l'air, jusqu'à ce qu'il ne se manifeste plus d'odeur de vinaigre, vous y ajouterez cinqonces de sel de Cappadoce broyé. On met ce mélange dans un vase de verre h col étroit, qu'on ferme exactement, afin que l'arsenic qui brûle ne s'échappe pas à l'état de vapeur (iva [x-J; xato'aevov xo (xpffevuov Sia- TTVE'jar, ; on chauffe jusqu'à ce qu'il soit transformé en un corps blanc et compacte.
« Coloration du verre. L'émeraude se fait de la manière suivante :
« Prenez deux onces de beau cristal et une demi-once de cuivre calciné ( /aX/.oîi >iexai)[j.£vou ) (1) ; broyez CCS substances dans un mortier, et faites-les fondre ensemble à une température égale
( tcCO TTUpt ) (2). ))
L'auteur passe ensuite en revue les différentes opinions des philosophes sur la matière, sur la composition des corps, sur la chaleur, sur le froid, la sécheresse, l'humidité, etc., thèmes favoris des alchimistes.
11 cite Démocrite, Anaximandre, Zosime, qu'il appelle la couronne des philosophes (xo crscpoç xwv tpiXoao^ojv), Anaximène, Agathodémon , Hermès ( Traité sur la vapeur, 7r£p\ xoU xaTcvou), Pelage, Théophile, Marie la juive, Synésius, Dioscorus, Petasius
(TTîpl x^ç xaxapyîîç xoû ipyou ).
Il invoque même la Bible ( fol. 82 vers. ) comme une autorité en matière alchimique, ce qui semblerait indiquer que le célèbre commentateur d'Aristote (supposé qu'il soit identique avec notre Olympiodore) avait embrassé le christianisme.
Le passage suivant montre que la fameuse bibliothèque d'Alexandrie devait être très-riche en ouvrages alchimiques : « Le lever du soleil a été assigné au principe mâle, et le couchant au principe femelle. La terre s'appelle vierge ; on lui donne aussi
(1) Oxyde de cuivre.
(2) Ce procédé est encore employé aujourd'liui pour la fabrication du verre bleu ou vert.
les épithèles (l'ignée, de charnelle, de sanguinolente... Tu trouveras tout cela dans les Bibliothèques de Ptoléniée (iv Taîç nToXsaaioj
S'il faut en croire Zosime, cité par l'auteur, l'Egypte était le principal siège des alchimistes qui auraient tous travaillé au profit des rois du pays. «Toutle royaume de l'Egypte s'est, dit-i', maintenupar ces arts... Il n'était permis qu'aux prêtres de s'y livrer. La lihjsique psntnmurgique était l'occupation des rois... Tout prêtre ou savant qui aurait voulu propager les écrits des anciens était mis hors la loi. Il possédait la science, mais il ne la comuniquait point. Les artistes travaillaient, non pas pour eux-mêmes, mais pour les rois d'Egypte dont ils augmentaient les trésors. C'était une loi chez les Égyptiens de ne rien publier à ce sujet. Il ne faut donc pas en vouloir à Démocrite et aux anciens en gérai s'ils se sont abstenus de parler du grand œuvre... »
Un peu plus loin, Olympiodore donne positivement à l'art sacré le nom de chiinie (xc/.puixu.Évr, xé/vr, tv;<; /lastaç; (1).
On rencontre, dans les mômes commentaires d'Olympiodore , des traces non équivoques de la théorie de la transmutation des métaux. La doctrine du microcosme et du macrocosmey est exposée d'une manière fort claire, d'après Hermès.
LevtTpAaiov, huile de nitre, dont parle Olympiodore, ainsi que Zosime, est-ce une solution dépotasse, huileuse au toucher, ou est-ce l'acide nitrique? C'est ce qu'il est difficile de déterminer. Néanmoins on pourrait, d'après le passage suivant, admettre que leviTpéXaiov est Vacide nitrique, et que l'on connaissait le moyen, sans lequel la véritable chimie est impossible, de dissoudre les métaux par les acides minéraux, et notamment par l'eauforte ou acide nitrique (2).
«Nous citerons, continue l'auteur (fol. 103 du Ms. 2250), notre magnésie, l'antimoine (to <si{ij.\x\. ) , le sable, la pyrite, et tous les corps que l'on dit être solubles dans l'huile de nitre ou dans le votar '3) («ùtw tÔ) SoTapt ), ou comme on voudra l'appeler. »
(1) Celte orthographe est à remarquer : elle montre que le mot chimie ne saurait dériver de -/vjm.
(2) Le mot v.-oéloio'j. d'une si grande importance pour i'in'stoire de la science, ne se trouve dans aucun Dictionnaire grec, pas môme dans le Thésaurus grxcx linguae de Henri Estit nne.
(3) Ce mot, qui est écrit indifféremment '^'j'iy., ?o-âvv.ov, poiapiov, ne se trouve pas dans le Glossaire de Du Cange ( Gloss. infima: et medix Gi\rc (alis ).
S'adressant ensuite aux adeptes, il leur dit :
« Sachez maintenant, amis qui cultivez l'art de faire de l'or, qu'il faut préparer les sables ( J/â^uaoui; ) convenablement et suivant les règles de l'art; sans cela, l'œuvre n'arrivera jamais à bonne lin. Les anciens donnent le nom de sables aux sept métaux, parce qu'ils proviennent de la terre, des minerais, et qu'ils sont utiles. Tout le monde a écrit sur ce sujet. »
Les archéologues trouveront dans les commentaires d'Olympiodore quelques données intéressantes sur l'alchimie pratiquée en Egypte (voy. les n"^ I et II de l'Appendice), le tombeau d'Osiris, et les caractères ou éléments sacrés (voy. le n" III de l'Appendice). L'auteur nousapprend, entre autres, que les hiérogrammates représentaient le monde sur les obélisques en caractères hiératiques ( tepaxixoTç ypâi>.[>.ai':i) par un dragon (serpent ) qui se mord la queue (voy. le n" IV de l'Appendice ). On y rencontre aussi quelques fragments précieux de Thaïes, deDiogène, de Xénophane, d'Heraclite , d'Hippasius, de Parménide et d'autres philosophes grecs dont les œuvres ont péri (n° V de l'Appendice ).
Démocrite (Pscudo-Démocrite ).
11 ne faut pas confondre ce Démocrite avec l'ancien philosophe qui porte le môme nom.
Les philosophes de l'école d'Alexandrie, les Grecs du Bas-Empire, qui ne se piquaient pas d'une grande probité littéraire, se plaisaient, à défaut d'idées , à se parer des noms les plus illustres de l'antiquité.^ Homère, Hésiode, Platon, Aristote, tous ces noms furent usurpés, aux premiers siècles de l'ère vulgaire, par d'obscurs scoliastes et par des alchimistes.
Sans doute plus d'un Grec peut s'appeler Démocrite, comme plus d'un Français porte le nom de Rousseau. Mais, lorsque le pseudo-Déraocrite a soin, comme c'est ici le cas, de faire croire
Il parait signifier tantôt un instrument chimique, tantôt un acide, puisqu'il était, comme le viTpe'Xaiov, destiné à attaquer les métaux. Serait-oe l'aride du stl marin, acide clilorhydrique qui est appelé plus loin (p. 283) à^ilat) ? Voy. Tliesaurus grsccw liugua.', au mot o^à)\:.r\, tome V (édit. d'Ambroise Firmin Didot). M. Hase a adopté la valeur de ce mot, telle que nous l'avons déterminée.
qu'il est d'Abdère, qu'il a voyagé en Perse, en Egypte, qu'il a été initié aux mystères de ïhèbes, de Memphis et d'Héliopolis, et enfin lorsqu'il s'attribue des idées ou des doctrines qui appartenaient au Démocrite de l'antiquité, alors le mensonge n'est plus permis ; c'est une de ces tromperies si familières aux Grecs du Bas-Empire.
Voici ce que nous apprend Synésius sur la vie de Démocrite : rt Démocrite d'Abdère , ville de Thrace, étudia les phénomènes de la nature {-zk ovra xaTacpuaiv). Il devint, par suite, très-célèbre. Arrivé en Egypte, il fut initié [)ar le grand Ostane dans le temple de Memphis, en compagnie des prêtres de l'Egypte. Il a composé quatre livres : sur l'or, la lune, les pierres et la pourpre (i). d Aucun de ces livres n'est arrivé jusqu'à nous.
Démocrite le mystagogue , comme l'appelle La Porte du Theil (2), est compté au nombre des artistes de l'art sacré (xe/viTai xyîç ôîîaç T£/vr,(;). Il est probablement contemporain de Zosime ou d'Olympiodore. On a de lui un petit traité, intitulé les Phtjsiques et les Mystiques (<I>u(jixà xai MuuTixa), dont Pizimenti de Vérone a donné, au xvi*' siècle, une traduction latine, devenue assez rare (3).
L'auteurraconte que, le maître (4) étant mort avant qu'il eût le temps d'initier son disciple aux mystères de la science, ce dernier résolut de l'évoquer des enfers pour l'interroger sur les secrets de l'ari sacré ; que, au moment où il était occupé à exécuter l'œuvre magique de l'évocation, le maître, sorti de sa tombe, s'était présenté tout à coup et lui avait adressé ces paroles : « Voilà donc la récompense de tout ce que j'ai fait pour toi ! » Démocrite se hasarda à lui faire plusieurs questions; et, entre autres, il lui demanda comment il fallait disposer et harmoniser les natures (o). Pour toute réponse, le maître répliqua : uLes livres sont dans le temple. » Toutes les recherches de Démocrite pour trouver ces livres furent inutiles. Quelque temps après, ce philosophe se rendit au temple pour assister à une grande fête. Etant à table avec ceux qui composaient l'assemblée, il vit tout à coup une des
(1) Manuscrit n" 2326, Discours sur le livre de Démocrite.
(2) Notices et extraits des mss., vol. vi.
(3) Democriti phijsica et magica, edila latine a Domiiiico Pizimento, etc. Patav., 1573, 8.
(4) Ostane le Mède.
