BIST.DE LA CBINIE. — T. I
ce Gardez-vous bien , dit-il, de le dessécher au feu, ou seulement à la chaleur du soleil ; car cette chaux d'or {ealx auri) disparaîtrait aussitôt avec une violente détonation. Étant traitée par le vinaigre, il n'y a plus de danger à la manier. »
Sel de fer. Le sal ex ferro de B. Valentin est le sulfate de fer préparé en traitant la limaille de fer par l'huile de vitriol (acide sulfurique). La liqueur est évaporée à une douce chaleur, pour faire cristalliser le sel.
Les sels de cuivre et de plomb de l'auteur sont des acétates. Le sel de mercure (sublimé corrosif), dissous dans une décoction de bois de gaïac, était, comme il Test encore aujourd'hui, préconisé contre la maladie syphilitique {expellU tnorbum Gallicum), Sel de soufre. C'est une espèce de sulfure de potassium (foie de soufre), qui s'obtenait en faisant fondre ensemble deux parties de soufre et une partie de sel de tartre.
Au rapport de l'auteur, il y avait beaucoup de fabriques de nitre en Saxe , en Thoringe , en Hesse, et les fabriques de vitriol abondaient en Hongrie et au Harz, dans la ville de Goslar.
Bains minéraux artificiels. B. Valentin fait, l'un des premiers, mention de bains minéraux artificiels. Les sels qu'il y fait entrer sont : le nitre , le vitriol, Talun, et le sel de tartre. Il prescrit ces bains contre les maladies de la peau, et particulièrement contre la gale.
Sels tirés des matières animales. C'étaient des sels alcalins qu'on obtenait en incinérant le sang, les muscles, les os, etc., et en épuisant le résidu par l'esprit-de-vin. L'auteur attribue à ces sels des propriétés différentes, suivant qu'ils proviennent du corps humain, d'un bœuf, d'un cerf, d'un lapin, d'un moineau, d'une grenouille, etc.
Dans ce même Traité des sels, nous avons trouvé , pour la première fois, le nom de pulvis tormentarius^ appliqué à la poudre à canon. «Le sel commun diminue , y est-il dit, la force explosive de la poudre {pulveri tormentario suum strepitum diminuil). »
Macroeosme, ou Traité des minéraux. Ce traité, qui parait être très-rare (4), se trouve à la bibliothèque de l'Arsenal , dans le manuscrit français n^ lCf3, fol. 47.
(i) Borel, Lenglet-Dafresnoy, Gmelio, ne rindiquent pas sur la liale des oovraaes de B. ValenUn.
DIQZliMB iPOQTO. 483
Ea voici les passages les plus curieux :
Antimoine. « Son esprit volatil (fleurs d'antimoine?) purge avec naasées et coliques. Par l'addition du tartre et du sel, on fait, aveci'antinraine, un régule, qui, estant fondu, si on y igoute de l'acier par une secrète préparation, il se fait estoillé, qui a esté deuant moy appelé estoille des sages. Si quelquefois on le fond avec salpestre, il devient jaune, de propriété ignée.
« Du régule commun d'antimoine, on en tire de très-belles fleurs blanches et rouges, selon le régime du feu, desquelles, si 00 tire la teinture et qu'on la réduise en huile sans addition, OD y trouve de grandes vertus.
< Si Tantimoine est digéré certain temps avec l'esprit de tartre et le sel ammoniac, il s'en fait un sublimé, lequel , par la vertu du fer, passe en mercure coulant, qui a esté recherché de plu* sieurs et trouvé de peu. n
Huile de vitriol préparée au moyen du soufre et de Peau- forte. « La quintessence sort du soufre minéral , si on la dissout dans l'eau-forte , et que , par la distillation , on en sépare le dissolvant. ^ On la digère dans un pélican avec de l'esprit-de-vin jusqu'à ce que l'essence s'en sépare, en restant au fond en forme d'huile, parce qu'elle est pesante. »
Arsenic, « Il y a une grande affinité de l'arsenic avec le mercure et l'antimoine; sa nature est volatile; sa couleur extérieure tient du blanc et du rouge, et du jaune; mais l'intérieur est divers, selon la couleur du' métal qu'il laisse par nécessité et par la force du feu. 11 se sublime par addition et sans addition de diverses choses ; mais, si on le sublime avec le salpêtre et le Mars (fer), il devient diaphane et transparent comme un crystal. »
Quant aux propriétés de c$ corps, l'auteur se contente de dire ({ue t l'ignorance en rend l'usage périlleux ».
Salpêtre. Ce sel , sous forme de soliloque , s'adresse la parole à lui-même (fol. 55) : « Deux éléments, dit-il, abondent en moy, l'air et le feu ; ces deux autour la terre ; l'eau n'y abbnde pas t^nt. Aussi suis-je enflammé , ardent , volatile ; un subtil esprit est en moy; je sers d'accident nécessaire dans la corrosion des m^-
Ces idées renferment en germe les expériences de Mayow sur ''esprit nitro-aérijen (oxygène).
Voici comment l'auteur s'exprime sur la combinaison de l'^il^it subtil du nitre : « Quand la fin de ma vie arrive, se dit le nitre
484 HtSTOIEE D£ lA CUIllIE.
à lui-même^ je ne puis subsister seul; mes embrasemetils sont accompagnés d'une flamme gaillarde ; quand nous sommes joints par amitié, et après que nous avons sué tous les deux ensemble dans Tenfer, le subtil se sépare du grossier, et ainsi nous laissons des enfants riches , etc. »
De la préparation des médicaments (i). L'auteur décrit d'une manière très-précise la préparation de l'esprit ou de Thuile de vitriol, au xnoyen de la distillation du vitriol. « Si vous versez cet esprit, dit-il, dans l'esprit blanc de térébenthine (essence de térébenthine], il se produira une grande effervescence, et la liqueur prendra une couleur rouge de sang. Vous y ajouterez deTesprit-de-vin, et vous soumettrez le tout à la distillation. Vous enlèverez ainsi à Tesprit de vitriol sa propriété corrosive, et vous obtiendrez une essence très* agréable, qui est un excellent remède contre Tépilepsie, la folie, etc. »
B. Valentin revient, dans plusieurs passages, sur la distillation de rhuile de vitriol avec l 'esprit-de-vin; l'essence qu'il obtenait de cette manière, et qu'il appelle « agréable et d'une bonne odeur n ( lieblich, wohlriechend)^ ne pouvait être que l'éther sul* furique.
Pour préparer l'eau-forte , il conseille de traiter le nitre par l'huile de vitriol , dans un appareil distillaloire. C'est ce moyen qu'on emploie encore aujourd'hui pour préparer l'acide nitrique.
Argent des philosophes. Ce produit était une espèce de bleu d'outre-mer, obtenu de la manière suivante : a On fait d'abord dissoudre l'argent dans l'eau-forte; on le Tait fondre ensuite avec un mélange de chaux vive et de sel commun ; l'argent devient ainsi d'un bleu transparent (durchsiehtig blau). Enfin , on le fait digérer avec du vinaigre, et on le sublime avec du sel ammoniac : le produit de sublimation est d'un bleu de ciel magnifique. En le traitant par de l'espritrde-vin rectifié , on obtient une liqueur couleur de saphir ou d'outre-mer, qui laisse un léger dépôt. »
Ce bleu d 'outre-mer était un sel de cuivre (chlorure) provevenant de l'alliage de l'argent.
(1) Handgri/fe iiber die Bereilungen der Medicamente. — Ce traité ^e trouve dans la collection intitulée : Vier TracixtUin Fr* Bas. Valentinl^ ete*, Jetzodenfiliis doctrinx zum beUem in Tiitck gegeàen dttrcM H. C, D.; Francof., 1625, in 4*.
DBUXliME fpoQins. 485
Traité des choses naturelles et surnaturelles (i). Ce traité, primitivement écrit en allemand, et qui fut, au dix-septième siècle, traduit en latin, en anglais et en français, a pour objet la philosophie naturelle plutôt que l'alchimie.
On y trouve une définition, très-remarquable pour l'époque, de ce qu'il faut entendre par naturel ou surnaturel :
« Tout ce qui est visible et tangible, et tout ce qui a forme extérieure, est naturel. Mais tout ce qui est spirituel, invisible et incompréhensible à nos sens, est surnaturel, et ne peut être conçu que par la foi. »
Dans quelques éditions, ce traité se trouve réuni au suivant.
RévélatUm des mystères des teintures essentielles des sept mé^ taux (2). Il n'est pas impossible que les alchimistes aient entendu par esprit de mercure l'oxygène obtenu par la calcination de l'oxyde rouge de mercurç. Le passage suivant le donne à entendre clairement :
« L'esprit de mercure est. dit l'auteur, l'origine de tous les métaux; cet esprit n'est rien autre qu'un air volant çà et là sans ailes; c'est un vent mouvant, lequel, après que Vulcain (le feu) Ta chassé de son domicile , rentre dans le chaos ; puis il se dilate et se mêle à la région de l'air ^ d^où il était sorti, n
L'auteur ajoute (ms. 163, fol. 5 verso) que cet esprit agit à la fois sur les trois règnes, sur les animaux, les végétaux et les minéraux : « Chacun, dit-il, s'en nourrit suivant son instinct particulier; je pourrais, si je voulais, faire là-dessus de trèslongs discours. »
Il esta regretter qu'il s'arrête ici tout court, comme s'il s'était imposé le silence par un sermenL
B. Valentin traite ensuite de la teinture de Saturne, de Mars, de Vénus, du Soleil. Il vante les vertus de l'or potable, qui, selon lui, guérit les maladies vénériennes, la lèpre, les plaies rebelles, fortifie le cœur, le cerveau, la mémoire , et excite à l'amour, ajoutant qu'il s'en est servi avec avantage. Il remarque (fol. 22) que , pour enlever à l'esprit de sel et à l'huile de vitriol leur corrosivité , il faut les distiller sur de l'alcool rectifié.
