‹ Histoire de la chimie (volume 3)Chapitre 10 sur 31 · ÉGYPTIENS. — PHÉNICIENS. — HÉBREUX · texte numérisé non relu

ÉGYPTIENS. — PHÉNICIENS. — HÉBREUX

Les monuments antiques, fruits du génie et du travail de l'homme, constituent la principale source de l'histoire des sciences et des arts, auxiliaires puissants de la civilisation des peuples. A cette source il faut joindre les documents écrits, transmis par les historiens. Mais de graves difficultés se présentent dans l'emploi judicieux de ces matériaux. A quel caractères reconnaît-on l'antiquité authentique des monuments invoqués à l'appui de l'histoire? Gomment apprécier la valeur de documents souvent incomplets, tronqués, fictifs, ou incompréhensibles? Quel est ici le critérium pour distinguer le vrai du faux?

Ces questions , vraies pour toute l'histoire en général , s'ap-

(1) Ce rapprochement n'est nullement arbitraire : plusieurs alchimistes soutenaient Que l'eau (Ctèwp) de Thaïes était réellement le mercure. Voy. O. Borrichius, De ortu et progressu chemise. Manget, Bibl. Chem.t 1. 1.

pliquent plus particulièrement à l'histoire de la chimie, et surtout à l'état de cette science chez les anciens Égyptiens, chez les Phéniciens et les Hébreux. Quant aux Chaldéens, aux Assyriens et aux Babyloniens, ils échappent , faute de documents, à toute appréciation exacte.

Avant d'aborder les détails , jetons un coup d'œil rapide sur chacun de ces peuples civilisateurs de Pantiquité.

Les Égyptiens, comme lès Chinois et les Indiens, cultivèrent de bonne heure les arts et les sciences. Et ce que nous avons dit des Chinois s'applique en grande partie aux Égyptiens : une population nombreuse (1), établie sur les bords du Nil, mise en présence d'une nature riche en productions de toutes espèces, mais une population dépouvue de l'-esprit guerrier et de l'ambition des conquêtes, devait nécessairement, par la seule force de l'intelligence et du travail, se frayer pour sa subsistance des voies nouvelles, inconnues à des tribus nomades ou à des nations exclusivement guerrières. A cela il faut joindre les croyances religieuses et les institutions politiques, qui favorisaient plutôt qu'elles n'entravaient la recherche de l'utile et du beau.

C'est dans le royaume des Pharaons que Platon , Pythagore , Solon et Hérodote étaient venus s'intruire.

L'Egypte devint à différentes époques la proie des conquérants. Soumis, successivement à des dominations diverses, les Égyptiens ont dû perdre peu à peu leur antique genre de civilisation et ce cachet d'originalité qui les distinguait de tous les peuples du monde.

Le royaume des Pharaons a rarement joui des bienfaits d'une paix durable; tous les grands événements qui exercent une influence marquée sur les arts, le commerce et la politique des empires, ont ramené la guerre sur les bords du Nil.

Enfin, à la chute de l'empire romain, l'Egypte éprouva le sort commun aux autres nations de ce vaste empire, qui s'intitulait orbis terrarum.

SilaChine s'est maintenueà peu près intacte depuisdes siècles, c'est qu'elle éprouva des secousses moins fortes de la part des

(1) Il est incontestable que l'Egypte eous les Pharaons était beaucoup plus peuplée qu'elle ne Test aujourd'hui.

peuples limitrophes : si elle a été conquise , elle Ta toujours été par des nations inférieures en nombre, et les conquis ont fini par s'assimiler complètement les conquérants (1).

L'Egypte, au contraire, en changeant souvent de maîtres, perdit peu à peu les coutumes de ses ancêtres , et en adoptant des usages nouveaux elle finit par altérer son type.

Les Phéniciens nous présentent également le spectacle d'un peuple nombreux, établi sur un territoire proportionnellement très-restreint. Ici encore le génie de l'homme devait suppléer au défaut de la nature. Par son territoire la Phénicie était petite, mais ses habitants étaient grands par leur commerce, par leur industrie, par tous les arts de la paix. Les marchandises de Tyr et de Sidon étaient recherchées dans le monde entier.Ce peuple, essentiellement navigateur et commerçant, resserré dans des limites étroites par suite des conquêtes de ses voisins, fut naturellement porté à fonder des colonies dans les contrées qu'il aborda le premier. Ce fut ainsi qu'il découvrit l'Espagne (2). Ce pays était riche en or et en argent; ses habitants n'en connaissaient ni la valeur ni l'usage (3).

(1) Quelques érudits, De Guignes entre autres, ont prétendu que l'Egypte était une colonie chinoise. Rosellini (Quarterly Review , num. 105, févr. 1835) et Davis [la Chine, vol. n, p. 184) possèdent, dans leurs collections, des flacons trouvés dans des tombes égyptiennes. « Ces flacons sont, dit M. Davis , identiques, pour la forme et même pour la beauté de la porcelaine, aux flacons de senteur et aux bouteilles à tabac fabriquées actuellement en Chine. Sur un de ces flacons on voit une image de plante légèrement esquissée ; la tige et les feuilles ont l'air d'un dessin exécuté à l'encre de Chine. Le style de cette esquisse est complètement chinois. De l'autre côté sont cinq caractères pareils à récriture cursive des Chinois. » — Ce n'est pas avec quelques fragments d'antiques , d'une authenticité plus ou moins contestable , que Ton reconstruit l'antiquité ; c'est bien plutôt avec cette profondeur de vue qui embrasse l'ensemble des détails. Michel- Ange, par la seule conception de son génie , restaura une statue antique mutilée ; et lorsque , plus tard , on découvrit le fragment véritable , on le trouva en tont semblable à la pierre ajoutée par ce grand maître.

(2) Le nom Espagne est lui-même phénicien ; il dérive de Spanja, ou de l'hébreu (qui a beaucoup d'analogie avec le phénicien ) *|SU (chapan), qui signifie lapin, ou animal qui se creuse des terriers, parce que, d'après les témoignages anciens, l'Espagne était remplie d'une quantité prodigieuse de lapins. — (Varro, De fe rustica, litt. 3, c. xni. Strab. m. — Plin., Hist. nat., lib. vin.) Il est bon d'ajouter que ce même nom signifie, au figuré , un ouvrier qui creuse dans les mines.

