DOCUMENTS RELATIFS A L'ART SACRÉ
La précieuse collection des manuscrits grecs de la Bibliothèque impériale de Paris renferme un grand nombre de documents sur l'art sacré, sur la chimie et l'alchimie, dont nous allons donner ici une analyse détaillée. Nous y joindrons quelques fragments inédits^ et nous tâcherons de remplir, au moins en partie, la promesse faite^ il y a plus de deux siècles, par l^éon Allalius, célèbre bibliothécaire du Vatican (â).
Voici la traduction de quelques-uns de ces fragments. Nous renvoyons une partie du texte original à la fin du volume.
(1) Manget, Bibliotheca chiaUca, 1. 1. - Arli« aurifene quam Cliemiaro rocaot, 6tc , Basil., 1610, 12.
(2) Voy. OI.Borrichius, io Màngei, Bibliotheca chim., 1. 1, p. 41.^Fabri' cil» ( Bibl. Grxca) et La Porte du Tbeil {Notices extraites des mis,) oDt fait connaître quelques fragmenls , que nous aurons l'occasion de signaler.
PRsmiAB Apoqub. 255
MoMis de ee«x «al ont eultlTé Tart sacré (1).
a Voici lesnoms des adeptes .'
a Platon, Âristote, Hermès, Jean l'archiprétre dans la divine Évagie, Démocrite, Zosime, le grand Olympiodore, Stéphanus le philosophe, Sophar le Perse, Synésius, Diosconis, le prêtre du grand Sérapis à Alexandrie, Ostane, Tinitié de l'É^pte, Comarius, également initié de TÉgypte, Marie, Cléopâtre, Porphyre, Pébechius, Pelage, Agathodémon , l'empereur Héraclius, Théophraste, Archélaûs, Pétasius, Glaudien, Panseris, Sergius, Memaon le philosophe , et un grand nombre d'anonymes. Ce sont là les maîtres les plus célèbres et les plus répandus, les commentateurs nouveaux de Platon et d'Aristote (oî v/ot iÇrj-pfjTal 7QÔ nXarctivoç xal 'ApivTOtéXouç).
« Les pays et les lieux dans lesquels on cultive l'œuvre divin (wOeîov ^pfov) sont : rÉgypte, la Thrace, l'île de Chypre, Alexandrie, et le temple de Memphis (t^ Up^v t^ç M^|x^«o><. ) »
Dans le discours d'un philosophé anonyme chrétien , Sur Part défaire de Vor (3), on trouve aussi une liste des adeptes, a Parmi les coryphées de la science nous nommerons, dit l'auteur, en première ligne Hermès, le trois fois très-grand , ainsi désigné à cause des trois puissances de l'œuvre ; c'est le preniier écrivain du grand mystère (irpStoç ffUYYP*?^^? "^^ (jieYaXou fAUTcrip^ou). Après celui-là vient Jean Tarchiprétre, Démocrite, le fameux (^cpi&njToç) philosophe d'Abdère, un certain Zosime, très- instruit (Zb>9t{juK Tt^ itoXu(xaOé<rTaTo<). Ce sont là les philosophes écuméni" 7v»(ot obiou(xcvtxo\ ^1X600901). Puis viennent les exégètes (commentateurs) de Platon et d'Aristote, Olympiodore et Stéphanus. »
.1) Ms. grec D^ 2250, fol. 245. Le tîtredu traité porte : iccpi tûv 7:oit)tô»v rauTTic 2} Maoïutcrit 2249, fol. 43.
§13 SnbfliCaBCM métalUquefl coii«acrées aux «ept pl«Bètei(l).
On a consacré à Saturne : le plomb, la litharge, la mélite, l'agate, et d'autres choses semblables.
— à Jupiter : Pétain, le corail, toute pierre blanche,
la sandaraque, le soufre.
. — à Mars : le fer, l'aimant, les pyrites.
On a consacré au Soleil : Tor, le charbon, Thyacinthe, le diamant (2), le saphir.
— à Vénus : le cuivre, les perles, Tonyx, l'amé- ' thyste , le naphthe , la poix, le sucre (m-
/ap), Tasphalte, le miel, le sel ammoniac, la myrrhe.
— à Mercure : le vif-argent, Témeraude, le jaspe, le
chrysolithe, le succin, Tencens, le mastic.
— à la Lune : l'argent, le verre, Tantimoine, la terre
blanche.
|jexl«ae« chimique* (3).
Plusieurs manuscrits ( n* 2325, n* 2327, n* 2250 (A) ), contiennent des vocabulaires de l'art sacré, X^Çlxà tt)ç lepafç T^/,vyiç(5).
(1) Ms. 11° 2250, fol. 241. Ce petit traité, sans nom d*autear, a pour titre : ix Tûv (JLETaXXixâv dlicep àvaTCOevxat lOtc Enta icXavv)Tai(.
(2) Il est curieux de voir le charbon et le diamant^ deui corps de m6me coonpositioD , rangés dans la mdme catégorie.
(3) Ms. n'' 2329. Ce ms. in-4^ rempli de corrections, appartenait au cardinal Mazarin. L'écriture est du xv^ siècle.
(4) Le lexique du ms. 2250, fol. 249, a pour titre : Xe^xovxaxà è>.^rfny \u- TaXXeuTixôv twv ôvo|iaTCi>v tfj; 6eîa« xai Itpfi; Te'xvrj;.
(5) Depuis l'apparition de la première édition de notre ouvrage (en 1842), plusieurs écrivains ont parlé de Vart sacré d'après notre analyse des manuscrits grecs de la Bibliothèque impériale. Mais, pour mieux masquer la source où ils avaient paisé, quelques-uns ont imaginé de remplacer, dans les titres giec&, le mot Ispd, sacra, p>r dY"X| sanctfi; ils ignoraient sans doute que le mot dEyioç a un tout autre sens, et qu'il ne s'emploie jamais comme quali&catif de tc/vt}, ars. C'est ainsi que les larcins se trahissent.
PEEMIÉIUS iPOQUE. 357
Malheureusement ces 'Lexiques élémentaires de Vari sacré auraient eux-mêmes besoin de commentaires, pour être bien compris ({]. Voici ce qu'on y lit :
< Le nUre (Ut^ov) est le soufre blanc (Oeîov Xtuxov ), qui produit l'airain.
«L'écume de toute forme (dlfpb< navT^ç ttSouç) est le mercure liquide (m. 2250).
« La Jiii« (aiOoXiq ) est le poison de la suie.
ff L'apospermatisme du dragon (dliro<rirfp|AaTt<r(xè( SpaxovToc) est le mercure provenant du cinabre (ms. 2250).
« Veau divine (OeXov 8$(op ) est le blanc d'œuf (2).
c La eadmie (xa$(Ae{a) est la magnésie ((i.aY^<Ttx ).
« La terre égyptienne (ttî al^rj-mioL ) est la terre de poterie.
<Le elaudien (xXauStavoc) est la chaux brûlée des coquilles d'œuf.
t Terre égyptienne, — terre argileuse, terre samienne, — arsenic.
« L'aifdtn est la coquille de l'œuf.
i Toutes les fleurs jaunes sont des pierres d'or.
0 La magnésie est l'antimoine femelle de Macédoine (9T(fA|ii
^uwy t4 (&axc$ovixov),
< Bile de dragon, — mercure résultant de la distillation du cioabre avec Tétain ( ms. 2250).
a Disque du soleil, — mercure provenant de la distillation d'un amalgame d'or.
« La chélidoine est la teinture d'or.
«Lasemence de Vénus (^AfpoS{Trj<mpfAa) est la fleur du cuivre.
«Le lait d'un animal quelconque est le soufre {yaka UaaxoZ Vtw M 6tIov), parce que le soufre coagule le mercure.
«Le lait d'une vache noire (3) est le mercure (ms. 2250).
« La grenouillette (parpa^iov ) est le vert de montagne.
« L'éponge de mer {nwffoç OaXàacioç) est la eadmie.
«Le dragon rouge, le cinabre. »
Le mot eau divine {^tloy» S&i>p) s'applique à une foule de matières
(I) Un de ces lexiqueR^ intftaiè Ae^ix^ xorà aroixeiov xfi^ xp^^oicoitac, a été im- Pninépir E.BerDard, à la fia du Traité de Palladius De febribus; Leyde, 1745,
()) Le mercure était également appelé eau divine. Ces lexiques ne semblaient ■▼oir été Eiiti que pour égarer le profane, dans le dédale des pratiques alchimiques.
(3) Uoevadie noire était, en Egypte, le symbole de la fertilité; et une vache n««>eehiidelairtérilité.
diverses, telles que Tanlimoine, la litharge, le marbre, blanc d'œuf, Tasbeste, etc. Le marbre Ihébaîque était le calcaire provenant de coquilles d'œufs. — La fleur de soufre s'appelait «tw^c (vf^éXr,). — Osiris était tantôt le plomb, tantôt le soufre. — L'ocre s'appelait jawne (Tœuf.
La pierre étésienne, ô M«»<k X(6oç, était le chrysolithe, pyrite couleur d'or.
Le bain de cendres chaudes, OepfAOffitoSia (^), était une espèce de bain-marie.
Le svrjet^ uicf pêoXii, était la distillation, propre à faire passer un liquide du matras dans le récipient.
La spirilualisation, irveufAdtTioatc, était Voa^daiion, dans le sens de la théorie du phlogistique : les alchimistes croyaient que tes métaux qui se rouillent (s'oxydent) par le feu , perdent un esprit (Ttveufiiflt).
Vépibaltarium, iiciêaXtdfpiov (xh) , était un vase à col étroit et à large ventre , une espèce de matras. La forme des vases n'était pas indifférente dans les opérations de l'art sacré.
Les noms de ^XfAupCoiet de parpèf/iov étaient également appliqués à la chrysocolle.
La Irychite bouclée, poarpuyj^ç, était la pyrite. Le siège ou char, S^^poç , était le mercure liquide. Le cnuphium , xvou(piov, était un alambic. Le mot talc, xaXax, probablement d'origine persane, désignait un silicate de magnésie.
'LQsceriumy (rip{ov, était une poudre (sèche) de projection (ij. Une momie égyptienne s'appelait le tombeau d'Osiris. Le blanc, le bleu et le noir étaient les couleurs mailressesy parce qu'on les retrouve dans l'œil (la cornée, l'iris, la pupille).
Ce qui contribue encore à obscurcir la lecture de ces ouvrages déjà si peu clairs, c'est que le nom d'un métal est souvent pris pour celui d'un autre. Le nom d'une substance inorganique est quelquefois appliqué à une substance organique qui n'a aucune analogie avec la première. C'est ainsi que le fer (<T{Sv)poç) signifie quelquefois une coquille d'œuf, et que les noms decuivre^ A' argent , d'or, de soufre^ désignent des objets tout différents, ordifiairement des plantes ou des animaux. Les maîtres de l'art sacré ne se contentaient pas de cacher
(1) Quant aax mots Xamcoc, ^fixoc, ivrCxeipo^ «wXiqv, voy. pag 362.
FREMliRS ÉPOQUE. 359
leurs principes sous le voile d'un langage énigmatique ; pour ajouter à Tobscurité de leur langage, ils avaient adopté des caractères particuliers ((n}(uta). Ces caractères ou signes sont de difîérentes espèces, et plusieurs d'entre eux ont une ressemblance conQplète avec les hiéroglyphes. Peut-être sont-ils même d'origine égyptienne. Parmi ces signes, il y en a qui sont une image de la chose représentée. Ainsi, pour désigner Peau, on tra^ çail horizontalement une ligne brisée, figurant les ondulations d'une masse d'eau agitée :
Signe de Veau : n-~>/>/vv (i).
Un œuf est représenté par un cercle qui en contient un autre plus petit, indiquant le jaune. Un petit cercle, surmonté d'un trait en arc, représente l'œil. Un cercle dont la circonférenceest hérissée de pointes sert à désigner le vinaigre (2). L'urine (o3pov ) a pour signe une image grossière de l'organe même qui sert à Texpolsion de ce liquide.
Voici quelques-uns des signes que l'on rencontre fréquemment dans les manuscrits grecs, relatifs à l'art sacré.
^ figure l'or;
£ — l'argent;
^ et X — le mercure;
^ — le soufre;
^ — la mine de cuivre (xa^xou y^ , ;
y ou ^ ou Q — l'étain ;
y\f — le fer;
(1) On rencontre ce signe très-fréquemmenl sur les monuments couverts dliiéroglypbes. Tout le monde peut le voir dans le Musée égyptien du Louvre, ainsi que «ir Vobélisqiie de Lonqsor, dèMa place de la Concorde, à Paris.
[1) Les alchimistes parlent souvent des pointes do vinaigre. Lemery lui-même, qoi poortant n*était pas alchimiste et qui vivait au xvnc siècle, explique l'effertescence que font les addes^avec les alcalis, par la pénétration des pointes de ces leidcs dans rintérieur de la sol>stance des alcalis.
260 HISTOIRE D£ Là CHIMIE. '
Cp figure le cuivre;
Jô] — un fleuve ;
[><3 — le poTofpiov (instrument chimique);
cm — une lame de cuivre ou de tout autre mé-
tal, excepté une lame d'or ;
( ) >r--{ — une lame d'or ;
^ — le jour (au plur. P^), ou rayon montant;
0 — la nuit (au plur. pp), ou rayon descendant;
Fo — once (Fo a = i once, Fo P = 2 on-
ces, etc.).
On se servait de figures symboliques pour représenter nonseulement des objets, mais encore des actes.
Exemple : une ligne tracée en spirale figure le mouvement circulaire d'un bras qui broie quelque substance. De là, le symbole qui signifie : pulvérisez (Xsfdiatv).
Enfin, il y a des figures mixtes, dont les éléments sont à la fois symboliques et graphiques; c'est-à-dire que la figure symbolique ou hiéroglyphique est en même temps accompagnée d'une ou de plusieurs initiales du nom de l'objet représenté.
Par exemple, l'or très-pur^ XP"^^« xexotufxivoç (or passé au creuset), est figuré par le disque du soleil, symbole de l'or, surmonté de deux rayons se coupant à un angle très-aigu; au-dessous de ce rayon se trouve la lettre K, initiale de xcxaufAcvoç.
Pour désigner la litharge (XtOapYupoç), on trace la lettre A, initiale de Xi6(K (1), accompagnée d'un croissant, symbole de l'argent, dont les pointes sont tournées de gauche à droite (2).
(1) Le nom de lilbarge, venant de XCOoç, pierre, etd'&pYvpoç, argent , signifie pierre (Pargent. Ce nom n'a pas peu contribué à répandre les doctrines de la transmutation des métaux et de la pierre philosophale.
(3) On trouve l^exposition d'un grand nombre de figures symboliques des alchimistes grecs , dans le 2^ vol. de Du Cange ( Gloss, inf, et med, graeitatis }. Il est bon de noter que plusieurs de ces figures sont mal rendues et inexactement expliquées.
rRBMlillB ÉMOUB. 261
KfMlmc.
11 y eut plusieurs auteurs du nom de Zosime. Fabricius, dans sa Biblioiheca grxca, nous en a conservé la liste. Celui dont nous allons parler est surnommé le Panopolitain et le Philosophe divin. Il ne faut pas le confondre avec Zosime Thistorien, avocat da fisc, sous Théodose le jeune.
Zosime le Panopolitain, initié aux mystères de TÉgypte, parait avoir vécu vers la fin du m'' siècle ou au commencement du n*. On peut le considérer comme le principal maître de l'art sacré; car les écrits de Démocrite, de Marie, et de quelques autres, réputés antérieurs à celte époque , sont apocryphes. Photius rapporte {Cod. glxxx) que Zosime le Thébain ou le Panopolitain avait dédié à sa sœur Théosébie vingt-huit livres sur la chimie. Suidas fait également mention de Zosime, qu'il appelle philosophe d'Alexandrie; il ajoute que ce philosophe avait écrit des ouvrages de chimie, xïifwwtixa (1).
On trouve, dans un livre de Zosime, en termes très-explicites, que la connaissance de la distillation est bien plus ancienne qu'on ne le croit généralement.
Livre de Zosime sur les fourneaux et les instruments de chimie. Du triMeus, ou appareil à trois ballons (2).
Ce livre renferme des descriptions de vases et d'instruments chimiques, accompagnés de figures. Zosime rapporte qu'il a vu, dans un ancien temple de Memphis, le modèle des appareils qu'il décrit.
(t) Les seuls maniucrits grecs de Zosime le PaDopolîtain, qui aient éié^ autant que Doos sachions, jusqu'à présent imprimés, sont : de Zythorum con/ectione fragmenium nune primum grstee (e eod» Gothano) ac latine editum a CA. Gniner; ^ Frof^mentnm de Persica cupri tinclura, edidit J. G. Schneider, in Animadvers. ad Ëclogas physicas, p. 95. Voy. Bibl, do Hoffmann. Aucun de ces fragment ne se tronve dans la coUection des mss. grecs de la Bibl. impériale de Paris.
{1) Ms. N*" 2249. Ce mapuscrit (petit in-folio, de 107 reiilllets, écriture de la Uo do i&e siècle, sur papier) contient un plus grand nombre de traiti^s que ne l'indique l» liste inscrite an premier feuillet.
Ce que l'auteur nomme %ava (instruments) et xafACvoi (fourneaux), étaient de véritables appareilsde distillation et de sublimation. La simple. inspection des figures 1, 2 et 3, ci- dessous dessinées d'après le ms. n« 2249, fol. 100, 101 et 103, suffirait pour démontrer que Vart distillatoire était connu et pratiqué longtemps avant les Arabes, et que ni Albucasis ni Rhasès n'en sont les inventeurs.
FIg. 1. .
Les différentes pièces dont se composent ces appareils , ont chacune un nom particulier, qu'il importe de connaîlrc pour Tintelligence du texte grec des manuscrits de Tari sacré.
Le fourneau, sur lequel repose l'appareil, s'appelle tk <pwTa, les lumières (voy. a de la fig. 1 ci-dessus). Le ballon, posé sur le fourneau, se nomme ^ XwttoIç ( h des fig. 1, 2 et 3). La lopade, qui est le matras, contenait la matière soumise à la chaleur du fourneau.
Le tuyau de communication, adapté à la partie supérieure de l'appareil, porte le nom de ô ^wX^^v, le tube. Ce tube était tantôt droit, vertical ( c des fig. 1 et 3), tantôt coudé à angle droit, de manière à présenter une direction verticale dans un sens et horizontale dans l'autre (ce? de la fig. 2); quand le tube était vertical, il communiquait en haut avec un second ballon, nommé ^ (piaXrj, la coupe {d des fig. 1 el 3), et ce ballon communiquait à son tour avec un! véritable récipient ayant la forme d'un petit matras.