(1) Ed. ThoeMen ; EiMeben , 1603, in-S. Traduct. latine; Francof., 1C76, io-8. Tradoct. angt.; Lond., 1671, in-S. — La bibliothèque de PArsenal en possède une traductton française manuscrite, sous le n"^ 163, Toi. 36.
(3) Ed. Tlioeldeo ; EtsIeiMn, 1603, in-8; Paris, 1646. — Le ms. n» 16S (de ta bibtiolhèqiie de TArsenal ) eontienl le même traité.
Qui ne reconnaît là les premiers indices de la préparation des élhers?
Révélation dC artifices secrets (1). Ce traité, écrit en allemand, donne la description d'une série d'opérations dont nous allons faire connaître les plus intéressantes :
Élixir rouge, a Voici le moyen de le préparer. Vous faites d'abord dissoudre de Tor en limaille dans de Peau régale préparée avec de Teau-forte et du sel ammoniac ; ensiûte tous éva* porerez la dissolution jusqu'à la consistance d'une buile, et vous la laisserez cristalliser. Les cristaux qui se forment sont redissous dans l'eau , et la liqueur est agitée avec du mercure. Alors le mercure s'emparera de l'or, et vous verrez apparaître des couleurs admirables; l'amalgame tombe au fond, et la liqueur s'éclaircit. Enfin, calcinez cet amalgame dans une capsule, jusqu'à ce qu'il se transforme en uqe poudre de couleur rouge. Cette poudre se dissout dans le vinaigre distillé, et donne une belle liqueur d'un rouge rubis. »
Mariage de Mars et de Vénus, Cette opération consistait à dissoudre de la limaille de fer et de cuivre dans de l'huile de vitriol (acide sulfurique), à mélanger les deux dissolutions, et à les abandonner à la cristallisation. Le vitriol qui se produit contient à la fois le fer et le cuivre. Ce vitriol, soumis à la calcination, donne une poudre d'écarlate (mélange d'oxyde rouge de fer et d'oxyde de cuivre).
C'est cette poudre qui devait fournir le mercure et le soufre des philosophes, a Mets y dit l'auteur, cette poudre dans un vase distillatoire bien luté , et chauffe graduellement; tu obtiendras, en premier lieu , un esprit blanc , qui est le mercurius philoso' phorunij puis un esprit rouge y qui est le sulphur philosaphorum. » Or potable. L'or potable n'était qu'une dissolution de chlorure d'or. A propos de cette opération, l'auteur indique le premier la composition du sublimé de mercure, chose d'autant plus surprenante que ce produit s'obtenait alors par un moyen assez compliqué (par la sublimation du vitriol avec du sel marin et de l'argile). Il dit que le mercurius sublimaius est du vif-argent qui 9 pendant la sublimation, s'est coinbiné avec l'esprit de sel (acide chlorhydrique)^ et il ajoute que ce dernier corps (esprit de sel) est absolument nécessaire à la préparation de l'or potable.
; (0 Offenbahrunp der verborgenen Handgriffe^ etc.; Erfurth, 1624, ia-12.
BStJXliME iPOQUE. 487
Ces opérations faisaient partie de Vœuvre universel, qui cotn** prenait quatre parties : l*Ia purification de l'or etl'élixir rouge; 2* la préparation du mercure et du soufre des philosophes, du sel philosophique de Mars et de Vénus; 3«la préparation de Tor potable et du soufre d'or; 4® la conjonction et la projection.
De la disiillalUm de Vesprii-de-^vin (1). La rectification de ralcool, obtenu par la distillation du vin, était une opération importante.. On jugeait du degré de concentration de l'alcool en brûlant un échantillon dans une petite capsule; si, après la combustion, l'esprit-de-vin laissait un peu d'eau au fond de la capsule , c'était un indice qu'il n'était pas encore suffisamment concentré, et qu'il fallait le soumettre à une nouvelle distillalion; on continuait ainsi jusqu'à ce que l'alcool brûlât sans laisser de résidu. — Pour faire condenser plus promptemeot les vapeurs alcooliques, B. Valentin conseillait de faire plonger le tube qu'elles traversent dans un tonneau plein d'eau froide qu'on renouvelle souvent, et d'envelopper le récipient de linges froids.
On voit que le procédé de la distillation allait en se perfectionnant.
Du soufre y du vitriol ^ et de l*aimarUdes philosophes (2). Ce petit traité, d'un style obscur et allégorique, ne renfermé rien qui mérite d'être signalé. On y trouve indiqué, pour la première fois, Id division des opérations chimiques en deux catégories : la voie humide {der nasse Weg) et la voie sèche [der drockene Weg).
Du sou/rej du vitriol, et de Paifnant du vulgaire (3). L'auteur prépare le sucre de Saturne (acétate de plomb) en traitant Je plomb calciné avec du vinaigre distillé. La liqueur rouge, obtenue par la distillation de cet acétate, passait pour solidifier le mercure; elle était préconisée dans le traitement de la syphilis aiguë {hitzige Franzosen). B. Valentin est, pour le dire en passant, un (les plus anciens auteurs qui parlent de cette maladie.
Les alchimistes de nos jourtf (plus nombreux qu'on ne le pense) nous sauront peut-être gré de leur communiquer ici les procédés par lesquels B. Valentin prétendait être arrivé à faire de l'argent et de l'br.
tt Vous calcinerez, dit-il, un mélange de limaille d'étain et de
(1) Offenbahrunfi^t etc., p. 21 ; Erfortli, in-13, 16)4.
(1) Offmhahrung, etc. ; p. 79.
(3)lbW.,p.3«.
chaux vive pendant une journée; vous obtiendrez, après avoir enlevé la chaux , une poudre qui , étant fondue avec du plomb , vous donnera de l'argent et de Tor en quantité suffisante pour vous mettre à même de vivre dans l'aisance. Après avoir caleioé du plomb et de Tétainavec du sel commun, vous ajouterez au mélange, qui reste, un peu d'huile de vitriol, de manière à en faire une masse pâteuse qu'il faut conserver dans un vase bien luté , et chauffer sur un bain de sable pendant huit jours et huit nuits. C'est ainsi qu'un quintal de plomb peut donner sept marcs et demi d'argent On. »
C'est dans ce même écrit du frère ValeuUn qu'on trouve, pour la première fois, le nom de wismtUh (bismuth).
cf L'antimoine est le bâtard du plomb, de même que le wiS" muth ou marcassite est le bâtard de Tétain. n ,
Le même auteur décrit un moyen aussi simple que pratique pour préparer le vitriol vert (sulfate de fer) et l'huile de vitriol. Ce moyen consiste à calciner ensemble parties égales de soufre et de limaille de fer, et à laisser digérer le produit ainsi obtenu (sulfure de fer) dans de l'eau distillée. En effet, dans cette opération , le fer et le soufre s'oxydent et se transforment en vitrid vert, qui, étimt soumis k la distillation^ donne une liqueur acide, pesante, d'un aspect huileux : c'est l'huile de vitriol (acide sulfurique).
Aucun auteur n'avait jusqu'ici décrit d'une manière aussi précise la préparation de l'acide sulfurique. B. Yalentin applique, avec raison, le môme procédé à la préparation du vitriol bleu (sulfate de cuivre)^ qui lui sert également à l'extraction de l'huile de vitriol.
Les douze clefs de la philosophie (i). Ce traité est une allégorie obscure, accompagnée défigures symboliques , rappelant les doctrines de l'art sacré. Les douze clefs sont des énigmes alchimiques, dont la vraie clef se trouve dans le Traité du soufre, du vitriol et de Vaimant (â).
De magno lapide antiquissimorum (3). Il y est question du sel volatil de l'urine (ammoniaque). « Un homme qui ne boirait,
(1) Claves XIJ phUosophia\ Manget, BibL cA<m.,t. ii, p. 4l3. -.Maier, Tri- j pus aureus ; Francof., 1618, in-4.
(1) Man%tUBibL chim,, p. 463.
: (3) Repetitio de tnagno lapide , etc. ; Manget, Bibl. chim., t. ii, p. 422. |
dit l'auteur, que de rcsprit-de-vin , ne cesserait pas néanmoins d'avoir ses urines chargées de sei volatil. Ce sel est donc le résultat d'une transformation qui s'opère dans le corps de l'homme. »
A propos des fourneaux, il fait mention de la lampe à alcool ^ dont il rejette l'emploi comme trop dispendieux. Ainsi, la lampe à esprit-de-vin est connue depuis plus de deux siècles.
Dernier tesiamenl (1). C'est un document indigeste , où l'on découvre ça et là quelques perles. Il y est souvent question des mines du Harz, de Hongrie^ de la Styrie, de la Carinthie, de la Bohême et de Saxe, qui étaient déjà au seizième siècle en pleine exploitation. (( Le fer de Hongrie est cassant, parce qu'il renferme du cuivre; mais, étant purifié par l'afûnage, il n'est plus cassant, et devient propre à la fabrication des sabres, des armures , des coites de mailles (2). »
Eo parlant des eaux minérales, l'auteur remarque que l'analyse de «es eaux et des sels qu'elles tiennent en dissolution pourrait conduire à la découverte de certaines mines. C'est en effet par ce moyen qu'on avait découvert les mines de Frankenhausen, de Halle et de Mansfeld (3).
Il signale ensuite tous les dangers qui menacent les ouvriers travaillant dans les mines, et il insiste particulièrement sur les airs irrespirables, qui déterminent une asphyxie instantanée. 11 compare l'air des souterrains {Berg-schivaden) à l'air qui se produit dans les caves pendant la fermentation du moût.