(5) "OîTwç ôpixôdO) Ta; çOcret;.
colonnes du Icmpl ■ s'cnU'ouvrir spontanément. Alors Démocrite, s'étanl baissé pour regarder dans l'ouverture de la colonne, y aperçut les livres indiqués par le maître. Mais il n'y vit que ces trois phrasjs : Lanature se réjouit de la nature {■>, cpûcn; ir, cf-uasi TÉpTietat); la nature dom^)te lanature (o -x-uan; xr^v cpuciv vt'xa) ; 1(1 nature dnnine lu nature (r, 'fuciç t->|V 'fu^iv xpaiEi). Nous fûmes fort étonnés, ajoute Démocrite, que toute la doctrine du maître fût contenue en si peu de mots. »
Nous aurons plus d'une fois occasion de faire voir que les alchimistes du moyen ûge n'ont été que les imitateurs servîtes des maîtres de l'art sacré: ils ne faisaient souvent que les copier, jusqu'aux anecdotes dont ils défrayaient la crédulité du public. Car l'histoire de la colonne entr'ouverle se trouve, au xiv'^ siècle, littéralement appliquée à un moine allemand, Basile Valentin. « Une des colonnes de l'église d'Erfurt, racontent les alchimistes, s'étant entr'ouverle tout à coup comme par miracle, on y trouva les écrits de ce bénédictin. »
Pour faire de l'or, Démocrite (<I>u(7ixà xai Mocmxd, ms. 2326) conseille l'anagallis ( espèce de primulacée ) et le suc du rhapontic ou de la rhubarbe du Pont (paTiovTixov).
Il donne encore beaucoup d'autres recettes pour faire de l'or. On n'a que l'embarras du choix. Voici une de ces recettes : « Prenez du mercure, fixez-le avec le corps delà magnésie ou avec le corps du stibium d'Italie, ou avec le soufre qui n'a pas passé parle feu, ou avecl'aphroselinumou la chaux vive, ou avec l'alun de Mélos, ou avec l'arsenic, ou comme il vous plaira; et jetez la poudre blanche sur le cuivre ; alors vous verrez le cuivre perdre sa couleur. Versez de la poudre rouge sur l'argent, et vous aurez d(T l'or; si vous la projetez sur de l'or , vous aurez le corail d'or corporifié. La sandaraque produit la même poudre rouge, ainsi que Tarsenic bien préparé, et le cinabre. La nature dompte la nature. » (Ms. 2325, fol. H.)
On reconnaît là, malgré l'obscurité des termes, deux poudres de projection, dont l'une, blanche (yotîa Xs'jxr'), a la propriété de blanchir le cuivre. C'est évidemment l'arsenic blanc ( acide arsénieux). L'autre, rouge ou jaune, qui est probablement le cinabre ou un sulfure d'arsenic, avait, suivant l'opinion des adeptes, la propriété de transformer l'argent en or, et l'or en corail d'or (/pufjoxo'paXXoç). Ce corail d'or, qui est ailleurs appelé coquille d'or (/puoaxoy/uXtov), était le chef-d'œuvre de l'art, puisque.
d'après la croyance répandue, avec un seul grain de cette coinposilion on pouvait se procurer tout d'un coup une grande quantité d'or.
Le petit traité Des quatre élémen'.s (Vaprès Démocrite ne nous apprend pas grand'chose. Ces quatre éléments, qui ne sont pas clairement désignés, devaient être fixes et teindre les métaux. L'auteur cite Pammène et Marie.
Siyitésius.
Synésius le philosophe, qui nous a laissé des Commentaires sur le livre de Démocrite adressé à Dioscore (mss. 2275, 2325, 2326, 2327), est-il le môme que l'évéque de Ptolémaïs, ce prélat si connu par sa tendresse pour son épouse (1), et dont les lettres ont été imprimées en grec et en latin par Denis Petau (2)? C'est ce qu'il est difficile de déterminer. Dans tous les cas, Synésius, le commentateur de Démocrite, paraît être de plus de cinquante ans postérieur à Zosime.
Ces Commentaires, dont la plus grande partie se trouve imprimée à la fin du.huitième volume de la Bibliothèque grecque de Fabricius, sont dédiés, par l'auteur, à Dioscore, prêtre du grand Sérapis à Alexandrie (3).
Au rapport de Synésius, Démocrite divisa la science en deux parties, dont l'une a pour objet l'art défaire de l'or à l'aide d'une opération appelée ^av6to7iç [action de jaunir); et l'autre, l'art de faire de l'argent à l'aide d'une opération qui porte le nom de XeuxojcTK; {action de blanchir).
Synésius remarque fort judicieusement que l'opérateurne crée rien par son travail, qu'il ne fait que modifier la matière, en lui donnant une forme qu'elle n'avait pas. A ce propos, il se sert de l'exemple de ceux qui taillent la pierre et le bois. «Les artisans ne créent , dit-il, ni la pierre ni le bois sur lesquels ils travaillent; mais ils les façonnent avec leurs instruments et leur donnent la forme convenable, suivant l'usage qu'ils en veulent faire. »
(1) Le célibat des prêtres n'avait pas encore été. institué.
(2) 1612, in-fol., Paris.
(3) luvedou çr/o(76:po\J ttoô; Atôaxopov eîç Tr;v (îi'êXov Ar,[j.oy.p(TO'J , ànonv.ô'jtjf) hpEÎ
Le mercure , la magnésie, la chrysocolle, l'anagallis , jouent, suivant lui, un grand rôle dans l'œuvre divin.
On trouve dans les Commentaires de Synésius la description d'un vase distillatoire en verre (I). Le ms. 2327 en donne la figure suivante ;
Le Traité de la pierre philosophais, attribué à Synésius, et traduit en français par P. Arnauld, est évidemment supposé (2); car l'auteur cite Geber, qui vivait vers le ix'' siècle.
Si Synésius, l'évêquc de Ptolémaïs, n'est l'auteur ni des Commentairesde Démocrite, niduTraité delapierre philosophale, au moins nous fournit-il, dans ses Lettres, des documents précis sur un des instruments de physique les plus importants, et que les chimistes connaissent fort bien.
Pèse-liqueur. — L'expérience d'Archimède pour déterminer la valeur de la couronne d'Hiéron devait mettre sur la voie de l'aréométrie qu'on a donnée pour une découverte moderne.
L'instrument appelé hydroscopium (éprouve-liqueur), dont parle Synésius dans sa quinzième Lettre adressée à la savante
(1) Svivâp^oîe Tw poTapîw uâXivov ôf/yavov ëy/jv [i.aTxâfjiov. — Kaî xô àvepj^ofievov û8a)p ô'.à Toù ii.a^oû ôtyou xat lyt el; affyvi.
(2) l,e Vray Luire du docte Sy)iesius, abbé grec, sur la pierre philosophale, etc., par Arnauld; Paris, 1592, 4.
Hypathie, est un véritable pèse-liqueur. « C'est, dil-il, un tube cylindrique sur lequel sont marqués des lignes transversales, indiquant jusqu'à quelle profondeur le tube s'enfonce dans la liqueur. Et pour que ce tube reste dans une position verticale, on fixe à son extrémité inférieure un petit poids conique appelé baryllion (,8apuXXiov) (1). » Synésius prie Hypathie de lui faire fabriquer un hydroscopium ou éprouve-liqueur, à cause des soins qu'exige sa sanlé i'2).
Au vi*" sièclecet instrument était déjà d'un usage assez général. Priscien le grammairien, auquel il faut attribuer (et non à Rhemnius Fannius Palœmon ) le poëme latin De ponderibus et mensuris, s'exprime ainsi :
«On fabrique en argent ou en cuivre un cylindre très-mince dont la longeur égale la distance qui sépare les nœuds d'un roseau fragile; on en charge intérieurement la partie inférieure d'un faible poids qui l'empêche de flotter horizontalement ou de surnager tout entier ; le cylindre plonge verticalement, et porte autant de divisions qu'il pèse de scrupules.
«Avec cet instrument on peut connaître la pesanteur de chaque liquide; dans une liqueur peu dense, le cylindre enfonce davantage; dans celle qui est plus pesante, onvoit un plus grand nombre de ces divisions hors du liquide. Si l'on prend leméme vo^Iumede liquides différents, le plus dense pèsera le plus; si l'on prend le même poids, le liquide le moins dense aura le plus grand volume. Sidesdeuxliqueursl'une couvrevingtet une parties du cylindre et l'autre vingt-quatre, vous en conclurez que la première est plus pesante d'un drachme; mais, pour trouver précisément cette différence de poids, il faudra comparer les deux liquides sous un volume égal à celui qu'a déplacé le cylindre dans l'un ou dans l'autre. »
C'était un véritable tour de force que d'avoir décrit en vers très-élégants, et avec autant d'exactitude, la théorie et l'application du pèse-liqueur.
Il fallait que cet instrument eût alors servi à faire des observations bien délicates, puisque l'auteur ajoute : « L'eau qui suit le cours rapide d'un fleuve, celle qui dort au fond d'un puits, et celle qui coule d'une source intarissable , n'ont pas la môme
(l)Syiies. Epist.w. Fabiicius, Hibl. Grœc, viii, p. 219. (2) Synésius se proposait de l'employer pour la détermination de la densité des eaux dont il faisait usage.
densité. Les vins diffèrent aussi de poids, selon qu'ils ont été recueillis sur les coteaux ou dans la plaine , tout récemment ou depuis quelques années. »
Pline et Galien ne paraissent pas avoir connu le pèse-liqueur; car, siée dernier l'eût connu, il n'aurait pas conseillé de se servir d'un œuf pour déterminer la densité des liqueurs salées (1).
La connaissance du pèse-liqueur, si bien décrit par Synésius et Priscien, se perdit dans les siècles suivants. Cet instrument dut donc être inventé de nouveau, vers la fin du wf siècle. Bien que Fermât eût rappelé, en tète de ses Opéra varia, la lettre de Synésius et V/iydroscopiinn d'Hypathie, Monconys et R. Boyle revendiquèrent chacun la priorité de l'invention. Que de forces gaspillées par les contemporains de chaque époque, faute de savoir ce qui avait été fait avant eux !
]?Iarîe.
Nous n'avons aucun renseignement certain sur la vie et- les travaux de Marie la Juive, dont le nom se rencontre si souvent dans les écrits alchimiques.
