TIlStÔmE*DE î/A'i2fifMl
et d'avoine meslez ensemble. Que quiconque y «letlva auJtres choses, comme baye, pyment ou poix résine , sera condamné à vingt sous d'amende, et ses brassins confisquez ; car li prud'hommes du meslier dient que telles choses ne sont mies bonnes ne loyaulx à mettre en cervoise; car elles sont mauvaises au chief et au corps, aux malades et aux sains. »
Par ces mêmes statuts il est interdit de vendre de la cervoise ou bière aigre, sous peine de vingt sols parisis d'amende.
Quelque temps après, ces statuts furent renouvelés avec quelques amendements qui portaient que « les brasseurs seront tenus de faire la bierre et cervoise de bons grains, bien germes et brassinés, sans y mettre ivraie, sarrazin, ni autres mauvaises matières, sous peine de quarante livres parisis d'amende; que les jurés visiteront les houblons avant qu'ils soient employés, pour voir s'ils sont mouillés, chauffés, moisis et gâtés; afin que, s'ils sont trouvés défectueux, les jurés en fassent rapport à la justice, pour faire ordonner qu'ils seront jetés à la rivière, si faire se doit... Aucuns revendeurs de bière et cervoise en détail n'en pourront vendre , si elles ne sont bonnes , loyales et dignes iV entrer au corps humain, sous peine d'amende arbitraire et confiscation (1). »
Vin. — Un'e ancienne ordonnance du prévôt de Paris, du 20 septembre 1371, porte que « pour empêcher les mixtions et les autres abus que les taverniers commeltoient dans le? débit de leurs vins, il seroit permis à toutes personnes qui prendroient du vin chez eux, soit pour boire sur le lieu , soit pour emporter, de descendre à la cave et d'aller jusqu'au tonneau pour le voir tirer en leur présence ; et fait défense aux taverniers de l'empescher, à peine de quatre livres parisis d'amende pour chaque contravention, dont le dénonciateur aura le quart. »
On savait depuis longtemps qu'en traitant les vains aigres par de lalitharge, on en corrigeait l'acidité. Mais dans celte sophistication il se produit du sucre de Saturne (acétate de plomb) q«i a des propriétés vénéneuses. Les ordonnances anciennes mentionnent plusieurs cas d'empoisonnement provenant de cette source. On y lit, entre autres, que quelques vignerons du bourg d'Argenteuil avaient mêlé dans leurs vins de la litharge « pour léUF<lonneriine couleur plus vive, plus de feu, et en diminuer
■Çi) Traité de police, 1. 1. p. 584.
DEUXIÈME ÉPOQUE, oOt
la verdeur; que plusieurs personnes qui burent de ces vins s'en trouvèrent fort mal, etc. ».
D'après une expertise, dressée par le doyen de la Faculté de médecine de Paris, les coupables furent condamnés à trente livres d'amende envers le roi (1).
Remèdes. — Au quatorzième et au quinzième siècle, les pharmacies n'étaient que des dépôts {apothèqiies) de sirops, d'électuaires, de conserves, de fruits confits, de liqueurs alcooliques épicées. Les apothicaires étaient des confiseurs plutôt que des droguistes ou préparateurs de remèdes ofticinaux.
En France, les apothicaires formaient, depuis le règne de Charles VIII, une corporation régie par des règlements dont les premiers datent de 1-484 (2). Ils étaient placés sous la surveillance immédiate des médecins. En Allemagne, les pharmacies se multipliaient, à mesure qu'on cessait de faire venir de l'Italie la plupart des médicaments officinaux. Les drogues des pharmaciens d'Augsbourg, de Francfort, de Constance et de quelques autres villes d'Allemagne, étaient soumises à un tarif, en même temps que la vente des remèdes était interdite à tout autre marchand.
Poisons.
Les chroniqueurs du xiii'' et du xiv*" siècle mentionnent de nombreux cas d'empoisonnement. Mais leurs récits sont si incomplets ou entourés de tant de mystère, qu'il est difficile d'y démêler le viai d'avec le faux.
Charles le Mauvais, roi de Navarre, le môme qui périt dans un bain d'eau-de-vie emflammé, passait pour très-versé dans la pratique de l'alchimie, et surtout dans la connaissance des poisons. Le moine de Saint-Denis et Juvénal des Ursins rapportent de lui un fait qui nous dévoile tout le secret des-empoisonneurs du moyen âge.
(1) Trailé de police, t. i, p. :i82.
(2) Verdier, Essai sur la jiirispnulence delà médecine en France; Alençon, 1763. Aslrijc, 3Jém. pour servira V Histoire do la Faculté de médecine de Montpellier; Paris, 1767, in-4. Sauvai, Histoire de Paris, p. 474.Félibien, Hist. de Paris , t. ii, p. y27.