(3) Strab., lib. m. — Diod. de Sicile, v.

Ce fut à peu près dans le même état que, près de trente siècles plus tard, les Espagnols trouvèrent l'Amérique et ses autochthones.

Les Phéniciens, après avoir établi des entrepôts dans les îles de Rhodes et de Chypre, d'où ils tirèrent leurs minerais de cuivre, franchirent les premiers le bassin de la mer Méditerranée, et prirent possession du détroit de Gades (1) (Cadix), comme d'un poste important pour leurs colonies et leur commerce. Ils poussèrent leurs navigations, au nord, jusqu'aux îles Britanniques, d'où ils tirèrent le xaaaiTepoç (étain), dont parlent déjà Moyse (2) et Homère (3).

Les navigations lointaines produisirent alors dans les arts et dans l'industrie la môme révolution qu'a produite à notre époque le commerce avec l'Inde.

Une chose digne de remarque, c'est que dès la plus haute antiquité, tous les peuples essentiellement mercantiles avaient auprès des autres nations une réputation d'improbité. C'est ce qu'attestent ces paroles qu'Homère met dans la bouche d'Ulysse :

Alors vint un Phénicien, un maître fourbe,

Un grappilleur, qui avait déjà fait beaucoup de mal aux hommes (4).

La foi punique, fides punica, était, dans la bouche d'un Romain, synonyme de mauvaise foi. Les peuples animés de l'esprit de lucre ne cultivent guère que le côté pratique des sciences. Sous ce rapport, les Phéniciens différaient entièrement des Égyptiens, qui se complaisaient dans le dogmatisme philosophique et religieux.

Hébreux. — Opprimés par les Égyptiens, avilis par les Assyriens et les Syriens , méprisés par les Romains, persécutés au

(1) Le nom de Gadir (Gades, Cadix) signifie enclos, refuge; plus tard il fut changé en celui de Gibraltar, de l'arabe ghibel al Tarick ( rocher de Tarick) ; Tarick étant un des généraux des Maures qui envahirent l'Espagne en 711, sous la conduite de Walid. Le nom de colonnes d* Hercule, que portait ce détroit, rappelle encore les Phéniciens, s'il est vrai qu'il faut faire dériver Hercule de harokel, qui en phénicien signifie marchand. *

(2) Nombres, xxxi, 22.

(3) Iliade, xi, 25 et 34.

(4) A9) tôtê <I>o£vtÇ Y)).0ev àv9jp , àrca-n^ta elôw; , TpcoxTr,; , 8; 8yj rcoXXà xàx' àvOpumotffiv écopYEt.

(Odyss., xiv, 289.)

moyen âge, disséminés aujourd'hui sur tout le globe, les Juifs ont conservé, au milieu de leurs infortunes , leur foi, leurs mœurs, leur caractère, jusqu'au type même de leur physionomie (1). Cet accord de tous les peuples à maltraiter les Juifs ne donne-t-il pas à penser? — Ce qu'il y a de certain, c'est que le christianisme, qui prêche la fraternité , a eu son berceau chez les Juifs, qui dans toute l'antiquité passaient pour le peuple le plus égoïste et le moins conciliant du monde. Les Romains, les plus tolérantsdes mortels, ne leur reprochaient-ils pas odium totius generis humani? — Incontestablement les Israélites étaient dès leur origine animés du môme esprit de lucre que les Phéniciens, avec lesquels ils avaient plus que de simples rapports de voisinage.

Quoique fidèles à leurs croyances religieuses, les Hébreux ont cependant emprunté aux Égyptiens et aux Phéniciens la pratique des choses qui leur paraissaient les plus utiles. Ils mettaient dans la construction du tabernacle tout le raffinement des arts de l'Egypte ; et les ornements du grand-prêtre devaient avoir mis à contribution les ateliers de Tyret de Sidon (2). Bien que Moyse, le Solon des Juifs, n'ait pas précisément institué des lois en faveur de la culture des arts, il fait cependant l'éloge des ouvriers et des artisans. (Exod., XXI, 11 ; XXXV, 30 — 36. ) Les orfèvres, les sculpteurs, les forgerons, en général tous les artisans (D^in), étaient, comme chez les Égyptiens, des hommes libres, et non des esclaves, comme chez les Grecs et les Romains.

De l'origine de la chimie.

Hermès ou Mercure, surnommé le trois fois très-grand (xplç fxéYi^oç), passe pour l'inventeur des arts en Egypte, et particulièrement pour l'inventeur de la chimie (3). On attribue à ce

(1) On a remarqué que les figures des Israélites peintes il y a plus de trois mille ans, sur d'anciens sarcophages ou sur d'autres monuments égyptiens, ont les mènes traits de physionomie que les Juifs de nos jours.

(2) Voy. pour la description du tabernacle l'excellent ouvrage de l'abbé Glaire, Introduction historique et critique aux livres de V Ancien et du Nouveau Testament, t. H; Paris, 1839, p. 606.

(3) Tertullien (de Anima, c. 2, et adversus Valentinianos, p. 15) appelle Hermès physicorum magistrum.

personnage mythique , qui s'appelle aussi Thaat ou Thaut> un grand nombre d'écrits sur les arts, sur la médecine et l'astrologie, dont plusieurs existent encore sous le pseudonyme d'Hermès Trismégiste (l).Ce qui prouve que ces écrits sont supposés, c'est qu'aucun écrivain antérieur à l'ère chrétienne n'en fait mention. Les auteurs qui en ont parlé les premiers appartiennent presque tous à la fameuse école d'Alexandrie, véritable atelier de science et de littérature pseudonymes.

D'autres attribuent l'invention des arts utiles à Phtha ou à Vulcain. Ils le regardent comme identique avec Tubalcaïn qui, d'après la tradition biblique, travailla le premier les métaux (2). Zosime, Eusèbe et Synésius rapportent qu'il y avait dans le temple de Phtha ( Vulcain), à Memphis, un endroit destiné à l'exercice de la science divine ou de l'art sacré, qui, comme nous le verrons plus bas, n'était autre que la chimie ou l'alchimie. C'est ainsi que les alchimistes se réunissaient autrefois dans les cathédrales pour se livrer aux opérations du grand œuvre.

