‹ Histoire de la chimie (volume 4)Chapitre 44 sur 53 · COUP D'CEIL GENERAL · texte numérisé non relu

COUP D'CEIL GENERAL

En embrassant d'un coup d*œil le développement rapide des sciences , des lettres et des arts, au dix-septième siècle, on serait tenté de croire que l'esprit humain, au lieu de suivre une marche graduelle , avance par soubresaut. Le moyen âge est le calme qui précède Torage, ou plutôt un long sommeil pendant lequel Thumanité, semblable à un athlète, puise les forces nécessaires à l'ardeur de ses luîtes.*

Partie de quelques points obscurs, mais grandissant, dès le seizième siècle, dans des proportions gigantesques, la chimie s^est tout à coup élevée à la hauteur d'une science de premier ordre.

Fiai lux ! A cette voix qui semblait sortir, comme d'un tombeau, des ténèbres du moyen âge, la fin du XVIII* siècle répondit : ^^ lux fada est.

Mais gardons-nous bien de trop nous exalter, et surtout ne soyons pas injustes envers nos prédécesseurs : ils ont posé les premières pierres de l'édifice dont nous nous glorifions d'être les architectes.'La méthode expérimentale, cegrandlevier du progrès des connaissances humaines, pourrait avoir des résultats aussi funestes que jadis la voie spéculative, si elle s'affranchissait de tout contrôle et qu'elle méconnût lès limites de ses moyens (1).

Ce n'est qu'à de très-rares intervalles qu'on voit apparaître, sur ' la scène du monde, de ces esprits d'élite qui semblent conserver un parfait équilibre entre l'a théorie et l'expérience, qui dominent les détails sans se perdre dans les hauteurs de l'abstraction, et qui, rcunissaQt tous les faits d'observation en un faisceau compacte, arrivent à formuler des lois universelles.

Le dix-huitième siècle offre l'exemple de quelques-uns de ces esprits d'élite.

Il importe que l'homme se rappelle sans cesse que, s'il a beau-

(1) Comp. p. 141 lie ce voîumo.

TaOlSIKME ÉPOQUB. 333

coup faii, il lui reste bien plus encore à faire. Nous nous trouvons aujourd'hui en face de la postérité dans la même situation où se trouvaient vis-à-vis de nous nos prédécesseurs. -Les générations qui se succèdent ne sont que les anneaux d'une chaîne dont aucun œil mortel ne mesurera le développement. Si Eck de Sulzbach (i) etBoyIe (i) ne pan'inrent pas à découvrir Toxy-* gène, ce ne fut point de leur faute : ils avaient tout fait pour y arriver. Et combien de savants sont aujourd'hui, comme autrefois Eck de Sulzbach et Boyle, à saisir, — supplice de Tantale ! — ce dont la découverte ne sera réservée qu'à leurs descendants ! — Les découvertes, comme les grandes vérités , sont lentes' à se faire jour; elles ne brillent de tout leur éclat que sur les scories des générations éteintes.

Voilà des réflexions bien faites pour abaisser notre orgueil, source de tant d'erreurs et de tant de calamités.

Molirel d'Élémeat.

Nous avons vu, dans le siècle précédent. Van Helmont, Boyle^ Mayow, entreprendre des recherches sérieuses sur l'existence des gaz. Mais, pour approfondir cette question importante et difficile, il fallait d'abord trouver le moyen de manipuler un corps aériforme avec la même facilité que tout autre corps solide ou liquide, et montrer, même aux yeux du vulgaire^ que l'air, par exemple, peut être manié, recueilli et transvasé tout comme l'eau.

Cette tâche était réservée à un physicien français, qui vécut obscurément au milieu de ses contemporains. « Les ténèbres ne comprirent point la lumière. »

Mon*R£L d'Élément, c'est le nom de ce physicien, faisait pour gagner sa vie, vers l'année 1719, et peut-être antérieurement à cette époque, des cours de manipulation, ainsi annoncés par voie d'affiches dans les rues de Paris :

La manière de rendre l'air visible et assez sensible pour le mesurer par pintes, ou par telle autre mesure que l'on voudra ;pour faire des jets dCair, qui sont aussi visibles que des jets d'eau,

(l)Voy.t. I, p. 47!.

(î) Voy. 1. 1, p. IM.

Malgré la nouveauté du sujet, le cours de Moitrel n'eut aucun succès, et ce qu'il j avait de plus affligeant, c'est que les princes de la s^ence d'alors, les académiciens auxquels le pauvre physicien s'était adressé pour obtenir leur approbation, le trûtaient de visionnaire, d'esprit malade : ils le tuèrent moralement 11 ne lui resta donc d'autre moyen que de rédiger ses idées, et de vendre à un libraire son manuscrit, qu'il dédia ceux dames, b soit pour se venger de messieurs les académiciens, soit que les femmes, devinant la vérité, eussent prêté une oreille plus attentive aux paroles du professeur. La brochure de Moitrel imprimée en 1719, fut tirée à un très>petit nombre d'exemplaires; elle se vendait trois sous, chez Thiboust, imprimeur-libraire au Palais de Justice.

Le lecteur sera sans doute curieux de connaître les principaiu passages de cette brochure, aujourd'hui extrêmement rare, et dont un exemplaire ^ coté n^ 3264, dans la bibliothèque de Falconet, fut imprimé, en 1777, dans la nouvelle édition du Traité de Jean Rey, par Gobet.

Voici quelques passages textuels de ce travail, qui est on chef-d'œuvre de clarté et de méthode :

Expérience L

u Air plongé au fond de l'eau pour faire voir que tout est pleiu d'air, et que nous en sommes environnés de toutes parts, comme les poissons sont environnés d'eau au fond des mers.

« Disposition. — On plonge au fond de l'eau un grand verre à boire renversé, et l'on voit que l'eau n'entre point dans le verre, quoiqu'il soit renversé et ouvert.

« Explication. — Un verre qui serait plein d'eau le serait toujours , quoique renversé dans l'eau ; il en est de même à l'égard de l'air, car le verre, quoique renversé, est plein d'air. C'esl pourquoi, lorsqu'on le plonge dans l'eau, l'eau n'y peut pas entrer, parceque l'air, qui est un corps, occupe la capacité du verre, et résiste à l'eau. Si l'on veut voir cet air, il n'y a qu'à pencher le verre, et on le voit sortir, et l'eau entrer en sa place.

« Remarques. — On connaît par cette expérience que tout ce qui nous paraît vide est plein d'air, et que nous en sommes entourés, quelque part que nous allions.

« Pour que cette expérience soit bien visible et agréable à voir,

on se sert d'un grand vase de cristal, qu'on nomme récipient, parce qu'il reçoit le sujet qu'on veut expérimenter.

Expérience IL

ff Jet (Pair. — Pour faire voir l'air par le secours de l'eau, el pourquoi nous ne le voyons pas naturellement.

« Disposition. — On plonge dans l'eau un entonnoir de cristal, dont le bout est fort fin, qu'on bouche d'abord avec le pouce. Cet entonnoir, qui est renversé, est retenu au fond de l'eau par le moyen d'un cercle de plomb. Quand on retire le pouce pour laisser sortir l'air de l'entonnoir on le voit fournir un jet d'air qui traverse l'eau, et s'élève jusqu'à sa superficie.

0 Explication. — L'eau, par sa pesanteur, comprime l'air par la base de Tentonnoir, et l'obligea sortir par le petit trou qui est au haut de l'entonnoir, où ily a moins de pression, parce que toute la hauteur de l'eau presse sous la base de l'entonnoir, et qu'il n'y a pas la moitié de cette hauteur d'eau qui presse sur le petit trou. On voit le jet d'air, parce qu'il se fait dans l'eau, comme on voit un jet d'eau, parce qu'il se fait dans l'air. Si on faisait un jet d'eau dans l'eau, on ne le verrait pas, comme on ne verrait pas un jet d'air dans l'air; et un homme qui serait dans l'eau, les yeux ouverts, ne verrait pas l'eau, parce que l'eau qui baignerait ses yeux l'empêcherait de voir l'eau; mais il verrait fort bien un jet d'air, s'il y en avait un. Car il en est de même de Pair, où nos yeux sont pour ainsi dire baignés, et nous empêchent de le voir.

(c Remarque. — Je ne prétends pas dire que l'air soit la cause de ce que l'on voit l'eau; mais seulement que l'air ne se peut distinguer dans l'air, non plus que Teau dans l'eau, et qu'il faut une distance entre nos yeux et l'objet.

Expérience III.

« Mesurer l'air par pintes, ou par telle autre mesure qu'on voudra, pour faire voir que l'air est une liqueur qu'on peut mesurer comme les autres liqueurs.

a Disposition, — On plonge dans l'eau une mesure renversée, on lient à sa superficie, au-dessus de la mesure, le vase où l'on

veut mettre l'air mesuré. Ce vase, qui est de cristal, doit être renversé et plein d'eau.

« Explication. — Lorsque Ton penche la mesure, on en voit sortir Tair qui coule au travers de l'eau, pour s'aller rendre dans le vase disposé à ce sujet, duquel il descend autant d'eau qu'il y monte d'air, parce que l'air est moins pesant que l'eau.

a Remarque, — Ayant trouvé par le secours de l'eau la manière d'emprisonner l'air^ et de le rendre visible en telle quantité qu'on souhaite, il est aisé de faire plusieurs jolies expériences en ce genre, selon la curiosité et le génie des personnes. Pour qui regarde la facilité de cette expérience, un demi-setier est plus commode qu'une pinte.

Expérience IV,

c( Mesurer une pinte d'air dans une bouteille qui ne tient pas pinte f afin de voir répandre le surplus.

« Disposition. — On se sert d'une bouteille ordinaire, dont on ôte l'osier. Quand la bouteille est pleine d'eau, on la bouche avec le doigt, afin de la renverser sans en répandre, pour faire tremper le bout du goulot dans l'eau du grand récipient, au fond diuquel on a mis un entonnoir de verre, que l'on élève ensuite pour le faire entrer dans le goulot de la bouteille qui doit être à la superficie de l'eau.

a Explication. ^^On met avec une mesure de l'air dans rentoonoir, cet air coule dans la bouteille, et au quatrième demi-setier on voit répandre l'air que la bouteille n'a pu contenir. On le voit couler entre la bouteille et l'entonnoir, mieux que si c^était du vin ou autre liqueur. »

II serait difficile de donner un exposé plus simple de ces belles expériences, qui toutes témoignent de la sagacité de l'auteur.

On sera peut-être curieux de connaître le sort de Moitrel d*Ëlément. Ce physicien occupai là Paris une misérable mansarde de la rue Saint-Hyacinthe, près de l'ancienne porte Saint- Jacques; il vivait du produit des leçons qu'il donnait aux écoliers. Une personne charitable, ayant eu pitié du vieux et pauvre Moitrel, l'emmena avec elle en Amérique, et c'est là qu'il mourut (i).

(1) Yoy. Tappendice à la 2* éditioD des Essais de Jean Rey, par Gobel ; Pari<. 1777, in-S».

La gloire est souvent uoe chance : elle n'arrive pas toujours à ceux qui la méritent. Moitrel d'Élément passa inconnu, pendant que d'autres, pour avoir émis à peu près les mêmes idées, acquirent de la célébrité.

Il y a des moments dans l'histoire où l'esprit humain semble être poussé, comme par une force irrésistible, aux grandes dépouvertes. Depuis les travaux de Boyle, de Van Heimont et de Mayow, l'attention des chimistes était presque exclusive içent fixée sur l'étude des gaz : ce fut le prélude d'une ère nouvelle pour la science. C'est ainsi qu'aujourd'hui les physiciens concentrent leurs pensées sur le problème de l'unité des forces. Serait-ce aussi l'indice d'une ère nouvelle?

Nous devons signaler ici jusqu'aux moindres essais qui avaient été faits pendant (a première moitié du xvm^ siècle, dans le but d'éclaircir la question des corps aériformes.

Voici les noms des chimistes qui, pendantcelte période,s'étaient occupés des gaz, dont ils ne cherchaient d'abord à connaître que quelques propriétés physiques, et leur action sur l'économie animale.

J. GoTTscHED, professeur àKœnigsberg, étudia l'action de l'air sur les liquides du corps humain (I); Hawxsbee examina les fluides élastiques provenant de la combustion de la poudre à canon, ainsi que l'air qu'on avait fait passer sur des métaux incandescents (2); Gheenwood, Lowther, Mand, Charlett etDoRANTcherchaientà approfondir la nature des airs irrespirables, qu'on trouve dans les mines (3) ; Pinkgnau traita du gaz asphyxiant qui se dégage des matières en fermentation (4); Ryberg, de l'air considéré comme aliment de la vie (o); J.-Ch. Lange, de l'existence d'un acide aérien (6); S. SuTTON,du moyen de renouveler l'air dans les navires (7) ; Ph. Pbrcival, des eaux

(I) Dissertatio de œtherc et aère eorumqué in cor|>us hiunanuro ejusque liuiitoretf vi atque actione-, Regiomont., 1698, m4^.

(t>) Philosopha rmiuac/. ; ann. 1704 et 1705, t. XXIV, n. 295 ; an. 1706 et 1707, t. XXV, n. 311 ; an. 1710-1712, t. XXVII, u. 328.

(3)Transact. philosopb., vol. XXVI, XXXVI, XXXVIIÏ, XXXIX, XLIV.

(4) Desuffocaltoneexliquore fcrinentanle ; R^ioinont., 170C, iii-V'.

(6) De aère vil(e pabulo ; Hafn., 1733, in-4^ (G) Diss. de acido aereo insonte; Hafn., 1754.

(7) Médical essays and ol>servations by a Society ofEdinburgh^Tol. V, 1744.

HIRT. DE LA CBlHie. — T. II. 22

acidulés, de Tirrespirabilité des vapeurs de charbon, etc. (1); Lane, de la dissolution du fer par Teau chargée d'air fixe [gaz acide carbonique ) (2). Browall, Triewald, Biobrnshahl, Ducii- MANif, TuEOBALD, Frew£N,Bel, firent dcs observations sur lesair> irrespirables et inflammables des galeries souterraines, et sur les accidents que ces airs peuvent occasionner.

L'immortel Newton, transportant la loi de l'attraction universelle dans le domaine de la chimie, essaya le premier d'expliquer par Taffinité la dissolution des métaux dans les acides; il filde^ expériences sur l'élasticité des gaz^ et définit la flamme un fluide incandescent (3).

Son compatriote Haies fit plus particulièrement des fluides élastiques l'objet de ses recherches. Aussi allons-nous nous y arrêter un moment.

Peu de sciences étaient étrangères à Etienne Haies ( né le 7 septembre 1677)» et quelques-unes d'entre elles lui doivent d'importantes découvertes. La physique, la chimie et la physiologie eureol pour lui un attrait particulier. Haies avait embrassé l'état ecelésiastique. Eni7i9, il communiqua à la Société royale de Londres dent il venait d'être élu membre, des expériences sur les effet» de la chaleur du soleil pour faire monter la sève dans le^ végétaux,, expériences qui servirent de point de départ à la Stadqtie de& végétaux ( un des livres les plus remarquables publiés dans la première moitié du rviii* siècle ), que l'auteur dédlia, en 1727, au roi Georges H. Haies est mort en 1761. La princesse de Galles lui fit élever, — ^honneur insigne, — un moDUinent dans l'abbaye de Westmilister.

Traduit en français sous le litre de Nouvelle Méthode pour pomper les me^' vais airs des vaisseaux., avec une dissertation sur le scorbut, par le docteur Mead, etc.; Parb, 1749, in-12.

(I) Essa>s médical and expérimental, etc., vol. Il, n 6.

(2; PhilosophicalTransact., LIX, n. 30, p. 216.

W Opiicks; London, 1701, in-4®, quest. 9.

Tm^ausL de Haies.

Haies avait entrepris, dés Tannée 1724, un très-grand nombre d'expériences sur la végétation des plantes, sur leur transpiration, sur la circulation de la sève, sur la distillation des produits végétaux et sur les fluides élastiques qui s'en dégagent. Ces expériences furent d'abord communiquées à la Société royale de Londres, puis recueillies et publiées sous le titre de Vegetable statickSyOr anaccount of some siatical experïmerUs on ihe sap^ being an essay towards a natural history of végétation, etc. ; Lond,, 1727, in-S**. — L'apparition de cet ouvrage produisit une grande sensation dans le monde savant ; il fut bientôt traduit en français, en hollandais et en allemand (1).

