‹ Histoire de la chimie (volume 4)Chapitre 34 sur 53 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

Aperçu génirml dn aelslème alèele*

I Les guerres de religion sont le centre autour duquel gravite toute l'histoire du seizième siècle.

L'Église avait depuis longtemps reconnu la nécessité d'une réforme; et le concile de Constance Tavait lui-même proclamée solennellement ; mais cette réforme ne devait porter que sur la discipline. Plus hardis, Luther et Calvin portèrent la main sur le d(^e; profitant de quelques fautes commises par des subalternes, ils en accusèrent toute la papauté. Au lieu de travailler, se/onTesprit de l'Évangile, à la fraternité des hommes, ils allunièrent le feu de la discorde et sapèrent les fondements de l'unité chrétienne.

Luther et ses disciples auraient, comme tant d'autres, échoué dans leur entreprise, si des princes puissants ne s'en étaient P^scoâstitués les champions. Dès lors la lutte, qui n'avait encore éclaté qu'en paroles, se traduisit en actes sanglants. Deux partis ^ trouvaient en présence : les catholiques et les protestants. ^^ ducs et électeurs de Saxe, de Brandebourg, du Palatinat, prennent la défense du protestantisme, moins par conviction que parce que le clergé catholique était riche , beaucoup trop riche, rt qu'il y avait là un opulent héritage à recueillir. C'est ainsi tue tôt ou lard les hommes sont punis par où ils ont péché. Tout ^ liquide ou s'expie.

Entre les mains des princes, la religion ne fut presque jamais, <^hose triste à confesser, qu*un instrument de politique ou de domination. François I*% le protecteur et le restaurateur des arts et des lettres, encourageait secrètement les protestants d'AlleniRT. iiF. L4 nniNie. — t. Ii. 1

3 HISTOniE DE lA CHIMIE.

magne ^ faisait des Turcs ses alliés, pendant qu'il faisait, en FrftReer -brûler les huguenots. Henri U, Catherine de Médicis, Henri III, exclusivement guidés par des vues politiques, inclinaient ostensiblement tantôt du côté des catholiques, tantôt du côté des sect^Ueurs de Calvin. Henri Wre^il^ dans le giron de l'Église, estimant que Paris vaut bien une messe. La conduite des princes allemands , et particulièrement celle de Maurice de Saxe à l'égard de l'empereur Charles-Quint, montre que la religion n'était pas non plus pour eux une affaire de conscience. Henri VIE, roi d'Angleterre, en» c^pit de son, titre de défenseur de ta foi, décerné par le pape, fut lui-même, pour des motifs honteux, l'auteur d'u;;!^^sçb^i9e^qp^^çau., et sema Jes dissensions civiles et religieuses qui firent de la Grande-Bretagne le théâtre de scènes sanglantes.

Pendant que la France, ^Allemagne, l'Angleterre^ s'entre^échiraient au nom d'une religion dont le premier précepte est l'amour du prochain, l'Espagne marchait rapidement dans laj voie de la décadence. Le despotisme du sombre et fanatique Philippe II provoqua le soulèvement' des Pajrs-Bas: L'indépèn-i dance proclamée par les Provinces-Unies, que le successeur de Philippe II fut forcé à reconnaître, porta le coup de grâce à la monarchie espagnole; qui perdait au dehors sonascendant mor&t, tandis qu'au dedans l'inquisition fomentait la haine des citoyens. La résistance opiniâtre que les Hollatidais opposèrent aux volontés d'un roi de droit divin établissait un précédent qtri ne devait pas être perdu. ' *

Le charme qui jusqu'alors avait fasciné tes peuples assQJettil était rompu. L'union de l'âuteJ et de la royairté , qni avait é\^ considérée comme une arche d'alliance, tomba tout à coup dad le domaine de la discussion publique. Un obscur moine ïuUaw corps à corps avec la papauté, et des marchands roturiers chas^ sant de leur pays un monarque de droit divin dans leè États dw quel le soleil ne se couchait jamais, é'était'làun spectacle qui donnait à réfléchir au mondé. Dès (cetnoitieiit le moyen agi était fini ^ une nouvelle ère avait commencé.

te droit du libre examen et la liberté, de conscience ourtaien un champ illimité â la raison et à rexpérience. Les^^ciences n\ tardèrent pas à profiter de l'évolution qni venaif de s'dpérér daii la pensée de l'homme. . »

Les philosophes cessèrent de jiirerpar Aristote. P; la Ramé*

. TROISIKME SPOQinE. 3

MmUûgaç, J. Bruno.. J. Cardao, Télésip, le précurseur de Bacon, minèrent par diverses voies l'échafaudage de l'autorité tradi* timneUe. Paracelae tonne , ààm le jude l^âgage d'un réformateur, contre les hippocratiste» et les : galénii^te^ ; Bernard Paiissy déclare, avec la franchise d'un puritain ^^ qu'il fout avoir perdu l'esprit ppur ne pas mettre le. Uvee d^ la nature au-dessus des livres des ancieqs. Kopemik, appliquant le droii du fibre examen àrétu.de des astres, soutient, contrlûFement aux principes) de la science régnante, que la terre tourne avec toutes les planète!» autour du soleil. Enfin le chancelier Bacon, saisissant, avec l'esprit du vrai philosophe , toute l'importance de la révolution qui venait d'éclater dans toutes les directions de l'esprit humain, essaya de reconstruire, à l'aide de la méthode expérimentale, tout l'édifice des connaissances humaines.

■onvement ipénéral de 1» Bclence au selstène alèele.

Vidée d'opposer l'usage d&ia oraison à l'autorité traditionoelJe, l'expérience à la spéculation , s'était déjà, à diverses reprises, manifestée dans les siècles précédents; mais à chaque oianifestation elle avait été tout aussitôt réprimée. Maintenant son règne élait venu.

A la tête du mouvement, qui devait imprimer une direction QOQvelle à la science chimique, se placent Paracelse, Georges Agricola et Bernard Palissy.

Paracelse, violent et emporté, est le chef de l'école crAémta- ^fif{ue, dont le mérite principal est d'avoir détourné les médecins de la route battue des anciens^ et de leur avoir fait comprendre la nécessité de l'étude de la chimie des êtres vivants , et <ie la chimie appliquée à la médecine [chémiatrie).

Georges Agricola, plus modeste , et surtout plus familiarisé ^vec l'antiquité quejParacelse , fonda, avec des éléments épars, ^ut le système de la métallurgie , partie fondamentale de la chimie. C'est le chef de la chimie métallurgique.

Bernard Palissy, tenant tout à la fois de Paracelse par sa fran- <^hise et sa persévérance , et d 'Agricola par la solidité de son savoir, est le représentant de la chimie technique, de la science

appliquée à l'agriculture, aux arts du potier, du vitrier, de l'éroailleur, etc.

L'alchimie, dont l'autorité allait en déclinant, devait ellemême éprouver Tinfluence de la révolution générale qui s'était opérée dans l'ordre intellectuel.

La chémiatrie^ la métallurgie^ la chimie technique et Valchimie sont autant de cadres qui résument parfaitement le mouvement de la science au seizième siècle ^ cadres que nous allons essayer de remplir.

troisi£Më; epooce.

CHÉMIATR1E.

Il serait difficile de réunir les écrits de Paracelse en un corps de doctrines. Des idées sans suite, des phrases souvent incohérentes, défient l'attention du lecteur le plus exercé.

Figurez-vous un homme qui, dans certains moments, fait preave d'une sagacité rare, et qui, dans d'autres, radote le plus piloyablement du monde ; un homme qui anathématise l'esprit de système, en proclamant la nécessité de la méthode expérimentale, et qui, un instant après , semble causer avec des démons et croire à leur toute-puissance ; enfin , vous diriez un homme qui, à jeun le matin et ivre le soir, enregistrerait exactement tout ce qui lui passerait par la tôte. Tel est Paracelse , qui s'appelait lui-même Aurelius Philippus Theophrastus ParaceUus Bombastus ab Hohenheim.

Mais peutr-ôtre a-t-on étiqueté du nom d'un même personnage des écrits émanant de sources très-différentes. C'est là une con* jecture que nous livrons aux recherches des érudits.

Quoi qu'il en soit, personne ne songe à contester l'influence de Paracelse (nom latinisé de Hohenheim) sur son siècle. Cette influence a été immense. Pourquoi? comment? Est-ce parce qu'il amalgamait la médecine et la chimie avec les doctrines de la kabbale? Mais d'autres, plus savants que lui, l'avaient déjà fait. Est-ce parce qu'il était en quelque sorte le représentant des alchimistes? Mais c'est au moyen âge, et non pas au seizième siècle, qu'il faudrait chercher ce représentant; car à partir de l'époque de Paracelse l'alchimie allait en s'éclipsant, et la vraie

G HISTOIBE I»E LÀ GHIMIE.

chimie commençait à paraître. Ce serait donc mie action rélrograde ao Heo de progressive qn'it anrait exercée. D^aineurs lés véritables alchinûstes da seizième siècle ne reconnaissent en aacane manière Paracelse pour leur chef; ils n'en parlent même pas : c'est comme s'il n'avait jamais existé pour eux.

Essayons de mettre en lumière le secret de l'influence que cet homme exerça surson sfède..

Et d'abord rappelons une fois pour toutes que c'est aux médecins et non pas aux alchimistes que Paracelse s'adressait presque exclusivement. Quant à ses écrits sur l'alchimie, ils De renferment presque rien qui i^'ait été dit et mille fois répété par les théosophes alexandrins, parles Arabes^ par Albert le Grand, R. Bacon, R. Lulle, etc.

Or, en s'adressant aux médecins, il leur dit, sur le rude ton d'un réformateur :

« Vous qui, nprks avoir étudié Hippocrate, Galien, AvicenDe, croyez tout savoir, vous ne savez encore rien ; vous voulez prescrire des médicaments, et vous ignorez l'art de les préparer iLa chimie nous donne la solution de tous les problèmes de la physiologie, de la pathologie et de la thérapeutique ; en dehors de la chimie, vous tâtonnerez dans les ténèbres. »

Voilà le thème de Paracelse; c'est là son idée fixe. Comme professeur et comme écrivain; il y revient sans cesse et avec la même insistance. Ses' théories peuvent varier, ses observations se contredire r une seule pensée ne varie point, la guerre à outrance déclarée à ces a docteurs en gants blancs, qui craignent df se salir les doigts dans un laboratoire de chimie d.

En s'attaquant aux dogmatistes, Paracelse sentait qu'il s'était attaqué aux plus rétifs des mortels. Aussi se montre-f-it violenti passionné, exet^srîf dans ses paroles; il frappe d'estoc et de taille ceux qtri dédaignent la chimie et les lùédicaments qu'elle fournit.

«Vous, médecins, dit-il, de Paris, de Montpellier, dTtalie, Grecs, Sarmates, Arabes, Israélites, vous devriez tous me suim comme votre chef; ce n'est pas h moi de vous suivre ,*- si vous ne vous ralliez pas franchement ^ous ma bannière, vous ne serez pas même dignes qn'uncfaien lève contre vous sai patte de jjerriére (!)•

(1) Il y a dans le Mxte original ane eipretêioo beaucoup plus énergique : An den niçM die Bundé teiçen werden.

Je serai le che^ d'une nouvelle moDarchie. Que fwnstzrvoitô'die Cacophraste? Il vous faudra avalercette mw»i.(i).')> , ' r

Après s'être ainsi proclamé chef d'une inMiveUe école, l'auteur continue en ces- lermés :

tt Que fkites-vûuB doiic^^ph^jfsîeiens et docteur^?: Vmis ne voyez donc pas clairt Avez^vouS'des^escavboHoleaà^lapliIccidesiiyienx? Votrô prince GaUenestdans l'^fèr ; et si votta saviez ce qu -ilm^a écrit de ce lieu,vous feriez le sigive de laèroix avec une qu0ue de renard. Votre Avicenne est à l'enlrée du' purgatoire; j'ai dis* caté avec lui sur Vor potable^ «iv la tèiniure des physioietis^ Sur la quiii^ssericej. sari la pierre pbtloso^tâdé, sur laithériaque. 0 bypocrilèis/qui ne; volil^ pas^écoutep la Vaîi A'vit» médecin ins* trdit dans les œuvres de Sien t Après .ma mbrfc^ mes disciples dé* couvriront vos impostures/ ib ferbiit connaîtra' vtos saleadrogueis» avec lesquelles vous avelseknpoisonnë les princes elles seigneurs de la cbrëtienté (^). »

-* « Partéz-mbi piafôt des «médedns spagiriques (cbimiatBs). Geux4à du niofns ne sont pas paresseux bomine les. apures ; ils ne sont pas habillés en beau Velours, en soie 6a en taffetas ; ils ne portent pas de bagues d'or aux doigts, ni devants blancs.. Les médecins spagiriqaes âtlëndenf'àvecip^tierïoe, jour et nuit, le résultat >de leurs travaux. n& ne fvéqbentent pas lés lieux-publics; ils passent leur temps dans le laboratoire. Ils portent des culottes de peau, ai^eic on tablier dé peau pour s'es^^er les mains. Us sont Doirfe et enfouies cômine des iorgerons et des charbodr niers. Ih parlent peu et né vantent pas lexlrs médicaments, sachant bien que c'est à l'œiivfe qu'on reconnaît l'ouvrier. Us tJ^availlent sans Cessé dans le feu, pour apprendre les diftéj^ents degrés de Tàrt alchimique (3y^ »

Telles sont les pensées fondamentales qui animent Paracelse : il les a mauifèstées dans *plu6 dé' cent endroits dé. ses ouvages, cttou|(mr8 avec la môme énéi^gie. H atait entrons une véritable croisade contre les médecins fai|^ocratistes et galénistes.

Ne reprochez pas à Paracelse la violence et l'incongruité de son langage : voiiii lui ôteriez son caractère distinctif. Il y avait

(1) l>leten Ùreck must ihr'êiàèn» '

% (SU9tê9 dg PmmeeUi^ édtti4UMev,.t. vf/p. ^9tt.

W IWd., t. VI, p. 3î3.

8 JllSTOIRE DE UL CHimE

alors des hommes bien plus savants que lui, mais ils n'avaient pas la même hardiesse.

Avec la modestie on peut se concilier Testime de quelques hommes, mais on ne remue jamais les masses. Voyez tous ce$ réformateurs : leur savoir est en général peu profond, mais ils ont une éloquence naturelle , mordante , incisive , qui harcèle l'adversaire et le défie au combat avec une audace sans pareille.

[ Il leur faut à tout prix des antagonistes ; s'ils n'en avaient pas,

' ils s'en créeraient d'imaginaires.

Luther, contemporain de Paracelse j était bien moins savant que son modeste ami Mélanchthon ; mais il avait l'audace d'un

[ r&formateur. C'est Luther qui a comparé la parole à un glaive,

I et la science à un fourreau. Il lai^ii à son ami le fourreau; et

I on sait comment il s'est servi du glaive.

Après avoir montré quel genre d'influence Paracelse exerça sur son siècle, jetons un coup d'œil sur sa vie et ses écrits.

Paracelse naquit en 1493 à Einsiedlen, dans le canton de Schwytz (i). Son père, Guillaume Bombast de Hohenheim, qui avait successivement exercé la médecine à Einsiedlen et à Villach en Garinthie, fut son premier maître, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même (2). C'est de lui qu'il reçut les premières notions de médecine, d'alchimie et d'astrologie. Paracelse cite aussi comme ses maîtres l'abbé Tritheim de Sponheim, l'évèque Scheyt de Stettgàch, et Erlach de Laventall. Comme les étudiants d'alors, il mena une vie vagabonde, alla d'une école à l'autre ; et quand il manquait d'argent, ce qui lui arrivait souvent, il se mettait à dire la bonne aventure, il se faisait chiromancien et nécronaancien. Il parcourut ainsi, dit-on, le Portugal, l'Espagne, la France, l'Italie, l'Allemagne, visita les mines de la Saxe, du Tyrol, de la Suède, et poussa ses pérégrinations , comme il l'insinue luimême, jusqu'en Egypte et en Tartarié. On raconte même qu'il accompagna le fils du khan des Tartares à Constantinople, pour apprendre le secret de la teinture de Trismégiste d'un Grec qui

(1) On n'est pas d'accord sor rannée de la naissance de Paracelse. Selon quel- . qaes auteurs, il naquit en 1443. Voy. Meldi. Adam, Yitx Gemumorum medko-

rum qui sxculo superiori claruerunt ; Heidelb., 1620, in-8*.

(2) Testamentnm Paraceisi, etc.; Chronica des Landes Kâmthen,^. 24S. D'après la Chronique ( inédite ) de Saint-GaU, de Jean Kessler, le père de Paracelse aurait porté le nom ôeHoehener, et aurait été originaire de Gala (caatoo d'Appenzell ).

habitait cette capitale. Cependant, à juger par les écrits qu'il nous alaîssés, on serait tenté de croire qu'il n'a jamais quitté TAlIema-t gne; car il se montre très-ignorant en géographie, et il ne con- Dalt ni les langues ni les mœurs des pays qu'il prétend avoir vus.

Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il s'est livré pendant quelque temps, dans les mines du Tyrol , de la Bohême et de la Carinthie, à des travaux métallurgiques, sous la direction d'un Fugger.

Paraceise se vante de n'avoir pas ouvert un seul livre dans l'espace de dix ans, et que toute sa bibliothèque se composait de dix feuillets. Ses contemporains lui reprochaient de ne pas même savoir le latin , alors la langue favorite des savants. Aassi soutenaient-^ils que le titre de docteur y que s'attribuait Paraceise, était usurpé; car personne ne pouvait obtenir ce grade sans savoir au moins le latin. L'inventaire dressé après sa mort constate qu'il laissa, pour tout trésor littéraire et scientifique, la Bible, la Concordance de la Bible, le Nouveau Testament, les Commentaires de saint Jérôme sur les Évangiles, un volume de médecine, et sept manuscrits.

Paraceise avait commencé sa réputation dès l'âge de trente ans, à l'occasion de quelques cures heureuses. Il était parvena à guérir quelques cas de cancer, d'hydropisie , de fo- <l%re, etc., réputés incurables, et il assure lui-même avoir rétabli la santé à dix-huit princes, qui auraient péri entre les mains <)es «médecins galénistes o.

Le sénat de Bâle l'appela, en 1526, à remplir une chaire nouvellement créée de chirurgie et de physique (1), et non pas de chimie, comme on l'a dit. Paraceise faisait ses cours en ailen^and, au grand scandale des autres professeurs» qui tous faisaient les leurs en latin. A la première leçon, il fit apporter, au milieu de la salle, les œuvres d'Hippocrate, de Galien et d'Avicenoe, en fit un bûcher et y mit le feu, en disant que son chapeau , sa barbe et ses souliers en savaient plus que tous les médecins de l'antiquité réunis.

Les démêlés qu'il eut avec quelques citoyens influents de la >ille de Bàle le forcèrent à quitter sa chaire au bout d'un an. ^n raconte, à cette occasion, qu'un chanoine, Kornel deLichtenfels, lui avait promis deux cents florins de récompense s'il parvenait à le guérir de la goutte, contre laquelle tous les remèdes

(0 P. Ramos, waL de BasiUa , p. 170.

10 HISTOIÙË D£ LA CUIMIE.

avaient échoué. Trois pilules d'opium enlevèrent aussitôt la dou" leur du mal, et Paracelse réclama la réconiftjense promiBe. Le chanoine, jugeant d'après la quantité plutôt que d'après la qualité du remède, trouva que 200 florins étaient trop d'argent poor trois petites pilules, et refusa dé payer. Le docteur eut reconrs aux tribunaux, qui réduisirent la soxùme à six florins; ayant ainsi perdu son procès, il lança des invectives contre tes magistrats. Sur l'avis de quelques amis, U s'enfuit clandestinement de Bâie, pour se soustraire au châtiment qui l'y nf tendait.

A partir de ce moment Paracelse niena ufte vie très-<-aventiireuse. On le trouve en Alsace en 1^6, à- Nuremberg en 1539, à Saint-Gall en 1531 <, à Pfeffersbad en 1535^ à Augsboargen Î536.

11 parcourut ensuite la Moravie,; l'Autriche, la Hongrie; iï dédia, en 4537^ à Villach sa Chronique à l'archevêque de Garinthie.

En 4540 on le trouve k Middelheim, et l'année suivante à Salzbourg. C'est là qu'il mourut, le 24 septembre 4544^ à l'Âge de quarante-huit ans, dans l'hôpital de Saint-Ëtienne.

Professeur ambulant, il ne montafit jamais en chaire sans être à moitié ivre, s'il faut en croire le témoignag^e d'Oporin, et passait des nuits entières dans des cabarets, en compagnie aveodes paysans et des charretiers. • ' • ^

Ces reproches d'ivrognerie et d'ineonduite, que quelques Ihographes ont inj ustement admis comme, fondés,- ne reposent quesor des documents très-suspects d'injustice, tells que la DiapuiaHode medecina nùmParacelsi deLieber (Bàle 1972) , ennemi déciaréde Paracelse, et la VUa OporinL Opôria fiit longtemps secrétaire de Paracelse; il avait quitté son patroti par resseirtiaient, en l'accu* sant de lui avoir caché des secrets qu'il aurait dû lui révéler (1).

