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Valerand , alchimiste fort peu connu , était professeur à la faculté de médecine de Paris, sous le règne de Charles VIII et de Louis XIL II nous a laissé une ÉpUre sur la pierre philosophale, qui se trouve dans le manuscrit latin n"" 7178 (3) (trente-quatre pages in-13) de la Bibliothèque impériale. On n'y lit que des lieux communs et des discussions subtiles sur la pierre philosophale y qui se résument en ces mots : la pierre philosophale n'est que Vor véritable (4). L'Ëpître est terminée par un appel à tous les amis et confrères en alchimie. L'auteur les engage à venir s'entretenir avec lui ; il ajoute qu'il serait aisposé i leur révélrr verbalement les secrets les plus extraordinaires, qu'il serait imprudent de confier au papier ; enfin , qu'il a composé deux ouvrages, dont l'un est intitulé le Grand Œuvre ou la lumière des
(1) TractatiiA ciiemiciis nobilis de lapMe pliilosophico , 1611, 8. — Imprimé dans Theatr. chem., t. iv. — Lit)el1. de seplem secundeis; Colon., 1567, 8.
(2) CurïosUas regia : Octo quxstiones jucundàssimx simul et utiUssimx n I. Trithemio^ abhafe S. Benedicti, propositm et ab eodem solutx; Douai, sans indication de date. — Cet ouvrage , extrêmement rare, et qui n*a été indiqué ni par Borel, ni par Lenglet-Diifresnoy, ni par Fr. Gmelin, fe trouve à la bibliollièque de Sainte-Genetiève À Paris.
(3) Spistola Walerandi Du Biis Robert , medïcinx Paris. , tiberalittm artium magisiri et profestoHx, — de lapide ph'Unsophieo ; ex Duaco, 2 mariii
(4) Supradictis coUigi polest manifeste quid phïlosophorum tapis sit. Est igilur philosophorum lapis aurtim varum superabnmdanter digesinm, fixum W tinclum a natura.
akkimisles, el l'autre, le PetU Œuvre ou codicille. Ces ouvrages, dit-il, n'ont jamais été communiqués à personne (!}. L'auteur cite Alphidius , Geber et Raymond LuUe.
iMac le HoUandaU.
Nous ne possédons aucun détail biographique concernant Isaac le Hollandais père et J. Isaacfils, deux célèbres alchimistes (lu quinzième siècle (2), dont les ouvrages étaient beaucoup estimés par Boyie et Runckel.
Ces alchimistes hollandais connaissaient Teau régale préparée au moyen du salpêtre et du sel marin , l'esprit d'urine (ammoniaque) et les pierres précieuses artMicieiles. Ils attribuent à la pierre phildsophale la propriété de multiplier les métaux el de rajeunir le corps.
Le nombre de leurs écrits est assez considérable. Nous ne ferons connaître ici que les plus intéressants.
Tractatus de urina (3). La . principale opération décrite par l'auteur consiste à distiller l'urine, à calciner le résidu pendant trois heures, à le reprendre par l'eau, à l'évaporer en partie, ^tà le laisser refroidir, a On obtient ainsi, dit-il, un sel cristallisé qu'il faut purifier par des cristallisations répétées. C'est avec ce sel d'urine (sel de phosphore) que Ton peut souder les niétaux. »
isaac obtenait une espèce d'élher (étbcr acétique?) en soumettant à la distillation un mélange fait avec 4 parties de vinaigre distillé, 3 p. d'eau-de-vie, et 0,5 de chaux vive. « Vous aurez ainsi, ajoute-t-il, une substance admirable, qui réduit les chaux lies métaux en leur matière première (4). n
'}) Composai enim duo opéra de hac artecomposHionis philoiophorum la* Hdis, uHum quidem magnum opus,quod Lumen alchymistarum intilulatur; ^itud vero opus itreve per modum codicilli. Quw quidem opéra duo nondum ^fiiquam eomwunicavi.
iV T. Berginann se troinpo en plaçant ces auteurs au commencement du xvii' 'i^ie; car les écrils d'isaac le UollaadaU étalent déjà alors très- répandus.
{i'i Theatr, chem., vi, p. 566.
<4) Presque toutes les maUères organiques peuvent être employés à la réfaction ^ oijdes (cliaux) métalliques.
De lapide pMlosophorum (i). L'auteur reproche aux anciens chimistes de ne pas avoir connu les eaux-fortes pour attaquer les métaux. Ceci explique, dit-il, pourquoi la chimie a fait si peu de progrés.
D'après la théorie de cet alchimiste, chacup des métaux renferme dans son intérieur le principe de la teinture d'or ou de la teinture d'argent ; et lorsqu'on y projette, la pierre ou Télixir philosophai , ce principe se porte à la surface du métal , et le teint en jaune ou en blanc.
