HIST. OF, LV CHIMIE. — T. I
y ajouterez quatre livres de poix liquide (t). On évite, à cause du danger, de faire celle opération dans l'intérieur d'une maison. Pour opérer sur mer, on prendra une outre en peau de clièvre, dans laquelle on mettra deux livres de la composition que nous venons de décrire, si l'ennemi est à proximité. On en mettra davantage, si l'ennemi est aune plus grande dislance. On attache ensuite celte outre à une broche de Ter {veru ferreum), dont toute la partie inférieure est elle-même enduite d'une maliére huileuse; enfin, on place sous cette outre une planche de bois proportionnée à l'épaisseur de la broche {liynuni adversus verugrossitudinem], et on y met le feu sur le rivage [in ripa succendes). Alors l'huile s'allume, découle sur la planche, et l'appareil, marchant sur les eaux, met en combustion tout ce qu'il rencontrera. ))
Marcus Grœcus donne ensuite la recette et l'emploi d'une série de mélanges combustibles ou de feux (ignés), comme il les appelle, parmi lesquels nous citerons le suivant comme l'un des plus complexes :
Prenez : Huile de pétrole 1 livre.
Mot'We Lie canna ferula 6
Soufre 1
Graisse de bélier liquéfiée . . 1
Huile lie térébenthine Quantité indéterminée.
(( On trempe dans ce mélange des flèches à quatre têtes, qu'on lance allumées dans le camp de l'ennemi. L'eau qu'on y projettera ne fera qu'augmenter la flamme.
« Autre espèce de feu propre à incendier les logements de l'ennemi du voisinage :
« Prenez de la poix liquide (a/kitran), de la bonne huile d'oeuf, du soufre, une once de chaque matière. Ajoutez-y de la cire fraîche le quart de la masse précédente , et traitez tout ce mélange de manière à le convertir en une sorte de cataplasme. Lorsqu'on voudra s'en servir, on prendra une vessie de bœuf insoufflée et garnie d'une petite ouverture bouchée avec un morceau de cire. .\près l'avoir frottée, à différentes reprises, avec celte huile, on l'allumera avec un morceau de bois de marrube, on ôtera l'enveloppe qui la recouvrait, cl on la placera sous le lit ou sous le toit de l'ennemi pendant une nuit orageuse. Le vent
^1) Le texte poile alhitran, mol ar.ibe qui signifie poix liquide.
aidera à répandre la flamme, que l'eai', loin de donii)ler, ne fera que rendre plus dangereuse.
« Autre espèce de feu, avec lequel Aristote prétendait incendier des maisons situées sur une montagne :
Prenez : l'oix liquide , 5 livres
Ifuiie li'œut
éiiaux non éltinfe
10 livres decliaq. subsi.
« Triturez la chaux avec l'huile jusqu'à ce qu'il en résulte un magma épais. Froltez, avec ce mélange, au temps de la canicule, les pierres, les herbes, etc. ; enterrez-les dans du fumier au même endroit. La pluie de l'automne les mettra en combustion.
«Tout feu inextinguible ne peut être éteint ou étouffé que par du vinaigre, par de l'urine pourrie, ou par du sable.
« Le feu volant {ignf'svolafilis in aeri ) peut être obtenu de la manière suivante. Prenez une partie de colophane, autant de soufre, deuxparties de salpêtre [salis pef roui). Dissolvez ce mélange pulvérisé dans de l'huile de lin ou de lamium, ce qui vaudra mieux. On placé ensuite cette composition dans un jonc ou bâton creux et on y met le feu ( in canna vel lirjno excavo reponahir et accenf/«/?/r). Aussitôt il s'envolera vers le but que l'on voudra désigner [evolat ad qiiemcumque focum volueris), pour mettre tout en feu.
Poudre a canon. — (( Prenez une livre de soufre pur, deux livres de charbon de vigne ou de saule, six livres de salpêtre. Broyez ces trois substances dans un mortier de marbre, de manière à les réduire en une poudre très-fine [qux tria snbtilissime terantur). Après cela, on mettra la quantité que l'on voudra de celte poudre dans une enveloppe ( tunica ), destinée à voler dans l'air ou à produire une détonation (1).