Georges Syncelle, historien du viii*' siècle, dit, dans sa Chronique, que Démocrite d'Abdère, dont nous venons de parler, fut initié par Ostane dans le temple de Memphis avec d'autres prêtres et i^h\\os,o[>hes, parmilesquels se trouvait aussi Marie, savante juive, et Pammène. — Si ce témoignage est vrai, Marie était contemporaine de Démocrite et de Zosime. Mais comme Synésius, le commentateur de Démocrite, nous apprend, dans le passage rapporté plus haut (2), que Démocrite fut initié dans le temple de Memphis, en compagnie avec des prêtres de l'Egypte, et qu'il ne fait aucune mention de Marie ni de Pammène, le témoignage de Syncelle, qui n'a fait d'ailleurs que copier Synésius, à l'exception de ces mots : h oTç ^v xai Mapta xiç 'Eépai'a co'jf^ xal na,uij.i'vYi(; (parmi lesquels se trouvait aussiMarie, etc.), perd beaucoup de son autorité.
Quant à l'opinion que Marie la Juive ét;iit sœur de Moïse, il faut la mettre au nombre de ces fables qui attribuent au roi Sa-
(1) Galien, De simplic. med.facult., iv, 20, p. Gl, éd. Gesner.
(2) Voy. p. 277.
PREMIÈRE ÉPOQDE. 283
loiiioii et à Alexandre le (3rand les traités sur la pierre philosophale qui portent leurs noms (1).
En parcourant les fragments de Marie, conservés dans les manuscrits qui traitent de l'art sacré, nous avons pu constater que tous ces prétendus écrils de Marie ne sont que des extraits faits par un philosophe chrétien anonyme. D'ailleurs aucun des philosophes de l'art sacré ne fait mention des écrits de Marie sur la pierre philosophale. Le fragment deZosime (p. 270], qui rapporte une parole de Marie, est un extrait fait par ce même philosophe chrétien.
En songeant aux péripéties de cette grande lutte entre les philosophes païens et les néophytes chrétiens, lutte dans laquelle chaque partie se reprochait des emprunts réciproques^ on est porté à se demander si le nom de Marie n'aurait pas été mis en avant par quelque chrétien, pour l'opposer au nom sacré d'Isis, la vierge des astrologues et la source divine des connaissances naturelles, et particulièrement de l'art sacré, selon les croyances égyptiennes. — C'est une conjecture que nous livrons aux méditations des érudits.
Voici l'un des Extraits du philosophe chrétien anonyme (2) :
«Intervertis la nature, et tu trouveras ce que tu cherches. Il existe deux combinaisons : l'une appartient à l'action de blanchir (XeuxwTiçj, l'autre à l'action de jaunir i çâvOwaii; ). Il existe aussi deux actions de blanchir et deux actions de jaunir : l'une se fait par la trituration, l'autre par la calcination. On ne triture saintement, avec simplicité, que dans la maison sacrée ; là s'opère la dissolution (Xtu.vr, ) et le dépôt (xoi'tt] , lit). Combinez ensemble, dit Marie, le mâle et la femelle, et vous trouverez ce que vous cherchez. Ne vous inquiétez pas de savoir si l'œuvre est de feu. Les deux combinaisons portent beaucoup de noms, comme eau de saumure, eau divine incorruptible, eau de vinaigre, eau de Vacîde du sel marin ( oi'6;aX;xr,ç), de l'huile de ricin, du raifort et du
(1) Excerpla ex interlocutione Mariœ prophetissse sororis Moysis et Aaronis , habita ciim aliqno pliilosoplio dicio Aros , de excellenlissimo opère trium lioranim. Theat. Cf/hn., t. vi, p. 479.
Ce dialogue est reproduit dans^r/is aurifcrcr, quam Cheviiam vacant (Bà!e, 1610), sous le litre : Practica Marioc prophetissA in artem alchimicam. — L'aiiteor pseudonyme dédaigna la chronologie , car il fait parler la sœur de Moïse de la philosophie des stoïciens.
(2} Manuscrit 2251. Discours de la tres-suvante Marie sur la pierre philosophale. Ce discours n'est qu'un chapitre du Traité du philosophe chrétien.
baume; on l'appelle encore eau de lait dune femme accouchée d'un enfant mâle, eau de lait d'une vache noire, eau d'urine d'une jeune vache ou d'une brebis, ou d'un àue, eau de chaux vive, de marbre, de tartre, de sandaraquc, d'alun schisteux, denitre, de lait d'ânesse, de chèvre, de cendres de chaux ; eau de cendres, de miel et d'oxymel, de fleurs d'arctium, de saphir, etc. Les vases ou les instruments destinés à ces combinaisons doivent être de \erre. Il faut se garder de remuer le mélange avec les mains; car le mercure est mortel, ainsi que l'or qui s'y trouve corrompu. »
L'auteur invoque l'autorité d'Olyndpiodore, de Démocrite, de Pelage et d'autres philosophes. « Les œuvres delà pierre philosophale, ajoule-t-il, sont au nond)re'de quatre : la mélanose (action de noircir 1, la /ei/co.se action de blanchirj, la ^anZ/tose (action de jaunir) et Viose ( action de bleuir). L'embaumement se faisait, suivant Olympiodore, depuis le 25 février jusqu'au 25 novembre... Les corps, écrit Démocrite aux prophètes de l'Egypte, les corps qui tuent l'homme sont les suivants.: le mercure, la magnésie (?), l'antimoine, la lilharge, la céruse , le fer, le cuivre, la chaux vive, la cadmie, le soufre , la sandaraquc , l'arsenic et le cinabre. Toutes ces substances sont propres à en blanchir et à en jaunir d'autres. Pour faire de, l'or et de l'argent, on se sert de la litharge, de la terre de Samos, du sel de Cappadoce , du suc de figuier, des feuilles de laurier, de pêcher, du suc de chélidoine, des lleurs de primevère, de la racine de rhubarbe, du safran. Quelquesuns emploient aussi la racine de mandragore ayant des tubercules ronds (tivÈi; /pwvTai xa\ '^<X;r\ [xavcpayopou t^ Ta? c'^ai'pai; £/ou-
cr,). )) — Serait-il ici question de la mandragore à tubercules, solanum tuberosum, en d'autres termes, de làpojnme de terre? S'il en était ainsi, ce tubercule aurait été connu en Europe avant la découverte de l'Amérique. Peut-être la mandragore des anciens n'était-elle pas une solanée, mais une espèce d'helianthus. Cependant la mandragore, S laquelle on attribuait des propriétés analogues à celles du suc de pavot, ne pouvait pas être une synanthérée, comme l'hélianthe tubéreux ou topinambour ( uirvov TToiEt [jLavopY°P°"^ ■'l [j>-v-wvoç oTTo; , Dloscoridc, ParabiL, lib. i. ).
Nous terminerons le chapitre sur Marie par la description d'un appareil qui porte le nom de cette savante.
Kérotakis ou fourneau de Marie (f, xâaivoç Map'.aç). C'était un appareil de fusion et de sublimation ( voy. la figure dessinée d'à-
près le ms. 2249, fol. 103). On n[)pelait kérotakis une lamede fer (aior^poxTipoTàxiç), SUT laquelle on faisait fondre de la cire , des résines, du soufre et d'autres substances fusibles (voy. «de la fig. ); elleétait posée sur un creuset ou chauffoir arrondi, au-dessous duquel on mettait le feu. Pendant l'opération, les parties fusibles, non volatiles, tombaient dans le vase appliqué immédiatement au-dessous du kérotakis, tandis que les parties vaporisables ou volatiles venaient se condenser dans le vase posé au-dessus et à un certaine distance du kérotakis. Ce dernier vase portait spécialement le nom de cpiaXv] \b de la figure). Quelquefois ce vase condensateur , de forme arrondie , était enchâssé dans un autre vase de même forme, qui portait le nom de xu[x,aa67i, comme l'indique la fig. du ms. 2249, fol. 2 {verso). Lorsque la chaleur était transmise par l'intermédiaire d'un bain de sable ou de cendres (1), ce mode de caléfaction s'appelait TraXataTiaïov xarji.iviov. Le nom de xr,coTaxt(; (2) s'appliquait souvent à tout l'appareil, qui était porté sur des pieds de lion. On s'en servait dans la préparation des eaux divines ou sulfureuses (ôcîa Coaxa).
(1) CeUe sorte de bain s'appelle encore anjounrhui bain-maiïe, du nom de l'alcliiiuisfe qui les a inventés.
(2) Nous devons taire remarquer que le mot xy)poTây.ic ne se trouve dans aucun dictionnaire grec, pas même dans le Thésaurus gracie linguee de Henri Estienue, de MM. Hase et Dindorf (édit.Ambr. Firmin Didot). Du Cange {Gloss. inf. G/'éec.) se contente de dire : Voxchir)iica.'SU. Olympiod. Àlex.Ms. Zosimi in capit. ad Theodorum. Ms. C/iristian. chim. Vid. in poiâptov. Du Cange promet d'expliquer ce terme à propos d'un autre (Porâpiov) auquel il renvoie; mais il n'a pas tenu sa promes e.
Un philosophe chrétien anonyme.
On igfiorc le nom dn chrétien auquel on attribue beaucoup d'écrits sur l'art spagirique. C'est probablement le même philosophe qui nous a laissé des extraits de Marie et de Zosime. Il paraît avoir pris une part active au combat dogmatique, livré par les philosophes chrétiens au panthéisme mystique des néoplatoniciens et des derniers commentateurs d'Aristote et de Platon.
Les philosophes païens évitèrent avec soin d'engager le combat sur les principes de la morale. Mais, armés des dogmes de la philosophie de Plalon, et s'appuyant sur l'antique tradition des mystères d'Isis et d'Osiris, ils essayaient de battre en brèche les dogmes nouveaux et les miracles de Jésuà-Christ, qui ne leur paraissaient que des emprunts maladroitement faits aux religions anciennes.