Le principalmérite de Hales^ c'est d'avoir imaginé un appareil plus convenable que celui de Boyle et de Mayow, pour recueillir les gaz , appareil dont se servirent plus tard Black, Priestley, LavoisïTBr, et sans lequel l'acide carbonique, l'oxygène, l'hydrogèneet tant d'autres gaz seraient peut-être encore à découvrir!

La figure suivante (voy. le verso de la page ) donnera de cet appareil une idée plus exacte qu'une description détaillée.

L'appareil dont on se sert aujourd'hui pour recueillir les gaz ne diffère, comme on voit, de celui de Haies que par quelques légères modifications, destinées à en rendre l'emploi plus commode. A la place du tuyau recourbé de plomb, on se sert d'un tube en verre, et l'on se dispense de suspendre le récipient ou l'éprouvette renversée sur la cuve, dont la forme ainsi que celle du récipient ont été simplifiées.

Nous avons déjà eu l'occasion de constater que, par une singulière coïncidence, les deux appareils peut-être les plus importants de la chimie, ceux de la distHlation et du recueillement des gaz, manquaient , dans l'origine , du tube nécessaire pour faire communiquer le récipient avec la cornue (2).

C'est l'invention de ce tube que nous devons à Haies. Boyle et Mayow s'étaient servis, avant lui, de ballons de verre pleins

(1) La traduction française est due à Buflbn : La statique des végétaux, etc. Paris, 1735, 10-4**. NouTelle édition, reTue par Sigaudde Lafond; Paris, 1779, in-8^. — Trad. hollandaise, 1750, in-S*»; trad. allemande, 1747.

(2) Voy. plus haut, 1. 1, p. 202, et t. II, p. 154.

IlISTOIRE DE lA CHIMIE.

d*eau, et renversés sur des cuvelles remplies du même liquide.

Les gaz qu'il parvint ainsi à recueillir étaient très-variés. Il en obtenait en chauffant du bois de chêne, du blé de Turquie. du tabac, des huiles, du miel, du sucre, des pois, de la cire, du succin, du sang, de la graisse, des écailles d'huttre, etc. Il montrait que la plupart de ces gaz sont inflammables^ et il comparait dans ses expériences, faites avec beaucoup de soin, le poids de la substance employée avec la quantité de gaz produit (!)•

Indépendamment de ces gaz, résultats de la distillation de matières organiques, il avait recueilli les fluides élastiques provenant de l'action des acides sur les métaux ( acide vitriolique, eau et fer; — eau-forte et cuivre), de la combustion du soufre, du charbon, du nitre, de la fermentation, de la distillation des eaux de Spa, de Pyrmont, etc. Il démontra, par une série d'expériences, que Tair dans lequel brûle un corps combustible , conune le

(l);stalicksof vepel., cli. Vï.

phosphore, etc., diminue de volume ; qu'après l'extinction de ce corps, il est impossible de le rallumer, et que la respiration des animaux produit le m6me effet que la combustion; d'où il conclut que les animaux absorbent une certaine partie de Tair, laquelle se combine dans lespounoons avec les particules combustibles du sang.

Cl Dans l'intérieur des vésicules du poumon, dit Haies, le sang est séparé de Tair par des cloisons si fines, qu'il est raisonnable de penser que le sang et l'air se touchent d'assez près pour tomber dans la sphère d'attraction l'un de l'autre; et c'est par ce moyen que le sang peut absorber continuellement de nouvel air, en détruisant sou élasticité (i). d

Il n'y avait qu'un pas à faire pour arriver à la théorie de la respiration considérée comme un phénomène de combustion.

Haies savait aussi que le plomb augmente considérablement de poids en se convertissant en minium, et que le minium chauffé au moyen d'une lentille dégage une énorme, quantité de fluide élastique.

Les principaux gaz produits et recueillis par lui étaient : l'hydrogène, l'hydrogène bicarboné, l'acide carbonique, l'hydrogène protocarboné, l'acide sulfureux, l'azote, l'oxygène. Il ne manquait plus, pour avoir la série presque complète, que le chlore y le cyanogène et les gaz qui, tels que l'ammoniaque et l'acide chlorhydrique, sont trop solubles dans l'eau pour pouvoir être recueillis sur ce liquide.

Cependant Haies n'a lui-même découvert aucun de ces gaz. Pourquoi? c'est que tous ces gaz n'étaient pour lui que de l'air commun. Si l'air, provenant de la distillation de la cire, de la graisse, des pois, etc., est inflammable, c'est qu'il est, disait-il, imprégné de particules sulfureuses ou huileuses. Si l'air est irrespirable, c'est que ses molécules ont subi une diminution de l'élasticité nécessaire à l'entretien de la respiration. En un mot, tous ces différents gaz ne sont pour lui que de l'air atmosphérique, susceptible, selon les circonstances, d'être modifié dans sa composition et dans son élasticité.

Haies s'était imaginé, ce que personne n'aurait pu lui ôter de l'esprit, que l'air (atmosphérique) est le lien élémentaire qui unit entre elle^ toutes les particules d'un corps, et qu'il en est éliminé

(1) Slatîcks of Teget.ch. VI, ei{». HO.

soit par la combustion, soit par la fermeDlatloQ. C'est ainsi qu'une théorie préconçue peut rendre l'homme aveugle.

En résumé, Haies n'a pas , à proprement parler, découvert de gaz ; mais il a inventé le meilleur moyen de les recueillir. Moitrel d'Élément avait enseigné que Tair est susceptible d'être transvasé comme de Teau; mais il n'avait pas indiqué le moyen de le recueillir lorsque ce fluide se dégage de quelque combinaison. Haies est venu combler cette lacune.

SoerliiuiTe. Tenel, CSeoCGroy aine, et d'Autres clilm&stes pneumattates.

Les expériences de l'auteur de la Statique des végétaux, éveillèrent l'attention des physiciens et des chimistes.

BoERiiAAVE fut un dcs premiers à répéter les expériences de Haies, et il se forma à cet égard à peu près les mêmes idées que leur auteur.

Fr. Venel, professeur de chimie à Montpellier, présenta, en i750, à l'Académie des sciences, deux mémoires ayant pour objet de prouver que les eaux de Seltz, et la plupart de celles connues sous le nom d'acidulés, doivent ieur'goût piquant, ainsi que les bulles qui s'en élèvent et qui imitent l'effet du vin de Champagne, à une quantité considérable d'air en état de dissolution. Il fabriqua le premier une espèce d'eau gazeuse, ao moyen de parties égales de sel de soude ( carbonate) et d'acide muriatique (1). Ces recherches n'amenèrent aucun résultat nouveau; car l'auteur se refusait obstinément à croire que l'air des eaux gazeuses' fût différent de celui de l'atmosphère. Il y avait plus de cent ans que Van-Helmont avait déjà dit ce que Venelne fit que répéter sur l'existence d'un fluide élastique dans l'eau gazeuse acidulé; et cependant Van-Helmont s'était bien gardé de confondre l'air ( esprit sylvestre ) de ces eaux avec l'airatmosphérique (2).

Indépendamment de ce travail , il nous reste de Vend quel-

(1) Mémoires présentés à rAcadémie des sciences de Paris par dirers saTaoU étr^^gers, vol. II, p. 63, 80 et 337.

(2) Voy. p. 137 et 138 de ce volume.

ques observations sur la décomposition des plantes (i) , sur les moyens de dissoudre les calculs urinaires (2), sur le salpêtre (3) et sur la bile (4), observations qui ne contiennent rien de saillant.

Geoffroy aîné cita plusieurs cas de production de gaz inflamnoiables et irrespirables (5) ; Desaoulters voulut expliquer la formation des mofettes dans les galeries souterraines, et proposa des moyens de renouveler Tair dans les chambres où se trouvent accumulés des malades (6) ; Duhamel donna également des instructions sur le renouvellement de l'air dans les hôpitaux, dans les prisons, etc. (7). Le célèbre physicien Muschehbroek ne resta pas étranger à l'étude des gaz (8). .T. Huber, de Bàle, annonça que les poumons sont comme un filtre qui laisse passer Tair dans le sang (9) ; Gaspard Hauser traita de Tair dans l'intérieur de l'économie (10); J. Veratti publia une série d'expériences sur l'action nuisible de l'air corrompu par ta respiration des animaux (11); un médecin napolitain, J. Mosca, traita de rinfiuencede l'air dans la production des maladies (12) ; Nollet, Daquen, Fave, Sauvages, HANNiEUS, Bartels , Teighmeter, ScHRECK, Alberti, Reimalann, Seip, étudièrent l'action des airs irrespirables qui se rencontrent dans la nature.

L'étude des fluides élastiques avait jusqu'à présent dérouAé les plus habiles expérimentateurs. Aucun gaz n'avait encore été parfaitement distingué de l'air atmosphérique, lorsque

(1) Mém. présent, à rAead. de Paris, yol. II, p. 319.

(2) QuâBstiones clienoic^ daodecim, etc., quœst. 3, 9, 10,

(3) Ibid., n. Vn.

(4) Ibid., n. IX.

(5) Hist.,deVAcad. des sciences, années 1701, 1710, 1744, 1751,

(6) Philosoph. Transact,, an. 1735 et 1736.

(7) HUt. deVAcad.des sciences, année 1748.

(8) Tentamina experimentoram nataraliuin corporum in Acad. del Cimenlo, etc., addit., $ 36-50; $ 77.

(9) Deaereatque electro œconomiœammalis,eftc.; Cassel., 1748, in-4?.

(10) Diss. de aerc intra oeconoiniam coriwris humani; Basil., 1733, in*4*.

(11) De Bonori. scient, et art. institut, commentaiii, vol. Il, pars I.

(12) Deir aria e diinorbi delP aria dipeadenti ; NeapoL, 1746 et 1747, în-S^".

Black parut. En découvrant ou plutôt en distinguant le gaz acide carbonique des autres corps aériformes, ce chimiste imprima à la science une direction nouvelle.

Plus ancien que Lavoisier, Black resta, avec quelques restrictionsy fidèle à la doctrine du phlogistique, en dépit des progrès rapides que faisait journellement la chimie, progrès auxquels il avait lui-même considérablement contribué. Son exemple montre qu'on peut faire de grandes découvertes, et enrichir le domaine des connaissances positives de faits nouveaux, alors même qu'on se laisse dominer par des doctrines erronées.

Joseph Black peut être revendiqué par la France, car il naquit à Bordeaux en 1728, de parents écossais, établis sur le sol français. 11 vint très-jeune en Ecosse, et étudia la médecine à Glasgow et dans l'université d'Edimbourg, où il obtint, en 1754, le grade de docteur en médecine. Ce fut à cette occasion qu'il soutint une thèse remarquable , De humore acido a cMs orto, et magnesia alba, où Ton trouve des expériences propres à faire distinguer la magnésie de la chaux. En 1756 il fut chargé, à Glasgow, de la chaire de CuUen, son ancien maître, qui venait d'être appelé à la place de professeur de chimie à l'Université d'Edimbourg. L'année suivante, le jeune professeur attira sur lui l'attention du monde savant par son beau travail Sur la chaleur latente. Lorsque Cullen quitta en 1765 sa chaire, son élève fut jugé digne de le remplacer.

Par la nouveauté de son enseignement Black fit affluer en Ecosse une nombreuse jeunesse, suivant avidement les leçons du célèbre professeur. Celui-ci entretenait en môme temps une correspondance active avec les chimistes les plus distingués do l'Europe, et en particulier avecLavoisier, qui se plaisait à l'appeler son maître. 11 s'opposait, avec chaleur et vivacité, à l'envahissement des théories nouvelles de la chimie pneumatique, soit par conviction, soit pour ne pas donner un démenti à ses Iravaux primitifs. Le Nestor de la chimie du dix-huitième siècle (c'est ainsi que Black fut surnommé par Fourcroy ) mourut âgé de 71 ans. Ses mœurs étaient simples et austères ; son caractère, froid et réservé.

M. Robinson, son élève favori, nous a laissé des détails touêhants sur les derniers jours de la vie de ce savant modèle. Sa mort fut calme comme l'avait été sa vie.

TROISIÈME ÉPOOUE. 345

a Le 36 novembre i799, Biack expira sans qu'aucun symptôme eût précédé ce terrible passage. Il était à table; son repas ordinaire était un peu de pain , avec des prunes cuites, et sa boisson habituelle était du lait mêlé d'eau. 11 tenait sa coupe à la main, lorsque son pouls battit pour la dermiëre fois : il la posa sur ses genoux, qu'il tenait serrés pour qu'elle ne tombât pas, et expira à l'instant, sans qu'une goutte de boisson fût versée et sans qu'aucun de ses traits eût changé sa physionomie. On aurait dit qu'il • était là encore comme pour montrer expérimentalement à ses amis combien il est facile de mourir. Dans ce moment, son domestique ouvrit la porte pour lui annoncer une visite; on maître ne répondant pas, il s'avança de quelques pas ; mais, le voyant tranquillement assis et tenant sa coupe sur ses genoux, il le crut endormi, ce quilui arrivait souvent après le repas. 11 s'en retourna. Cependant, arrivé au milieu de l'escalier, une sorte d'inquiétude le fit revenir sur ses pas ; il retrouva son maître dans la même por sition, et se préparait encore une fois à s'en aller, lorsqu'un nouveau scrupule le fit approcher; il s'assura cette fois que Black avait cessé de vivre.

<i Black était, ajoute Robinson , à- la fois un savant et un homme du monde; rien de ce qui peut contribuer à l'agrément de la société ne lui était étranger, et il savait causer de bagatelles comme des sujets les plus profonds. Il avait l'oreille trèsmusicale, et il chantait avec beaucoup de goût; il était assez bon musicien pour exécuter un air à la première vue ; et je n'ai jamais entendu personne apprécier avec autant de finesse et de goût les divers caractères des compositions musicales, nationales ou étrangères, et les comparer entre elles avec autant de sagacité, n cessa de cultiver ces talents lorsqu'il vint s'établir à Edimbourg. Son cours de Chimie était l'objet de tous ses soins. Chaque année il cherchait à rendre son cours encore plus simple et plus familier, et à varier ses expériences avec une dextérité et une grâce infinies. C'est en étudiant l'Optique de Newton qu'il prit l'habitude de ces raisonnements par induction qui devaient le mettre sur la voie des découvertes. x>

TravauiK de Stock.

Black n'a écrit lui-même qu'un très-petit nombre de mémoires, insérés dans les Philosophicat Transactions of London, et

dans les Physical and litterary essays and observations by a Society in Edinhurgh, Comme Rouelle, il se Qt surtout connaître par son enseignement, qui fît de nombreux disciples. Ses leçons, dans lesquelles il se plaint quelquefois avec aigreur de Lavoisier, furent rédigées après sa mort sur les manuscrits de l'auteur par un de ses élèves les plus distingués, M. Robinson, et publiées sous le titre de Lectures on the éléments of chem'stry, delivered in the universily of Edinburgh, by the laie J. Bkek; new pviblished from his manuscripts, by John Robinson, professer • ofnaturalphilosophy^etc. (l).

Nous avons fait connaître les recherches de Fred. Hoffmann sur une terre alcaline différente de la chaux, Wmagnésie (2). Black vint les compléter par des observations nouvelles. Ce fut là son premier travail. « Lorsque je commençai, dit-il, à faire des expériences de chimie, j'eus la curiosité d'examiner de plus près la terre décrite par Hoffmann. I^e résultat de ca expériences me suggéra, quelque temps après, l'idée de donner une explication plus satisfaisante de l'action de la chaux vive sur les sels alcalins ( carbonates ) , et je me trouvai ainsi engagé dans une série de travaux qui devaient plus tard répandre une vive lumière sur beaucoup de points importants de la chimie.

« Vers cette époque (année 1754), les docteurs WhyU et Alston^ professeurs à l'université d'Edimbourg, avaient soulevé une discussion de médecine pratique d'un grand intérêt : le premier soutenait que l'eau de chaux, faite avec la chaux des coquilles d'huître {lime-water of oyster-shell lime) est plus efficace pour dissoudre les calculs de la vessie que l'eau de chaux préparée avec la pierre calcaire ordinaire ; le docteur Alston donnait à cette dernière eau la préférence. Attentif à cette discussion, j'avais conçu l'espérance qu^en essayant un grand nombre de terres alcalines, je pourrais peut-être en rencontrer quelquesunes qui fussent différentes , par leurs qualités, des espèces communes, et qui donnassent une eau encore plus efficace que la chaux des coquilles d'huitre. Je commençai donc mes recherches par la terre décrite par Hoffmann (3). »

Black préparait la magnésie ( à l'état de carbonate ) en traitant

(1) Lectures on the éléments of chetnutry, elc, toI. II, p. 52.