Paracelse ne laissa pas d'enfants» Boivent Thomaa Éraste ( IM Paraeelsivita et moribus)^ qui n'est pas^ son panégyristei il avait été châtré par un militaire, pendant qu'it gardait les oies en Garinthie. ».

Paraeelse est le chisf dés médecina-chimîstes ito xvi' siècle. Ses. œuvtes complètes n'ont été publiébs qu^aprèsisamort. Ce

(1) Voy. pour plus de détails, ft. Lessing, leben P'araceUùSf fierlin, 1S39, in-S"*; Marx, Wurdigung des Theophrasius wn ffoheHkelm;GOdiX\n%w, 1842, io-i"*; Franck, Sur la vie et le$ écrits de Paracelse.

TROISIKMB ÉPOQUE. 44

fat à l'instigation de Tarchevéque de Cologne que Jean Huser se mit à recueillir, à grands f^ais , les manuscrits de Paracelse , dispersés dans tous les pays de l'Europe , et les fit iraprimer sous lô patronage du prince-électeur. Ces écrits sont loin de former un eorps de doctrine. C'est une réunion de traités de médecine et d'alchimie, dont le texte est souvent incomplet et tronqué. Beaucoup dé ces traités sont supposés ^ surtout béux . qui sont écrits en latin ^ car Paracelse a composé tous ses ou* mges enailemând, dialecte suisse d in* et désagréable^ mêlé d'idioiîsmes difficiles à comprendre: On doit aussi se tenir eh garde contre lee interpolajtions nombreuses dont ils portent des traces évidentes.

Valentin de Retiis n'estime pa^ à moins de trois cent soixantequatre le nombre des écrits del'aracelse , dont plusieurs ont été traduits dans le/s principales langue^ de TEarope. Mich^Toxites deHaguenau, et Gerhar^,DQrv>„f^ soqt surtout attachés à popuf lariser les écrits de leur mettre. Le premier a publié un OnomasticutH medicum verborum Paraeelsi ySivash., 1754, in-8°; et le deruier, un DicHonarium Theop/^rasti Paracehi. On lui doit aussi une traduction latine de divers traités de Paracelse (1)»

Il sentit Inutile d'énumérer ici tous |es ouvrages de Paracelse ^arla chimie et la médecine. Ceux qui en voudraient connaître les titres n'auront qu'à consulter l'édition allemande de Huser, ou l'édition latine dePitiscus des Œuvres de Paracelse, à la table des matières (2).

La première édition, qui est la plus complète, a pour titre :

BHçher ufid Schriften des edlen, hochgelehrten, und bewçhrien philùsophi medici, Phiuppi Texophrasti Bohbast von Hohenheim ^^9.k(Xisigenanni;jetzt aufsneuaus den Originalien und ThéophrasH eigener Handschrifl, sovieldieselbenzubekomfnen getvesett, «"/« trefftichsi undflemgstan Tag gegeben, durch Joannem Huse- Aix Brjsooiubt. (Écrits du noble et savant philosophe médecin Philippe Théophrasie Borabast de Hohenheim, dit Paracelse • publiés d'après les manuscrits originaux, etc., par Jean Huser, etc.) — Bâle, i589, dix volumes in-4°.

C'est cette édition, d'aiïleurs assez rare, que nous avons sous

(1) Opéra n^»ulUiie:t{iêrm,inkU. iranslai» ; Bâle, 8, 1570. W On trouve dan& Fr. Gmelin ( Geschïehte der Chemie^ t. i, p. 240 } le cata^ Ittgpe de ce< \xvlU» , avçe |a dute de leur pubikation.

i2 HISTOIRE DE LA GHIHIE.

les yeux. L'édition latine, qui n'est qu'une traduction de Tédition originale allemande, est, au contraire , assez commune; mais elle est beaucoup moins estimée ; elle a pour titre : AtêrelU Philippi Theophr. Paracelsi Bombait ab Hohenheitn, mediei et philosophi celeberrinUy chemicorumqtteprincipis, opéra omnia ; Genev», 1658, 2 vol. in-fol. •

Un mérite que même ses plus violents détracteurs ne sauraient contester à Paracelse, c'est cette grande indépendance d'esprit dont il fait preuve dans ses écrits. L'autorité du passé ne Teachaîne point; il dit franchement sa manière de penser et de voir.

Voici une analyse succincte de la partie chimique de ses ouvrages.

Air.

Les idées que Paracelse a émises sur l'air ne diffèrent pas beaucoup de celles des philosophes anciens.

« S'il n'y avait pas d'air, dit-il , tous les êtres vivants mourraient asphyxiés (i).

a Si le bois brûle, c'est l'air qui en est la cause. S'il n'y avail pas d'air, le bois et le feu ne brûleraient pas (2). »

Paracelse n'ignorait point que l'étain augmente de poids quand on le calcine, et que cette augmentation est due à une portion de l'air qui s'est fixé sur le métal (3).

L'effervescence qui se manifeste lorsqu'on met de l'eau cl de l'huile de vitriol (acide sulfurique) en contact avec un métal, tel que le fer, n'avait pas échappé à cet esprit obsen^ateur. Il savait que dans cette opération il se dégage un air « pareil à un vent» {Luft erhebl sich und brichi herfùr gleich wie ein Wind) , cl que cet air se sépare de l'eau dont il est un élément (4).

Comme tant d'autres, Paracelse avait entrevu la vérité , sans s'y arrêter. Cet air, qui se dégage dans les conditions indiquées, est en effet un élément de l'eau décomposée : c'est le gaz hydrogène. Mais le moment de sa découverte n'était pas venu. Plus de deux siècles devaient se passeç encore.

(1) Schrifien Paracelsi, edit. Huser, 1. 1, p. 14.

(3) Ibid., t. IV, p. 1&1 : So der Luft nit weri, sie ( Ootz, und Fewer)Mnnen nit.

(3] Ibid., I. VI, p. 16 : Und Ut sm merken dau der àsn tm sianno do» corpus giebt^ elr.

(4) Ibid. , t. VI, Arehidax,, p. 12.

TROISIKME £POQt)£. 43

Paracelse revient souvent sur la question de l'air, comme s'il en sentait toute l'importance. « L'homme meurt, dit-il, comme le feu quand il est privé d'air (i). »

Métaux.

L'auteur établit que les métaux se composent de trois éléments, savoir : Vesprit, Y âme et le corps; en d'autres termes, le mercwre, le soufre et le sel (2).

La rotdUe est selon lui la mort du métal. « Le safran de Mars (peroxyde de fer) est, dit-il, du fer mort; le vert-de-gris est da cuivre mort; le mercure rouge et calciné est du mercure mort, etc. (3). d II ajoute que le cuivre calciné (oxydé ] dans un four est noir, et qu'étant exposé à l'air, il reprend sa couleur verte ordinaire (4).

Nous savons aujourd'hui que l'oxyde de cuivre parfaitement sec (anhydre) est en effet noir, tandis que l'oxyde contenant de l'eau (hydraté) est de couleur verte.

«Les métaux morts, les chaux des métaux ( c'est ainsi qu'on appelait les oxydes) peuvent être révivifiés ou réduits à l'état ie métaux par la suie (charbon). » — Paracelse se sert ici, n'oublioQs pas de le noter, le premier du mot réduire {reduziren)^ qoi est aujourd'hui le terme généralement adopté.

Mercure. — Précipité rouge (peroxyde de mercure). — Pour le préparer, l'auteur dissout le mercure dans de l'eau régale, et calcine le précipité «jusqu'à ce qu'il se manifeste avec sa belle couleur rouge (5). x>

C'était là, avec de légères modifications, leprocédéde6eber(6).

« Le précipité rouge est, ajoute Paracelse^ un spécifique contre la maladie vénérienne {morbus gallicus), » — On voit que l'emploi du mercure pour combattre la syphilis remonte d'une maoière certaine au moins à la première moitié du seizième siècle.

Cinabre. — Le mode de préparation indiqué par l'auteur consiste à faire tomber du mercure en pluie fine ( pressé à tra-

{i)Sehriften Paracelsif t. ix, pag. 398. (2) lUd., t* VI, p. 265.

(3)Ibid.,p.284.

(4) Ibid., p. 286.

(5) Bis dirder Précipitai an dtnchœnen rotlien Farbe çefdlU. Ibid., p. 28.

(6) Voy. pins haut, t. i, p. 340 de cpt ouvrage.

i ^ HISTOI^ >D£ LA. CBlIflE.

vers une peau) sur du soufre en poudre» et à. soumettre te mélange à la sublimation é^a» une «ucurbilie surmontée d'un ala* del : le cinabre se sublime et s'attacbe atui paims de TaludeU sous la forme d'une pierre sanguine {wie ein BtiUstein) (1). — Ce procédé était déjà aussi connue

Sublimé blanc. — L'auteurle préparaiten cbauffantun mélange de vitriol, de isel et de mercurei « Ce sublimé est, ajoute-t-ii, blanc, comme de la neige , et pissent» Taspect d\ui cristal (2). »

Le produit ainsi obtenu était évifiemment un chlorure de mercure >. qui pouvait. ôtmtanciôt le proto-cblonire (calomélas), tantôt le perçhjorum (sublimé corrosif) , suivant les proportions des matières employées. . , «.

Zinc, — * C'est Paranelse qui le pireimier a fait mention de ce métal sous le nom qu'il porte en€<»e aujourd'hui. Mais il n'en donne aucun détail suffisant pour le faire distinguer des autres métaux.

a On trouve ^ dit-il, en Garinthie.le zinc {da$ Zincken)^ qui est un singulier métal, plus étrange que les autres métaux (3). »

Dans un autre passage, il le compare Ëumwcure et au bismuth {Wismuth) {4:^,

Bien qu'il sût que Is laiton se fait avec du « cuivre et de la cadmie j», il parai8afiit'ignorer:que le zinc se retire de la cadmie ou de la calamine 9 et .que ce métal s'allie directement avec le cuivre pour former le laiton. . ;» - .

Cuivre, rr^^. On fait, dit l'auteur, avec le cuivre cémenté, et avec la tutie ou la oïdmie, un beau laiton rouge (ifessm^), qui ressemble à l'or (5). »

Un peu plus loin, il décrit nettemrat le départ de l'argent et de Tor au moyen de Teau^-forté.

« Pour séparer, dit-iL> les métaux à l'aide de l'eau forte oo d'autres eaux corrosives ?emblables {anderc dsrgleiehen eorrosivische Wasser)^ vous procéderez de la manière suivante : Commencez par ré4uire l'alliage en petitôs parcelles , introduisez-le

(1) Œuvres de Paracelse, édit. Baser, t. ti, pag. 288.

(2) Voy. plus haut, t. i, p. 339. ^ Rappelout îd.que f adde àalfarique oa ritriol (sulfate de fer}, réagissant sur le sel marin (chlonire Et Mdfiini), donne de l'acide clilorhydrique, qui attaque le mercure et le tranafonm eo ddonira.

(3) Œuvres de Paracelse, éd. Huser, t. n, p. 121.

(4) Ibid., t. Tiii, p. 359.

' (5) Ibid., t. yi, p. 303.

eûsuile dans une cornue, et versez-y de Feau-forle ordinaire en quantité <$prOsantç^.Ll^^$§€;E digarar jusqu'à ce que le tout se résolve en uiie,eau limpide^ Si:.c'e^ un aliis^ d'or et d'argent qu'on a^nsi traité, l'argent :seul ^ disaowdra, et l'or se déposera semblable à du gravier apir {gl^h ememBçkwQrsfinSanA). C'est ainsi que les deux noétaux» l'or et l'argent, se trouvent séparés Tua de rautre^ Voulea^vous retirer l'argent delà liqueur sans avoir f0ÇOIw i^ 1^ disfill^ition,? Çldngez dans la liqueur une lame de cuivre : l'argent se déposera comme du sable au fond du vase» pendantx|ue laiama'de cuivre sera attaquée et corirodée (i). » Tel est l'exposé d'un procédé d'où devait' ua jour, sortir la

Cobalt. -^ n n'est pas carta^n que, Paracelse a^t compris sous ee nom ce que noqs enten^^s fmjqurd^bui par cobaU,. Il dit ce* pendant -que c'est un m^tal qui a la couleur du fer, qu'i) est sans éclat, et qu'il ne se jL^is^ç guèrç travailler. (2).

Arsenic. — La* plupart d^%alcbi^lstes connaissaiept l'arsenic, mais aucun d'eux n'en .fiyait indiqqé d'^ne, ipanière précise les propriétés toxiques.

<L'a|^enic,.ditPariacelse, tire.toutes ses.pro^priétés de sa pâture vénétheusç.C,'^ un ppison qui surpasse en énergi^ V>us le§ autres poisons (3).. ^>

A juger par les passages qui traiteptdei l'arsenic, l'auteur ne connaissait guèrç i|ue, le, sulfure et l'acide ars^nieux. La découverte de l'arsenic métallique était réservée à d'autres.

Paracelse croit ir.ki possibilité de la transmutation, des mé-f taux. 11 aduiet queJes métaux peuvent se transformer ^n pierres au sein de la. terre. «.Non-^eulemept ils s'y moisissent (schini'^ melny^i ^ rouill^qtf ditriUfoais iU se cbangenl, à la longue ^ eu véritables pi^rve^. C'est ainsi .que I.^on trxnive beaucoup de nioanaies païennes. qui], (le métalliques qu'elles étaiept,, sont devenues pierreuses (4). »,

U pens^.qoe les çiinérf^ se développent comme les plantes, et en cela Ûpartage le^ id4jB$ de beauiipup d'alchimistçs. Voici • '-^ ;.' . •■ r. ^ ...... , . . ., . .

(1) SoU du in solche Solution ein Kupfer Lameln werfen, alsbald wird iich das Silber im Wasser senken , fallen oder niederschlagen , und die ^vpfer Lameln anheben zu vertehren.,

(2) Œuvres de Paracelse, édik. Hiuer, t. vui, p. 359. r

(3) Oid., I. vu, p. 20t.

fi) Ibid., U VI, p. 392.

comment il s'exprime à cet égard : Soumis à l'inflaence des astres et du sol, Tarbre développe d'abord des boutons, puis des bourgeons, puis des fleurs , et enfin des fruits. H en est de même des minéraux. Que Palchimiste songe bien à tout cela ; car c'est là qu'il trouvera le trésor des trésors (1). »

(I L'alchimiste, dit^l ailleurs, opère comme le boulanger qui change la farine et la pâte en pain. La nature fournit la matière brute, l'étoffe première; c'est à l'alchimiste de la façonner comme il l'entend (2). »

Ceci est sage et raisonnable. Mais les alchimistes ne s'en sont pas toujours tenus là.

Dans d'autres passages, Paracelse admet toutes les traditions de la magie^ de la kabbale et de l'astrologie ; en les transportant dans la médecine et la chimie* il en exagère la valeur. La magie était, selon lui, le point culminant de toutes les sciences. 11 conçut la pensée de créer, au moyen de la magie combinée avec l'alchimie, des êtres animés , des homuncules (homunculi). — Paracelse se faisait ici une singulière idée de la puissance humaine (3).

« La mesure de notre sagesse , dans ce monde, est, dit-il, de vivre comme les anges dans le ciel; car nous sommes des aoges. Or il s'agit de savoir ce que peuvent les anges. Ils peuvent tout; car c'est en eux qu'habite toute la sagesse de Dieu , toute la science de Dieu. Les anges possèdent donc toutes les connaissances de Dieu. Us sont purs et innocents dans le ciel comme sur | la terre; ils ne dorment jamais, ils n'ont donc pas besoin d'être réveillés. L'homme dort parce qu'il est corporel. Aussi faut-il l'exciter et le réveiller pour la science des anges , c'est-à-diff pour la science el la sagesse de Dieu. Les sciences de Dieu sort" la médecine, la géomancie, l'astronomie, la pyromancie, la ér romancie, la magie, la malédiction , la bénédiction^ la nécrth mancie, l'alchimie, la transmutation , la réduction, la fixation et | la teinture. Toutes ces sciences se trouvent dans la nature. Les j anges sont des médecins. Ils peuvent voler, marcher sur les | eaux , traverser les mers , se rendre invisibles , guérir toutes les

(I) Œuvres de Paracelse, t. ti, p. 397. (2)Ibid.,t.i,p.5I.

(3) Voy. le Précis de VHUtoire de la Chimie (p. xxHj), qui précède nos SU' ments de Chimie minérale; Parin , 1841, In-S*».

mabdies, ensorceler, etc. Si les anges ont toutes ces facultés, il est nécessaire que ces facultés existent également dans les plantes, dans les semences, dans les racines, dans les pierres, dans les graines. C'est donc là qu'il faudra les chercher. Les anges les pos* sèdent renfermées en eux-mêmes. L'homme ne les rencontre que hors de lui, dans la nature : c'est là qu'il doit se les approprier. »

Ces idées , très-habilement exposées , trouvèrent des partisans nombreux. Pour beaucoup de ses contemporains Paracelse était un véritable (haumaturge.

Ses idées cosmoiogiques ne sont pas moins curieuses. L'auteur compare le globe terrestre, enveloppé de Pair, au jaune d'œuf nageant au milieu du blanc (i). Il le compare encore à une graine de melon plongée dans un liquide mucilagineux.

Chimie organique. — Les applications de la chimie à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutique, voilà le véritable terrain de Paracelse. Ses idées sur la vie et la composition Qialérielle de l'homme sont fort remarquables; elles eurent beaucoup de retentissement.

<c La vie est, dit-il, un esprit qui dévore le corps. Toute transmutation se fait par l'intermédiaire de la vie. La digestion n'est autre chose qu'ime dissolution des aliments ( Essen i$t nichts dnders als eine Auflœsung).

« L'homme est une vapeur condensée ; il retournera en vapeur d'où il est sorti (2). »

La putréfaction est une transmutation, n Elle consume, ditil» les corps et les change en substances nouvelles ; elle produit des fruits nouveaux. Tout ce qui est vivant meurt , et tout ce qui meurt renaît. »

On ignore ce que Paracelse a voulu dire par Alchahesty qui est évidemment le mot allemand a%e^^ (tout esprit). A coup sûr, ce Q est pas le gaz acide carbonique, comme on l'a pensé. C'était, eomme l'auteur nous l'apprend lui-même, un liquide (liquor al^ chahest) doué d'un grand pouvoir dissolvant, préconisé contre les maladies du foie (3). — Serait-ce l'eau régale?

Lés éléments du eorpb humain sont, suivant Paracelse, le

(0 Wie der Vitellus avi in seinem Clar^ also schwebt die Erde in dieser ^«//.Ibid., t. VIII, p. 61. — On Yoit, d'après celte comparaison, que Paracelse aduwttait Tcxisfenre d*an fluide matériel, occupant les espaces interplanétaires.

(?)ŒuTKsde Paracelse, éd. Huaer, t. VIII, pag. 4&.

(3)ll)îd.,t. Ul, p. 7.

HisT. DE L\ cniMie. — T. II. 2

soufre, le sel et le mercure. Les propriétés de ces éléments se manifestent dans diverses parties de l'économie : le soufre est rouge dans le sang, le sel est vert dans la bile , et le mercure pesant dans les chairs. II y a un sel sidéral (produit par Tinfluence des astres), qui n'est accessible qu'aux sens les plus exercés, et qui forme le résidu de l'incinération ; il y a aussi un soufre sidéral^ base de l'accroissement et de la combustion des corps; enfin il y a un mercure sidéral, fondement des liquides et des parties volatiles. Les fonctions organiques de la vie sont les mouvements de la volonté d'un Arché^ que le chimiste devrait prendre pour modèle dans toutes ses opérations. Cet Arche opère la digestion , il sépare les matières destinées à être rejetées, et assimile celles qui doivent se transformer en sang, en muscles, etc. ' n réside non-seulement dans l'estomac, mais dans toutes les parties du corps, dont chacune est comparable à un estomac.

La pathologie chimique de Paracelse, où l'astrologie occupe une large place, relève des mêmes doctrines. Ainsi, les maladies, surtout épidémiques, sont, au dire de l'auteur, engendrées par des astres dont l'influence infecte ou empoisonne l'air. L'arsenic agit sur le sang , le mercure sur la tête, et le sel sur les os et le*: i vaisseaux. Les fièvres putrides doivent leur origine à des substances excrémentitielles qui, au lieu d'être éliminées, sont retenues dans l'économie. Le nez sécrète le soufre, les pores sécrètent le mercure, et les oreilles l'arsenic.

Toute la chémiatrie ou thérapeutique chimique de Paracelse se réduit à la proposition suivante : L homme est un composé chimique; les maladies ont pour cause une altération qneleonque de ce composé; il faut donc des médicaments chimiques pour combattre les maladies. — Cette proposition était, pour Paracelse et ses disciples, un véritable axiome.