« Vous ne datez que d'hier, disaient les uns, et déjà vous voulez vous ériger en maîtres. » — « Nous datons de bien plus haut, répliquèrent les autres : c'est vous au contraire qui avez tout emprunté à nous, en produisant des livres (supposés) de Platon, d'AristotCj de Pythagore, jusqu'à des vers de la sibylle d'Erythrée, pour prouver que les païens avaient tout emprunté aux livres de 1 Ancien Testament, et même du Nouveau (1). »
Dans le fragment que nous allons citer, le philosophe chrétien semble dire aux philosophes païens : « 0 grands maîtres de l'art sacré, vous ne faites que vous escrimer sur des choses qu'au fond nous entendons aussi bien et mieux peut-être que vous, car c'est la lumière révélée qui nous éclaire. »
Voici la traduction de ce fragment.
(1) A l'appui (le ces emprunts, Lactance cile (Divin. Institut., lib. iv, c. 15}, entre autres, sérieusement, les vers suivants , attribués à la siliylle d'Érylhrée : « Avec cinq pains et deux poissons il rassasia cinq mille hommes dans le désert; et avec les miettes qui restaient, il remplit douze paniers pour l'espoir d'un grand nombre. »
PREMIÈRE ÉPOQrE. 287
Discours cVun b'ès-savant philosophe chrétien sur la stabilité de l'or (1).
« Toul se compose de matières sulfureuses et mercurielles (liquides). De même que les rayons d'un cercle sont tous égviux entre eux; de môme que la source éternelle, coulant au milieu du paradis, donne à l'univers une liqueur fécondante ; de même que le soleil du midi, occupant le milieu du ciel dans un des quatre centres, éclaire sans ombre tout ce qui est sur l'hémisphère ; ou de même que la lune, montrant son plein disque, dissipe, avec la lumière empruntée au soleil, l'obscurité de la nuit, ainsi le soufre et le mercure \Q) sont le centre, la source et la lumière de tout l'art. Car, sans la liqueur du philosophe (mercure), il est impossible d'obtenir ce que l'on désire. — Guidés par les réllexions du maître ( Zosime?), nous avons été conduits à rapporter ce qui suit : Prends, dit-il, du mercure, solidifie-le avec la magnésie, ou avec du stibium, ou avec du soufre non brûlé, ou avec l'écume d'argent, ou avec la chaux calcinée, ou avec l'alun de l'île de Mélos, ou comme tu r entendras (3). »
« Le grand Zosime dit que le mercure est l'eau divine (sulfureuse?) (-i) qui s'est déposée dans les vases (Iv Taïç poû^Xat;). Il a parlé magistralement de tout l'œuvre, et il a montré, dès le commencement, la fin de l'art.
« Interrogeons-le. Quel est l'argument de ce qu'il dit? Pourquoi solidifier le mercure avec la magnésie (5)? A quoi servent aux
(1) Manuscrit n" 2251. H a été reproduit, avec quelques variantes, dans le ms. 2249, sous le titre : toù xpiffxiavoù Ttepl EÙCTiaOeta; toù -/lûtov. L'auteur y est appelé le très-savant philosoplie chrétien. Le texte se trouve sur le recto des feuillets. Le verso porte l'essai incomplet d'une traduction latine (jusqu'à la page 19). L'auteur cite des paroles de saint Paul, de saint Jacques et des évangélistes, qui présentent un certain nombre de variantes, dignes de fixer l'altention (le^ liiéologieiis. Cet amalgame du christianisme avec les doctrines de Drmocrile, de Zosime, d'Olympiodore, des commentateurs de IMaton et d'Arisfote, marque une des époques de transition les plus intéressantes de fliistoire.
(2) Ta ÛYpot, les liquides. C'est ainsi qu'on désignait souvent le mercure, en ajoutant ordinairement x&y cpiXocôçou (liq. du philosophe).
(3) Oh comme ta Ventendra<<, r, w; ir.iwôlc. Celte locution était pour ainsi dire sacramentelle ; les initiés l'employaient pour cacher aux profanes la partie la plus essentielle de leurs opérations.
(4) 0£ïov signifie à la fois divin et soufre. Les alchimistes n'ont pas laissé échapper l'occasion pour jouer sur l'équivoque.
(5) I e manuscrit 2249 présente ici phisieius variâmes.
anciens les livres, les invocations , les fourneaux et les instruments? Tout n'est-il pas facile? C'est , ô disciple de Démocrite, afin que l'on exerce votre intelligence; car, lorsque l'intelligence a trouvé le moyen de s'éclairer, elle connaît tout, parce qu'elle participe de tout. L'homme, par sa nature, n'est pas Dieu, mais l'image de Dieu qui dit à son Fils et au Saint-Esprit : Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. Car qu'as-tu que tu n'as pas reçu ? dit le héraut de la piété, l'apùtre saint Paul. Et si tu as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu n'avais pas reçu? Saint Jacques, l'inspiré de Dieu ('làxoêoc 6 ÔEOTrvEuaToç), dit des choses analogues. Tout don parfait vient d'en haut : il descend du Père des lumières (-Trarpoç xwv îpomov). Comme aussi lui-même le dit, le Dieu et le Seigneur de toutes choses, notre maitre à tous, Jésus-Christ. Vous ne pouvez rien prendre de vous-même qui ne vienne d'en haut, du Père qui est dans les cieux. Il nous faut donc, avant tout, demander à Dieu, chercher, et frapper à la porte, afin que nous recevions. Car demandez, dit l'oracle divin, et on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, etquiconque cherche trouve, et on ouvriraà celui qui frappe (à la porte).
«Il faut que chacun considère ce qu'il croit pouvoir demander; autrement il s'éloigne de son but et prie en vain...
«Pénétrés de ces paroles à\x philosophe Zosime, nons allons commencer nos investigations :
'( Qu'est-ce que le mercure eiXe corps de la magnésie {cMaa TTiÇULayvTjai'aç) et les autres choses inhérentes au corps de la magnésie (1)? La conjonction disjonctive ( oiaï^suxTixov (rôvoecrjjiov ) doit ici être prise pour la conjonction copulative (àvTiToû cruuiTClexTixoù truvâe- (jfxou ), afin qu'on obtienne les nombres trois, cinq et sept, et que lesjours de la putréfaction soient, selon Démocrite, au nombre de quinze. Et le divin Zosime (2), en parlant des eaux divines, dit que les deux ne font qu'un ; que le composé blanc et l'eau de soufre sont une seule et môme chose ( mercure). — Ainsi, le soufre mêlé au soufre produit des substances ayant beaucoup d'affinité les unes pour les autres (3), parce qu'elles sont de même
(1) Conf. ms. 2249, fol. fi verso.
(2) Le ms. 224'J fol. 6 verso donne -. comme disent aussi les philosophes (xa6à çttfft zal ol cpiÀôffosot) an lie» de : ■< et le divin Zosime ».
(3) Tô yo\)-j Osîov ôcîw \i:yé-/. Le texte permet également de traduire : le divin mêlé avec l'eau divine produit... etc.
nature; et si elles sont de même nature, elles ne sont évidemment que les parties du tout ou d'un même composé. C'est pourquoi nousallons rechercher ce qu'est le tout, dont les deux parties sont le soufre et le mercure. »
Un chapitre particulier est consacré à la question de savoir si la forme eut composée et non simple (aûvfjEtov xal o'j/ àirÀoiiv to elooç ). On sait que les alchimistes ont les premiers agité la question de la simplicité de l'or. — Plus loin on lit plusieurs recettes pour faire la pierre philosophale. Parmi les substances citées comme devant y entrer, on remarque l'asbeste, le safran des métaux (sulfures et oxydes jaunes et rouges), et les coquilles d'œufs. L'auteur s'appuie sur l'autorité de Pelasius.
Dans le manuscrit n° 2^249, on trouve un traité du même auteur Sur reau divine, et combien il y ade formes de l'eau générique et divine, etc.{yw ypiffTiavoïï 7iep\ ôsiou uoaxoç, xal iroffoc xà sïâr, toïï y^vixoj xcd uâaToç, X. T. X.). — Au rapport de ce chrétien, les Egyptiens ont fondé la science sur des mots d'un sens caché (/.Expuauisvtov -î]? iTTia-rr^ur,? Xo'y'ov — A'tvuTrTiot l'opu£î). On pourrait invoquer ce témoignage à l'appui de l'opinion que les hiéroglyphes représentent en grande partie des allegoriesscientifiques, touchant l'aslronomie, la physique, l'alchimie, l'histoire naturelle. Ce même traité renferme des discussions subtiles sur ce qu'il faut entendre par cjeyire ( Yî'vo; ) et par e.v/jèee (sTooç), discussions renouvelées plus tard par les nominalistes et les réalistes. Il y est beaucoup question de Veau de V abîme (àê-Jacraiov u$o»p) , employée dans l'œuvre spagirique. C'était probablement quelque solution métallique qu'il fallait deviner conmie une énigme. — Viennent ensuite des considérations sur les formes alchimiques, sur les dissemblances, sur le sec et l'humide, le froid et le chaud, sur les nombres, etc. qui rappellent les doctrines de Pythagore et de Galien. Le tout est entremêlé de sentences hermétiques, telles que : « la nature se réjouit de la nature (•?! cpûaiç t^ cpûaei irspTraTai), la nature dompte la nature '•?, cpûsiç r/jv '^ûaiv vtxa) (1) » .
(l) D'autres cliapitres fiu même manii-cril sonl inlitiiMs : Quelle est la rtiscordance des anciens ? ( xî; ^ xwv àpyaîwv ô-.aswvia ; ). — Quelle est en général l'économie de l'eau? (tîç yi xaôoXou ToO îiôa-coç olxovofjita ;). — Propositions de guelques problèmes [àizopla.:). — Combien y a-t-il d'opérations génériqiiement et spéci/ic/uement différentes? (■jtoaoï.i elaiv al xax' stoo; •/.■xi ^vm oioi:fop-x\ twv uo'.r;(7£Mv;). — Quel est l'ordre qu'établissent les livres secrets des anciens? {-l; i-i £v àTLOxp'jçoi: twv 7ia).aicj/ èy.5ofA£vn xâïi; ; ). — Le serment (dpy.ô;). Dans ce
iCpître «risis, reine d'Farypte et femme <I*Osiris, sur l'art sacré, adressée à son fils llorus (I).