(2) Edinburgh, 2 vol. in-4», 1803.— Cet ouvrage, tiré à un très-petit nombrt d'exemplaires, est aujourd'hui très-rare.

(3) Voy. p. 22» de ce Tolume.

une solution de sel cathartique amer ( sulfate de magnésie) par la potasse commune ( carbonate }. Voici les caractères qu'il en donné , et qui désormais ne permettaient plus de confondre la magnésie avec la chaux :

l** La magnésie (magnésie carbonalée) fait effervescence avec les acides et les neutralise. Les composés qu'elle forme avec les acides sont différents de ceux que donne la chaux avec ces mêmes acides;

2^£lle précipité la terre calcaire de ses combuiaisons avec les acides;

3<> Exposée à l'action du feu, elle ne se change pas en chaux vive ;

4^ Calcinée et traitée par l'eau, elle ne donne point de solution sensible au goût; elle est donc, contrairement à la chaux vive, insoluble dans l'eau.

Cependant Black n'ignorait pas que la magnésie ( carbonatée ), soumise pendant quelques heures à l'action d'une forte chaleur rouge (magnésie calcinée), possède des propriétés différentes qui firent l'objet de ses recherches. ^

II remarqua d'abord que la magnésie calcinée diminue considérablement de volume, que son poids est aussi moindre ( iS parties s'ét&ient réduites à 5 ), et qu'elle se dissout dans les acides, sans effervescence, bien que les sels qu'elle forme avec les acides ne diffèrent point de ceux que ces mômes acides produisent avec la magnésie non calcinée.

Cesrésultats l'engagèrent às'assurer comment le feu avait opéré ces changements, et quelle était la matière qui s'était séparée par faction de la chaleur^ et qui avait ainsi diminué le poids et le volume de la magnésie.

« A cette fin, je mis, dit-il^ une quantité déterminée de magnésie (carbonatée) dans une cornue de verre, à laquelle j'adaptai un récipient entouré d'eau froide. Je chauffai jusqu'au rouge ; mais je n'obtins qu'une très-petite quantité de fluide aqueux ( a very small quantity of watery fluid), contenant des traces d'une matière volatile; et pourtant la magnésie avait beaucoup perdu de son poids. Ce résultat m'étonna, et me rappela certaines expériences de Haies. Je conjecturai alors que la perte du poids qu'avait éprouvée la magnésie serait peut-être due à la sublimation d'une matière aérienne élastique ( elastic aerial matter ), ou d'un air passé travers le lut de l'appareil. Je me confirmai dans cette

348 HISTOIRE PE LA ClIIMIE.

idée en pensant que l'effervescence que la magnésie fait avec les acides pourrait bien provenir de l'expulsion d'un air combiné avec cette substance. ^

a Pour mieux me corroborer dans mon opinion, je réfléchis au moyen de rendre, s'il était possible, à la magnésie calcinée l'air qu'elle avait perdu par la calcination. Et je me deroaadù d'abord comment la magnésie avait acquis cet air : elle ne pouvait l'avoir acquis pendant qu'elle était encore combinée avec xl'acide sulfurique dans le sel d'Epsom; car l'effervescence que la magnésie produit, au contact d'un acide, prouve que celle-ci ne peut pas être combinée en même temps avec un acide et avec cet air en question. La magnésie ne peut donc avoir reçu eeiairgnt de Valeali (carbonate) employé pour la précipiter (1) ».

A l'appui de cette manière de voir Black fit l'expérience suivante, tout à fait décisive :

(( Je pris, dit-il, 120 grains de magnésie commune ; je la calcinai dans un creuset, de manière à lui faire perdre 70 grains de son poids. Cette magnésie, ainsi calcinée, fut ensuite dissoute sans effervescence dans un^ quantité suffisante d'acide vitriolique dilué, et la liqueur fut précipitée par une solution chaude d'alcali fixe commun ( carbonate de potasse). Enfin, en pesant ce précipité, convenablement lavé et desséché, je pus me convaincre que la magnésie avait recouvré, à une légère différence près (except a mère tri fie), la totalité du poids qu'elle avait perdu par la caleination. Et ce précipité se comportait en tout comme la magnésie commune. »

Cette expérience confirma l'habile chimiste dans l'idée que la magnésie reçoit une certaine quantité d'air de la part de l'alcali employé pour la précipiter. Il expliqua parfaitement le double échange d'acide et de base, et conclut que la somme des forces qui tendent à unir l'alcali avec l'acide est plus grande que la somme de celles qui tendent à unir la magnésie avec l'air en question (gaz acide carbonique).

Bientôt après, Black fit une expérience très-importante pour la connaissance exacte du gaz acide carbonique. Voici comment il la décrit : o Mettez un peu de sel alcalin (carbonate de potasse)^ ou de chaux, ou de magnésie ( carbonatées), dans un flacon contenant im acide étendu; fermez aussilôt Vou-

(I) Lectures on the éléments ofchemistry, etc., vol. lï. p. 59.

TAOISIÈMK EPOgUE. 349

verture du flacon avec un bouchon de liège , par lequel passe un tube de verre recourbé en col de cygne {bent into a swan-neek); l'autre extrémité du tube sera (d'après la méthode de Haies) introduite dans un vase de verre renversé^ rempli d'eau et placé dans une cuvette de même liquide. Vous verrez aussitôt une vive effervescence se produire et de nombreuses bulles élastiques traverser l'eau pour en gagner la surface, en déprimant la colonne du liquide. Ce n'estdonc^pas là une vapeur paassa'gère qui s'échappe, mais un fluide élastique permanent , non con^ deosable par le froid, o

C'est à ce fluide élastique que Black donna le nom d'air Jixe ou fixé {fixed air), qui fut, quelques années après, changé, par Bei^mann, en celui d'acide aérien, et enfln^en celui de gaz acide carbonique. Ce dernier nom a prévalu.

(c Dans la même année de 1757, pendant laquelle j'avais publié le premier rapport de mes expériences, je découvris, continue Black, que cette espèce d'air absorbable par les alcalis est mortel pour tous les animaux qui respirent à la fois par la bouche et parles narines. Mais j'eus occasion d'observer que des moineaux qui mouraient dans cet air au bout de dix à onze secondes pouvaient y vivre trois ou quatre minutes, lorsque les narines de ces oiseaux avaient été préalablement fermées avec du suif. Je pus me convaincre que le changement qu'éprouve l'air salutaire sous rinfluence de la respiration consiste principalement, sinon uniquement {iftiol solely), dans la transformation d'une partie de cet air en air fixe; car j'avais remarqué qu'en soufflant à travers un tuyau de pipe dans de l'eau de chaux ou dans une solution d'alcali caustique, la chaux se précipitait, et que l'alcali perdait de sa causticité. »

Dans la môme année, le môme chimiste trouva que l'air qui se produit pendant la fermentation est de l'air fixe, ce qu'avait déjà constaté Van-Helmont, qui avait donné à cet air le nom de gaz sylvestre. Dans la soirée du môme jour où il avait fait celle observation, Black démontra, au moyen de l'eau de chaux, que la combustion du charbon donne naissance à de l'air fixe; il confirma ainsi expérimentalement l'idée de Van-Helmont.

Black parvint le premier, par ses belles expériences, à démontrer que les alcalis elles terres alcalines renferment une certaine quantité d'air fixe qui, au contact d'un acide, se dégage avec effervescence; que cet air est fortement combiné avec les alcalis,

puisque la chaleur la plus intense ne suffit pas pour leur faire perdre leur effervescence avec les acides ; que les alcalis sont en quelque sorte neutralisés par cet air {in some measure neulrali' zed); que la chaux calcinée (ainsi que tout alcali caustique), exposée à Pair libre, attire peu à peu les particules de l'air fixe qui existe dans l'atmosphère; enfin (et en cela Black s'éloigne entièrement de l'opinion de Haies ) que tout air n'est pas de Tair fixe, mais qu'il faut admettre une distinction entre l'élément prédominant de l'air atmosphérique , et cet air qui forme la crème de l'eau de chaux.

Cependant ces déductions, parfaitement légitimes, furent vivement attaquées par la plupart des chimistes contemporains ; ce qui montre, une fois de plus, combien la vérité est lente à se faire jour I

Hais ce qui fait le plus d'honneur à la sagacité de Black, c'est la découverte de la chalmr latente, que vainement on a cherché à lui ravir. La chaleur latente devint la pierre angulaire de l'édifice de Lavoisier, de la théorie de la combustion.

Ce travail de Black date de l'année 1762 (I). L'auteur se demanda d'abord pourquoi la glace fond si lentement par l'actiOD de la chaleur; les théories jusqu'alors émises sur la fusion des corps étaient impuissantes à expliquer ce fait. Dans la première expérience entreprise .à ce sujet , il trouva que , pendant que l'eau à 0» s'élève à la température de 7*, la même quantité de glace, également à 0*, quoique soumise à la même chaleur qoe l'eau, exige un temps 21 fois plus long, pour arriver à la même température de 7^ ( 7 X 21 = 147 ) , et qu'il y a, par conséquent, 140 degrés (Fahrenh.) de chaleur d'absorbés, que le thermomètre n'indique pas.

Pour mieux s'assurer encore de l'absorption et du recel de la chaleur {ihe absorption and eoncealment ofheài),\\ mêla ensemble quantités égales d'eau chaude et d'eau froide. Ce mélange s'opéra d'une manière égale partout, et la température du mélange fut moyenne entre celle de l'eau chaude et de l'eau froide.

Black fit d'autres expériences pour établir nettement que, lorsqu'on fait fondre de la glace dans une égale quantité d'eau à 176* ( Fahrenh. ), le mélange qui en résulte est à peu près h la température de la glace fondante. Cette quantité considérable de

(i) Voy. Lectures on the cléments of chemistry, etc., vol. I, p. f6l

chaleur qui disparait et que le thermomètre n'indique pas, Black rappela chaleur latente [latent heat).

L'eau bouillante marque toujours le môme degré de température, quelle que soit la chaleur qu'on lui applique. Black donne ce fait comme connu, mais il démontre expérimentalement que, pendant la vaporisation, il y a une grande quantité de chaleur d'absorbée, laquelle n'est pointlaccusée par le thermomètre, el qu'il arrive ici ce qui se passe pendant la liquéfaction des corps solides. « De même que la glace, dit-îl, combinée avec une certaine chaleur, constitue Peau ; ainsi l'eau combinée avet une nouvelle quantité de chaleur constitue la vapeur. »

Black a reproché à Lavoisier d'avoir profité des découvertes d'autrui, et de se les être appropriées , sans rendre justice à qui de droit. Ces reproches paraissent exagérés. Car voici comment Lavoisier s'exprime dans une lettre adressée à Black, qu'il appelait son maître :

«I J'apprends avec une joie inexprimable que vous voulez bien attacher quelque mérite aux idées que j'ai professées le premier contre la doctrine du phlogistique. Plus confiant dans vos idées que dans les miennes propres, accoutumé à vous regarder comme mon maître, j'étais en défiance contre moi-même, tant que je me suis écarté, sans votre aveu, de la route que vous avez si glorieusement suivie. Votre approbation, monsieur, dissipe mes inquiétudes, et mé donne un nouveau courage. Je ne serai content jusqu'à ce que les circonstances me permettent de vous aller porter moi-même le témoignage de mon admiration, et de me ranger au nombre de vos disciples. La révolution qui s'opère en France devant naturellement rendre inutiles une partie de ceux attachés à l'ancienne administration, il est possible que je jouisse du plaisir de la liberté, et le premier usage que j'en ferai sera de voyager, et surtout en Angleterre et à Edimbourg, pour vous y voir, pour vous entendre, et profiter de vos leçons et de vos conseils ».

Cettelettre, sisimpleetsi touchante àlafois, estdatéedu 14 juillet 1790 ; elle se trouve imprimée dans le Cours de chimie de Black, publié par Robinson (1). Répond-elle aux accusations que des chimistes contemporains avaient dirigées contre Lavoisier ?

(1) Lectures on the éléments of chemisiryi vol. II, p. 219.

Cliteiistcs p«riiM»« «M MéM ém

Les travaux de Black furent partiellement repris en sous-œuvre par divers savants, au nombre desquels on distingue HacbridCf Cavendisli et Jacquîn.

Magbmde, chirurgien de Dublin, a contribué au progrès de la chimie par ses Essais (inexpériences sur la fermeniaiion des mélanges alimentaires, sur la nature et les propriétés de Pair fixe^ sur les vertus respectives de différentes espèces d'antiseptiques f, sur le scorbut^ et sur la vertu dissolvante de la chaux vive (1 j. Le principal mérite de Macbride est d'avoir dirigé l'attention des chimistes et des médecins sur le rôle important que Voir fixe de Black joue dans les êtres animés, a Tous les corps de la nature, dit-il, doivent la force, la consistance et la cohésion de leurs parties à l'air ûxe qu'ils contiennent ; en les privant de cet air par un moyen quelconque, ils perdent bientôt Tadhérefnce réciproque des différentes molécules qui les composent : de là résulte la putréfaction pour les substances qui en sont susceptibles, et celles qui ne le sont pas se réduisent en poussière. »

C'était là aussi l'opinion de Haies. Black n'ayant pas assez généralisé ses idées sur l'air ûxe, Macbride vint, en quelque sorte, çomblercelto. lacune, en établissant la théorie que voici. Le règne .animal est de tous les règnes de la nature celui qui renferme le moins d'air fixe, tandis que le règne végétal en contient beaucoup; la fermentation et la putréfaction sont enrayées'^ lorsqu'on arrête le dégagement de l'air fixe; et, en rendant cet air à des matières putrides, on peut les ramener à leur premier état. Guidé par ces données, Macbride recommandait aux scorbutiques l'usage de l'air fixe ou des liqueurs qui en renferment, comme le moût de bière, etc.; car le scorbut est, dit-il, « une maladie putride, faute <lc ce principe qui est le lien et le ciment des corps».

Macbride assure avoir assaini des morceaux de viande pulré-

(1) Expérimental Kssayson Uie fermentation of atimentary mixtures, on llie nature and propricties of fixcil air, elc ; London, 1764, iu-8*. — TraJuilen français : Essais d* expériences, etc., par Abbadie ; Paris, I7C6, In- 12. Trtd. en allemand : Durch Erfahrunffen erlàuterte Versuchey etc., p. Rabn ; Zoricb, J76c. in-8*.

TAOISIÀME EPOQUE. 353

fiés, en leur restituant Tair fixe qu'ils avaient perdu. A cet effet, il exposait la viande putréfiée à Tactiondu fluide élastique (air fixe) qui se dégage d'une substance en fermentation, ou bien il la soumettait à reffervescence produite par le mélange d'un acide avec un alcali (carbonate). Si les astringents sont de puissants antiseptiques, « c'est parce qu'en resserrant les pores du corps, ils y retiennent l'air fixe, et empêchent ainsi la désunion des parties, cause de la putréfaction ».

Par ses expériences sur la chaux, Macbride cherchait à démontrer que cette substance ne doit son état d'agrégation qu'à la grande quantité d'air iixe qu'elle contient; que si elle l'a perdu, on peut le lui rendre en l'exposant à une matière en fermentation, ou tout simplement à l'air libre; que la chaux hâte la putréfaction, et qu'elle décomposé les matières animales, en leur enlevant l'air fixe qu'elles contiennent.

Macbride essaya, enfin , de prouver expérimentalement que l'alcali volatil qui se développe par le progrès de la putréfaction des matières animales est tantôt combiné avec son air fixe , tantôt caustique, c'est-à-dire dépouillé de son air. Il dit aussi avoir reconnu que le sang putréfié, ainsi que l'esprit qu'on en retire, fait effervescence avec les acides, tandis que la bile putréfiée , et la liqueur provenant des chairs en putréfaction^ ne font point effervescence.

Voilà, -en somme, les idées qui appartiennent à Macbride. Il serait inutile de reproduire les faits sur lesquels elles devaient reposer: il les emprunta en partie à Van-Helmont, à Haies et à Black.

L'ouvrage de Macbride fut, peu de temps après, suivi d'un travail de Cavendish, dont les résultats ont été consignés dans les Transactions philosophiques de LonàreSy années 1766 et 1767. On y trouve établi que l'alcali fixe absorbe^ en se saturant, ^ de son poids d'air fixe, tandis que l'alcali volatil en absorbe f^ ; que l'eau peut dissoudre un peu plus de son volume d'air fixe, et que la quantité qu'elle est capable de dissoudre est en raison de la pression et de l'abaissement de la température; enfin que l'eau ainsi saturée d'air fixe peut dissoudre la chaux, la magnésie» le fer et le zinc. • *

DIST. DE LA CamiE. — > T. II. 23

Chimistes adversaires de IllaelL.