Les substances , qu'il supposait jouer un rôle important dans l'économie animale , sont aussi celles qui sont le plus souventemployées par lui comme médicaments. Le mercure, le soufre, l'antimoine, l'arsenic , occupent ici le premier rang. 'Viennent ensuite l'opium, la teinture d'aloès {élixir de propriété )y l'esprit de vitriol, la rouille de fer, le vitriol et l'alun : ils étaient administrés à de très-hautes doses (1). Extraire des végétaux et des miné-

(l)L'aliin et le vitriol, qoi «Taient été jusqu'alors «oo vent roti fondus l'uu avec l'autre, sont fort bien disUngu es par Paracelse : il déftionlre anal jliquenienl que

THOISIÈME ÉPOQl-E. i9

raox, à Taide He la cbimie, les parties les plus actives, et bannir de la matière médicale ces mélanges informes de drogues di^ verses, ces tisanes d'herbes et de bois qui encombraient les pharmacopées anciennes , faire sentir aux médecins la nécessité d'étudier la chimie, tel était le principal' but des travaux de Paracelse et de ses disciples.

Dtaalplea de ParaceUe.

Un homme comme Paracelse devait passionner tes esprits dans deux sens opposés. Et, en effet, il eut à la fois des amis enthousiastes et des ennemis implacables.

Parmi ses amis et disciples, on remarque, en première ligne, Léonard Thurneisseb.

Ce personnage, assez peu connu, mérite que nous nous y iirrètions un instant.

Thumeisser naquit à Bâle en 1530. Son père, qui était orfèvre, le mit chez un médecin pour lui faire apprendre à connaître les plantes. A Tâge de dix-sept ans, it épousa une veuve qui, par ses goûts de dépense, lui fit contracter des dettes. Pour se tirer d'embarras, il eut recours à des moyens illicites : il vendit un jour à un juif, pour de Tor pur, un lingot de plomb doré. Pour prévenir le scandale d'un procès, il dut sacrifier le peu de patrimoine qui lui restait. Réduit à la mendicité et abreuvé de chagrins par Tinconduite de sa femme, il quitta Bàle, el vint, à l'âge de dix-huit ans, chercher fortune d'abord en Angleterre , puis en France. Déçu dans son espérance , il «'engagea, en i55â, dans les troupes du margrave Albrecht de Brandebourg, et prit part à la bataille de Sievershausen où il devint prisonnier. Après avoir recouvré sa liberté, il renonça au service militaire et se mit à travailler dans les principales mines de l'Allemagne et du Tyrol. En 1555, nous le retrouvons à Constaoce employé chez un orfèvre dont il épousa la fille, après avoir divorcé avec sa première femme. Trois ans plus tard , il ^'établit à Tarenz, village de la vallée de l'Inn, où il fit élever

^'aîun contient an corps terreux {alumine)^ tandis qae le vilriol (sulfate) ren« ififmt un métal (fer ou cuivre).

20 HISTOI&B DE LA CÉIMIE.

des forges et des fonderies qui acquirent bientôt une grande réputation. Cardan et Paul Verger, évèqne d'Istrie, allèrent les visiter. Le nom de Thurneisser parvint aux oreilles de Tempereor Ferdinand, qui lui accorda, comme une faveur particulière, de disséquer une femme vivante : elle avait été condamnée à mourir par l'ouverture de toutes ses veines.

En 1560, nous voyons Thurneisser voyager en Ecosse et aux lies Orcades, en Espagne et en Portugal, par ordre de Tarchiduc Ferdinand , qui aimait à protéger les arts et les sciences. Dn Portugal il passa, dit-on, en Afrique, parcourut les côtes de la Barbarie, visita l'Ethiopie, l'Egypte, TArabie, la Syrie, la terre sainte et effectua son retour par Tile de Crète, la Grèce et l'Italie. Quoi qu'il en soit de ces voyages, qui ne paraissent pas tous authentiques, nous retrouvons Thurneisser, dès le mois d'aoûl 4565, en Tyrol, occupé à rétablir ses aflaires délabrées. Dès 1570, il adopta décidément la méthode de Paracelse en alliant la médecine avec la chimie. Prétendant avoir découvert un réactif propre à déceler les changements que subit le sang dans différentes espèces de maladies et à servir de guide dans les divers modes de traitements à suivre, il fut appelé à Munster pour y organiser une pharmacie chimico-iatrique et un laboratoire modèle. En août de la même année nous trouvons Thurneisser au service de Tévêque de Munster^ qui accompagna jusqu'à Nimègue la princesse Elisabeth, fille de l'empereur Maximilienll, et fiancée de Charles IX, roi de France. L'année suivante, Thurneisser devint premier médecin de Jean-George, électeur de Brandebourg. Cette position ne fit qu'entretenir sa vanité : il ne se montrait en public que vêtu de magnifiques habits de velours el la poitrine ornée de longues chaînes d'or. 11 se faisait passer pour un astrologue et était en correspondance «-ivec Nostrada* mus. Les richesses qu'il amassa en peu de temps furent attribuées par la plupart à la pierre philosophale qu'on lui 3upposait avoir trouvée. Elles provenaient en réalité de la vente de ses alnianacbs prophétiques, de quelques procédés chimiques, de ses manuscrits, de ses talismans, et surtout d'un certain nombre de curtfS heureuses, obtenues par l'inspection des urines.

Thurneisser paraissait à l'apogée de sa fortune, lorsqu'il Tut tout à coup atteint du mal du pay3, assez commun chez les Suisses. Vainement l'électeur cherchait-il à le retenir à sa cour. Thurneisser quitta Berlin en 1581, revint à Bâie, et y per-

dit tout son avoir à la suite d'un procès. Poursuivi par ses créanciers et accusé de sorcellerie, il s'enfuit en Italie, habita Rome, revint, au bout de quelque temps, en Allemagne, et alla mourir, en 1596, dans un couvent, à Cologne. Il avait demandé dans son testament à être enferré à c6té d'Albert le Grand (1).

On a lieu de s'étonner qu'une vie si agitée ait permis à Thumeisser de publier un aussi grand nombre d'ouvrages, sans compter les écrits qui sont encore inédits.

Parmi ses ouvrages parus, nous citerons , dans Tordre chronologique de leur publication : Archidoxa; Munster, 1569, in-4''; 2'édit., 1575. Ce livre, écrit en allemand (dialecte suisse), traite principalement d'astrologie, de médecine ei d'alchimie. On y trouve^ entre autres, la description d'un procédé pour convertir le fer en acier à l'aide de la corne, de la suie et de l'urine, et le moyen de faire avec l'étain'le verre rubis, et avec l'argent la couleur d'outre-mer. — IIpox«T«X7i\j*iç, sive Prmoceupatio (en allemand); Francf. sur l'Oder; 1571; c'est un système médical, fondé sur l'examen des urines. — Pison (en allemand); Francf. sur l'Oder, 1572 : il a pour objet les eaux minérales. — Ononmiicon polyglosson^ muUa pro medieis et chymicis coniinens; Berlin, 1574, in-4'. — Quinta essenlia ; Leipzig, 1574 ( en allelûand); c'est un traité de médecine et d'alchimie. — Hittoriaswe Dtscriplio plantarum omnium, tam dotnestiearum quam exoticarum, etc.; Berlin, 1575, in-fol. — nï^bo xal •EpfiTjvtCa; Berlin, 1583, in-fol. Cet ouvrage , écrit en allemand, peut servir de commentaire aux œuvres de Paracelse. — Magna alchymia; Berlin, 1583, in-fol. On y apprend, entre autres, qu'un habitant du Tyrol, Hansvonder Zeyt, fabriquait, dès l'année 834, le sel ammoniac qu'on faisait venir de l'Orient. — Reiseund Kriegs-Apoiheken; Leipzig, 1602; recueil posthume de médicaments (magistères, élixirs, arcanes, etc. ). —-Parmi les ouvrages, restés manuscrits, on remarque un Discours, en 20 livres, sur le monde et ses mystères étemels.

OswALD Croll était au moins aussi attaché aux idées de Paraecise que L. Thurneisser. Habile dans la préparation des médi-

(1) Noos avons extrait eu <l<^ilii d'un ouvrage allemaixt, asM>2 rare, de Modiien, Supplément à VMsioire des sdeneet dans la marche de Brande^ àourg (Berlin et Leipiig, 1789, in*4"), p. 55 et soiv.

±2 HISTOIHB DE LA GflIMI£.

cameots, il suivait trop aveuglément les préceptes du mattre. Il connaissait l'or fulminant, le sulfate de potasse ( iartarus vitriolatus), et le chlorure d Vgent {iunacornea), obtenu en précipitant une dissolution d'argent par du sel marin (i).

Parmi les autres disciples que Paracelse comptait en Allemagne, nous citerons :

6. DoRN (2), A. Elungbr, professeur de la Faculté de médecine de Leipzig et d'Iéna (3); G. Febro ( PAom^ roj) de Rhodach (4), B. Càrrichter de Beckingen, médecin de l'empereur Maximilien U (5); F. Raïgus (6), Ad. de Badenstsin, Michel Toxinss.

Ces disciples zélés ne reculèrent devant aucun sacrifice pour répandre les doctrijies et leâ livres de leur mattre.

En Danemark vivait, à la fin du seizième siècle, un des sectateurs les plus ardents des doctrines de Paracelse; il se nommait Pierre Séverin. Grand partisan dés médicaments chimiques, il contribua par son autorité à populariser l'usage de l'antimoine dans le traitement des maladies internes. Yoici, en deux mots, la théorie de Séverin.

« De même, dit*il, que rantjmoine purifie l'or et enlève aui minerais leurs impuretés, de même aussi il ôte au corps malade les immondices qui entravent le jeu des fonctions naturelles de l'économie (7), »

Cette théorie fut une pomme de discorde, jetée au milieu de la tourbe des médecins. Elle découlait d'un principe , déjà établi par Paracelse, à savoir que le mercure, le soufre, l'an-

(1) Basilica chymiea^ etc. ; Fraocof., 1608, ÎD•4^ — Cet ooTrage eat de nombreuses éditions. U a été traduit en français , en anglais et eo allemand : La Royale chimie de Crollius, trad. par Marcel de Bollene, Rouen , 1638 ; Crolliu^ royal Chymistry, London , 1670, in-fol.

(2) Claviitotius phikuophise ehymiMti€»f etc.; Lyon, 1567, in- 12. — Chy mUtieum arlificium naturœ theorieum et practicum, etc.; Francf., 1568, in-sf^. ^ Philosophia chemica, etc.; Franct., 1569, in-S**. ^ Lapit melaphysiau BAie,in•8^ 1569.

(3) ReHeapoiheke (Pharmacie de voyage); Zertist, 1602, in s**. — Esirac^ tion der spiritualischen Kràfle aus Kràutern ( Eitraction des forces spiritueuses des plantes) ; Wittenberg, 1809, in-4<*.

(4) Praxis mediC(hchemU:a ; Francf., 1611, in-8®.

(5) Practica; Strasb., 1579, in-8^. — Harmoney, Sympalhey und Antipatheff der Kràuter; Nuremb., 1686, in-s*.

(6) Tract, de Podagra medica-kimica; Francf., 1589, in-S*.

(7) Idea medicinae pliilof^ophic^ (undamenta continens tolius medictn» Paracei* 5ic«, etc. ; BAIe, >57l, in ^"y

b'moiae, le sel, les esprits minéraux, sont, non-seulement les éléments da corps humain, mais encore les caases de tous les phé* nomènes qui s'y produisent.

Ce n'était pas la première fois que le corps de Phomme était assimilé à mi laboratoire de chimie , dont la porte devait être, plus d'une fois/fermée par autorité de justice. La même assimilation s'est produite de nos jours.

Dans les Pays-.Bas, la médecine chimique de Paracelse et de Séverin trouva un très-actif défenseur dans Joh. Michelius d'An-* vers : il alla en répandre les doctrines en Angleterre ^oii Tavaient déjà précédé J. Hestbr (1) et Thomas Muffetius (Moufet). Ce dernier fli l'apologie des médicaments chimiques dans un ouvrage qui a pour titre : De jureetprxstaniia medicamentorum dialogus apologetiaus (2). C'est une barbare et fastidieuse imitation des Colloçuia d'Érasme.

En France^ on ne fit pas un accueil aussi favorable aux théories médico-chimiques de Paracelse et de Séverin. Jacques Grevin de Clermont, médecin de la duchesse de Savoie, est un de ceux qui s'élevèrent avec le plus d'ardeur contre l'usage pernicieux de l'antimoine (3). Enfin, les diseussions pour et contre les préparations stibiées provoquèrent unarrêt du parlement, rendu en 1566, qui défendait à tous les médecins de Paris de prescrire ce médicament, sous peine de perdre le droit d'exercer leur état (4).

Aot. Fenot s'opposa, par d^excellentes raisons, à l'abus des préparations d'or (5).

Cependant quelques médicaments chimiques trouvèrent de nombreux apologistes. Nous citerons, entre autres, J. Gohort, plus connu sous le nom de Léo. SuAvius;Guill. Arago de Toulouse, qui préconisait les vertus des préparations mercurielles (6) ; AuBRT ( Alberius) (7), et Roch de Baillif.

(1) Compendium tecreiorum rationalium; Lood., 1582, in-S*". — PearU of praeiieejorpearle for phy$ic and chirurgerie ; Lond., 1592, in-S**. {1) AetednÉt etktm êpistoiêB quœdmn médicinales; Francf., 1584, îii-12.

(3) Diicoursiur lesfaeuUét de Vantimoinê, contre Louis de Launay; Vs^ n»,t567,lo.8*.

(4) P. Misson, Éloges , t. ii. Éloge de Simon Piètre.

(5) ÂlèJùipharmaaim ad virulentiam Joh, Overcetani^ etc. ; Bftie, 1570, in s"*.

(6) ne naiura et viribu* hgdrarggri epistola ad Paulum Jovium; Bâle, «710, ing».

'*} Deconcordia tnedkorum disputatio exoterica ; Berne, 1585, in-S".

24 BISTOIBE DE LÀ CHDflE.

Roch le Baillir, de Falaise, en Normandie, éUii médecin de Henri lY. Il dit, dans son Demoàerûm, qn'il tenait cachés eotre deux murailles plus de trois cents Toinmes contenant des obsenratioDs à l'appai des préceptes de Paiacelse. Le ùematieriim (Rennes, 1578, in-4') contient : 1' Aphorismes exiraUs en partie de* senfenees de ParaceUe^ et en partie d'expérienre et raison ; 2" Brike division de magie, ou Traité des eonjuraiions ; 3' Petit dietionnain d'alchimie; 4' Chiromancie; 5* De tanUqmlé.et singutarUésde Bretagne armorique.

La médecine chimique eut aussi ses martyrs. G. Bernard Pe- 50T, de Sainte-Marie, en Guienne, avait employé toute sa fortune, qui était considérable, à répandre les idées de Paracelse, ' et à chercher lui-même une panacée. Il fut réduit, par son obstination, à la dernière misère, et mourut, rongé de vermine, dans un hôpital de l'étranger, à Yverdun en Suisse. Nous ayons de lui quelques traités d'un médiocre intérêt (1).

Joseph DuGBEs^E, plus connu sous le nom latinisé de Qderge- TANus, natif d'Armagnac en Gascogne, n*eut pas le même sort que son compatriote Penot. Les médicaments chimiques devinrent pour lui une mine d'or. Il séjourna longtemps en Allemagne ; et après son retour, il fut attaché , comme médecin , à la cour de Henri lY. Son orgueil lui attira beaucoup d'ennemis.

Ses ouvrages sont assez nombreux, et la plupart ne manquent pas d'intérêt. Partisan des médicaments énei^iques , qu'il retirait , par voie chimique , des végétaux ou des minéraux, Du< chesne (Quercetan) en décrit exactement la préparation et l'action. Dans son traité De ortu et eausis metallorumj etc. (2), il parle longuement du laudanum^ nom qu'il fait dériver de laudando (re mède à louer), il le préparait en faisant infuser de l'opium dans du vin^ avec de l'ambre, de l'huile de cannelle, des clous de girofle et des noix de muscade.

Il donnait également le nom de laudanum ou de népenthès à

( 1 ) C«8 traités ont pour titre : Libellus de denatio madtco , etc. ; Berne, tM», itï-9^. — Quêcstiones et respontionet philosophictP , dans le Theat. ehem,, l H- ~ Regulx iive eanones philasophicL Ibid. — Extractio mercurii ex avro. Ibid. •» Dlalogut de arte chemica, Ibîd. — Abdiiorum ehymicot-nm treeiatus rarii ; Fraocf., 169â, in-8*. — Apoiogia contra lai. Michelmm, ete. ; Fraocf., 1606, in-8*.

(2) Ad Jaeobi Auberti Vendonli brevis respoifsw ; Lyon, 1575, tn-8. Dam to Theair, ehem,^ t. ii.

TROISlàME ÉPOQUE. 25

des préparations médicinales dans lesquelles n'entrait point d'opiom. Tel ^t le népetUhès avec lequel il assure avoir obtenu des guérisons extraordinaires : c'était un mélange d'extraits de racines d'angélique, de tormentille , de zédoaire , de clous de girofle , de fleurs de pivoine, et de gui de chêne (1).

Déjà du temps de Henri IV, les médecins français discutaient pour et contre l'emploi du mercure dans le traitement de la syphilis, Duchesne se déclara ouvertement en faveur du mercure : il le croyait souverain dajis les cas de maladie rebelles et invétérés (2).

Duchesne fait, un des premiers, mention du gluten^ qu'il préparait, ainsi qu'on le fait encore aujourd'hui, en malaxant de la pâte de farine non fermentée sous un filet d'eau; il soutient même que cette substance glutineuse, tenace {êubstantiatenax, cerea^ prorsus gluiinosa)^ se détruit en partie par la fermentation (3).

Un des passages les plus remarquables de son traité de Maiière médicale est celui qui a pour objet la composition du nitre. «Le nitre contient, dit-il, un esprit qui est de la nature de l'air, et qui, loin d'entretenir la flamme, l'éteint plutôt (4). »

Quelque brève que sdit cette indication, il est impossible de n(> pas y reconnaître Vazote^ ce gaz irrespirable qui entre dans la composition de l'acide nitrique et de l'air. Mais, comme Ducbesne ne parait avoir donné aucune suite à cette idée , il est impossible de réclamer pour lui la découverte de l'azote. C'est ainsi que l'oxygène, Thydrogène, Tac ide carbonique, et beau- (^oup d'autres substances^ avaient été entrevus, dans l'antiquité ^tau moyen jlge, par des observateurs différents. Mais, aucun d'eux n'ayant présenté ces corps à l'état isolée on ne saurait leur en attribuer la découverte.

Le plus fécond et le plus sage des élèves de l'école de Paracelse fût André Libavius; il mérite une mention spéciale.

M) Comilium pro nobili virgine, In Jos. Querc«t., Uber de priscorum phi- 'oiopAorufii rerx medicinx nuÊteria; Genève , 1609, in-ia, p. 431.

(fj Stitoo btijus Ittit pneserlim in? eteratn niiicum et veruni et solam alexipliarmaeiim esse mercurtaro. Contil. de lue venerea; GeoèTe, 1609, in-13, (««. 369.

(3) De dogroaticoram légitima et restitiita mcdicamentorum praeparalione , «b. I, t. 6.

(^) In sale petr» spiriloa •» qoi est de natara aéris, et qai tamen flammam <^cipere hand posait , aed haie potius contrarias. De priseorum philosoph, ^^^icinx materia , lib. i, c. s.

Iiib»Yi«S*

Né à Halle, vers 1560 , Libavîus exerça Tétat de médecin, dV bord à Rotenbourg , puis à Cobourg. On prétend que la fable d'Éson rajeuni lui suggéra Tidée de la transfusion du sang comme un moyen curatîf. En 1606, il devint directeur du gymnase (collège) de Cobourg, et conserva cette p^ace jusqu'à sa mort, arrivée en 1616.