PRSMiiRE ÉPOQUE.
Le récipient, recevant le liquide condensé dans le ballon d, s'appelie 6'^^xoç ou ptxoc, le vique {e de fîg. i 2 et 3], et le tube qui le joint au ballon supérieur, se nomme lecontre-tube, 6 àviC^^etpoç aaiXviv (//desfig. 1 et3}. Les récipients étaient posés sur des briques (ij.
Quand le tube était courbé, le second ballon et les contre-tubes devenaient inutiles, et le vigve ou récipient communiquait direclement avec la lopade ou gros J)allon. L'appareil à un seul récipient se nommait monovique^ fAov^^ixo; (fig. 2), à deux récipients il s'appelait divique^ diiSixoç (fig. 1), et à trois récipients. Mvique, T^i^\x(K (fig. 3).
On pouvait ainsi multiplier à volonté le nombre des récipients^Cependant il y en avait rarement plus de trois ou quatre, nombres sacrés.
L'appareil irivique était le plus souvent mis en usage pour la distillation. Zosime prescrit de le construire de la manière suivante :
« Fais (rois tubes (dcoXrivoc;) d'airain, dont les parois soient assez épaisses, et de seize coudées de longueur. — Les ouvertures ou langues pratiquées à la partie inférieure du ballon doivent exactement s'adapter à ces tubes, qui eux-mêmes viennent aboutir à
(1) Le mol pi}/o; ou ptxo; paraît 6tie la racine du root é\f^i\ : il se relrouTe tout" entier cUn« iegen. d|x6iiioc. On sait que le génitif du singul'^r est presque toujours b fraîe racine des noms. D^à^i^xo; les Arabes ont fait alambic. C'est donc là BB mot grec, et non arabe.
d'autres ballons plus petits (pix(a). Un fort tube (àv^ixtipoç aon^Xv) fait communiquer le matras ( sous lequel on met le feu)' avec le grand ballon en verre (Xi^^avoç^ P^Ikoc); et l'appareil porte, contre toute attente (-TtapaSoÇoç), Tesprit (icv£u|x«) en haut. Après avoir ainsi adapté les tubes , on en lute (<ru)jiinr)Xâ)(7at ) exactement toutes les jointures. Il faut avoir soin que le grand ballon en verre, placé au-dessus du matras ( avec lequel il communique par un tube), soit assez épais pour que la chaleur^ qui fait porter l'eau en haut ( T^c OipfjL7)ç Tou 6$aToc xotjit![ou^ç T^ dvaSstvttv), ne le brise pas. »
FIg. 1.
Les petits récipients et le ballon supérieur étaient toujours en verre (ûtXtvoi), tandis que le ballon inférieur (Xonrotç) était souvent fabriqué avec une pâte argileuse. Les tubes de communication paraissent avoir été moins souvent en métal qu'en terre ( oboX^veç ^orpccxivot).
Traité du divin Zoslme «ur la vertu et la composlUon des eaux (!)•
Ce traité, divisé en trois livres, serait mieux intitulé ie Songe (fun alchimiste. Les passages suivants, que nous en avons détachés et traduits^ pourront donner une idée du langage des adeptes:
(1) Manuscrits n^ 3249 et 2252.
PREMliRE £POOUB. 265
« Les chaux solides ( «rreptà foxpaxa ) caractérisent les métaux; les éléments liquides, les plantes... La substance homogène et multicolore comprend la nature variée de toutes choses. C'est elle quiy sous l'influe oce lunaire de la nature («reXviviaCupijvvic t^c ^tuç], soumet la diminution et l'augmentation à la mesure du temps.
«Tout en disant cela, continue l'auteur, je m'endormis, et je m un prêtre debout devant un autel en forme de coupe (^f^bc pXoi(8i)c), ayant plusieurs degrés pour y monter. Et j'entendis une voix qui me criait d'en haut : J'ai achevé de monter et de descendre ces quinze degrés, resplendissants de lumière.
«Ayant entendule prêtre officiant devantrautel, je lui demandai quelle était cette voix retentissante dont les sons avaient frappé mon oreille. Le prêtre me répondit en disant (1) : Je suis celui qui est [d^tX 6 âv ) , le prêtre du sanctuaire, et je suis sous le poids de la puissance qui m'accable. A la pointe du jour, il vint un envoyé qui me saisit, me tua avec un glaive, me divisa en morceaux; et, après avoir enlevé la peau de la tête, il mêla les os^ avec les chairs, et me calcina dans le feu, pour m'apprendre^ que l'esprit naît avec le corps. Voilà la puissance qui m'accable.
«Pendant que le prêtre me parlait ainsi, ses yeux devinrent comme du sang, et il vomit toutes ses chairs. Je le vis se mutiler, se déchirer lui-même avec ses dents, et tomber à terre. Saisi de terreur, je me réveillai, je me mis à réfléchir, et à me demander si c'était bien là la composition de l'eau. £t je me félicitais moimême d'avoir raisonné juste.
« Bientôt je m'endormis de nouveau, et j'aperçus le même autel; et sur cet autel je vis de l'eau bouillir avec bruit, et beaucoup d'hommes dedans. Ne trouvant personne dans le voisinage pour m'informer de ce phénomène, je m'avançai pour jouir du spectacle de l'autel. Je remarquai alors un homme aux cheveux gris, maigre, qui me dit : Que regardes-tu ? — Je regarde, lui répondis-je, avec surprise le bouillonnement de l'eau, et les hommes qui y cuisent tout vivants (2).
< Le spectacle, reprit-il, que tu vqis, est l'entrée (et^oSoç), la
(D'AwxpTvaxo |totX£Y»v,^ÛsS 131^1^ «lyle de PÉcrilure sainte.
(2) n est id probablement fait allusion aux eau« du Nil, qui, au sotstif e d'été , débordent, et» étant refoulées par les vents du nord, semblent être en ébuUition. Cétatt le moment propice pour se baigner dans ce fletiYe, pour s'y purifler. En ^et, ploi loin, dans le même traité de Zosiroe, il est question des eaux du Nil.
sortie (^o$o(;) et la transmutation [aeca^oXi]). Et je lui demandai quelle était cette transmutation. C*est, me dit-il, le lieu de Topération qui porte le nom de purification (1) , car les hommes qui veulent devenir vertueux s'y rendent, et deviennent des esprits en abandonnant le corps. Et je lui demandai : Es-tu aussi un esprit? — Je suis, me répondit-il, un esprit, et le gardien des esprits.
a Pendant cette conversation, et au milieu du bruit de l'eau bouillante et des cris du peuple , j'aperçus un homme d'airain (xaXxavOpoiTTOv), tenant dans sa main un feuillet de plomb, et je l'entendis me dire à haute voix : Regarde, j'ordonne à tous ceux qui sont soumis à des châtiments, de s'instruire dans ce feuillet Je commande à chacun de prendre le feuillet de plomb et d'y écrire avec la main, jusqu'à ce que leur arrière-bouche se soil développée, que leur bouche se soit ouverte, et que les yeux aient repris leur place.
« L'acte suivit la parole ; et le maître de la maison, assistant à ce spectacle, me dit : Tends le cou, et regarde ce qui est fait. — Je regarde, lui dis-je. — L'homme d'airain que tu vois, reprit-il, et qui vient de quitter ses propres chairs, est le prêtre officiant devant l'autel ; c'est à lui qu'a été donnée la faculté de disposer de cette eau.
(c En repassant toutceladansmonimagination, je me réveillai, et je médis à moi-môme :Quelleest la cause de cet événement? Qu'est-ce donc que tout cela? N'est-ce pas l'eau blanche, jaune, bouillante, divine? Et je trouvai que j'avais raisonné juste.
« Et je dis : Il est beau de parler et beau d'écouter ; il est beau de donner et beau de recevoir ; il est beau d'être pauvre et beau d'être riche, et de savoir comment la nature apprend à donner et à recevoir. L'homme d'airain donne , et la pierre humidfl (ÔYpoXiOoç) reçoit; le métal donne, et la plante reçoit ; les astres donnent, et les fleurs reçoivent ; le ciel donne, et la terre reçoit. — Aucune combinaison ne se fait sans règle, et la règle est naturelle. — Enfin, pour abréger, construis, mon ami, un temple d'une seule pierre (monolithe), semblable à la céruse, à l'albâtre, le proconnesium , un temple qui n'ait ni commencement ni fin^ et dans l'intérieur duquel se trouve une source d'eau la plus pure,
(1) Le mot TOfixsCa, qui est ici employé, signifie, à proprement dire, Vaelion de saler, embaumement.
PREMIEfiS EPOQUE. 267
et brillante comme le soleil. C'est avec une épée à la main qu'il faut chercher à y pénétrer, car l'entrée est étroite. Elle est gardée par un dragon qu'il faut tuer etécorcher; et, en réunissant les chairs et les os, il faut t'en faire un piédestal sur lequel tu monteras pour arriver dans le temple, où tu trouveras ce que tu cherches. Car le prêtre, qui est l'homme d'airain que la vois assis près de la source, change de nature et se transforme en un homme rf'ar^ren/ (àpyupavôpwTçoç), qui lui-même, si tu le désires, pourra se transformer en un homme (Vor (/pudavôpwTroç ). Alors s'ouvriront devant loi les fleurs de l'éloquence, les trésors de la vertu et de la sagesse, les doctrines de l'intelligence, laré- Télation des mystères. — Et la nature, domptant la nature, se perfectionne, devient parfaite, et apte à la recherche de l'œuvre des œuvres ( IpyouT^ç Ipyotaïaç) ; elle revêt sa matière et consomme le venin; puis, quittant sa première forme, elle meurt. Alors elle imite celuiqui parle la langue hébraïque (fjit,a£îTaiT^vIou5aïxV y>^w(twvXaXouvTtt). Enfin la malheureuse se venge d'elle-même ; elle devient plus légère ; et, ayant ses membres mêlés à l'élément liquide, elle subit l'épreuve du feu et acquiert la perfection,
«Ne révèle rien de tout cela à autrui, et garde ces choses pour toi-même ; carie silence enseigne la vertu. Il est Irès-beau deconnaître les transmutations (t4ç ixera^oX^;) des quatre métaux : du plomb, du cuivre, de Tétain, de l'argent; et comment ils se chaogent en or parfait (tva ^hisi^tx^K léXeioç xP^^^O*
«Prends du sel, et arrose le soufre brillant, jaune; lie-le, pour qa'il ait de la force, et fais intervenir la fleur d'airain, et fais de cclaun acide (o^oç), liquide, blanc. Fais la fleur d'airain graduellement. Dans tout cela, tu dompteras le cuivre blanc, tu le distilleras (àvaY«Y8 ^ut(Jv), et tu trouveras, après la troisième opération, un produit qui donne l'or (1). »
Une chose qui frappe dans ce songe allégorique, c'est la représentation de matières minérales sous une forme humaine. Outre le chrysanthrope (homme d'or), Vargyranthrope (homme d'argent) et le chalcanthrope(^oxnme d'airain), on y voit encore paraître le molybdanthrope (homme de plomb) et l'homme de marbre (àvOpojTTOTcdfpiov). Ce dernier est revêtu d'un manteau rouge, royal; il sejettedanslefeu où son corps est consumé entièrement.
(1) Si lâ flt*i]r d'airain «st, — ce qui parait ôlre ici le ca», ~ du sulfate de cuivre, ooaunobleou deVaeide sulfuriqne par la distillation.
HISTOIEB DE LA CHIMIS.
Ces hommes minéralisés indiquent-ils chacun le métal ou la substance dont ils portent le nom ? C'est ce qui parait douteux. Car le langage des alchimistes doit se prendre rarement à la lettre.
Les opérations de l'art sacré, nous l'avons déjà dit, se rattachaient intimement aux croyances astrologiques. Le fragment qui suit confirmera cette manière de voir :
Zosime le PanopolitcUn, sur T eau divine.
« Le mystère que Pon cherche à découvrir est grand et di?in ; car tout est de lui et par lui. Il y a deux natures et une seule substance. L'une entraîne et dompte l'autre. C'est là Veau-argent (mercure), le principe androgyne (to «patvoôifiXu), le principe toujours fugitif (tb «peu^ov diti), constant dans ses propriétés, l'eau divine que tout le monde ignore, et dont la nature est inexplicable. Car ce n'est ni un métal, ni de l'eau toujours en mouvement, ni un corps, c'est le tout dans le tout ; il a une vie et un esprit; il est saisissable.
pig. «.
PBSMiiRE ivoQus. 269
• Tout homme qui ênlend ce mystère aura de l'or et del'argent. Sa puissance est cachée, et repose dans VÉrotyle. »
Ici se trouve , dans les manuscrits cités, la figure astrologicomystique que voici (fig. 4] :
Au centre de cette figure se voient les symboles des éléments de Tœuvre. Le sens littéral des mots inscrits entre le premier et le second cercle est : le Tout un; par lequel le Tout; et par lui le Tout; et en lui le Tout. Chacune de ces phrases est séparée par une croix ou thau anse, symbole de la vie éternelle; mais elles sont disposées de manière à contenir, la première trois mots , la seconde quatre, et les deux dernières cinq. — Lesens littéral des mots inscrits entrele second et le troisième cercle est : Unique est le serpent ^ ayant les deux symboles et la flèche. Les deux symboles en question sont ceux de la vie et de la mort, do bien et du mal. Lorsque le serpent devait représenter ces deux principes réunis, il était figuré, comme on le Foit sur les abrazas, avec une flèche kla queue. — Enfin, dans le milieu de cette figure se trouve, à gauche, le symbole de Tor ou du soleil ; à droite, le symbole de l'argent ou de la lune ; et au bas, le symbole du mercure. Au centre de ces trois figures symboliques on remarque le signe du soufre (1).
• La lune est pure et divine, disent les alchimistes, lorsque vous verrez le soleil briller à sa surface ; » ce qui , en d'autres termes, veut dire que la coupellatiun (purification de l'argent) présente le phénomène de l'éclair. La coupellation était le symbole de la purification par le feu, comme la distillation était celui de la purification par l'eau. Aussi , pour compléter l'idée de P^TifieatUm de tout ce qui est y on a dessiné, dans le manuscrit grec, uo vase distillatoire complet (voyez la figure 5). On y voit Qoe cornue surmontée d'un chapiteau en verre {^im^ 6^ivo< ), qui comunique, au moyen d'un bec, avec un récipient à col allongé
Pour se convaincre que Vart sacré était identique avec l'alchimie, on n'a qu'à lire ce qui suit :
(1) Ce «gué est aussi celui du bélier. D'aprè» les dogmes astrologiques des ^KTpUeos, le règne de rtiomme doit durer josqu*à la fin du monde, pendant six ^^noJa,c*est-à- dire jusqu'au moment où le solstice d*été correspondra au %éro ^M bélier. Alors lé inonde sera purifié, renouvelé, et Dieu reprendra son empira. A ce Bèoie moment la lune et le soleil doivent se trouver en conjonction. (Voy. M- dei hiéroglyphes, par C. Duteil, p. lie }
ÎT-^ r:^r:rxi ic ia :^«"»nT
« Zfmif*^. U Pamopoîitain^ sur Cari sicré de faire de For et de
C argent (1).
'-' Prenez rame du cuivre qui se tient au-dessus de l'eau du mercure, et dégagez un corps aériforme (^xa »>fcufi«Tixov ). L'âme du cuivre, d'abord élroileraenl renfermée dans le vase, • élèvera en haut ( Ixt^iyti Iraw); Teau restera en bas dans le crevtei [hir, xT^praxict) 2), aOn qu'il se solidifie avec la gomme, avec la fleur d'or, avec la teinture d'or( yj>'jvoîh>j*iov ), et avec les autre» matières (3). D'autres parlent de la coloration, de la calciriation et de la théorie mystique de l'œuvre, comme il suit : L'œuvre commence par le cuivre, qui, étant projeté dans l'iostrument servant à l'opération, réjouit la ^iie. Alors il se manifesle une coloration noire, par le moyen de la gomme, de la fleur'd'or, de la teinture d'or, et des autres matières sulfureuses. — Et Marie dit : Prenez l'eau du soufre et un peu de gomme, et mettez-les dans un bain de cendre chaude (Oep|jLo<nro^(«). C'est ainsi que l'eau ^e soldifie, à ce que prétendent les philosophes. Et Marie dit de nouveau : Prenez cette eau de soufre et cette gomme, pour les
(1) ManufcriU rio« 2249 et 2251 . Le litre est : Tlepl x9^ lepOç %a\ ^idç H^^i ^
(2) Voy. p. 284.
(3) Kal Ta IÇ^;. Cet matières ne sont pas nommées. Le ms. 2249 présente ici quelques lacunes.
PRBMIÈAE ÉPOQUE. 271
mettre dans un peu de fumier. Prenez ensuite une partie de notre cuiyre^ une partie d'or; faites décela une double lame, mettez du soufre par-dessus, et chauffez le tout pendant trois jours et trois nuits.
— o Après la solidification^ on le chauffera de nouveau avec da soufre, pendant deux ou trois jours, jusqu'à ce que le composé, passant dans un autre vase, devienne jaune dans le récipient (eU 6it€p€oX-^jV, jxexa^aXXov xo (yuvÔYjfia eI; éfxtpov dfyyoç ).
— a Après que Teau du soufre ouïe nuage s'est solidifié, on le chauffera , pendant une Journée, dans de la litharge, jusqu'à ce qu'il ait pris tout à fait Taspect de la céruse. On jettera ensuite cette substance sur de l'argent. Après avoir, en soufflant dessus, séparé le plomb, on mettra à nu ce qui est pur et non corrompu. »
Ce qu'il importe ici de signaler c'est la production du corps gazeux à l'aide d'une substance rouge ( l'Âme de cuivre ) qui se tient au-dessus du mercure liquide. Si cette substance rouge est, ce qui parait très-vraisemblable, l'oxyde rouge de mercure, le corps aériforme (ffSfAa içveujxatixov) aura été Voxygène. Ce sera une preuve de plus que la plupart des grandes découvertes ont été plus ou moins clairement entrevues à des époques différentes (i)-
Dans le dernier chapitre, Sur l'économie du corps de la magnésiCj l'auteur cite Zosime l'ancien, ce qui montre qu'il y avait plusieurs philosophes hermétiques de ce nom, et que Zosime le Panopolitain était un de^ moins anciens
Pélai^e.
Nous ne savons absolument rien sur la vie de ce philosophe hermétique. Tout ce qu'il est permis de conjecturer, c'est qu'il était contemporain de Zosime; car il est souvent cité comme un des plus anciens maîtres de l'art sacré.
<1) Toy.à ce sujet une nota de noire tradaction de Diodore (tome I, p. de la 1* édition; Paris, IS65).