Les alchimistes paraissent avoir également emprunté aux prêtres de l'Egypte les formes énigmatiques, les signes hiéroglyphiques de leur art, le rapprochement mystique des métaux, des planètes et des signes du zodiaque, les théories de l'œuf philosophique, etc.

On a beaucoup et vainement discuté sur la science cachée des prêtres de Thèbes, de Memphis et d'Héliopolis. Le silence était imposé à ces prêtres sous les peines les plus sévères, et il ne leur était permis de s'exprimer que symboliquement.

Au rapport d'Eusèbe et de Synésius (3), c'est dans le temple de Memphis que Démocrite d'Abdère fut initié par Ostanes

(1) La table d'émeraude (tabula smaragdina) de Hermès Trismégiste était consultée comme un oracle par les alchimistes du moyen Age. Le divinus Pymander, écrit originairement en grec (alexandrin), et traduit en latin par Marsilius Ficin, est un ouvrage mystique, souvent cité. Voy. les ouvrages attribués à Hermès Trismégiste, dans Clément d'Alexandrie ( Stromat. , lib. vi). — Theatrum chemicum, Manget, Bibl. chemica; Iatro-mathematica Her métis, par Dav. Hoeschel, Augsb., 1597; les manuscrits arabes de la Bibliothèque de Leyde. Saint Augustin ( de Civ. Dei, c. 23, 24 et 26) cite un ouvrage attribué à Hermès Trismégiste sous le titre de Verbe parfait (Aoyoç xeXno;). On lui attribue aussi un livre intitulé Asclepias, dont la version est probablement due à Apulée.

(2) Gènes., it, 22. Diodore de Sicile, liv. h. "Hçaiorov Xéyov<tiv ttjç rcepi toû ai&fjpou ipyawCa; cOpet^v ^evéerOai.

(?) Eusebiana grœc* Scalig., p. 43.

aux mystères de l'Egypte, en compagnie d'autres philosophes, parmi lesquels on cite Pammènes, et une prophétesse juive, nommée Marie.

Ces initiations mystiques offrent quelque analogie avec celles des alchimistes du moyen âge, qui s'engageaient aussi, par des serments terribles, à garder le secret de leur art, et qui ne parlaient des choses les plus simples que par énigmes.

Les disciples de l'art sacré, comme les alchimistes, se divisaient, à proprement parler, en deux classes : 1° ceux qui traitaient de la science par des signes ou des symboles, et qui dédaignaient d'observer la nature ou d'interroger l'expérience; 2° ceux qui, sans suivre exclusivement leur imagination, arrivaient par la pratique de leur art à des découvertes utiles. Les premiers se faisaient remarquer par leur dogmatisme orgueilleux : ils se disaient les initiés par excellence, pour se distinguer de ceux de la deuxième classe, qui, pour être plus modestes, n'en étaient que plus estimables. Si c'est à la première classe qu'appartenaient les prêtres de Memphis, de Thèbes et d'Héliopolis, nous n'avons pas à regretter leur science : elle méritait l'oubli.

Les objets d'art de l'antiquité sont sortis des mains de l'ouvrier ; étranger à la langue du prêtre, il travaillait les métaux, fabriquait le verre, faisait de riches étoffes, et métamorphosait la matière brute en monuments que le temps a en partie respectés et que la postérité admire.

Laissons Borrichius (1), Conringius (2), Kircher (3), et

(1) De or tu et progressu Chemiae, dans Manget, Bibl.9 chem., 1. 1.

(2) H. Conringius, de Hermetica JEgypt Helmst. 1648, 4.

(3) Alli. Kircher, Œdip. Mgypt., t. n, par. h ( Rome, 1653, in-fol.), p. 387. Alchimia fiierogliphica. Suivant cet auteur, les mythes égyptiens, comme les mythes grecs, renferment, sous une forme allégorique, tous les secrets de la chimie. Osiris et Isis représentent, dit-il, comme Jupiter et Junon , le principe mâle et le principe femelle, l'actif et le passif. Osiris (la matière de l'alchimiste) est mis en pièces par son frère adultérin Typhon ( division ), et placé dans un tombeau (vase chimique), où il subit l'action de Phtha (feu). Bientôt Isis rassemble les morceaux épars du corps d'Osiris, les joint et les combine ensemble, pour en faire un corps plus parfait. C'est pourquoi Isis est à la fois la mère, la sœur et l'épouse d'Osiris. De l'union d'Osiris avec Isis naquit Horus, qui fut instruit par sa mère dans tous les secrets du grand œuvre. Horus (Apollon) était le maître d'Hermès Trismégisle qui, selon la tradition , est l'inventeur des hiéroglyphes et de tous les arts pratiqués en Egypte. — Les pommes du jardin des Hespérides, gardé par un dragon, renferment, selon le même auteur, tout le mystère de Part hermétique. Hercule , étouffant le lion de la forêt de Némée; exprimerait symbo-

d'aulres érudits, discuter si c'est à Hermès Trismégiste, à Phtha, ou aux prêtres de Memphis et de Thèbes, que revient l'honneur de l'invention de la chimie; si cet art a pris naissance, sous le règne d'Isis et d'Osiris, dans l'Egypte, appelée anciennement Chemia ou Chamia (pays de Cham), ou s'il a eu son berceau dans Chemmis, ville de la Thébaïdc, consacrée à Pan. Essayons plutôt d'apprécier convenablement les connaissances pratiques que possédaient les Égyptiens dans les arts tributaires de la chimie.

Les preuves de l'antique existence des arts du verrier, du peintre, du sculpteur, du batteur d'or, du doreur, du statuaire en pierres et en métaux, du graveur, du stucateur, du fabricant de ce papyrus sur lequel les anciens habitants de l'Egypte traçaient leur écriture, du fabricant de toile, du teinturier, etc.; les preuves de l'antique splendeur de tous ces arts se voient encore aujourd'hui dans les palais, dans les temples et surtout dans les hypogées de la ville de Thèbes. On y admire de petits tubes d'émail colorés, les uns en bleu, les autres en rouge ; des poteries émaill^es de diverses couleurs, des vases, des statues en faïence, des verres, des pâtes de verre colorées, un stuc composé, vraisemblablement comme le nôtre, de plâtre et de colle forte, ou, comme celui des Romains, de marbre blanc et de chaux, et sur ce stuc , sculpté en relief, des figures diversement peintes, et qui ont, après des siècles, conservé leurs vives couleurs. On y voit des momies d'hommes et d'animaux, dont l'enveloppe et les membres sont couverts de feuilles d'or; des statues de bois et de bronze dorées ; des toiles de lin et de coton, les unes sans couleurs, les autres teintes, ou en bleu, par l'indigo, ou en rouge, par la garance; enfin des papyrus offrant des caractères tracés avec une encre noire par des mains exercées.