Libavius se distingua de la plupart des paracelsistes par son langage modéré et son esprit d'indépendance. Loin de jurer par les paroles du maître, il s'attache à le réfuter quand il le croit dans Terreur. Brisant les entraves de l'autorité , il interrogea lui-même l'expérience, et, en enrichissant le domaine des fait?, il contribua puissamment au progrès de la science. Il s'écarte rarement des règles de l'urbanité, lorsqu'il répond aux diatribes des médecins galénistes. Défendant avec vigueur la thérapeutique chimique et môme l'alchimie contre les attaques d'Éraste , de Guibert, de Riolan et de l'école de Paris, il ne s'exagère pourtant jamais l'importance de la cause qu'il soutient (1). Le> théosophes ambulants, les vendeurs de panacées et de remèdes secrets étaient loin d'être dans ses bonnes grâces. G. AnwaW, J. Gramann, Michelius, Croll, etc., étaient livrés, par lui, au mépris universel (2), ce qui ne l'empêchait pas de croire à l'efficacité de l'or potable, et à la transmutation des métaux. ,

Les écrits de Libavius sont très-nombreux; ce sont, pour la plupart, des compilations d'auteurs anciens et contemporains (3). Cependant il ne s'est pas toujours borné au rôle de simple compila-

(1) DefensJo et dfHslariUo alcliymiœ lrantma(atori« Pfie, Guiberto oppostU ; Ur- Bell., 1 604, io-8* — Alcliymia triurophans de iiiiqua collegii Galenici spurii ceosoia et /. Kioiani tnonograpliia hindiliu everta ; Pranct., 1607, in-8''. — Eiameo censurœ schol» ParisieMift contra «Ichymiaro, 1601, 1604, iii-8<^. ~ Commenlirionim alcliymiœ para i. Pnemima est defcnaio aleliimi» et refutatk» ébjtictàoom , ex censura scholœ Paristensis; Francf., 1606, in-foi. I

(2) Panacœa Anwaldina vicia et prostraU, etc.; Francf., 1596, iit-4*. — Anli- ^<L g^/mania secunda sopplemento absulrdftatam, etc., a J. Gramanno effosaruoi op-

poaita; Francof., 1595, in-8°. — Nofus de medicina Tetenim tractatos; pars i, dogmata , etc., ad versus J. Miehelii conatum discatiunlar;ltnd, 1599, in*6^- Examen philosoplii» magicœ Crollii , etc.; ibid., 1615, ta-fol.

(3) Opéra medico-chymica ; Francf., 1606, 2 vol. in*fol.

•TROïStiME ÉPOQUE. 27

leur ; on y trouve aussi beaucoup d'observations originales. Son principal ouvrage a pour titre : Alckytnia recognita, emendata el auda , inm dogmaitlms et experimentis nonnullù, tum commentano medico-physico-ehymico ; Francf., 1597 , în-4".

Libavîus a donné son nom à un seld'étaîn ( bicblorure ), appelé liqueur ou esprit fumant de IJbavius. Est-ce lui qui Ta découvert? C'est douteux; car il en dit à peine quelques mots, et il n'en parle que comme d'une chose, dont l'invention ne lui appartient nullement.

Il prépar ait son sel par un procédé analogue à celui qu'on emploie encore aujourd'hui, en soumettant à la distillation une partie d'étain et quatre parties de sublimé corrosif (bicblorure de mercure ). Au lieu de l'étain pur, il se servait ordinairement d'un amalgame d'étain (1). Le produit ainsi obtenu, et qui bout à 120* du thermomètre centigrade , en répandant d'épaisses vapeurs blanches , suffocantes et très-denses , était appelé par Libavîus lui -môme ligueur ou esprit de sublimé mercvriel (liquor seu spiritus argenti vivi suhlimati) (2). *

Depuis les travaux de Basile Valenlin, les préparations antimoniales étaient devenues, pour ainsi dire, un objet de mode. Il serait donc surprenant que nos médecins-chimistes n'eussent pas connu Véméiique. Comme ils parlent souvent des fleurs d'antimoine (oxyde), et de la crème de tartre (bitartra te de potasse), ils devaient avoir plus d'une fois essayé de combiner ensemble ces deux substances. Et , en effet , Libavîus décrit, à diverses reprises, un composé de tartre et d'antimoine calciné (3).

Il décrit aussi très-bien le verre d'antimoine, qu'il préparait en faisant fondre la chaux d'antimoine (oxyde) avec du nitre et de la limaille de fer (4). Enfin il résume l'action des préparations antimoniales par ces trois mots : Yomere, cacare, sudare,

Varsenie blanc {arsenicum album sublimatum) était préconisé par les paracelsistes dans le traitement externe des ulcères can-

(t) Syntùgma Arcanor. cUymicor,^ lib. m, cap. 14. — Àlchymia pharmaceuiica, cap. ixTi.

(2) Pour mieux loaiprendre le laagage de Libavius, il importe de se rappeler que le sublimé corroftlf, étant distillé avec l'étaio , cède à ce dernier son tsprii , c'est- à-dire son chlore (qui n'était pas encore découvert), et le transforme en bicblorure d*éCain. Le mercure est en même temps réduit à Télat métallique.

(3) Alchym,, lib. ii, tract, ii, c. 26.

(4) Alchffmia pharmaceuiica^ c. i^vii.

céreux. Ce même remède servait aussi à faire, avec du lait et de la farine, des pastilles pour tuer les rats.(l).

De tout temps on a essayé les poisons et leurs antidotes sur des animaux, avant d'en faire Texpérience sur l'homme. C'est ici que Libavius fait une remarque , qui témoigne d'un esprit aussi observateur que sagace.

u Les expéiiences qui sont, dit-il, faites sur des chiens, des chats , des cochons, etc., ne nous inspirent pas beaucoup de confiance. Les animaux sont autrement affectés que les hommes, et, même chez les hommes , il n'y a pas deux tempéraments qui se ressemblent; il est donc impossible que ces expériences donnent des résultats absolus et applicables à tous les cas (2). d

Libavius a donné le nom û^esprit acide de soufre {spifiius sulfurs acidvs) à une solution aqueuse de gaz acide sulfureux, obtenue en brûlantdu soufre, et faisant arriver |e produit gazeux dans un récipient plein d'eau (3). Cette solution se convertit peai peu, au contact de l'air, en acide sulfurique. Il avait déjà recoonu l'identité de cet acide sulfurique avec celui qu'on obtient par la distillation du vitriol , ou avec celui qui est préparé en traitant le soufre par l'eau-forte.

Au chapitre des verres colorés par les chaux métalliques el des pierres précieuses naturelles, Libavius nous apprend que le verre rouge hyacinthe est fait avec un mélange de fer et d'or (4j. C'est donc à tort qu'on rapporte cette découverte à une époque beaucoup plus récente.

Le traité de docimasie {Arsprobatoria$eudocimaslica) est un extrait des œuvres d'AgricoIa, de Fuchset d'Ërker; il se distingue par une grande clarté. Le chapitre qui traite des fondant (flux) est un des plus remarquables. L'auteur insiste sur la nécessité de varier, suivant la difTérence des métaux, les proportions de nitre , de tartre, de borax et de sel commun, qui entrent dans la composition des fondants (5).

(1) Adliibetur ad necandos mures, sive quia paaUllos cum lacté et farina facere Yelit. Syntagm, Arcan.chfmic^Wb, vu, c. 20. Francf., ISII, in-fol.

(2) Canes, fêles, sues, gallos aliasqiie bestias in experimentiim produeerepamm fecit ad sccuritatem. Aliter islœ siint affect» ac liomines, etc. Àlekffmia pharmaceut., rap. xiy.

(3) Syniagma Arcan. cMm., lib. Tni,e. 19.

(4) Alchym,, lib. ii, tract, i, e. 34. Hyacintlmsde utraqite martis ctlerrea (nhtara) solis.

(5) Art probai.^ pars i, c. xii.

La chimie organique indiquant la préparation d'un grand nombre de médicaments , est peut-être la partie la plus intéressante des. œuvres de Libavius. On y trouve, entre autres, la description d'un produit connu aujourd'hui sous le nom d'acide camphorique; il était préparé en traitant le camphre par Teau-forte (acide Disque). Ce produit, dissous dans de Talcool rectifié, s'appelait aUum eamphorm (I ) .

La préparation du sucre caiul< (sucre en cristaux hydratés) y est également très-clairement décrite (â).

Libavius connaissait aussi très-bien le moyen d'extraire l'alcool de la bière et des moûts fermentes. Il indique même le moyen d'obtenir de l'esprit-de-vin à l'aide des grains , des fruits sucrés ou amylacés, des glands, des châtaignes, etc. : il faisait fermenter ces fruits pendant un certain temps, avant de les soumettre à la distillation (3).

A propos de l'analyse du vin, il désigne clairement l'eau, l'alcool, le tartre et la matière colorante, comme les principes constitutifs du jus fermenté des raisins (4).

La question des eaux minérales, en tant qu'elle se rattache à la chimie , n'avait été jusqu'alors étudiée que très-supérficiellement. Libavius y consacra un ouvrage spécial , De judicio aquarum mineralium (5), où il recommande, comme un bon procédé d'analyse, d'évaporer les eaux, de peser le résidu salin, et de comparer son poids avec celui de la liqueur employée. 11 indique en môme temps un moyen aussi simple qu'ingénieux pour reconnaître si une eau est minéralCy c'est-à-dire si elle est chargée de &els métalliques alcalins et terreux. Ce moyen consiste à tremper dans l'eau un drap blanc d'un poids connu , et 2i le faire ensuite sécher au soleil. Après sa dessiccation complète, on pèse le drap de nouveau ; s'il augmente de poids et qu'il présente des taches, on en conclut que l'eau est chargée de substances fixes

{X)Alchym.^ tract, ii, cap. xxiv.

(2) Akhfm.y tract, ii, c. xxxviii. Saccliari libras viginti tusas solve aqua q. K> in caldario. Sfne parnm ehtitUre ; — Tiinde in labrum figuliniiin quadraturo intos titratum et diTersis tabulalis dUtinctum ; — foris istis impone baciilos abirgnos Tel pineos a se ires digitos distantes : saccharum affusum accrescU more crittallU

(3) Alchym., lib/ii, tract, ii, cap. xwi. Spiritiia vini fieri potest ex granis, b^ii, glande fagina. etc.

(4) Tractai, ehymicus de igné na/tira?, cap. iLvtii. (&) Opéra, vol. lî, in-fol. ; Francof., 1606.

minérales. Dans cette opératioa, il faut, ainsi que le remarque judicieusement Tauteur, éviter avec soin l'accès de tout courant d'air qui pourrait emporter quelques parcelles de ces substances (1).

Quant aux ouvrages plus spéciaux dcuLibaviua, nous nous bornerons à en indiquer les titres ; tels sont : Neth-ParaeeUica^ tu (fùbus vêtus medicinadefenditur, etc. Prancf., 1594, in-8^; — Berm chimicarum epistolicaforma ad philosophas et medieoiseriptarum; ibid., 1595-1599; 3 vol. in-8^ — Alchimia edispersis passm opHmorum auclorum, veterum et recentiorum, exempliSf etc. eoUeeta; ibid., 1595, in-fol. ; — Commentationum metaliicarum libri Pi de natura melallorum, etc., ibid. ; 1597, in-4®. — Praxis alehemia; ibid.; 1605et 1607; — Commentariorumaichimiœ Partes II ;ih\à.i 1606, in-fol. ; — Defensio alchimix transmutaioria^; ibid.. 1615, in-8^ ; — Examen philosophix qux veteri abrogando opponitur; ibid., 1615,in-foL(2).

AdTAi-Milres de* doctrines de Paracelse.

Il était plus facile d'attaquer que de défendre les idées de Paracelse. Malgré celte facilité , les adversaires de la médecine latrochimique furent comparativement peu nombreux. Quelquesuns, comme Oporin et Vetter, s'attaquèrent, à défaut d'autres arguments , à la vie privée de Paracelse , en le dépeignant comme un homme crapuleux et ivrogne.

Thomas Ëraste ( Lieber ), Suisse de nation et professeur de médecine à Bàle , fut un des ennemis les plus acharnés de son célèbre compatriote. Malheureusement les raisons dont il se sert pour combattre les idées de Paracelse, au lieu d'être déduites de

(1) Aliud est experimentum per ptnDum. Gerti poDderis pannum Dandon û aquam iDjîcimus , donec probe sil madefactus. Hanc suspendimas ut per se tsM' cetur. In sicco contemplamur, oum quid macalatum traxerit; exploramas tten an non ponderoaior evaserit , etc. — De judicio aquarum minerai., Pars u, cap. if.

(2) Pour compléter cetle liste, voy. Rotermund, Supplément à Joecber, 6elehrlen-Lexicon; Freher, Theatrum eruditorum; la Biographie généraU,u^ Libavius.

TR01Sl£lf£ ÉPOQUE. 31

l'expérience, soDt lé plus souvent empruntées aux arguties de la philosophie scolastique. Il relève quelquefois avec trop d'aigreur les nombreuses contradictions qui se rencontrent dans les écrits de Paracelse et de ses disciples. Il nie Tezistence de la pierre philosophale (4), et combat victorieusement la théorie, d'après laquelle les corps vivants ont pour éléments le mercure, le swfve et le sel. Il reproche à Paracelse beaucoup de mauvaise foi, et rapporte que tous les malades que ce médecin avait traités pendant son séjour à Bàle sont morts dans Tannéev II raconte à ce sujet rhistoire d'un gentilhomme de Bohême et d'une femme qui , après avoir fait usage des médicaments chimiques, moururent en peu de temps, par suite d'attaques d'épilepsie réitérées. Il reproche aussi à Paracelse d'avoir décrit comme incurables des maladies qui ne Tétaient pas; et il cite, comme exemples, la goutte, la phthisie pulmonaire et l'épilepsie (2).

Un adversaire non moins redoutable fut Bern. Dessenius. Il consacra un vohime à la défense de la médecine ancienne contre les paracelsistes (3).

Pour ne pas trop allonger la liste des adversaires de Paracelse, nous nous bornerons à citer : BauNO Seidel (4), Sonbe (5), Stu- P^m:s (6), Cbato de Kràftheuc, Gonr. Oesmer (7), H. Conruïg, GuTwi (8).

Us doctrines médicales de Paracelse étaient vivement attaquées en France par Dubet (9)) J. Aubbrt de Vendôme (10), Germ. CouRTiR (li), Antoine Penot (12) (qu'il ne faut pas confondre avec

(1) Explicatio qtuestionis famosw illius, utrum ex metallis ignobilibus au- ^n verum et naturale arte conjlari possit ; Bâle, 1572, in-i*".

(2) Disputatienes de medicina no?a Tbeophrasti Paracelsi ; B&le , in-4°.

(3) Defensio medidoie veterU ac rationalis advercus Georg. Phaedronem et s«i^m ParaœUi, etc. ;. Cologne, 1573, iii-4°.

(4) Uber morborani ittciifa|»ittuin causas cum brevitate explicans; Francf., li93, in.»».

(5) Oratio de Tfaeophrasto Paracelso «jusque peruiciosa medicina ; Nuremb., »«10, in.4*.

(6) Pnedpua pseudochymi» capita ex Paracelso; B&le, 1622, m-4^

(7) Gesneriaosepislolae ed«, Wolffius; Zuricb, tô77, io-S^".

(S) Solus philosopbus, 8iv« noT» medicin» ac obemiœ compendiosa refutatio. (9) De artbritidis vera essentia advenus Paraceisistas ; Lyon, 1575, in-8''. W neroetalloruni orlu et eansis ooitra cbemistas explicatio; Ljfon, 1575, in-4*'.

(11) Disp. advenus Paraoels. de tribus priocipiiSy etc.; Paris, 1579, ia-4'>.

(12) Ale&lpharmaciaiD, etc.; Bâle» 157e, in-S^

33 HISTOIRE DE LA CHIMfE.

Bernard Penot), J. Riolan (i), Du Gault (2), J. Dottnet (3) e Georg. fiEETiN (4).

Ifttat d« la phantActo. •— HMccUm écl«etl««M.

Les établissements pharmaceatiques, autrefois en nombre trèslimité, se multiplièrent rapidement en France, en Allemagne et en Italie. En 1538, les médecins d'Augsboui^ rédigèrent une espèce de codex dont les prescriptions furent généralement adoptées (5). En France, les rois Louis XII en 1514, François 1" en 1516 et 1520, Charles IX en 1571, Henri III en 1583, et Henri IV en 1594, octroyèrent des statuts qui devaient réglementer l'exercice de la pharmacie (6). La Russie reçut les premiers établissements pharmaceutiques vers la fin du xvi' siècle.

La pharmacie , en général , se réduisait alors à la préparation des médicaments officinaux qui n'exigent pas de profondes connaissances chimiques. Les médicaments magistraux devaient être préparés, du moins en Italie , et notamment à Florence et à Ferrare , en présence même des médecins qui les avaient prescris | afin de prévenir toute fraude et sophistication (7). I

On conçoit aisément que les médicaments, dont la préparation présuppose la connaissance de la chimie , devaient rester longtemps exclus de Tofficine du pharmacien. Aussi Paracelse et se^ partisans eurent-ils à lutter, non-seulement contre cet esprit de routine des médecins, qui s'oppose à toute innovation, mais encore contre Tinertie des apothicaires , qui ne se souciaient guère d'apprendre la préparation de remèdes nouveaux.

(l)Comparatio veteris medicinae cum nova. Paris^ieos, 12;Padoue, 159iiiD^'' .. Ad Libaviî maniam responsio pro censura sclioltt Parisinw adTersos alcbymiam; Paris, 1606, in- S*.

(2) Palinodie ctiimiqne , où les erreurs de cet art sont réfutées ; Paris, 1580, in-^'-

(3) Apologia ad versus multorum, proserlim Tlieoph. Paraceisi, calnniaias de antecedeuti arthritidis causa , etc.; Paris, 1582, in-8*.

(4) Medicina libris XXabsoluU, etc.; Bàle, 15S7, in-fol.

(5) Conclusiones et proposHiones universaoi medidnam per geoera compta* tenles; Aiigsb., 1558, in-4*.

(6) Joubert, Dictionnaire de$ arts et métiers, t. I, p. 105.

(7) Lisetti Brnanci, Deciaratio fraudum et errorum apud pharmacop*^ commissnrum. Acced, ejusd, argumenii dialogusJ, A, i/>detti;thbi,lo^'

THOISJÈJIE ÉPOQUE. 33

Les priacipauz médecins et chirurgiens dont rautorité était suivie dans presque toutes les pharmacopées de ce temps se nommaient : J. Fzbnel (1), professeur à TËcole de médecine de Paris ; J. Dubois (Stlyius) (â), G. Rondklet (3), doyen de la Faculté de Montpellier, B. Dessenius (4), J. Besson (5), A. Foes de Metz (6), L. Joubert, médecin de Charles IX (7), N. Hovel (8), Ptiaux (9), A. Pab£ (10), J. Sghtron (11), chancelier de la Faculté de Montpellier, B. Bàuderon (12)» A. Constantin (13), Fr. Ranchin (14), N.-A. Frabcbesarius (15), M. Dusseau (16), A. Da- MOT (17), Th. DE Plbignt (18), V. Trincaveua, professeur à Padoue (19), J.-B. MoNTAN (20), H. Calestani (21), F. Rota de Bo-

(I) UniTMTta iDedicina. — Vita Ftrnelii^ dans Pédit. de G. PUntio. (3) Voyet Moraau , Vila Sy/oli» dans son édit. des Œuvres de Duiwis.

(3) Methodnt de materia medicioali et compotîtione medicamenturoin ; Padooe, lâ56, in-S'>.

— Liber de ponderibus, jiista qualitate el proportione médicament.; Padoue, 1555, in-t».

— Foraiulse aliquot remediomm; AnTert, l&7i, in-fol. ^ Dispensaloriiiro ; Colopie, 156&,in-t2.

— Pharmacopœaram olficina cerrectior; Lond., leob, in-fol. [k) De coropositione medicamentorum ; Frand., 1556, tn-M.

(5) De absoliita ratione eitrahendi aqiias et olea ex medicameiitis simplitibu; Zurich, 1559.

(6) PUarmacopoea; BAle, 1561, in-S^

(7) Voy. Teissier, Éloges des hommes savants , t. m.

(8) Pharmacenlices libri ii; Paris, 1571, in-S*". —Traité de la tliériaque ; Paris 1573, in-S".

(9) Traité de la pharmacie moderne; Paris, 1571, in-S^.

(10) Œuvres ; Paris, 1575, in-fol. La meilleure édit. est de M. Malgaigne (Paris, 1840).

(II) Medendt methodua. Accediltractatusmedicamentorom siffiplicium;Montp., I»>»,in-12.

(13) Paraphrase snr la pharmacopée; Lyon, 1508. (Impiimé avec L. Catalan, rarleseaux distillées; Lyon, iet4,tn-12.)

(13) Brertraité de la pharmacie provinciale ; Lyon , 1597) in-S*.

(14) Œuvres pbarnMceutiqoes, éd. par CataUin; Lyon, leis, in-8*.

(15) OrdoManoes sur les préparation» des médicameats tant simples que composés, nouvellement réformées ; Paris, 1613, ln-4*.

(16) Enclitridion , ou Manuel des royropoles ; Lyon, 1561, to"4^

(17) De medicamentorum prfleparatione ; LuRd., 1582, in«8^.

(18) Densu pharmaceuticesinconsarcinandis medicamenfis ; Anvers, 1539, ïa-V.

(19) De medicae artis usu apod Venetos; Bâle, 1570, in- 8*. — Decompoddone el tiM medicsmentordm; Venise, 1571, Xft-V,

(30) Explanalio eorum quos pertinent ad tertiam partem de componendis me* «licimentis ; Venise, 1553, in-8^

(31) Délie osservaiJoni, elc. ; Venise , 156*)!, in-4^.