Pelage le philosophe^ sur Fart sacré {{).
L'auteur traite principalement de la coloration des métaux, soit par l'oxydation ou la sulfuration, soit par les dissolutions. Il cite Démocrite, Zosime l'ancien (6 ipxaîoc ) et Zosime le physicien (6 cpu(Tix(k), en ajoutant :
a Les anciens philosophes, qui cultivaient avec succès les ma^ thématiques, ont dit : Tout art a son but ; ainsi l'architecture a pour but de construire, avec divers matériaux, des sièges, des caisses, etc. Et Part tinctorial {^ patpix^ f«X^) (2) n'a-t-il pasélé inventé pour faire une teinture (pajpi^v), but de tout l'art? Qu'on se rappelle ce que nous disent les anciens : Le cuivre ne teint pas; mais, lorsqu'il a été teint, il est propre à teindre. C'est pou> quoi tous les livres désignent le cuivre comme le plus convenable à l'œuvre ; car, lorsqu'il a été teint, alors il peut teindre ; dans le cas contraire, il ne le peut pas, comme il a été dit (3).
— a Pour faire un amalgame d'or, prenez une partie d'or et trois parties de magnésie et de cinabre. »
Olymplodore.
Olympiodore , philosophe d'Alexandrie, dont nous allons communiquer quelques fragments inédits sur l'art sacrée est très-probablement lemémeque lé commentateur de Platon et d'Aristote. Nous adoptons l'opinion de Borrichius, qui fait vivre ce philosophe vers le milieu du iv^ siècle, peu de temps avant le règne de Théodose le Grand (4).
(1) Manuscrits n* 3259 et n"* 2250. Le titre porte : UiXarCou çtXtxré^ ictft tiic Oe(a; Tocvni; xal tcpôk t^X^;*
(2) 'H poftx^ xéxyn signifie à la fois aride teindre et art de tremper. Ce Dom est au fond synonyme de t^x^ tcpa, art sacré, qui fut plus tard appelé x*i^^ chimie. La trempe des métaux était empruntée à la cérémonie religieuse du baptimCf mot grec qui signifie lui-même trempe,
(3) Il s'agit ici probablemenl d*un sel de cuivre employé à colorer , soit le rerre, soit toute autre substance.
(4) V. Conspectus scriptor. ehemic. dans Mangel, Bibliotheea ekêmica, vol. i. iB-fol., p. 40.
PREMliRE ÉPOQUI. 273
SuiTantReiDesius (1), notre Olympiodore est le même que Tau- (eur de THistoire i^niverselle ( allant de l'année 407 à Tannée 425 deJ.-C. ), dont Photius nous a conservé , dans sa Bibliothèque, qoelques fragments. L'historien Olympiodore , originaire de Thèbes en Egypte, vivait au commencement du v» siècle ; il fut envoyé en 412, comme ambassadeur auprès du terrible Attila, roi des Huns, surnommé le Fléau de Dieu.
Commentaires (T Olympiodore , philosophe (T Alexandrie, sur fart sacrée sur la pierre philosophale, et sur les ouvrages de ZosimCyâ^ Hermès, et d'autres philosophes (2).
L'auteur parle d'abord de la macération [xapiitia ) et du lavage i^^ufftc) des minerais, opérations indispensables pour leur enlever la matière terreuse ( xb mriXGSsç ). Il traite ensuite du gril- ^3ge (?iip«vcri«). Son esprit de feu ( Trveôfjia xoZ irupoç ) est un gaz inflammable.
Olympiodore établit une distinction très-nette entre les corps volatiles ( TJt ^cuxta} et les corps fixes (t^k dttpcuxTa), qui s^appelaieot aussi divins, delà. Puis, reprochant aux anciens leur obscurité, il s'exprime en ces termes : a Les anciens ont l'habitude de cacher la vérité, de voiler et d'obscurcir par des allégories ce qui est clair et évident pour tout le monde. »
L'auteur divise ensuite les corps en très-volatils, en peu volatiU, et en fixes.
«Les anciens, dit-il, admettent trois teintures (3). La première est celle qui s'enfuit (se vola lise) promptement («îvoç ô toL^itaç V^)* comme le soufre. La seconclé, celle qui s'enfuit lentement (S Ppaûé<iKf6UYtov ), comme les matières sulfureuses. La troisième , celle qui ne s'enfuit pas du tout (6 fATjSe ^Xtaç cpeuYwv); tels soDt les métaux, les pierres et la terre.
(1) J. Âlb. Fabricius, Bibliotheca Grxca; vol. viii, p. 7L, éd. Harlea, Hamb., 1802,4.
(2) Ces coniiiieDtatre.s adressés à Petasius, commencent par ces mots : y^verat & tapi^eix àffà (jLT)v6; |i.exlp îû xai S(o; [uotaçX xi ( la macéraUon se fait depuis le 25 lëTrier jusqu'au 35 août), et finissent par ... 5tà icvpà< ( par le feu). Ils se re- Iroavent aussi dans le ms. 3249, fol. 76, mais avec beaucoup de variantes et quelques lacunes.
(3} La signification du root tcîvo;, ici employé, est fort incertaine. Nous l'avons rendu par Mn /tire, en nous déterminant d'après ce qu'en dit Du Cange (Gloss. inf. ^t ned. Grxc. ) : « IITyoc in glossis chymicis mss, iaxX t6 UcuOev pdirccov. » — £ostaUûus eiplique ce mot |iar Ôxpt6i.o;*olvoc, vin (forye ( bière ).
■fiT. OB LA CHIMll. — T. I. 18
a L*arsenic teint le cuivre en blanc. L'arsenic est une espèce de soufre qui se volatilise promptement ; tout ce qui est semblable au soufre et à l'arsenic se volatilise par le feu. L'opération se fait de la manière suivante : Prenez quatre onces d'arsenic schisteux de couleur d'or (ip«vixou toO ^j^iotou tw /pucitov Toç); réduisez-les en parties très-minces, que vous mouillerez pendant deux ou trois jours avec du vinaigre. Ayant fait dessécher tout cela à l'air, jusqu'à ce qu'il ne^e manifeste plus d'odeur de vinaigre, vous y ajouterez cinqoncesde sel de Cappadoce broyé. On met ce mélange dans un vase de verre à col étroit, qu'on ferme exactement, afin que l'arsenic qui brûle ne s'échappe pas à Tétat de vapeur (fva (x^, xai^aevov to dpaevixov Siairv6U(nî)i on chauffe jusqu'à ce qu'il soit transformé en un corps blanc et compacte.
« Coloration du verre, L'émeraude se fait de la manière suivante :
« Prenez deux onceg,.de beau cristal et une demi-once de cuivre calciné { /^aXxoû xexaujxévou) (1); broyez ces substances dans un mortier, et faites-les fondre ensemble à une température égale ( ta(j) ïcup( ) (2). »
L'auteur passe ensuite en revue lés différentes opinions des philosophes sur la matière, sur la composition des corps, sur la chaleur, sur le froid, la sécheresse, l'humidité, etc., thèmes favoris des alchimistes.
Il cite Démocrite, Anaximandre, Zosime, qu'il appelle la couronne des philosophes (to <rr£<poç twv ^piXoffotpwv), Ânaxîmène^ Agathodémon , Hermès ( Traité sur la vapeur^ irepl tou xawvou), Pelage, Théophile , Marie la juive , Synésius, Dioscorus, Petasius (tti p\ tÇjç xaTotpj^îjç TOU ^pyou ).
Il invoque même la Bible ( fol. 82 vers. ) comme une autorité en matière alchimique, ce qui semblerait indiquer que le célèbre commentateur d'Aristote (supposé qu'il soit identique avec notre Olympiodore) avait embrassé le christianisme.
Le passage suivant montre que la fameuse bibliothèque d'Alexandrie devait être très-riche en ouvrages alchimiques : « Le lever du soleil a été assigné au principe mâle, et le couchant au principe femelle. La terre s'appelle vierge ; on lui donne aussi
(1) Oxyde de ciilfre.
(2) Ce procédé est encore employé aujourd'hui pour la fabrication do verre bleu ou vert.
Jesépithèles d'ignée, de charnelle, de sanguinolente... Tu trouveras tout cela dans les Bibliothèques de Ptoléniée (^v Taîç IlToXcfAaCou
S'il faut en croire Zosime, cité par Tauteur, l'Egypte était le principal siège des alchimistes qui auraient tous travaillé au profit des rois du pays. «Toutle royaume de l'Egypte s'est, dit-il^ maintenu par ces arts... Il n'était permis qu'aux prêtres de s'y livrer. La f hysïque psammurgigue éiRil l'occupation des rois... Toutprétre ou savant qui aurait voulu propager les écrits des anciens était mis tiers la loi. 11 possédait la science^ mais il ne la comuniquait point. Les artistes travaillaient, non pas pour eux-mêmes, mais pourlesrois d'Egypte dont ils augmentaient les trésors. C'était une loi chez les Égyptiens de ne rien publier à ce sujet. Il ne faut donc pas en vouloir à Déniocrite et aux anciens en gérai s'ils se sont abstenus de parler du grand œuvre... »
Un peu plus loin, Olympiodore donne positivement à Vart sacréle nom de chimie (xtxpufjifjiévr, t^/vt) t9;< /luifia;) (1).
On rencontre, dans les mômes commentaires d'Olympiodore , des traces non équivoques de la théorie de la transmutation desmétiiux. La doctrine du microcosme et du macrocosmey est exposée d'une manière fort claire, d'après Hermès.
LeviTpéXaiov, huile de nitrCy dont parle Olympiodore, ainsi que Zosime, est-ce une solution de potasse, huileuse au loucher, ou est-ce l'acide nitrique? C'est ce qu'il est difficile de déterminer. Néanmoins on pourrait, d* après le passage suivant, admettre que lemptXaiov est V acide nitrique y et que l'on connaissait le moyen, sans lequel la véritable chimie est impossible, de dissoudre les métaux par les acides minéraux^ et notamment par l'eauforte ou acide nitrique (2).
«Nous citerons, continue l'auteur (fol. 103 du Ms. 2250), notre magnésie, l'antimoine (to ax{fjL(xi j, le sable, la pyrite, et tous les corps que l'on dit être solubles dans l'huile de nitie ou dans le vùlar (3) (aÙTto) toj porapi ), ou comme on voudra l'appeler. »
(1; Cette orthographe est à remarquer : elle montre que le root chimie ne saunil dérifer dé xî<m,
(1) L«mot v«.Tpc>3(ov, d^une si grade importance pour l'histoire de ta science, fie se trouve dans aucun Dictionnaire grec, pas même dans le Thésaurus grœcx Ungux de Henri Estienne.
(3) Ce mot, qui est écrit indifféremment potàpi, poràvptov, poripiov, ne se trouve pas dans te Glossaire de Da Gange ( Gloss, inftnix et medix Grxdtatis ).
S'adressant ensuite aux adeptes, il leur dit : ,
« Sachez maintenant, amis qui cultivez l'art de faire de l'or, qu'il faut préparer les sables ( J/aueiou; ) conv^nablemeat et suivant les règles de l'art; sans cela, l'œuvre n'arrivera jamais à bonne fin. Les anciens donnent le nom de sables aux sept métaux, parce qu'ils proviennent de la terre, des minerais, et qu'ils sont utiles. Tout le monde a écrit sur ce sujet, d
Les archéologues trouveront dans les commentaires d'Olynipiodore quelques données intéressantes sur l'alchimie pratiquée en Egypte (voy. les n*" I et II de l'Appendice), le tombeau d'Osiris,et les caractères ou éléments sacrés (voy. le n"" III de l'Appendice). L'auteur nousapprend, entre autres, que les hiérogramroates représentaient le monde sur les obélisques en caractères hiératiques ( tepsTixoTç YP^f^H^^^O par un dragon (serpent ) qui se mord la queue (voy. le n" IV de l'Appendice ). On y rencontre ^aussi quelques fragments précieux de Thaïes, deDiogène, de Xénopbane, d'Heraclite, d'Hippasius, de Parménide et d'autres philosophes grecs dont les œuvres ont péri (n* V de l'Appendice ).
Démocrite (Pseudo-Démocrite).
Il ne faut pas confondre ce Démocrite avec l'ancien philosophe qui porte le même nom.
' Les philosophes de l'école d'Alexandrie, les Grecs du Bas-Empire ^ qui ne se piquaient pas d'une grande probité littéraire, se plaisaient, à défaut d'idées , à se parer des noms les plus illustres de l'antiquité. Homère, Hésiode, Platon, Aristote, tous ces noms furent usurpés, aux premiers siècles de l'ère vulgaire, par d'obscurs scôliastes et par des alchimistes.
Sans doute plus d'un Grec peut s'appeler Démocrite, comme plus d'un Français poçte le nom de Rousseau. Mais, lorsque le pseudo-Démocrite a soin, comme c'est ici le cas , de faire croire
Il parait siguifier tantôt un instrument chimique^ tantôt un acide, puisqu'il éUil, coinme le vttpéXaiov, destiné à attaquer les métaux. Seraît-^ie l^acidedu ^\ marin, acide chiorhydrique qui est appelé plus loin (p. 283) à|aX{iT) ? Voy. Thesaurm grsecss lingue, au mol 6Çd>tiYi, tome V (édit. d'Ambroise Firmin Didot). M. Hase a adopté la valeur de ce mot, telle que nous Tavons déterminée.
PEEMliRS ÉPOQUE. 277
çu'il est d'Abdère, qu'il a voyagé en Perse, en Egypte, quilaété initié aux noystères de Thèbes, de Memphis el d'Héliopolis, et enfin lorsqu'il s'attribue des idées ou des doctrines qui appartenaient au Démocrite de l'antiquité, alors le mensonge n'est plus permis ; c'est une de ces tromperies si familières aux Grecs du Bas-Empire.
Voici ce que nous apprend Synésius sur la vie de Démocrite : « Démocrite d'Abdôre , ville de Thrace, étudia les phénomènes de la nature (tèt dvT« xat^Kpodiv). Il devint, par suite, très-célèbre. Arrivé en Egypte, il fut initié parle grand Ostane dans le temple de Memphis, en compagnie des prêtres de TÉgypte. Il a composé quatre livres : sur l'or, la lune, les pierres et la pourpre (1). » '4acan de ces livres n'est arrivé jusqu'à nous.
Démocrite le myslagogue, comme l'appelle La Porte du Theil (2), est compté au nombre des artistes de l'art sacré (tc^vitoii ^ 6»aç Tc^vYic ). Il est probablement contemporain de Zosime ou d'Oiymplodore. On a de lui un petit traité, intitulé les Physiques elles MyÉtiques {^uctxk x%\ MuaTtxdt), dont Pizimenti de Vérone 3 donaé, au xvi^ siècle, une traduction latine, devenue assez rare (3).
li'aateurraconte que, le maître (4) étant mort avant qu'il eût le lemps d'initier son disciple aux mystères de la science, ce dernier résolut de l'évoquer des enfers pour l'interroger sur les secrets de l'art sacré ; que, au moment où il était occupé à exécuter ^'œuvre magique de l'évocation, le maitre, sorti de sa tombe, s'était présenté tout à coup et lui avait adressé ces paroles : « Voilà donc la récompense de tout ce que j'ai fait pour toi I » Démocrite se hasarda à lui faire plusieurs questions; et, entre autres, il lui demanda comment il fallait disposer et harmoniser les natures (5). Pour toute réponse, le maUre répliqua : a Les livres sont dans le temple.» Toutes les recherches de Démocrite pour trouver ces livres furent inutiles. Quelque temps après, ce philosophe se ^ndit au temple pour assister à une grande fête. Étant à table avec ceux qui composaient l'assemblée, il vit tout à coup une des
(0 MaDoscrit n'' 2326, ûiicours sur le livre de Démocrite. (^) Notices et extraits des ross., toI. ti.
'3) Uemocrili physica et magica, edila latine a Dominico Pîzimento, etc. Pa- '»T-, 1573,8.
(«jOataneleMède.
(^) 'Omic àpi&oow xàç çûffcic.
278 UTSIulBE DE LA CHIMIE.
colonnes du lempl. s'enlrouvrir spontanéuient. Alors Démocrite, b'étant baissé pour regarder dans l'ouverture de la colonne, y apefçul les livres indiqués par le maître. Mais il n'y vit que ces trois phrases : La naiure >e rr jouit de la nature ( f, çuciç rr^ ^uc« TcprtTii^; la nature t'omple la nature (f. ^odiç tt.v çunivvix^); la nature domine la nature (f, i^ùfsiç rJ;v ^uffiv xporcei). Nous fûmes fort étonnés, ajoute Démocrite, que toule la doctrine du roailre fût contenue en si peu de mots. •
Nous aurons plus d'une fois occasion de faire voir que les alcbiniistes du moyen âge n'ont été que les imitateurs seniles des maîtres de Tari sacré: ils ne faisaient souvent que les copier, jusqu'aux anecdotes dool ils défrayaient la crédulité du public. Car l'bistoirede la colonne entr'ouverle se trouve, au xiv* siècle, littéralement appliquée à un moine allemand, Basile Valentin. c Une descolonnes deTéglised^Ërfurt, racontentles alcbiroistes, s'élant entr'ouverte tout à coup comme par miracle, on y trouva les écrits de ce bénédictin. »
Pour faire de l'or, Démocrite (<I»uatxâi xa\ MuanxeÉ, ms. 23^) conseille l'anagallis (espèce de primulacée ) etlesuc du rbapontic ou de la rhubarbe du Pont (fairovTixov).
Il donr.e encore beaucoup d'autres recettes pour faire del'or. On n'a que l'embarras du choix. Voici une de ces recettes : « Prenei du mercure, fixez-le avec le corps de la magnésie ou avec le corps du stibium d'Italie, ou avec le soufre qui n'a pas passé parle feu, on avecl'aphroselinumoula (baux vive, ou avec l'alun de Mélos, ou avec l'arsenic, ou comme il vous plaira ; et jetez la poudre blanche sur le cuivre; alors vous verrez le cuivre perdre sa couleur. Versez de la poudre rouge sur l'argent, et vous aurez de l'or; si vous la projetez sur de l'or , vous aurez le corail d'or corporifié. La sandaraque produit la même poudre rouge, ainsi que l'arsenic bien préparé, et le cinabre. La nature dompte la nature. » (Ms.2325,foL li.)