Pour assainir les galeries souterraines et prévenir des accidents graves, il recommande d'y allumer de grands feux. Mais il con-, seille, comme plus avantageux, l'emploi d'un tirage appelé lirage (oitomate {Selbst-gebiàs), exécuté de la manière suivante : u On fait une boule de cuivre de la grosseur d'une léte d'homme ; on y pratique une petite ouverture par laquelle on introduit de l'eau. Ensuite on met la boule sur des charbons ardents, et on la porte dans l'endroit que l'on voudra purger de l'air irrespirable (4). »
Pour faire sauter les mines, il prescrit d'employer une boule semblable, remplie de poudre à canon.
(1] UtUes Testament. Dans Basil. Valent., Chemysche Schriften , etc., edît. ^ic Petraeus; Hambourg, 1717, in-8, p. 467.
(2) Ulztes Testament f p. 516.
(3) lUd., p. 557.
(4)lbid., p. 611.
Yerge ardente {virga candens). La description de ce que Fauteur appelle verge ardente donne à croire que l'on ne connaissait pas encore, de son temps, Pusage de la bougie ni de la chandelle à mèche.
ce Pour s'assurer, dit-il, si Tair des mines est respirable, il faut faire des espèces de torches avec des bâtons de bois dur, enveloppés de cire ou de poix. Si la lumière s'éteint, c'est un signe qu'il faut s'arrêter. » — Ainsi, un morceau de bois résineux continuait à faire l'office de notre mèche de coton.
L'auteur ajoute que ce sont les exhalaisons des métaux qui co^ rompent l'air et le rendent irrespirable. «Les métaux, dit-il, sont lumineux; seulement leur lumière ne se voit pas le jour, comme on ne voit pas celle qu'émet le bois pourri. Cela tient à ce que les métaux sont actifs par eux-mêmes et ne sont jamais en repos. 9 — La question des métaux lumineux par eux-mêmes a été reprise de nos jours par M. de Reicbenbach à l'occasion de ce que ce physicien appelle les phénomènes de Vod.
B. Valenlin est , selon moi , le premier qui ait fait mention du danger d'empoisonnement auquel s'exposent les ouvriers qui Ira* vaillent à l'extraction de l'arsenic (acide arsénieux), désigné sous le nom de Hûttenranch (1).
Quant aux autres écrits de B. Yalentin , tels que ta Philosophie occulte (2), la Pierre des anciens {Stein der Vralten) (3), la Première matière de la pierre philosophale (4), VAzoth des philosophes (5), l'Apocalypse chimique (6), le Testament (7), le Microcosme (8), Dialogue du frère Albert avec un esprit (9), le Chemin de la vé- • nï^ (10), la Lumière de la nature, etc, (i 1), ils renferment peu de documents originaux.
Les ouvrages de Basile Yalentin étaient , surtout au dix-sep-
(1) Letztes Testament, p. 494.
(2) E(h Thoelden; Lefp2., 1603, ln-8.
(3) Ed. Thoelden; Zert>8t, 1602, Manget, t ii, p. 409. (4)Manget,t. ii, p. 421.
(5) Francof., 1613, 4. Theat. chem., t. nr. Bibliothèque des Philosophes ehim., nduT. édit.; Pari», 1741, 10-12,1; m.
(6) Erfurt, 1624, in-8.
(7) Theat, ehem., t. ir.
(8) Strasbourg, 1681, iD-8.
(9) P. Borel, p. 224.
(10) Nuremberg, 1718, iii-8.
(11) Ed. Refchard; Halle, 1608, in-S.
tième siècle , très^répandus parmi les alchimistes; Quelques-uns de ces ouvrages paraissent se trouver encore en manuscrits dans plusieurs bibliothèques privées (1).
Médecins dOmlAtes.
Saladin d'Ascalo, médecin du grand connétable de Naples, au commencement du quinzième siècle, indique, dans son CompmdiuM aromaiariorum (2), les moyens de conserver certaines matières, sujettes à se corrompre au contact de Tair. Il a soin de noter que, pour cela, le choix du lieu et môme la forme du vase ne sont pas absolument indifTérents. a 11 faut, dit-il, que Tendroit où l'on conserve des substances putrescibles soit à l'abri du vent, du soleil, de l'humidité et de la poussière, n Pour empêcher les sucs exprimés des plantes de fermenter, il recommande judicieusement de les recouvrir d'une couche d'huile d'olive, et Le beurre et la graisse des animaux se conservent, dil-iî, longtemps, lorsqu'on a la précaution de les saupoudrer de sucre (3). n II parle aussi de la sophistication des remèdes, et en particulier de la manne, au moyen du sucre et de l'amidon; et il cite l'exemple d'un apothicaire qui, s'étant rendu coupable de cette fraude , fut puni d'une amende de neuf mille ducats, et privé de ses droits de citoyen.
Hiern. Baldinus (4) parle de plusieurs préparations officinales de soufre prescrites contre la peste.
Sanies de Ardoynis (5), médecin de Venise, ne décrit, dans son traité De venenis, que les poisons déjà connus des anciens.
Mich. Savonaroln préconise, dans son livre De arte confia ciendi aquam vilsp, l'eau-de-vie comme un médicament propre à guérir toutes les maladies (6).
Enfin, HermolaUs Barbants de Venise, le commentateur de'
(1) Groelin (Gesch. der Chemie, t. i, p. 156) cîle deux de ces mg». : Schola f^Hatis, et Oleum meCaîlorum; roits il n'en donne pas d'autres détails. (1) Angsboarg, UM, in-4.
(3) Si asperganlor cnm snecharo pulverizalo longo tempore conserrantur.
(4) Haller, Bibl. medic. praet; Basil., in-é, t. i, p. 476. (5)Veoiw, 1492, in- fol.
(6)LaHa7e, lôa2,in-8.
Dioscoride, NicoL LeonicenuSs professeur de médecine à Padoue, yVic. Nicolius de Florence , Georg. de HonestiSy Barih. de Htmtagnana, Quiriçus de Tortona, Manlius de Bosco, P. Suardus de Bergame, ont décrit, dans leurs ouvrages de médecine, un grand nombre de médicaments officinaux dont la {iréparation est du ressort de la chimie.
Exploitation d«s bUmm.
La métallurgie a fait des progrès rapides pendant le treizième et le quatorzième siècle.
Les Espagnols reprennent avec une nouvelle ardeur les travaux délaissés dans les mines de mercure de TAndalousie. Les rois d'Angleterre soumettent les mines d'argent et d'ôtain à des règlements spéciaux (i). La Lorraine^ la Bourgogne, le Dauphiné, la Gascogne, lesPyrénées, s'enrichissent par l'exploitation de leurs mines (2).
L'empereur Albert II protégea de tout son pouvoir les riches mines de Carinthie et de Carniole. Wenceslas P** donna aux mines de la Moravie des règlements qui plus tard (sous Wenceslas II) servirent de base au code des mines de la Bohême (3). Les mines d'argent de Kuttenberg furent découvertes vers la fin du treizième siècle (4). Les mines d'argent, de fer, de cuivre, d'étain, de l'Erzgebirge en Saxe, du Harz, de la Hongrie et du Tyrol, étaient, vers cette époque, en pleine exploitation (5).
Les travaux métallurgiques étaient encouragés en France par des ordonnances de Louis XI, de Charles VIII et de Louis XII, qui conféraient aux exploitants, et même à des entrepreneurs
(1) Haklu)t, Principal navigations and discoveries, etc. ; Lond., 1600, infol. 1. 1. Jars, Voyages méiallurgiques, etc., t. m, p. blA.
(2) Gobet, Anciens minéralogistes de la France, 1 1 çt t. ii. (Paris, 1779, io-8.) — La Peiroiise, Traité sur les mines de fer et les forges du comté de Foix; Toalouse, 1786, in-8. — Dietricli, Des gtles de minerais^ des /orges et des salines des Pyrénées; Paris et Amsterdam, in-4, 1786.
(3) Peilhuer, Versuch ûber die Geschichte der bahmischen und mxhrisehen Bergwerke (Essai sur Thistoiredes mines de la Bohême et de la Moravie}. Vienne, 1780, in-fol.
(4) Menclien, Colleetan.^ t. m, 1742.
(5) Agricola, De natura fossilium.
étniDgerSy toutes sortes de privilèges. Louis XI, cet ennemi implacable de la noblesse féodale, créa, en 1479, la charge de fflaitre général des mines, à laquelle il nomma Gousinot.
Le malheureux intendant des finances de Charles Vil, Jacques Cœur, avait déjà obtenu, en 1457, pour lui et pour ses frères, le droit de faire exploiter les mines de plomb, de cuivre et d'argent des montagnes de Poncin, de Gôme, de Saint-Pierre le Palu et de Tarare, dans le Lyonnais. Suus le règne de Charles VIII, successeur de Louis XI, il est fait mention de différentes mines qui se trouvent dans les diocèses de Toulouse, de Carcassonne et de Lyon, ainsi que des mines que de Bèze avait découvertes à Vitry-sur- Yonne et à Chaumont, mines pour l'exploitation desquelles il s'était fait, en 1493, accorder des lettrespatentes (1). Les mines d'argent de Markirch, sur les frontières de l'Alsace et de la Lorraine, sont signalées, pour leur richesse, par Basile Yalentin.
L'Angleterre vendait, sous le règne de Henri V, aux marchands de Venise et de Florence, presque tout l'étain qui se rencontrait alors dans le commerce. Ce seul fait montre avec quelle -activité les mines d'étain d'Angleterre étaient exploitées au quinzième siècle (S).
Les travaux métallurgiques du Harz en Allemagne, après avoir été quelque temps interrompus, furent repris à Goslar en 1433. On employait déjà dans ces travaux l'eau-forte (acide nitrique) pour séparer l'or de l'argent (3). Les forges d'Iberg et les fabriques de cuivre de Mansfeld, de Hesse et de Thuringe, étaient alors en pleine activité. Les mines et les forges de Harzge- Tode ne furent découvertes que vers la fin du quinzième siècle (4).
Les mines d'argent et de cuivre de Misnie, bien qu'exposées aux incursions des Taborites, étaient, vers la môme époque, dans l'état le plus Horissant. Les forges établies à Chemnitz, à Geyer, à Altenberg, à Glashûtte^ et surtout à Schneeberg, étaient également dans un état prospère.