HIOT. DE L4 mmiP.. — T. II. 3

logne (1), Càsàlis de Brescîa (2), J, Delphtn (3), J. Snvius de Lille en Flandre (4), H. Capo di Vaccà (Capivaccics), professeur à Padoue (5J, G. Fallope de Modène, le célèbre anatomîste (6); Fr. Alexandre de Verceixi (7), P. Bargaotcci (8), A. Bacci, médecin de Sîxte-Quînt (9), H. Mercttrialts de Forli (10), M. deOd- Dis (il), A. Césalpin professeur à Pise (1^), ï. Balcianellus (13), Guiil. Seraphini (14), F, Costa (15), A. Anguïsola (16), P. Ma- SBUi de Bergame (17), N. SfELLioLA (18), B. Tdrrisani (19), Valer. Ck)RDUs (20), Corn. Petri (21), M. Brassavôla de Perrare (22), Angel. Blonduç (23), Nie. Massa, médecin de Venise (24), Léon

(t) De tntrodtioendis Graecorum medîcamtnibas, etc. ; Bologne, 1553, io-fol. (2) ExpUeatio medicamentoniin simplidum ; Padoue , 1553, iii-8^. (a) EYpIanatio in Geieni artlt medidnalis Iftyraro; Venise, 1^7, in-4«.

(4) Tabulœ pliarmacorum ; Anvers, 1568, in-8**.

(5) De compotitione medieamenforum ; Franef., 1607, in*1S.

(6) De composilione medicamentorom et de caoteriîs ; Venise , 1570, in-4''.

(7) Apolio omnium comtM>8ltonim et siaplicinm , eto.; Venise, 1665, in»M.

(8) Fabrica delli speiiali XII distinaioni; Venise, 1566, in-4«.

(9) Tabala de theriaca, qu» ad instiCiita vetemm, Galeni alqoe Andromacbi is- ▼enta est ; Rome, 1582, in-8°.

(10) Tract, de composilione medicamentornm, etc* ; Venise, 1580, in-i".

(11) Metbodus exactissima de componendis medicamentis, etc.; Padoue, 1S8S, in-4*».

(12) Qusestionum medic. Hb. ii. —De facoltatibus medicamenlorum, lib.!; Venise, 1593, in-4^

(13) Discorso contra l^abnso dell' antimoniopreparato, d*argento tIto sublimito e del precipitato in medicina soluti?a ordioato ; Vérone , 1603, in-4*'.

(14) Die com|H>sitione medicamentorom, etc.; Turin, 1594, fo 4^'

(15) Dhcorso sopra le compositioni degli antidoti e medicamenli , etc.; tfaotose, 1586, io-4'>.

(i6)'<6ompendian slmpHcium et composilonim médicament. ; Plaisance, i&M» in•4^ (l7>PhartnaoopSBiBergameiisls;aergame, 15ao,in>4*. *

(18) Tlieriaca et Milbrid., etc. ; Naples, 1577, in-4«.

(19) MediUtiones iotheriacom, etc. ; Venise, 1576, i»4*.

(20) Dispensatorimn pharmaoenim omnium ; Noremb., 1535, te>8^.

(21) AdnoUtinttculaBaliquotiBivlib.Dlo8C0rîdis; experiaMOta « aBtidfta,oootra Tartos morbos ; Anvers, 1533, in-8°.

(22) Examen omnium syruporum quorum puUicus usus est; Venise, 1545, io-S"*

— Examen omnium pilularum quarum apud pharmacopolas osos est;BAlef 1543, in-4^ . - .

— Examen omnium electuariorum , pulverum, etc. ; Venise, 1548, in-8^

— Examen omnium loocb , tincturarum, decoctionum , etc. ; accedit de morbo gallico tractatus; Venise, 1553, in-e"^.

— De medicamentis tam simplicibus quam composilfs, efc; Zuricli, 1555, |n ^ •

(23) De medicamentis quœ apud pharmacopolas reperiuntor; Rome, 1344,io-8*>

(24) Epistolœ médicinales et pliysiologicœ; Venise, 1558, fn-4^.

TfiOISliUfE ÉPOQUE. 3S

Fvcis» professeur à Tabhigue (1)^ A. Barland de Namor (2), J. Âgricolâ AmcoMius (^, hî^tCEiêAm (Drtandbr), professeur à Mvbourg (4), G. Herm. RtfF; (5), R. FticHS de Limbourg, cha- Doinc de Liège {(S), J. Kûffner (Taocroraus), médecin tyrolien (7), J. BBBTSGHifBiDBR <Plokovomvs) (8), J. PoNTANUs, professeur à Kœnigsbei^ (9), 6. Sturziabbs (10), G. PiCTOvius de Viilingen(ll),And. Bûttner(I2), i. Dra6ojav08(I3), J. Wittich d'Arnstadl (44), Theod. Tabern^montaiois (45) , Théodore Ui> STEiN (4B), G. Masbach (47), Nucr (48), G. Bauhin, professeur à Bâle (49), Ph- SCHBRB d'Altdorf (20), T. Doriikreix (24), Seb.

(1) De componendorum mJsceDdoriiniq'ué medicamenWum ratione; Bâle, 1549, in-fol. ' â

(2) £pUU>U m^iea de aqoArum distiUManmi facultotibos ; Anven, 1536, in-S^.

(3) Medicinae berbariae iibri ii; Nnremb., 1534, Iq-8^ — Scholia in Nicolaum Alèxandrio. de ComposiUone medicamentor. ; tngolsladt, 1541, in•4^

(4) Der ganzen Arzney gemeiner Innhalt (compendiam de médedae); Frtttcf., I542i In^ol.

(h) CQnfectbuch und Bausapothek^ etc. ; Strasb., 1541, ytx-i?,

(6) Pharmacorum omnium quœ îd communi simt practicanliam usu Tabuls; Paris, 1569, !ci-12. . i

—Biatoriài omnium oquarinn <|aa iai commuoi hodie pricticatitiuro sunt usa, etc.; Piris,1542,in^^. ,

(7) Pbarmacoiiteriqn , «ive medicamenta composita secundnm ordinem eflec- (ogm alpliabeticum ; Ingolst., 1542, in-12.

(8) Pbarmacopœa in compendiam redacta ; AnTen, 15e0, în'S». — De di8tilla-< tionibos cliemiQiB epiat ; FwwCr8iir-i;oder« 1553, in-S"", , .

(9) Metiiodos componendi theriacnm et,praeparan|i i^mbram iaciitiam; Leipzig, 1604, in-4**.

(10) bispensatorium utilissièDÔnimlioclempore médicament, dikipiinam oonUiieos;iei4, in-4*.

(11) Medicinae tam Binpkioea quam componts ad pœne omnes corporis humani cffectpa» ex Hippocrate, Qaleno , Avicenna, JElgineta ordine alpliabetico conscript»;Bàie, 1560, in•S^

(12) pe tlieriaçael mithridatio Graecornm ; 1549, in*8®.

(13) Tlieriaca et mithridatium , duo antiqaissima Graeoorum iintidota, etc.; Francf.^,1552, in-^°. , ,,

(14) Metbodos tam simplicium quam composiforum medicamentorum quœ apud rccentiorea «uni in usu; Leipz., Ià96. in-8®.

(15) Arineyhùch{V\sit de médecine); Francf., 1577, in-fol.

(16) De pharmacandi comprobata ratione , etc. ; Bâle, 1571, hl-8^

(17) CoBectanea practicaet pbarmaceQtica;'tJlnà, 1676, in-4^

(18) Pbarmacopœa; Amst^.,1580., in 8^

(19) De remediorum fbrmnlis Grœcis , Arabibns , Latinia aaitatis , etc., Iibri duo ; Francf., 1619, in-8^

— De composifione medicameDtormn, etc. ; Offonbach., 1610, in-S*.

(20) Sylva medicamentorum compositorum quae usuiquotidianuaexigit; Leips., 1617, in-s».

(21) Dispensatorium adomnia propemodom corporis humani paUiemata; Ham* bouTg, 1804, in.8".

36 UlSTOIRk; DE LA CHU11£.

Bloss, professeur à Tubingue (i), J. Sporisgh (â), J. Hasuul de Berne (3), L. Perbz de Tolède (4)/G. Henisch (5), F. Vallès, médecin de Philippe II, roi d'Espagne (6), M. Serybt (7), L. Cql- LADO de Valence en Espagne (8), Perd, de Sepulybda de Sèffh vie (9), Amatus Lusitanus (Rodbeic bb Castello-Albo) (iO).

Tous ces médecins, dont il serait facile de grossir la liste d'après les catalogues donnés par Gmelin et Sprengel, étaient restés fidèles aux anciennes traditions des écoles d'Hippocrate, de Galien et des Arabes. Us ne s'étaient ouvertement déclarés ni pour ni contre les médicaments chimiques de Basile Valenlin, de Paracelse et de leurs disciples. Ils se renfermaient à cet égard dans un silence que chacun pouvait, interpréter à sa manière : c'étaient, en un mot, des médecins à la fois savants et prudents. Us comptaient sur l'avenir.

Il existe une maladie dont le traitement produisit une véritable révolution en pharmacologie, et qui contribua, plus que toas les écrits de Paracelse et de son école, à répandre l'usage des médicaments chimiques, et en parliculier de ceux qui sont empruntés au règne minéral. Cette maladie était déjà si commune au xvi^ siècle (on n'a qu'à lire Rabelais, Fracastor, etc.), qu'on est porté à révoquer en doute son origine moderne : c'est avoir nommé la syphilis.

On s'est demandé avec quelque surprise pourquoi , dans le choix des remèdes nombreux dont dispose la thérapeutique, on est tombé dès l'origine sur la substance qui est encore au-

(1) De medicin» parle pharmacentica; Tobing., 1606, fn-4°. (3) Tract duo de ratione {Dveoiendi compoaita medicamenta, etc.; ieUf 1607, in-8°.

(3) De logisUca medica, êlve de roedicamentomm simplidom et composiloriim» etc.; 1&78, in-4^

(4) Theriacœ historU; Tolède, 1675. — De medicamentorum slmpttciom ^ compositorum hodiernoœ?o, etc.; Tolède, 1599.

(5) Eoehiridion roedicum medicamentorum tam simpliciom quam compositorum; BAte, 1573, in-8*.

(6) Tratado de las aquan dislilladas , pesos e medidas, de que los boticarios debeo usar; Madrid, 1592, in-8^

(7) Syruponim uaiversa raUo ad Galeniceosiiram diligeoler exposiU} Paris t 1537, ln-8».

(8) Pharmacoruro omnium quoe in usu sunt apud nostros pharmacopoMA fD»* meratto ; Valence , 1561, in-S**.

(9) Manipnlus medicinarum, in quo conlinenlur oinneA medicinae tam siropHcei qoam compositœ; SégoYie, 1550, in-fol.

(10) Cnrationi medicinîill ; Venise, 1557, In*»**!

jourd'hui par la majorilé des médecins regardée comme le spécifique des maladies vénériennes, le mercure. 11 esl cependant facile de s'expliquer ce choix, lorsqu'on songe au rôle important que jouait le mercure dans les théories et les opérations des alchimistes, qui tous se disaient en possession de quelque secret pour guérir toutes les maladies. Il est même à remarquer que presque toutes leurs panacées étaient des composés de mercure ou d'or.

Les praticiens ne tardèrent pas à constater Fefficacité des préparations mercurielles dans les affections syphilitiques , et dès lors ces remèdes prirent décidément rang dans les pharmacopées.. Le mercure était d'abord administré à l'état mélallique, soit en fumigation , soit incorporé dans un onguent ou dans un emplâtre, d'après les méthodes de J. de Vigo (i), de Guido Gumi (2), de J.-B* Berengar (3), de Mathiol, etc. (4) ; mais on ne tarda pas à l'employer à l'état de combinaison. Le précipité rouge (peroxyde de mercure), obtenu soit en chauffant le métal en contact avec l'acide nitrique, soit en le calcinant longtemps à l'air, était le plus ordinairement mis en usage, comme dans les pilules si renommées dont on attribuait l'invention au fameux pirate Barberousse (pilules de Barberousse). Quercetan (Ducbesne) (5) et Paracelse préconisaient ,dans le traitement des affections syphilitiques, outre le précipité rouge, le sous-sulfate jaune de mercure {furbith minéral) et le sublimé corrosif. L'usage de ces moyens finit môme par être adopté par les adversaires les plus violents de Paracelse,* par Thomas Éraste, Crato de Kraftheim (6), J. Lange (7), P. Uffenbach (8), J. Oberndorfer (9), Zach. Brendel (10), et par beaucoup d'autres médecins célèbres de leur temps.

(1) Pradic. copios. ; Lugd.. 1519, iD-4^

(1) Opéra oronla, t ii, p. 32S (edit. Francof., 1626, in fol.)*

(3)yoy. Fallope, Demùrbo gallieo, c.76; et Massa, SfHsL w,

(4) De morbo gaUico; Venise, 1535.

(&)Deprtscoroai philosopli. ver» medicinae materia (consilia de lue venerea) ; Gervas., 1603, 8.

(6) Commentar. de morbo gallico, etc. ; 1594, in-S®.

(7)epist med.; Hanovre, 1605, in-8**.

(8) Principioram chymicorum examen, etc. ; Bftie, 1606, in*8*.

(9}Apologia cbyraleo-medica advenus illiberales M. Rulaodi ealuranias; Amb«r|L 1610, ln-4^

(lO) Chyroia in arlis formaro reducla, methodui> addiscendi encheireses, correctio medicamentorum plorimoriim, disquisitio de aoro potabili ; Jena, 1630, in-S**.

38 HISTOIEE DE LA GBIlfIE.

CHIMIE BIÉTÂLLGRGIQDE.

La métallurgie fit des progrès très-rapides au xvi^ siècle. L'exploitation active des nombreuses mines d'Allemagne et la découverte de PAmérique y contribuèrent puissamment. '

Ceorye» Ayrteola,

G. Agricola naquit en 1494, non pas à Olaucha^ comme on l'a dit, mais à Chemnitz, eu Saxe, d'où il fut surnommé KemprUeius, Son véritable nom parait avoir été Landmann{en latin Agricola); car les savants avaient alors, pour le rappeler^ la coutume pédantesque de traduire leurs poms ep latia ou en grec. C'est ainsi que Schwarzerde (terre noire) s'appjelait if e/ancA(Aon; HavBSchein (lueur de la maison), OEcoîampadius ; Holzmann (homme de bois), Xylander; Bock (bouc), Tragus; Wolfgang (marche de loup), Lycabcts, etc.

Agricola s'était, ainsi qu'il nouK Rapprend lui«m6me, livré pendant sa jeunesse à l'étude de la médecine, en fréquentant les Facultés les plus célèbres d'Allemagne et d'Italie: Il avait séjourné deux ans dans la ville de Venise, qui faisait alors le commerce le plus considérable des principaux produits chimiques.

De retour dans son pays, il se mit, avec toute son ardeur pour les sciences, à étudier la métallurgie. Il visita les montagnes de la Bohême, et vint s'établir, pour quelque temps, à Joachimstbal,

TaOISlÈMS ÉPOQUE* ., 39

où il gagna sa vie en exerçant la médecine (1). Tous ses moments de loisir étaient consacrés à ses occupations favorites, 'à rart métallurgique et à la lecture desclassiques^ particulièrement de Pline, de Dioscoride, de Galieui de Strabon.

C. Âgricola ne fut point alchimiste, comme nous le verrons plus bas, et il mérita^ par son savoir et sa modestie, J'estime de son siècle. Aussi entretenait-il . dçs relations d'amitié, avec Érasme, Georges Fabrîcius, Wolfgang Meurer, Val^rius Cordus, Jean Dryander et G. Cammerstadt. Cç dernier sollicita pour Âgricola, dont la fortune était très-modique, une pension annuelle. Maurice de Saxe ,s'empressa de la lui accorder. .

Âgricola inclina d'abord vers I^s doctrines de Luther, Mais, voyant les excès qu'entrsdnait la réforme, il témoigna, par la suite, de Tindifférence, sinon de l'aversion, pour la cause du protestantisme, et mourut) en 1555.;^^ dans la communion de l'Église catholique.

OuTrmges de G* Ayrieola*

(]e qui frappe dans la lecture de ces ouvrages, indépendamment de leur intérêt scientiflqne, c'est la pureté'et Télégance dû langage. Digne émule d'Érasme, l'auteur évite avec soin l'emploi des termes latino-barbares, dont les alchimistes étaient si prodigues (2).

Les écrits d'Agricola, et en particulier le traité Dé re métallica, ont eu un assez grand nombre d'éditions (Bâie, 1546, in-fol. ; 1556, 1558, 1501, 1571 ). Ils furent traduits du latin en allemand (Bâle, 1621, in-fol.), sous le titre de Bergwersksàuch, etc.

L'édition la plus complète des œuvres authentiques d'Agricola parut à Bâle en 1657, in-fol.

L'ouvrage le plus important de G. Agricola traite delà métallurgie (3). Il passa longtemps pour une autorité considérable

(1) Voy. la préface qui précède le traité De veteribus et novii mètalUs,

{"i) Agricola est, sous ce rapport, au moins aussi scrupuleux qu^Érasme. Ainsi,

V*t exemple, à la place du mot episcopvu^ il emploie celui de pontifex. Mais,

comme ce dernier nom peut s'appliquer à plus d'un ordre hiérarchique, il ajoute :

i>el utipsegrxcesevocatiniaxtmiK.

{%) Georgii Agrkolœ Kempnicii medici âc phllosopM clarissimi De re metatlica

2<M Xlf; quihus officia, instrumenta, mâctiinae , ac omnia deniqne adf nie-

en cette matière, et il le méritait, i tous égards^ ainsi qpe nous allons le montrer.

L'ouvrage De re metallica parut, pour la première fois, imprimé en latin, à fiftle, en 1546.

Il est divisé en XII livres.

Dans le livre /, l'auteur commence par énumérer les diverses sciences que doit posséder le métallurgiste. Outre la physique et la chimie, il doit, disait-il, connaître la philosophie, afin de savoir apprécier l'origine et la nature de tous les produits souterrains ; la médecine, afin de pouvoir soigner les ouvriers, prévenir les dangers de l'asphyxie, et guérir ceux qui sont atteints de quelque maladie métallique ; l'astronomie, pour savoir l'iofluencedes astres sur l'étendue des filons; enfin, la mécanique, l'arithmétique et la jurisprudence.

Abordant la question de savoir s'il y a plus de profit à cultiver la terre qu'à exploiter les mines, il n'hésite pas à répondre que si le sol est fertile, et que les métallurgistes soient des ignorants, il faudra donner la préférence à l'agriculture.

Enfin, il passe en revue, avec un rare bon sens, tous les inconvénients et les avantages que peut offrir la pratique de la métallurgie.

Le livre II contient des instructions pratiques, adressées aux entrepreneurs. Il faut, remarque l'auteur, beaucoup de patience et souvent de grandes dépenses , avant de rencontrer un filoo assez riche pour dédommager de toutes les peines, en rapportant de larges bénéfices. C'est pourquoi, ajoute-t-ilj il n'y a guère que les gouvernements ou les sociétés d'industriels , réunissant en commun de grands capitaux, qui puissent se livrer avantageusement à ces sortes d'entreprises.

Avant d'ordonner des fouilles, il est nécessaire d^examiner la nature du terrain, les propriétés de l'eau, de l'air, les contrées du voisinage, etc. Il faut qu'il y ait de vastes forêts aux environs, afin de fournir les matériaux nécessaires au chauffage da minerai et à la construction des machines.

Parmi les moyens indiqués par l'auteur pour arriver à la dé-

laUicam spectantis, non modo luculentisftime describantur, Md el per effigies» «iito locii insertas, adjiinctis latinia germaniclsque appellationibus, ita ob oculos lionuntur, etc. ; BAle, i&57, in-fol. — C*est cette édition que noua avons sous les yeux.

TROISlilU iPOQUB. 41

couverte des fiions métalliques, il s'en trouve un qui mérite de fixer notre attention. Il est emprunté à la physiologie végétale. Agricola observe que, lorsque les herbes sont chétives, pauvres en sucs, et que les rameaux et les feuilles des arbres revêtent une teinte terne, sale, noirâtre, au lieu d'être d'un beau vert luisant, c'est un signe que le sol est riche en minerai dans lequel le soufre domine ; il ajoute que certains champignons et quelques espèces d'herbes particulières peuvent également déceler la présence d'un filon.

Affrontant les préjugés de son temps, il taxe d'imposture tous ceux qui emploient, pour la recherche des métaux, la baguais de coudrier fourchue^ tournant entre le pouce et l'index. « Ce procédé, s'écrie-t-il, rappelle la baguette de Circé, qui changea les compagnons d'Ulysse en pourceaux .

Le livre /ff est consacré à la description des différentes formes et directions que les filons peuvent affecter dans le sein de la terre.