On reconnaît là, malgré l'obscurité des termes, deux poudres de projection, dont l'une, blanche (yaTa Xeuxi^), a la propriété de blanchir le cuivre. C'est évidemment l'arsenic blanc ( acide arsénieux). L'autre, rouge ou jiiune, qui est probablement le cinabre ou un sulfure d'arsenic, avait, suivant l'opinion des adeptes, la propriété de transformer l'argent en or, et l'or en corail d^or (j^puaoxopQtXXoç), Ce corail d'or, qui est ailleurs appelé coquille d'or (j^puoffxoY/uXiov), était le chef-d'œuvre de l'art, puisque,
PREMIÈRE ÉPOOUF. 279
d'après la croyance répandue, avec un seul grain de cette composilion on pouvait se procurer tout d'un coup une grande quantité d'or.
Le petit traité Des quatre éléments d'après Démocrite ne nous apprend pas grand'chose. Ces quatre éléments, qui ne sont pas clairement désignés^ devaient être fixes et teindre les métaux. L'auteur cile Pammène et Marie.
Sjnésius le philosophe, qui nousa laissé des Commentaires svr le livre de Démocrite adressé à Dioscore (rtiss, 2275, 2325, 2326, 2327), est-il le môme que Tévêque .de Plolémaïs, ce prélat si connu par sa tendresse pour son épouse (1), et dont les lettres ^oniéié imprimées en grec et en latin par Denis Petau (2)? C'est ce qu'il est difficile de déterminer. Dans tous les cas, Synésius, le commentateur de Démocrite, paraît être de plus de cinquante ans postérieur à Zosime.
Ces Commentaires, dont la plus grande partie se trouve imprimée à la fin du^huitiéme volume de la Bibliothèque grecque de Fabricîus, sont dédiés, par l'auteur, à Dioscore , prêtre du grand Sérapis à Alexandrie (3).
Au rapport de Synésius, Démocrite divisa la science en deux parties, dont Tune a pour objet l'art de faire de l'or à l'aide d'une opération appelée îavOowç [action, de jaunir)', et l'autre, l'art de faire de l'argent à l'aide d'une opération qui porte le nom de hjtM9\^ {action de blanchir),
Synésius remarque fort judicieusement que l'opérateur ne crée rien par son travail, qu'il ne fait que modifier la naalière, en lui donnant une forme qu'elle n'avait pas. A ce propos, il se sert de l'exemple de ceux qui taillent la pierre et le bois. « Les artisans ne créent , dît-il, ni la pierre ni le bois sur lesquels ils travailleni,; mais ils les façonnent avec leurs instruments et leur donnent la forme convenable, suivant l'usage qu'ils en veulent faire. »
(1) Le céliiNit d€s prfitres n'aTait pas encore été insUtaé.
(Î)16I2, in-for., Paris.
(3) Zuveoîou çi).09Ô9ou itf ^ Aiôoxopov tic ti^v p(^ov AY](i.oxpitou , Ai09x6p((> tspet
280 HISTOIRE DS Lk CHIMIE.
Le mercure, la magnésie, la chrysocolle, Tanagallis, jouenl, suivant lui, un grand rôle dans Tœuvre divin.
On trouve dans les Commentaires de Synésius la description d'un vase distillatoire en verre (1). Le ms..2327 en donne la figure suivante :
Le Traité de la pierre philosophâtes allribiié à Synésius, et traduit en français par P. Arnauld, est évidemment supposé (2); car l'auteur cite Geber, qui vivait vers le ix* siècle.
Si Synésius, Tévéque de Ptolémaïs, n'est l'auteur ni desCommentairesde Démocrite, niduTraité de lapierre philosophale, au moins nous fournit-il, dans ses Lettres, des documents précis sur un des instruments de physique les plus importants, et que les chimistes connaissent fort bien.
Pèse-tiqueitr. — L'expérience d'Archimède pourSéterminerla
valeur de la couronne d'Uiéron devait mettre sur la voie de Taréo-
métrie qu'on a donnée pour une découverte moderne.
' Lf'instrumént appelé hydroscopium (éprouve-liqueur), dont
parle Synésius dans sa quinzième Lettre adressée à la savante
(1) Iw«p[AoCe T«j^ poTap{(|> ûdXivov 6pfotvov l/ov |i39Taptov. — Kal tô à^X^*^
(2) Le Vray liurc du docte Synesiiu, abbé grec, sur la pierre philo»phate, etc., par Arnauld; Paris, 1592, 4. |
PREMIÈRE £POQU£. 281
Hypathie, est un véritable pèse-Uqueur. a C'est, dit-il, un tube cylindrique sur lequel sont marqués des lignes transversales, indiquant jusqu'à quelle profondeur le tube s'enfonce dans la liqueur. Et pour que ce tube reste dans une position verticale, on fixe à son extrémité inférieure un petit poids conique appelé baryllion ( papoXXiov) (1). » Synésius prie Hypathie de lui faire fabriquer un hydroscopium ou' éprouve-liqueur, à cause des soins qu'exige sa santé (2).
Au VI* sièclecet instrument était déjà d'un usage assez général. Priscien le grammairien, auquel il faut attribuer (etnon à RbemdIqs Fannius Palsemon ) le poëme latin De ponderibus et menntris, s'exprime ainsi :
«On fabrique en argent ou en cuivre un cylindre très-mince dont lalongeur égale-la dislance qui sépare les nœuds d'un roseau fragile; on en charge intérieurement la partie inférieure d'un faible poids qui Tempôche de flotter horizontalement ou de surnager tout entier; le cylindre plonge verticalement, et porte autant de divisions qu'il pèse de scrupules.
aAveccet instrument on peut connaître la pesanteur de chaque liquide; dans une liqueur peu dense, le cylindre enfonce davantage; dans celle qui est plus pesante, on voit un plus grand nombre decesdivisionshors du liquide. Si l'on prend le même volume de liquides différents, le plus dense pèsera le plus; si l'on prend le même poids, le liquide le moins dense aura le plus grand volume. Sides deux liqueurs l'une couvre vingt et une parties ducylindre et l'autre vingt-quatre, vous en conclurez que la première est plus pesante d'un drachme ; mais, pour trouver précisément cette différence de poids, il faudra comparer les deux liquides sous un volume égal à celui qu'a déplacé le cylindre dans l'un ou dans l'autre. »
C'était un véritable tour de force que d'avoir décrit en vers très-élégants, et avec autant d'exactitude, la théorie et l'application du pèse-liqueur.
U fallait que cet instrument eût alors servi à faire des observations bien délicates, puisque l'auteur ajoute : « L'eau qui suit le cours rapide d'un fleuve^ celle qui dort au fond d'un puits, et celle qui coule d'une source intarissable , n'ont pas la môme
(DSynes. ITpij/.xv. Fabridos BibL Grxc,^ tiii, p. 219. (2) Syoésitw se proposait de remployer pour la détermiDation de la densité des «01 doDl il faisait nsage.
densité. Les vins diffèrent aussi de poids, selon qu'ils ont été recueillis sur les coteaux ou dans la plaine , tout récemment ou depuis quelques années. »
Pline et Galien ne paraissent pas avoir connu le pèse-liqueur; car, si ce dernier Teût connu, il n'aurait pas conseillé de se servir d'un œuf pour déterminer la densité des liqueurs salées (l).
La connaissance du pèse-liqueur, si bien décrit par Synésius et Priscien, se perdit dans les siècles suivants. Cet instrumentdul donc être inventé de nouveau, vers la fin du xvi* siècle. Bien que Fermât eût rappelé, en tête de ses Opéra varia, la lettre de Synésius et Vhydroscopium d'Hypalhie, Monconys et R. Boyle revendiquèrent chacun la priorité de l'invention. Que de forces gaspillées par les contemporains de chaque époque^ faute de savoir ce qui avait été fait avant eux !
Marie.
Nous n'avons aucun renseignement certain sur la vie et les travaux de Marie la Juive, dont le nom se rencontre si souventdans les écrits alchimiques.
Georges Syncelle, historien du viii* siècle, dit, dans sa Chronique, que Démocrite d'Abdère, dont nous venons de parler, fut initié par Oslane dans le temple de Memphis avec d'autres prêtres et j^^hWoaophes, parmi lesquels se trouvait aussi Matie, savante juive, et Pammène. — Si ce témoignage est vrai, Marie était contemporaine de Démocrite et de Zosime. Mais comme Synésius, le commentateur de Démocrite, nous apprend, dans le passage rapporté plus haut (2), que Démocrite fut initié dans le temple de Memphis, en compagnie avec des prêtres de l'Egypte, et qu'il ne fait aucune mention de Marie ni de Pammène, le témoignage de Syncelle, qui n'a fait d'ailleurs que copier Synésius, à l'exception de ces mots : Iv oîç ^v xa\ Mapia tiç 'E€paia co^iî) m\ nafA(iiv7)ç (parmi lesquels se trouvait aussi Marie, etc.), perd beaucoup de son autorité.
Quant à l'opinion que Marie la Juive était sœur de Moïse, il faut la mettre au nombre de ces fables qui attribuent au roi Sa-
(1) Galien, De simplic. itied. facuU., iv, 20, p. 61, éd. Gesner.
(2) Voy. p. 277.
lomoD et à Alexandre le Grand les traités sur la pierre philosophale qui portent leurs noms (1).
Eo parcourant les fragments de Marie, conservés dans les manuscrits qui traitent de Tart sacré , nous avons pu constater que tous ces prôtendub écrits de Marie ne sont que des extraits faits par un philosophe chrétien anonyme. D'ailleurs aucun des philosophes de l'art sacré ne fait mention des écrits de Marie sur la pierre philosophale. Le fragment deZosime (p. 270), qui rapporte une parole de Marie, est un extrait fait par ce môme philosophe chrétien.
En songeant aux péripéties de cette grande lutte entre les philosophes païens et les néophytes chrétiens, lutte dans laquelle chaque partie se reprochait des emprunts réciproques, on est porté à se demander si le nom de Marie n'aurait pas été mis en avant par quelque chrétien, pour l'opposer au nom sacré d'Isis, la vierge des astrologues et la source divine des connaissances naturelles, et particulièrement de Tart sacré, selon les croyances égyptiennes. — C'est une conjecture que nous livrons aux méditations des érudits.
Voici l'un des Extraits du philosophe chrétien aftonyme (2) :
«Intervertis la nature, et tu trouveras ce que tu cherches. Il existe deux combinaisons : l'une appartient à l'action de blanchir )i'ixftwtç}, l'autre à l'action de jaunir ( EavOw^iç ). Il existe aussi deux actions de blanchir et deux actions de jaunir : l'une se fait par la trituration, l'autre par la calcination. On ne triture saintement, avec simplicité, que dans la maison sacrée ; là s'opère la dissolution (XijxvVS ) et le dépôt (xoixt) , lit). Combinez ensemble, dit Marie, le mâle et la femelle, et vous trouverez ce que vous cherchez. Ne vousinquiétezpasde savoir si l'œuvre est de feu. Les deux combinaisons portent beaucoup de noms, comme eau de saumure, eau divine incorruptible, eau de vinaigre, eau de Y acide du sel marin ( ot' d;<iX;jiT)< ), de l'huile de ricin, du raifort et du
(1) Escerpla ex înlerlorulioDe Mariae prophelissse sorort» Moysis et Aaronis , Wu cum aliquo philosopho dielo Aros , de excellentissiino opère trium iiorafm. Theat. Chim., l. ti, n.479.
Ce dialogue est reproduit dans iir/ix auriferx^ quam Chemiam vocant (BAIe, 1610), soot le litre : Praclica Marixprophetisix in artem alchimicam, ^Vmt^r pseudonyme dédaîgua la chronologie , car il fait parler la sœur de Muise de ^ pUikMophie dei stoïciens.
'^) Manuscrit ?251. Discours de la ires-savante Marie sur la pierre philo- ^phali» Ce discours D*est qu'an cbapiire du Traité du philosuplie chrétien.
284 HISTOIRE I)E LA GUIMIE.
baume; on l'appelle encore eau de lait d'une femme accouchée d'un enfant mâle, eau de lait d'une vache noire, eau d'urine d'une jeune vache ou d'une brebis, ou d'un âne, eau de chaux vive, de marbre, de tartre, de sandaraque, d'alun schisteux, de nitre, de lait d'ânesse, de chèvre, de cendres de chaux ; eau de cendres, de miel et d'oxyrael, de fleurs d'arctium, de saphir, etc. Les vases ou les instruments destinés à ces combinaisons doivent être de \erre. Il faut se garder de remuer le mélange avec les mains; car le mercure est mortel, ainsi que l'or qui s'y trouve corrompu. »
L'auteur invoque l'autorité d'Olympiodore, de Démocrile, de Pelage et d'autres philosophes, a Les œuvres de la pierre philosophale, ajou(e-t-il, sont au nombre de quatre : la mélanose (action de noircir), \aLleucose{SiCi\on de blanchir), la xan/Ao^e (action de jaunir) et Viose (siClion de bleuir). L'embaumement se faisait, suivant Olympiodore, depuis le 25 février jusqu'au 25 novembre... Les corps, écrit Démocrite aux prophètes de l'Egypte, les corps qui tuent rhomme sont les suivants : le mercure, la magnésie (?), l'antimoine, la lilharge, la céruse, le fer, le cuivre, la chaux vive, la cadmie, le soufre , la sandaraque', l'arsenic et le cina'bre. Toutes ces substances sont propres à en blanchir et à en jaunir d'autres. Pour faire de l'or et de l'argent, on se sert de la litharge, de la terre de Samos, du sel de Gappadoce , du suc de figuier, des feuilles de laurier, de pécher, du suc de chélidoine, des fleurs de primevère, de la racine de rhubarbe, du safran. Quelquesuns emploient aussi la racine de mandragore ayant des tubercules ronds (xivèç ^^pwvtxi xal f (Çt) jxavSpayopou TÎi tÀç aça{p«ç è/ou- 97)). » — Serait-il ici question de la mandragore à tubercules, solanum iuberosum, en d'autres termes, de X^pomme de terre? S'il en était ainsi, ce tubercule aurait été connu enEuropeavant la découverte de l'Amérique. Peut-être la mandragore des anciens n'était-elle pas une solanée, mais une espèce à'helianthus. Cependant la mandragore, \ laquelle on attribuait des propriétés analogues à celles du suc de pavot, ne pouvait pas être une synanthérée, comme Phelianthe tubéreux ou topinambour ( Stcvov noieT {AavSpaYopou ^ fjiijxoivoç éit<K , Dioscoride, Parabil,^ lib. i. ).
Nous terminerons le chapitre sur Marie par la description d'un appareil qui porte le nom de cette savante.
Kérotakis ou fourneau de Marie (^ xajAtvoç Mapiaç). C'était un appareil de fusion et de sublimation ( voy. la figure dessinée d'à-
PREMliAE ÉPOQUE. 285
près le ms. 2249, fol. 103). On appelait kérotakis une lame de fer (<ri87)j»xr,poTdtxiç), sur laquelle on faisait fondre de la cire, des résines, du soufre et d'autres substances fusibles (voy. a de la fig. ) ; elleétait posée sur un creuset ou chauffoir arrondi, au-dessous duquel on mettait le feu. Pendant l'opération , les parties fusibles, Don volatiles, tombaient xlans le vase appliqué immédiatement aa-dessous du kérotakis, tandis que les parties vaporisables ou volatiles venaient se condenser dans le vase posé au-dessus et 'à 00 certaine distance du kérotakis. Ce dernier vase portait spécialement le nom de (pt^Y) (b de la figure). Quelquefois ce vase condensateur , de forme arrondie , était enchâssé dans un autre vase de même forme, qui portait le nom de xufxfxaOso, comme imdique la fig. du ms. 2249, fol. 2 {verso). Lorsque la chaleur était transmise par l'intermédiaire d'un bain de sable ou de cendres(i), ce mode de caléfaction s'appelait T:aXai<rciaîov K«(xtviov. Le nom de xTjpoTaxu; (2) s'appliquait souvent à tout l'appareil, qui était porté sur des pieds de lion. On s'en servait dans la préparation des eaux divines ou sulfureuses (ôela CSotra).
• 0 Celle sorte de bain t^appeile eocore aujourdMiui bain-marie, du nom de falcbimUte qui les a inventés.
(2) Noua deTona faire reinarquer que le root xYipordxic ne se trouve dans aucnn ^^ictKMiiuûre grec, pas biaroe dans le Thetaurus grxcx lingua de Henri Estienue, de MM. Hase el Dindorf (édit. Ambr. Firmin Didot). Du Cange {Gloss, in/. Gr«c.) se contente de dire : Foj: cAttnica. Ms. Olympiod, Àlex.Us, Zosimi in capU. ad Theodorum. M». Christian, chim. Vid. in poTdptov. Du Cange cornet d'expliquer ce terme à propos d^in autre (Porâpiov) auquel il renvoie; nais il n'a pas tena aa prome&e.
286 UISTOIRE DE LA CUimE.
Un pfcUosopfce cfcrétien anonyate*
On ignore le nom du chrétien auquel on attribue beaucoup d'écrils sur Tari spagirique. C'est probablement le même philosophe qui nous a laissé des extraits de Marie et de Zosime. il paraît avoir pris une part active au combat dogmatique, livré par les philosophes chrétiens au panthéisme mystique des néoplatoniciens et des derniers commentateurs d'Aristote et de Platon.
Les philosophes païens évitèrent avec soin d'engager le combat sur les principes de la morale. Mais, armés des dogmes delà philosophie de Platon; et s'appuyant sur l'antique tradilioD des mystères d'Isis et d'Osiris, ils essayaient de battre en brèche les dogmes nouveaux et les miracles de Jésus-Christ, qui ne leur paraissaient que des emprunts maladroitement faits aux religions anciennes.
a Vous ne datez que d*hicr, disaient les uns, et déjà vous voulez vous ériger en maîtres. » — a Nous datons de bien plus haut, répliquèrent les autres : c'est vous au contraire qui avez toul^ emprunté à nous, en produisant des livres [supposés] de Platon, d'Aristote, de Pythagore, jusqu'à des vers de la sibylle d'Erythrée, pour prouver que les païens avaient tout emprunté aux livres de l'Ancien Testament, et même du Nouveau (1). »
Dans le fragment que nous allons citer, le philosophe chrétien semble dire aux philosophes païens: «0 grands maîtres de l'art sacré, vous ne faites que vous escrimer sur des choses qu'au fond nous entendons aussi bien et mieux peut-être que vous, car c'est la lumière. révélée qui nous éclaire. »
Voici la traduction de ce fragment.
(1) A l'appui de ces emprunta, Lactance cite (Divin, institut,, lib. fv, c 15), entre autres, séneu^einent, les vers suivantit, attribués à la sihylTe d'Érythrëe : « Arec cinq pains et deun poissons il rassasia einq mille hommes dans le désert; et arec les miettes qui restaient, il remplit douie pan'ers pour l'espoir d*an grand nombre. »
PREHiiRE ÉPOQUE. . 287
Discours d'un très-savani philosophe chrétien sur la stabilité deror(i).