« Remarquez que l'enveloppe destinée k voler [tunica ad roianditm) doit être grêle, longue, et remplie avec ladite poudre bien bourrée [ciim prœdicto pulvere oïdime conculcato repleta) (2) ; tandis que l'enveloppe qui produit la détonation doit être courte, épaisse, seulement h. demi remplie de poudre, et forlemeni liée
(I) Il y a dans le texte : pulvis in (unicn reponaliir vola/ili vet tini/ri:m fnciente. L'auteur fait voir ensuite qu'on obtenait des effets diflërenls en variant la foimedt; l'enveloppe.
(?) C'était là notre fusée
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aux deux bouts avec un fil de fer (i). Notez qu'il faut, dans l'une ou l'autre enveloppe, pratiquer une petite ouverture, afin que l'on y puisse porter la nièehe.
(( Cette enveloppe doit être mince aux deux extrémités, large au milieu, et remplie avec la poudre en question. L'enveloppe (tunique) destinée à s'élever en l'air a peu de pVis { plicaturas); l'enveloppe destinée à produire une détonation peut en avoir un très-graud nombre.
(( On peut faire un double pétard ( dvplex tonitriim ) ou une double fusée [duplex volatile insfrummiuin ), en emboîtant une enveloppe dans l'autre. »
Marcus Grœcus remarque que, pour purifier le salpêtre, on le fait dissoudre, tel qu'on le rencontre, dans de l'eau bouillante; qu'on met la dissolution sur un filtre, et qu'on laisse la liqueur bouillante se refroidir. « On trouve, dit-il , au fond du vase, le sel congelé ou solidifié sous forme de lames cristallines [invevies in fundo laminas salis conyelatas crisialiinas). »
L'auteur indique ensuite plusieurs mélanges combustibles, dont la préparation est conçue d'après les idées alchimiques (voy., en appendice, le texte de Marcus Grœcus). Il prétend qu'aucun de ces mélanges ne peut être éteint par l'eau, et que celuici ne ferait qu'accroître l'incendie [majvs parabit incendium).
« Pour saisir le feu avec les mains, sans se faire aucun mal, on dissout de la chaux dans de l'eau de fèves chaudes; on y ajoute un peu de terre de Messine, de la mauve et du gui. On se frotte les mains avec ce mélange, et on le laisse se dessécher (2). »
L'auteur donne ensuite une autre recette du même genre : ut aliquis sine Lrsione comburi videahir.
Feu grégeois. — « Le feii grégeois se fait de la manière suivante : Prenez du soufre pur, du tartre, de lasarcocolle (espèce de résine), de la poix, du salpêtre fondu, de l'huile de pétrole et de l'huile de gomme. Faites bouillir tout cela ensemble. Trempez-y de l'étoupe, et mettez-y le feu. Ce feu ne pourra être éteint qu'avec de l'urine, avec du vinaigre ou avec du sable (3).
(1) C'était le pétard.
(2) Des expériences récentes ont prouvé qu'on peut impunément toudier avec la main de la fonte liquide. Les tiavaux de Boutigny sur la congélation de l'eau à une température élevée peuvent en donner l'explication.
(3) Vulturius, de Re militari (ii, 9), donne la composition suivante du feu
«L'eau ardente ( aqua ardens) se prépare de la manière suivante : Prenez du vin de couleur foncée, épais et vieux. Ajoutez à un quart de ce vin deux onces de soufre pulvérisé, deux livres de tarlre provenant de bon vin blanc, deux onces de sel commun; mettez le tout dans une cucurbite bien plombée et lutée [subdita portas in cucurbita hene plumbata ), et, après y avoir apposé un alambic, vous distillerez une eau ardente que vous conserverez dans un vase de verre bien fermé. »
Un peu plus loin Marcus Grœcus décrit la distillation de l'essence de térébenthine, qu'il appelle également aqua ardens, eau ardente; ce qui peut faire penser, avec juste raison, que toutes les huiles essentielles portaient primitivement, ainsi que l'alcool, le nom d'eaux ardentes.
(( Prenez, dit l'auteur, de la térébenthine, distillez-la par un alambic (fZ/s^«7/a per alambicum), et \ous aurez ainsi une eau ardente qui brûle sur le vin, après qu'on l'a allumée avec une chandelle {candela ). »
Le passage cité pourra servir à expliquer pourquoi le feu grégois brûlait surl'eau : c'est que par ce mot il ne faut pas entendre l'eau commune, mais des eaux ardentes, des huiles essentielles, et notamment l'huile de térébenthine, mises en contact avec d'autres substances très-combustibles.