Les travaux métallurgiques de la Bohème eurent beaucoup à
(1) Gobet, Anciem minéralogistes, t. i.
(2} Hakioyt, Principal navigations , traffics and discovehes of Iht cnglisà nation; Lond., In-foK, ICOO, i, p. 188.
(3)Utbniz, Scriptor, Brvnswicillustr,, i. m, p. 535-Ô58.
(4) Bmchmann, Magnalia Dei in locis sublerraneis ; Briipsw., in-fol. 1727| t- h p. l',3.
souffrir pendant les guerres de religion. Ils furent suspendus pendant les troubles sanglants^ suscités par les partisans de J. Huss qui avait été, en U19, condamné au bûcher par le concile de Constance.
Ces travaux furent cependant bientôt repris ; car déjà, au milieu du quinzième siècle , les mines de cuivre d'argent près de Trautenau et de Joachimsthal étaient en pleine exploitation (i). — Les mines d'étain d'Ëllenbogen, de SchlakeDwerth, de Lichtenstadt et de Neudeck faisaient, vers la fin du quinzième siècle, concurrence aux mines d'Angleterre.
Vers la même époque on découvrit la mine de mercure dldria ,. si célèbre dans les fastes métallurgiques. Les villes de Schemnitz et de Kremuitz en Hongrie, dont les mines avaient été pillées et dévastées par les Polonais, eurent de la peine à se relever vers la fin du quinzième siècle. Basile Valentin fait souvent mention des mines d'antimoine et d'or de la Hongrie.
Le grand nombre de privilèges et de franchises , accordés par le roi Wladislaw aux charbonniers et aux ouvriers mineurs, nous autorise à croire que la Pologne n'était pas restée en arrière ' des autres pays de l'Europe pour l'exploitation des trésors minéralogiques.
L'Espagne s'enrichissait avec ses mines de mercure, dont la plus grande partie était exportée en Angleterre.
Au rapport de Vasco de Gama, l'argent et l'or abondaient (vers la fin du quinzième siècle) sur les marchés de Calcutta, ce qui fait supposer que les mines des Indes orientales étaient alors très-fructueusement exploitées (2).
Enfin , la découverte du Nouveau Monde fut Tua des événements les plus heureux pour les progrès de la science et de l'humanité.
Fabriques d'alui. — Matières tinctoriales. — Fabriques de laiton. -^ Vernis de poterie* — Hiruirs de Terre*
Les fabriques d'alun de Gonstantinople, d'Alep et de Rocca alimentaient, au quatorzième siècle, tous les marchés des Ëtats
(1) C'est , dit-on, de Joachims-rAa/ ( vallée de Joachim ), endroit célèbre par ses mioes d'argent, que vient le nom de Thaler.
(2) Astley, Pfew collection of voyages and travels, 1745, t.i.
chrétiens. Il y avait à Raill, en Carinthie, une fabrique de vitriol blaoc (sulfate de zinc) en pleine activité.
Dn marchand génois, nommé Perdix, qui avait beaucoup voyagé en Orient, et qui avait séjourné à Rocca pour apprendre la fabrication de l'alun connu sous le nom d'alun de roche, éta* blit, sur l'île d'Ischia (i), la première fabrique d'alun, vers le milieu du quinzième siècle. A la même époque, Jean de Castro éleva une fabrique semblable à Tolfa, qui est devenue très-célèbre, et qui n'a pas cessé d'être en mouvement jusqu'à nos jours (â). Enfin, Antonio de Piena avait établi, un peu plus tard, une fabrique d'alun à Yolterra, dans le grand-duché de Toscane (3).
La culture du pastel prit un plus grand développement à mesure que les bienfaits de la paix commençaient à se répandre. Les bourgeois d'Ërfurt semèrent du pastel sur l'emplacement des châteaux forts qu'ils avaient détruits en 1290. C'est ainsi que l'Industrie naissante protesta contre le banditisme de ces chevaliers dont l'Europe itait infestée I
A la même époque (vers Fannée 1300), Federigoy surnommé McellaioM Oricellariy introduisit dans les fabriques de teintures de l'Europe l'emploi de l'orseille [lichen Roccella), espèce de lichen qui croit sur des rochers arides, et qui produit, au contact de l'urine , une belle couleur rouge violet (4). Ce fut encore le dieu Hasard qui amena la découverte de l'orseille.
Suivant quelques auteurs, Federigo avait appris ce procédé de teinture en Orient, où il avait longtemps séjourné (5).
La fabrication du laiton ou cuivre jaune, que certains alchimistes essayaient de faire passer pour de l'or véritable, était alors une branche d'industrie très-productive. Ily avait des fabriques de laiton à Paris, à Cologne et dans d'autres villes (6). On variait la couleur de cet alliage, depuis le jaune d'or jusqu'au jaune pâle,
(1) GrcTîus, Thésaurus antiquii. et histor. ItaliWt t. ix, p. 8S. mPUsecundi commentarUrerummemorabilium^ etc. ; FraDCof., 1614, in- W., p. 1S5.
(3) Supplementum chronic, edit. a pâtre Jac. Bergomate. Venet., iii*loL p. 299.
(4) Giornale de' letterati d'Italia, XXXUI. Manni, De Florentinis inventis commen/or.; Ferrar., 1731, in-4.
(&) IX £. Gamurrini , Istoria genealogica délie /amilie nobUi di Toscana et Ijnbra; Fioreni., t.'i, in-fol. 1663.
(5) Albert le Grand, de Rébus metallicis.
en variant les proportions de zinc, ou en y ajoutant une certaine quantité d'étain ou même d'argent.
L'usage du vernis de poterie, préparé avec l'étain et le plomb, commençait à se répandre de plus en plus, et la peinture sur verre s'était singulièrement perfectionnée. Ph. de Caqueray s'acquit une grande réputation dans l'art de souffler le verre.
Ce fut vers la même époque, et peut-être un peu avant, qu'on inventa les miroirs de verre, que l'on recouvrait, dans l'origine, d'une couche de plomb fondu, au lieu d'un amalgame d'étain, employé aujourd'hui. Un franciscain anglais, John. Pekham, qui enseignait, vers 1280, la philosophie naturelle à Oxford, à Paris et à Rome, fait le premier mention de ces miroirs de verre {i). Vincent de Beauvais (2), Raymond Lulle (3), Roger Bacon (i), Antoine de Padoue et Nicéphore Grégoras (5), en parlent aussi, en termes très-explicites.
lloluialcs*
On lit dans les CapUuIaires de Charlemagne, qu*à partir de l'année 805 la fabrication des monnaies devait se faire dans le palais même de l'empereur. L'ordonnance est motivée sur la nécessité de prévenir le crime, très- fréquent alors, de fabrication et d'émission de fausse monnaie (6). Charlesle Chauve abrogea cette ordonnance de son grand-père; car, en 864, il conféra, par un décrel spécial, à diverses villes du royaume, le droit de fabriquer la monnaie. On cite parmi ces villes Rouen, Reims, Sens, Paris, Orléans, Châlons, Narbonne. 11 établit un directeur dans chaque fabrique, et des officiers chargés d'y faire la police, et
(1) Perspeciiva Joannis PiMoi, io gymnaftio Lipzienù emendala, ià04, in-ro). Propos. 4 : In speculis vitreis plumlK) abraso niliil apparere.
(2) Spéculum nat , ii. Metalla ▼ideinas esse spécula qiiandopolila sont. Al inler oinnia m«liuft est spéculum ex vitro et pluml)0.
(3) Ars magna, cap. 67.
(4) Opus majus^ p. 346.
(5) Scholia in Synesium; in Synes. Opéra, interprète Dionys. Pelavlo; Liitft. 16)2, in-fol.
(G) Baluze, Capit , t. i, lib.. m, (ol. 427 : Falf» monclff quia in inuUis locif i contra ju»titiiin et contia ediclum fiunl, volumus ul in niillo alio loco moiieia 8it, ni&i in palalio nostro, niii forte k nobis itcrum Tuerit ordinatum.
DKnXlilŒ ÉPOQUK. 497
d^empécber les fraudes et les malversations qu'auraient pu cornmettre les employés. Ces derniers devaient s'engager par serment à ne monnayer aucun alliage qui ne fût pas de poids (1).
Depuis lors, le nombre des hôtels des monnaies allait en aug« mentant sous les Capétiens et les Valois. Charles VI afferma, pour un an, à Marot de Bétons et à ses associés, les monnaies de Tours, Chinon , Angers^ Poitiers, la Rochelle, Limoges, Saint-PourçaiUf Lyon, Bourges, Guise, Saint- André, Beaucaire, Montpellier, Toulouse, Saint-Esprit, Crémieux, Romans, Mirabel, Loches, Sens, Mouzon et Villefranche (â). Dans ce bail ne figurent pas les monnaies de Paris, Tournay^ Saint-Quentin, Chàlons, Troyes, Màcon, Nevers, Auxerre.
En tout temps les souverains sévirent contre les faux monoayeurs, et, malgré les peines les plus sévères, ils ne parvinrent jamais à faire cesser une fraude qui avait été assimilée aux crimes de lèse-majesté. D'après le code de Théodose, le coupable était condamné aux flammes (ftamniàrum exustionibus fnancipefur) (3). Chitdéric III ordonna (année IH) que celui qui sérail convaincu d'avoir fabriqué de la fausse monnaie aurait le poing coupé (4). Cette ordonnance fut renouvelée par Louis le Débonnaire et Charles le Chauve. Plus tard, on faisait bouillir les faux monnayeurs dans l'eau et dans l'huile (5). Enfin, une ordonnance de saint Louis (année 1248) porte que les rogneurs de monnaie seraient pendus comme des voleurs publics (6).