Malgré leur démonstration, les faits signalés par Black et ses disciples, relativement à Pair fixe, étaient loin d'être admis par tous les chimistes.

Frédéric Mbyer, apothicaire d'Osnabruck, publia, en 1764, un \i\re iniiiulé Essais de chimie sur la chaux vive, la matière élastique et électrique^ le feu^ et Vacide universel (1). La théorie qu'il y développe se trouve en opposition directe avec les faits; c'est un exemple curieux de cet aveuglement de Tesprit humain, qui se refuse systématiquement à la lumière de la vérité. Selon Meyer, la pierre calcaire, loin de perdre, gagne au contraire quelque chose pendant sa calcination.On sait que la chaux commune (carbonate de chaux), effervescible avec les acides, étant soumise à l'action du feu, se convertit en chaux vive (chaux caustique), en abandonnant son acide carbonique. Suivant Meyer, c'est tout le contraire qui arrive : la chaux commune, qui se distingue de l'autre par son défaut de causticité et d'insolubilité , absorberait dans le feu un acide particulier, appelé par l'auteur acidum pingue, acide qui convertirait la pierre calcaire (carbonate) en chaux caustique, et lui enlèverait U propriété de faire effervescence avec les acides. Il en serait de même lorsqu'on verse de l'alcali fixe ou volatil (carbonate de potasse ou d'ammoniaque) dansde l'eau de chaux : la chaux se troublerait en cédant à l'alcali son acidum pingue, et en lui donnant ainsi la causticité qu'elle perd.

Deux objections devaient faire crouler immédiatement ce vain échafaudage : la première, c'est que la chaux perd de son poids lorsque, selon la théorie de Meyer, elle absorberait son addum pingue, et vice versa, 11 y a donc là une contradiction flagrante avec les faits. La seconde objection, qui est également sans réplique, c'est que ce prétendu acide est un être fantastique. Si vous demandez à l'auteur de vous montrer son acidum pingue,

(1) Chymische Versuche zur nàhern Srkenntniss des ungelôsckten Kaiks, der elaslischen und eledrischen Maierie, etc.; Han. et Leipz., 1764, in-^- Trad. en français par Le Preux ; Paris, 1766, in-12.

il VOUS répondra que c'est une matière semblable à celle du feu et de la lumière; que c'est par Tintermédiaire de cet acide insaisissable que la chaux s'unit aux huiles^ qu'elle dissout le soufre; que c'est lui qui s'échappe du charbon qui brûle; que c'est lui qui augmente le poids des métaux pendant la calcination, etc. On voit que cet acidum pingue est tantôt l'acide carbonique, -tan tôt l'oxygène, enfin que c'est tout ce que l'on voudra, sauf un corps réel.

Voilà ce qui ne manque jamais d'arriver lorsqu'on viole la logique et l'expérience, pour faire triompher une conception purement imaginaire.

On s'abuserait étrangement si l'on croyait que la théorie de Meyer dut dès son apparition tomber d'elle-même.) Cette théorie, quelque fausse qu'elle fût, trouva, au contraire, des défenseurs, sinon nombreux, du'moim très-ardents. Nous devons les condamner tous à l'oubli (d).

Partisans de Blacli muoL prises avec leurs adversaires*

Jàcquin, célèbre professeur de diimi« et de botanique \ Vienne , adoptant la doctrine de Black, attaqua, un des premiers, l'ouvrage de Meyer. Mal lui en prit: toute l'école meyerienne se déchaîna contre lui ; ne pouvant le vaincre sur le terrain de la science, elle le traîna dans le champ clos des personnalités : on l'accabla d'injures et de calomnies, où T'odieux le disputait au ridicule.

(1) Le reproche que l'on a fait à Lavoisier de ne pas avoir rendu à Black la juslice qu'il méritait ne manque pas d'une certaine apparence de [raison. Ainsi l'analyse qu'il fait de ce qu'il appelle la théorie de Black est fort sèche, et cache •des sentiments contraires à une critique \éritablement impartiale; tandis qu'en rendant compte du livre de Meyer, il commence ainsi : « Ce traité contient une multitude d'expériences, la plupart bien faites et vraies^ d'après lesquelles Fauteur a été conduit à des conséquences tout opposées à celles de M. Haies, de M. Black et de M. Macbride. Il est peu de livres de chimie moderne qui annoncent plus de génie que celui de Meyer. » (Lavoisier, Op%i$cules physiques et chimiques ;VanSf 2' édit., 1801, p. 60.) — L'ouvrage de Meyer, ouvertement dirigé contre Bladt, ne méritait pas un pareil éloge.

as.

L'ouvrage que Joseph Jacquin publia, en 1769, en faveur de Black attaqué par Meyer, a pour titre : Examen ckemicum docirinœ Meyerianse de acido pingui el Blackianas de aère fixo , mpectu calcis (1). L'auteur reproduit en grande partie les expériences de Black et de Macbride ; il constate, en outre , que la diminution de poids qu'éprouve la chaux commune ( carbonaiée) dans le feu provient presque entièrement de l'air fixe qu'elle ' renferme, et que Meyer est dans l'erreur lorsqu'il attribue cette diminution seulement à la perte de l'eau contenue dans la chaux. La pierre calcaire renferme selon Jacquin environ six ou sept cents fois son volume d'air fixe. Il distingue dans les corps Vair de porosité et l'air de combinaison. Le premier peut être dégagé par l'effet de la machine pneumatique; le dernier, au contraire, est dans un état tout particulier qui ne lui pennet pas de reprendre son élasticité. Il>dmet, avec Macbride, que la chaux et les alcalis caustiques décomposent les matières organiques en leur enlevant cet air, dont ils sont très-avides. En parlant de la préparation de la chaux caustique, il fait une obsemtion remarquable, à savoir qu'il faut une caicination prolongée pour que les couches intérieures de la pierre calcaire perdent leur air, et que la chaleur, employée à cet effet doit dépasser celle de la fusion du verre.

• Mais Jacquin s'éloigne de Black en soutenant, à tort, que Taîr fixe de la chaux et des alcalis est le même que l'airatmosphérique.

Jacques Well (2) s'associa à l'entreprise de Jacquin pour renverser l'école de Meyer. Celle-ci comptait alors en Allemagne de nombreux disciples , dont le plus fougueux était Crans, médecin du roi de Prusse. Well reproduit dans son livre ( Examinis chemid doctrinœ Meyerianœreciificatio) les arguments de Meyer, et les accompagne de violentes récriminations contre Jacquin, complètement étrangères à là science (3). Crans nie l'exactitude des expériences de Black et de Jacquin. Il prétend, entre autres, que la pierre calcaire ne perd point par la calcinalion la propriété de faire effervescence avec les acides; que b chaux (caustique) peut se conserver longtemps à l'air sans ces-

(1) Vienne, 1769, io-12.

(2) Bechtferligung der Lehre von der figirten Lujt, etc.; Vienne, 1771, in^- — Forichung ueher die Vrsaehe der Erhitzvng des ungeioesekten Kalchs; ibid.Mn, in-8«.

(3) Leipiig, 1778.

TROISIÈME £POQUB. 357

ser d'être chaux; qu'au bout d'un laps de temps assez long elle acquiert plus de causticité; que la diminution du poids de la chaux calcinée provient de la perte de son eau; que la' crème de chaux n'est autre chose qu'une chaux qui a perdu son principe caustique , c'est-à-dire l'actdtiiT» pin^u^^ etc. Ce serait perdre notre temps que d'énumérer toutes les objections, plus ou moins ineptes, que Crans faisait dans son pamphlet contre les doctrines de Jacquin et de Black (i).

Nous en dirons autant de la dissertation inaugurale de Smeth (2) , dont les conclusions fort singulières , démenties plus tard, tendaient à établir « que la doctrine de l'air fixe de Black n'est appuyée que sur des fondements incertains et débiles; que, de la manière dont elle est présentée par ses partisans (Macbride, Jacquin, etc.), elle ne peut soutenir un examen sérieux, et qu'elle ne sera que l'opinion d'un moment ».

De la lutte que Black eut à soutenir^ contre ses adversaires^ et d'où il devait sortir victorieux, il ressort ce haut enseignement que la Vérité, sûre d'elle-même , reste calme au milieu des injures dont elle est assaillie, et que l'Erreur s'irrite en raison même de son impuissance.

C««p dl*œil sur l'état Aem Miciétés savantes au commencement du XVOI* siècle. .

UltcUie, qui avait pris l'initiative de la fondation des sociétés savantes, continuait à occuper le rang qui lui appartient. Dès Tannée i690 Anto de Via,Manfredi, deSandris^ auxquels s'adjoignirent J.-B. Morgagni et Stancari, réunissaient autour d'eux un grand nombre de gens studieux et zélés pour le progrès de la science. Ils formaient la société des Inquieti,et s'assemblaient, depuis 1705, dans la maison du comte deMarsigli. Ce fut là le noyau de

(1) Un fait qui semblerait venir à l'appui de ce que nous avons dit dans la note de la page 355, c^est que Lavoisier, après avoir consacré seulement cinq pages et demie à l'analyse du beau travail de Black sur Fair fixe, consacre qumze pages à l'analyse du mécliant pamphlet de Crans, et vingt-deux pages à celle de la thèse de Smeth, qui renferme plus d'erreurs que de faits; et encore ces derniers, loin d'hêtre nouveaux, ne sont* ils qu'empruntés à Priestley et à des chimistes plus anciens. {Opuscules physiques et c/timlguej de Lavoisier, p. 73-110).

(2) Sur l'air fixe; Utrecht, 1772, in-é^" ( 101 pages).

V Académie des sciences et des arts de Bologne. Établie en 1712, cette académie fut solennellement inaugurée en 1714. Dès . Tannée suivante elle commença ses séances publiques et ses travaux, qui avaient pour objet les sciences mathématiques, physiques et naturelles(l). La chimie n'y figure qu'au second rang. Dans cette section on remarque les mémoires de GALEAzziivr l^ calculs biliaires (2), de Beggari sur le gluten et le lait (3), de Mex- GHiNi sur T existence du fer dans le sang, et sur V action [dissolvmU de certaines eaux sur les calculs de la vessie (i) ,• dé Th. Laghi, «r les particules ferrugineuses dans les cendres des végétaux y et sur Vaction de l'air corrompu par diverses émanations (5).

L'Académie des Fisio-critici de Sienne, fondée en 1691 sous le patronage du cardinal Fr. Medici , ne fit paraître le l^** volume de ses travaux qu'en 1760, époque de sa restauration (6). On y trouve quelques observations deJ. Baldassari sur un sel calcaire des environs de Sienne^ sur l'amïante, et sur la prétendue exislem d*un acide vitriolique sec naturel (7).

La cour de Toscane, qui avait déjà encouragé les arts, ne négligea rien pour agrandir le domaine des sciences. Cosme m s'était associé aux expériences d'Averami et de Targioni relatives à la combustion du diamant. Il résulta de ces expériences dispendieuses que le diamant, brûlé au foyer d'un miroir ardent, se consume et disparait, sans laisser de résidu (8). On ne se doutait pas encore que le diamant n'est que du charbon pur, et qu'il se réduit, par la combustion, en un fluide aériforme (gaz acide carbonique). — Ces expériences furent répétées, en 1751, avec le môme succès , par un des successeurs de Cosme III; oo fit

(1) Voy. Journal des savants, sept. 1715. -— J. -G.Boîletli, deW origineet de progressi deW Insiiiuto délie scienze di Bologna,eUi.; Bologne, 1761, in-8^. — Le premier Tolume des travaux de cette Académie pamt en i7Sl, sons le titre de DeBonxmiensi scierUiarum et ariium Instituto atgue AcadenUa Comme»tarit; Bonon., in-4^

(3) De Bononiensi scient, et art., etc., 1. 1.

(3) Ibid., t. U, p. 1 (1745). —T. V, p. 1 (ann. 1767).

(4) Ibid., t. II, p. 1. — T. IV (ann. 1757).

(5) Ibid., t. XI, p. m (ann. 1747.)— t. III, (ann. 1755).

(6) AtU deW Academia délie scienze di Siena, detta de Flsio-critid : SieùAf in-4®.

(7)Mti deW Academia, etc., t. IV (ann. 1771). — T. V (ann. 1774). (S) Giomak de' LetUrati d'ItaUa, vol. VHI, art. 9.

des essais semblables sur le rubis, mais on n'obtint pas, comme on pouvait s'y attendre, résultats qu'avec le diamant.

LecomtedeSALUGEs(Saluzzo), Cigna et L. de la Grange avaieat fondé à Turin une société ayant pour objet Tétude des sciences mathématiques et physiques. Cette Société lit, en 1758, paraître ses premiers travaux, d'abord en latin, puis en français, après son érection en Société royale (!). On y trouve les recherches de Saluces Sur le fluide élastique que dégage la poudre à canon ^ lorsqu'elle s'enflamme. L'auteur avait assigné à ce fluide les propriétés de l'air atmosphérique, en ajoutant cependant que celuici diffère de l'air commun, en ce qu'il éteint la flamme d'une chandelle et qu'il tue les animaux qui le respirent. 11 avait aussi reconnu que le fluide élastique, ainsi dégagé, occupait un espace deux cents fois plus grand que celui de la poudre dont il provenait (2). Ce même savant avait fait des observations variées, concernant/'oc/tonc/e la chavx vive sur différents corps (3) ; les changements de couleur que subit le suc de violette de la part de diverses substances (4) ; le blanchiment et la teinture de la soie (5) ; différents produits végétaux et animaux (6).

§ iO,

La Société royale des sciences de Londres, cette grande pépinière de savants, comptait alors dans son sein plusieurs chimistes distingués. J. Brown publia des recherches sur le sel amery sur le bleu de Prusse, dont Woodward avait déjà fait connaître la composition, en émettant l'opinion qu'il ne serait pas impossible de préparer cette matière sans le concours du sang (7). Watson, qui avait fait connaître le platine, décrivit les phénomènes que présente l'eau chargée de sels à différents degrés de chaleur, et il examina la méthode d'Appely pour rendre l'eau de me

(1) Miscellaneaphilosophico-niathematica Societatis privât œ Taurinensigi Turin, t. I» 1758, in-4''. — Mélanges de phisosophie et de mathématiques de la Société royale de Turin, in-4".

(2) Mélanges de philosophie, etc. y années 1760 et 1761.

(3) Ibid., 1760-1765, p. 73.

(4) Ibid., p. 153.

(2^) Ibid., p. 174-177.

(6) Ibid., p. 193, 199.

(7) Philosoph. Transact,, vol. XXXIII, p. 17.

potable (1). Th. Pergeital communiqua des observations sur les propriétés Ténéneuses du plomb , sur le quinquina, et les principes organiques amers et astringents (2). J. Canton apprit le moyen de préparer, parla calcination d'un mélange de fleurs de soufre et de coquilles, une substance analogue à la pierre de Bologne, et qui fut .depuis désignée sous le nom de phosphore de Canton (3).

SlARE, SMrTH, COLES, SOUTHWELL, HaRRIS , ROBIN , FROBENIUS,

MoRTiMER, Seeml, Mitscuell, Pringle, Huxham, Brownrigg, Chap- MAN, WoLF, Monro, Hewson, Delilyal, Hartley, Shore, Irwi5, Da VISON, French, Ramsay, Maclury, Th. Young, Hotton, Redmoîo), GoDFREY, Plummer, ont traité, dans leurs mémoires, divers sujets de chimie minérale et de chimie organique.

Parmi les chimistes, membres de la Société royale de Londres, qui, dans la première moitié du dix-huitième siècle, se sont fait remarquerpar leurs travaux, il fautciter au premierrangLEv«?is. On lui doit une dissertation très-étendue Sur le platine^ métal alors tout nouveau. Le nom àe platine vient de l'espagnol plata^ argent, dont le diminutif est platina, petit argent. Le platine, d'abord, connu sous le nom d'or blanc, fut découvert en Amérique par les Espagnols, qui le considéraient comme une espèce particulière d'argent. Ce métal ne fut introduit en Europe qu'en 1740. On le connaissait depuis fort longtemps en Amérique, mais on n'en faisait aucun usage. Les employés du gouvernement espagnol avaient môme, dit-on , ordre de jeter le minerai de platine dans la meV, afin qu'on ne l'employât pas frauduleusement pour l'allier avec l'or. Ce n'est point Scheffer, comme on l'a dit, maïs Watson, qui décrivit le premier, en 1749, le platine comme un métal particulier (4).