Tel est le titre d'un petit traité qui se trouve dans la collection des manuscrits grecs inédits concernant l'art sacré. L'auteur de cette épître, dont nous donnons le texte à la fin du volume (n" 1 de l'Appendice) est entièrement inconnu. 01. Borrichius le fait vivre à l'époque d'Hermès Trismégiste (2). Cette épître recommande, sous une forme allégorique, la pratique d'un des plus grands axiomes des alchimistes, à savoir qu'il faut en tout imiter (a nature. De plus, on y trouve la preuve incontestable qu'il était expressément interdit aux initiés de divulguer les secrets de leur science.
Voici cette épître :
«Tu as voulu, mon enfant, marcher contre Typhon, afin de combattre pour le royaume de ton père. Après ton départ, je me suis rendue à Hormanouthi ('Op[jLavou6i), où l'on cultive mystiquement l'art sacré de l'Egypte (ottou r, Upà xi/yr, ttjç'âiyutttou ijlu(i- Tixioç xotTaaxîuotCetai). Après v avoir séjoumé quelque temps, je voulus me retirer, lorsque, au môme instant, un des prophètes ou anges qui résident dans le premier firmament { Iv Trpio-rw cTSûstôut. ~i ) fi^^ sur moi ses regards. S'approchant de moi, il voulut entrer dans un commerce intime d'amour; mais je ne me rendis pas à ses désirs. Alors je lui demandai le secret de faire de l'or et de l'argent. A cela, il me répondit qu'il ne lui était pas permis de révéler cetimmense mystère. Le lendemain, jevisvenir vers moi le premier des anges et des prophètes, appelé Amnaël.
serment on fait iatei venir la Trinité chrétienne ([xaxxpta xai oegaTjjitaTpia; ) : on y jure au nom du Père, du Fils et du Saint-Espril On y remarque l'expression de ôiAOÛTio:, de mêm" nature , ce qui montre ijue l'auteur était un chrétien orthodoxe, mais non pas un sectateur de l'arianisme qui combatlait, les armes à la main, pour l'ôfAotoyiio;, de nature semblable. —Sur la poudre de projection (7t£pl|r,p(oy). — Sur la rouille (uepl îcù). Dans ce chapitre on trouve quelques indices de la fameuse théorie du phlogislique. On se rappelle que, d'après celte théorie, un métal brùlé ou oxydé a pjrdu son phlogislique ; c'est ce qui est ici contenu dans ces mots : « par la force du feu il a perdu son principe aériforme, oià tri; 'T*'^ Ttypô; pîa; à7tc[)).s<Ti tyiv iSîav irvEujjLàTcoatv. (I) Manuscrit u" 22 jO.
'2) Conspectus scriplor. Chimie. Mange!, B'.bl., vol. i, p. .lO.
Je renouvelai mes instances pour qu'il me découvrît le secret de faire de l'or et de l'argent. Il me montra alors un signe (t7r,y.Eïov) qu'il avait sur la tête et un vase sans vernis (x£pàiy.tov n àTriaaojTov), plein d'une eau brillante, qu'il portait dans ses mains ; mais il ne voulut pasme dire la vérité. Lejour suivant il revint, et tenta de satisfaire ses désirs; mais je ne lui cédai pas davantage. Il insista de plus en plus; je refusai de me livrer, jusqu'à ce qu'il m'eût révélé le signe qu'il avait sur la tête, et qu'il m'eût expliqué clairement et en détail la tradition du grand mystère. C'est alors qu'il me révéla le signe et qu'il m'expliqua les mystères; mais, avant de parler, il me fit prononcer le serment suivant :
« Je jure par le ciel, par la terre, par la lumière et par les ténèbres; je jure parle feu, par l'air, par l'eau et par la terre; je jure par la hauteur du ciel, par la profondeur de la terre et par l'abîme du Tartare; je jure par Mercure et par Anubis, par l'aboiement du dragon Kerkouroboros, et du chien à trois têtes. Cerbère, gardien de l'enfer; je jure par le nocher de l'Achéron; je jure parles trois Parques, par les Furies et par le glaive, de ne révéler à personne aucune de ces paroles, si ce n'est à mon fils noble et chéri.
« Maintenant, toi , mon fils, va trouver l'agriculteur, et demande-lui quelle est la semence et quelle est la moisson. Tu apprendras de lui que celui qui sème du blé moissonne du blé, que celui qui sème de l'orge moissonne de l'orge. Ces choses, mon fils, te conduiront à l'idée de la création et de la génération, et rappelle-toi que l'homme engendre l'homme, que le lion engendre le lion, que le'chien reproduit le chien ; c'est ainsi que l'or produit l'or; et voilà tout le mystère (1). »
Ces idées assimilent;, comme on voit, complètement la nature inerte, minérale, à la nature organique, vivante. Pour les philosophes hermétiques, les pierres, les métaux étaient desôtresorganisés quisereproduisaient et semultipliaient comme les animaux et les végétaux. C'est dans cette conception hardie qu'il faut chercher le fondement de la théorie du macrocosme et du microcosme.
Dans les manuscrits 2249 et 2250 se trouve un petit traité qui nous donne la clrfde ce que les philosophes entendaient pur microcosme et rnacroscome. En voici le passage principal : (( Hermès
(1) VoyP7- les détails du mystère au n" V de rAppendice.
292 lIISTflIUE DE LA CHIMIE.
nomme microcosme l'homme, parce que l'homme ou le petit monde (6 [Atxpoc xdfffxoç) contient tout ce que renferme le macrocosme ou le grand monde (6 \i.é-^a(i xo'cy-oç \ Ainsi le macrocosme possède de petits et de grands animaux, terrestres et aquatiques; l'homme a des puces (.{/uXXoik; ) et des poux : ce sont ses animaux terrestres (/epcaîa) ; il a aussi des vers intestinaux (Dvjaivôaç) : ce sont ses animaux aquatiques. Le macrocosme a des fleuves, des sources, des mers; l'homme a des vaisseaux ou intestins, des veines, des sentines (l^sopaçi. Le macrocosme a des animaux aériens ; l'homme a des cousins (xiôvojTCaç), et d'autres insectes ailés. Le macrocosme a des esprits qui s'élèvent (irveupiaTa avaoïooueva , tels que les vents, les foudres, les éclairs; l'homme a des vents (-fûaaç), des pets (TropSaçi, des maladies, etc. Le macrocosme a deux luminaires ( c&ojcrtYipaç ) , le soleil et la lune ; l'homme a aussi deux luminaires : l'œil droit, qui représente le soleil, et l'œil gauche la lune. Le macrocosme a des montagnes et des collines ; l'homme a des os et de la chair. Le macrocosme a le ciel elles astres ; l'homme a la tête et les oreilles. Le macrocosme a les douze signes du zodiaque ; l'homme les a aussi depuis la conque de l'oreille ( xpio; qui signifie aussi, le bélier, l'un des animaux du zodiaque), jusqu'aux pieds, qui se nomment les poissons ([^s'ypt twv ttoSwv oÏtiveç vofxi'^ovTai v/dùeç). »
Cet exposé de la doctrine du macrocosme et du microcosme est plus complet que celui qu'on trouve dans les commentaires d'Olympiodoie.
Ostaue le philosophe.
Nous avons de lui un petit traité Sur rart sacré et divin (1), qui n'offre pas beaucoup d'intérêt.
Ostane le philosophe n'a rien de commun (bien que les adeptes soutiennent le contraire) avec Ostane le Perse , dont il est question dans Hérodote. Notre alchimiste, qui professait la religion chrétienne, paraît moins ancien que Zosime. Son eau divine devait guérir toutes les maladies : «Elle rend, dit-il, la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, et la parole aux muets. » — Cette eau merveilleuse était préparée avec des serpents ramassés sur le mont
(1) Maniisciit, 11° 2î49.
PREMIÈRE ÉPUQLE. ^93
Olympe ; il fallait les distiller avec du soulre et du mercure jusqu'à la production d'une huile rouge. Cette huile devait être broyée avec du sang de coquillages et de vautours à ailes d'or, pris près des cèdres du Mont Liban. On la redistillait sept fois. « Cette eau, ajoute Ostane, ressuscite les morts et tue les vivants. »
La dernière propriété était certainement moins contestable que la première. Des substances animales, putréfiées et distillées avec des matières métalliques, devaient produire des poisons très-énergiques. Les alchimistes excellaient dans la préparation de ces genres de poisons.
Théodore.
Les alchimistesdédiaient souvent leurs écrits à des rois ou à des papes qui aimaient et pratiquaient l'art spagirique. C'est ainsi que Zosime a adressé divers chapitres (x£;pàXaix) (1), à Théodore. Or, quel est ce personnage? Si c'est le pape qui succéda, en 642, au pape Jean IV, et mourut en 649 , il faudra placer Zosime dans la première moitié du 7" siècle. — Ces xs-ûoiXaia sont de simples extraits ou des analyses d'ouvrages sur l'art sacré. L'un de ces ouvrages avait pour titre Sur la transmutation des quatre éléments {jit^\ T^; -ôiv TSffdâpojv axotyEi'wv z\c, éauxà aETotooX^ç ). On y lit entre
autres que « tous les produits de transformation de la terre et de l'eau ne sont pas du feu , et qu'il y en a aussi qui se dégagent sans flamme. » En effet la flamme n'est qu'im gaz incandescent et tous les gaz ne sont pas inflammables. On connaissait donc les gaz longtemps avant Van-Helmont.
Dans le même manuscrit, on trouve fol. 93 , {écrit \ de Papoas philosophe (Damoa; '^tloffO'^ou).
Cetécrit, qui manqueégalementdetitre, auraitpuêtre intitulé : Le serment des adeptes. En effet, ce n'est que la formule du serment par lequel les adeptes s'engageaient à garder le secret ; ils juraient par toutes les puissances célestes et terrestres, ains que par la létrade des élémen's (tôiv axoi/sîwv -zry T-sTpâxTr,v).
(1) Ms. 224'J.
Uiérothée.
Nous avons de cet hiérotechnite des vers sur Vart divin et sacré ('lEpoOsou '^iXoddtpou TCspi TY)? auTvîç Oeiaç xai '.coôtç T£yvr)i;, 5ià ffxi'yojv) (1 ) . Hiérothée vivait sous le règne de Nicéphore, à juger par un passage qui fait allusion à cet empereur, contemporain de Charlemagne (:2).