Ces peines ne suffisaient pas. Les rois réclamèrent du pape le secours des armes spirituelles. Clément V, le môme qui succéda à Boniface VIII et transporta le siège pontifical à Avignon , accorda, en 1308, à Philippe le Bel, une bulle d'excommunica-
(1) Balox., lit. 36. Karolus, gratta Dei rex. Notum esse Tolumus omnibus Dei et Mwtris li(lelibii8,etc., — > nt lii in quonim potestate deinceps monetae iierroamenst, ornai gratia et capidilate seii lucro poslposilo , fidèles monetarios quod eligaat, sicul Dei et nosiram gratiam ?olunt babere, et ipsi monetarii jurent — qood lideliler facianl et mixium denanum, et minus quam débet pensaotem non i&onete&l, etc. '
(3)J. Boisard; Traité des ntonnoyes, Paris, 1696, in- 12, p. 103.
(3) Cod. Theod., I. y, lit . de faU. njLonet,
(4) Balux., CapU,^ 1. 1, c. xx, fol. 161.
(5) Masner. TiL de pœnis num. i : Qui falsani monetam fabricavit, débet in oleo et aqoa suflbcari seo bulliri. Voy. J. Bo*zard, Traité dix monnoffes, Paris, iW6, in-lî, p. 357.
(6) Ibid , p. 359.
ew. m u CBIMIR. — T. I. 3t
49S HISTOIRB DE LA CBDIIE.
tion eonire « les faux monnayeurs, leé rogiièars'dl ie8«fl&^»laH res B. Cet exemple fut suivi en I3M par Jean XXII pour Chatks le Bel; en 1349, par Clément VI, pour Philippe de Valois; et en 1583, par Grégoire XUI, pour Henri IIL -
Ainsi donc, le flaux monnayage était on ne petit plus sétèrement puni. C'était, en effet, le detoîr d«s'soQverains de veillera la sécurité de la fortune pubUque. Mais ces séuverains eui** mêmes étaient loin dé prêcher d'exemple : ils réseriraîeût pour eux ce qu'ils défendaient aux autres. -
Le procédé de falsifteation <le plus conunuii consistait dans l'abaissement du titre. A cet égard les rois étaient de donmirence avep les maîtres des monnaies, a Sur Te serment que tous avez fait au roy, dit Philippe de Valois dans une ordonnance de .1380, tenex cette chose secrète le mieux que -vous pourrez. Si ancun demande à combien les blancs sont de loy> feignes qu'ils sont à six deniers (4). » •
Pendant la captivité du roi Jean, le dauphin Charies ( |das fard Charles V) éiait régent du royaume. Ce pripcei' aH milieu des désastres qui accablaient alors la France, eut recours à Tal* tération des monnaies ^ remède pire que le.àialv L'ordonnance datée de.Melun, le 27 juin 1360 porte : « £i soyez curieux et vigilants, qu'iceux blancs deniers soient bien^ ouvrex , bien blanchis et bien monoyés; parquoy ils'en'soient plus plaisants au peuple (2). »
Cependant^ quelques années auparavant^ le roi JeaQiS^élaii engagé, par une ordonnancé donnée à Paris, le 28 déc6fBbre.l355, à rétablir le titre des monnaies : a Pour ce que par clameur de nos peuples il est venu à notre connoissancequ^iAs.oat ^ilé grevez et travaillez plus que nous vouisissions, — pour la grande compassion et pitié que nous avons des«griefs.qu'ils ont saufTerls à cause de nos guerres, leur avons promis et accordé que nous et nos successeurs roys ferons d'oresnavant perpétuellement bonne monnoy.e et stable en notre royaume, etc. (3). »
Soixante ans auparavant, Philippe le Bel s'était publiqijiemcnt avoué coupable de faux monnayage, eil promettant sotenneJlement de réparer sa faute, a Le roy étant k Paris, ayant afToibly les monnoyes en poids et loy^ es^er^nt epcojre lés jftjpbiblîr pour
{i)I.BoiÊàTét Traité du monnayes fft. 29%. '^' i \ w
(2)lbid.,p. 299. - w •- u .
(3) IW., p. 6S. . ^
subvenir à ses affaires, et connoissant 'estre ehargé en cdn^cfenèe du dommage qu'il avoit fait el'fétoTt'^oilef à liaF répulSliqtie pour raison de', cet aiToiMisseMenl, le i*oy s*oU|g<e/ ^al^ charte anthenlique^ au peuple (de son royaume <iue« ses affaires passées, il remettra la monnoye en bon ordre et valeur, à ses ^îfopres eoQsts et dépens, etc. » (Ordonnance du mois de mai 4295) {)).
Les rois de Pranée n'étaient pas les seuls à falsifier la mon* naie. Les autres souverains de rÊurope en faisaient autant. ^'
Pour juger du degré d'altération des monnaies par l'abaissé^ ment du titre, il fallait deiî'raeyoïis ciMmiques^ appropriés à e^ bat. Les orfèvres analysaient Targenl à la raclnrè^u è Véehôppe; ils faisaient les essais d'or avec la pierre de touche ou lesfo»ehaux. Pour essayer une matière d^ai^ent, ils en tiraient de petits morceaux d^un à deux grains, à l'aide d'un espèce de bu» rin appelé échoppe; ils les mettaient •sur des charbons ardente» et ils jugeaient, par la blancheur du métal, doi degré dosa'pu^ reté. Quant à l'essai des matières d'or, les orfèvres $e -servaient de la pierre de totlùbe.i ou^de petiti^écbailtiUons d'orrdé diflérentslkres d'avance connus, appelés îoudiukx. A)^ès avoir frotté la matière soumise à l'essai successivement sur la pierre'et sur lestouchaux, ils jugeaientdu titre de l'or ^ par celui du toucbau qui paraissait en approcher le plu^. Ce «moyen ekpédîtift cojuiti depuis longtemps, est encore pratiqué aujourd'hui. ^
Mais ces procédés, bons en orfèvrerie, n'offraient payasses de garantie pour être introduits dans les hôtels des monnaies. La «mpellaitonf déjà mentionnée par les auteurs anctïins (â), parraitement décrite par Oeber (3), était alqrs généralement en usage dans les monnaies de PËurope. L-ordoniiance de l'amiée 13tô,'de Philippe de Valois, en pacte en termes ipèi^récis'(4). a Les e&upeiies, y est-il 'dit^ sont de petits vaisseaux plats et peu creux, composez de cendres de sarment et 4l'os de piéds/de mouton calciner et bien lessivez ; pour en «épai>er les sels qui feroient pétiller la matière de Tessay, on bat bien le tout en* semble, et après cela on met, dans l'endroit où l'on a fait le crenx^ une goutte de liqueur qui n'est autre chose que de l'eau
0) Maràf Traité des monnoyesy p, 67. ,,, .
(î) Voj. p. 54 et 126.
i3)Voy. p. a36.
(4) Cest à tort qnë Ton reporte à cette date forlgine même de la cottpel* lalioB.
OÙ on a délayé de la maschoire de brochelou de la corne de cerf calcinez; ce qui fait une manière de vetnis blanc dans le creux de la coupelle , afin que la matière de l'essay y puisse estre plus nettement^ et que le bouton de Tessay s*en détache plus facilement. »
On sait que dans la coupellation le départ de l'alliage (cuivre) se fait au moyen du plomb. Ce métal a la propriété de se vitrifier en s'oxydant, d'entraîner avec lui dans les pores de la coupelle la totalité du cuivre contenu dans la portion d'alliage employée, et de laisser sur la coupelle l'argent ou l'or parfaitement pur. Les chimistes anciens, en parlant de ce phénomène merveilleux, disaient que Saturne dévore ses enfants. Dans l'emploi de la coupellation, l'opérateur a surtout deux points à observer : i"" les proportions de plomb, qui doivent varier, suivant que l'alliage soumis à l'essai contient plus ou moins de cuivre; 2^ le plomb employé, qui doit être lui-même pur de tout alliage d'argent.
L'ordonnance de 1343 insiste particulièrement sur ce der^ nier point : « Le général essayeur ou l'essayeur particulier doit avoir bon plomb et net, et qui ne tienne or, argent, cuivre ne soudoure, ne nulle autre communication ; et de celuy doit faire essay et sçavoir que tient de plomb, pour en faire contre-poids à porter son essay. »
Celte recommandation était d'autant plus importante, que le plomb était alors presque toujours argentifère, comme le dé« montre l'analyse des couvertures de plomb des anciennes églises. C'est de là que vient probablement la croyance populaire que le plomb qui vieillit sur les toits des édifices se change en argent La même ordonnance de 1343 prescrit une foule de précautions minutieuses dans l'emploi de la balance; elle va jusqu'à recommander d'éviter le contact de l'haleine : « Le général essayeur ou l'essayeur particulier doit avoir ses balances bonnes et legieres, loyaux et justes, qui ne jaugent d'un costé ne d'autre. Quand il poise les essays, il doit estre en lieu où il n'y ait vent ne froidure, et garder que son haleine ne charge la balance. • Pour obtenir le départ de l'argent dans les alliages d'or et d'argent, la coupellation ne suffit plus. Il est probable qu'on employait déjà sous le règne de Philippe de Valois l'eau-forte pour séparer l'argent de l'or. Cependant, à juger par une or* donnance de François V^ (de l'année 1540), ce moyen n'aurait
commencé à être généralenieDi en usage que vers le commencement du seizième siècle. Les Vénitiens, et plus tard les Hol* landais, avaient le monopole du commerce de l'eau-forte et de l'eau régale.
Avant l'emploi de l'eau-forte, les essayeurs se servaient du ciment royal et de Tantimoine, pour séparer l'argent de l'or. Le ciment royal était un mélange de briques pilées , de vitriol, de sel commun et de nltre, mélange déjà connu des anciens (i). Quant au procédé de calcination par l'antimoine (sulfure d'antimoine), il devait être trés-défeclueux. L'or ainsi séparé était peu malléable; on était obligé de le calciner de nouveau , et d'en chasser les fleurs d'antimoine au moyen de soufflets (2).