«Le platine, dit Watson, me fut présenté pour la première fois il y a neuf ans (en 1740), par Charles Wood, qui le trouva à la Jamaïque, où il avait été apporté de Carthagène (5). »

(1) Philosoph. Transact,, vol. LX, p. 323. — XLVIII, p. 69.

(2} Ibid., LVII. — Observations and experiments on Ihe poison of lead; Lond., 1774, in- 12. — Essayson the astringent and bitter, etc.; Lond., 1767, in-8».

(3)Ibid., vol.LVIlI,p. 337.

(4) Le mémoire de Watson se trouve inséré dans les Philosophical Transùclions, vol. XLVI(déc. 1750), p. 584-596.'

(6) Ibid., Tkis semi-metat uas first presented to me ahout nine yean ago, etc.

TROISIÈHE ÉPOQUE. . 361

Le mémoire de Watson fut, peu de temps après, suivi du travail de Lewis : Expériences sur une substance blanche qu^on dit avoir été trouvée dans les mines d'or des Indes occidentcUes) (i). — Après un rapide aperçu historique, où il est dit que le platine, appelé aussi pinto ou Juan blanco par les Espagnols, avait été originairement regardé comme de Tor déguisé sous une enveloppe blanche , difficile à fondre, Lewis décrit la plupart des propriétés de ce métal nouveau. Il lui trouva un poids spécifique égal à 18 ou 19.

En 1752, Scheffer, publia dans les Actes de F Académie des sciences de Suède (2), une notice sur ce môme sujet, dont voici les - résultats principaux : l^Tor blanc (platine) est un métal; S"" c'est un métal noble, car il résiste au feu comme l'or et l'argent; 3"" ce n'est point un des six métaux des anciens; ce n'est ni Tor nil'ar* gent; c'est donc un métal nouveau.

Marggraf confirma, en 1756, par de nouvelles recherches, les données de Lewis et de Scheffer.

Un auteur italien, Cortinovis {OpuscoU scelti suite scienze^ etc., Milano, 1790, in-4**) essaya de prouver, dans une savante dissertation, que le platine était connu des anciens sous d'autres noms {laplatina è statd conosciuta anticamente sotto altri nomi). Il cite entre autres, à l'appui de son opinion , le passage suivant de Servius, ancien commentateur de Virgile : Sunt tria electri gênera : unum ex arboribus, quod suceinum dicitvr; aliud quod noluraliter invenitur ; tertium quod fit de tribus parlibus auri et una argenti. Mais un passage beaucoup plus explicite et plus ancien que celui-là est celui de Pline le naturaliste , que nous avons eu l'occasion de citer dans le tome l*"" de cet ouvrage (3).

Outre le mémoire Sur le platine, on a de Lewis un travail non moins étendu Sur /'or, où se trouvent quelques indications sur la dorure par la voie humide (4). Ses expériences Sur le verre

(1) Expérimental examination of a white metalUc substance said to hâve been foundin the gold mines of West-Indies; Philosoph. Transact. of Lond., vol. XLVIII, p. 638-689. ^

(2) Dos weisse Gold oder siebente Métal, in Spanien Kleines Silber von IHnto genannl ( De Tor blanc ou du septième métal, appelé en Espagne pe^<^ arpent de Pinto),

(3) Voy. plas haut pag. 140. — La plupart de ces documents sur Thistoire du platine sont tirés de nos Observations et recherches expérimentales sur le platine, etc., brocli. in-8**; ParU, 1841, p. 6, note I.

{4) Expériences physiques et chimiques sur plusieurs matières relatives au

contiennent des détails nouveaux sur la fabrication du Terre opaque, ou de la fausse porcelaine (1); ses recherches Sur la couleurs ont fourni des faits précieux sur la fixation de la couleur noire, la préparation de Tencre ordinaire , etlacomcomposition d'une encre indélébile, au moyen d'un mélange d'encre commune avec le noir de fumée et la gomme. C'était là, selon Lewis, l'encre avec laquelle avaient été écrits les manuscrits les plus anciens, et dont nous admirons encore aujourd'hui, après tant de siècles, la stabilité (2).

On doit encore au zèle infatigable de W. Lewis, indépendamment du Course of practical ckemistry^ Lond., 8, 1746, des'oavrages relatifs à la pharmaceutique plutôt qu'à la chimie; tels sont : New Dispensatory, containing ihe theory and practice of pharmacy; Lond. y 1753 et 1765,8; — Expérimental kistaryt^ ihe materia medica; Lond., 1761, 4.

En Allemagne^ la fondation de IdiSociélé des Curieux de la nature fut bientôt suivie de celle de V Académie des sciences de Berlin. Leibniz, qui partageait avec Newton le sceptre de la science, présenta le plan de cette Académie, en 1700, à Frédéric P', roi de Prusse. Les premiers travaux de l'Académie royale de Berlin furent imprimés en 1710., sous le titre de Miscellanea Berolinensia (3}. En 17 44,cette Académie fut réformée par FrédéricQ, d'après le modèle de celle de Paris, et publia dès lors ses travaux sous le titre d'Histoire de r Académie royale des sciences et des belles-lettres de Berlin, avec les mémoires tirés des registres de cette Académie (4).

Autour de la Société des Curieux 3e la nature et de l'Académie des sciences de Berlin sont venus plus tard se grouper la

commerce et aux arts (trad. de l'anglais, par de Puisieax}; Paris, 1768, ii^t** vol. II, p. 1-53.

{i) Expériences physiques et chimiques, etc. ^ ^. 56-105.

(2) Ibid., p. 227-392.

(3) Cette publication fut continuée en 6 tomes ou séries jusqu'à 1743. CanUnuatio 1, 1723; Coniinuatio II, 1727 ; Continuât. UI, 1734; Cont. IV, 1737; Cont. V, 1740; Con$. VI, 1743.

(4) Cette nouvelle série se «ompose de dix-neuf volumes, parus de 1745 à 1770.

Société des naturalistes de Dantzig (i), la Société de Bâle{%), IslSociéié royale des sciences de Gœttingue (S), V Académie des connaissances utiles d'Erfuri (4), V Académie des sciences de Munich (6).

Bien que la place que la chimie occupe dans les recueils de ces sociétés ne soit pas aussi large que celle des sciences naturelles, on y trouve cependantquelques mémoires qui sont loin d'être dépourvus d'intérêt. Ces mémoires ont pour auteurs : G. Kâïm, qui a fait des recherches sur la plombagine, sur l'arsenic, le cobalt, le nickel et le manganèse (6); J.-Fr. Hengkel, qui s'est distingué par ses .expériences sur le sel marin contenu dans les végétaux, sur les usages de la silice, sur la préparation de l'arsenic métallique, sur le zinc, sur la coloralion|du verre par le cobalt, coloration qu'il attribue au fer^ sur la phosphorescence de la cadmie des fourneaux, etc. (7) ; H. Knape, sur l'acide delà graisse (8); J.-G. Gleditsoh qui., indépendamment de ses travaux de botanique, a laissé des observations chimiques sur les matières végétales pouvant, dans le tannage du cuir, remplacer l'écorce de chêne ; sur la nature de l'amidon ; sur le natron (9) ; Valentin Rose, qui es-

(1) Cette société se réunit pour la première fois eu 1741 , et publia trois volumes (1747-1756), sous le titre de Versuche und Âbhandlungen der JSalurfor» schenden GcselUchaft in Dantzig^ iii-4'*. Pour ce quicoocerne la chimie, ou n'y remarque qu^un article de Lursenius À'ur la quantité de sel marin que renferme Peau de mer près de Dantzig.

(2) La publication de ses trayaux commence en 1751, sous le titre : Àcta kelvetica physicomathemaiico'botanico'medica , figuris , nonnullis xneis illus^ trata, etc. ; Basil. , in-8°. On y remarque quelques articles de Zwinger et de Ryhiner .

(3) Fondée sous les auspices du célèbre ïlalier, la Société de Gœttingue fit paraître, en 1752, le premier volume de ses Actes : Commentarii Societatis regix scientiarum Gœitingensis; Gœtting., in-4''. Les premiers volumes ne contiennent aucun article de chimie.

(4) Cette Académie, fondée en 1754, par l'électeur de Mayence Frédéric- Charles, publia en 1757 le premier volume de ses actes : Acta Academix elecioralis Moguntinx scientiarum uliUum, qux Erfordix est; Erfurt et Gotha, in-8'».

(5) Fondée en 1759, elle publia le 1'*^ volume de ses mémoires en 1763, sous le titre ù^ Abhandlungen der Churfûrstlick-Bayerschen Akademie der Wissenschaften ; Munich, in-i".

{6)IHss, chemica demetaUis dubiis; Vienne, 1770, in-8".

(7) Flora saturnizans, die Verwandschafl des Pflanzen-mit dem Mineral- Reidi, etc.; Leipz., 1722, in-8**. — Pyritologia oder Kiess-Historie, etc.; Leipz., 1725, in-8". — Act. Acad. cœsar. natur. curios., t. IV et t. V.

(8) Diss. de acido pinguedinis animalis; Gcettmg., 1754, in-8'.

(9) Hist. de PAcad. des sciences de Berlin, ann. 1755. — BeschsDftiguogen der Berlin. GeseBschafat naturforschender Freunde, vol. L

saya d'analyser le café et le seigle, et auquel on doit rinvention d'un alliage de plomb^ de bismuth et d'étain, fusible dans l'eau bouillante (1); Brunnwiser, qui indiqua le moyen d'extraite la matière colorante des végétaux, à l'aide de solutions d'acides minéraux (2).

^ Frédéric'CARTHEUSBR s'occupa beaucoup de la décomposition des matières organiques ; il étudia les huiles essentielles, l'baile de cajeput, le miel, la cire, le sucre, le camphre, l'amidon, la graisse, les substances empyreumatiques et les sels(oxalates, malates, etc. ), séparés des sucs végétaux par la cristallisation (3). Son fils, Auguste Gartheuser, se livra plus particulièrement à h chimie minérale ; il donnades notions sur le gypse employé comme fondant d^s minerais de fer ; sur l'argile, le strass, l'acide borique, Tarsenic, l'antimoine, etc. (4). Auguste Cartheuser fit pour la chimie minérale ce que son père avait fait pour la chimie organique. Le goût de la chimie paraissait être en quelque sorte héréditaire dans certaines familles. Les Gmelin présentent à cet égard uo exemple remarquable. Jean-George Gmelin, dont le père avait été élevé à Técole du célèbre Hierne, répéta les expériences relatives à l'augmentation du poids des métaux par la calciaation (3), et il enseigna les moyens de préparer des laques rouges avec le carmin et le. bois de Fernambouc (6). Il donne^ dans^son Voyage en Sibérie^ fait par ordre du gouvernement russe, des renseignements intéressants sur les richesses niinéralogiques des pays qu'il parcourut; il assure, comme témoin oculaire, que les peuples pasteurs de la Russie méridionale fabriquent avec le lait une liqueur enivrante (7). Son frère et successeur à la chaire de botanique et de chimie dans l'université de Tubingue, Philippe-Frédéric Gmelin , le célèbre historien de la chimie, fit ^connaitre plusieurs nouvelles préparations antimoniales; et son se-

(1) Berlin. Sammluiigcn, eic., toI.I. — Strahlsimdisches Magazin, to1.II.

(2) Abhand. der Churbayerschen Akad. Wisseaschaflen, voL VU.

(3) Disseilationes phyAico-chiruico-medicas, de quibusdam materis medka subjcclis ciaratcP, etc.; Fraiicf. ad VUd., 1774, in-8*. — Vermischle Schriftw ans cler Naluwissenschafl, Chymie, etc.; Francf. sur TOder, 1757, in-8*.

(4) Mineralogische Abliandlungen, etc.; Gieseo, 1773, in-8*. — Acta Acad. ckcl. Magunt. Scient, et quœ Erford. est, toI. II.

(5) Comment. Aoad. impérial. Pet ropolit., vol. V,p. 277.

(6) Acl. Acad. caî8. natur. curios., vol. ni, obs, 83.

(7) Epislol. ad Alb. Hallerum, vol II (script, ab anno 1740-1748), 177S,

TROISliME ÉPOQUE. 365

cpnd frère, Jean-Conrad, publia des observations sur la préparation de Teau de Hongrie, sur le bleu dePrusse, sur la dissolulion du pBi>3pbore dans l'essence de girofle, sur un médicament secret, préparé au moyen du sublimé corrosif, du vinaigre et de ralcool,^c. (1).

Charles-Abr. Gerhàbd choisit pour objet de ses recherches quelques produits végétaux astringents, diverses espèces de Verres colorés ou incolores, l'appréciation de la bonté du fer, etc. (2).

"Ulr. Waldschmbbdt, de Riel, décrit, dans son , CoUegium physico-expérimentale, quelques propriétés du phophore, et la coloration des solutions cuivreuses sous Tinfluence de l'air (3).

H. Gotll. JusTT, de Gœttingue, a laissé sur divers points de chimie métallurgique des mémoires qui ne témoignent pas d'une méthode d'observation bien rigoureuse. Il refusait au cobalt et au nickel le caractère métallique, et soutenait , en renouvelant la théorie des anciens, que l'eau peut se changer bu air atmosphérique (4).

R. Augustin Vogel communiqua en 1753, des observations sur l'augmentation de poids qu'éprouvent certains corps pendant leur calcination (5) ; sur le sel de seignette, le foie de soufre, l'alcali minéral, etc.

L'université de Jéna était alors illustrée par Wolfgang et Adolphe Wedel. Ce dernier enseignait quelques nouveaux procédés pour la construction des fourneaux, pour la préparation de l'antimoine, etc.

BûCHNER, Henri Sghulze , Michel Alberti et J. Juncker réunirent une jeunesse nombreuse autour de leurs chaires à Halle.

J. Ant. ScopoLi, du Tyrol, contribua à la popularisation des sciences naturelles , par la publication de son Annuaire ( Anni

(1) La plupart de ces travaux se trouvent imprimés dans Commercium lilterar. ad reimedicx et scient, natural, incrément, institut., ann. 1722, 1723, 1731, 1734, 1737, 1742, 1745.

(2) Voy. Beytraege zur Chymie und Gesckichte des Mlneralreichs ; Berlin, 1773, jn-g*. Nouveau Mém. deTAcad. de Berlin, ann. 1777, 1779, 1780; 1783. — Creil, Chemiseke Annalen, ann. 1783, 1. 1.

(3) CoUegium physioo-experimentale curiosum, etc.; Killœ, 1717, in-i^.

(4) Gesammelte chymische Schriften, etc.; Berlin et Leipi., 1760^ in-S*". '

(5) Progr. quo expérimenta cbemiconim de incremento ponderis quorumdam catcioatomm examinât; Gœtt., 1753, in-4**.

366 HISTOIRE DE LÀ GUDflE.

historico-naturales). On n'y trouve qu'un petit nombre d'articles de chimie (1).

Frédéric Delius ne s'est occupé de chimie qu'incidemment dans son Recueil de Franconie {Frxnkisehe Sammlungen\ si important à consulter pour l'histoire de la médecine et des sciences naturelles. On y remarque un travail de WEiSMAim sur la préparation de l'acide phlogistiqué ( cyanure de potassium) , employé pour fabriquer le bleu de Prusse, en calcinant , au contact de Tair la potasse avec du noir de fumée; sur la coloration ronge du verre au moyen du fer (2) ; sur l'utilisation du suc des baies de troène {ligustrum album), comme matière tinctoriale (3). On y lit des observations sur l'asphyxie par la combustion du charbon (4) ; sur le sucre extrait des sucs de l'érable^ du noisetier et d'autres arbres indigènes (5). Du Hamel avait déjà donné la description du sucre d'érable (acer saceharinus), que les indigènes du Canada connaissaient avant l'arrivée des Européens (6).

La société royaje des sciences de Copenhague, fondée en 174â par L. de Holstein, ne commença qu'en 1745 à publier ses travaux en langue danoise (7). On *y remarque des travaux de Heilmann, de Cappel, de Fabricius, de Schytle,'*deThue et de Cnoll. Ce dernier croyait que le borax qu'on importe des Iodes

(1) Ànnus historico'naturalis I ; Lips., 1769, in-12 ; 5 fascicules. Le â* fasc. M puMié en 1772.

(2) Frœnkische Sammlungen, etc., vol. I (Norenberg, 1766), 2* cah., p. Wl

(3) Ibid., p. 312.

(4)lbid., vol. III,p. 28.

(5)lbid., vol. V, p. 36.