«Toul se compose de matières sulfureuses et mercurielles liquides). De môme que les rayons d'un cercle sont tous égaux enlreeux; de môme que la source éternelle, coulant au milieu du paradis, donne à l'univers une liqueur fécondante; de môme que le soleil du midi, occupant îe milieu du ciel dans un des quatre centres, éclaire sans ombre tout ce qui est sur Thémisphère; ou de môme que la lune, montrant son plein disque, dissipe, avec la lumière empruntée au soleil, Tobscurilé de la nuit, tinsi le soufre et le mercure ^2) sont le centre, la source et la lumière de tout Tart. Car, sans la liqueur du philosophe (mercure), il est impossible d'obtenir ce que l'on désire. — Guidés par les réflexions du maître (Zosime?), nous avons été conduits à rapporter ce qui suit : Prends, dit-il, du mercure, solidifie-le avec la magnésie, ou avec du stibium, ou avec du soufre non brûlé, ou avec Técdme d'argent, ou avec la chaux calcinée, ou avec l'alun de l'île de Mélos, ou comme tu Ventendras (3). d
«Le grand Zosime dit que le mercure est l'eau divine (sulfureuse!) (4) qui s'est déposée dans les vases (Iv raï; poûxXaiç). n a parlé magistralement de tout l'œuvre, et il a montré, dès le commencement , la fin de l'art.
« Interrogeons-le. Quel est Vargument de ce qu'il dit? Pourquoi solidifier le mercure avec la magnésie (5)? A quoi servent aux
(1) MaoDMnt n* 225t. Il a été reproduit, avec quelques variantes, dans le M 22 i9, sous te titre : toO /pianavoû icepl ivora^iia; tov xpv90u. L*Ajteur y est ap- P^i^le très-savani philosophe chrétien. Le texte se trouve sur le recto des feuil- ^. U verso porte Testai incomplet d'une traduction latine (jusqu'à la page 19). L'iotenr dte des paroles de saint Paul, de saint Jacques et des évangéllstes, qui {•résententon cerUin nombre de variantes, dignes de fixer Pattention de^ tliéologiens. Cet amalgame do clirisfiauisroeavec les doctrines de D<^mocrile, de Zosime, d*Olym- More, des commenlaleurs de Platon et d'Aristote, marque une des époques de (raasiiion les pins Intéressantes de l'histoire.
(21 Ta {rrpi, les liquides. C'est ainsi qu'on désignait souvent le mercure, en aioutant ordinairement toO ^ iXoa6çou (tiq. du philosophe).
(I) Ou comme tu Ventendras, ^ ùk iittvocî;. Cette locution était pour ainsi dire sacramentelle ; les initiés remployaient pour cacher aux profanes la partie la H'>s eisentiellede leors opérations.
(4) etlov signifie à U fois divin et soufre. Les alchimistes n*ont pas Uissé ^Itapper roceation pour jouer sur t*équlvoque.
(&) Le manoicril 2249 présente ici plusieurs variâmes.
anciens les livres, les invocations , les fourneaux et les instruments? Tout n'est-il pas facile? C'est, ô disciple de Démocrite, afin que Ton exerce votre intelligence; car, lorsque rintelligence a trouvé le moyen de s'éclairer, elle connaît tout, parce qu'elle participe de tout. L'homme, par sa nature, n'est pas Dieu, mais l'image de Dieu qui dit à son Fils et au Saint-Esprit : Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. Car qu'as-lu que tu n'as pas reçu ? dit le héraut de la piété, l'apôtre saint Paul. Et si lu as reçu, pourquoi te glorifics-tu, comme si tu n'avais pas reçu? Saint Jacques, l'inspiré de Dieu ('laKoiêoç 6 OeoTrveuffto;), dit des choses analogues. Tout don parfait vient d'en haut : il descend du Père des lumières (rraTpo; t5v (pwiwv). Comme aussi lui-même le dit, le Dieu et le Seigneur de toutes choses, noire maître à tous , Jésus-Christ. Vous ne pouvez rien prendre de vous-même qui ne vienne d'en haut, du Père qui est dans les cieux. Il nous faut donc, avant tout, demander à Dieu, chercher, et frapper à la porte, afin que nous recevions. Car demandez, dit l'oracle divin, et on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit,etquiconquecherche trouve, eton ouvriraà celui qui frappe (à laporle).
«Il faut que chacun conisidère ce qu'il croit pouvoir demander; autrement il s'éloigne de son but et prie en vain...
((Pénétrés de ces paroles du philosophe Zosime^ nous allons commencer nos investigations :
H Qu'est-ce que le mercure et le corpsde la magnésie {fstâyjxrk^T vTjdiaç) et les autres choses inhérentes au corps de la magnésie (1)? La conjonction disjonctive (8iai;6uxTixov auvSefffAov) doit iciélre prise pour la conjonction copulative ( àvti tou aufAwXcxTixdD (tu>5éfffAou ), afin qu'on obtienne les nombres trois, cinq et sept, et que les jours de la putréfaction soient, selon Démocrite, au nombre de quinze. Et le divin Zosime (2), en parlant des eaux divines, dit que les deux ne font qu'un ; que le composé blanc et l'eau de soufre sont une seule et môme chose ( mercure). — Ainsi, le soufre mêlé au soufre produit des substances ayant beaucoup d'affinité les unes pour les autres (3), parce qu'elles sont de même
(1) Conf.nis. 2249, fol. 6 verso.
(2) Le VM, 2249 foi. 6 verjo donne : comme disent aussi les philosophes (xa6à çaal xal ol çO.oaofoi) an lieu de : « et le divin Zosime ».
(3) Td YoOv OeTov 6eî(|> [tiyév. Le texte permet également de Iradaire : le diria mêlé avec l'eau divine produit .. etc.
PR£MIKAE ÉPOQUE. 289
nature; et si elles sout de même nature, elles ne sont évidemment que les parties du tout ou d'un môme composé. C'est pourquoi Dousallons rechercher ce qu'est le tout, dont les deux parties sootle soufre et le mercure, n
Un chapitre particulier est consacré à la question de savoir si Informe est composée et non simple (auvOstov xsi où^^aTcXoûv to el8oç ). Od sait que les alchimistes ont les premiers agité la question de la simplicité de l'or. — Plus loin on lit plusieurs receltes pour faire la pierre philosophale. Parmi les substances citées comme devant y entrer, on remarque l'asbeste, le safran des métaux (sulfures et oxydes jaunes et rouges), et les coquilles d'œufs. L'auteur s'appuie sur l'autorité de Petasius.
Dans le manuscrit n** 2^49, on trouve un traité du même auteur Sur l'eau divine^ et combien il y ade formes de Veau générique et di- Wne, etc. (toC jrpiffxiavou ircpi ôeioo ôSatoç, xoti Tcoffot ik eî8r| tou "^v^iao^j x«\ u^ioç,x. T. X.). — Au rapport de ce chrétien, les Égyptiens ont Tonde la science sur des mots d'un sens caché (xtxpofjLuÉvwv ttîç iirKTTr.jxrjç \Tftin — AiY^iTTioi ÏÔpueç). On pourrait invoquer ce témoignage à l'appui de l'opinion que les hiéroglyphes représentent en grande partie des allégoriesscientifiques, touchant l'astronomie, la physique, l'alchimie, l'histoire naturelle. Ce même traité renferme des discussions subtiles sur ce qu'il faut entendre par genre (révoç)et par wp^(?<? (eTSoç), discussions renouvelées plus tard par les nominalistes et les réalistes. Il y est beaucoup question de Peau de Vabime (<î6u(j(jaiov 6$o»p) , employée dans l'œuvre spagirique. C'était probablement quelque solution métallique qu'il fallait deviner comme une énigme. — Viennent ensuite des considérations sur les formes alchimiques, sur les dissemblances, sur le sec et l'humide, le froid et le chaud, sur les nombres, etc. qui rappellent les doctrines de Pythagore et de Galien. Le tout est entremêlé de sentences hermétiques, tellesque : «la nature se réjouit de la nature (f| cpuaiç -nj «puaci TepireToit), la nature dompte la nature (f, ©udtç djv çuaiv vixS) (i) » .
(fjD'aatres ehapitres da même manuscrit sont inlituli^s : Quelle est la ffiscor' danee des anciens? (tC; i\ TGÂv&pxâi<dv Sta^bivîa ; ). — Quelle est en général Véconomie de l*e/Su P (xCç i\ xa96>ou ToOû&ttoç oUovo|ita ;). — Propositions de gwlques problèmes (àTtoçioLi) — Combien y a-t-il d'opérations générignement et spécifiquement différentes ? ( wôaai elaiv al xax* eîôo; xoti yfvoç îiaçopotl tôv wKT^ùiv;). — Quel est Vordre qu'établissent les livres secrets des anciens ? {ri; t iv xicoxpfuçoi< Tûv 'RaXaiûv ix3o|i.évY] xd^i;;). » Le serment (ôpxôc). Dans ce
HICT. DE LA CBtMIt. — T. f. 19
ÉpîCre d'isis, reine d'É'rçypte et feauM éT^mÈrim, mmr VuH •acre, adrcMéc à ■•« Mis M^wmm (f ).
Tel est le titre d'un petit traité qui se trouve dans la colleclion des manuscrits grecs inédits concernant l'art sacré. L'auteur de cette épitre, dont nous donnons le texte à la fin du volume (n* 1 derAppendi''e)estenlièrementinconnu. 01. Borrichius le fait vivre à l'époque d'Hermès Trismégiste (2). Cetle épitré recommande, sous une forme allégorique, la pratique d'un des plus grands axiomes des alchimistes, à savoir qu'il /au/ en tout imiter la nature. De plus, on y trouve la preuve incontestable qu'il était expressément interdit aux initiés de divulguer les secrets de leur science.
Voici cette épitre :
«Tu as voulu , mon enfant, marcher contre Typhon, afin de combattre pour le royaume de ton père. Après ton départ, je me suis rendue à Hormanouthi ('OpjjLotvouOi), où l'on cultive mystiquement l'art sacré de l'Egypte (^rrou ^ tepi t^vt) ttj^'Aiyuttcou (lua-
TixoK xQtTaaxsusCetai). Après y avoir séjourné quelque temps, je voulus me retirer, lorsque, au même instant, un des prophètes ou anges qui résident dans le premier firmament ( Iv itpwrw <jTepeo)(ii:Ti) fixa sur moi ses regards. S'approchant de moi, il voulut entrer dans un commerce intime d'amour; mais je ne me rendis pas à ses désirs. Alors je lui demandai le secret de faire de l'or et de l'argent. A cela, il me répondit qu'il ne lui était pas permis de révéler cet immense mystère. Le lendemain, je vis venir vers moi le premier des anges et des prophètes, appelé Amnaél.
'terment on fait intervenir la Trinité cliréiienne (vi«xapCa xai ocfovpLb Tp{a< ) : oo y JAJre au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit On y remarque Tei pression de 6(iOv<7(o;, ((« même, nature, ce qui montre que Tauteur était un chrétien orthodoxe, maîR non pas un «ectateur de Tarlanisme qui comtMtlait, les armes à la main, pour r6(iotoCoioc, de nature semblable, ^Sur la poudre de projection (ncpUnpîou). — Sur la rouille {ntçH igO). Dans ce chapitre on trouve quelques indices de la fameuse théorie du plilogiiitique. On se rappelle que, d*après cette théorie, un métal brûlé ou oxyde a psrdii son phbgistique ; c'est ce qui est ici contenu dans ces mots : « par la force du feu il a perdu son principe aériforiDf*, SiÀ %9ii ToO injpi; ^îoc iicwXcai tV^v l8iavicveu[tÂTta>atv.
(I) Manuscrit n*" 33dO.
(3) Conspeclus scriptor. Chimie, Mangel, BM.^ vol. i, p. 39.
Je renouvelai mes instances pour qu'il me découvrit le secret de faire de For et de l'argent. D me montra alors un signe (ff7)fjieîov) qu'il avait sur la tête et un vase sans vernis (xcpd[|Ai^ ti iirCdacdTov), plein d'une eau brillante, qu'il portait dans ses mains ; mais il ne voulut pas me dire la vérité. Le jour suivant il revint, et tenta de satisfaire ses désirs ; mais je ne lui cédai pas davantage. Il insista de plus en plus ; je refusai de me livrer, jusqu'à ce qu'il m'eût révélé le signe qu'il avait sur la tôle, et qu'il m'eût expliqué clairement et en détail la tradition du grand mystère. C'est alors qu'il me révéla le signe et qu'il m'expliqua les mystères ; mais, avant de parler, il me fit prononcer le serment suivant :
0 Je jure par le ciel, par la terre, par la lumière et par les ténèbres; je jure parle feu, par Tair, par l'eau et par la terre; je jure par la hauteur du ciel, par la profondeur de la terre et par l'abîme du Tartare; je jure par Mercure et par Anubis, par l'aboiement du dragon Kerkouroboros, et du chien à trois têtes. Cerbère, gardien de l'enfer; je jure par le nocher de l'Achérou; je jure parles trois Parques, par les Furies et par le glaive, de ne révéler à personne aucune de ces paroles, si .ce n'est à mon Ûls noble et chéri.
a Maintenant, toi , mon fils , va trouver l'agriculteur, et demande-lui quelle est la semence et quelle est la moisson. Tu apprendras de lui que celui qui sème du blé moissonne du blé, que celui qui sème de l'orge moissonne de l'orge. Ces choses, mon fils, te conduiront à l'idée de la création et de la génération, et rappelle-toi que l'homme engendre l'homme^ .que le lion engendre le lion, que le chien reproduit le chien ; c'est ainsi que l'or produit l'or ; et voilà tout le mystère (1). b
Ces idées assimilent^ comme on voit, complètement la nature inerte, minérale, à la nature organique, vivante. Pour les philosophes hermétiques, les pierres, les métaux étaient desêtresorganisés qui se reproduisaient et se multipliaient comme les animaux et les végétaux. C'est dans cette conception hardie qu'il faut chercher le fondement de la théorie du macrocosme et du microcosme.
Dans les manuscrits 2249 et 2250 se trouve un petit traité qui nous donne la clef de ce que les philosophes entendaient par mtcroeosme et macroscomé. En voici le passage principal : « Hermès
(t) Voyet les détaHs da mystère aa n° V de l'Appendice.
21^ HISTOIRE DE Là CBIlflS.
nomme microcosme lliomme, parce qae l'homme ou le pelit monde (6 ^txpoc xodfxjx) contient tout ce que renferme le matrocosme ou le grand monde (6 (léysc k&gwk ^ Ainsi le macrocosme possède de petits et de grands animaux, terrestres et aquatiffues ; rhomme a des puces [iriiXoo^ ) et des poux : ce sont ses animaux terreslres(xep«r«îa) ; il a aussi des vers intestinaux (^i&iv- 6ic ) : ce sont ses animaux aquatiques. Le macrocosme a des fleuves, des sources, des mers; l'homuiea des vaisseaux ou întesr tins, des veines, des sentines (I5é5p«ç . Le macrocosme a des animaux aériens ; Tfaomme a des cousins (ju^vuicok), et d'autres insectes ailés. Le macrocosme a des esprits qui s'élèvent (KvtuiAorra ivaoï'^oufva , tels que les vents, les foudres, les éclairs; rhomme a des vents (^udaç), des pets (iropWç), des maladies, etc. Le macrocosme a deux luminaires ( t^worripaç), le soleil et la lune; l'homme a aussi deux luminaires : l'œil droit, qui représente le soleil, et l'œil gauche la lune. Le macrocosme a des. montagnes et des collines ; l'homme a des os et de la chair. Le macrocosme a le ciel et les astres ; l'homme a la tête et les oreilles. Le macrocosme a les douze signes du zodiaque ; l'homme les a aussi depuis la conque de l'oreille (xptoc qui signifie aussi le bélier, Vun des animaux du zodiaque), jusqu'aux /)!>(/«, quise nomment les poissons (jAc'xpi fwv iro^v otTwcç vo|i.iÇovTailyôucç)..»
Cet exposé de la doctrine du macrocosme et du microcosme est plus complet que celui qu'on trouve dans les commentaires d'Olympiodore.
Ostane le pfcllosopfce.
Nous avons de lui un pelit traité Sur Part sacré et divin (1), qui n'offre pas beaucoup d'intérêt.
Ostane le philosophe n'a rien de commun (bien que les adeptes soutiennent le contraire) avec Ostane le Perse , dont il est question dans Hérodote. Notre alchimiste, qui professait la ^eligion chrétienne, paraît moins ancien que Zosime. Son eau divine devait guérir toutes les maladies : «Elle rend, dit-il, la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, et la parole aux muets. » — Cette eau merveilleuse était préparée avec des serpents ramassés sur le mont
(!) MaiiiLScrit, n" 2949.
PEEMISRE KPUQU£. !293
Olympe ; il fallait les distiller avec du soufre et du mercure jusqu'à la production d'une huile rouge. Cette huile devait être broyée avec du sang de coquillages et de vautours à ailes d'or, pris près des cèdres du Mont Liban. On la redistillait sept fois, et Cette eau, ajoute Ostane, ressuscite les morts et tue les vivants. »
La dernière propriété était certainement moins contestable que la première. Des substances animales, putréfiées et distillées avec des matières métalliques, devaient produire des poisons très-énergiques. Les alchimistes excellaient dans la préparation de ces genres de poisons.
Tfcéodore*
Les alchimistes dédiaient souvent leurs écrits à des rois ou à des papes qui aimaient et pratiquaient Tart spagirique. C'est ainsi que Zosimea adressé divers chapitres (xccpaXaia) (1), à Théodore. Or, quel est ce personnage? Si c'est le pape qui succéda, en 642, au pape Jean TV, et mourut en 649 , il faudra placer Zosime dans la première moitié du 7* siècle. — Ces xecpaXaia sont de simples extraits ou des analyses d'ouvrages sur l'art sacré. L'un de ces ouvrages avait pour titre Sur la transmuMion des quatre éiémerUs (icepl Tîiç TfiSv Tficraapuiv crrotxc^tov cU iauxit (UTaêoXvjç). On y lit entre autres que a tous les produits de transformation de la terre et de l'eao ne sont pas du feu , et qu'il y en a aussi qui se dégagent sans flamme. » En effet la flamme n'est qu'un gaz incandescent et tous les gaz ne sont pas inflammables. On connaissait donc les gaz longtemps avant Van-Helmont.
Dans le même manuscrit, on trouve fol. 93 , [écrit ] de Papoas philosophe {lïdtaaàç (piXoffdtpou ).