On rencontre encore aujourd'hui, dans plusieurs villes de l'Egypte, des édifices construits en briques émaillées, et des appartements décorés de carreaux de faïence recueillis dans les ruines des villes anciennes, et qui, à cause de leur beauté, sont « préférés par les riches aux carreaux que fournit actuellement

liquement la décomposition de la matière par un acide puissant. On joue ici sur le mot uXyj, qui signifie en effet tout à la fois forêt et matière. Voy. Maier, Arcana arcanorum omnium arcanissimum., — - J. Faber, Hercules Pïochymicus.

l'art du faïencier, dégénéré dans ce pays , comme les autres arts (1).

Essayons de remonter à l'origine de ces arts.

Pain* — Ferment. — Vin. — Bière* — lluile.

Les premiers besoins de l'homme ont dû de bonne heure éveiller en lui cet esprit de recherches qui amène des découvertes ou des inventions utiles et nécessaires. Des témoignages irrécusables nous attestent l'antiquité de l'art de faire le pain, le vin, l'huile, de la fabrication des étoffes et des métaux, etc. A peine l'homme eut-il de quoi satisfaire les premiers besoins de la vie, qu'il songeait à embellir son existence. Jubal est contemporain de Tubal. Le vin est aussi ancien que le pain. La préparation des couleurs, la teinture des étoffes, l'emploi des pierres précieuses, etc., remontent à l'antiquité la plus reculée. La musique et la danse datent de l'origine du mon^e.

Du blé au pain la distance est grande. Gomment cette distance fut-elle franchie? C'est ce qu'il est difficile de déterminer. 11 a fallu peut-être longtemps avant de découvrir que le grain donne la farine, et que la farine réduite en pâte, et ayant subi la fermentation et la cuisson, donne le pain , ce symbole de la vie dans la langue sacrée. L'agriculture, dont le principal objet était la culture des céréales et de la vigne, remonte probablement aux temps antéhistoriques. Beaucoup d'anciens peuples employaient, comme le font encore aujourd'hui les tribus sauvages, certaines racines au lieu du fruit des graminées; et ce n'est certes pas l'analyse chimique qui leur a appris que ces racines renferment une substance (fécule) tout semblable à celle que contient le froment.

Il fallait des instruments pour broyer les graines. A cet effet

deux pierres pouvaient suffire. Ces deux pierres broyantes donnè-

'rentsans doute l'idée du mortier, qui devait conduire à l'invention

du moulin. Cène fut certainement que beaucoup plus tard qu'on

(1) Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Egypte pendant f expédition de V armée française, 2e édit. in-8°; Paris, 1821 ; I. îx , page 247.

inventa le tarais, ou un instrument analogue, propre à séparer l'enveloppe de la graine, le son de la farine. C'était déjà un raffinement. L'opération du blutage devait être d'abord très-imparfaite; car le pain qu'on a trouvé dans les momies d'Egypte contient du blé grossièrement moulu, ce qui lui donne l'apparence du pumpernickel des Hollandais (1). Cependant Pline nous apprend (2) que les Égyptiens connaissaient le tamis, et qu'ils le fabriquaient avec des filaments de papyrus et des joncs trèsminces. Les anciens habitants de l'Espagne faisaient des tamis en fil, et les Gaulois sont les premiers qui aient eu l'adresse d'y employer le crin des chevaux (3).

Il se passa sans doute bien des siècles avant d'arriver à faire fermenter la pâte, et à lui appliquer le degré de cuisson convenable dans des fours appropriés. La fermentation avant la cuisson dénote déjà un certain perfectionnement dans l'art de la panification. Le pain, DnS (tekhem), qu'Abraham servit aux trois anges qui lui apparurent dans la vallée de Mambré, avait été fait avec de la pâte non fermentée; c'était une espèce de biscuit de mer. Il fut de bonne heure interdit de faire fermenter la pâte du pain qui devait servir aux cérémonies religieuses. Pourquoi? Parce que la fermentation, qui est une espèce particulière de putréfaction, était regardée comme l'acte d'un mauvais génie.

Dès l'époque de Moyse on connaissait l'usage du levain et du pain fermenté. Ce législateur, en prescrivant aux Hébreux la manière dont ils devaient manger l'agneau pascal, leur défendait expressément de manger du pain fermenté (yen) (4). Nous lisons dans l'Exode que les Israélites, lors de leur sortie d'É^ypte, mangèrent du pain sans levain et cuit sous la cendre : les Égyptiens les avaient si fort pressés de partir, qu'ils ne leur avaient pas laissé le temps de mettre le levain dans la pâte (5).

Les Juifs mangent encore aujourd'hui du pain azyme (non fermenté), en souvenir de la sortie de leurs ancêtres de la terre de Mizraïnj.

Eh général, les anciens ne préparaient leur pâte qu'au moment où ils voulaient s'en servir ; ils la faisaient immédiatement cuire

(1) On voit des morceaux de ce pain au Musée égyptien du Louvre.

(2) Bis t. nat.t lib. xyiii, il.

(3) Plin. ibid.

(4) Exode, xii, 65 ; xtu, 3.

(5) Exode, xu, 39. .

sous la cendre, comme cela se pratique encore aujourd'hui dans certains pays. D'autres fois ils préparaient avec la farine et Peau une espèce de bouillie claire, qu'ils faisaient cuire avec des viandes; c'est ce que les Romains appelaient pulmentum ou pulmentarium. Lors de la découverte des Canaries, on remarqua que les indigènes de ces îles ignoraient l'art de la panification : ils mangeaient leur farine cuite avec de la viande ou du beurre.