Enfin, l'auteur termine en donnant la description de plusieurs espèces de feiix volants. « On peut, dit-il, faire un feu volani ( ignis volans in aère) avec un mélange de salpêtre, de soufre et d'huile de lin ; ce mélange, étant mis dans un tube ou jonc creux [canna) (1), peut, après avoir été allumé, s'élever dans l'air. On fait aussi, ajoute l'auteur, une autre espèce de feu volant, avec du salpêtre, du soufre, et des charbons de vigne ou de saule. Ce mélange, étant mis dans une mèche faite avec du papyrus (m tenta de papijro facta), s'élève, après avoir été allumé, rapidement dans l'air. Pour faire ce mélange, il faut avoir soin que la quantité de charbon employée soit triple de celle du soufre, et que celle du salpêtre soit triple de celle du charbon, n C'était là, à peu de chose près, la composition de notre poudre à canon (2).
gri'geois : cliaibon de bois, nitre, eau-de-vie, soufre, poix, myrrhe, camplire; on saupoudre avec ce mélange la laine, rétoii|ie, etc.
(I) Ce tube creux n'est autre chose qu'une espèce de canon à fusil ; car le nom de canon vient évidemment lui-même du mot canna, qui est ici employé par Marcus Grœcus.
{").) Nous constatons avec plaisir que, depuis l'apparition de la 1"^ édilion de
310 IIISTOIIIE HE LA CIlIMIi:,
Thémiste.
Les ouvrages mystiques et alchimiques attribués à Thémiste, cité phis haut , sont-ils réellement sortis de la plume du célèbre sophiste grec , ami de l'empereur Yalens et qui^avait commenté les œuvres d'Aristote? Y avait-il un pseudo-Thémisle alchimiste, comme il y eut un pseudo-Démocrite? A quelle époque vécut ce pseudo-Thémiste? Voilà autant de questions à peu près iiupossibles à résoudre. Nous inclinons néanmoins à penser que noire Thémiste alchimiste vivait vers le vii*^ ou le viii" siè cle. Dans tous les cas, il devait être chrétien, et postérieur à Thémiste le sophiste, qui était païen.
En parcourant les écrits grecs du commentateur Thémiste, on remarque qu'aucun ne traite de l'alchimie. Cet auteur diffère complètement de son hononvine, j)hilosophe hermétique, comme le prouvent les extraits suivants (I) :
Des éléments actifs, fair et le feu. « L'air universel est le ciel. Les vertus des auties corps y passent comme par un ciible. C'est le premier corps diaphane qui reçoit toutes les qualités et n'en retient aucune. Il approche de la nature spirituelle; et pour cela il est sous-entendu dans le magistère des sages Sous le nom d'ange, de génie, de démon, d'esprit. La région inférieure de l'air est comme la gorge d'un alambic, par où les vapeurs montent jusqu'à sa partie supérieure, où elles se condensent en nuées par le froid, et, réduites en eau, elles retombent aussitôt. C'est ainsi que la nature, en sublimant et cohobant l'eau par une distillation assidue et réitérée, la rectifie et
notre Histoire de la chimie (Paris, 184?.), la question du feii grégeois a été traitée, d'après les données que nous avions fournies, par plusieurs savants dislingués, notamment par M. Reinaud.
(i) Extraits d'un manuscrit (|). 207 ) communiqué par M. Javary ; l'ccrilurt^ est d'uue é|ioque assez récento. Ou y lit au commeucenu ni une épîlre dédiciitoire adressée à l'empeieur Valen>. L'anleur, après avoir commenté sur un ton de prédicateur, se ravise tout à coup. « \'ons êtes san"; doute étonné , dil-il à l'empereur, qu'un païen tienne un pareil langa',e. Mai- la connaissance de Dieu est tell' ment nécessaire aii\ sages, qu'elle a toujours f àl le premier olij 't de lems reclierches , et ce n'est que par la cerlitude de cette connaissancr qu'ils sont parvenus ii celle du grand œuvre. -> — Un pliilosoplio pai n ne se serait guère exprimé de cell» f.tç u, surtout à une époque où le christianisme était encore persécuté par les empereurs.
la fortifie. Dans ces opérations, la terre est à la fois la cucurbite et le récipient (1). »
Cette image, aussi vraie que grandiose, suppose une connaissance trop approfondie de la pratique et de la théorie de la distillation, pour être de Thomiste le sophiste.
