‹ Histoire de la chimie (volume 4)Chapitre 3 sur 53 · SUR LE PROGRÈS DE LA SCIENCK · texte numérisé non relu

SUR LE PROGRÈS DE LA SCIENCK

Avant de se constituer, la science obéit à un mouvement osillatoire qui la porte tantôt vers la théorie, tantôt vers la pratique. Jamais il n'y a d'équilibre parfait entre le sujet quiobeerve et 1 objet soumis à l'observation.

Trois grandes époques dominent la science.

Dans \2l première époque y l'intelligence qui s'assimile les fails '^^ autant que possible, indépendante, libre de toutes les enîraves de la superstition et des préjugés systématiques. Bien que 'lépourvnes de preuves scientifiques, les doctrines d'intuition l'rimilive nous étonnent souvent par leur justesse et leur grandeur. Cette époque , qui incline visiblement vers la pratique , f-nibrasse toute l'antiquité, et s'étend jusqu'au moment de la Ititte mémorable entre le christianisme naissant et le paganisme ;i l'agonie.

Dans la seconde époque^ l'esprit d'observation s'affaiblit ous'éî^'are. Soumise à l'autorité spirituelle, la pensée abandonne 1^' champ de l'expérience pour se réfugier dans le domaine de la >iMiculation mystique et surnaturelle. De là l'origine de timt de tl'Xîlrines étranges, enfantées par l'imagination des disciples de l'art sacré et de l'alchimie. Cette époque, qui incline plus particulièrement vers la théorie, comprend tout le moyen âge, jusqu'aux temps modernes.

Dans la troisième époque enfin , qui est la nôtre , et que par un sentiment d'orgueil inné les contemporains sont toujours portés a juger favorablement, la lumière semble apparaître après les

MIST. DE L\ r.IIllIIK. — T. I. l

ténèbres, comme si la loi du contraste devait s'accomplir partout nécessairement.

La science , cette grande manifestation de Téquilibre entre rintelligence et la matière, entre l'expérience et la raison, commence à se montrer, revêtue de ses formes sévères, et entourée de preuves propres à convaincre plutôt la raison, qui tend sans cesse vers l'unité, qu'à parler à l'imagination, qui se plaît dans la variété des choses.

Pour bien fixer les idées, citons un exemple. Tout le monde connaît les accidents d'asphyxie qui arrivent dans les mines. Les anciens les expliquaient par la présence d'airs irrespirables, qui, disaient-ils , éteignent la lampe du mineur en même temps que la vie.

Pour les alchimistes, ce n'étaient plus des airs irrespirables, mais des démons malins qui égaraient l'ouvrier dans les mines, et l'y faisaient périr traîtreusement.

Enfin, revenant à l'idée première après s'en être écartée, l'observation démontre aujourd'hui scientifiquement ce que les anciens n'avaient entrevu qu'idéalement.

Mais ce n'est pas seulement le développement de la chimie qui présente les phases indiquées. La physique, l'astronomie, toutes les sciences, presque toutes les connaissances humaines , paraissent, dans leur marche, suivre la même voie.

Autre exemple. Qu'est-ce qui fait monter l'eau dans un corps de pompe?

Vitruve^ l'organe de la science de l'antiquité, répond que c'est l'air; mais il n'en donne aucune démonstration.

Les physiciens du moyen âge prétendent que c'est l'horreur du vide^ et ils émettent ici des théories sans fondement.

Enfin, personne n'ignore que l'opinion dç Yitruve est aujourd'hui, après un intervalle de près de vingt siècles, confirmée et démontrée scientiûquement.

Un dernier exemple. Pythagore enseignait que la terre tourne autour du soleil, et que celui-ci occupe le centre du monde.

Plus tard, on enseignait tout le contraire. Enfin Kopernik fonda la science sur une idée qui s'était d'abord présentée au génie de Pythagore, comme une de ces conceptions qui ne se démontrent pas.

Ainsi, la vérité est presque toujours mécoanue, souvent repoussée , lorsqu'elle vient s'offrir en quelque sorte d^elle-môme

COUP d'oeil générai. 3

à l'esprit humain : il faut du travail , souvent de très-grands efforts pour arriver à la reconnaître.

Tâtonner dans les ténèbres avant de se rendre à la lumière , passer par l'erreur avant d'arriver à la vérité, telle est la marche 4e Tesprit humain.

Les mots vérité et erreur n'ont aucun sens absolu ; car ce que Dous appelons aujourd'hui vérité pourra demain être démontré erreur, et réciproquement : l'histoire l'atteste. Chercher la vérité et en approcher plus ou moins, telle est la condition d'inégalité, iDoavemeni de l'inlelligenoe humaine. La vérité absolue , de même que le repos absolu, n'existe point pour l'homme.

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