Comment fut découvert le ferment? Le mot hasard n'explique rien. Il fallut nécessairement que l'esprit d'observation s'emparât d'un fait, en apparence, insignifiant. On aura été sans doute ' bien étonné en voyant qu'un morceau de pâte aigrie, et d'un goût détestable, ajouté à une pâte fraîche la faisait gonfler, et que cette pâte donnait un pain plus léger, plus savoureux , et d'une digestion plus facile.

La fermentation est de tous les phénomènes chimiques le plus important et en ipôme temps le plus anciennement connu. Et cependant ce phénomène n'a été bien étudié que de nos jours: c'est la fermentation qui, par la découverte de l'acide carbonique , devint, au dix-septième siècle de notre ère, le point de départ de la chimie moderne.

L'idée d'exprimer le suc des raisins et de le conserver dans des vases, pour s'en servir en guise de boisson, devait se présenter tout naturellement à l'esprit des hommes. Aussi l'art de la vinification est-il très-ancien en Egypte, ainsi que dans les contrées principales de l'Asie où prospérait la vigne. Sa connaissance remonte aux temps mythologiques. Osiris apprit aux hommes, selon la tradition des Égyptiens, à cultiver la vigne et à faire du vin (1). Suivant d'autres, l'honneur de cette invention revient à Noé (2) et à Bacchus. Dans les sacrifices primitifs, on offrait à la Divinité du pain et du vin (3).

La bière, dont la connaissance est fort ancienne, était probablement d'abord une espèce de tisane d'orge. C'était la boisson la plus commune de la plupart des habitants de l'Egypte (4). Les Espagnols et les Gaulois connaissaient de temps immémorial la préparation de la bière. Tacite raconte des Germains qu'ils

(1) Diodore de Sic. , î.

(2) Gen., ix, 20.

(3)Gen., xiv, 18.

(4) Hérodote, h, 77. —Diodore, liv. i. — Strabon, lib. xvh, p. 1179 (édit. Càsaub.). — Athénée, i, p. 34 ( édit. Schweigh.)

avaient « un breuvage fait avec de l'orge, et converti, par la corruption (fermentation), en une espèce de vin : ex hordeo foetus et in quamdam similUudinem vint corruptus) (1); » ce qui montre que la bière des Germains était une* liqueur fermentée comme le vin, et qui devait être en effet semblable à notre bière. L'emploi du houblon dans la préparation de la bière est d'une date récente ; aussi les bières des anciens devaient-elles facilement tourner à l'aigre ou éprouver la fermentation acide.

Les anciens ignoraient sans doute que dans le suc exprimé des raisins, de même que dans le moût de bière (2), la matière sucrée se transforme en alcool sous l'influence du ferment. Mais ils savaient fort bien que le moût perd au bout de quelque temps sa saveur sucrée, et qu'il acquiert la propriété d'enivrer. S'ils ignoraient l'eau-de-vie pure, ils connaissaient des liqueurs qui en contenaient : la découverte de l'esprit-de-vin coïncide avec celle de la distillation.

La connaissance du vin et de la bière implique celle du vinaigre; car ces liqueurs, exposées au contact de l'air et dans les conditions .atmosphériques ordinaires, s'acidifient naturellement, en donnant naissance, par suite de l'oxydation de l'alcool, à l'acide acétique. Les anciens connaissaient le vinaigre, mais ils ignoraient la cause qui le produit. Le vinaigre (vinum acidum, d'où acetum ) ne servait pas seulement à assaisonner des légumes (3) ; mais, délayé dans de l'eau, il était employé comme boisson (4). Chez les thalmudistes, le vin et le vinaigre sont souvent pris l'un pour l'autre, et c'est dans ce sens qu'il faut entendre ce passage de l'Évangile : «Ils lui donnèrent à boire du vinaigre (o;oç) mêlé de bile. (5) »

Il est à remarquer qu'ici, comme dans beaucoup d'autres cas, le nom donne, en quelque sorte, la raison même de la chose.

(1 ) Tacite, de Moribus Germanorum.

(2) Les Grecs appelaient la bière olvo; xpfttvo;, vin d'orge. II en est souvent question dans les œuvres de Xénophon.

(3) Ruth.,n, H.

(4) Nombres, vi, 3.

(5) Saint Mathieu, XXVII, 34. Ce qui prouve que le mot ô;o; signifie oTvo;, vin , c'est que saint Marc (XV, 23), rapportant le même fait de la Passion, emploie le mot oïvoç : xai èôîôouv aùx<3 meîv eou.upvK7u.svov olvov. On remarquera en même temps que le mot &xu.voviffuivov, aromatisé de myrrhe (aromate très-amer), remplace, dans saint Marc, les mots (lexà xoXrj; iuu.iYu.evov , mêlé de bile, de saint Mathieu.

Ainsi, le motynn [khomets], qui signifie -(en hébreu, en chaldéen, en phénicien, etc.) vinaigre, dérive de yen (khamets), qui veut dire ferment, comme pour indiquer que le vinaigre est un produit de la fermentation. Bien plus, le nom p (yine) vient luimêïne du verbe ps faire effervescence, se soulever (1), comme pour faire allusion au moût, qui se soulève (en dégageant de l'acide carbonique) pour se transformer en vin. Le nom vh (yine), qui signifie produit de la fermentation , est à peu près le même en phénicien , en syriaque , en arabe, en cophte et en arménien [ghini). Le nom grec oivoç et le latin vinum dérivent évidemment de la môme racine; car olvoç devait se prononcer inos , comme on le prononce encore aujourd'hui en Grèce, et peut-être faisait-on sonner en même temps l'esprit doux (') comme v, de manière à prononcer vinos; de là le latin vinum (2). C'est de ce dernier mot que dérive l'allemand toein (en bas-saxon wyn), l'anglais urine, l'italien vino, le français vin, enfin les mots qui dans toutes les langues indo-européennes signifient vin, c'est-àdire produit de la fermentation.

Mais ce n'est pas seulement avec les raisins qu'on faisait une boisson fermentée; le suc du palmier et d'autres végétaux servait depuis fort longtemps à la préparation des liqueurs fermentées. Le vin de palmier des Assyriens est déjà mentionné par Hérodote (3).