Des talismans. « Il est encore certain que tous les talismans ont donné lieu aux superstitions les plus extravagantes ; et, quoique les sages qui les ont inventés n'aient prétendu les donner que comme autant d'emblèmes relatifs aux opérations du grand œuvre, cependant les superstitieux en ont fait un usage bien différent, en prenant à la lettre toutes les propriétés que les sages n'ont attribuées à ces talismans que figurativement. Ils s'imaginent que toutes les vertus extérieures qui leur ont été attribuées sont véritables, et ilsy mettent toute leur confiance. Enfin, la superstition est tellement répandue sur la terre, que les personnes les plus sensées ont bien de la peine à s'en défendre. La raison seule peut bien, à la vérité, leur faire sentir le ridicule de tout ce qui est superstitieux et faux; mais, comme ces personnes ignorent la véritable cause de la superstition, il leur reste toujours des doutes qui les inquiètent. Il n'y a donc que les lumières divines qui soient capables de les tranquilliser (I). »
Ce langage estcelui d'un missionnaire apostolique prêchant la foi, plutôt que celui d'un sophiste grec païen, et surtout d'un contemporain de l'empereur Julien, si connu par la réaction violente qu'il avait suscitée contre le christianisme.
lia Tourbe des philosophes.
Il est impossible de préciser l'époque à laquelle il faut rapporli^r une sorte de colloque philosophico-alchimique, connu sous le titre de Turha philosophorum, et attribué à ATistée, que les uns placent avant l'ère chrétienne, et les autres au viii'' siècle après J,-C. lien existe plusieurs manuscrits à la Bibliothèque impériale. La Tourbe des philosophes se trouve d'ailleurs imprimée dans la Bibliothèque de iManget (:2), et dans beaucoup
(1) Extrait du iiiêmf manuscrit, p. S5.
(2) Turbo philosophorum, ex antiquo mnnnscripto codice excrrpia ;'SïaingcA,
312 llISTOnili DE LA CHIMIE.
d'autres recueils. C'est une médiocre rapsodie de sentences mises dans la bouche dePythagore, de Démocrite, d'Aristée, d'Anaxagorc, concernant les doctrines de l'alchimie et de la phisolophie naturelle. Nous l'aurions passée sous silence, si elle n'était pas souvent citée comme une autorité. On y traite du froid et de l'humide, considérés comme les attributs de l'eau, par opposition au chaud et au soc, attributs du feu. L'œuf représente le monde, la coquille la terre; la membrane que recouvre la coquille, figure l'air, le blanc d'œuf, l'eau, et le jaune, le feu; (juant à la cicatrlcule du jaune, germe du nouvel être, elle représente le soleil, la vie de toutes choses. Les animaux se composent, y est-il dit, de feu, d'air et déterre; les oiseaux, de feu, d'air et d'eau. Pour les végétaux, il n'y entre pas de feu ; ils se composent de terre, d'eau et d'aii.
Coup d'œil sur l'état de la science, pendant les V^, VI% VIl^ et VIll^ siècles.
Les sciences et les arts, légués par l'antiquité, continuèrent d'être appliqués au raffinement du luxe, et aux plaisirs d'une vie toute sensuelle. Mais, n'étant i)oint entretenus par les inspirations du génie, ces connaissances restèrent stationnaires. L'esprit était comme frappé de stérilité, et incapable d'alimenter le progrès.
L'empire romain était déjà détruit moralement, lorsque des nations, qu'on aurait dit sorties de dessous terre, vinrent l'atteindre au cœur. L'invasion des barbares lui porta le dernier coup de grâce.