Voici ce passage : a Revêtu de la tunique de pourpre et du manteau rouge, il est assis sur le trône, comme le grand Nicéphore. »
Hiérothée était probablement chrétien, et postérieur à Marie, car il la cite dans ses vers, dont une partie a été imprimée, d'après un manuscrit de la Bibliothèque de Saint-Marc, par Estienne Bernard, à la fin du traité de Palladius, de Febribus.
11 existe du même auteur un autre écrit sur Vart sacré {^). Il y regarde le Saint-Esprit comme le principe fondamental de l'art sacré, et invoque tous les saints pour la réussite de l'œuvre.
Cosmas le solitaire.
Le manuscrit n" •2249 , fol. 41 , contient, sous le nom de Cosmas, un petit traité qui a pour titre : Interprétation de la science de la chrysopœie ( art de faire de l'or ) , du saint solitaire Cosmas (iparjveia xr,? £UiiTr/-|(X7)i; t^ç /puaoTcoiiotç îepoixovayou xoïï KotraS.). Dès le
début de ce traité, adressé , sous forme de lettres, à un ami , on trouve le nom {\echi/mie (y^ufjiia), si rarement employé à cette époque reculée de la science. «La vraie et mystique chymie exi^e seulement du travail (yjàXvjOivïi xal jauctixt-, /ujJ.(a xottou (xdvou ÔeÎTat) et pas de relâche ; car un est le tout (sv yap Isti to itàv), et par lequel est le tout ( xai â' ou to ttôcv) ; et si l'un ne devient pas trois et les trois un (xai d [t.y\ yivrixai xo ev xpt'a xxt xà xpi'a â'v) , le tout n'est rien (oùoe'v £(Txi xo ttSv). C'est la solution de la maladie de l'indigence ». On lit à la fin : u Ceci est extrait d'un ancien Zosime (ex xivoç
(l)Ms. 2249, fol. 63.
(2) Ms. 2249, fol. 94. ,
TTaÀaiou Zwcîaou) d — Ce qui vient après est extrait « du grand art des anciens (jV. tî;? u-eyâlr^c; xéyyr^q twv iraXatwv). » Il y est question de l'air subtil des charbons (ri -cojv avOpx/aov aupx). Ssrait-oe le gaz acide carbonique ?
Le contexte laisse la question indécise.
Poètes spag^iriques.
Les adeptes dédaignaient quelquefois la prose pour rendre leurs pensées. C'est ainsi que nous avons des vers û'Archélaûs, û'Héliodore et de Théophraste sur l'art sacré ou divin.
Les ïambes du philosophe Archélaûs (1) paraissent supposés.
Ces vers sont empreints d'un profond mysticisme, portant sur l'âme et le corps, sur le destructible et l'incorruptible, sur le corporel et V incorporel l'iaôiii.oLTow). « Quand la nature succombe, le principe indestructible se dégage de la matière, s'élève et devient comme un esprit (.. . txGTpacpeîaal^ uXriçavwOécixai YtveTaiwîTrvîîii^ia). » — L'auteur cite le savant Témiste (co'^oçTeatcrToi;), qui n'est pas le même que le Thémiste (du quatrième siècle), commentateur d'Aristote. On se rappelle que la plupart des commentateurs de Platon et d'Aristote étaient en même temps alchimistes. — Archélaûs était chrétien et antérieur probablement au schisme de l'Orient. Il termine son poëme par une invocation aux puissances célestes.
Le philosophe Héliodore adresse au roi Théodose le Grand des vers Sm/* Vart mystique des philosophes (2).
Ce poëme a de l'importance, en ce qu'il nous permet de lui fixer une date. Dédié à Théodose le Grand (mort en 395) , il doit avoir été composé dans la seconde moitié du quatrième siècle. 11 est donc positivement démontré que déjà à cette époque on s'occupait d'alchimie. L'auteur ne cite aucun des grands n)aîtres
(1) Ms. 2249, fol. 06 verso -. 'Ap/eXâou ;pt)oi56?0'j neol Icpà; xr/vri;, 5ià ttî/wv t(i(i6wv. Des fragments c|e ces vers d'Arcliélaiis ont été imprimés d'après un ninnuserit de la BiMiotlièque de Saint-Marc de Venise, à la suite du petit traité de Palladiis, de Febribus, par Et. Bernard; Leyde, 1745, iii-8°(p. 154-157 ).
(2) lijid., fol. ai recto. Des fragments des vers d'Hélio^ore se trouvent imprimés à la fin de l'édition dePalladius (p. 151-153), dojà rilée.
2ÔG HISTOIRE DE lA CMIMIK.
de l'art sacré, ce qui donne à penser que Zosime, Pelage, Marie, etc., ne sauraient du moins pas ôlre antérieurs au quatrième siècle. Latin de la citation prouve que le philosophe Héliodore était chrétien. Peut-être était-cele même personnage quel'évêque de Tricca, auteur de V Histoire élhiopique. L'évêque Héliodore vivait aussi sous Théodose.
Les vers du philosophe Théophruste sur le môme art divin font allusion au phénomène de l'éclair que l'argent présente pendant la coupellation. Théophruste élàxinn nom très-commun chez les Grecs. Il n'est donc pas nécessaire de songer ici au célèbre disciple d'Aristote, à l'auteur de l'Histoire des plantes. D'ailleurs notre Théophraste était chrétien : il parle du Saint-Esprit.
Vers la fin du poème, on remarque une gloriticalion de l'œuvre divin sous forme de litanie : la doctrine dualistique du principe mâle et du principe femelle joue un grand rôle dans l'œuvre glorifié (1).
Pour se faire une idée do la poésie hermétique, voyez, au n" VI de l'Appendice, l'Extrait de la dioptre de Jean de Damas.
Enfin, le manuscrit 2'2i9 (fol. 3-5) renferme, sous le voile de l'anonyme, les trois écrits suivants, qui ont pour titre :
I. Prescriptions pour ceux qui s'occupent de l'œuvre (Trapaivs'aEti; cuffTotTixat T(ov âyyEifcnjvTOJv Tr,v i:i/vr;^).
Ce petit traité est sans nom d'auteur. Peut-être est-il de Zosime. On y trouve l'indication des choses les plus indispensables aux opérations alchimiques. Ainsi, « il ne faut rien entreprendre sans l'insti-unient qui soulève le cuivre (opyâvouàvadTTwvTO!;) après le temps fixé de l'oxydation ([/.erà tov T£Tayiji.£vov TY^ç icjasojç /po'vov), ni sans le mélange des dix formes sèches et humides.... On ne saurait non plus rien entreprendre sans l'eau divine (ôeîov Goojp) qui est blanche et rouge. » — L'eau divine était quelque dissolution métallique, de plomb ou de mercure. Ces prescriptions se terminent par une comparaison qui a été souvent faite par les chimistes de notre époque : Les ^jo/.wns sont pareils à des /!??•nients, (i parce gu ils agissent e7i petites quantités, comme le levain dans la panification » (wç y^p ^i C^pi'i tou àpxoû oXîyrj ouia, toctoutov cpâpuaxov î^oijir,).
(1) Le toiiimencenieul, une partie du milieu et la fin du poëine de Tiiéoplirasle ont été imprimés par Et. Bernard (l'.illadiiis, de Fcbribus, p. Iâ5- Jb7}.
PREMIÈRE ÉPOQL'E. :>97
n. Sur la fabrication du cristal [■mpX /.puTT-xAXou Troir'asojç). Probablement de Zosime. On n'y remarque aucune notion pratique. L'auteur anonyme fait entrer dans le mélange, dont la fusion doit donner le verre, des œufs (le blanc et le jaune), de l'eau de nitre ('jowp viTçou) , du sang de poules noires, de l'huile d'olive, des coquilles d'huîtres, etc. Aucun de ces noms, à l'exception de la base du nitre, n'indique les substances propres à la fabrication du cristal.
III. Sur la déalbation (-Epi ÀeuxtouEw? ) , par un anonyme ^^1). — Qu'est-ce que la déalbation ou leucosis, dont parlent si souvent les alchimistes? L'auteur anonyme l'explique. « C'est , dit-il , une opération capitale (xE-^àXatov); après la déalbation , le parfait mystère (to téXîiov uLuaTT-piov) devient jaune ( çav^outai). La déalbation est une combustion, et la combustion est une résurrection par le feu Quand tu feras de la rouille ou du cinabre
(et oÈ îwffït; r. xivaéaptcôi;), tu seras heureux, ô Dicscure ! »
Le mot cinabre, qui signifie ici évidemment l'oxyde rouge de mercure, trahit le secret. Cet oxydeétant chauffé revient à l'état de mercure blanc métallique. Et quand on chauffe celui-ci, qui s' ^T^^oWe \e i^ar fait mystère , il devient jaune et rouge. La déalbation est donc la révivification du mercure par l'action de la chaleur sur l'oxyde rouge. Les alchimistes n'ignoraient pas que , pendant cette opération, il se dégage un esprit [izwvJu.'x], qui est, comme nous savons aujourd'hui, Voxijgène.
Les documents, la plupart inédits, que nous venons de mettre sous les yeux du lecteur, pourront suffire pour faire connaître les doctrines des premiers alchimistes, la tendance mystique et allégorique de l'ar.t sacré.
Celui qui voudrait faire une étude plus approfondie de cette époque, si intéressante, de l'histoire de la science, et livrera l'impression quelques écrits de ces auteurs, dont la plupart sont encore ensevelis dans la poussière des bibliothèques, nous saura peut-être gré de joindre aux analyses et extraits que nous venons de donner, une sorte de table des matières, qui pourrait le guider dans ses recherches.
(1) Ms?. 2249 et 2250.
Ifannscrits ST^ccs alchimiques de la Bibliothèque impériale
de Paris.
N»2252 (ms. du 16" siècle).
Commentaire d'un anonyme sur le livre de Comarius, enseignant à Cléopàlre l'art sacré de la pierre philosophale (ttjv Ost'av xai Upàv T£/vT,vToo XÎ60U Tr;<; cpiXoco'^t'ai; ). Ce Commentaire commence par une invocation à l'Etre suprême, au démiurge.