L'idée d'écraser les fruits pour en retirer, soit la fécule, soit le suc, amena la découverte de l'huile. Dans presque toutes les graines où l'embryon n'est pas entouré de fécule, on trouve, à la place de celle-ci, une matière grasse, qui paraît, comme la fécule, être destinée à nourrir l'embryon à mesure qu'il se développe. Selon toute apparence, l'huile, la fécule et le moût ont été découverts en même temps; tcar l'homme qui le premier songea à écraser le fruit de la vigne n'avait aucune raison pour ne pas poursuivre ses expériences : il devait essayer de traiter de même tous les fruits secs ou charnus des plantes qu'il avait sous les yeux.

( i) IDll (khemer), qui signifie aussi vin, vient du verbe 1DH (khamar), qui veut dire faire effervescence, fermenter.

(2) Ce qui prouve que l'esprit doux 0 était souvent prononcé comme v, c'est que o t; ( brebis), alcov(àge), ont donné naissance aux mots latins ovis , xvum, qui ont les mêmes significations.

(3) Herod., i, 113.

L'huile, et en particulier l'huile d'olive, fut d'abord, ainsi que le produit des autres fruits, employée comme aliment; puis on s'en servit dans les cérémonies religieuses, enfin comme d'un moyen d'éclairage. L'observation d'un fait à la portée de tous donna sans doute lieu à l'invention de la mèche. Avant l'emploi des lampes, on s'éclairait à la lueur des torches en bois résineux, comme cela se pratique encore aujourd'hui dans les pays où abondent les forêts de pins, de sapins et de cèdres. Les lampes devaient être connues en Egypte déjà avant l'arrivée de Moyse. L'usage qu'en fait ce législateur et la description qu'il en donne ne permettent aucun doute à cet égard (1).

Métallurgie. — Or. — Argent. — Airain. — Fer, etc.

Les métaux sont les indispensables auxiliaires de l'industrie, lis attirèrent de bonne heure l'attention du cultivateur et du chasseur. Et le guerrier lui-même devait bientôt reconnaître, soit pour l'attaque , soit pour la défense, l'incontestable supériorité des métaux sur les armes primitives de pierre ou de bois.

Le premier connu de tous les métaux, c'est l'or. D'abord, sa couleur et son éclat le font remarquer des sauvages et même de certains animaux (2) ; puis, on le rencontre presque partout à l'état natif, c'est-à-dire avec la couleur, avec l'éclat et les autres propriétés physiques qui le caractérisent.

Une chose digne de remarque, c'est que le nom qui en hébreu, en phénicien et probablement dans la langue démotique des Égyptiens, signifie or, an? (zahab), dérive précisément du verbe briller, resplendir, anx (tsahab). C'est avec l'or qu'on a fabriqué les premiers instruments métalliques. Il est question, dans le Pentateuque (3), de coupes, d'encensoirs, de tasses et de candélabres, faits avec de l'or pur, travaillé au marteau.

Le mot "lima (tahor), qui signifie pur, sans mélange, supposerait-il la connaissance de quelque moyen chimique de purifier l'or? C'est une question sur laquelle nous reviendrons.

i (I) Exode, xxv, 31.

| (2) Les pies, les corbeaux, et d'autres oiseaux d'an instinct voleur.

, (î) Exode, xxv, 29, 31, 36.

11 paraît certain que Ton ne connaissait pas à l'époque de Moyse la dorure proprement dite, et que l'on ne savait aucun moyen de dissoudre l'or. Pour la construction du tabernacle, le seigneur avait dit : «Vous couvrirez les ais de lames d'or; — vous couvrirez aussi ses barresde lames d'or (1). »

C'était là une simple opération mécanique, semblable à celle dont parle Homère à propos du sacrifice de Nestor : « Vint le forgeron tenant dans ses mains les instruments de son art, l'enclume, le marteau et les tenailles bien faites, avec lesquels il travaillait l'or (xpusov eîpyaîeTo) (2). »

Les anciens chimistes ont fait bien des conjectures sur le veau d'or que Moyse brûla , et qu'il donna à boire aux Israélites (3). On est allé jusqu'à supposer ce législateur initié à la chimie ou à l'alchimie. Suivant Stahl, l'auteur de la fameuse théorie du phlogistique, Moyse eut le secret de l'or potable , et en faisant boire cette dissolution il aurait aggravé la punition infligée aux Israélites récalcitrants (4). Le mot brûler, remarque Wiegleb (5), signifie aussi fondre; comme le ,veau d'or était probablement en bois recouvert de lames d'or, Moyse ne brûla réellement que le bois, pendant que l'or allait se fondre en culot: les cendres mises dans l'eau donnèrent non pas de l'or potable , mais une eau lixivielle (chargée de sels alcalins), qui devait produire l'effet d'un purgatif.

Moyse s'étail-il réellement servi d'un moyen chimique pour dissoudre le veau d'or? Non; car en lisant attentivement le texte hébreu on peut se convaincre qu'il n'y est parlé que d'une opération purement mécanique. Voici comment nous traduisons ce passage de l'Exode : « Et il ( Moyse ) prit le veau, qu'ils (les Israélites) avaient fait, et le détruisit dans le feu (6), et il le moulut

(1) Exode, xxvi, 10, 29.

(2) Odyssée, m 432 et suiv.

*HXÔe 8è ya).xeù;, ônk* h xepffiv £xwv xaXxvjta, Ttetpaxa téyyr&, àx(jLovà Te aapOpàv t* bOtcoititov ts Tivpàypriv, olffîv te xpuaàv eipyâÇeTo.

(3) Exode, xx xii, 20.

(4) Vitulus aureus in Opusc. Chym. Phys. med., p. 585.

(5) Bandbuch der allg. Chemie, t. i,p. 120; 1^86.

(6) Littéralement, il l'absorba dans le feu, UNS 'rfvpl'ï , c'est-à-dire qu'en le fondant il en détruisit la forme. Exode, xxxu, 20.

( dans un moulin à bras (1) en petites parcelles, qu'il jeta dans Veau et fit boire aux fils d'Israël. »

Ainsi donc, c'était de l'or divisé par un moyen mécanique et tenu en suspension dans l'eau , que Moyse fit boire aux Israélites. Toutes ces discussions sur la prétendue dissolution du veau d'or et sur le savoir chimique de Moyse tombent d'elles-mêmes devant la clarlé du texte original.