A côté d'une société décrépite s'éleva une société nouvelle,
Bibl. cfihn., t. i, p. 4^5. Le maniisctit coté 7147 (colleclion des manuscrits latins delà Bibliollièque impériale) renl'ermeune Iradnctioii française, dalanldu temps de Rabelais (en 1330), et commençant par ces mots : « Sensuyt la Turbe des pliilosophes qui ont composé ce présent livre, appelé Code de la vérité, on l'Art d'alchimie. Anqnel livre Pylbagoras a assemblé b-s parob's de ses .discifiles les plus sages. Quiconque lira ce livre et aura ancnii entenlement, aura pardevant aucunement besogné ou estndié en cet art, c'est grand'merveille se il ne parvient à ce noble propos. Au commencement donc de ce code est Aristeus Grec, disciple de Pythagoras, qui esloit disciple de Hermès. »
PUE.MIÈRE ÉPOQUK. ^j I 3
barbare sans doute, mais pleine de vigueur, et animée par la loi d'une religion toute spirituelle.
Les Ostrogoths, les Visigoths, les Lombards, se partagèrent les lambeaux de l'empire d'Occident. Ces peuples demi-sauvages furent domptés par la civilisation de Rome vaincue.
Théodoric, roi des Ostrogoths, élevé à la cour de Conslantinople, protégea en Italie les arts et les sciences, et éleva aux plus hautes dignités de l'empire des savants illustres, parmi lesquels on remarque Gassiodore (1), son chancelier, et le philosophe Boëce. Malheureusement le règne de Théodoric fut de très-courte durée, et après sa mort les troubles recommencèrent.
Isidore, évêque de Séville , résuma , au commencement du vii^ siècle, toutes les connaissances des anciens dans ses Origines, espèce d'encyclopédie divisée en vingt livres.
Ce fut vers la même époque que Grégoire de Tours et Frédégaire rédigèrent l'histoire des Francs, qui venaient de s'établir dans le nord-est de la Gaule.
La démoralisation de l'empire de Gonstanlinople, les disputes de sectes, l'instabilité des successeurs an trône, entravèrent la culture des sciences.
Dioclélien, Valens et Valentinien persécutèrent les philosophes alexandrins, qui se glorifiaient de leur martyre (:2). Plusieurs empereurs d'Orient les comblèrent, au contraire, défaveurs. Il y avait à la cour de Zenon l'Isaurien (année 474), un célèbre alchimiste qui trompa beaucoup de gens (3). Sous le règne d'Anaslase (année 500), on parlait beaucoup d'un certain chimiste (àvr,p /u(ji.£UT7]ç ) qui se disait en possession du secret de faire de l'or, et qui offrait aux orfèvres deConstantinople des statues d'or, et à l'empereur des rênes du même métal. L'empereur l'exila à Péra, où il mourut (4).
Les Romains dégénérés de l'empire d'Orient se font chroniqueurs ou compilateurs. Aé/ius, Alexandre de Traites , Paul d'Égine, Y auteur des Géoponiques, Stobée, se contentent de résu-
(1) Les œuvres de Casiioiloro {Marjni Aurelii Cnssiodori opéra; Paris, 1589, in-fol. ), importantes pour l'histoire de l'Église et de la pliilosophie, ne renferment rien qui intéresse l'histoire de la chimie.
(2) Zosime, Hist , iv, p. 216, édit. Smith.
(3) Cédrène, Hisl., p. 38.
f4) Théophane, Chiotiogrnph., p. lis.
mer les écrits de leurs prédécesseurs plutôt que d'enrichir la science de leur propre fond?.
Les évêq'iesel les docteurs de l'Église étaient trop occupés à propager la fui nouvelle, pour se livrer avec succès à l'étude des sciences profanes.
Les Francs, les Germains, les Bretons,- les Scandinaves, étaient des peuples encore trop jeunes pour marquer dans l'histoire de la science, tandis que les Grecs et les Romains étaient déjà arrivés à la décrépitude. Voilà ce qui explique la stérilité des x'', vi% vu" et VIII* siècles. Encore un peu, et nous verrons les Francs, les Germains, les Bretons, les Scandinaves, imprimera la marche du progrès une direction nouvelle.
Chai-Iemagne songea le premier sérieusement à répandre l'instruction parmi les nations barbares de son vaste empire. Dans ce but, il fit établir des écoles à Lyon, à Metz, à Fulde, à Hirschau, enfin dans les principales villes de France et d'Allemagne. On y enseignait depuis lors le Irivium (grammaire, arithmétique, musique), et le qiiadrivhnn ( dialectique, rhétorique, géométrie, astronomie). Charlemagne encouragea lui-même le monde par son exemple, en apprenant à manier la plume après avoir manié l'épée. Il fonda une académie des sciences et des lettres, dont il était, sous le nom de David, un des membres les plus zélés {{). Son palais était le rendez-vous des savants les plus renommés de l'époque, parmi lesquels on cite surtout Alcuin et Éginhard.