De l'art divin, par Jean l'archiprêtre d'Évigia.
L'œuf des philosophes, par un anonyme.
Des produits de sublimation («'.OaXôJv), par un anonyme.
Commentaire d'un anonyme sur un ouvrage de Zosime.
De la pierre philosophale, i)ar un anonyme (1).
De l'arl sacré des philosophes, par un anonyme.
Pelage, sur l'art sacré. L'auteur vante beaucoup les propriétés d'un amalgame d'or, fait avec une partie d'or, et trois parties de magnésie et de cinabre.
De l'art de faire de l'or.
Dans le manuscrit 2250, fol. 169, se trouve d'un anonyme un petit traité sous le même titre. Cet anonyme invoque l'autorité de Zosime , d'Olympiodore et d'autres commentateurs d'Aristote et de Platon. « Ces interprètes ont tous écrit, dit-il, des commentaires théoriques très-importants sur l'art de
faire del'or (6£0)pr,Tixày.ai asyta-ra u7roavy^ij.o(Ta Ta'JTr,(;T^i;/pit(j07roua;). Tous s'accordent sur l'unité du but et l'unité des substances ( £v yi'vEcOai xiç oùctaç ). » — « Puis l'auteur ajoute : (( Celui qui fait de la rouille , fait de l'or; celui qui ne fait pas de rouille, ne fait rien. Lorsque les substances sont épaisses, les corps deviennent aériformes et se spirltualisent (dapcoor, xa'i TrvîuaaTixà y'vovTai Ta c7o\u.aTixà ) . »
(I) Un petit traité de la pierre pliilo>opliaie (6 )i6o; tri; siÀoiosta; ) est contenu dans le manusc. n" 2249, foi. 104 reclo. Il ne se compose que de quelques extraits de ZosiniP, d'Ostane et de Démocrite. Il faut en dire autant du petit (raitt' qui se trouve sur le verso du même feuillet, et qui a le même titre avec une très-légère variante (itspî tov ).t6ou -rwv çO.ouôswv ). On y voit, de plus, cité Jean l'archiprêtre, Ktienne. Hermès Trismégiste et Olyinpiodore. Ce dernier traité se termine par les dt^fmitions de quel jues termes alcliimiques. « Le levant \i, àvaxo/iî), y est-il dit, signifie le principe mâle (tô âopev) ; le coucliant {■}\ Sûffiç) le principe femelle (toOfÀu).» L'auteur y ajoute en guise d'axiome : ■< Le froment engendre le froment, l'orge engendre l'orge. >■ C'était l'axiome de homogénéité.
Sur les poids et mesures, extrait des écrits de Cléopâtve.
Lexique de l'art sacré.
Commentaire de Synésius le philosophe, sur le livre de Démocrite.
Stéphanus, philosophe d'Alexandrie , sur l'art sacré de faire de l'or.
Commentaire de Zosime.
La teinture des pierres, des émeraudes, des hyacinthes , etc., extrait du livre du sanctuaire des prêtres.
La trempe du cuivre inventée chez les Perses et décrite par Philippe, roi de Macédoine.
La manière de former la grêle sphérique, par le célèbre Arabe Salmanas. — Le même traité se trouve dans le ms. 2249 fol. 29 (uléGoSoî Si' ^ç i-Eoiù-tlxoLi i^ a-faipoeior,? yâ>a^a\ L'auteur prescrit de chauffer de petits grêlons avec du jus de citron (xtrpiov ^ojaov), dans un vase bien luté. L'opération doit être répétée pendant un certain nombre de jours. Dans les chapitres sur la déalbation des perles (Xeuxwcii; u.o(pYapiTwv), il s'étend sur la dissolution des perles dans des acides organiques et minéraux. Pour faire pondre de r.or aux poules , il recommande de les nourrir avec de la litharge et du miel (c'était le moyen de les empoisonner). Pour faire de l'argent, il conseille de faire fondre de l'élain et d'y projeter, pendant la fusion du métal, de l'asphalte et du sel commun. — Ce qui démontre que le cinabre, xtvaêasi , n'était pas seulement le sulfure rouge, mais aussi l'oxyde ronge de mercure, c'est que, dans le chapitre r.ipl xiv»gap£wç, l'auteur dit de le préparer avec l'huile ou l'acide dunitre. — Dans le chapitre sur la teinture des pierres, des émeraudes, des lychnites, des hyacinthes , et après nn livre du sanctuaire (xaxaêacpr) Xt'Qojv xal aixapây^cov xat XuyviTwv xai baxivOojv Ix tou àouTOu xwv teptov IxSoÔivxo; piêXi'ou ), il
est question, en termes non équivoques, de la coloration des pâtes de verre, de faïence et de porcelaine par des oxydes métalliques.— Nous y avons vu pour la première fois employé le mot talc , xaXax, dei)uis adopté par tous les minéralogistes. L'auteur fait remarquer que ce mot est en usage chez les Perses et les Égyptiens. C'est avec le talc ( silicate de magnésie? , le fiel de bœuf et les fleurs de cuivre, qu'il prescrit de colorer les verres.
Le fiel (le bœuf, de poisson, de dragon, etc., agissait principalement par l'alcali (soude) que cette liqueur animale renferme naturellement. — Salmanas cite Zosiine, Démocrite ( Iv t^ twv AîyuTTTuov ffotpY) pîéXw), Marie et Petasius. Ce dernier avait publié les Mémoires de Démocrite ( Ayi[;LoxptT£ta ÔTrotAv/ifjLaTa ). Parmi les substances végétales, employées comme matières tinctoriales, on remarque la chélidoine, l'aristoloche, la rhubarbe du Pont (Ilov- Tiov pâ ), l€ safran de Cilicie, le thapsus (espèce de verbascum).
Le même traité ( pacf/V] x&u irapà llspa-aiç l^eupr,[j.£vou ^aXxou ) se trouve, avec des variantes, dans le manuscrit 2249, fol. 39. L'auteur s'appelle également Philippe ; ce n'est point le roi de Macédoine, mais un archiprêtre macédonien (àp/ispEÛç), attaché au temple de Sainte-Sophie, à Conslantinople. A juger par certaines phrases, l'écrit n'est pas antérieur au huitième siècle. Il est question des Arabes et des savants Ismaélites, dans le chapitre intitulé : Fabrication du cuivre jaune {■Koir^ni<i -rôti /aXxou ^avôoîi ).
L'auteur parle aussi, en termes uiî peu obscurs , de la trempe du fer indien, a avec lequel on fabrique, dit-il, de fameux sabres (Ta ôaumaaia ;r^Yi). Cette trempe a été inventée par les Indiens, auxquels l'ont empruntée les Perses; et de là, la connaissance en est venue jusqu'à nous. » — Il emploie d'ailleurs beaucoup de mots arabes, tel que tuthie , eliley , natiphi, etc. Il cite aussi le nom de Marie, dans des recettes chimiques.
N" 2323 (manuscrit fort endommagé) :
On y trouve les commentaires de Synésius, de Stéphanus, .quelques ouvrages de Zosime , etc., reproduits dans les manuscrits 2249 et 2273.
Les Physiques et les Mystiques de Démocrite (Commentaires de Synésius).
On y trouve les mêmes traités que dans les manuscrits 2232, 2275 et 2325.
PREMIÉPiE ÉruoCJE. 301
N" 2339 ( manuscrit rempli de corrections ) :
Discours de la très-savante Marie sur la pierre philosophale.
L'auteur cite Pelage et Zosime, et conseille de cacher les substances, sur lesquelles on opère, dans dufumierde cheval ou d'oiseaux (etçxÔTrpov '.^rretav r^ opvi6£(av ). Ne serail-ce pas là l'origine des bains-mari e?
Sléphanus d'Alexandrie, sur le monde matériel.
Instruction adressée à l'empereur Héraclius, par le même.
Le signe élémentaire de l'art sacré.
CEui des philosophes.
Traité de chimie mystique {■Kspi [).\j<svixr,ç /uneiaç), en vers.
De l'art sacré, extrait des philosophes, par Théophraste.
Extrait de Gléopàtre, sur les poids et les mesures.
l<a poudre à canon et le feu grec ou g^ré^eois [ignis gi'XCUS),
Les Chinois paraissaient avoir, dès le premier siècle de notre ère, connu un mélange analogue à la poudre à canon (l); mais ce ne fut que beaucoup plus lard qu'ils l'appliquèrent à l'art militaire.
Les Romains, qui avaient beaucoup perfectionné le métier de s'assommer méthodiquement, s'étaient déjà, du temps des guerres de la république, servis de poix, de résines, de bilume, et d'autres substances inflammables, pour les lancer sur l'ennemi pendant le siège des villes.
Les habitants de Samosate défendirent leur ville assiégée par Lucullus, en brûlant les soldats avec la maltha embrasée, qui se trouvait près d'un lac de la Comagène. La maltha n'était autre chose que du bitume (3).
Le naphthe {\i) , dont le nom signifie /eu liquide, était depuis longtemps employé pour obtenir des effets de combustion. C'est' ainsi, dit-on, queMédée brûla sa rivale, par le moyen d'une cou-
(l)Is. Voss, Varix Observât., xiv, p. 83.
{2j Pline, H\st. nat., ii. toi.
(3) De nare, nager, et pfit/ia, feu, synonyme de Viilcain.
ronne enduite de naphthe, laquelle prit feu à l'approche de la flamme de l'aulcl (1).
Nous montrerons plus loin que la plupart de ces substances combustibles, depuis longtemps connues des anciens, entraient dans la composiiion du fameux feu grégeois, dont on a beaucoup exagéré les effets.
Les prêtres imitaient, disent les historiens, la foudre et le tonnerre dans la célébration des mystères d'Isis et d'Eleusis ; ils faisaient voir et entendre ces phénomènes aux personnes qui voulaient se faire initier. Les auteurs anciens admirent la témérité deSalmonée, qui prétendait imiter le tonnerre et l'éclair (-2). DionCassius rapporte que Caligulase vantait de braver Jupiter, en répondant à ses foudres par d'autres foudres, lancées en l'air à l'aide d'une machine (3).