Cetécrit, qui manqueégalement de titre, aurait pu être intitulé : U serment des adeptes. En effet, ce n'est que la formule du serment par lequel les adeptes s'engageaient à garder *le secret ; ils jaraient par toutes les puissances célestes et terrestres , ains que par la fétrade des éléments (rcîjv 9xov/tUfyi t^,v tetpq(xtt)v ).
(1) Mt. 2249.
Î9i HISTOIRX DE LA GUIM1£.
HIérothée.
Noos avons de cet hiérotechnite des vers sur Vart divin et sacré ('ItpoO^ou cpiXooofou icipl T7)ç Qi\iXT,ç Oe(aç xat Up5ç '^^X^v)c, $tà rzi'/wt) (1). Hiérothée vivait sous le règne de Nicéphore^ à juger par un passage qui fait allusion à cet empereur, contemporain de Charlemagne (% .
Voici ce passage : a Revêtu de la tunique de pourpre et du manteau rouge, il est assis sur le trône, comme le grand Nicéphore.»
Hiérothée était probablement chrétien, et postérieur à Marie, car il la cite dans ses vers, dont une partie a été imprimée, d'après un manuscrit de la Bibliothèque de Saint-Marc, par Estienne Bernard, à la fin du traité de Palladius, de Febribus.
11 existe du même auteur un autre écrit sur Vart sacré {ij. Il y regarde le Saint-Esprit comme le principe fondamental de Tart sacré, et invoque tous les saints pour la réussite de l'œuvre.
CJomKwi le solltaiFe.
Le manuscrit n® 2249 , fol. 41 , contient, sous le nom de Cosmas, un petit traité qui a pour titre : Interprétation de la science de la chrysopœie (art de faire de Tor} , du saint solitaire Cosmos (lpfxy|ve(a t9î< l7ci(mrj(A7)ç ttjç /puaoïcotfaç UpOfAOva^çou tou KoafJiS.). Dès le début de ce traité, adressé , sous forme de lettres, à un ami , on trouve le nom ûechymie (^ufiioi), si rarement employé à cette époque reculée de la science. « La vraie et mystique chymie exige seulement du travail (^ dlX^iOiv^ xal fjLuorix^ x^f^^^ xottou (a^vou Stlrai) et pas de relâche; car un est le tout(lv ysp laTiièirSv), et par lequel est le tout ( xotl 8' oS xh irSv) ; et si l'un ne devient pas trois et les trois un (xat e! {l^ yiyy\xoLi xh ev tpCa xsl Ta rpia h) , le toUt n'est rien
(où8év l<TTi To tc3v). C'est la solution de la maladie de l'indigence ». On lit à la fin : « Ceci est extrait d'un ancien Zosime ( ^x tivoc
(1) Ma. 2249, fol. 63.
(2) M9: 2249, fol. 94.
PREMIÈRE ÉPOOtJE. ^5
wÀfluw ZcuffCîAou) » — Ce qui vient après est extrait « du grand art des anciens {ix ttjc iktyé\T,^ Tl^vr,c twv iraXaiÔîv]. » Il y est question" delW gublU des eharhonx {i\ imv ivOpxxoiv a3pi). Sdrait-ce-le gaz acide carbonique ?
Le contexte laisse la question indécise.
Poëtes spa^lrlqnes.
Les adeptes dédaignaient quelquefois la prose pour rendre leurs pensées. C'est ainsi que nous avons des vers d'Archélaûs, é'Hélibdore et de Théophrasle sur Tart sacré ou divin.
Les ïambes du philosophe Archélaûs (1) paraissent supposés.
Ces vers sont empreints d'un profond mysticisme, portant sur l'âme et le corps, sur le destructible et Tincorruptible, sur le corporel et Vineorporel (i<j(a[t.aLxo)f), « Quand la nature succombe^ le principe indestructible se dégage de la matière, s'élève et devient comme un esprit (.. . exarpaçeiffal? 6XTïçdfvwÔMtxalY^^*'^«*'*^;icy8ujxa). » — L'auteur cite le savant Témiste fco^oçTefACatoç), qui n'est pas le même que le Thémiste (du quatrième siècle), commentateur d'Aristote. On se rappelle que la plupart des commentateurs de Platon et d'Aristote étaient en mêmetemps alchimistes. — Archélaûs était chrétien et antérieur probablement au schisme de l'Orient. Il termine son poëme par une invocation aux puissaaces célestes.
Le philosophe Uéliodore adresse au roi Théodose le Grand lies vers Stir Varl mystique (Jtes philosophes (2).
Ce poème a de l'importance, en ce qu'il nous permet de lui fixer une date. Dédié à Théodose le Grand (mort en 395) , il doit avoir été composé dans la seconde moitié du quatrième siècle. Il est donc positivement démontré que déjà à cette époque on s'occupait d'alchimie. L'auteur ne cite aucun des grands maîtres
M) Ms. 2249, fol. f>6 verso : *ApxeXà<>u fi>096pou icep) tep9< t^x^yic, 8ià vtiyjtù^ ^«ttftw. Des fragmentA àe cen ^tf% d'ArdiélaOs ont été imprimés (raprès un m»- Btt»crit de la Bibliotlièqne de Saint-Marc de Venise, à ta suite do petit traité de Paltadiis àe Febribui, par Et. Bernard; Ueyde, 1745,111-8" (p. 1&4.1&7 ).
(S) IWd., fol. 5t reeto. Des fragmenis des fers d'Hélio^ore se trouvent Im- I à la fin de rédilion dePalladins (p. fSl.l53), déjà citée.
2^0 HISTOIRE 0)1: LÀ GHIlllE.
de l'art sacré, ce qui donne à penser queZosinae, Pelage, Marie, etc^ ne sauraient du njoins pas ôlre antérieurs au quatrième siècle. La fin de la citation prouve que le philosophe Héliodore était chrétien. Peut-être était-cele môme personnage quel*évèque de Tricca, auteur de V Histoire élhiopique. L'évéque Héliodore vivait aussi sous Théodose.
Les vers du philosophe Théophraste sur le môme art divin font allusion au phénomène de l'éclair que l'argent présente pendant la coupellation. 7'A^opAras^e était un nom très-commun chez les Grecs. Il n'est donc pas nécessaire de songer ici au célèbre disciple d'Aristote, à l'auteur de THistoire des plantes. D'ailleurs notre Théophraste était chrétien : il parle du Saint-Esprit.
Vers la fin du poôme, on remarque une glorification de l'œuvre divin sous forme de litanie : la doctrine dualistique du principe maie et du principe femelle joue un grand rôle dans l'œuvre glorifié (1).
Pour se faire une idée d*; la poésie hermétique, voyez, au n* M de l'Appendice^ l'Extrait de la diopire de Jean de Damas.
Enfin, le manuscrit 2249 (loi. 3-5) renferme, sous le voile de l'anonyme, les trois écrits suivants, qui ont pour titre :
l. Prescriptions pour ceux qui s* occupent de l'œuvre (Trapaivsffsiç Guaxattxai tcov I^X'^pouvicov Ti?iv fi/yr{v).
Ce petit traité est sans nom d'auteur. Peut-être est-il de Zosime. On y trouve l'indication des choses les plus indispensables aux opérations alchimiques. Ainsi, « il ne faut rien entreprendre sans l'instrumentquisoulèvelecuivre (dpYavou àvaffTcôîvToç) après le temps fï\é de l'oxydation {[uxk tov TeTayiAevov ttjÇ i(oaca>c XP^^®^)* ^^ ^"^ le mélange des dix formes sèches et humides.... On ne saurait non plus rien entreprendre sans l'eau divine (6etov uScop] qui est blanche et rouge. » — L'eau divine était quelque dissolution métallique, de plomb ou de mercure. Ces prescriptions se terminent par une comparaison qui a été souvent faite par les chimistes de notre époque : Les potson^ sont pareils à dés feruienis^ a parce qu'ils agissent en petites quantités, comme le levain dam la panification » (»« yâip ^ Çupii) tou ipToî^ ôXi'ykj oua«, tooww» (papfxaxov C^pii)).
(1; Le commenceiueut, une partie du milieu et la fin du poëme de Tliéoplirasle oui élé imprimée par É(. Bernard (Patladliu, de Febribuit p. I&ft-5b7}.
PR£MrtRI ÉPOQUE. H&l
IL Sur la fabrication du cristal (tctpt xpucT'x^ou irotr^vtcoç). Probablement de Zosime. On n'y remarque aucune notion pratique. L'auteur anonyme fait entrer dans le mélange, dont la fusion doit donner le verre, des œufs (le blanc et le jaune), de Peau de nitre (55wpv(Tpou), du sang de poules noires^ de l'huile d'olive, des coquilles d'huttres, etc. Aucun de ces noms, à l'exception de la base du nitre, n'indique les substances propres à la fabrication du cristal.
m. Sur la déalhation ( irtpt Xiux(09e&>; ] , par un an'onyme (1). — Qu'est-ce que la déalbation ou leucosis, dont parlent si souvent les alchimistes? L'auteur anonyme l'explique, a C'est , dit-il ,. une opération capitale (xKpaXociov); après la déalhation, le parfait mystère (to T^etovjjiuffTiiptov) devient jaune (ÇavOourai). La déalbation est une combustion, et la combustion est une résurrection par le feu Quand tu feras de la rouille ou du cinabre
(eUi iwactç 11 xtva€api9«< ) , tu seras heureux, ô Dicscure ! »
Le mot cinabre^ qui signifie ici évidemment l'oxyde rouge de mercure, trahit le secret. Cet oxydeélant chauffé revient à l'élat de mercure blanc métallique. Et quand on chaufl'e celui-ci, qui ^'di^i^tlleleparfait mystère, il devient jaune et rouge. La déalbation est donc la révivification du mercure par l'action de la chaleur sur l'oxyde rouge. Les alchimistes n'ignoraient pas que , pendant cette opération, il se dégage un esprit (irvcufi»), qui est, comme nous savons aujourd'hui, Voxygène.
Les documents, la plupart inédits, que nous venons de mettre sous les yeux du lecteur, pourront suffire pour faire connaître les doctrines des premiers alchimistes, la tendance mystique et allégorique de l'art sacré.
Celui qui voudrait faire une étude plus approfondie de cette époque, si intéressante, de l'histoire de la science, et livrera l'impression quelques écrits de ces auteurs, dont la plupart sont encore ensevelis dans la poussière des bibliothèques, nous saura peut-être gré de joindre aux analyses et extraits que nous venons de donner, une sorte de table des matières, qui pourrait le guider dans ses recherches.
(1)M». 2249 et 3260.
298 UISTOIRI DE LA GUTinE.
llaniifterits grecs alehimiqiies de la BlUiotlièqiie taipérUle
de Paru.
N«2252(ms. du ^6* siècle).
Commentaire d'un anonyme sur le livre deComarius, enseignant à Cléopâlre l'art sacré de la pierre philosophale (t^v ôsiav xaUepoiv xeyvriVToo XiOou t^ç cpiXoao^iaç). Ce commentaire commence par une invocation à TÊtre suprême, au démiui^ge.
De Part divin, par Jean Tarchiprétre d'Évigia.
L'œuf des philosophes, par un anonyme.
Des produits de sublimation (alOoiXMv), par un anonyme.
Commentaire d'un anonyme sur un ouvrage de Zosime.
De la pierre philosophale, par un anonyme (1).
De l'art sacré des philosophes, par un anonyme.
Pelage, sur l'art sacré. L'auteur vante beaucoup les propriétés d'un amalgame d'or, fait avec une partie d'or, et trois parties de magnésie et de cinabre.
De l'art de faire de l'or.
Dans le manuscrit 2250, fol. 169, se trouve d'un anonyme un petit traité sous le même titre. Cet anonyme invoque l'autorité de Zosime, d'Olympiodore et d'autres commentateurs d'Aristote et de Platon. « Ces interprètes ont tous écrit, dit-il, des commentaires théoriques très-importants sur l'art de faire del'or(Oeo)pir)Tixà[xal [kéyiaxa &i70fiLvi^(A«Tgt TatuTYiçTYJç^^puaoïcouac). Tous s'accbrdent sur l'unité du but et l'unité des substances (ev Ytvea6(xi tdi< oôaiac ]. » — « Puis l'auteur ajoute :'<( Celui qui fait de la rouille , fait de l'or; celui qui ne fait pas de rouille, ne fait rien. Lorsque les substances sont épaisses, les corps deviennent aérif ormes et se spirilualtsent (àipwSri xa\ irv£Ufx«Tixâi 71vovTai xi awfjiaTixa). »
(1) Un peut traité de la pierre philosophale (ô Xi69; tf}; ftXovofta: ) est con* tenu dans le manusc. n^ 2249, Toi. 104 reclo. Il ne se compose que de quelques extraits de Zosime, d*Oslane et de Démocrite. Il faut en dire autant du petit fraiti^ qui se trouve sur le verso du même feuillet, et qui a le même titre avec une trèS'légère variante (ic«pt toO Xî6ou tûv çiXoaoncov). On y Toit, de plus, cité Jean Tarchiprétre , Ktienne. Hermès Trismégiste et Olympiodore. Ce dernier traité se termine par les définitions de quel^iue» termes alchimiques. « Le levant (ii àvaro/i^), y est-il dit, signifie le principe mâle (t6 fiopev) ; le couchant (Vj Swaiç) le principe femelle (tô 0?.Xu). « L'aifTeur y ajoute en guise d*axiome : n Le froment engendre le froment, Torge engendre Torge. » C'était Taxiome de homogénéité.
PREMIÈEK ÉP0(7UK. 299
Sur >es poids et mesures, extrait des écrits de Cléopfttre.
Lexique de l'art sacré.
Commentaire de Synésius le philosophe, sur le livre de Démocrile.
Stéphanus, philosophe d'Alexandrie , sur l'art sacré de faire de l'of.
Commentaire de Zosime.
La teinture des pierres, desémerandes, des hyacinthes, etc., extrait dn livre du sanctuaire des prêtres^
La trempe du cuivre inventée chez les Perses et décrite par Philippe, roi de Macédoine.
La manière de former la grêle sphérique, par le célèbre Arabe Salmanas. — Le même traité se trouve dans le ms. 2249 fol. 29 'fuMoç êi' ^ç ditoTeXettat 1\ 9{p4tipoct$^< x^«Ca). L'auteur pressent de chauffer de petits gréions avec du jus de citron (xirpiov CwfAov), dans un vase bien luté. L'opération doit être répétée pendant un certain tiombre de jours. Dans les chapitres sur la déalbation des perles (XeuxaMTe^ tAspYapiTÔiv), il s'étend sur la dissolution des perles dans des acides organiques et minéraux. Pour faire pondre de l'or aux poules , il recommande de les nourrir avec de la Htharge et du miel (c'était le moyen de les empoisonner). Pour faire de l'argent^ il conseille de faire fondre de l'élain et d'y projeter, pendant la fusion du métal, de l'asphalte et du sel comiQQo. — Ce qui démontre que le cinabre y xtvdtSapi, n'était pas seulement le sulfuje rouge, mais aussi l'oxyde rouge de mercure, c'est que, dans le chapitre wepl xivaêapeoK, l'auteur dit de le prépareravec l'huile ou l'acide dunitre. — Dans le chapitre sur la teinture des pierres, des émeraudes, des lychnites, des hyacinthes , ^après vn livre du sanctuaire (xara^açi^i Xift^iv xal orfAapaYÎwv xa\ ^[viTwv xa\ 6axiv6ii>v Ix tou «Sutou twv tepcov Ix^oÔevto^ ^1^X100), il ^•st question , en termes non équivoques , de la coloration des pâtes de verre, de faïence et de porcelaine par des oxydes métalliques.—Nous y avons vu pour la première fois employé le mot ffilc , taXax, depuis adopté par tous les minéralogistes. L'auteur fait remarquer que ce mot est en usage chez les Perses et les %ptiens. C'est avec le talc ( silicate de magnésie?) , le flel de hœuf et les fleurs de cuivre, qu'il prescrit de colorer les verres.
Le fiel de bœuf, de poisson, de dragon, etc., agissait principalement par l'alcali (soude) que cette liqueur animale renferme naturellement. — Sahnanas cite Zosime, Déraocrite (2vTt)iwr M^pTKxiun <jo(p9i pi^co ), Marie et Petasius. Ce dernier avait publié les Mémoires de Détnocrite ( AY)(xoxp(Ttta &ico(Avi{{jiaTa }. Parmi les substances végétales, employées comme matières tinctoriales, od remarque la chélidoine, l'aristoloche, la rhubarbe du Pont (Hcv- Tiov ^a ), le safran de Gilicie, le thapsus (espèce de vertascum).
Le même traité ( ^a^p^ tou 'izapk tlspasK £{eupr|(Aivou x>^^) ^ trouve, avec des variantes, dans le manuscrit 2St49, fol. 39. L'auteur s'appelle également Philippe; ce n'est point le roi deHarédoine, mais un archiprétre macédonien (àp)^tepeu<), attaché aa temple de Sainte-Sophie, à Constantinople. A juger par certaines phrases, l'écrit n'est pas antérieur au huitième siècle, il est question des Arabes et des savants Ismaélites, dans le chapitre intitulé : Fabrication du cuivre jaune (icoiVk tou x^^o^ (ovOoû).
L'auteur parle aussi, en termes un peu obscurs , de la trempe du fer indien, «avec lequel on fabrique, dit-il, de fameux sabres (xà Oau(/Laata lifn). Cette trempe a été inventée par les Indiens, auxquels l'ont empruntée les Perses; et de là, la connaissaoce en est venue jusqu'à nous, n — Il emploie d'ailleurs beaucoup de mots arabes, tel que tuthie, elileg, na/tpAt , etc. 11 cite aussi le nom de Marie, dans des recettes chimiques.
N" 3323 (manuscrit fort endommagé) :
On y trouve les commentaires de Synésius, de Stéphanus, quelques ouvrages de Zosime, etc., reproduits dans les manuscrits 2249 et 2273.
Les Physiques et les Mystiques de Démocrite (Commenlairei de Synésius).
On y trouve les mêmes traités que dans les manuscrits 2i5l. 2273 et 2323.
PREttlÉRE iPOQUB. 301
No 23S!9 ( manuscrit rempli de corrections ) :
Discours de la très-savaole Marie sur la pierre phiiosophale.
L'auteur cite Pelage et Zosime, et conseille de cacher les substances, sur lesquelles on opère, dans du fumierde cheval ou d'oiseaux (ttcx<hrpov(inretc[v ^ dpvt6t{av). Ne serait-ce pas là l'origine des bamsrmarie?
Stéphanus d'Alexandrie, sur le monde matériel.
Instruction adressée à l'empereur Héraclius, par le même.
Le signe élémentaire de l'art sacré.
(£uf des philosophes.
Traité de chimie mystique (icepl (xuarixTiç )^u(a6{(i<), en vers.