(6) « On distingue, rapporte l'auteur, la liqueur sucrée qui découle de cf^ deux arbres ; celle de Térâble blanc s'appelle sucre d'érable, et celle de réiiN' rouge en plaine s'appelle nicr'e de plaine. On tire la liqueur en faisant de$ incisions aux deux es])èces d^érables dont on vient de parler ; ces incisions sont ordinairement ovales, et Ton fait en sorte non-seulement que le grand diamèlF soit à peu près perpendiculaire à la direction du tronc, mais aussi qu'une desei- Irémilés de Tovale soit plus basse que l'autre, afin que la sève puisse s> ns* sembler. On ficbe au-dessous de la plaie une lame de couteau ou une rninoer^ de bois qui reçoit la sève, et la conduit dans, un vase que l'on place ao pied^ l'arbre. Cette liqueur étant concentrée par TévaporaUon, donne un sucre gras et roussâlre, qui est d'une saveur assez agréable. » Duhamel, Traité des or^ et arlmstes, etc., 1765; Paris, in-4', t. I, p. 82.

(7) Skrifter, som in del Kongl. Videnskabers SeUkab ère fremlagée 09 oplaste; Ck>penhague, in-4<'. Il en parut quelque temps après une traducliûfl latine.

orientales était fabriqué avec de Talun, du suc d'euphorbe et de rhuilede sésame (1).

L?L Russie était entrée, depuis Pierre le Grand, résolument dans la voie de la civilisation.. La fondation de l'Académie impériale de Saint-Pétersbourg, en 1724, est un des plus beaux titres de gloire de ce prince, dont la capitale du plus vaste empire perpétue le nom (2). La Société économique de Saint- Pétersbourg , créée en 1765 , contribua également à répandre dans ces vastes contrées le goût des sciences , des arts et de rindustrie (3). Parmi les russes qui se sont fait connaître comme chimistes, nous citerons Mich. Lomonosow, qu'il ne faut pas confondre avec le poêle de ce nom ; George Model, d'origine Allemande, qui indiqua des moyens de purifier le borax, le sel marin, le camphre^ et qui découvrit un sel calcaire (oxalate) dans la racine de rhubarbe, etc.;LEUTMANN, qui, dans son Vulcantis famtUans, $'étend sur la construction des fourneaux chimiques (4) ; J. Gottlob Lehmann, qui donne, dans ses Œuvres physico-chimiques, plusieurs observations remarquables, touchant la minéralogie et la géologie (5).

Les Pays-Bas sont la patrie d'un homme qui , par sa renommée européenne et l'étendue de ses connaissances, valait presque à lui seul toute une académie. Cet homme était Boer-

HAAVE.

La chimie fut l'étude favorite de ce célèbre médecin, qui naquit le 31 décembre 1668, dans le petit bourg de Woorhoùt, près

(1) Beaucoup de ces mémoires se trouvent dans Prodrofnus pravertens continuata acia medica Hafniensia, etc.; Hafn., 1753, in-4".

(2) L.* Académie impériale de Saint-Pétersbourg, qui s'est réunie pour la pre- Tiijère fois à la fin de Tannée 1725, publia, jusquVn 1750, 14 volumes sous le litre de Commenlarii Academiœ scientiarum imperialis Petropolitanx; Petrop., 1728, in-4'^. A dater de celte année elle lit paraître, jusqu'en 1770, quatorze Totumes 80U8 le titre de Novi Commenlarii, etc.

(3) Les travaux de cette Société, qui jusqu'en 1777 comprennent dix volumes, parurent en russe et en allemand : Àbhendlungen der freyen œkoiwmischen GeselUchaft in S. Petersburg, etc.; Mittau et Riga, 1765, in-8^.

^) VakanuB famulans,' oder sonderbare Feuemuizung, etc.; Wittemberg, J723, itt-S*».

(5) Physikalisch-chymische Schriflen, etc.; Berlin, 1761, in-8«.

de Leyde, ville où il fit ses premières études, et qu'il illustra par son nom. Son premier mémoire scientifique, publié à l'occasion de sa thèse de docteur soutenue à l'université de Harderwyk. De vtilitate explorandorum excrementarum in œgris [1\ fit concevoir de lui de grandes espérances.

La vie et les travaux de Boerhaave appartiennent moins à l'histoire de la chimie qu'à celle de la médecine. Aussi ne nous y arrêterons-nous pas longtemps.

En 1729, Boerhaave se vit contraint, par des raisons de sauté, de se démettre des chaires de botanique et de médecine, autour desquelles s'était, pendant vingt ans, pressée une jeunesse studieuse, accourue de toutes les parties de l'Europe. Il mourut le 23 septembre 1738. La ville de Leyde fit élever dans l'église Saint-Pierre un monument orné du portrait de l'illustre professeur, avec cette belle devise : Simplex sigUlum vert.

Son grand traité intitulé : Elemmta chemiœ, où se trouîent résumés tous les travaux chimiques de l'époque, servit pendant longtemps de guide à ceux qui se vouaient à l'étude de cette science (2). Cet ouvrage, adopté dans toutes les écoles, a été traduit en français, en allemand et en anglais.

Aucune des questions agitées par les alchimistes ne semblait indifférente à Boerhaave. Lui aussi s'occupa beaucoup de la transmutation des métaux, de la solidification du mercure, de l'extraction du mercure des métaux-; mais il avoue n'avoir obtenu que des résultats négatifs (3). Il reprit les expériences de Boy le et de Haies sur les fluides élastiques, et fut mis sur la voie de la composition de l'eau , en démontrant expérimentalement qu'il se forme de l'eau pendant la combustion de l'alcool dans l'air i4).

Boerhaave devait agir par son exemple sur l'esprit de ses corn*

(1) Hardenvyk, l«93, iIl-8^

(2) Elementa chemiœ, quœ anniversario labore docuit in publicis i>riTati$i1vf sciioUs; vol. II, iii-4''; Lugd. Bat., 1732; Lond., 1732 et 1635; Paris., 1732, 1733. 1753; Basil., 1745; Venet., 1745, 1C59; Lips., 1732.

Éiémentsdechimie, etc., traduits par AUaroand; t. II, iii-8''; la Haye, 1748; Leyde, 1752, ^ Abrégé de la théorie chimique, tiré des écrits de BoerivMTe, par M. de laMettrie; Paris, 1741. Trad. anglaise; Lond., 1741, in-4«; 1742.— Trad. allcraande; Halberstadt, 1732-1734, 9 vol. in-8«; éd. de Wiegleb; Berlin, i'B% in-8^

(3) Mém. de TAcad. des sciences de Paris, année 1734, p. 539. - PtiHosopliical Transact., n. 430, p. 345 ; n. 443, p. 343 ; n. 444, p. 378.

(4) Elem. chem., t. n, pars. I, p. 206 (Lugd. Bat., 1732}.

TAOISIÂMS ÉPOQUE. 369

patriotes. H. Doorschoot, J. Egeling et Vullyamoz s'occupèrent de l'analyse du lait (1) ; G. Klokhof étudia la nature du Ii(}uide qui remplit, dans certaines maladies, les cavités séreuses (2) Alb. ScHLOSSEU fit des recherches sur le sel d'urine, sur les cristallisations métalliques (3) ; J. Raas, sur le borax (4) ; Rriele, médecin de Batavia, sur l'ambre (5) ; de Lis, sur Taloès (6); AI. Nauuys, sup les bases du sel marin, du salpêtre, de l'alun, et sur la composition de l'eau (7).

Progrès de 1» ehimie en Franee avant l'épeiiue de liAvetoler.

A mesure qu'on avance dans l'histoire, on voit se dessiner de plus en plus clairement la place qu'occupe chaque nation dans le mouvement progressif des sciences. Depuis la fondation des sociétés savantes, les sciences comme les lettres deviennent, pour ainsi dire, oligarchiques, tandis que la constitution sociale tend vers la démocratie. Anciennement, c'était tout le contraire.

Quatre nations viennent se placer ici au premier rang : les Français, les Allemands, les Anglais et les Suédois; les autres nations n'occuperont qu'un rang secondaire. C'est à Paris, à Berlin, à Londres et à Stockholm, que va se débattre le sort des sciences.

II n'y a pas de compagnie savante qui ait fait plus pour l'avancement des sciences, et notamment de la chimie, que l'Académie des sciences de Paris, dont nous avons plus haut raconté la fondation.

(1) Diss. de lacté; Ludg.BaUv.,1737, iii-4''; — Ultraj., 1759, in*4. — Difts. de sale lad» essentiali; Lugd. Bat., 1756, m-4*.

(2) Vanhandelingen uUgegeeve/i door^de HoUandse Maatschapptje der Weetenschappen te Harrlem^ t. VI, 1762, n. 1, p. 451 (Mémoires de la Société des sciences de Haariem).

(3) Tract, de sale uriaœ natîvo; Lugd. Bat., 1743, in-4°. — VerhandeHngen, etc. *( Mémoires de la Société de Haariem), t. I,p. 138.

(4) Diss. sistens observationes de borace, etc.; Traject. ad Rlien.r 17G9, iii-4'*.

(5) Histoire de TAcad. royale des sciences de Berlin, année 1763, p. 126.

(6) Diss. dealoe; Ludg. Bat., 1745, in-4<'.

(7) Tractatas chemicus, continens nova quadam expérimenta cum basi salis mariiii, nilri el aluminis, etc.; Amstelod., 1761, in-8°. — De aqna^ origine ex basibos aerispuri et inflammabilis ; Traj. ad Rhen., 1789.

BJST. DE LA CBIUIB. — T. II. 24

370 HISTOiaE DE LA CHIMIE.

Les travaux des deux frères Geoffroy, de Lemery fils, de Hellot, de Boulduc, de Rouelle, de Baron, de Macquer, de Cadet, de Du Hamel^ de Grosse, forment, avec les travaux du siècle précédent, pour ainsi dire , l'avant-garde de la révolution qui devail bientôt s'opérer dans la science chimique.

Jetons un coiip d'œil sur les œuvres de ces chimistes, qui presque tous étaient des enfants de Paris.

Ctoofhpoy aimé.

Etienne-François Geoffroy(néà Paris, le 13 février 1672, mort le 6 février n31) reçut sa première, instruction dans la maison paternelle, où Cassini, Duverney, Homberg , tenaient souvent des conférences. Il se rendit ensuite à Montpellier pour y, étudier la médecine. En 1698, il accompagna le maréchal de Tallard dans son ambassade à Londres, et devint bientôt après membre de la Société royale de cette ville. De là, il passa en Hollande, et fit en 1700 un voyage en Italie, principalement pour étudier l'histoire naturelle. En 1712, Fagon , premier médecin du roi; se démit de la chaire de chimie au Jardin du Roi (i), en faveur de Geoffroy, dont les leçons attiraient déjà de nombreux élèves.

Un travail , auquel le nom de Geoffroy demeure glorieusement attaché, a pour titre Table des différents rapports observés en chimie entre différentes substances. C'est là qu'on trouve pour la première fois nettement énoncée cette loi fondamentale : (( Toutes les fois que deux substances, ayant quelque tendance à se combiner l'une avec Fautre, se trouvent unies ensemble , et qu'il en survient une troisième qui a plus d'affinité avec l'une des deux, elle s'y unit en faisant Iftcher prise à l'autre, n

Sur cette loi Geoffroy essaya d'établir la classification des acides, des alcalis, des terres absorbantes et des substances métalliques (2).

(1) Le premier médecin du roi était, comme nous PaTons déjà m, presque toujours le professeur titulaire de la chaire de chimie an Jardin dn Bai, de même qUe le démonstrateur était en même temps le premier pharaiacien de ^ cour.

(2) Mém. de VAcad,, année 1718, p. 202

Tout en combattant avec force les jongleries de certains alchimistes (1), il s'attachait à démontrer que le fer qu'on trouve dans les cendres des matières organiques est le résultat dHue génération particulière ^ et qu'on peut non^seulemeat faire du fer, mais encore tous les autres métaux, les composer ou les décomposer, en réunissant ou en séparant les éléments dont ils sont formés. Voici comment il raisonnait : La matiève n'a rien d'absolument indestructible, si ce n'est l'étendue et l'impénétrabilité; tout ce qu'elle présente de variable à nos sens x» consiste que dans des modifications moléculaires (2).

Outre un certain nombre de mémoires qui se trouvent insérés dans les recueils de l'Académie des sciences (3), Geoffroy a laissé un grand ouvrage Sur la matière médicale, qui ne parut qu'après sa mort, et qui fut traduit dans les pvincipales langues de l'Europe (4).

Qeoffroy Jeune.

Claude-Joseph Geoffroy (né à Paris, le 8 août 1685, mort le 9 mars 1752) suivait la carrière de la pharmacie, tandis que son. frère aîné exerçait la médecine. Élève de Tournefort, il avait acquis des connaissances variées en botanique avant de se livrer à la chimie. Le premier mémoire qu'il présenta à l'Académie, dont il faisait partie dès l'année 1707, eut pour objet V Application de la botanique à la chimie. D'après les modes d'analyse alors en ysage, il n'était pas étonnant de voir les plantes les plus diverses donner les mêmes principes à l'a-

(1 } Des sopercheries concernant la pierre philosophale ; Mém. deVAcad.^ aan. J722,p. 6t.

(2) Mém. de VAcad., année 1707, p. 176.

(3) On remarque parmi ces mémoires : Du changement des sels acides en sels alcalins volatils urineiix,Mém, dePAcad., ann. 1717, p. 22G;^^oyeM

' facile d^arréter les vapeurs nuisibles qui s'élèvent des dissolutions fiiétatliques, ibid., ann. 1719, p. 71; — Éclaircissements sur la table des qffinités, etc., ibid., 1720. p. 20, — Observations sur la préparation du bleu de J>ruue, ibid., 1725, p. 153 et 220.

(4) Traité de la wmWèrc m^dicate, etc., vol. III; Paris, 1741, 1756 (vo). VIT),

in-8".

nalyse. « Il faut donc , disait Geoffroy, qu'il y ait dans la combinaison de ces principes quelque différence qui occasionne celle qu'on remarque surtout dans la couleur et l'odeur des différentes plantes. » Cette différence, il la cherchait dans la manière dont l'huile essentielle se trouve mêlée avec les autres principes; c'est ainsi çu'il trouva que l'essence du thym, combinée, en diverses proportions, avec les acides et lesjalcalis, donnait à peu près toutes les nuances de couleur qu'on observe dans les plantes. — Il découvrit que les huiles e)ssentielles ne pénètrent point dans toute la substance de la plante, mais qu'elles sont contenues dans des vésicules particulières , affectées à certaines parties du végétal. Dans ses recherches sur les huiles essentielles, il affirme que ces huiles sont des composés d'acide, de phlegme, d'un peu de terre, et de beaucoup de matière inflammable. Il entreprit même de faire une essence, artificielle au moyen de l'esprit-de-vin et de l'acide vitrïolique. En ce ce qui concerne les huiles grasses, il constata qu'un gros de savon blanc, dissous dans trois onces d'esprit-de-vin, acquiert, sans perdre sa transparence, la propriété de se congeler à un certain degré de froid (1).

En 1732, il fil l'analyse du borax. On lui doit d'avoir démontré que la base du sel marin est une des parties constituantes du borax (2).

Geoffroy était un de ces hommes qui aiment la science en dehors de tout intérêt personnel. Il passait ses moments de loisir daos sa maison de campagne à Bercy, où il avait fait construire un cabinet d'histoire naturelle et un jardin de plantes médicinales.

Il laissa un fils qui devait bientôt rejoindre son père ; ce fil§ avait présenté, peu de temps avant ^a mort, un mémoire intitulé Analyse chimique du bismuth, de laquelle il résulte ttr analogie entre le plomb et ce semi-métal (Mém. de TAcad., année 1753, p. 296 ).

Indépendamment des travaux que nous venons de mentionner, Joseph Geoffroy a publié, dans la collection de l'Académie de> sciences, les mémoires suivants :

Des différents degrés de chaleur que fesprit-de-vin cofnmu-

{t) Mcm. de rilcflrf.,ann.l707, p. 517;— lbld.,ann. 1721,p. 147;— IWann. 1728, p. 88; — Ibid., aon. i7il,p. 11.

(2) Nouvelles expériences sur le borax, etc.; dans les Mém. deVAcaé^^aoét 1732, p. 398.