La rigueur exercée contre les faux monnayeurs arrêta sensiblement les progrès de la chimie, parce que tout physicien ou alchimiste était accusé d'avance d'altérer les monnaies pour s'enrichir. C'est ainsi que Charles Y, roi de France, fit en i3S0 une ordonnance par laquelle il défendit à toutes personnes, de quelque état^et condition qu'elles fussent, de se mêler de chimie , d'avoir aucune espèce de fourneau dans leurs chambres et maisons. Il commit des offlciers pour punir les contrevenants. Un malheureux chimiste , nommé Jean. Barillon , ayant été accusé de s'occuper de chimie, fut emprisonné et condamné par sentence du 3 août 1380; il fallut toute la protection de ses amis pour le sauver (3).
Plus tard, les rois se relâchèrent un peu de leur rigueur. On trouve dans les registres des chancelleries de France, d'Allemagne el d'Angleterre, des textes de lettres patentes conférant à des particuliers le privilège d'exploiter, pendant un certain nombre d'années, des moyens secrets pour changer les métaux imparfaits
(t)Voy. p. 125.
(1) • Le troisième moyen d'affiner Tor et le séparer d'af ec l'argent el le colvre »fait ivec Tautimoine, en fondant avec l'or de l'antimoine plus ou moins, selon qn'jl y a plus ou moins d'a;gent ou de cuivre allié avec Por. L'antimoine étant sinsi fondu avec l'or non pur, il 8*emboit et s'abreuve du cuivre et de l'argent , qoîUant Tor, lequel tombe peu après comme une régule au fond du creuset ; nsis d'autant que cet or demeure aigre, ne se pouvant qu'il ne retienne et emporte avec sol quelque chose de l'antimoine, pour en retirer lout à fait l'antioioiiie,on fait exbaler et évaporer tout ce que l'or aurait pu tirer d'antimoine «▼ce soi , en l'éventant avec prudence; car si on chasse l'antimoine un peu trop fort, il emporte de l'or avec soi. » Savot, Métallurgie 4e$ anciens^ c. viii.
(3) Gohet, Àncient minéraloçîsles, etc., t. i.
«sos^^
MVlltel£ £P00mB. 503
tioo de reœédier à uo mal aussi dangereux; et, saas s'arrêter à la difficnlté de Tentreprise, qui avail rebuté tous ses prédécessears, il donna, «n H48, l^ordre au prévôt de Paris de faire paver toutes les rues et les places publiques de la ville , pour en faciliter te netioienient; et, e» rendant la ville plus habilabie, il fit en niéflie temps changer son ancien nom de Lutèce^ de lutumy boue , en celui de Paris^ qu'elle porte aujourd'hui (i). »
Pour ^eontriboer à l'aissairnss^uient de la ville de Paris, et pour prévenir L'infection de l'air, nne oirdonnance de saint Louis («rd. du vendredi après la Toussaint, 129J)déiéndit «de nourrir auciici^ potfe9 au dedans de& murs de Paris. »
Le prévôt de Paris, par une ordonnance du samedi après la Ghandtie«Hr .4348, et par une autre ordonnance du 30 janvier idSO^ /ait(^fé.nae{4i de nourrir d^^s la: ville aucuns pourceaux , i peine .desoixanle-^pUd'am^ndc^ enjoignant aux sergents de léstaer où ils les.troaveroient; ordonne qu'ils en auroient la testeipour leur salaire, le^ que le reste dt» corps seroit porté à rBoàtel-Di^Uf à la^^rged'e^ p^jer le port (8)^ )>
Charles Y, par des lettres patentes du 29 août 1368, défendit espresàément à toutes personnes de nourrir des pigeons dans la< ville, fiàttboiifg. et; banlieue 'de Paris^ h^s, oies seules avaient trouvé grâce, sur une requête présentée ,pair les .maîtres pouiail|er8,au.prév«i.4e)Pari«!ia)r. ; :.
MaiS'om tenais à éloigner de in ville, non-seulement les animaux in$«wQ¥>de^^(P4isencore certaioea professions dont l'exercice étaît(f8posidéré comme pouvant co;rrompre l'air. Voici à cet égard une ordonnance du prévôt de Paris, en date du 4 novembre «86^; i. ' - «
« A tousoeuK qui «ces présentes lettres verront, Jacques d'Es*
(1) Zvk^ia. enint ft UUi fœtoreprius dicta fuerat; wh gentiU» quidem bujusmodi nooieo propter fcetorem abborrentes Parisios vocaverunt anno 1148.
(2) De la Marre, Traité de policf, etc.^ t. i, in-fol., p. 539.
(3) Trané de police, 1. 1, p. 539. « Les oyea estolent en ce tems d^on ai grand nu^ à PartK qae les* rosIlMeura ne faisoient preaqné point alora diantre débit; cVa de là qé'ila wilroBveat nomniéft dans les anciennes ordonnances oyerâ et non rostissears , et que le quartier où ils deroeuroient en plus grand nombre prit le. non de me ai^i Oyers y que Ton nomme aujourd'hui, par corruption , rue aux Ourj. Pfusienrs pinVres ^ens des faubourgs on des. extrémités de la ville éle* voient de ces volailles, et en faisoient commerce, sous le titre de poulaillers. Ib donnèrent lear leqncsle ao prévost de Paris, poer avoir la liberté de oonU - Boer leor commerce dans des lieux exposés au grand air. »
touteville , etc. — Four obvier à ce qui pour la conservation de la chose publique estoit besoin de garder au mieux qu'il seroil possible de tenir, qu'en ladite ville il n'y eusl aucunes infections, ne que en.icelle ne fust exercée chose dont infections peusseot venir ne procéder. » — Entrant ensuite dans les détails des professions prohibées, l'ordonnance donne les explications suivan* tes : — « Pour faire pots de terre, convenoitque la terre fustargi" lée; et avant qu'elle fust mise enœuvre, falloit qu'elle fust toute pourrie et détrempée par long espace de temps en caves corrompues; et à cette cause, quand ladite terre estoit mise en estât et disposition démettre en œuvre et qu'elle y estoit mise, fust en façon de pots et autres ouvrages, il sailloit et issoit des fourneaux grandes fumées et vapeurs puantes et infectées, à l'occasion des matières quiestoient corrompues, et aussi du plomb soufré et limaille (pour l'émail et le vernis de poterie], verre et autres matériaux que Ton mettait dans les dits ouvrages ; — et pour obvier aux grands inconvénients qui pourroient advenir, estoit besoin et nécessité de défendre que ces ouvrages ne fussent faitseo la dite ville de Paris, etc. »
Les contrevenants étaient frappés d'une amende de vingt livres parisis. Cette ordonnance fut, en 1497, confirmée par vn arrêt du parlement de Paris.
Eavx. — Il existe un grand nombre de règlements concernant les fontaines, les égouts, les porteurs d'eau, la distribution de l'eau dans Paris, etc., qui tous témoignent des soins qu'on avait pour entretenir l'eau dans l'état le plus convenable à la santé de l'homme.
Un édil du roi Dagobert (année 560) porte que si quelqu'un salissait par des immondices les eaux d'une fontaine, il serait condamné à la nettoyer, et, en outre, à six sols d'amende (i).
D'après une ordonnance du prévôt de Paris (en 1348) et un édit du roi Jean (30 janvier 1356), il est fait défense à toutes personnes de balayer les rues pendant la pluie; il leur est enjoint de faire nettoyer et transporter les ordures hors de la ville aux voiries ordinaires, sous peine de soixante-six sols d'amende.
Ces ordonnances furent par la suite renouvelées. Celle de
. (1) U 8ol ou son 4e ce temps était une pièce d'or eavinm de It valeur de S franc*,
DSfIXiilIt tfOQVt. 50S
Charles VI (janvier 1415} est remarquable par sa sévérité : il y est fait défense de jeter dans la Seine aucune ordure ou immondice, sous peine d'amende arbitraire, et il est ordonné à tous ceux qui prendraient les contrevenants en flagrant délit de les arrêter et de les conduire prisonniers. Ceux qui avaient arrêté les délinquants recevaient pour leur peine le tiers de l'amende.
Sous l'empire d'un pareil régime réglementaire, les eaux de la Seine ne devaient charrier aucune immondice provenant de l'intérieur de la ville.
Aliments. — Cette catégorie comprend les aliments solides et les boissons, telles que la bière, le viiî, etc.; c'est là que la police sanitaire, d'accord avec la morale, se trouve le plus souvent aux prises avec la cupidité derhomme et les instincts du mercantilisme. C'est ce qu'avait parfaitement compris le gouvernement au moyen âge ; aussi les ordonnances qui réglaient cette matière étaient-elles très-sévères. Pour avoir là-dessus d'utiles et curieux renseignements on pourra consulter les ordonnances sur la boucherie et la boulangerie, recueillies dans le Traité de la police de De la Marre.
La vente de la farine, du pain , de la viande de boucherie , était l'objet d*une surveillance particulière. D'autres aliments d'un débit moins fréquent, comme le beurre, étaient soumis à la même surveillance.
Une ordonnance du prévôt de Paris, du 25 novembre 4396, interdit à toutes personnes faisant le commerce du beurre frais ou salé, « de mixtionner le beurre pour lui donner une couleur plus jaune, soit en y meslant des fleurs de souci, d'autres fleurs, herbes ou drogues. » Elle leur fait aussi défense a de niesler le vieux beurre avec le nouveau, à peine de confiscation cl d'amende arbitraire ».
Us anciens statuts des marchands fruitiers, «confirmés en l'an ^^12, réitèrent ces mêmes* dispositions. Ils interdisent aussi de » vendre du beurre et du poisson dans une même boutique ou sur un mesme étal , la propreté ne permettant pas d'exercer ces deux mestiers ensemble ».
Les ordonnances relatives aux boissons, étaient souvent renouvelées, avec des dispositifs très-remarquables.