Anthémius de Tralles- embrasa, d'après ce que raconte Aga- Ihias, la maison de Zenon le rhéteur, son voisin, en y lançant la foudre et le tonnerre (4). Ce même Anthémius savait aussi imiter les tremblements de terre.
Les Indiens paraissaient avoir, depuis longtemps, connu un mélange combustible, analogue à la poudre à canon ou au feu grégeois. Philostrate raconte que les sages de l'Inde repoussaient l'ennemi à coups de foudre et de tonnerre (o). Quant au feu de Siva et « ce foyer mystérieux qui brûle dans la profondeur des mers, » il faut prendre ces paroles de Douchmanta {Sncounlala, drame de Calidasa) dans un sens purement allégorique. ,
Ammien Marcellin, historien du quatrième siècle et qui avait servi dans les armées de l'empereur Julien, parle de flèches creuses en roseaux, assujetties avec des fils ou lanières de fer, et remplies de matières inflammables. Ces flèches, en forme de fuseau, étaient lancées avec une force modérée ( lancés avec trop de force elles s'éteignaient); elles incendiaient les lieux où elles venaient s'attacher. L'eau qu'on y jetait ne faisait que raviver la flamme; le sable ou lapoussièrepouvaient seuls l'éteindre. Tel est le récit d'Ammien Marcellin, qui rappelle un peu notre fusée (6).
(1) Pline, II, 105, Les anciens tiraient de l'Iiuile de naplitiie on pétrole principalement des environs de Babylone.
(2) Virg. /En., yi, 585. Valer. Fiaccus, i, 662. Hygin, Fab. 61 et 250.
(3) BpovTaï; ex [j-rj/avri; tivo; àvcsgsôvTa. Dio Cassins, Hist, rom.
(4) Agalliias, De rébus gcslis Jusllniani, v, p. 151 ; Paris, 1660, in-fol.
(5) Piiiloslrale, VU. .Apollon., ii, 33.
(6) Aiinn. Marcellin, liv. \xiii, c. 4 Sagittaesl cannea, ïnterspiculum et anin-
IREMIÈRE ÉrOUL'E. . 303
Le feu automate [tvj^ tîuTOjjLairovj, dont parlent Athénée et Jules l'Africain, ressemble tout à fait au feu grégeois. Voici le passage d'Athénée : « Xénophon le prestidigitateur (ô ôauaa-roTToioç), qui eut pour disciple Cratisthène de Phlionte, étonnait le monde par ses artifices merveilleux; il faisait, entre autres, partir un feu de lui-même (•KÛp aùxdaaxov Itcoisi dva-^uEaQai) (1) ».
Aucun autre écrivain n'a parlé de ce Xénophon, et les commentateurs d'Athénée n'ont apporté aucun éclaircissement au passage cité.
Jules l'Africain est beaucoup plus explicite. Voici ce qu'il nous apprend sur le feu automate « Le feu automate se prépare, ditil, de la manière suivante : Prenez parties égales de soufre non brûlé (natif j, de salpêtre et de pyrite kerdonienne (sulfure d'antimoine?); broyez ces substances dans un mortier noir, au milieu du jour (y.eaoupavoïïvToç r,Xîou). Ajoutez-y parties égales de suc de sycomore noir et d'asphalte liquide; puis vous mélangerez le tout de manière à obtenir une masse pâteuse et comme graisseuse; enfin, vous y ajouterez une petite quantité de chaux vive. Il faut remuer la masse avec précaution, au milieu du jour, et se garantir la figure ; car le mélange prend subitement feu. Mettez ce mélange dans des boîtes d'airain fermées par des couvercles, et conservez-le à l'abri des rayons du soleil, dont le contact l'enflammerait ('2). »
L'empereur Léon faisait lancer à la face de l'ennemi de petits tuyaux (ijLi/cpoi (7i;|/wv£ç ), remplis de feu, et qui souvent éclataient entre les mains de ceux qui les lançaient (3).
C'est à la fin du m" siècle ou au commencemeut du viii'^ que l'on fait généralement remonter l'invention du feu grégeois. Les Grecs s'en étaient, dit-on, pour la première fois, servis pour brûler la flotte des Sarrasins près de Cyzique.
dinem multifido ferro coagmentata , quec in multebrïs coli formarn, quo nentur lintea slamina , concavatur ventre subtiliter et pluri/uriam païens, alque in alveo ipso ignein ciini nliquo suscipil alimento. Et si emissa leniiîis arcu invalido {iclu enim rapidiore extinguitur) hxserit usquam , tenaciler cremat, aquisque conspeisa acriores excitai astus incendiorum , nec reniedio tillo, qiiam superjecto pulvere consopitur.
(1) Atélinée, Deipnosoph., liv. i, c. 35, t. i, p. 73 de l'édit. de Schweigliàuser.
(2) Ce chapitre est extrait d'un manuscrit grec de la Bibl. impériale, n'^ 2437 : 'lûuXtO'j 'AçpixïvoO Kectoi ^.
, (3) Léo, Ticol -caxTixyi; xal oxpaTYiy&O, apud Jo. Meursium., Opéra, ex récent. J. Lami.; Florent., vul. \i, 1745, p. 8J4.
.'30i HUsTOIHE DE LA ClilMrE.
Cependant Constanlin Puij)hytogénùte dit, dans la lettre que nous allons citer, que le feu grégeois fut communiqué par un ange à Constantin le Grand. Les Grecs l'appelaient nZp Gypo^^ /^^ liquide (1), et ils en cachaient soigneusement la composition, comme le démontre la lettre que Constantin Porphyrogénète adresse à son fils : «Il faut aussi, dit-il, avoir soin du feu liquide, et renvoyer ceux qui en demanderaient le secret, qui a été confié par un ange au premier roi des chrétiens, à Constantin, avec la défense expresse de le fabriquer ailleurs que dans la ville des chrétiens (Constantinople). Le grand roi jura, sur l'autel de l'église de Dieu, que celui qui oserait apprendre ce secret à une nation étrangère perdrait le nom de chrétien, et serait déclaré indigne de remplir aucune fonction dans l'État; que le traître, qu'il fût roi, patiiarche ou tout autre homme, serait maudit à jamais. Que Dieu, termine-t-il, l'écrase delà foudre au moment où il entrera dans le temple (2) ! »
Nous ignorons si les foudres de Salmonée, de Caligula, des brahmanes, étaient faites avec de la poudre à canon ; car les anciens ne nous indiquent, comme nous venons de voir, que l'emploi des résines et de l'huile de naphthe comme substances inflammables. Mais ce qui paraît certain, c'est que le feu grégeois se composait tout à la fois de ces dernières substances, et au moins de deux éléments (soufre et salpêtre) de la poudre à canon. C'est ce que fera connaître le paragraphe suivant.
llarcus Graecus (3^ .
Dans le manuscrit latin (de la Bibliothèque impériale), n° 7156 ( du xvi*' siècle), intitulé Xarii tracUifus de alchimia, se trouve,
{ 1 ) IIOp uypôv, [eu liquide, .«ignifie aussi eau-de-vie ti essence de térébenthine, «ppelé'S pi imitiv( nient aqva' ardoites, eaux hrùlanles.
(2) Constantin Poipiiyio^iénète, De administruudo imperio liber ad Romanum Porphijrocj. filium ; Lu^d. Bat., 8, 1GI7.
(3) Il est assez diflicile de delcrniiner l'époque à laquelle vivait ce Marciis Graîeus, sur la vie duquel on ne sait absolument rien. Il est probable qu'il vivait vers le huitième siècle. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il hsI antérieur au médecin arabe Mesué (vivant au neuvième siècle), qui le cite. (J. Mesne, Opéra medica ; [tas,. 8.), col. 1"", D. Venise, 1581 ). Les sceptiques peuvent, il est vrai, nier l'idenlité
fol. 69, un petit traité, sous le titre de : Liber ignium ad comburendos hostes, et commençant par ces mots :
Incipit liber îijnium a Marco Grœco descriptus. Nous en donnerons le texte à la fin du volume. Ce petit traité est reproduit dans le ms. n^TloS. C'est là qu'on trouve, pour la première fois, la description exacte de \â poudre à canon, la distillation deVeaude-vie et de Vessence de térébenthine, appelées eaux ardentes, et qui entraient dans la composition du feu grégeois.
L'auteur indique plusieurs moyens de combattre l'ennemi à distance. A cet effet, il conseille, entre autres, de réduire en poudre, dans un mortier de marbre, 1 livre de soufre, 2 livres de charbon et 6 livres de salpêtre; de mettre une certaine quantité de cette poudre dans une em-eloppe longue, étroite, et bien foulée. Tl ajoute qu'en y portant le feu, on la fait voler en l'air. C'était la fusée {tunica advolandum). «L'enveloppe, au contraire, continue l'auteur, avec laquelle on veut imiter le tonnerre, doit être courte et épaisse, à moitié pleine, et fortement liée avec une ficelle. •» C'était le pétard. Voici d'ailleurs la traduction des passages les plus intéressants du Traité des feux de Marcus Grsecus :
Liber ignium.
« Moyens de combattre l'ennemi par le feu, tant sur mer que sur terre.
(( Prenez une livre de sandaraque, et la même quantité de sel ammoniac dissous (1) ; faites de tout cela une pâte que vous chaufferez dans un vase de terre verni, et luté soigneusement avec du lut de sagesse (2). Vous continuerez à chauffer jusqu'à ce que la matière ait acquis la consistance du beurre ; ce qu'il est facile de voir en introduisant par l'ouverture du vase une baguette de bois à laquelle la matière s'attache. Après cela, vous
de notre Mai eus Grœcus avec celui cité par Mesué; mais ils ont encore moins de preuves pour nier, que nous pour affirmer. MM. Favé el Reinaud placent la rédaction définitive du Liber ignium de Marcus Grsecus entre le nt^uvième et le douzième siècles. (Du feti grégeois, Paris, 1845, p. 97.)
(1) Il y a dans le texte ammoniaci liquidi, ce qui ne veut pas dire de Yammoniiique liquide. Car l'ammoniaque (gaz ammoniac dissous dans l'eau), qui s'appelait esprit d'urine (spirilus urinae), n'était pas encore connu.
(2) Ce lut variait de composition ; il y entrait du sable, de la chaux el du blanc d'œuf.