TaOlSlÉHE ÉPOQUE. 373

nique à l'eau par $on mélange (I) ; — Méthode pour connaître et déterminer au juste la qualité des liqueurs spiritueuses, etc. (2) ; — Sur la nature et la composition du sel ammoniac (3) ; — Réflexions sur la manière i éteindre le feu par le moyen d'une poudre (4) ; — Sur la fabrique du sel ammoniac^ et sa décomposition pour en tirer du sel volatil (5) ; — Observation d'un métal qui résulte de l'alliage du cuivre et du zinc (6); — Différents moyens d'enflammer non-seulement les huiles essentielles, mais même les baumes naturels y par les esprits acides (7); — Observations sur le mélange de quelques huiles essentielles avec Vesprit-de-vin (8) ; — Examen des différents vitriols, avec quelques essais sur la formation artificielle du vitriol blanc et de l'alun (9) ; — Examen du vinaigre concentré par la gelée (iO) ; — Examenchimique des viandes qu'on emploie ordinairement dans les bouillons , par lequel on peut connaître la quantité d'extrait gabelles fournissent, et déterminer ce que chaque bouillon doit contenir de suc nourrissant (11) ; — Examen chimique des chairs des animaux ou quelques-unes de leurs parties, auquel on a joint l'analyse du pain (12);. — «Sur réméticité de Vantimoine, sur le tartre émétique et le kermès mi- néral (13); — De Vétain (14) ; -* Manière de préparer les extraits de certaines plantes (15) ; — Moyen de volatiliser l'huile de vitriol , de la faire paràitre sous la forme d'une huile essentielle (16) ; — Différents moyens de rendre le bleu de Prusse plus solide à l'air et plus facile à préparer (17); — Observations

(1) Mém. de VAcad^ année 1713, p; 53.

(2) Ibid., ann. 1718, p. 37.

(3) Ibid., ann. 1720, p. 189.

(4) Ibid., ann. 1722, p. 155.

(5) Ibid., ann. 1723, p. 210.

(6) Ibid., ann. 1725, p. 57.

(7) Ibid., ann. 1726, p. 95.

(8} Ibid., ann. 1727, p. 114.

(9) Ibid., ann. 1727, p. 114.

(10) Ibid., ann. 1729, p. 68.

(11) Ibid., ann. 1730, p. 217.

(12) Ibid, ann. 1732, p. 17.

(13) Ibid., ann. 1734, p. 417 ; — 2" mémoire sur les préparations anlimo;uales, ann. 1735, p. 54.— 3« mémoire, ibid., p. 311 ; — 4« mém., ann. 1736, p. 414.

(14) Ibid., 1738, p. 103.

(17) Ibid.; 1743, p. 33.

sur la terre d'alun (1); — Examen d*une préparation de vem d* antimoine, spécifique pour la dyssetUerie (2); — Essai sur la formation artificielle du silex, et observations sur quelques propriélés de la chaux vive (3) ; — Observations sur les préparatkmt du fondant de Rotrou et de l'antimoine diaphorétique (4).

lioiils l^entery.

Louis Lemery, né àParis, le 25 févrieri677, mort le 9 juin 1743, était le fils el digne élève de Nicolas Lemery, dont nous avons parlé plus haut. Reçu docteur en médecine à vingt et un ans, il devint membre de l'Académie des sciences à l'âge de vingltrois ans. En 1702 il fit paraître son premier ouvrage, le TraHU des aliments^ qui fut sévèrement jugé par Andry. Il publia, dans la suite, un grand nombre de mémoires de chimie, de médecine, d'anatomie et de zoologie, qui , pour la plupart, ne sont pas dénués d'intérêt. En i708, Fagon, premier médecin de Louis XIV, chargea Lemery de faire le cours de chimie au Ja^ din du Roi, à la place de Berger, qui était alors gravement naalade. Après la mort de Berger, cette chaire fut confiée à Geoffroy, et c'est à lui que Lemery succéda en 1731. Il n'occupa cette chaire que douze ans.

Dans ses travaux chimiques, Lemery débuta par combattre les idées de Geoffroy sur la génération du fer. (Voy. les Mémoires de l'Acad., années 1706, 1707, 1708. )

Il découvrit, en 1726, par un simple hasard, que le plonibi (( lorsqu'il a une certaine forme , fort approchante d'un segment sphérique ou d'un champignon, » devient presque aussi sonore que le métal des cloches. Quelque temps après, Réaumur observa que, pour que cette expérience réussisse, il faut que le plomb ait acquis par la fusion la forme indiquée, et que, si on lui donne cette forme à froid, il reste aussi sourd qu'il l'est o^ dinairement. Voilà un fait bien précieux pour la théorie, encore si peu avancée, de la constitution moléculaire des corps.

(1) Mém. deVÀcad,, année 1744, p. 69.

(2) Ibid., 1745, p. 162.

(3) Ibid., 1746, p. 284.

(4) Ibid., 1751, p. 304.

TBOisiim fpoQCT. 375

Les mémoires de chimie commaniqués par Lemery fils à 'Académie ont pour titres : Vne végéMion chimique dm fer [erisiallisatitm d'un sel de fer) (i); — Examen de la manière dont le fer agit sur notre corps (2); — L'action des sels sur différentes matières inflammables (3); — Sur te nitre (4) ; — De la volaHlisation vraie ou apparente des sels fixes (5) ; — Réflexions sur le défaut et le peu d^utilité des analyses ordinaires des plantes et des animaux (6) ; — Observation historique sur le kermès minéral (7) ; -r Sur la précipitation de quelques sels dissous dans de Veau (8); — Expériences et réflexions sur le borax^ d'oii Von pourra tirer quelques lumières $ur la nature et les propriétés de ce sel, et sur la manière dont il agit, non-seulement sur nos liqueurs, mais encore sur les métaux dans la fusion desquels on l'emploie (9) ; — Sur le sublimé corrosif (10); — Nouvel éclaircissement sur l'alun, sur les vitriols, et particulièrement sur la composition'naturelle et jusqu'à présent ignorée du vitriol blanc ordinaire (11).

HeUoi.

Hellot, né à Paris, le 20 novembre 1685, mort en 1761 , fut destiné d*abord à la carrière ecclésiastique; mais son goût pour la chimie lui fit abandonner Tétude de la théologie. Pendant un voyage en Angleterre, il s'était lié d'amitié avec les savants les plus distingués *de ce pays. Aussi son entrée à l'Académie des sciences de Paris, en 1735, futreile bientôt suivie de son élection

(I) Mém. de VAcad., ann. 1707, p. 299. <2) Ibid., ann. 1713, p. Se.

(8)Il)id.,p. 99.

<4) Ibid., ann. 1717, p. 31 ; 2" mém., p. 1Î2.

(5) Ibid., ann. 1717, p. 246.

(6) Ibid., ann. 1719, p. 173^ 2* mém., ann. 1720, p. 98; 3« .mém., p. 166; 4* mém., ann. 1721, p. 22.

(7) Ibid., année 1750, p. 417. Lemery rappelle que le kermès minéral, ou j)oudre des Chartreux, avait été déjà décrit par son père dans le Traité sur Vantimoinef et que d'autres ont eu tort d^en revendiquer la découverte.

(8) md., ann. 1727, p. 40.

(9) Ibid., ann. 1728, p. 273; 2'' mém. sur le borax, ann. 1729, p. 282.

(10) Ibid., ann. 1734, p. 259.

(II) Ibid., ann. 1735, p. 262 ; V mémoire, ibid., p. 385 ; supplément aux méjQEioires précédents; ibid., ann. 1736, p. 263.

oomme membre de la Société royale de Londres. Chargé par le ministère de l'inspection générale des teintures, il publia à ce sujet des travaux importants. Il avait épousé , à l'âge de soixantecinq ans ; une femme qui partageait ses goûts pour la science.

Les travaux de Hellot se trouvent consignés dans les Hémoires de l'Académie des sciences de Paris. Son premier mémoire, paru en 1735, traite de l'analyse du zinc, métal que l'on regardaitnoQ pascommeun corps simple, mais comme un mtor^tf, pour employer le langage alors usité (1). L'année suivante il publia, sous le titre de Conjectures , une notice où il prétendait que la coloration rouge des vapeurs nitreuses tient à la présence du fer, et que ces vapeurs renferment un sel volatil urineux (ammo- .niaque) (2). Il inventa aussi une encre sympathique (solution d'un sel de cobalt exposée à la chaleur) , et indiqua tous les moyens de préparation des encres^ qu'il divise en quatre moments: « Faire passer une nouvelle liqueur ou la vapeur d'une nouvelle vapeur invisible ; — exposer la première écriture à Tair, pour que les caractères se teignent; — passer légèrement sar l'écriture une matière colorée, réduite en poudre subtile; exposer récriture (invisible) au feu (3). d

A propos de la liqueur éthérée de Frobenius, Hellot nous apprend qu'en faisant digérer à froid de l'esprit acide vineux non rectifié (mélange d'alcool et d'acide sulfûrique) dans l'huile jaune de vin pesante, provenant de la préparation de l'éther, on obtient des cristaux d'une matière blanche, ayant l'odeur, la saveur et l'inflammabilité du camphre (4).

Dans sa Théorie chimique de la teinture des étoffes, l'auteur partit d'une hypothèse qu'il essaya de confirmer par des expériences. Voici l'énoncé de cette hypothèe : « Dilater les pores du corps'à teindre, y déposer les papticules d'une matière étrangère^ et les y retenir, ce serfi le bon teint. Déposer ces matières étrangères sur la seule surface des corps, ou dans des pores dont la capacité ne soit pas suffisante pour les recevoir, ce sera le petit ou faux teint, parce que le moindre choc détachera les atomes colorants. Enfin, il faut que ces corps

{i)Mém. deVAcad,,miï. 1735, p. 62;2« méra. sur le ziiic,lbid., p. Ml-

(2) Ibid., ann. 1736, p. 36.

(3) ftid., ann. 1737, p. 101 ; 2« roém., p. 228.

(4) Ibid., ann. 1739, p. 62.

soient enduits d'une espèce de mastic que ni Teau de pluie ni les rayons de soleil ne puissent altérer (i). »

Hellot donna le premier une histoire complète de tous les procédés jusqu'alors eroployéspour préparer le phosphore (2). Son mémoire, Sur l'exploitation des mines^ mérite également d'être cité avec éloge (3).

Enfin on a de Hellot plusieurs travaux étrangers à la chimie.

lloiildve.

Boulduc, né à Paris, le 20 février 1675, mort le 47 février 1742. a bien mérité de la'pharmacie plutôt que de la chimie proprement dite. Son père avait été, comme lui, démonstrateur de chimie au Jardin du Roi, et membre de l'Académie des sciences. Boulduc publia, en 1719, des études sur les purgatifs , sur le suc d'élatérium , etc. Il simplifia la préparation du sublimé cprrosif (4j, et donna quelques notions intéressantes sur l'analyse des végétaux (5), sur le selpolychreste de Seignette (6), sur le sel de Glauber (7) et le sel d'Epsom (8). Mais ce qui lui valut le plus de renommée, ce sont ses recherches sur les eaux minérales : sur celles de Passy (en 1726) , les eaux de Bourbon-i'ArchambauIt (en 1729), et celles de Forges (en 1735).

Ses fonctions de premier apothicaire du roi et de la reine l'obligeaient à suivre la cour ; elles ne lui permettaient donc pas d'assister régulièrement aux séances de l'Académie, et de prendre une part active aux travaux de cette savante compagnie:

Boulduc mourut à Tâge de soixante-sept ans, à Versailles, où la cour résidait alors.

(1) Mém. de VÀcad.,mn. 1740, p. 126; 2* mémoire, ibid., 174!, p. 38.

(2) Ibid., ann. 1737, p. 842, Sur le phosphore de Kunckel et Vanalyse de Vurine.

(3) Ibid., ann. 1756. p. 134.

(4) nrid., ann. 1730, p. 367.

(5) Ibid., 1734, p. 101.

(6) Ibid., 1731, p. 124.

(7) Ibid., 1727, p. 875.

(») Ibid., 1731, p. 847.

Rouelle atné.

Guillaume-François Rouelle, le maître de Lavoisier, naquit, en 1703, au village de Mathieu, en Normandie (1). Après avoir fait ses premières études au collège de Caen, il vint à Paris, et s'y livra assidûment, à ses goûts pour la chimie et la pharmacie. En 1744 , il fut admis à TAcadèmie des sciences comme chmûste adjoint, et dans la même année il lui communiqua un mémoire Sur les sels neutres, son premier écrit scientifique. « J'appelle, dit-il dès le début, sel neutre, moyen ou saléy tout sel formé par Tunion de quelque acide que ce soit, minéral ou végétal, avec un alcali fixe ou volatil , une terre absorbante , une substance métallique ou une huile. »

On doit à Rouelle la première classification méthodique des sels alors connus , qu*il divise en six sections principales; chaque section est, à son tour, subdivisée en genres et en espèces : la; cide donnait le genre, et la base Tespèce. Ainsi, la première section renfermait tous les sels cristallisés en lames; le premier genre de cette section se composait des sels d'acide vitriolique (sulfates) , et les espèces comprenaient tous 'les vitriols à base d'alcali fixe ou volatil, dé terres ou de substances métalliques.

Nous avons déjà dit (1) que les leçons de chimie du Jardin du Roi étaient faites concurremment par un professeur théoricien et un démonstrateur pratique. Bourdelin, alors professeur en titre, était écouté assez froidement dans ses digressions abstraites; mais lorsque paraissait Rouelle^ le démonstrateur, l'intérêt et l'attention s'éveillaient tout aussitôt. Le professeur terminait invariablement sa leçon par ces mots : « Tels sont. Messieurs, les principes et la théorie de cette opératico, ' ainsi que M. le démonstrateur va vous le prouver par ses expériences. »

Mais le démonstrateur, qui prenait aussitôt la parole, s'attachait le plus souvent à prouver tout le contraire, et à donner,

(1) Voyez, pour plus de déUils, la biographie de F.-G. Rouelle, par P.-A. Ons dans le Journal de pharmacie et de chimie, sept. 1842.

(2) Voy. p. 277 de ce volume.

TROISliXE EPOOVE. 379

par les faits, un éclatant démenti à la théorie du professeur (i).

En 1750, Rouelle devint membre de l'Académie royale de

Stockholm et de celle d'Ërfurt. Deux années après, il fut

(1 } C'est à ces leçons da Jardia du Roi que se rattachent la plupart des anecdotes plaisantes que 1 on raconte de Rouelle. Le professeur arriTût dans Tamphitliéàtre en grande tenue : habit de velours, perruque poudrée, et petit chapeau sous le bras. Assez calme au début de sa leçon, il s'échaufTait par degrés; si sa pensée Tenait à s'embarrasser, il simpatientait, il posait son chapeau sur une cornue, il ôlait sa perruque, il dénouait sa cravate; puis, tout en continuant déparier, il déboutonnait son habit et sa Teste, et les quittait Pun après Tautre. — Grimm, à qui nous devons ces particularités sur la Tie de Rouelle, raconte qu^un jour, se trouvant dans un cercle où il y avait plusieurs dames, et parlant avec sa vivacité ordinaire. Rouelle défait sa jarretière, tire sou bas sur son soulier, se gratte la jambe avec les deux mains, remet ensuite son bas et sa jarretière, et continue sa conversation, sans avoir le moindre soupçon de ce quMl Tenait de faire. — Rouelle était^ordinairement assisté dans scsc\|)ériences par son neveu; mais, cet aide ne se trouvant pas toujours auprès de lui , Rouelle rappelait en criant à tue-tête : « Neveu, étemel neveu I <> et Tétemel neveu ne venant pas, il s'en allait lui-même dans les arrière-pièces de son laboratoire chercher les objets dont il aTait besoin. Pendant cette opération, il continuait la leçon comme sMl était en présence de ses auditeurs. A son retour, il avait ordinairement achevé la démonstration (^minencée, et rentrait en disant : a Oui, messieurs, voilà ce que j^aTais à vous dire. M Alors on le priait de recommencer, ce qu^il faisait volontiers, croyant seulement avoir été mal compris. — Dans sa pétulance et sa distraction ordinaires, il exprimait souvent des vues^ neuves, hardies, profondes; il décrivait des procédés dont il eût bien voulu dérober le secret à ses auditeurs, mais qui lui échappaient, à son insu, dans la chaleur du discours ; puis il ajoutait : Ceci est un de mes arcanes que je ne dis à personne, et c^était précisément ce qu'il venait de révéler à tout le monde. — Ses récriminations et ses plaintes faisaient en quelque sorte partie de son cours ; en sorte qu'à telle leçon on était sur d'entendre une sortie contre Macque;* ou Malouiu, contre Pott ou Lehmann; à telle autre, une diatribe contre Buffon ou Bordeu. Dans son emportement, il ne se faisait faute d'aucune injure ; mais la plus commune, l'épithète qu'il prononçait le plus souvent et qui servait le mieux sa colère, était celle de plagiaire. Pour montrer toute son horreur pour l'attentat de Damiens, il ne manquait pas de dire qnc c'était un plagiat. > Oui, messieurs, s'écriait-il tous les ans, à certain endroit de son cours, en parlant de Bordeu, c'est un de nos gens, un frater, un plagiaire, qui a tué mou frère que voilà. » — Hors de son laboratoire et dès qu'il perdait de vue ses api>areils, il semblait ne plus rien comprendre au monde et à la société. Un jour, chez Buffon, on parlait des mouvements) instinctifs dont on n'est pas le maître. « Par exemple, disait le cardinal de Remis, il m'est impossible d'entrer dans une église sans courber la tète. » — «Il y a, en effet, reprit RooeUe, certains mouvements naturels et machmaux dont il n'est pas facile de se rendre compte. Pourquoi, par exemple, les ânes et les canards baissent-ils toujours la tête quand Us passent sous des arcades ou des portes cochères? >* Et comme on le regardait en souriant : » Oui, messieurs, ajouta-t-il, j'ai fait cette expérience, moi; j'ai fait passer des ines et des canards sous la porte SamUAn-

nommé associé de l'Académie des sciences de Paris. Il refusa la charge de premier apothicaire du roi , et accepta la place d'inspecteur de la pharmacie de THôtel-Dieu. En 1734, le minisire des finances lui confia un travail sur l'essai des monnaies d'or. Rouelle y apporta tant de zèle et de talent, qu'on lui promit en récompense la place d'essayeur en chef des monnaies; mais cette place ne fut donnée qu'après sa mort à J. d'Ârcet, sod gendre. Sentant ses forces s'affaiblir, il renonça, dès Tannée 1768, à faire ses cours, et se démit, en faveur de son frère^ de la chaire de chimie du Jardin du Roi (1). Depuis ce moment, il iraina une vie languissante; il perdit l'usage de ses jambes, et vécut retiré à Passy^ où il mourut le 3 août 1770, à Tâge de 67 ans.