^s plus anciens statuts des brasseurs de Paris, de l'an 1292, portent que « nul ne peut faire cervoise, sinon d'eau et de grain, à savoir d'orge , de meteil ou de dragée, c'est-à-dire de seigle
506 Hi^fmw^ DS:M 'iWl^i£.
el d'avoinie meslez ensemble. Que quicoaque y mettra goitres choses, comme baye, pyment ou i>ôix résine^ sera condamné à vingt sous d'aitiende ; et ses brassins cosAsqnèz ; car H prud'hom* lues du 'm«stiërdientqde telles choses ne sont mies bonnes ne ioyaulx'à mettre en cerroise; car elles sont maôraises au chief et au corps, aux malades et aux sains. » ' Par ces mêmes statuts îLest interdit de vendre de la cervoise ob bière aigre, sous^ peiné de vingt sols parisisr d'amende.
Quelque temps après, ces statuts furent renouvelés ave^quel* ques amendements qui portaient ique <i (es brasseurs seront tenlusde faire la bierre ei cervoisede bons grains» bien germes et bras^inés, sans y mettre ivraie, sarrario-, ni autres mauvûses matières*, BOUS peine de 'quarante Mvres parisis: d'amende; que les jurés visiteront' les houblons avant qu'ils soient employés, jHiar 'Voir s^is sont nàoaitfés, chauffés , moisi&et^tés ; afin que, s'ilij sont trouvés' défectueux;' les jurés en fassent rapport à la justice^ poittr faire ordonner ^qu'ils seront jetés à la rârtèrey si fain^«e'doit...Aueiins revendeurs de bière; et cervoise en détail n'en pourront vendre, si elles ne sonté^n^^ , Joy«/tf»ef d»« gnèg ^emirer^àu àorps Mmain^ ^soiis peine d'amende arbitraire et ronâscatiott (l);'» ...
^ Vlni -*^{Jne'aaoitnnex)rdoRnanfte da prévôt «de Parisi du 90 septembre 1371, porte que « pour empêcher Jes mixtions ^ les autres abus iqoe lës^taverhiéfs corùmettoient dans le débit de leurs vins, il serait permis à toutes. personnes qui prendreienl -du vin che» eust, soit pour boire sur le lieu » soit pour emporter, de descendre à la cave et d'aller jusqu'au tonneauj pour le voir tirer en leur preaence; et fait défense aux taveraiers de Peitipes' cher, à i peine de. quatre livres parisis.dfamende pour chaqoe contravention, dont le dénonciateur aura le quart. »
On savait depuis longtemps qu'en traitant les vains aigres par de lalitharge, on en eérrigeail l'aetdfté. Mais dans cette sopbis* tieatidh il se produit <lu sucre de Saturne (acétate de plomb) qui a des propriétés iftoéneuses. Les ordonnancés Anciennes mentionnent plusieurs cas d'empoisonnement provenant de cette source. On y lit, entre autres , que quelques vignerons du bourg d'Argenteuil avaient mêlé dans leurs vins de la lilharge « pour léûv dontierlune coulëur.plus vii^j plus de feu, et en diminoer
(1) Traké de poUcê, 1. 1. p. 5S4.
... jouxijiaiE ÉPÛOCK4 507
la vdrdeur;: que plusieurs personnes' qui burent de ces vins s'en trouvèrent fort msil, ete. p.
D'après oneexpeftise, dressée par le doyen de la Faculté de jnédeeioe de PaHs, lea coupables furent condamnés à trente livre$ d'amende^enyerè le roi (i). . *
Semèdeii — » An quatorzième et au quinzième siècle, les pharmacies n'étaient que des dépôts (apothèques) de sirops, d'é* leetaaires» de conserves, de fruits confits, de liqueurs alcooliques épioées. LeS' apothidaires étaient des confiseurs plutôt que des droguistes. ou préparateurs de remèdes officinaux. .
Ëa France, les apothicaire^ formaient, depuis le règne de Gbarlas VUI,* une corporation régie par des règlements dont les premier&dateBl' de.i484 (^)j lia étaient placés sous la surveillance immédiale:desrmédecins. En Allemagne, les pharmacies se multiplidient, à mesure qu'on cessait de faire venir de l'Italie la plupart des', tiaédicamenta oficinaux« Les drogues des pharmaciens d'Augsbourg, de Francfort, de Constance et de quelques autres '.villes d'Allemagne^ étalent soumises à un tarif, en méfm tempa!C|ue la vente des remèdes était interdite & tout autre marchanda
Les chroniqueurs du xiii^ et du xiv* siècle mentionnent de oombreux scas. d'empoisonnement. Maâs leurs récits sont si incomplets oor entourés.dettant de mystère, qu'il est difficile d'y démêler le vrai d'avec le faux.
Charles le Mauvais, roi de Navarre, le môme qui périt dans un bain d'eau-de-vie emflammé,' passait pour très-versé dans la pratique de l'alchimie, et surtout dans la connaissance des poi- Mms^Lemoinede Sainl^DenisfetJuvénaldesUrsins rapporlentde lui un fait qui nous dévoile tout le secret des empoisonneurs du moyen âge.
(1) Trmié de police^ 1. 1, p. 6^3.
W Verdier, Essai sur la jurisprudence de la médecine en France ; Alençon, 176^. «lrii€^ àféjg^. pqur servir à rfiisiû^re de la Ftculié de médecine de Wi^i^r; Pjri^,i767, tii-4« S8u?al, Histoire de Paris, p. 474.Félibîen,Jfi5^. ''«Acris,!. Il, p. '»27\
508 HISTOIKE DE LA GUIMIfi.
En donnant au] ménestrel Woudreton des instructions nécessaires pour empoisonner (en 1384) Charles VI, roi de France, le duc de Valois, frère du roi, et ses oncles, les ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon, Charles le Mauvais lui dit : « Tu vas à Paris ; tu pourras faire grand service, se tu veulz. Se tu veulz faire ce que je le diroy, je te feroi tout aisé et moult de bien. Tu feras ainsy : Il est une chose qui se appelle ewsenie sublimaL Se un homme en mangeoit aussi gros que un poiz , jamais ne vivroit. Tu en trouveras à Pampelune, à Bordieaux , à Bayonne et par toutes les bonnes villes où tu passeras, es hôtels des apothicaires. Prends de cela et fais-en de la poudre; et quand tu seras dans la maison du roy, du comte de Valois son frère, des ducs de Beri7, Bourgoigne et Bourbon, tray-toi près de la cuisine, du dréçouer, de la bouteillerie , ou de quelques autres lieux où tu verras mieulzton point; et de cette poudre mets es potages, viandes ou vins, au cas que tu le pourras faire à ta seureté ; autrement ne le fay point, o
Voilà des instructions claires et précises: elles nous en apprennent plus sur cette matière que tous les écrivains du moyen Age.
Woudreton fut pris , jugé et écarlelé en place de Grève , en 1384(1).
Uarsmic sublimé n'est autre, chose que l'acide arsénieux, c'est-à-dire le corps de délit qui figure si communément dans les crimes célèbres; c'est le môme poison avec lequel se commettent encore aujourd'hui au moins les neuf dixi^es des cas d'empoisonnement.
Pourquoi ce genre de crime était-il alors si fréquent? parce qu'il était facile de se procurer de l'arsenic chez tous les apothicaires.
Importantes iaTeatlons d« ««atorBlème et un ««lasltee
siècle.
C'est vers le milieu du quatorzième siècle que l'on fait généralement remonter l'invention de la poudre à canon. Mais nous
(1) Le procès- verbal de P'interrogitoire de Woudreton est conservé tD orfigii»! au Trésor des cliartes, et rapporté par Secousse. Voy. CAorlet cfe iVavarrf , p>r Mortonval, toI. ii, p. 781.
DEUXIEME iPOQVE. 509
avons déjà fait voir que cette invention homicide n'est due ni à Roger Bacon ni à Albert le Grand, ni encore moins à Berthold Schwarz.
Il faut ici distinguer deux périodes. Pendant la première, qui comprend les premiers siècles de l'ère chrétienne, la poudre à canon, c'est-à*dire le mélange de salpêtre, de soufre et de charbon, entrait dans la composition du feu grégeois, pour augmenter reflet des résines, des huiles essentielles, et d'autres substances très-inflamnaables qu'on lançait sur l'ennemi (1). L'origine du pétard, de la fusée et de quelques feux d'artifice, parait être contemporaine du feu grégeois. — Dans la deuxième période, qui commence vers le milieu du quatorzième siècle, le mélange explosible de soufre, de salpêtre et de charbon, qui avait été souvent expérimenté dans le laboratoire des alchimistes, témoin Roger Bacon et Albert le Grand, fut enfin appliqué à l'art militaire pour lancer des projectiles meurtriers, des boulets de fer ou de plomb (i). C'est alors que ce mélange explosible reçut le nom de poudré à canon, de pulvis tùrmenlarius. Cette application était plus importante encore que l'invention môme du mélange inflammable.
Il en est de l'histoire de la poudre à canon comme de celle de la vapeur. L'éolypileetlamarmilede Papin ne furent que de curieuses expériences de laboratoire ; mais elles amenèrent, avec le temps, l'invention de la machine à vapeur.
A quelle époque et dans quelle bataille a-l-on, pour la pre^ mière fois, fait usage de la poudre à canon, destinée à lancer des boulets (2)?
Sponde , le continuateur de Baronius, raconte que les Anglais devaient le succès de la bataille de Crécy, livrée en 1346, aux boulets de fer lancés, avec tonnerre , par des bombes
(1) On sait que cet eflel provient de la force d*expansioif des naz qoi se pro-* duitent par rinflammatioii de la poudre , et qui vont occuper un espace piu' Âeors milliers de fois plus considérable que celui qu'occupait la poudre; ces gas^ POQiwnt atori avec violence , devant eux, tout objet qui leur oppose de la résiS'' ' tïoc«.