De l'art sacré, extrait des philosophes, par Théophraste.
Extrait de Cléopàtre, sur les poids et les mesures.
LAp««4re à cabou et le feu ipree on ^grk^^olm (ignis grxcus).
Les Chinois paraissaient avoir, dès le premier siècle de notre ère, connu un mélange analogue à la poudre à canon (1); mais cène fut que beaucoup plus tard qu'ils l'appliquèrent à l'art militaire.
Les Romains, qui avaient beaucoup perfectionné le métier de s'assommer méthodiquement, s'étaient déjà, du temps des guerres de la république, servis de poix, de résines^ de bitume^ et d'autres substances inflammables, pour lea lancer sur l'ennemi pendant le siège des villes.
Les habitants de Samosate défendirent Içur ville assiégée par Lucullus, en brûlant les soldats avec la mallha embrasée, qui se troayait près d'un lac de la Comagène. La maliha n'était autre chose que du bitume (2).
Le fia/?A<A« (3), dont le nom signifie /eu liquide^ était depuis longtemps employé pour obtenir des effets de combustion. C'est ainsi, dit-on, que Médée brûla sa rivale, par le moyen d'une cou-
(i,b. VoM, Varias Observât., xnr, p. 83. 2 Pline, ffist. nnl., ii. 10^.
[i) Ue Rorf, oager, et pA/Aa, feu, synonyme de Vulcain.
ronne. enduite de naphthe, laquelle prit feu à rapproche de la flamme de l'autel (1).
Nous montrerons plus loin que la plupart de ces substances combustibles, depuis longtemps connues des anciens, entraient dans la composition du fameux feu grégeois, dont on a beaucoup exagéré les effets.
Les prêtres imitaient, disent les historiens, la foudre et le tonnerre dans la célébration des mystères d'Isis et d'Eleusis; ils faisaient voir et entendre ces phénomènes aux personnes qui you* laient se faire initier. Les auteurs anciens admirent la témérité de Salmonée, qui prétendait imiter le tonnerre et l'éclair (i). Dion Cassius rapporte que Galigulase vantait de braver Jupiter, en répondant à ses foudres par d'autres foudres^ lancées eu l'air à l'aide d'une machine (3).
Anthémius de Tralles embrasa, d'après ce que raconte Agathias, la maison de Zenon le rhéteur, son voisin, en y lançant la foudre et le tonnerre (4). Ce même Anthémius savait aussi imiter les tremblements de lerre.
Les Indiens paraissaient avoir, depuis longtemps, connu un mélange combustible, analogue à la poudre à canon ou au feu grégeois. Philostrate raconte que les sages de l'Inde repoussaient l'ennemi à coups de foudre et de tonnerre (5). Quant au feu de Siva et a ce foyer mystérieux qui brûle dans la profondeur des mers, » il faut prendre ces paroles de Douchmanta {Sncountda, drame de Calidasa) dans un sens purement allégorique.
Ammien Marcellin, historien du quatrième siècle et qui avait servi dans les armées de l'empereur Julien, parle de flèches creuses en roseaux, assujetties avec des fils ou lanières de fer, et remplies de matières inflammables. Ces flèches, en forme de fuseau, étaient lancées avec une force modérée ( lancés avec trop de force elles s'éteignaient); elles incendiaient les lieux où elles venaient s'attacher. L'eauqu'on y jetait ne faisait que raviver la flamme; le sable ou lapoussière pouvaient seuls l'éteindre. Tel est le récit d'Ammien Marcellin, qui rappelle un peu notre fusée (6).
(1) PUne, n, lOS. Les andeos tiraient de l'huile de naplitlie on pétrole pria cipalement des environs de Babylone.
, (2) Virg. /£«., Yi, 585. Valer. Flaccus, i, 662. Hygin, Fab. 6i et 250.
(3) BpovTaî; 4x H.*lxM« tivo; àvcegpévra. Dio Câ^sins, Hist, rom.
(4) Agalllias, De rébus geMisJusHniani, y, p. 151 ; Paris, 1660, in-fol.
(5) Piiiioslrate, Vit, Apollon., ii, 33.
(6) Aium. Marcellin, liT. kxiii,c. 4 Sagiitaesteanneat inUnpiculumeianin'
IRËMliRE ÉPOQUE. 303
Le feu automate (mîp âuTo^Aaiov), dont parlent Athénée et Jules l'Africain, resseaible tout à fait au feu grégeois. Voici le passage d'Athénée : « Xénophon le prestidigitateur (6 Oauf^aToirotoç ), qui eal pour disciple Cratisthèoe de Pblionte, étonnait le monde par ses artifices mer\'eilleux; il faisait, entre autres, partir un feu de lui-méoie (icûp aùt<$(i.aTov iicoiet iva^ueoOai) (1 ) » .
Aucun autre écrivain n'a parlé de ce Xénophon, et les cornmenlateurs d'Athénée n'ont apporté aucun éclaircissement au passage cité.
Jules l'Africain est beaucoup plus explicite. Voici ce qu'il nous apprend sur le feu automate a Le feu automate se prépare, ditil, de la manière suivante : Prenez parties égales de soufre non brûlé (natif], de salpêtre et de pyrite kerdonienne (sulfure d'anti* moJDe?}; broyez ces substances dans un moi^tier noir, au milieu du jour (fAcaovpavouvToc :^Xiou). Ajoutez-y parties égales de suc de sycomore noir et d'asphalte liquide ; puis vous mélangerez le tout de manière à obtenir une masse pâteuse et comme graisseuse; enfin, vous y ajouterez une petite quantité de chaux vive. Il faut remuer la masse avec précaution, au milieu du jour, et se garantir la figure ; car le mélange prend subitement feu. Mettez ce mélange dans des boites d'airain fermées par des couvercles, et conservez-le à l'abri des rayons du soleil, dont le contact renflammerait (2). »
L'empereur Léon faisait lancer à la face de l'ennemi de petits tuyaux (fiixpoi <rt9Ô>v£ç ), remplis de feu, et qui souvent éclataient, entre les mains de ceux qui les lançaient (3).
C'est à Ja fin du vii' siècle ou au commencement du vin' que l'on fait généralement remonter l'invention du feu grégeois. Les Grecs s'en étaient, dit-on, pour la première fois, servis pour brûler 1» flotte des Sarrasins près de Gyzique.
iinem muUifido ferra coagmentata ^ quœ in muliebris coli formam, quo fitntur lintea stamina , concavatur ventre subtiliter et pturi/ariam pa* ffns, atque in alveo ipso ignem cum aliquo stucipit^alimenlo. Bt ii emissa ^ntius arcu invatido {ictu enim rapidiore extinguitur) hœserit usquam^ itnatUtr cremat, aquisque conspersa acriores excitât xslus incendiorum ^ «ee Ttmtdio utio, quant superjecto pulvere consopitur,
(1) Atéhnée, Deipnosoph., liv. i,c. 35, 1. 1, p. 73 de l'édit. de Sctiweigliâuser.
;2; Ce diapitre est extrait d*an manoacrit grec de 1a Bibl. impériale, n° 2437 :
!3} Léo, mfl taxTtx^; xal oTpa'criYoO, apud Jo. Metirsinm., Opéra, ex recens. J« l^ml-i Florent., vol. vi, t745, p. 8i4.
304 HISTOIRE D£ LA GUIMIE.
Cependant Constantin Porphyrogénète dit, dans la lettre que nous allons citer, que le feu grégeois fut communiqué par un ange à Constantin le Grand. Les Grecs t'appelaient itop ô^pw, feu liquide (i), et ils en cachaient soigneusement la compositioD, comme le démontre la lettre que Constantin Porphyrogénète adresse à son fils : a II faut aussi, dit-il, avoir soin du feu liquide, et renvoyer ceux qui en demanderaient le secret, qui a été confié par un ange au premier roi des chrétiens, à Constantin, avec la défense expresse de le fabriquer ailleurs que dans la ville des chrétiens (Gonstantinople ). Le grand roi jura, sur l'autel de l'église de Dieu, que celui qui oserait apprendre ce secret à une nation étrangère perdrait le nom de chrétien, et serait déclaré indigne de remplir aucune fonction dans l'État; que le traître, qu'il fi\t roi, patriarche ou tout autre homme, serait maudit à jamais. Que Dieu, termine-t-il, Técrase de la foudre au monaenl où il entrera dans le temple (3) ! »
Nous ignorons si les foudres de Salmonée, de Caligula, des brahmanes, étaient faites avec de la poudre k canon ; car les anciens ne nous indiquent, comme nous venons de voir, que remploi des résines et de l'huile de naphthe comme substances inflammables. Mais ce qui paraît certain,' c'est que le feu grégeois . se composait tout à la fois de ces dernières substances, et au moins de deux éléments (soufre et salpêtre) de la poudre à canon. C'esUce que fera connaître le paragraphe suivant.
ilareus CSneciis (3; .
Dans le manuscrit latin ( de la Bibliothèque impériale), n^ 7156 ( du XVI' siècle), intitulé Varii iractalus de alchitnia, se trouve,
( 1 ) JIOp Oypov, feu liquide, signifie aussi eau-de-vie et essence de iérébenthint appeiét-s priniilivfinent aquse ardentes, paux brûlantes.
(2) Conslantin Porphyrogénète, De adminislrando imperio liber ad Ro»a num Porphyrog. filium ; Logd. Bat., ^, 1617.
(3) Il est assez dinicllK de déterminer Pépoque à laquelle Tivait ce MârcusGrx eus , sur la irie duquel on ne sait absolument rien. Il est probable qu*il virait ver le huitième siècle. Ce qu'il y a de certain, c*est qu'il asI antérieur an médecin arab Mesué (vivant au neuvième siècln), qui le cite. (J. Mesue, Opéra mediea;^^ 85, col. f , n. Venise, 1581 ). Les sceptiques peuvent, il est vrai, nier ridenitt
PREMIÈRE LPOOUE. 305
fol. 69, un petit traité, sous le titre de : liber ignium ad comburendes hastes, et commençant par ces mots :
Ineipit liber ignium a Marco Grxco descriptus. Nous en don- DeroDs le texte à la fin du volume. Ce petit traité est reproduit dans le ms. n"* 7158. C'est là qu'on trouve, pour la première fois, la description exacte de lapoudre.à canon, la distillation deT^atfde-vieel de V essence de térébenthine, appelées eaux ardentes^ et qui entraient dans la composition du feu grégeois.
L'auteur indique plusieurs moyens de combattre l'ennemi à distance. A cet effet, il conseille, entre autres, de réduire en poudre, dans un mortier de marbre, 1 livre de soufre, 2 livres de charbon et 6 livres de salpêtre^ de mettre une certaine quantité de cette poudre dans une enveloppe longue, étroite, et bien foulée, 11 ajoute qu'en y portant le feu, on la fait voler en l'air. C'était la fvsée {iunica advolandum). «L'enveloppe, au contraire, continue l'auteur, avec laquelle on veut imiter le tonnerre, doit être courte et épaisse, à moitié pleine, et fortement liée avec une ficelle. « C'était le pétard. Voici d'ailleurs la traduction des passages les plus intéressants du Traité des feux de Marcus Grscus :
Liber ignium,
« Moyens de combattre l'ennemi par le feu, tant sur mer que sur terre.
('Prenez une livre de sandaraque, et la même quantité de sel ammoniac dissous (1) ; faites de tout cela une pâte que vous chaufferez dans un vase de terre verni, et luté soigneusement avec du lut de sagesse (3). Vous continuerez à chauffer jusqu'à ce que la matière ait acquis la consistance du beurre ; ce qu'il est facile de voir en introduisant par l'ouverture du vase une baguette de bois à laquelle la matière s'attache. Après cela, vous
if notre Harcos Grœcus avec celui cité par Mesiié ; mais ils ont encore moins de Pfea^es pour nier, que nous |)our aflirmer. M>It Fa?é el Reinaud placent la rédaction définitive du Liber ignium de Marcus Graecus entre le neuvième et le donilème siècles. (Du feu grégeois^ Paris, 1845, p. 97.)
(1)11 y s dans le texte ammoniaci liquldi, c« qui ne veut pas dire de Tarnmoniaqve Uquide. Car rammoniaque (gaz ammoniac dissous dans l*eau ), qui ^'appelait esprit (Tuiine («^piritus urinae), n^était pas encore connu.
(1) Ce lut variait de composition ; il y entrait du sable, de la chaux et du blanc 'l'œuf.
BKT. Wi L4 CBIMIR. — T. I. /O
y ajouterez quatre livres de poix liquide (1). On évite, à cause du danger, de faire cette opération dans Tintérieur d*une maison. Pour opérer sur mer, on prendra une outre en peau de chèvre, dans iaqueile on mettra deux livres de la composition que nous venons de décrire, si l'ennemi est à proximité. On en mettra davantage, si Tennemi est à une plus grande distance. On attache ensuite cette outre à une broche de fer {veru ferreum), dont toute la partie inférieure est^elle-méme enduite d'une matière huileuse ; enfin, on place sous cette outre une planche de bois proportionnée à l'épaisseur de la broche {lignum advtrsus veru grassitudinem]^ et on y met le feu sur le rivage (in ripa succendes ). Alors l'huile s'allume, découle sur la planche, et l'appareil, marchant sur les eaux, met en combustion tout ce qu'il rencontrera. »
Marcus Grsecus donne ensuite la recette et l'emptoi d'une série de mélanges combustibles ou de feux {ignés), comme il les appelle, parmi lesquels nous citerons le suivant comme l'un des plus complexes :
Prenez : Huile de pétrole 1 U?re.
Moelle de canna ferula 6
Soufre 1
Graisse de bélier liquéfiée 1
Huile de térélienthine QuanUté indétermioée.
(( On trempe dans ce mélange des flèches à quatre têtes, qu'on lance allumées dans lecampde l'ennemi. L'eau qu'on y projettera ne fera qu'augmenter la flamme.
« Autre espèce de ieu propre à incendier les logements de Tenncmi du voisinage :
« Prenez de là poix liquide {alkitran), de la bonne huile d'œuf, du soufre^ une once de chaque matière. Ajoutez-y de la cire fraîche le quart de la masse précédente , et traitez tout ce mélange de manière à le convertir en une sorte de cataplasme. Lorsqu'on voudra s'en servir, on prendra une vessie de bœuf insoufflée et garnie d'une petite ouverture bouchée avec un morceau de cire. Après l'avoir frottée, à différentes reprises, avec celte huile, on l'allumera avec un morceau de bois de marrube, on Atera l'enveloppe qui la recouvrait, et on la placera sous le lit ou sous le toit de l'ennemi pendant une nuif orageuse. Le vent
(1) l/e texte ftotXtalkitran, mol aribe qui signifie poix liquide.
PEEMIÂRE f POQUE. 307
aidera à répandre la flamme, qucTeau, loin de dompter, ne fera que rendre plus dangereuse.
« Autre espèce de feu, avec lequel Aristote prétendait incendier des maisons situées sur une montagne :
Preoez : Poix liquide , 5 titres.
Hnile d'œor . j ,, ,,„^ ^ ^^^.,
C liaox non éteinte )
«Triturez la chaux avec l'huile jusqu'à ce qu'il en résulte un magma épais. Frottez, avec ce mélange, au temps de la canicule, les pierres, les herbes, etc ; enterrez-les dans du fumier au même endroit. La pluie de l'automne les mettra en combastion.
«Tout feu inextinguible ne peut être éteint ou étouffé que par du vinaigre, par de l'urine pourrie, ou par du sable.
« Le feu volant {ignisvolatilis in aerfi) peut être obtenu de la manière suivante. Prenez une partie de colophane, autant de soufre, deuxparties de salpêtre [salis petrosi). Dissolvez ce mélange pulvérisé dans de l'huile de lin ou de lamium, ce qui vaudra mieux. On place ensuite cette composition dans un jonc ou bâton creux et on y met le feu ( in canna vel ligno excavo reponalur et accen- ^o/vr). Aussitôt il s'envolera vers le but que l'on voudra désigner [nolat ad qtiemcîimque locum voîueris)^ pour mettre tout en feu.
Poudre a canon. — « Prenez une livre de soufre pur, deux livres de charbon de vigne ou de saule, six livres de salpêtre. Broyez ces trois substances dans un mortier de marbre, de manière à les réduire en une poudre très-fîne [quœ tria subtilissime ternntur). Après cela, on mettra la quantité que l'on voudra de cette poudre dans une enveloppe ( tunica j, destinée à voler dans l'air ou à produire une détonation (1).
«Remarquez que l'.enveloppe destinée à voler [tunica ad volandum) doit être grêle, longue, et remplie avec ladite poudre bien bourrée [cum prœdiclo pulvere optime conculcato repleta) (2) ; tandis que l'enveloppe qui produit la détonation doitêtre courte, épaisse, seulement à demi remplie de poudre, et fortement liée
(1) Il 7 a (tons le texte : pulvis in tunica reponatur volaiili vel lonitrum (aciente, L'auteor fait voir ensuite qiion ol)t<*nait dfs effels difTérenU en variant i< Tormede Tenveloppe.
(l)C*éun là notre fusée.
aux deux bouts avec un fil de fer (!}. Notez qu'il faut, dans l'ane ou l'autre enveloppe, pratiquer une petite ouverture, afin que Ton y puisse porter la mèche.
« Celte enveloppe doit être mince aux deux extrémités, large
au milieu, et remplie avec la poudre en question. L'enveloppe
(tunique) destinée à s'élever en Tair a peu de plis(p/tra/M-
ras\; l'enveloppe destinée à produire une détonation peut en
. avoir un très-grand nombre.
« On peut Taire un double pétard [duplex ionitntm ) ou uoe double fusée . duplex volaille inslrumenlum i, en emboîtant une enveloppe dans l'autre. »
Marcus Grœcus remarque que, pour purifier le salpêtre, on le fait dissoudre, tel qu'on le rencontre, dans de l'eau bouillante; qu'on met la dissolution sur un filtré, et qu'on laisse la liqueur bouillante se refroidir. « On trouve, dit-il , au fond du vase, le sel congelé ou solidifié sous forme de lames cristallines {inventes in fundo laminas salis congelatat crisiallinas ), 9
L'auteur indique ensuite plusieurs mélanges combustibles, dont la préparation est conçue d'après les idées alchimiques (voy., en appendice, le texte de MarcusGraecus).II prétend qu'aucun de ces mélanges ne peut être éteint par l'eau, et que celuici ne ferait qu'accroître l'incendie {majus parabit incendium). (( Pour saisir le feu avec les mains, sans se faire aucun mal, on dissout de la chaux dans de l'eau de fèves chaudes; on y ajoute un peu de terre- de Messine, de la mauve et du gui. On se frotte les mains avec ce mélange, et on le laisse se dessé- . cher (2), »
L'auteur donne ensuite une autre recette du même genre : ui aliquii sine lœsione comhuri videalvr.