toine, et même sous la porte Saint-Denis, qui est bien autrement haute. EhbieBl messieurs, tous me croirez si vous voulez, mais je vous donne ma parole d'tonneur que je n'en sais (las plus que vous à ce sujet. » — Les grands évéociMoU politiques et militaires le préojrcupaient au point de balancer dans son és{)rit Fintérét qu*il prenait aux progrès de la science, et il trouvait parfois VoeaàfA d*en entretenir ses auditeurs au milieu même de ses leçons. CV^t ainsi que. pendant la guerre qui venait d'éclater contre les Anglais en 1756, il voulait aiW commander les bateaux plats, et assurait qu'il ix>ssédait un arcane à Talde doquel il se flattait de brûler Londres, et d*incendier sous Feau toute la flotte anglaise. — Grimm raconte que le lendemaia.du jour où parvint la nouvelle i\t li défaite de Rosbach, il le rencontra tout éclopé et marchant avec peine. > Eh' mon Dieu ! M. Rouelle, lui dit-il, que xous est-il donc arrivé » ? —«Je suis moahi, répondit le chimiste ; toute la cavalerie prussienne m'a marché cette nuit sorlf corps. >. Le même jour, il se trouvait au Janlin du Roi ; et, la conversation iy*»< roulé sur le même sujet, il ne manqua pas de traiter le prince de Soubtse (conmandant de l'armée francise à Rosbach, et qui reçut quelque temps a|)rès le bâton de maréchal ) d'Ignare, d'esprit obtus, de criminel, et enfin de plagiaàr « Mais, lui dit BufTon, ce n'est point un plagiat que de s'être laissé battre pv les Prussiens, c'est an contraire une invention toute nouvelle de M. de Soabisr — Ne le défendez pas, s'écriait Rouelle, c'est un anhnal infime, un mulet corna, un double cochon borgne ! Je suis sûr qu'il a quelque chose de vicié dans n (^ formation. »

(1) Beaucoup d'auteurs ont confondu le frère cadet avec Rouelle aîné. —Jiovelie jeune, moins célèbre que son frère, a publié des observations sur les alliages d< l'étain, considérés sous le point de vue hygiénique (Recherches chimiques sur Vétain, publiées. par ordre du gouvernement; Paris, 1781, în-8'); — siirl^ eaux minérales de Leuk {Journal de médecine, etc., t. XLV, 1776, juin) ,-Tùbleau de Vanalyse chimique des procédés du cours de chimie j^.\ P*ri*j i'*^in-12. — Observations sur Voir fixe dans certaines eaux minérales (<laDS les Opuscules physiques et chimiques de LavoisieTf p. 157).

'Èrm^mux de Rouelle.

Rouelle a puissamment contribué aux progrès de la chimie, moins par ses écrits, qui sont peu nombreux, que par ses cours publics, qui étaient suivis avec un empressement et une curiosité extraordinaires. Les paroles du maître étaient recueillies comme des oracles par ses élèves; et il n'est pas rare de rencontrer encore aujourd'hui de ces cahiers manuscrits, rédigés, il y a cent ans^ avec un soin infini (1). C'est là un spectacle presque unique dans les annales de la science. Rouelle est, sans contredit, un de ceux qui ont le mieux réussi h populariser la chimie en France, et il faut revendiquer pour lui une part glorieuse dans cette grande révolution scientifique dont Lavoisier est le chef.

Les travaux imprimés de Rouelle consistent eu quelques dissertations insérées dans le recueil des Mémoires de l'Académie des sciences, dans le Journal de physique de Rozier, et dans le Journal de médecine de Roux.

Son^remiermémoirey Sur les sels neutres^ est AeVannée il H{^). L'année suivante , il communiqua à TAcadémie un nouveau mémoire ayant pour but d'appliquer à l'étude spéciale dix sel marin les principes établis dans le mémoire précédent (3). Parmi les travaux de Rouelle qui fixèrentle plus l'attention du mondesavant^ il faut citer celui qui traite de Vinfhmmationdes huiles essentielles, au moyen de l'esprit de niire (4). Au sujet de ces expériences curieuses qu'il se plaisait à répéter souvent dans ses cours , il enseignait un procédé aussi simple qu'ingénieux pour concentrer Tacide nitrique. Ce procédé, dont la priorité d'invention revient de

(1) Kous ayons possédé nous-méines deux de ces cahiers, écrils par des mains difTërentes ; Tun avait pour titre : Cours de chinUe de M. Rouelle, 2 vol. in-8** ; l'autre : Cours de chimie rédigé d*après les leçons de M, Rouelle Vainé^ par MM^**, in-rol. L*écriture du premier manuscrit paraît être un peu plus ancienne que celle du dernier. La Bibliothèque impériale possède également plusieurs de, ces caliiers manuscrits des cours de Rouelle ; on en trouve aussi à Paris dans quelques bibliothèques privées. M. Cap a réuni des documents précieux sur Rouelle.

Il est à regretter que les cours de Rouelle n'aient pas été imprimés.

(2) Mém, de VAcad. des sciences, ann. 1744, p. 97.

(3) Mém, de VAcad., ami. 1745, p. 773. (4)Ihid., ann. 1747, p. îU ; Hist., p. 85.

droit à Rouelle, consistait à distiller l'acide nitrique, ou, comme il. l'appelle, l'esprit de nitre ou acide nitreux, avec de l'acide vitriolique. Ajoutons que l'auteur comprenait parfaitement la théorie de son procédé : « L'acide vitriolique ne sert, dit-il^ qu'à concentrer davantage l'acide nitreux (nitrique), et à le dépouiller de la plus grande partie de son phlegme (eau), cet acide ayant plus de rapiport avec l'eau que l'acide nitreux; toutes les fois qu'on môle un acide ?itriolique bien concentré à un acide nitreux phlegmatique (aqueux), le premier se charge du phlegme (eau) du second, et l'en dépooilie. Gela nous offre donc un moyen de porter l'acide nitreux à ub état de concentration beaucoup plus considérable que celui aoquel on peut espérer de parvenir par la distillation (i). »

En 1750, Rouelle publia un mémoire étendu Svr ie^ embaymments; il y commente avec beaucoup de sagacité la méthode d'embaumement des Égyptiens, décrite par Hérodote (â).

En 1754, il communiqua à l'Académie des sciences un nouveau mémoire Sur les sels neutres (3). C'est dans ce mémoire qu il distingue le premier les sels en sels acides^ en sels moyens (neutres) et en sels avec excès de base; il établit que , dans les pi^ miers^ l'excès d'acide se trouve, non pas simplement ajouté, mais combiné, et que la combinaison de l'acide avec la base a des limites. De cette dernière observation à la loi des ^proportions fixes il n'y avait qu'un pas.

Le Journal de médecine de Roux contient des expériences de Rouelle (publiées en grande partie par son frère) sur le tartre traité par la chaux et les oxydes métalliques (4) ; sur le lait, le sucre de lait et d'autres produits oi^aniques, etc. (5) ; sur le saog, sur l'eau des hydropiques (6); sur l'urine de l'homme , des Taches et des chevaux (7); sur le diamant (8); sur l'or calciné au

(1) Cours de chimie de Rouelle VaM^ rédigé par MM.^** (manuscrit in-fol.}> . p. 395.

(2) Mém, de VAcad, des sciences, ann. 1750, p. 123. '

(3) Ibid., ann. 1754, p. 572.

(4) Roux, Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie^ t. XXXIX, etc.. p. 369.

(5)Ibid., p. 250;t. XL. p. 59.

(6) Ibid., t. XL, p. 68.

(7) Ibid., p. 451.

(8) Ibid., t. XXXIX, p. 50.

TROISIÈHE ÉPOQUE. * 383

moyen des étincelles électriques (1). L'habile opérateur démontra, contrairement à la théorie d'un grand nombre de chimistes, que le sel lixiviel (potasse) existe déj& dans les plantes avant leur incinération (2).

Plût à Dieu que tous les savants eussent rempli leur carrière aussi consciencieusement que Rouelle ! Probe^ honnête, généreux, inaccessible à la corruption, il avait le vrai culte de la science.

Théodore Baron.

Théodore Baron, né à Paris, le 17 février i715, se prépara, par les mathématiques, à Tétnde de la médecine et de la chimie. Il eut pour maîtres dans cette dernière science Rouelle et Bourdelin. Deux ans après avoir été reçu docteur en médecine , en 1744, il lut à l'Académie des sciences un mémoire (son premier travail scientifique) , traitant Z>e V action du sel de tartre sur les sels neutres (3). En 1752, il obtint auprès de l'Académie la place d'adjoint-chimiste, devenue vacante par la nomination de Rouelle à celle d'associé. Il mourut le 10 mars 1768, à l'âge de cinquantetrois ans, par suite de l'étranglement d'une hernie ombilicale. Il avait toujours mené une vie fort retirée , au sein d'un petit nombre d'amis.

Le principal titre scientifique de ce chimiste* est. d'avoir éclairci l'histoire, demeurée jusqu'alors si obscure , du borax. Les deux mémoires publiés sur ce sujet se trouvent insérésdans les Mémoires de l'Académie des sciences de Paris (4). Voici les conclusions de ce travail , qui parut sous le titre d'Expériences pour servir à Vanalyse du borax : a Le sel sédatif (acide borique) est toujours le même, par quelque acide qu'il ait été

(0 Roux, Journal de médecine^ etc. t. XL, p. 163,- 1. XLVIII, p. 299. (2)Rozier, Observations et mémoires mr la physique, tic.i. I, p. 13.

(3) Mém. de mathématiques et de physique, présentés à F Académie royale de sciences par divers savants, etc., 1. 1, p. 100 ; Sur une propriété singulière qn'*a le sel de iarirc de précipita- tous les sels neutres sur lesquels il n'a point cPactian, L'auteur cherche à établir que la véritable cause de la formation de précipités dépend de l'affinité qui existe entre le précipitant et le dissolvant.

(4) Le 1*' mémoire fat présenté k r Académie le 25 et le 28 janvier 1747 ; et le 2<'mém.,lc 3 Juillet 1748.

retiré du borax; on peut régénérer le borax en unissant le sel sédatif avec le sel de soude ; on peut faire artificiellement deux espèces de borax, différentes par leurs bases , de celui qui est connu jusqu'ici , savoir : Tune en combinant le sel sédatif avec l'alcali du tartre (potasse), et l'autre en le combinant atec l'alcali du sel ammoniac; le sel sédatif existe tout fait dans le borax ; la dénomination , imposée par Homberg , de sel vcM/ narcotique du vUrioly est impropre en tous points, puisque ce sel est très-fixe par lui-même, et n'est sublimable que par sod eau de cristallisation; il ne participe en rien, lorsqu'il est bien préparc, de l'acide vitriolique qu'on a employé pour le dégager du borax, puisqu'il est possible de le dégager par tout aatie acide même végétal, sans qu'il participe davantage de la nalure de ces acides; enfin, il n'est point narcotique. »

Ces conclusions , bien nettes, laissaient peu à désirer. H œ manquait plus que la découverte de la composition de i> cide borique pour compléter l'histoire du borax ; car la nature et les propriétés de cet acide, employé en médecine sous le nom de sel sédatifs étaient déjà connues.

Enfin Baron présenta à l'Académie, en 1742 , un mémoire Sv un sel apporté de la Perse $ous le nom de boreeh. Il reconnut qoe ce sel n'était autre chose que du borax sophistiqué (i).

WTmm^mîm Hiefer.

Nous n'avons aucun renseignement sur les principaux actes de la vie de ce chimiste qui fit le premier bien connaître Taride borique. L'histoire du borax resta, pendant toute cette période, à peu près telle que Baron l'avait donnée. Ce ne fut qu'en i777 que François Hoefer, directeur de la pharmacie du grand-duc de Toscane à Florence, découvrit l'acide borique dans les eaux de Monterotondo, dit Gerchiajo , près de Sienne. En soumettant ces eaux, d'un aspect laiteux , à l'analyse, ce chimiste remarqua que le résidu de l'évapôration , redissous par l'alcool , brûlait avec une flamine verte. Croyant d'abord

( 1 ) Les résultats de cette analyse se trouvent oonaignéa dans d ux mémoirH^ dontlepreiDter fut présentée r Académie le 3 Juillet 1 748,et le second le 17 juin l'^>- '

TROISIÀBCB ÉPOQUE. 385

que cette couleur provenait d'un sel de cuivre, il répéta Texpérience et obtint le même résultat; de plus, en combinant ce résidu avec Talcali minéral, il forma du borax, ce qui lui donna ridée d'élever une fabrique de borax dans le voisinage de ces eaux (I).

Macqiier.

Pierre-Joseph Macquer, né à Paris, le 9 octobre 1718, avait, depuis l'ftge de vingt-sept ans, consacré ses veilles à Tavancement de la chimie. Ses premiers travaux eurent pour objet la solubilité des huiles dans Tesprit-de-vin , et les composés arsenicaux, particulièrement la combinaison de Tarsenic blanc avec les alcalis (2). Il fit des recherches intéressantes sur la composition du bleu de Prusse. Cette matière n'est, suivant lui, qu'une combinaison de fer avec une substance particulière que les alcalis enlèvent aux produits charbonneux ; il en donne comme preuve que l'alcali digéré sur le bleu de Prusse se charge de cette substance, et ne laisse plus qu'une chaux de fer, tandis que ce môme alcali ainsi saturé, et versé dans une dissolution de fer, reproduit le bleu de Prusse (3).

11 vivait alors en Bretagne un gentilhomme qui, depuis quarante ans,, s'était dévoué au service de l'humanité souffrante. Le comte de la Garaye, c'est le nom du gentilhomme, avait construit un hôpital à côté d'un laboratoire de chimie ; il soignait lui-même les malades, auxquels il administrait ses remèdes préparés dans son laboratoire, remèdes de son invention. Ce sont ces remèdes queMacquerfutchargé par legouvernement d'examiner. Ce chimiste trouva que la panacée de la Garaye n'était autre chose qu'une dissolution de sublimé corrosif dans de l'esprit-de-vin (4).

Macquer s'était constamment refusé aux idées nouvelles qui devaient bientôt universellement prévaloir : il lui était, comme à

(1) Sopra il sale sedativo délia Toscana; Florence, 1778, ia-12. Trad. en allemand sons le titre de Nachricht von dem in Toscana enideckten natûrli' ehen Sedatifsals^^ etc., par Hermann; Vienne, 1731, in- 12.

(2) Mém. de VAcad., année 1735, p. 9; — 174e, p. 223; — 1748, p. 36. (3] Ibid., année 17&2, p. 60.

(4}Ibid.,ann. 1756, p. 531.

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