Vargent devait être connu presque en même temps que l'or; car il est plus répandu dans la nature qu'on ne se l'imagine , et il se rencontre également à l'état natif. Quoique l'argent n'at- . tire pas autant les regards que l'or, le nom qu'il porte dans toutes les langues anciennes est fondé sur la couleur et l'aspect que présente ce métal. Ainsi, *\Dl (khesef), qui signifie argent en hébreu, dérive du verbe *]DD (khasaf), être pâle; de même qu'en grec apyup^ (argent) vient de à^6ç9 blanc. C'est de là que dérivent le latin argentum et les mots équivalents des langues néolatines. L'argent servait aux même usages que l'or.

Après ces deux métaux viennent le cuivre, Vétain, Y airain et le plomb. On trouve l'énumération complète des métaux anciennement connus (vers 1500 avant J.-C), dans le passage suivant du Pentateuque (2) : « Que l'or anî (zahab), l'argent «]p? (khesef, le fer Vpa {barzel), l'airain nçna (nehhochet), le plomb rnsjr (oferel), l'étain Sna (betil), et tout ce qui peut passer par le feu (3), soit purifié par le feu. »

L'histoire ne nous a pas transmis le nom de celui qui eut le premier l'idée de retirer les métaux des minerais, dont l'extérieur ne fait ordinairement guère soupçonner les substances qu'ils recèlent.

Les Égyptiens attribuaient cette découverte à leurs premiers souverains (4); les Phéniciens, à leurs divinités (5).

Quand on songe qu'à notre époque, où la science fait tant de progrès, on n'a pas encore trouvé le moyen d'obtenir les métaux à l'état de pureté parfaite, on a toute raison de croire que les métaux des anciens étaient très-impurs et très-imparfaits.

(1) pl~lttJ>* IV |DP?1 *• *e V€rDe |UÇ (thakhane), qui est ici employé, vient du subst.&njnr) (takhanah), moulin à bras.

(2) Nombr.,'xxxi, 22 et 23.

* (3) WX2 K3* IVH Wbs

(4) Diodore, i, 43. Agaluarchide apud Phot , en.

(5) Voy. notre Plténicie, p. 68, dans l' Unit ers pittoresque.

Comme les minerais ne renferment jamais un seul et même métal, les métaux qui en provenaient devaient être des espèces d'alliages, plus ou moins faciles à travailler. L'extraction et l'affinage des métaux supposent des connaissances qui se perfectionnent de jour en jour.

11 n'y a qu'un moyen d'expliquer la haute antiquité des métaux, c'est d'admettre, par ^hypothèse, que les métaux ou leurs mines étaient pour ainsi dire à fleur de terre ; que les éléments minéralisateurs, comme le soufre, l'oxygène, etc., n'avaient pas encore eu le temps de compléter leur action en altérant tes métaux au point de les rendre méconnaissables, et que la plupart, existaient à Tétat natif ou à peine altérés, pareils auferetau nickel qu'on trouve dans les météorites. Ne se pourrait-il pas que le fer d'alors, dont le prix était presque égal à celui de l'or, fût du fer aérolithique? C'est une question que nous ne faisons que poser. Les Égyptiens paraissent avoir connu de temps immémorial le moyen de purifier l'or et l'argent à l'aide du plomb et des cendres des végétaux. Le borith (n^ia), par lequel il faut entendre tantôt le sel alcalin retiré des cendres (carbonate de potasse du commerce), tantôt les cendres mêmes, était primitivement employé comme fondant et dans l'affinage des métaux (1).

Les anciens ignoraient l'usage des acides ou des eaux corrosives pour attaquer les métaux ou les minerais. Ils ne connaissaient que le vinaigre et les sucs acides des végétaux; ils savaient cependant que ces derniers, conservés dans des vases d'airain, acquièrent des qualités malfaisantes. Il faut arriver au neuvième siècle de notre ère pour trouver les premières traces de la dissolution des métaux au moyen d'un acide minéral (eauforte).

Les opérations auxquelles on soumettait les métaux étaient, pour le répéter, purement mécaniques. L'enclume^ les tenailles et le marteau sont mentionnés par les auteurs les plus anciens comme attributs du forgeron (2). On réduisait les métaux en lames plus ou moins minces ; mais on ne connaissait pas encore le moyen de les réduire en fils.

Les peuples primitifs employaient, comme le font encore aujourd'hui les peuples sauvages, le cuivre, ou des alliages de cui-

(1) Voy. pag. 54 et 58.

(2) Job, xxx , 10; Hom., Odyss., m, 432.

vre et d'étain ou de zinc (airain, bronze), pour lès mêmes usages auxquels nous faisons aujourd'hui servir le fer ou l'acier, a Les Massagètes emploient, dit Hérodote, l'airain pour la fabrication des lances, des pointes de flèche, des sagayes. L'or leur sert dans leurs ornements. Ils garnissent le poitrail de leurs chevaux de cuirasses d'airain, et enrichissent d'or les brides, les mors et les housses. Mais ils ne connaissent pas le fer (1). »

Les alliages de cuivre sont désignés parles noms génériques nuru (nekhochet) (2), xaÀxo'ç, aes> ^ue l'on traduit généralement par airain. Nous reviendrons plus bas sur la valeur de ces mots.

Tous les auteurs anciens s'accordent à dire que les instruments aratoires, les armes, les outils employés dans les arts, etc., étaient fabriqués en airain (3). Les armes, et d'autres instruments antiques, que l'on conserve dans les musées et dans les arsenaux de l'Europe, confirment ces témoignages (4).

Le fer cru et non travaillé était probablement connu depuis la plus haute antiquité. Mais comme ce métal est très-difficile à fondre et à travailler, il s'était sans doute pas£é des siècles avant que l'on parvînt à l'extraire convenablement de sa mine, à le forger, et à le rendre par la trempe apte à servir dans une foule d'usages, et à devenir ainsi le plus utile et conséquemment le plus précieux des métaux.

L'histoire de la découverte du Nouveau Monde nous apprend que les Mexicains et les Péruviens, qui connaissaient depuis longtemps l'art de travailler l'or, l'argent et le cuivre, n'avaient aucune notion des instruments de fer, quoique ce dernier métal

(1} Hérodote, i,215.