Les autres ouvrages attribués à J. le Hollandais sont : Opéra vegetabilia (2), — Opéra miueralia (3), —r Rariores chemin opérationes (4), — Opus Salurni (5), — De triplici ordme eiiairis et lapidis theoria (6), — Traciatus de salibus eteteis melallorum (7), et beaucoup d'autres traités, énumérés par Borel. La plupart de ces écrits ont beaucoup d'analogie avec cieux de Basile Valentin. Peut-être sont-ils tous du mômeauteur«
Haslle ValèBtin'. '"
On s'accorde généralement à placer Basile Valentin au commencement du quinzième siècle (vers l'année 14i3). C'était, dit-on, un moine de Tbrdre de Saint-Benoît, vivant retiré dans le couvent de Saînt-Pierre, à Erfùrt en Prusse. Maurice Gudenus a le premier contribué à répandre cette opinioil (8).
Cependant tout nous porte à croire que non-seulement il n'y a jamais eu de moine bénédictin de ce nom, mais que Tauleur pseudonyme des ouvrages de B. Valentin appartient à la fin du
(!) Tfieatr, cAem., n, p. 135.
(2) E germanico ms. îd linguam laUnam translata à P. M. P.; Middelb., 1600, io-8. - (3) Araliem, 1617, in-8.
(4) Leipiig, 1714, iii-8.
(5) Nureml»., 1670, in*8.
(6) Imprimé avec le Traité de Bernh. Penot ( Denarittfn medicum ) ; Bptb., 1608, in-8.
(7) Imprimé avec la Chimie de Stalil ; Ntiremb , 1723, in-4. -
(8) Eadem aetale (scilicet anno 1413), BasilinA Yalertlimit in diW Peiri moniftteno vixit, atto meilica et nlrtarali iAdagatione admiraliiRs. Joaft. Maurit. Giidenii.<, Hisforin Krfotdiensix : Krfurt, 1675, -in 4.
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quinzième siècle, ou peut-être même à une époque plus récente. Le Dom de Basile Valentin ne se trouve en effet , ni sur la liste provinciale des bénédictins d'Erfurt , ni sur la liste générale des religieux de cet ordre, déposée dans \es archives de Kome (i). Pour établir ensuite que l'auteur en question n'est pas aussi ancien qu'on le pense, on cite, comme preuve : 1® la préparation des caractères d'imprimerie avec un alliage d'antinK)ine, décrite dans un de ses principaux ouvrages (î); 2^ Tindication de la maladie syphilitique, sous le nom de mal français, ou de nouvelie maladie des mililaires {newe Krankheit der Kriegsleut], maladie que l'auteur conseille de combattre par les sels de mercure, d'antimoine et de plomb (3).
Ceux qui font vivre cet alchimiste au commencement du douzième siècle n'ont aucune raison plausible à alléguer.
. Ouvrages de' Basile Valentin.
On raconte qu'une des colonnes de l'église d'Erfurt s'élant ouverte tout à coup, comme par miracle , on y trouva les écrits de cet alchimiste. On se rappelle Cjixù cette légende était déjà connue des maîtres de l'art sacré (4).
Aucun des ouvrages de Basile Valentin. dont là plupart sont écrits dans l'ancien dialecte haut-saxon, ne paraît avoir été iinpriméantérieurement au dix-septième siècle. Les éditions les plus anciennes sont de 1602 ou de 1604/ La bibliothèque de TArsenal possède plusieurs manuscrits du dix- septième siècle (n" 162, n*163,,n® 164, n* 166), contenant la traduction française de divers traités de fiasilé Valentin.
C'est dans les ouvrages de B. Valentin , dont nous allons donner
(1) Mofechimnlk, Brfordia liUeràia, p. 390. ' ' ^
(2) Les premiers caràclère« d'imj[>riinerie étaient en bois. Ce ne fut que plu* ^ors «MiéM aprèi 4|o'oa se servit de caraclèraS'niétaltiqMS. *. o
Trmmpkwagen atUimonii { Char Iriomphal de l'antiinoiiie), p. ISO. >
■ Enfin saclie que l'antimoine sert à beancoop.de clioses, «tehlre nutres, à
(aste les lettres dont on se sert dans les imprimerias» < %u den SchHf4ên , »o in
den Drwkereyen ffêlfraùchl werden ).
(3) On prétend que cette maladie fiit apportée de rAmérique par les £spagnoi:«. D'autres soutiennenl qu'elle fut {fftrodoKfe de Naples en Pranr^ (vers i496 } par les tmiipes di; Cliarle» VIII. CfS divergences d'opinions prouvent qtic! «on otl>!înc <&t (brt obscure.
{*) Yoy. |i 277.
une analyse saccincle, que l'on trouve les premières notions un peu détaillées sur ranliiuoine , outre une multitude de faits nouveaux , dont quelques-uns ont été faussement considérés comme des découvertes modernes.
Currus iriumphalis anihnonii (1). L'auteur est tellement enthousiasmé du sujet qu'il traite, qu'il appelle Tantimoine, qui avai t été j usqu'alors à peine indiqué par les auteur^, l'une des sept merveilles du monde. Il promet avec cette substance richesse et santés et fait une violente sortie contre les médecins et les apothicaires de son temps. Il signale, à différentes reprises, les propriétés vénéneuses des préparations antimoniales; et il ajoute qu'en médecine l'antimoine sert à purifier le corps humain, tout comme en chimie on l'emploie pour purifier Tor.