Feu grégeois. — a Le feu grégeois se fait de la manière suivante : Prenez du soufre pur, du tartre, de lasarcocoUe (espèce de résine], de la poix, du salpêtre fondu, de l'huile de pétrole et de l'huile de gomme. Faites bouillir tout cela ensemble. Trempez-y de l'étoupe, et mettez-y le feu. Ce feu ne pourra être éteint qu'avec de l'urine, avec du vinaigre ou avec du sable (3).
(1) C'était le péUrd.
(2) Des expériences récentes ont prouvé qu*on peut impunément toucher arec la main de la fonte liquide. Les travaux de Boutigny sur la congélation de feso à une température élevée peuvent en donuLT Teiplication.
(3) Vulturius, de Re militari (11, 9), donne la composition suivante du lea
PREMfiRE ÉPOQUE. ' 309
«L'eau aLTden[e[aquaardens) se prépare de la manière suivante : Prenez du vin de couleur foncée, épais et vieux. Ajoutez à un quart de ce vin deux onces de soufre pulvérisé, deux livres de tartre provenant de bon vin blanc, deux onces de sel commun; mettez le tout dans une cucurbite bien plombée et lutée [tubdila ponas in cucurbita bene plumbata ), et, après y avoir apposé un alambic, vous distillerez une eau ardente que vous conserverez dans un.vase de verre bien fermé. »
Un peu plus loin Marcus Graecus décrit la distillation de l'essence de térébenthine, qu'il appelle également aqua ardem, eau ardente; ce qui peut faire penser, avec juste raison, que toutes les huiles essentielles portaient primitivement, ainsi que l'alcool, le nom A^eaux ardentes,
< Prenez, dit l'auteur, de la térébenthine, distillez-la par un alambic (d^/t7/a per alambicum)^ ei yous aurez ainsi une 'eau ardente qui brûle sur le vin, après qu'on l'a allumée avec une chandelle {candela ). »
Le passage cité pourra servir à expliquer pourquoi le feu grégois brûlait surl'eau : c'est que par ce mot il ne faut pas entendre l'eau commune, mais des eaux ardentes, des huiles essentielles, et notamment l'huile de térébenthine, mises en contact avec d'autres substances très-combustibles.
Enfin, l'auteur termine en donnant la description de plusieurs espèces de feux volants, a On peut, dit-il, faire un feu volani ' ignis volans in aère) avec un mélange de salpêtre, de soufre et d'huile de lin ; ce mélange, étant mis dans un tube ou jonc creux (canna) (1), peut, après avoir été allumé, s'élever dans l'air. On &it aussi, ajoute l'auteur, une autre espèce de feu volant, avec du salpêtre, du soufre, et des charbons de vigne ou de saule. Ce mélange, étant mis dans une mèche faite avec du papyrus {in ienia de papyro facta)y s'é\è\e^ après avoir été allumé, rapidement dans Tair. Pour faire ce mélange, il faut avoir soin que la quantité de charbon employée soit triple de celle du soufre, et que celle du salpêtre soit triple de celle du charbon. » C'était là, i peu de chose près, la composition de notre poudre à canon (2).
pf^lM% : cliartMo de boU, DÎtre, eau-de-?ie, soufre, poix, myrrhe, camphre; on Mapoodre avec ce mélange la laine , rétoiipe^.etc.
(t] Ce tabe créas a*e$t autre chose qu'une e»pèce de canon à fosH ; car le nom de cano/i fient é? idemment lai-môme du mot eannn^ qui est ici employé par Marcos Grweoê,
()) Non» constatons avec plaisir que, depnis Tapparition de la 1^ édition de
Thémiste.
Les ouvrages înysliques et alchimiques attribués à Thémisle, cité plus haut , sont-ils réellement sortis de la plume du célèbre sophiste grec , ami de Tempereur Valens et qui avait commenté les œuvres d'Arislote? Y avait-il un pseudo-ïhémisle alchimiste, comme il y eut un pseudo-Démocrite? A quelle époque vécut ce pseudo-Thémiste? Voilà autant de questions à peu près impossibles à résoudre. Nous inclinons néanmoins à penser que noire Thémiste alchimiste vivait vers le vu® ou leviii*siè cle. Dans tous les cas, il devait être chrétien, et postérieur à Thémiste le sophiste, qui était païen.
En parcourant les écrits grecs du commentateur Thémiste, on remarque qu'aucun ne traite de Talchimie. Cet auteur diffère complètement de son homonyme, philosophe hermétique, comme le prouvent les extraits suivants (i) :
Des éléments actifs, fair et le feu. a L'air universel est le ciel. Les vertus des autres corps y passent comme par un crible. C'est le premier corps diaphane qui reçoit toutes les qualités et n'en relient aucune. Il approche de la nature spirituelle; et pour cela il est sous-entendu dans le magistère des sages sous le nom d'ange, de génie, de démon, d'esprit. La région inférieure de l'air est comme la gorge d'un alambic, par où les vapeurs montent jusqu'à sa partie supérieure, ofi elles se condensent en nuées par le froid, et, réduites en eau, elles retombent aussitôt. C'est ainsi que la nature, en sublimant et cohobant l'eau par une distillation assidue et réitérée, la rectifie et
notre Histoire de la chimie (Paris, 184?.), la question du fen grégeois iVié traitée, d*après les données qne nous avion» fournies, par plusieurs safanls disliagués, nolammentparM. Reinaud.
(I) Extraits dNin nianustrit (p. 207) communiqué par M. Javary; IV^ritare est d'une époque assez récente. On y lit au commeocerotnt nue é| ttre dédi&<toire adressée à l'empereur Valen.«. L'auteur, après avoir commencé sor on ton de prédicateur, se ravise tout à coup. « Vous êtes sans doute étonné, dif-il à Teropereur, qu'un païen tienne un pareil Iangaf,,e. Mai> la connaissance de Dieu est tell-ment nécessaire aux sages, qu'elle a toujours fût le premier obj»'t de leurs recherches , et ce n^e^l que par la certitude de celte connaissance qu'ils sont pai venus à celle du grand (puvre. «> — Un philosophe païen ne se serait guère exprimé de cette f'Ç<o, surtoul à une époque uii 4e christianisme était encore persécuté par les empereur?.
la fortifie. Dans ces opérations, la terre est à la fois la eucurbite et le récipient (^). »
Cette image, aussi vraie que grandiose, suppose une connais* sance trop approfondie de la pratique et de la théorie de la distillation, pour être de Thémiste le sophiste.
Des talismans, a I! est encore certain que tous les talismans ont donné lieu aux superstitions les plus extravagantes ; et, quoique les sages qui les ont inventés n'aient prétendu les donner que comme autant d'emblèmes relatifs aux opérations du grand œuvre, cependant les superstitieux en ont fait un usage bien différent, en prenant à la lettre toutes les propriétés que les sages o'ont attribuées à ces talismansque figurativement. Ils s'imaginent que toutes les vertus extérieures qui leur ont été attribuées sont véritables, et ilsy mettent toute leur confiance. Enfin, la superstition est tellement répandue sur la terre, que les personnes les plus sensées ont bien de la peine à s'en défendre. La raison seule peut bien, à la vérité, leur faire sentir le ridicule de tout ce qui est superstitieux et faux ; mais, comme ces personnes ignorent la véritable cause de la superstition, il leur reste toujours des doutes qui les inquiètent. Il n'y a donc que les lumières divines qui soient capables de les tranquilliser (1). »
Ce langage estcelui d'un missionnaire apostolique préchant la foi, plutôt que celui d'un sophiste grec païen, et surtout d'un contemporain de l'empereur Julien, si connu parla réaction violente qu'il avait suscitée contre le christianisme.
lia Toarbe des philosophes.
Il est impossible de préciser l'époque à laquelle il faut rapporter une sorte de colloque philosophico-alchimique, connu soas le titre de Turba philosophorum^ et attribué à Aristée, que les uns placent avant l'ère chrétienne, et les autres au viii* siècle après J.-C. lien existe plusieurs manuscrits à la Bibliothèque impériale. La Tourbe des philosophes se trouve d'ailleurs imprimée dans la Bibliothèque de Manget (!2), et dans beaucoup
(1) EitrtU do niéin<^ roanaftcrit, p. K5.
[1) Turba phUosophorum, ex antUfvo manuseripto €odUe txcfrpta;Viwipl, .
3i2 UISTOIUE DE LA CHIMIE.
d'autres recueils. C'est une médiocre rapsodie de sentences mises dans la bouche dePythagore^ de Démocrite, d*Aristée, d'.\Daxagore, concernant les doctrines de Talchimie et de la pbisolophie naturelle. Nous l'aurions passée sous silence, si elle n'était pas souvent citée comme une autorité. On y traite du froid et de l'humide, considérés comme les attributs de l'eau, par opposition au chaud et au sec, attributs du feu. L'œuf représente le monde, la coquille la terre; la membrane que recouvre la coquille, figure l'air, le blanc d'œuf, l'eau, et le jaune, le feu; quant à la cicatricule du jaune, germe du nouvel être, elle représente le soleil, la vie de toutes choses. Les animaux se com^ posent, y est-il dit, de feu, d'air et de terre; les oiseaux, de feu, d'air et d'eau. Pour les végétaux, il n'y entre pas de feu; lisse composent de terre, d'eau et d'air.
Coup d'œU nt Fétat de U selenec, p««da«t 1m V% TI% VH' •t irWEV siècles.
Les sciences et les arts, légués par l'antiquité, continuèrent d'être appliqués au raffinement du luxe, et aux plaisirs d'une vie toute sensuelle. Mais, n'étant point entretenus par les inspirations du génie, ces connaissances restèrent stationnaires. L'esprit était comme frappé de stérilité, et incapable d'alimenter le progrès.
L'empire romain était déjà détruit moralement, lorsque des nations, qu'on aurait dit sorties de dessous terre, vinrent l'atteindre au cœur. L'invasion des barbares lui porta le dernier coup de grâce.
A côté d'une société décrépite s'éleva une société nouvelle,
BibL chim.^ t. i, p. 446. Le manuscrit coté 7147 (colleclioD des manuscHU latins delà BiUioUièqae impériale) renferme une traduction française, daianldu temps de Rabeiai.^ ( en lôdO ), et commençant par ces roots : « Sensuyt la Turbe des pbilosoplies qui ont composé ce présent livre, appelé Code de la Térité, on PArt d'alchimie. Auquel livre Pylhagoras a assemblé 1>»8 paroles de ses disciples le^ pins sages. Quiconque lira ce livre et aura aucun entendement , aura pardevaot aacunemeut besogné ou es^ludié en cet art, c'est grand'merveille se il ne parvient à ce noble propos. Au commencement donc de ce code est Aristeus Grec, disciple de Pytliagpras, qui esioit disciple de Hermès. »
PREMIÈRE ÉPOOUE. 313
barbare sans doute, mais pleine de vigueur, et animée par la foi d'une religion toute spirituelle.
LesOstrogoths, les Visigoths, les Lombards, se partagèrent les lambeaux de l'empire d'Occident. Ces peuples demi-sauvages furent domptés par la civilisation de Rome vaincue.
Tbéodoric, roi des Ostrogoths, élevé à la cour de Constanti- Qople, protégea en Italie les arts et les sciences, et éleva aux plus hautes dignités de l'empire des savants illustres, parmi lesquels OD remarque Cassiodore (1), son chancelier, et le philosophe Boece. Malheureusement le règne de Théodoric fut de très-courte durée, et après sa mort les troubles recommencèrent,
Isidore , évéque de Séville , résuma , au commencement du nr siècle, toutes les connaissances des anciens dans ses Origines, espèce d'encyclopédie divisée en vingt livres.
Ce fut vers la môme époque que Grégoire de Tours et Frédégaire rédigèrent l'histoire des Francs, qui venaient de s'établir dans le nord-est de la Gaule.
La démoralisation de l'empire de Constantinople, les disputes de sectes, l'instabilité des successeurs au trône, entravèrent la culture des sciences.
Dioclétien, Valens et Valentinien persécutèrent les philosophes alexandrins, qui se glorifiaient de leur martyre (â). Plusieurs empereurs d'Orient les comblèrent, au contraire, de faveurs. Il y avait à la cour de Zenon l'Isaurien (année 474), un célèbre alchimiste qui trompa beaucoup de gens (3). Sous le règne d'A- Distase (année 500), on parlait beaucoup d'un certain chimiste (èy^,p yu|MUTi{ç) qui se disait en possession du secret de faire de l'or, et qui offrait aux orfèvres deConstantinople des statues d*oc, et à l'empereur des rênes du même métal. L'empereur l'exila à Péra, où il mourut (4).
Les Romains dégénérés de l'empire d'Orient se font chroniqueurs ou compilateurs. Aétiusy Alexandre de Trallee ^ Paul iTÉgine, Vauleur des Géop'jniques^ Siobée^ se contentent de résu-
(1) Ln œavrcs de Cassiodore ( Magni Aurelli Cassiodori opéra; Paris, 1589, is^fol. \ importaoles pour riiistoire de l'Église et de la philosophie, ne renferment '^ qui iatérnse Thistoire de la chimie.
WZusifne,^fi/., it, p. 216, édit. Smith.
(I] Cédrène, HisL, p. as.
^4) Tliéophanf« Chronogmph.f p. ns.
mer les écrits de leurs prédécesseurs plutôt que d'enrichir la science de leur propre fonds.
Les évéques et les docteurs de TËglise étaient trop occupés à propager la foi nouvelle, pour se livrer avec succès à Téludedes sciences profanes.
Les Francs, les Germains, les Bretons, les Scandinaves, étaient des peuples encore trop jeunes pour marquer dans Thisloire de la science, tandis que les Grecs et les Romains étaient déjà arrivés à la décrépitude. Voilà ce qui explique la stérilité de^ v^ vi*, VII® et VIII* siècles. Encore un peu, et nous verrons les Francs, les Germains, les Bretons, les Scandinaves, imprimera la marche du progrès une direction nouvelle.
Charlemagne songea le premier sérieusement à répandre l'instruction parmi les nations barbares de son vaste empire. Dans ce but, il fit établir des écoles à Lyon, à Metz, à Fulde, à Hirschau, enfin dans les principales villes de France et d'Allemagne. Ony enseignait depuis lors le trivium (grammaire, arithmétique, musique), et le qvadrivmm ( dialectique, rhétorique, géométrie, astronomie ). Charlemagne encouragea lui-même le monde par son exemple, en apprenant à manier la plume après avoir manié l'épée. Il fonda une académie des sciences et des lettres, dont il était, sous le nom de David, un des membres les plus zélés (1). Son palais était le rendez-vous des savants les plus renommés de l'époque, parmi lesquels on cite surtout Alcuin et Ëginhard.
Les historiens ne disent pas si Pon-enseignait la chimie oul'alchimie dans les écoles palatines, établies dans le voisinage des cathédrales et des couvents.
Si les savants qui entouraient Charlemagne ne se sont pas signalés dans la science dont l'histoire nous occupe, il n'en est pas de même de ceux qui entouraient le khalife Haroun-al-Raschid, également connu par sa protection libérale accordée aux arts et aux sciences. Haroun le Juste était contemporain et ami de Rarl le Grand.
Arabes. — Cette apparition soudaine des descendants d'Ismaêl , inspirés par le fanatisme de la religion de Mahomet; leurs conquêtes brillantes et rapides, qui contribuèrent à faire crouler l'édifice mal affermi de Tempire d'Orient, voilà
(1) J. M. Unolcl, De societate UUeraria a Carolo Magno insfUuta; len«,
PREMifeBE EPOQUE. 315
un des événeaients les plus extraordinaires de l'histoire de rbumanilé. Le génie de cette nation, dont Thisloire était jusque-là aussi inconnue que celle des barbares destructeurs de Tempire de Rome , ouvrit aux sciences une ère nouvelle. Les Arabes empruntèrent aux Grecs leurs chefs-d'œuvre, les traduisirent dans leur langue, les commentèrent, et, en répandirent la connaissance partout dans leur marche victorieuse. Bientôt après on n'entendait plus parler des Arabes, pas plus que de leur science. — A voir cette apparition éphémère et soudaine des Arabes du viu' au xiii' siècle, au milieu des ténèbres dans lesquelles était encore plongé le reste de l'Europe, on dirait un météore qui sillonne, comme un éclair, une atmosphère obscurcie.
Les peuples du Nord contrastent avec les Arabes. Ils eurent, eux aussi, leur part des débris de la civilisation grecque et romaine. Les écoles des khalifes de Bagdad ont disparu depuis longtemps; tanâisque nous sommes encore aujourd'hui à nous demander où s'arrêtera la civilisation des peuples autrefois soumis au sceptre de Charlemagne.
Si Galien et Hippocrate étaient perdus pour l'histoire de la médecine, nous les retrouverions en partie dans les œuvres de Rliasès, d'Albucasis, d'Avicenne, d'Avenzoar, d'Averrhoès et de Mesué.
Celte remarque s'applique aussi à l'histoire de la. chimie. Si nous avons à regretter la perte des œuvres de Démocrite, d'Agatharchide, d'Archélaùs, d'Apion, TAntigone deCaryste, de Mi- Ihridate, deTîmée, de Démétrius le physicien, et de. beaucoup d'autres auteurs mentionnés parPiine, il nousestpermisdecroire que Yeber ou Geber (Djafar)^ le seul des véritables chimistes arabes, lésa tous résumés, comme il le dit lui-même : Totem nostrm scietUiam, quam exdictis aniiquoram abbreviavimus compilaiione diversa in nostris voluminibus, hic in Summattna redigemus.
Quoiqu'il en soit, les Arabes sont loin d'avoir fait avancer la science, comme on se plaît à le proclamer. La découverte de la distillation et de l'eau-de-vie, qu'on leur attribue généralement, i^e leur appartient pas, comme nous croyons l'avoir montré, l-es théories môme de la pierre philosophale , de la transmutalion des métaux, et beaucoup d'autres doctrines alchimiques, étaient connues déjà avant Mahomet.
3i6 HISTOIRE DE LA GUIMIE.
Les Arabes étaient d'excelleDis compilateurs, d'habiles' commentateurs, et des poètes pleins d'imagination et de verre. Voilà ce qui les distingue dans l'histoire des connaissances humaines. Aussi ne nous arrêterons-nous pas longtemps sur les auteurs arabes, à l'exception de Yeber ou Geber^ qui, véritable encyclopédie de son temps, peut être considéré comme le représentant des œuvres de Tantiquité qui ne sont pas arrivées jusqu'à nous. C'est à dater de Geber (ix^ siècle ) que commence une époque nouvelle.