Le livre IV traite des instruments et des mesures propres à constater l'épaisseur et la longueur des filons. Celui qui avait découvert une mine était obligé d'en prévenir le maître ( magisier mtallorum ). Après quelques solennités d'usage, la tête du filon était donnée à celui qui avait découvert la mine; le reste revenait au souverain, à son épouse, au grand écuyer, à l'échanson et au grand chambellan. Tout cela fut modifié plus tard, et le souverain se contenta de prélever un dixième sur le produit brut.

Les lois disciplinaires, qui régissaient les ouvriers, étaient trèssévères; mais il n'y avait aucun règlement d'hygiène pour ménager la santé de ces malheureux. La journée était divisée en trois parties, appelées travaux. Chaque travail était de sept heures; les,troisheuresquirestaientpour remplir la journée de vingtquatre heures étaient le temps de la récréation. Pour empêcher qu'accablés de fatigue, les ouvriers ne se livrassent au sommeil, on les forçait à chanter.

Le livre V expose les détails des travaux qu'exigent les fouilles et la nature du terrain.

Le livre VI est consacré à la description des instruments etdes machines employés dans les fouilles.

Le/tt;reF//traitedel'analyse desminerais, ou de l'appréciation <le leur richesse métallique. Dans ce but, l'essayeur fait d'abord fondre le minerai en le chauffant avec du charbon dans un four-

neaii de briques. Après cela, ii le chauffe dans un creuset de .cendres avec du plomb ( ampelàUion ). 11 faut que le plomb doDt il se sert soîi exempt d'ai^ent» comme l'est celui de Yillach.

Ici Agricola eatre dans les détails de la eoupeUatioD. Mais il parait ignorer oe qu.en avait déjà dit Geber (i). .

Il indique aussi remploi de reau-forte- pour séparer l'argent de For.

DansleM^re F/// il parle des divers traiteoients qu!oii bit subir aux minerais retirés des entrailles du $ol. « On les broie d'abord, dit-il, avec des marteaux; on les .grille ensuite^ afin d'en expulser le soufre^i se trouve si souvent dans les veines méUlliques ( sulfur êêspius in ve^is fneiêlUeis ine&i). » *▼ En effet, la plupart des mines de plomb, de cuivre, de fer, etc., sont des sulfures de ces métaux.

Voici comment l'auteur décrit le procédé de grillage alors usité : « On construit une espèce de fossé carré, où l'on met des bûches les unes sur les autres enforme croisée, jusqu'à la bauteurd'ooeà deux coudées. On place sur ce bois les morceaux de minerai broyés, en commençant par les plus gros. On recouvre le toot de poussière de charbon et de sable mouillés, de manière à donner au bûcher l'aspect d'une meule de charbonnier. Enfin on ; met le feu. Ce grillage s'effectue en plein air. Cependant, lorsque Ja mine est trés-riche en 30ufre, on la chauffe sur une large lame de fer percée d'une multitude d'orifices, par lesquels le soufre s'écoule pour se figer dans des pots pleins d'eau placés au-dessous...

<c Lorsque le minerai contient de l'or et de l'argent , continue l'auteur, on le pile, et on le fait moudre dans des moulins; ensuite on le lave à grandes eaux sur un pian incliné ; enfin on le mêle avec du mercure. Il se produit un amalgame qui, étant fortement comprimé dans une peau ou dans un linge, laisse passer le mercure sous forme d'une pluie fine, et Ton reste. Mais il y adhère un peu d'argent. » .,

Ce procédé était dé^h connu dans l'antiquité,, ainsi quenous l'avons fait voir (2).

Le livre IX traite de la combustion des minerais dans les fourneaux. Ce sont des fourneaux carrés, dans lesquels on brûle le

^1) Voyez plun haut, U 1, p. 336.

I (2)ibi<j.,t.i,p.m.

TROlSIÈàCS £FOQUS^ 43

miaerâi mélaitgé avec de la poussière de ebarbon et de la terre glaise (aigile). Si la miae est riche t on perce, déjà^tu bQut de quatre heures, la partie inférieuDe du fouroean avec de grands ringards de fer; le métal fondu (plomba élain, ete.) sort par cette Irooée, et coule de là dans une rigole de sabiLe, où il se solidifie par le refroidissejueut. Le6.impcK'etéa(soories, laitiers, eto.) dont il est recouv^ sont enlevées avec des instruments de &r. Si lia mine est pauvre, ou ne pratique la ^rcée qu'après une eombustion qui aura doré au moins huit beuces.

Dans le! 2i«re.jr il. est ;question, de l'affinage dese métaux, particulièrement de celui de l'or et de l'argent.

Le moyen le plus simple pour séparer l'argent de l'or, moyeu dont la connaissance commençait à devenir assez générale dès le commencement du seizième siècle , consistait dans l'emploi de l'acide nitrique^ appelé par Agrîcola aqua valens (eau-forte). 11 était préparé en soumettant à la distillation un mélange de nitre, de sulfate de fer {alramentum sutorium) et d'argile, dont les proportions variaient. En chauffant de l'eau forte en conlact avec un alliage d'or et d'argent , on dissout l'argent tandis que l'or reste intact. Celui-ci se ramasse au fond de la liqueur sous forme de poudre.

' Quelquefois on employait dans le même but, comme nous l'apprend Agricola, le vitriol vert (sulfate de fer), ou plulôt ITiuile de vitriol (acide sulfurique). Ce dernier moyen est, comme Ta démontré l'expérience dés 'modernes, préférable au premier, qui est incomplet en ce qu'il n'enlève pas à un alliage d'argent toutes les traces d'or.

On se servait encore d'autres moyens (soufre, antomoîne, etc.) pour obtenir lé départ de l'or et de l'argent.

Dans le livré XI, Pauteur expose le meilleur procédé par voie sèche pour séparer l'argent d'autres çiétaux , tels que le cuivre, le plomb, etc. Ce procédé était la coupellation, dont nous avons eu bien souvent occasion de parler.

Le livre XII et dernier est étranger à l'art métallique p'roprenient dit. Il est consacré à la description de divers sels, obtenus par Tévaporation dés eaux de la mer^ des fontaines, etc. L'auteur les appelle des sucs concrètes (succi concreti).

Les vitriols ( sulfates ) de fer et de cuivre étaient préparés , comme ils relaient déjà chez les anciens (1), en exposant le py-

(0 Voyes ploshaat, 1. 1, p. 130.

44 HISTOIRE DK LA CHIMIK.

riteft (suiftires naturels) à l'action combinée de l*airetde l'eau (1).

Enfin, l'auteur termine le traité De re metaiUea par la fabrication du verre. Il vante surtout les belles verreries de Venise. « C'est dans cette ville que l'on fabrique en verre, dit-il, des choses incroyables, comme des balances, des assiettes, des miroirs, des dseaux, des arbres. J'ai eu occasion, ajoute-t-il, d'admirer tout cela pendant un séjour de deux ans à Venise. »

Le traité De re mêiallica\ dont nous venons de donner une analyse succincte , est précédé d'une épttre dédicatoire adressée à Bfaurice de Saxe , qui joua un si grand W^le dans l'histoire de Chiairles-Quint.

De a$iinumHlms subUrraneiê {2).

On chercherait en vain dans le livre Sur les animaux souterrains cette justesse d'esprit et d'observation dont l'auteur a fait preuve dans son De re mefallica.

C'est ainsi qu'il croit, comme la plupart de ses contemporains, à l'existence d'animaux pyroghies, c'est-à-dire qui naissent et vivent dans le feu, et qui meurent dès qu'on les en retire.

Il croit aussi à l'existence des démons dans les raines , et te divise même en deux catégories. Ceux de la première catégorie, d'un aspect effrayant , sont hostiles et méchants. Il raconte à ce sujet qu'un de ces démons tua un jour, dans une galerie des mines d'Anneberg (Saxe), douze ouvriers à la fois, par la seale puissance de son souffle. — On devine que ce démon n'étail probablement autre chose qu'un gaz irrespirable, propre à déterminer une asphixie instantanée (3).

La seconde catégorie comprend les esprits souterrains d'uD bon naturel, inoffensifs, et d'une humeur joviale. Ceux-là rient avec les ouvriers, et leur jouent quelquefois de vrais tours de gamin.

Malgré tous ces défauts , le Traité des animaux souterrains est un ouvrage remarquable. Le zoologiste y trouvera des observations curieuses sur les mœurs de certains animaux,

(i) Dtns ces drooMlatMes , les méiMX et le loufre absorbent l'oiygèoe de Tair (sbeorption racililée par la présence de reao), et se cbaosent, les prenien eo oiydes , ei le dernier en acide solfuriqiie,

(2) Geùrgii Àgricoix De animantibus subterraneis liber; imprimé dans Tédltlon de Bâie (ie57), à U soHedo traité De remetallica, p. 480.

(3) Voyes pins haut, 1. 1, p. 371.

TAÛISIKMB JBPOQUS. 49

Ce traité fut écrit, comme nous l'apprend l'auteur lui-même, daos la vibgt-huitième année du règne de Charles-Quint, c'està-dire dans Tannée 1547.

Deoriv et eaush subierrafèeorum (I).

Ce traité De f origine et des eawes des «tifetaneet souterraines est divisé en cinq livres; il intéresse plus particulièrement This* toire de la géologie et de la physique. On y trouve beaucoup de faits curieux.

Le mont Hécla, volcan deTIslande, est aujourdliqi presque éteint, tandis que du temps d'Agricola il offrait fréquemment ie spectacle de violentes éruptions. « Cette montagne, dit Tauteur, vomit à de certaines périodes d'immenses rochers et du soufre; elle couvre de cendres tous les environs à une grande distance (t). »

L'auteur parle ensuite d'une mine de charbpn qui brûlait, vers le commencement du seizième siècle , dans le voisinage de Zv^ikau (Saxe), et dont l'incendie est aujourd'hui éteint (3).

Dans le cinquième livre, Agrieoia signale un fait déjà indiqué parGeber (4), et qui devait plus tard donner lieu à l'importante découverte de l'oxygène, a Le plomb, dit l'auteur, ang^ vtentede poids quand il est exposé à l'influence d'un air humide. Cela est tellement vrai, que les toits de plomb pèsent, au bout <)e quelques années, beaucoup plus qu'ils ne pesaient à leur ori^ giae (5). »

Vers la fin du même livre, il caille les alchimistes qui admettent que les métaux se composent de soufre et de mercure , et (pli prétendent changer l'argent en or véritable, au moyen de la poudre de projection.

Ce livre a été composé vers Tannée 1539.

(Otlil. d« Bàle (1657), p. 492.

(2) Ibid , p. 505 : Mon» Hecla — statls tenporilias ftnras projicU ingentla «axa, Mlfur efoinit, dneres longe circamcirca spargit.

(S) Ibid., p. 505.

(4) Voy. plus haut, t.I, p. 333.

{h) Plumbeas cerle tegiilas multo graviores, alii|iiot poit annis, invenîant il qui PrtMpondot notarnnt, p. 519.

46 HISTOIRE DE LA CËnÔE.

Penatvràeorvm que efflitmi ex terra {i).

Les trois premiers livres du traité De la nature des chotes qui émanent de fintifrieur de la. ierice concentrent les eaux de mer, les eaux de fontaine, les eaux minérales, etc., et leurs propriétés physiques. Dans le quatrième livre» il est question des cavernes d'où s'élàveut des airs délétères. L'auteur cite un grand nombre de localités célèbres par l'exiâteaee ide ces cavernes. Ce traité, dédié à Maurice de Saxe, archichanceiier du Saint-Empire, fut imprimé pour la première fois eo 1546.

'00 naiura faêtiUum (2).

Le traité De la nature des f&ssUeSj divisé en dix livres , est entièrement consacré à Tétude du règne minéral. II s'étend sur les pierres précieuses, les pierres calcaires, argileuses, siliceuses, les minerais, etc. Nous allons en extrairequelques particularités concernant le soufre et le camphre.

Soufre. — fcGettè" substance minérale se rencontre, dit Vmteur, apyre, c'est-à-dire natif, aux environs du mont Hécla;e& Italie, dans lé territoire^ de Napies; en Sicile, dans les lies iCgades (tlès Lipari) ; en Pannonie^ etCi »

Après avoir rappelé l'usage i^u'en faisaient les anciens (3), il nous apprend Tusage qu'on. en fait aujourd'hui^ a On fabrique, dit-il, des mèches soufrées qui, après avoir reçu l'étincelle pro* venant de la friction du fer et du caiUou, nous servent à allumer les bois secs et les chandelles (4)... Ces mèches soufrées consistent en fil de lin et de chanvre, en bois minces enduits de soufre. » — Ainsi, la connaissance des allumettes sêufréeâ a au moîas trois siècles de date. •- ' - .

(t On fait aussi, continue l'auteur, entrer le soufre, —exécrable invention 1 — dans cette pondre qui lance au loin des boulets

(1) Édit. de Bàle, in-fol., ann. 1657, p. 533. (2)Ibid., p. 519.

(3) Voy. plus haut, 1. 1, p. 1^.

(4) SalAiralis ellychniis, cum silicis et ferrt conlictu eticimosigiaein, arida ligna et candelas accendimus. — Constant aiitem ea ellTchnta ralfurata Tel ci faniculU stupeia aut cannabinis, vel ex lignis exUibus sulfure obducîls. Lib. m* pag. 5U3.

TROISIÈME fPOQUE. 47

de fer^ d'airain ou de pierre, iustruments de guerre d^n genre nouveau (novi tùmienta generh). »

On voit que la pondre à canon était détestée presque dès sonorigine.Mais les hommes seconduisent«de manière àpouvoirtoujours s'appliquer ces paroles d'un ancien : mdiora probo^deieriorasequ^.

Camphre, — Du temps d^Agricola on ignorait encore l'origine du camphre. Les uns disaient qu'il s'obtient artificiellement au moyen du bitume ou du succin ; les autres soutenaient, avec raison, qu'il provient naturellement d'un arbre semblable à un peuplier.

On sait en effet que !e Véritable camphre est fourni par une espèce de laurier, laurus eamphora, originaire du Japon. Gomme il est très-inflammable et qu'il brûle sans laisser de résidu , il bisait autrefois partie des mélanges combustibles brûlant sur l'eau (ad cotnposiiiones gux accensœ ardent in aqnis sàlet addi).

L'auteur parle ensuite fort au long du succin, du bitumé, de l'asbesie, des houilles, du marbre, etc.

Ce traité intéresse au plus haut degré l'histoire de la minéralogie et dé la géologie. Il fut imprimé pour la première fois en

me. '.•'••'

Dé tetl^ùs et liàvis metàllifii):

Le traité Des métaux an6im$'etnùmeeatx\inm%ne d'une con« naissance ptofbitde dé sécri vains d6 l'antiquité et>de Texploitatioti dds nKines àfu seizième siècle. Il est dédié à Qeorges Gomn ffierstad, le même qui aVÉïit obtenu de la part de Mauriee de Saxe une pension annuelle pour Agricola.

L'auteur nous fournit des détails curieux sur la richesse minérale de r Allemagne. « L'Autriche occupe, dit-il, le premier rang P^nni les>contrée,9 qui aboadeiU en métaux précieux. J^es mines d'argent de la Bcdiêoie sont connues de tout le monde. La Saxe ^upe le second raog^ La Mi^nie eX rErzgeblrge abondent en taioes dfasgent, de ploipb et de fer. Les comtes de Mansfçld ont >^Usé d« grands bénéfices par des travaux métallurgiques exé- ^tés isur leur, territoire. Les comtes de Scbleuz se sont aussi considérablement enrichis par l'exploitation des mines d'argent ^e leur contrée. Les barons de Pflug ne se sont pas acquis de

^»)Wil.B«sH., 1657, p. 667.

moins grandes richesses par les mines de Scblakenwald , desquelles on a retiré de l'étain. Les familles nobles des Slorstedel, des Spiegel, des Roseberg, des Scbœnberg, etc., ont également gagné des fortunes immenses, en exploitant avec intelligence les richesses métalliques que recèle le sol.

« La découverte de la plupart des mines , continue Tautettr, est due au hasard. Voici comment fut découverte, d'après la légende du pays, la célèbre mine de Ramelsberg, près de Goslar : Un gentilhomme, dont le nom n'a pas été conservé, alla un jour se promener à cheval. Arrivé sur une montagne , il attache son bidet à une branche de chêne. Cet animal, dont le nom a été conservé (il s'appelait Ramel), avait, en frappant du pied le sol, mis à nu une matière brillante, qui fut reconnue pour être du plomb contenant de l'argent. Ce fut là Torigine des mines de RameUberp (montagne de Ramel).

« Les mines de Frejberg furent découvertes par des charretiers qui conduisaient du sel de Halle en Bohême^ en passaol par la Saxe. Us rencontrèrent sur leur route des pierres qui ressemblaient en tous points à celles qu'ils avaient vues à Gosbr. L'essai constata que ces pierres étaient des galènes argentiftres dont l'exploitation active devait quelque temps après fortemeol contribuer non-seulement à la prospérité de la ville de Freybeis> qui n'était auparavant qu'un misérable village^ mais encore à l'opulence de toute la contrée environnante. »

Les mines d'argent d'Aberthame , près de Joachimsthal, daos lesquelles Agricola avait engagé des fonds, avaient été découvertes par un paysan; un arbre déraciné par le vent dans une forêt l'avait mis sur la voie.

Bermanmis (i).

Ce fut là, dans l'ordre chronologique, le premier ouvrage d'Agricola. Il est rédigé sous forme de dialogue, et parut en 4538. Ce dialogue attira l'attention d'Érasme : la pureté du style rappelle les Colloquia du célèbre restaurateur des lettres classiques. Le sujet de ce livre, qui traite principalement des mines d'Allemagne, se trouve développé plus au long dans les écrits d'Agricola que nous venons d'analyser.

(1) Btmiannui est le nom latinisé t)« Bngmann^f^vA signifie homme tagne, mineur.

TROISIEME iSpOQUB. 49

Dans une lettre adressée aux frères André et Christophe de KŒDeritz, Érasme fait le plus grand éloge da savoir et des talents deG. Agpîcola (i).

Agricola était d'an esprit trop attaché à l'observation pour fai?re les traces des alchimistes de son temps. La pierre philosophale fût poar lui le sujet de satires mordantes. Il n'est donc gnère probable que le petit livre intitulé Lapis philosophorum 0. ÂgrkolêB PMopistii Germani (Colon., 4531, in-12)(2), soit de Georges Agricola^ le métallurgiste. D'ailleurs, il n'en parle luimôme dans aucun de ses ouvrages, et ne se donne jamais le surooffl de Philopistius.

Les travaux d'Agricola furent suivis, en Allemagne, de ceux d'Engel {Encelius) (3), de Lazare Erker (4), de Mathesius (5), de Wkinee (6), de Libavius (7) et de Modestin Faghs (8). Mais aucun n'atteignit à la hauteur de celui qu'ils avaient pris pour modèle, tt ils n'ajoutèrent presque rien à ce qu'avait déjà dit le maître.

L'impulsion donnée à la science par Agricola produisit ses effets : en vit de tout côté surgir des métallurgistes. L'Espagne 6t l'Italie ne restèrent pas en arrière de ce mouvement.

Blrlnc:«eeio.

Pendant qu' Agricola cherchait, par ses travaux, à populariser ^Q Allemagne les études métallurgiques, Vanucio Biringuccio,

(1) Œuvres (PAgricola , p. 679 de l'édit. de BAIe ( de 1657 }. EtoIvI , clarinsimi jvveiies, Gcorgii dittogiim de metallicis. Mec satk possum dieere, majorene iil voiapUle fecerim an frnctu. Magnopere delectavit argumeati novitas ; f Isiis 8uiii milii fallea illas et colles et fodioas et maci:inas non légère, sed spectare. — Feljdter pneliisit Georgias noster, necab tllo ingenio quicquaoi exspectamus me- <îiocrc.

(3) Biitolre de la phUoêopMe kermétéque, etc., t. ni, p. 63.

(3) De re metallica, boc eat de origine, farietate et natura corporam métal « '^nim, etc., libri lu, auctore Cbristopboro Encelio SaWeldensi; Francf., 1567, ia-12. ~ Ce traité est précédé d\me lettre de MélanchthoD, qui recommande l'oQTrage d'Engel de Saalfeld au libraire Egenolplie de Francfort.

(4) Àuia subierranea^ oder Betehreibung aller fuhrnehmsten mineralf ichen Br%-^n4 Bergwerkt'Arlenj etc.; Prag., t574,in-rol.

(à) Sarepta, 1&78, in-fol.; Leipz. ( En allemand.) (6)6eAeime9 Kwisibùehlein fUr Sckmelser, etc., 1574. (7) Art probandi nUneralia , etc., dans ses Comment melaUic, W Probier-BUchlein,^,; Leips., 1595, ill•8^

nitr. DC L4 CHIVIB. — T. II. 4

50 HISTOIRB D£ UL G1UMI£.

de Sienne* s'occupail du même %v^i en llatie. L'«iivrage4e BiringticciOy dont la première édition parut à Venise, en 1540> in-4°, a pour titre : De la pirotechnia, libri X; dove om^meMe si traita non solo di ogni sorte et diversilà di minere, ma anehora quanio si ricerca intorno à la pratlica di quelle case di quel che » apperliene a Varie de la fusioneouer gitto de' metallieome d'ogni altra cosa simil à questa. Slampata in Venetia per Venlurino Buf' Jinello, MDXL. Il n'est pas moins remarquable que le livre d'Agricola De re metallica. • ..