(2) Il importe de rappeler que la propriété projeclive-de la poudre était connue >ti moias depuis le huitième ou neuvième siècle ; mais la poudre ne servait alors qu*à ^Kr des matières inflammables, des bidules incendiaires, de forme et de composi- ^ diverses. C*est ce qu'on voit dans Joinville, Histoire du roy saint Louis, el ^^Mqoflques auteurs arabes. (Voy. MM. Reinand et Favé, Le feu grégeois, p. 66.)
510 HIST01KS BE LA CHmtE.
(ferreaà glandes hàrrifico sono emittentes) (i). Et ions léfs hiéloriens de 'répéter que*c*«st à ia bataille dé Ûrécif c^'on s'est; ^our la première fois, servi de la poudre à canon.
Cependant, qoatre ans' avant là bataillé' deCrécy, en 1342,' les Maures, assiégés daosla ville d'AlgésIras, se déléodaient contre le$ Ebpagnolsau moyen de boulets de fery lanoës suv les chrétiens (2). -^ « C'est, remarque Mariâna, ia première, ibis ique nous dvons trouvé mentionné l'emploi de la poudre^à caiioti..» ^ Les comtes de Derby et de SaUsbury assistaient au siège d'Algésiras; « et il n'est pas impossible, remaarque Wallon, que ces deux seigneurs aient rapporté cette importante découvert^ en Angleterre, et que les Anglais s'«n soient ensuite ^rvis dans la bataille de Crécy (3). »
Au rapport de Sébastien Mtinster, les Danois firent les premiers usage des armes à feu dans un combat navai, énidM (4)«
Enfin, on conserve, dit-oii, dans l'arsenal d'AbbeVg; une arme à feu portant l'inscription de Tannée 1303 (6). ^*
Quoi qu'il en sott, il résulte de ces témoignages y aùs^ confus qu'incertains, que ni le nom de l'inventeur des armes k feD,ni l'année dans laquelle on se servit pour la preniière fois de la poudreàcanoosurle champ^de bataille, ne sontcpnnus d'une manière authentique (6). Tout ce que l'on peut affirmer, c'est que, pendant le quatorzième siècle et môme pendant le quinzième, sous le règne de Charles VI et jusque sous le règne de Louis XI, l'arc
(1) Annalium cardan, Barmii càntinùatlo, etc.; Spondant, Imfol., ad aoo. 1346 : lodeque cœptam ÎDler Francos confasionem auclam valde roiiac^bofDliif^ê qiiibu& Angli, candeotea ferreas glandes liorrifico sono ttnîjti^ttt, eqwM lerniere fleasoreeque, magoainque occisiouis cladem îiitulere.
(2) Voici le passage qui y fait allusion ; il a été extrait par Cusiri de la Cbrooique espagnole du roi Alfonse : Muïtà fiauros ah oppïdù in exercûum displosisH (onitma, quitus ferreas pilas malts matianis prxgranditms pares emittebant; idque tam longe ut alix obsidentium copiarum stationem prxierirtmt , atix ipsas offenderent copias.
(3) Watson, Chemical essags, vol. i, p. 3S7.
(4) Acliilles Gassarus, medicinae doctor, scripsit roibi bombnrâas anao Cbrisii ' 1354 in u$u apud mare Danicum twhse,
(&) Àcla erudit. Lips., 1769, p. 19.
(6) n résulte du passage d'on manuscrit arabe, de Tousouf, flis dlsmacl Aidjouny, cité par M. Reinaud, que ai iea Arabes coaoaissaieat la force projedire de la poudre à canon, ils ne s'en étaient pas encore serifis avant 1311 (époque oà Krf* vait l'auteur du ms.}, pour lancer des boulets de fer. (M. Reinaud, ManuscrUs arabes de la Bibliolhèque royale , ancien {fonds, n« I071 ; Avant-propos^)
^inmisB ÉPOQV& - titt
n'avait pas enôore fait entî^reméût ^tace aa flooiisifMi^, ei^u^lai poudra à canott'iie devint d'An usage phis général qu'à ^partir du seirième siècle, isoU9 le règne de Gharleâ-^Quinl.
Le'ré9alUitIeplu9Glairde rioventioii ^deia' pondre à canoa c'est qu'après une bataille on coo^pte pluSfde morts que de blés* ses: Àtant celte iu^vention meurtrière on comptait, au contraire,. phj9^ blessés ^e de morts. Le beau résultat In - ; i . ,
Mais laissons là Vinvenlièn qui tae»les bonraies^ pournous air liichspà crile.^Uf devrait les éclairer.
L'invention de i'imprimerie ne précéda que d'une quarantaine * d'années 1». découverte du nouveau monde , de cet Ùmiapbère quiétaîlreslé incMMiuà l'autre^ depuis la création».
L^struction , le savoir, lei trésors littéraires et «scieatifiqaes, cessèrent d'ètreFaj^nage de quelqnes.peBtoime8 privilégiées par leur naissance et -leur fortune, dès le momentoù Gutenbei^, SelHefTer et Faust eurent inventé l'apt^è» nul avilie pareilt^de rauN tiplier à l'infini les œuvres de Tintelligence , eftde ksiiendre ac-> cessibles à tous. L'imprimerie, ce grand levier de l'égaiité sociale, réveilla fesprit^le sa longue léthargie^ anéaàtk-les tradi-^ tons étroites du moyen &ge, et tiuvsit' à laliberté>de>la pensée un horiton'saiisvbOvnes. - ♦ . »
Comme^oule grande découverte, Pimprimerie ne fut p^siuveotée tout d'un< coup. Plus de trente ans d'essais et de tÀtoonements se passerait avant qu'où arrivât à iàlce paratlffCDàMayence et à Strasbourg, vers> le milieu du quinzième siècle (i440-^),. les premiers livres imprimés. Ain^i que la vapeujr et laippiidre à canon, cette découverte n'était pasnof^plus le fait;,d'uQ. seul homme, c'était te fait de plusieurs ; seiilement, celui. qi^i y avait mis'la dernière' main,' et qui Savait, pour ainsi dire, laocée.dans le monde, en eut? seul tout l'honneur, i i.. j ;.
Les cartes à jouer gravées sur bois, donion Wsenvait en Aile- RniRne depuis 1890^ paraissent avoir fourdi à Laurent Jansoôn de Harlem l'idée d'appliquer, vers 1430^ ce procédéiaux. leiiresdes inaDuscrit^j'afin &tt pouvoir vendre les Uvres^àiœiUèur ^compte ^l en plus grand iioml)pe que les- copistes (1)*...»-/ ^,..',.
Gutenberg s'empara de l'idée de JaosQOB, et<la^fifee|iouiUi
(I) Les premiers lîTres qHi furent ainsi imprimés ( sur le recio de la feuille , le cerio restant en blanc) sont : Biblia pauper^m. — ifistoria sancli Joannis ftûngelistx ejusgue Visiories Apocàhjpiicie, — Ars memoi'àitdi, etc. Vby. Hei- ^^tnjdée générale (VunecolUction complète (Vestampes ; Lèips/, 1771, Cn-S.
M2 HTSTOIEE DE LA CHnOE.
entre les années 1435 et 1450. Nous n'avons rien à dire de la société que formèrent Gutenberg, Faust et ScboefTeri dans le but d'exploiter leur découverte, et d'en tirer le plus de profit possible; nous ferons seulement observer que ces hommes avaient en vue, non pas l'intérêt général de l'humanité, qui leur importait fort peu, mais leur intérêt privé, matériel, pécuniaire. Les premiers imprimeurs composaient une réunion d'honnêtes industriels qui comptaient réaliser d'immenses bénéfices, en vendant leurs livres imprimés pour des manuscrits., ils aimaient mieux se faire décrier comme sorciers que de communiquer leur art à tout le monde. C'est ce qui arriva surtout à Faust, cpt usurier de Mayence, dont Gœtbe a fait un docteur cabalistique. S'il est un homme auquel il faudrait élever des statues, parce qu'il a fait une belle découverte, non pas dans son intérêt privé, mais dans un but tout-à-fait philanthropique, dans Tintention d'être vraiment utile à ses semblables, c'est Franklin, l'invenleur du paratonnerre.
Le papier, de lin et de coton, était en usage dès le treizième ou quatorzième siècle, comme si tout devait concourir à assurer le succès de l'imprimerie. Le parchemin était devenu d*une cherté excessive , et le papyrus d'Egypte ne se trouvait plus dans le commerce depuis les conquêtes des Arabes au neuvième siècle. Les documents les plus anciens, écrits sur du papier de chiffon, sont de l'année 1309 et de 1315, et se conservent, dit-on, dans les archives d'Anspach (1).
La prise de Constantinople par Mahomet II en 1454, la destruction de l'empire de Byzance et la fondation de l'empire turc, eurent pour effet immédiat l'exil volontaire ou forcé d'uo nombre considérable de Grecs qui, en se répandant dans les régions occidentales de l'Europe, apportèrent avec eux leurs trésors scientifiques et une multitude de manuscrits plus ou moins précieux. La prise de Constantinople a exercé une influence immense sur l'histoire des sciences et des lettres.
Il en est des périodes de l'histoire comme des années : il y en a de stériles comme il y en a de fertiles. Quel siècle est plus fécond en événements que le quinzième? Si l'on ajoute à la découverte de l'imprimerie, à l'invention des armes àfeu, l'établis-
(I) AUgem, Gtschichie der Literatur (Hisl. générale des lettres, etc.), parti. Wacliler, t. Il, p. 238.
DEUXIÈME EPOOnS. 513
sèment de Pempire turc en Europe, la création du système postal, ia destruction de la féodalité par la politique de Louis XI, et la découverte du nouveau monde, on aura une réunion d'événements uniques dans les annales de l'humanité.
Cette réunion d'événements composait le prélude d'une ère nouvelle.
FIN DU fOl^E PREMIER.
nWf. DK LA CHIMIB. — t. I. '•