Les historiens ne disent pas si l'on enseignait la chimie ou l'alchimie dans \q.?, écoles palatines, étiiblies dans le voisinage des cathédrales et des couvents.
Si les savants qui entouraient Charlemagne ne se sont pas signalés dans la science dont l'histoire nous occupe, il n'en est pas de même de ceux qui entouraient le khalife Haroun-al-Baschid, également connu par sa protection libérale accordée aux arts et aux sciences. Haroun le Juste était contemporain et ami de Karl 1e Grand.
Arabes. — Cette apparition soudaine des descendants d'Ismaël , inspirés par le fanatisme de la religion de Mahomet ; leurs conquêtes brillantes et rapides, qui contribuèrent à faire crouler l'édifice mal affermi de l'empire d'Orient, voilà
(I) J. M. Uiiold, De xocktale lUleraria a Carulo Magno insfiluta; Ien<e,
un des événements les plus exliaordinaires de l'histoire de rhuroanité. Le génie de cette nation, dont l'histoire était jusque-là aussi inconnue que colle des barbares deslrucleurs de l'empire de Rome , ouvrit aux sciences une ère nouvelle. Les Arabes empruntèrent aux Grecs leurs chefs-d œuvre, les traduisirent dans leur langue, les commentèrent, et, en répandirent la connaissance partout dans leur marche victorieuse. Bientôt après on n'entendait plus parler des Arabes, pas plus que de leur science. — A voir cette apparition éphémère et soudaine des Arabes du viir au xiii*" siècle, au milieu des ténèbres dans lesquelles était encore plongé le reste de l'Europe, on dirait un météore qui sillonne, comme un éclair, une atmosphère obscurcie.
Les peuples du Xord contrastent avec les Arabes. Ils eurent, eux aussi, leur part des débris de la civilisation grecque et romaine. Les écoles des khalifes de Bagdad ont disparu depuis longtemps; tandis que nous sommes encore aujourd'hui à nous demander où s'arrêtera la civilisation des peuples autrefois soumis au sceptre de Gharlemagne.
Si Galien et Hippocrale étaient perdus pour l'histoire de la médecine, nous les retrouverions en partie dans les œuvres de Rhasès, d'Albucasis, d'Avicenne, d'Avenzoar, d'Averrhoès et de Mesué.
Cette remarque s'applique aussi à l'histoire de la chimie. Si nous avons à regretter la perte des œuvres de Démocrite, d'Agatharchide, d'Archélaiis, d'Apion, l'Antigone de Caryste, de Mithridate. de Timée, de Démélrius le physicien, et de beaucoup d'autres auteurs mentionnés par Pline, il nousestpermisdecroire que Yeber ou Geber [Djafar), le seul des véritables chimistes arabes, lésa tous résumés, comme il le dit lui-même : Totam nostram scientiam, quain exdiciU antiquorain abbreviavimus compilatione diversa in nostris vûluminibus, hic in Summauna redigennis.
Quoi qu'il en soit, les Arabes sont loin d'avoir fait avancer la science, comme on se plaît à le proclamer. La découverte de la distillation et de l'eau-de-vie, qu'on leur attribue généralement, ne leur appartient pas, comme nous croyons l'avoir montré. Les théories même de la pierre philosophale, de la transmutation des métaux, et beaucoup d'autres doctrines alchimiques, étaient connues déjà avant Mahomet.
316 HISTOIRE DE LA CIll.MIE.
Les Arabes étaient d'excellents compilateurs, d'habiles commentateurs, et des poëtes pleins d'imagination et de verve. Voilà ce qui les distingue dans l'histoire des connaissances humaines. Aussi ne nous arrêterons-nous pas longtemps sur les auteurs arabes, à l'exception de Yeber ou Geber , qui, véritable encyclopédie de son temps, peut être considéré comme le représentant des œuvres de l'antiquité qui ne sont pas arrivées jusqu'à nous. C'est à dater de Geber (ix® siècle ) que commence une époque nouvelle.