L'auteur se distingue également par une grande clarté dans l'exposé des faits et des doctrines : d'un esprit judicieux, il apprécie sainement les choses, et rqette toute spéculation, nuageuse ou obscure.

La Pyrotechnie f c'est-à-dire l'art du feu (de nup feu, et t^x^ Art) est divisée en dix livres. Le premier et le deuxième livre sont consacrés à la description des métaux, des demi-métaux (arsenic, antimoine, etc.), de leurs minerais, etdç quelques sels naturels.

Biringuccio condamne la doctrine d^s alchimistes, .qui prétendent transmuter le mercure en or ou en argent; il se moque avec esprit des vertus de l'or potable et de la pierre philosophai e.

Il admet que les métaux sont des corps composés; mais il ne croit pas, comme les alcUimistes, <]pi'ils soient composés de soufre et de mercure. Ainsi, l'or serait une véritable combinaison, en proportions déterminées, de certains éléments primitifs (1). • Les livres m et iv traitent de l'extraction et de l'affinage des métaux.

A propos de l'affinage de l'or, l'auteur décrit, trè&-exactement, le procédé d^tnquarttttionyqùi est encore aujourd'hui employé, n expose comment il faut d'abord coupeller l'alliage d'or, soumis à l'essai, avec environ quatre parties d'argent et une petite quantité de plomba et^cominent il faut ensuite traiter par Teau-forte le bouton de retour contenant l'argent ^'inquartation. (( L'or se ramasse , dît-il , au fond du matras , sous forme de poudre, et l'argent, réduit en eau (dissous), surnage. Vous enlèverez la liqueur par décantation, et vous traiterez le résidu par une nouvelle quantité d'ean-forte*, jusqu'à ce que vovs le voyies

(I) Lib. I, c. 1. Ve dico clia le-suâ «rJKinati et proprio ntateriis, altro non sooo elle siibslantie elenieolaJi cod eqoali quantilà ti quaUlà l'una Paîtra praportionate , etc.

devenir d'uo jaune d'or, de noir qu'il était. Enfin, vous eniè^ lèverez de nouveau la liqueur qui surnage, et vous laverez le résidu (or) avec de l'eau pure. Des pesées exactes indiqueront la quantité d'or contenue dans l'alliage (i). »

Dans les livres v, vi, vn et vm, il est question de» alliages fûétalliques et de leurs nombreux usages.

Les Hvres ix et x traitent de divers secrets ou procédés utiles dans les arts de l'orfèvre, du foi^eron, du potier, du salpétrier, de l'artificier, etc.

Le cbapiti^ intitulé Jtfo^^ di eomporre varie eompositioni éi fuocki quaU U vulgo ckiama fuochi lavorati (â), n'est, sauf quelques additions à la fin, qu'un résumé du Livre des feux de Marcus Grscus (3), que l'auteur appelle Marcus Grachus, et qu'il parait faire vivre à l'époque de la république de Rome.

Biringuccio n*a pas l'érudition classique d'Àgrioola ; il est peu hmiliarisé avec l'antiquité, Mais il a du bon sens, de la saigacité, et s'attache à combattre les prétentions des alchimistes.

A. CéMlplB.

Son ouvrage De meUUlicis le met au nombre des principaux métallurgistes de son époque.

Groelin 4) range Gésalpin parmi les adversaires modérés de Paracelse, et ne cite de lui que des ouvrages de médecine (Qiiâ?stimum mediearum lib. ii; De facuUatibus medicamentorum , lib, II, Venet., 4593, in-4''; Spéculum artis medicXy etc., Argent., 1630, in-8^). Cependant nous avons sous les yeux un ouvrage de Césalpia (De metailieis)^ qui assigne à l'auteur un certain rang dans l'histoire de la chimie.

André Gésalpin naquit à Arezzo en 4549. Il secoua hardiment le joug d'Aristote et delà scolastique. Son livre, intitulé Qu^rs^ionés peripateticx (Florence, 4569, in-4®), eut un succès extraordinaire, en divisant les savants en deux camps opposés. Le pre-*

(1) Voy. le ch. 2 du Iîy. iv : El modo di far elsaggio d'una qttantità d'or- 9imto cké imgaiK'o,

(2) Lib. X, c. 9.

(a) Voy. |ihi9 haal, 1. 1, p. 304.

(4) Qt$thkhte der Chemie, etc., 1. 1, p. 332, 342, 3ô3.

52 HISTOIRE DE Lk CHIMIE.

mier, il parla de la circulation du sang dans le livre cité (0, ii), ainsi que dans ses Quœêiiones medies (I, 3). Césalpia fat professeur à l'université de Pise , et premier médecin de Clément VIB, bien qu'il passât pour un mauvais catliolique. Il mourut à Rome en 1603, &gé de quatre-vingt-quatre ans.

Le traité De metallicis est divisé en trois livres (i). Dans le premier, l'auteur traite de la matière et delà composition des corps d'après les idées d'Aristote. Il définit les métaux « des vapeurs condensées par le froid {melallasunt vapores a frigare eonçelati ). » Il distingue les minéraux des végétaux , en ce que les premiers ne se putréfient pas, et qu'ils ne foi^rnissent aucun aliment propre au développement des êtres animés ; et, prévoyant l'objection qu'on pourrait lui faire , il soutient que « les coquillages, que l'on trouve incrustés dans la substance de certaioa pierres, proviennent de ce que la mer avait autrefois couvert la terre, et qu'en se retirant peu à peu, elle avait laissé des traces de son passage. »

11 est impossible de mieux expliquer l'origine des fossiles.

L'explication que Césalpin donne de l'origine des eaux theraules, dont plusieurs sont si cbaudes qu'on peut y faire cuire à; œufs, est assez curieuse, a Cette chaleur est, dit-il^ produite fv les combinaisons qui s'opèrent au sein de la terre » (2j. Ofi sait en effet que presque tous les corps émettent de là cbaleurao moment de leur combinaison.

En parlant des sels , l'auteur s'arrête sur la préparation de l'alun de Rome, qui est encore aujourd'hui recherché dans le commerce.

tt On fabrique, dit-il, l'alun avec une pierre qui se rencontre près de Tolfa, sur le territoire de Rome. Cette pierre (schiste alumineux) est blanche et molle, ou rouge&tre et dure (conter nant de l'oxyde de fer) ; de là deux espèces d'alun, le blanc et le rougeAtre. Après avoir calciné cette pierre dans des foumeaoX) on l'arrose d'eau pendant plusieurs jours, et on la fait bouillir dans de l'eau. Enfin, ayant séparé les immondices, on concentre les eaux-mères dans des chaudières. C'est ainsi que se foraient

(1) DemtiallicU libri très, Andréa CxsalpinoAretino.mediooeiphiiotophOf auctore; Nurembei^, 1603, in-4^

(2) Fontes calidi exeuntee mixtioiiem oorporam, c|iua intra (ènram oombocmlori significaot. Lib. i. c. 7.

TROIà>il.Ai!i Aiv/ucii. 53

les cristaux d'alun traosparenU et anguleux (cristaux octaédriques) (1). »

Le second livre De metaliieis traite des pierres calcaires» des marbres, des pierres précieuses, etc. Le phénomène de la cristaU lisation attira particulièrement l'attention de Césalpin. L'auteur signala l'un des premiers, comme caractère distinctif du règne organique et du règne minéral, que les minéraux sont seuls susceptibles de ces formes géométriques, régulières, qu'ils revêtent pendant la cristallisation.

«Lorsqu'on voit, dit-t-il, le nitre, l'alun, le vitriol, le sucre blanc, prendre, par la décoction dans l'eau, des formes anguleuses, et devenir des hexagones, des octogones, des tubes, etc., on se demande avec étonnement pourquoi les mêmes corps cristallisent toujours avec les mêmes formes. »

On se rappelle que , longtemps après Césalpin , Hauy établit tomme une loi, depuis démentie par les faits, que les substances de compositions différentes cristallisent toujours sous des formes différentes.

Le troisième livre est consacré à la description des métaux.

En parlant de la trempe du fer, l'auteur remarque fort judicieosement qu'il y a des eaux plus ou moins propres à cette opération importante. « On trempe aussi le fer, dil-il, afin de le durcir, dans des sucs de diverses plantes, comme dans du suc de radis mélangé de lombrics terrestres ; moyen déjà proposé par Mbert. »

Au chapitre du plomb , Césalpin indique un fait qui, joint à d'autres observations, devait conduire à la découverte de Toxygène. c La crasse (sordes), dit-il, qui recouvre le plomb exposé à l'air humide, provient d'une substance aérienne qui augmente le poids du métal (2). »

On sait aujourd'hui que cette crasse qui recouvre le plomb est Qn oxyde de plomb (combiné avec une certaine quantité d'acide carbonique), et que c'est là ce qui augmente le poids du métal; niais on efface de la mémoire, par une sorte d'illusion optique du temps, les siècles d'efforts qu'il a fallu pour arriver à acquérir cette connaissance.

(1) De metaWeis , lib. i, cap. 21 .

(2) Aéra subalanlia efBcit veluti sordem circa plumbiim , unde aiigetur ejus ««bsiantla. Lib. m, c. 47.

L'auteur appelléle plomb <( un fat;<mqui nettoie t'a^entetror, dans la coupellation » (4).

L'usage des crayons de plombagine remonte au moins au seizième siècle. Césalpin en fait le premier mention en termes non équivoques. La pierre molyhioîde (lapis molybdoides) est, dit-il, de couleur noire, et de l'aspect du plomb; elle est un peu grasse au toucher, et tache les doigts. Les peintres se se^ vent de cette pierre, taillée ea pointe*, pour tracer des dessins; ils l'appellent pierre de Flandre, parce qu'on les apporte de la Belgique. On. rapporte que cette pierre se trouve aussi eo Allemagne, etc. »

La pierre moIybdoSâe de Césalpin est évidenament le graphite , c'est-à-dire du charbon dans un état d'agrégation moléculaire particulier.

Vantimoine^ dont on se servait, avec le bismuth, pour fondre des caractères d'imprimerie, rend fragiles, comme le fiût trèsbien observer Césalpin, les autres métaux avec lesquels il s'allie.

Dans le même chapitre , il est question de la préparation du verre jaune d- antimoine, obtenu en faisant fondre enseiûble un mélange d'antimoine calciné, de boraxet deselatnmoniac.

La mine d'Idria était activement exploitée du temps de tt* salpin. « La mine de mercure, dit-il, qu^on exploite à Idria, près Oœritz, est une pierre friable, pesante comme du plomb, rouge, et contenant des gouttelettes brillantes de mercure; oo l'appelle cinabre natif (cinabrium nativum).,. On exploite ce minerai en le chauffant dans des vases de terre, d'où le mercure s'écoule dans d'autres vases enfouis dans le sol. »

Les composés mercnriels, alors les plus usités, étaient l'oxyde rouge, préparé avec Teau-forte, et le sublimé blanc, poison trèscorrosif {venenum acerrimum). L'onguent mercuriel et le précipité rouge étaient vantés comme des spécifiques contre le mal vénérien. A ce sujet, Césalpin décrit parfaitement la salivation et les accidents occasionnés par l'administration, surtout externe, du mercure (â).

(1) Est enim veluU sapo ad sordas abstergendas auri elargenti. Lib. m, 7.

(2) Sed minim, peruncUs ex argento tîyo cam aiougla, braeirioraiD eteronUB arliculis , confluere magnam yim pilait» ad os , unde iotam corpus exporgetur is morbo gallico; qao remedio dolores san&Dtar diatiirni , et DlceraexsiccaDlur;s6il aliqiiando lingna ex coufluxu pitnit» adeo inlumescit, ai contiiieri in on ne* queat, et processu tempom iit plnrimani locidiint œgrotantes io pravas distitls* tiones, aaiielationes fit pqr()i« palpilattones. Lib. m, c. 14.

TROISliSME ÉPOQUE. 55

Césaipin fat un des esprits les plus éclairés de son temps. Très-versé dans les sciences de l'antiquité, il cite souvent Pline, Dioscoride, Galien, etc., tout en appréciant les travaux de ses contemporains.

§ ii.

Pères Ae V»T|f»B et Villa-Fein».

L*Espagne^ malgré les mines du nouveau monde que Ton était si avide d'exploiter, n'a produit que deux métallurgistes marquants, Ferez de Vargas et de Villa-Feitia,

Vargas vivait vers le milieu du seizième siècle. Il était loin de posséder le savoir et les talents d'Agricola, qu'il semblait avoir pris pour modèle. Son ouvrage sur la métallurgie parut, en espagnol, sous le titre De re meialliça, en el quai se tratan diversos sécrétas del conocimiento de toda suerte de minérales; Madrid, 1569, in-8\

L'auteur admet la plupart des doctrines dçs alchimistes, au lieu de les combattre. Le sec et l'humide, le soufre et le naercure, sont regardés par lui comme les éléments des métaux. L'or passe à ses yeux pour le métal le plus parfait, parce que le sec et l'humide s'y trouvent dans une juste proportion. La fusibilité, la malléabilité, l'éclat, la couleur, toutes les propriétés des métaux, dépendent de l'action du principe sec et du principe humide. C'est là le cadre étroit que l'auteur franchit rarement.

On trouve cependant dans le traité de Vargas quelques observations qui méritent d'être signalées.

Vanlimoine est, selon l'auteur, un métal dont le développement n'est pas complet, a II entre, dit-il, dans la composition du métal des cloches ; et ce procédé vient des Vénitiens, qui s'en servent communément (1). »

Varsenic se rapproche, par sa nature, de l'antimoine. Les ouvriers qui le retirent des mines, ajoute Vargas, ont soin de tenir la bouche fermée et pleine de vinaigre ; car la fumée d'arsenic les empoisonnerait (2).

Nous avons dit plus haut (3) que le manganèse était déjà connu

(1) Parez de Vargas , De rê metallica , etc., lib. iv, 4. î) Ibid., IV, 8.

•'3; Voy. t. î, p. IÎ9 de cet oiivra«;e.

des anciens. Vargas nous donne sur cette substance quelques indications précieuses. « Le manganèse, dit-il, qui est de coqleur de rouille noire, ne se fond point seul; mais, étant mêlé et fondu avec les éléments du verre, il communique à cette substance une couleur d'eau limpide et transparente ; il purifie le verre vert ou jaune, et le rend blanc; les verriers et potiers se servent de ce demi-métal avec profit (1). b

C'est bien là Toxyde noir de manganèse, qui, étant employé dans des proportions convenables, blanchit le verre sali par Toxyde de fer. C'est cette propriété qui Ta fait appeler savon des verriers.

Le huitième livre du Traité de métallurgie contient la description de quelques procédés ou secrets à l'usage du foi^eron, da doreur, etc.

En parlant de la trempe du fer, l'auteur insiste sur les colorations diverses de Vaeier. « L'acier revêt, dit-il, quatre couleurs, lorsqu'on le chauffe et qu'on le trempe. La première est d'uo blanc d'argent, la seconde d'un jaune doré, la troisième d'une nuance violette, et la quatrième d'un gris cendré. »

Vargas ne dit pas si l'acier est plus ou moins dur. suivant qu'il prend chacune de ces nuances.

a C'est aussi un secret, continue-t-il, de savoir tremper une lime, afin qu'elle soit très-dure ; et cela se fait avec des cornes de cerf ou des ongles de bœuf, avec du verre pilé, du sel, le tout trempé dans du vinaigre ; on en frotte la lime, on la fait chauffer, et puis on la plonge dans Teau froide (2). »

Vargas comprend que la fabrication des limes est une branche importante d'industrie, qui devait bientôt se perfectionner de plus en plus.

« Si le fer, continue le môme auteur, est aigre et cassant, il faut le fondre avec de la chaux vive. — On le rend également doux en l'éteignant dans du suc d'écorces de fèves ou de mauve. »

L'auteur prétend qu'on peut rendre le fer aussi mou et aussi malléable que le plomb, parle procédé suivant : « On frotte le fer avec de l'huile d'amandes amères, on l'enveloppe d'un mélaugede cire, de benjoin et de soude, et on recouvre le tout d'un lut fait avec de la fiente de cheval et du verre en poudre; on le laisse

(I) Pères de Vargas, De re metalliea^ lib. iv, tO. (1) Ibid., VIII, 4.

xaoisiÉM£ £poQra. 51

ainsi sor les braises allumées pendant toute one nuit', jusqu'à ce que le feu s'éteigne de lui-même et que le fer se refroidisse (1).»

Ce procédé rappelle hi beau temps de ralchimie.

Gravure des métaux. — La méthode indiquée par Yargas est encore employée aujourd'hui. Elle consiste à recouvrir le métal (argent y cuivre, fer, etc. ) d'une couche de cire, de graisse ou mine de cinabre, et d'y écrire avec de l'eau-forte. Le métal est attaqué dans tous les points où il a subi le contact de l'acide.

• Paoni les différents moyens de dorure décrits par Yargas, nous rappellerons les deux suivants :

« Prenez de la gomme arabique, de la couperose ( sulfate de fer), du sucre blanc, du safran, parties égales; écrivez avec ce mélange , et appliquez une feuille d'or sur les caractères ainsi tracés. L'or s'y attachera fortement, et lorsqu'il sera sec, vous le brunirez .

a Pour dorer le bois et le parchemin à peu de frais, broyez finement ensemble du cristal et de la gomme arabique, et réduisez ce mélange, avec un peu d'eau, à un état demi-liquide, homo-

• gène. Yous en mouillerez un pinceau, et vous en oindrez le boi$ ou le parchemin. Gela fait, vous frotterez l'endroit où ce mélange a été appliqué avec une pièce d'or, et cet endroit sera doré. >

Ces deux procédés, purement mécaniques, étaient,' surtout le dernier, fort usités, déjà avant le seizième siècle, pour dorer sur bois ou sur parchemin. Quant à la dorure sur métaux au moyen d'un amalgame (mélange d'or et de mercure), elle était déjà connue des anciens, comme nous l'avons montré (2).

Quoique Espagnol et vivant sous le règne de Philippe II, Pérez de Yargas ne parle pas des mines, alors déjà exploitées, du Nouveau Monde. Ce silence a de quoi nous surprendre.

11 serait inutile de pousser plus loin notre analyse ; il est facile de s'apercevoir que Yargas copie quelquefois textuellement Agricola et Biringuccio, sans les citer.

Joh. Arph. de Yiua-Feina est de quelques années postérieur à Yargas. Son ouvrage, intitulé Quilatadar de la plaia, oro ypedras, conforme a las leyes reaies, Yalladolid, 1572» in-4% offre moins d'intérêt que le précédent.

(1) i>erefliiefal/éca,ctc.,?jn,4.

(1) Voj. t. J^ p. 127 de cet oarra^.

88 RlSHdWE DJB L4 C&IXIB.

Grâce aoz progrès de la chimie métallD^rgiqiie , i'^xptoiUtîon.des mines était» au sei^ème siècle^ dans l'état le plus flo* rissanL

En Allemagne, la ricbe maisop des Fuguer, les Rothschild du tempsy accrut ses richesses par les reveaus ^esi mines de IjeusoL en Hongrie, de Carinthie, de Falkenstein en Tyrol, de Cazalla et Guadalcanal en Espagne. Les barons de Fugger étaient appelés en conseil par les premiers souverains de l'Europe; plus d'une fois ils prêtèrent des sommes considérables à l'empereur Char les-Quint, qui, malgré Tqr du Péroii et du Mexique, se trouvait souvent sans argent.

Les ordonnances et règlements nombreux concernant les mines, rendus & divers intervalles (1309, 1510, 1545, 1519, 1530, i523,. 1536, 4550, 1553, etc.) par le^ électeurs dç Saxe, les ducs de Brunswick et Lunebpurg, les ducs, de Wurtemberg^ les Jandgraves de Hesse, les archiducs d'Autriche, les comtes de Hoheostein, etc., témoignent de la ^sollicitude qu'on avait alors pour cette branche si importante.de l'industrie.

Âgricola et Mathesius vantent les richesses de l'Erzgebirge et de la Misoie; le poète Siber chante la prospérité naissante' de la ville de Freyberg (1). L<$s mines d'argent de cette ville produisaient annuellement environ 300 à 400,000 fc. de notre mon- Daie«

Les mines d'Ëhrenfriedersdorf, de Wolkenstein,'d'Ebersdorf, de Thum, de Tretbaob, de Hohensteini de Oeyer,. de Troppau, d'Alteuberg, de Sehneeberg, de Marienberg, etc., étaient dans un état non moins prospère (3).