(2) nçh3 est an nom onomatopique, qui dérive de U7H 3 (nakhach) , faire

du bruit, siffler,

(3) Gènes, iv, 22. Exod. xxvi, 11. Hésiod. Theog. v, 722, 726, 733. Lucrèce, H?, v, 1286. Vairon dans S. Augustin, deCiv. Dei, lib.vu,c.24.Isid.Orty.lib. vin, c. 11. Iliad. îv, Y. 511; xhi,y.622; xxiii, v. 560; xxm, v, v. 723;xxiu, v. 118. Odyss. xxi, v. 423; v, v. 244. Diodore, i. Agalharchide apud Phot., c. 1341 et 1344.

(4) Avant la connaissance du bronze, les hommes fabriquaient leurs armes et ustensiles avec des pierres siliceuses. De là trois âges bien distincts dans la marche de la civilisation : 1° l'âge de pierre, 2° l'âge de bronze, 3° l'âge de fer. La durée de chacune de ces périodes est difficile, sinon impossible, à déterminer. Comp. p. 30 et 43.

abonde au Mexique et au Pérou (1). Or, l'histoire des peuples sauvages est l'histoire des peuples primitifs.

Les traditions des Phéniciens et des Cretois font remonter la découverte du fer à des époques très-reculées (2). Les Grecs l'attribuaient à des personnages fabuleux, à Cybèle, àProméthée, auxCyclopes et surtout aux Dactyles du montlda. «Les Dactyles étaient, dit le scoliaste d'Apollonius de Rhodes , des enchanteurs et des magiciens, qui passent pour avoir trouvé le fer (3). » — Il y avait un mont Ida dans l'île de Crète et un autre sur les limites de la Troadeet de la Phrygie, au fond du golfe d'Adramyttium. Duquel des deux s'agit-il ici? Cette question se trouve résolue par le passage suivant de Diodore : « Le mont Ida est la plus haute montagne de l'Hellespont; on y trouve un antre merveilleux, où les déesses furent , dit-on, jugées par Paris. C'est dans ce même antre que la tradition place les ateliers des Dactyles idéens, qui les premiers forgèrent le fer, après avoir appris cet art de la mère des Dieux (4). » — Les Chalybes, qui habitaient sur les bords du Pont-Euxin, passaient aussi pour très-habiles à travailler le fer (5) par l'emploi de la trempe, dont ils paraissent avoir eu le secret. Serait-ce en honneur des Chalybes que l'acier reçut le nom latin de chalybs?

La connaissance de la trempe du fer, que François Bacon regarde à tort comme une découverte moderne, remonte au moins à mille ans avant l'ère chrétienne. Homère en parle en termes non équivoques, à propos de Polyphème, auquel Ulysse creva l'œil avec un pieu. « Et il se fit entendre, dit le poète, un sifflement semblable à celui que produit une hache rougie au feu et Irempée dans l'eau froide; car c'est là ce qui donne au fer la force et la dureté (to y&p auxe aiôiipou ye xpaxoç IcxTi'v) » (6).

Sophocle, qui vivait au temps de Périclès, par conséquent plus de 400 ans avant J.-C, compare quelque part un homme dur et

(1) AI. Barba, 1. 1, p. ( 1 ( et 1 18. Acosta, Hist. des Indes, in-fol., p. 132. Mém. de l'Acad. de Berlin, 1746, p. 451.

(2) Sanchontatli. apud Euseb. p. 35.

(3) Ad Argonaut. I, 1129. Voy. P. Rossignol, les Métaux dans V antiquité, p. 16 (Paris 1863).

(4) Diodore, XVII, 7.

(6) Eschyle, in Prometh. vincto, ?. 718. Virg. Georg. lib. i, v. 58. Amraieo Marcelin, liv. xxii, c. 8. Tzetzè.% Chrotii 10, p. 338. (6) Odyss. ix, 393.

entêté à du fer trempé (p«<p?i aiorjpoç wç) (i). Selon les marbres d'Arundell, le fer était connu 188 ans avant la guerre de Troie. Mais cette autorité est contredite par Hésiode, Plutarque et d'autres. Les anneaux de fer que l'on a trouvés dans les tombeaux d'Egypte sont d'une date plus récente; la plupart ne paraissent pas être antérieurs aux Ptolémécs (2).

La dureté du fer et la difficulté de le faire fondre, ces deux qualités caractéristiques, ont de tout temps fixé l'attention sur ce métal. Moyse parle souvent, au figuré, de la dureté du fer (3). Une domination dure est désignée par bria 123127 {chef et barzel) (4), domination de fer ; un cœur insensible est comparé à une chaîne de fer (Vna ru) (5).

En voyant Moyse comparer la servitude à la chaleur d'un four- Deau dans lequel on fond le fer, on serait porté à croire que l'on construisait déjà à l'époque de ce législateur, et probablement avantcette époque, des fourneaux particuliers pour faire fondre le fer. « Le Seigneur, dit Moyse aux Israélites, vous a fait sortir de l'Égyptecomme d'un fourneau [où l'on fond] le fer ( bilan lia ) (6). Qu'il nous soit permis ici de relever une de ces erreurs qu'il arrive souvent de commettre, lorsqu'on est réduit à se fier à des traductions qui ne peuvent en aucun cas remplacer le texte original.

Goguet dit, à la page 342, tome I, d'un ouvrage estimé (7) : « Mais ce qu'on doit le plus remarquer, c'est que dès lors (à l'époque de Moyse) on faisait en fer des épées, des couteaux , des cognées, et des instruments à tailler des pierres. Pour parvenir à faire des lames de couteau, d'épée, etc., il a fallu trouver l'art de convertir le fer en acier, et le secret de la trempe. Ces faits t me paraissent prouver suffisamment que la découverte de ce métal et l'art de le travailler remontent à des temps très-anciens, etc. »

Cette opinion, inconsidérément adoptée par beaucoup d'au-

(1) Ajax, v. 720.

'. M J.-G. Wilkinson, Mann ers and Customs of the ancient Egyptians, vol. i, I P. 242.

M Deut. xxviii, 23 et 48 ; m, 11 ; vin, 9. Lé vit. xxvi, 19. /

M Ps. h, 9.

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