B. Yalentin semblé connaître la composition de l'antimoine naturel (sulfure d'antimoine), quand il dit que cet antimoine renferme beaucoup de soufre , et qu'il est susceptible de changer de couleur. Il connaissait les différents oxydes (chaux) d'antimoine, obtenus soit par la simple calcination, soit par la déflagration de Tantimoine avec du nitre, ou avec un mélange de nitre et de tartre. Il connaissait aussi le verre d'antimoine, obtenu par la fusion de l'antimoine naturel dans des vases de terre, le soufre doré, et le kermès.
, (( On pulvérise, dit-il, l'antimoine (sulfure d'antimoine); on le fait ensuite bouillir pendant deux heures dans une lessive concentrée de cendres de chêne (carbonate de potasse); enfin on y ajoute du vinaigre fort et on filtre. L'antimoine devient ainsi d'un beau rouge (2). »
Bans le Char triomphal de l'antimoine on trouve aussi Tindicalion du vin stibié, et des traces de la préparation de l'émétique, dont l'invention est à tort attribuée à Hadrien de Mynsicht.
L'huile ou le beurre d'antimoine {Spiesglasœi)^ dont il est
(1) L'édition originale est en allemand. F. Tlioelden ; Leips.» S, 1604. — Currus triumph., cum commentar, KerkringU; Amstelod., 1671, 12. Cette dernière édition (Irad. latine) est très-incomplèle .
Il y a dans ce traité un cliapilre curieux sur la fabrication de la bière; B. Yalentin entre à ce sujet dans les plus grands détails ; il indique la préparation du malt, remploi du houblon ayant pour but de conserver la bière, etc.; et il teraioe en disant que les Italiens et les Espagnols ne savent, pas labriquer de bière.
(2) Darnach einen scharfen £s$ig darein gegossen ; wenn der gesoUent an timon ium rein durchfUtrirt worden ^ so falll der Scliwe/ei nieder çani roth, p. 168, l'dit. Tlioelden.
DtsuxiisME £poou£. 481
question dans ie même traité, se préparait directement en traitant l'antimoine par l'esprit de sel, ou en le chaufîant avec du sublimé corrosif, du sel commun et de l'argile.
Le Char triomphal de f antimoine expose encore beaucoup d'autres sujets, dont les principaux sont :
i* Vesprii de sel. Cet acide énergique était préparé au moyen du sel marin et du vitriol. Le vitriol réagit ici comme Tacide sulfurique, qui le remplace aujourd'hui dans la préparation de Facide chlorhydrique.
^ Vextraction des métaux par la voie humide. Pour retirer le cuivre de la pyrite (sulfure), l'auteur convertit d'abord celle-ci en vitriol (sulfate) par l'humidité de l'air; ensuite il dissout le vitriol dans Teau , et plonge, dans le liquide, une lame de fer. Le cuivre se dépose (i). — Ce procédé, aussi ingénieux qu'exact ^ était aux yeux des alchimistes une véritable transmuLition.
3** VeaU'de-vie. Ce liquide était préparé , non-seulement par la distillation du vin , mais encore par celle de la bière. On opérait la concentration par des distillations réitérées sur du tartre calciné.
4* L'atr. <x L'air, dit l'auteur^ est nécessaire à tous les animaux, et même aux poissons. Les poissons périsseni, d'asphyxie dans les étangs recouverts de glace , parce qu'il leur manque l'air indispensable à la respiration (2). »
Haliographia (3). Ce traité, fort intéressant, est presque identique avec un autre traité, intitulé Das letzte Testament (le dernier Testament). Beaucoup de passages se trouvent littéralement reproduits dans celui-ci. Voici les matières qui y sont traitées :
Or fulminant. L'auteur fait d'abord dissoudre l'or dans de l'eau régale, et le précipite par l'huile de tartre (solution de carbonate de potasse). Il décante ensiiite la liqueur qui surnage , recueille le précipité (prœcipitatum) (4) et le fait sécher à l'air.
(t) Trittmpkwagen Antimoniit p. 122 et 127.
(2) Ibid., p. 14s.
(3) Haliograpkla,wu de pneparalione, usu ac virtutibiis omnium saliitm, etc., ex magmcriptii et originalibua fratmBasilii Valeiitiiii; Bononiae, 1644, in-12. — U Bibliolbèque impériale possède ooe traduction (rauçaise manuscrite de ce traité ( 0** 2680, fonds de Saint-Germain), qui appartenait autrefois au duc de Coislin, évalue de Mel».
(4) C^est ta preiuière fois que nous avons trouvé ce terme dam les écrits des Atehimistes ; il est aujourd'hui universellement emplojré pour désigner toute syb^tauce insoluble qui se dépose dans une liqueur.