Les mines d'Eisleben, deMansfeld, dePolfeid, prèsdeSangershausen en Thuringe, fournissaient beaucoup de cuivre argentifère dont raffinage procurait de notables bëhéfiees.

La cadmie, qui s'attache aux patt)is des fourneaux dans lesquelson chauffe des minerais zincifères, avait été, ainsi que nous

(1) Poemata sacra; BasiL, 1556, in•8^

(2) Voy. Mathesius, — Agricola , — Meitzer ( Bistoria Sehneebêrgensis ), — Mèllor (Thear.ckem, Frejfbergense)^^ Leaifte {Magasin der Bergbamkundel

TROISlilfE iPOQVE. S9

l'avoQs vu plus haut, utilisée par les Grecs et les Romains (1). Mais au moyen Age, où la civilisation industrielle était, sous beau* coup de rapports, fort en arrière de celle de Tantiquité» on reje* tait comme inutile cette matière , qui s'attache aux parois des fourneaux. Ce ne fut que vers le milieu du seizième siècle qu'un savant de Nuremberg , Erasmus Ebsner, fit voir, comme une chose nouvelle, que la cadmie des fourneaux est aussi bonne à faire du laiton que la cadmie ou calamine naturelle. En même temps il fonda, près de Gdslar, une importante fabrique de laiton (â) ; et à la même époque Christophe Sander établit, dans le voisinage de Goslar, une fabrique de vitriol blanc (sulfate de zinc).

Les mines d'argent» de cuivre et de plomb d'Iberg, d'ilefeld, de Wildenmann, de Zellerfeld, de Lanterberg, de Bammelsberg, répandaient l'aisance et la prospérité dans les conUrées du Harz,

La Westpbalie, la Hesse, la Thuringe, ne restèi;ent pas en re* tard de ce mouvement. Les mines de fer et de cuivre d'Arensberg, de Trêves, de Bilstein, de Gorbacb,dlimenau, de Saalfeld, et de beaucoup d'autres endroits^ étaient tout aussi activement exploitées.

Userait trop long d'énumérer les différentes localités de laBoliéme, de la Moravie^ de l'Autriche • de la Bavière, qui se faisaient toutes également remarquer par leur industrie mélallui^ gique (3),

En France, les mines étaient, vers la même époque, dans un état un peu moins prospère. La plupart des travaux métallui^ques avaient été suspendus ou abandonnés pendant les guerres de la Ligue.

Le droit d'exploitation était conféré par les rois à des particuliers qui , eu retour, s'engageaient à payer à la couronne une certaine partie des revenus. C*est ainsi que Henri UI avait concédé aux sieurs Escot et Aionge le droit d'exploiter les mines de la Provence, du Dauphiné, de la Bourgogne, du Beaujolais et du Maçonnais.

{l)Voy.t. I, p. 133.

(2) Cfthror, Bisi. NaeMehten wn den Ober tmd Unter-ffânlschen Bergfterkên. Bronsw., (765, in-IbU R^tlinwier, Braunichm. tûnêlnirg. Chronick, Bnnww., 17M, linfol.

(3) Yoy. Gmelîo, Genchiehtê der Chemie, f. Iv p. 394.

La Champagne était renommée par ses forges et ses fabriques d'acier. En 1524, on découvrit, près de Langres, des filons de odinerai d'or et d'argent.

L'Alsace et ia Lorraine , qui n'appartenaient pas encore à la France, étaient depuis longtemps célèbres dans les fastes métallurgiques par leurs mines d'argent, de cuivre et de plomb.

Les mines des Pyrénées, et en particulier celles du comté de Foix, continuèrent à maintenir leur antique réputation (1).

La Narwégis et la Suède étaient déjà connues pour leurs mines de fer et de cuivre. Les forges d'Osmund , de Rupferdal, d'Advidha en Ostgothie, de Stahlberg, étaient en pleine activité.

En Angleterre, la reine Elisabeth favorisa de tout son pouvoir l'industrie métallurgique. Elle fit venir de l'étranger, et notamment de l'Allemagne, des ouvriers habiles, pour les faire travailler ^ans les mines d'étain et de cuivre de Gomouailles et de Northumberland, et elle fonda deux sociétés industrielles {Society of royal mine, Society for minerais and battering tvorks), dont le comte Pembroke fut nommé président.

On lit dans les relations de Marco Polo, de Rubriquez et d'autres voyageurs, que les pays de l'Orient , la Turquie, la Perses la Tartarie, l'Inde, pouvaient alors rivaliser, parleurs richesseï métalliques , avec les pays de l'Occident.

Un événement capital pour la métallurgie, comme pour toutes les sciences en général , fut la découverte de l'Amérique.

Pei sonne n'ignore l'histoire de ces lointaines et périlleuses navigations qui eurent pour résultat de révéler l'existence d'un nouvel hémisphère, demeuré inconnu depuis la créatjion du monde à l'hémisphère opposé. Il serait donc inutile d'y insister. Mais il nous importe de rappeler tout ce qui se rattache au sujet qui nous intéresse.

Dans les premières années qui suivirent la découverte de l'Amérique , les Espagnols n'étaient occupés qu'à extorquer des indigènes tout l'or et l'argent que ceux-ci avaient amassés. Ce ne fut qu'après avoir épuisé ces faciles trésors qu'ils songèrent à exploiter les mines de ces pays nouveaux. L'île que Christophe Colomb avait le premier abordée fut aussi la première exploitée.

{1} Jeao de iMaliu, Recherches et déeouverte$ des mU^es des PyréméeStf^i^ en ISOO, et rédigées par J, Dupuyi Bordeaux, 1601, in-12. — Pour plus de détails sur Tétat des miues en France au xfi* siècle, coosullea Qobet. Anciens minéralogUta de Franu, t. II.

TRÛlSliMB ÉFOOVB. 6i

Rodrigue d'Alcaçar détint, en ISO^ du roi d^spagne, un prÎTÎlégequi lai concédait toutes les mines de Saint-Doiniiigue moyen* nant une redevance de un pour cent. Cet industriel gagna , en très-peu de temps , une fortune immense; mais le gouvernement lai relira bientôt son privilège (4).

On allait surtout à la recherche du sabie d'or, qui était soumis à des procédés de lavage déjà connus des anciens. L'or retiré des mines de Cibao et des lieux circonvoisins était transporté à Buena- VeaUira et à la Conception^ où on le faisait fondre et affiner. Chaque fonte qui se faisait dans la ville de Buena-Ventura était estimée, selon Herrere^ à environ 130,000 pesf (poids), le jt^jio valant 4 francs 50 centimes de notre monnaie. Les fontes de la ville de la Ck)nception étaient de 125 à 430yOOO pesL On tirait chaque année des mines de Saint-Domingue un peu plus de 460,OOOptfst d'or.

Femand Cortez aborda, en 1519, au Mexique avec une poignée d'aventuriers. Les présents, envoyés à ce hardi conquérant par Monteznma, montrent que. les Mexicains étaient loin d'être une Dation sauvage, et que la culture des arts ne leur était pas étrangère.

Parmi ces présents, on remarquait des miroirs faits « d'un certain métal très-beau, qui reluit comme de l'aident » ( platine?), déforme arrondie et encadrés d'or; «-de petites pierres d'or représentant des grenouilles et d'autres animaux; — des médailles grandes et petites , dont le travail et la rareté valaient plus que l'or et l'aident dont elles étaient faites ; — > deux roues de la dimension d'une roue de carrosse ordinaire, l'une d'or, dans laquelle était figuré le soleil avec des rayons , des feuillages et des animaux ; l'autre d'argent, représentant la lune (3); — un casque de lames d'or, avec des sonnettes attachées autour de la dme du casque; — des panaches de diverses plumes, au bout desquelles pendaient des mailles d'or; — des armures d'or et d'argent, enjolivées de plumes et fixées sur du cuir fort bien corroyé ; — des cbasse-mouches de plumes très-riches; — des escarpins et des

(1) Histoire généraU des voffages et eonquêie$ des CaslUkms dans tes in* des occidentales, par Ant. Herrera, bisloriograpbe de Sa Majesté Ca^iolique (trad. delaCoatc) ; Parin, 1660, iD-4'', 1. 1, pag. 459.

(2) L'idée de repiésenter symboliquement te soleil par Vor, et la lune par Targnt , D'est pas sealement propre aox alchimisles ; elle se retrouve, comme on voit, chei pnsqne toiit«s te» aatteas du gtobe.

93 UISTQIRS DS Lk CHmS.

sandale» de coir cousu avec du fil d'or; -7- des tissus de eotoa d'une finesse ezirême, etc. (I).

L'histoire de la oivilkation industrielle des Mezicuns se retrouve dans ces présents donnés à Cortex.

La magnificence du temple 4e Mexico et le palais de Montezuma témoignent égatoment d'une ciTiHsation asseï avancée.

Au nombre des questions que Cortez fit à Biontëmma devait se trouver naturellement celle de savoir de quel endroit le roi tirait çon or; car c'était surtout là le but de son entreprise. Montesuma répondit qu'il y avait de l'or dans trois endroits ; que celui d'où l'on en tirait le plus était situé dans une province appelée Zâcor iulOf au midi y à dix ou douze journées de Mexico ; que, près de liy il y avait une autre province, nommée ChiuantUà , également ïîthe en or ; et qu'enfin il en trouverait chez les Zapotecas.

Montezuma avait donné de riches présents, afin de se déba^ rasser de ses hôtes aussi incomùiodes qu'inattendus. Les faibles princes du Bas*Empire en avaient fiât autant à l'égard des Bolgares , des Esclavons et des Huns. Mais partout la vue de l'or ne fait qu'exciter davantage la cupidité de l'homme, comme la v» du sang, loin d'apaiser le tigre, ne le rend que plus féroce. U conquête du Mexique se fit comme se font toutes les conquôtes : les indigènes, mécontents de Içur gouvernement, loin des'omr pour repousser l'ennemî commun, comme c'était leur devoir, l'aidèrent au contraire dans son entreprise. Des caciques insoumis saisirent cette occasion pour roiiipre tous les liens de l'autorité.

La conquèfe du Pérou par Pizzaro ressemble à celle du Mexi^ que par Cortez. Une poignée d'hommes s'empare d'un vaste pays bien peuplé, et abondant en produits de toutes espèces. < Les voyageurs d'alors ne tarissent pas en descriptions plus 00 moins exactes sur la magnificence du palais des îucas, le temple du Soleil resplendissant d'or et d'argebt , et sur Timmen^ butia que les Espagnols retirèrent du Pétt>tt.

L'histoire des mines de Potosi présente un intérêt partîeo' lire. On raconte à ce sujet qu'un Indien nommé Gualpa, courant un jour dans les montagnes à la poursuite d'un gibier, arracha, en voulant se soutenir, un arbrisseau dont les raciaes

(I) Herrera, BiMtoire çénéraU dm Wfâfei'Hwitq^ékià ete., p. 49f.

TlOISlillE ifOQWé 63

éuieot recouvei4e»d'uDiiiiiierai brillant gui fat reconoupour de

Après quelque» coBiestations entre Gualpa ^ un autre Indien et unEspagnol nommé Villaréal, les mipeis de Potosi furent décla« rées ouvertes le 91 avril l$45.

La montagne de Potosi renferme quatre veines : la rieea (riche), la cetUmOf la mmdietu^ et la vei$^ dPéiain. Toutes ces-veines soDl situées daus la partie orientale de la montagne , et s'étendeot du nord au sud (3). « Cette montagne, dit UUoa , ressemble, dans son intérieur, à une ruche à miel, moins sa régularité j à cause de son grand nombre de percçmi^nts, de galeries, de fouilles qu'on y remarque. S'il était donc possible de bien en^ lever tout d'un coup la croûte qui la recouvre, on y apercevrait on Domboe infini de routes souterraines percées sans suite et comme au hasard , selon la direction des veines métalliques (3). »

Le procédé ordinaire de l'extractionet de l'afBnage de l'argent, employé primitivement, consistait à calciner le minerai dans de petits fourneaux construits sur les c6tés des montagnes , exposés au vent : ces fourneaux s'^^ppelaient go/i/ras. Le minerai était fondu avec une- matière métaUîque , nommée par les Indiens Mh roohe, ei qui, d'après cequ'en dit Acosta, n'é}ait autre cboseque du plomb. C'est dono la coupellation qu'employaient les Indiens pour affiner l'argent.

Un quiotal'de minerai riehe donnait d'ordinaire 30, 40 et même 50 pesi^ d'argent. Le minerai pauvre ne rendait environ que B pem. Il y avait à Potosi une grande quantité de ces minerais pauvres, dont on ne faisait au<^uoicas, et que l'on continuait à rejeter avec les scories V jusqu'au moment où l'on eut adopté le procédé par amalgamation, qui avait été employé au Mecque dès l'année 1566. i ♦

Acocto nous appt*ettd que , pendant le gouvernement de don

Francesco de Tolède, il arriva au Perdu un bomme qui avait été

longtemps au Mexique', et qui avait remarqué qu'on extrayait

l'argent au moyen du< nsercuve; c'était jParo Fernandez de V^

(1) BisMre naturelle et morale de$ Indes tant orientaUi qu'occidentales, IMr Meph AoMta (Uadnpv R. RfigasHU); Psrii, ISSS» mS% ltti« i^c hj

U)JbNi., ttk.J«»e. S.. .. . .

(3) Mémoi^ philosophiques t ki^tosriqueSf paniques ^ concernant la dé» couverte de V Amérique, etc., par doo UJIsa, lienteBsot général d«# armées na- Viles de rEapagne , comisaadant-ad Pénm, 1. 1, p. 28S (Paria» 17S7, fiS'-S*}.

64 HISTOTRB DB U COntlZ.

lasco{i). II s'offirit à traiter, par le mèioe procédé, les mines de Potosi; ce qui eut lieu en 1574. Comme si tout devait contribuer à la prospérité de ces mines et k la réussite du nouveau procédé, on venait de découvrir les riches mines de cinabre de Guahcavitlea; on pouvait donc se dispenser de faire venir ie mercure de l'Espagne. II se consommait annuellement environ sept mille quintaux de mercure dans tes mines de Potosi.

Voici les détails qu'Acosta nous donne sur ce procédé : on pile le minerai de manière à le réduire en une poudre très-fioe que Ton jette dans des espèces d'auges de cuivre. On y ajoute an dixième de sel commun , « afin que le métal se débarrasse de la terre et de ses ordures; n pois on y fait tomber une pluie de mercure, en remuant constamment le mélange. Lorsque l'argent est bien imprégné de mercure et que l'amalgame est bien formé, on le fait chauffer légèrement dans des fours à une faible température; après cela, on met le tout dans des vaisseaux pleins d'eau qui , étant tournés et agités par des roues , laissent déposer l'amalgame qui se sépare des impuretés ; on le lave une seconde fbis dans des cuves pleines d'eau; enfin on le comprime dans od linge ou dans une peau ; le mercure sort par les pores, et Targeût reste à peu près pur. — Pour lui enlever les dernières traces de mercure , on le faisait fondre et on le soumettut quelquefois à la coupellation.

U n'entre pas dan% notre plan de faire la statistique des richesses métalliques retirées, pendant le xvi* siècle, des diverses contrées de l'Amérique (2). Mais nous rappellerons que ces monceaux d'or du Pérou et du Mexique ont été plus funestes à la monarchie espagnole que ne l'auraient été la guerre , la peste et la famine. Et en voici les raisons.

D'abord , toute la population des campagnes se précipitait dans les villes, et delà elle partait pour le Nouveau Monde, non pas certes pour y cultiver les arts où y ex^cer des métiers utiles, mats pour suivre les penchants dépravés de la paresse, de l'avarice et de la cupidité. Loin donc que les richesses, transportées annuellement de l'Amérique en Europe, fussent employées à ré-

(1) I/aalear de oe procédé , déeonfert «a 1617^ parait avoir été im miDeor de Paciiclia (Mexique), nommé Baribolomé de Médina. Yof. Aleiu de Himboldl, sur ramalgamatioH de» Minerai* iffmrgsMt Wilde on Mexiqu9t daai les Aanales de Chimie, vol. LXXVi^ p. 304-216.

(a) F. Gmelin, GêicMehU (Ut Ckemiê, 1. 1, p. 439*492.

TKOISlillE ÉFOQUB*' fi5

parer les perles de l'agriculture, elles ne firent qu'en accélérer la décadence, et la plus grande misère ne tarda point à percer à travers les dehors brillants, qui en tout temps en imposent malbeareusementà l'immense majorité des hommes. Les troupes, mal payées, se soulevaient; les provinces , soumises à des impôts vezatoires, arboraient l'étendard de la révolte en proclamant l'indépendance. Le souverain luinaoème manquait, faute d'argent, à ses engagements les plus sacrés. Philippe II refusa de payer les intérêts des sommes qu'on lui avait prêtées, et ce fier monarque, dans les États duquel le soleil ne se couchait jamais, fit banqueroute à la face du monde.

La découverte du Nouveau-Monde 'mit soudain en circulation, comme de nos jours la découverte des mines aurifères de Californie et de l'Australie , une quantité prodigieuse d'or. Gomme ce métal se rencontre presque toujours à l'état natif, mais allié avec de l'argent en proportions variables , il était naturel de songer à 'n)a?er un procédé plus exact que celui du cément royal (soufre et antimoine ) pour séparer ces deux métaux l'un de l'autre.

Les alchimistesconnaissaient depuis longtemps la propriété qu'a l'eau-forte de dissoudre l'argent et de laisser l'or intact. Ce fut donc à eux que les monnayeurs empruntèrent leur eau de départ ((uiuaekrysuica).

Un nommé Cointe introduisit, sous le règne de François 1% l'emploi de l'eau-forte dans la Monnaie de Paris. Des auteurs presque contemporains ( Budé, Savot, etc.) racontent que Cointe tenait cette opération d'abord secrète, et qu'il la croyait ou fei- ^it de la croire très-dangereuse; a car il disoitque la fumée d'icelle estoit fort pernicieuse à la santé; de sorte qu'il y faisoit ravailier par un serviteur, lui n'y prenant garde que de loin (1). b Cointe et son fils gagnèrent une fortune considérable. Une orlonnance de François I*', datée de Blois le 19 mars 1540, porte art. 44) que « les gages des essayeurs de la monnaie seront augnentés de moitié, pour raison de ce départ avec l'eau-forte o.

(1) SAVQlf Traité de Mélallurgie, clinp. vi, p. 73.

BIftT. De L% CIIIMIR. — T. II. ' ù

66 HISTOIRE D£ tA CHIMIE.

' Quelques années lylus tard, Pusage de l'eau-forte derint si commun que l*on s'en servait frauduleusement pour /«t^ les pièces d'argent. Une ordonnance de Charles IX» donnée en 1561, proscrit formellement cette industrie coupaMe. a Nous défendons, y ést-il dit ( art. 3), allouer ni Recevoir aucune espèce d*or ni d*a^ gent visiblement rognée ùaUgoéepor Peau^f&rie; lesquelles espèces rognéiss 6ù lavées nous avons totalement desoriées, et se^ ront mises aii Teù pdùr billcm^l). »

Onsavûldéjà à cette époque dûnsqu^Ies limites la méthode du départ par Teau-forte était praticable. Ainsi, on n^norait pas que si dans un alliage il y a beaucoup pluS'd'er que d'argent, Teauforte n'agira aucunement, et qu'il faut qu'il y ait au moins deux tiers d'argent pour un tiers d'dr. tes proportions que l'on préférait, comme cela se pratique encore aujourd'hui , étaient de trois parties d'argent pour une partie' d'ôr, de manière que cette dernière partie nt le çuart du total de l'alliage. De là les expressions ûHnquarlèr et dÛHqiiartà(iàn(2). t^allhigé était entité attaqué par l'eau-forte : l'or se réunissait au fend sous forme de poudre, et l'argent était précipité lî>ar une );>lècè de cuivre, « qui a ceU^ propriété particulière de 'tirer à soi tout l'argent qui esloitiii»' sous dans l'êaù-tbrté ; isl'il y a dû cuivre dissous' dans reau*fo[t(, on Vèà retire par le n^oyèn du fer, de même que Taiigent s'en retire par le moyen du cuivre {3) ».

C'est itiètte' ^bstitutioti que les chimistes métâllùrgiistes du XVI* tiiècle reprochaient aux'albhimisted d^avoir pris pour une WitAblé transmntatitm. '"

La méthode expérimentale commençait déjà à porter ses fniiU. £n battant en brèche les doctrines ilês andeiis ^^lle enricbissjût l'a science '<ie faits nouveaux. '• * • i • . •. , '

(1) Sôminairé deséâîU et €irdonnaitees i'OffoÙliéfeoncemttntia ctmr des monnoffes et'ii/!ficièr$partkuHéir$ «TieelléfyCto^iMàMserltB'* 113, in<4* ( j»"^ I prudence]» dcrUBIMielhèqae de rArseml. ' .' (2> Yoy* p.^a de> c6 Tolume. ... * - |

(Z) SK%otp Traité de Métallurgie^ c\ièp.yif^.U,

TROISIEME époque; 67

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