En donnant au^ ménestrel Woudreton des instructions nécessaires pour empoisonner (en 1384) Charles VI, roi de France, le duc de Valois, frère du roi, et ses oncles, les ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon, Charles le Mauvais lui dit ; « Tu vas à Paris; tu pourras faire grand service, se tu veulz. Se tu veulz faire ce que je le diroy, je te feroi tout aisé et moult de bien. Tu feras ainsy : II est une chose qui se appelle arsenic sublimât. Se un homme en mangeoit aussi gros que un poiz , jamais ne vivroit. Tu en trouveras à Pampelune, à Bordieaux , à Bayonne et par toutes les bonnes villes où tu passeras, es hôtels des apothicaires. Prends de cela et fais-en de la poudre; et quand tu seras dans la maison du roy, du comte de Valois son frère , des ducs de Berry, Bourgoigne et Bourbon, tray-toi près de la cuisine, du dréçouer, de la bouteillerie, ou de quelques autres lieux où tu verras mieulz.ton point; et de celle poudre mets es potages, viandes ou vins, au cas que tu le pourras faire à ta seureté ; autrement ne le fay point. »
Voilà des instructions claires et précises: elles nous en apprennent plus sur celte matière que tous les écrivains du moyen âge.
Woudreton fut pris , jugé et écartelé en place de Grève , en 1384 (1).
L'arsenic sublimé n'est autre chose que l'acide arsénieux , c'est-à-dire le corps de délit qui figure si communément dans les crimes célèbres; c'est le même poison avec lequel se commettent encore aujourd'hui au moins les neuf dixièmes des cas d'empoisonnement.
Pourquoi ce genre de crime était-il alors si fréquent? parce qu'il était facile de se procurer de l'arsenic chez tous les apothicaires.
Importantes inventions du quatorzième et du quinzième
siècle.
C'est vers le milieu du quatorzième siècle que l'on fait généralement remonter l'invention de la poudre à canon. Mais nous
(l) Le procès- verbal de T 'interrogatoire de Woudreton est conservé en original au Trésor des chartes , et rapporté par Sacousse. Voy. Charles de Navarre, par Mortonval, vol. ii, p 581.
avons déjà fait voir que celle invention homicide n'est due ni à Roger Bacon ni à Albert le Grand, ni encore moins à Berthold Schwarz.
Il faut ici distinguer deux périodes. Pendant la première, qui comprend les premiers siècles de l'ère chrétienne, la poudre à canon, c'est-à-dire le mélange de salpêtre, de soufre et de charbon, entrait dans la composition du feu grégeois, pour augmenter l'effet des résines, des huiles essentielles, et d'autres substances très-inflammables qu'on lançait sur l'ennemi (1). L'origine du pétard, de la fusée et de quelques feux d'artifice, paraît être contemporaine du feu grégeois. — Dans la deuxième période, qui commence vers le milieu du quatorzième siècle, le mélange explosible de soufre, de salpêtre et de charbon, qui avait été souvent expérimenté dans le laboratoire des alchimistes, témoin Roger Bacon et Albert le Grand, fut enfin appliqué à l'art militaire pour lancer des projectiles meurtriers, des boulets de fer ou de plomb (i). C'est alors que ce mélange explosible reçut le nom de poudre à canon, de pulvis tormentarins. Cette application était plus importante encore que l'invention même du mélange inflammable.
Il en est de l'histoire de la poudre à canon comme de celle de la vapeur. L'éolypile et la marmite de Papin ne furent que de curieuses expériences de laboratoire; mais elles amenèrent, avec le temps, l'invention de la machine à vapeur.
A quelle époque et dans quelle bataille a-t-on, pour la première fois, fait usage de la poudre à canon, destinée à lancer des boulets (2)?
Sponde , le continuateur do Baronius, raconte que les An* glais devaient le succès de la bataille de Crécy, livrée en 1346, aux boulets de fer lancés, avec tonnerre , par des bombes
(t) On sait que cet effet provient de la force d'expansion des gaz qni se produisent par l'innammalion de la poudre , et qui vont occuper nn espace plusieurs milliers de fois plus considérable que celui qu'occupait la poudre; ces gaz poussent alors avec violence, devant eux, tout objet qui leur oppose de la résistance.
(2) Il importe ilc rappeler que la propriété projeclive de la poiidre était connue au moins depuis le huitième ou neuvième siècle ; mais la poudre ne servait alors qu'à lancer des matières inflammables, des boules inrendiaires.do forme et de composition diverses. C'est ce qu'on voit dans Joinviile, Histoire du roy sninf Louis, et dans quelques auteurs arabe?. (Voy. MM. Reinaud et Favé, le feu grégeois, p. 66.)
olQ HISTOIRE I)E LA CHIMIE.
{ferreas glandes horrifico sono einitkntes) (1). Et lous les historiens de répéter que c'est à la bataille de Crécy qu'on s'est, pour la première fois, servi de la poudre à canon.
Cependant, quatre ans avant la bataille de Crécy, en 1342, les Maures, assiégés dans la ville d'Algésiras, se défendaient contre les Espagnols au moyen de boulets de fer, lancés sur les chrétiens (2). — « C'est, remarque Mariana, la première fois que nous avons trouvé mentionné l'emploi de la poudre à canon. » — Les comtes de Derby et de Salisbury assistaient au. siège d'Algésiras; « et il n'est pas impossible, remarque Watson, que ces deux seigneurs aient rapporté cette importante découverte en Angleterre, et que les Anglais s'en soient ensuite servis dans la bataille de Crécy (3). »
Au rapport de Sébastien iMiinster, les Danois firent les premiers usage des armes à feu dans un combat naval, en 1354 (4).
Enfin, on conserve, dit-on, dans l'arsenal d'Amberg, une arme il feu portant l'inscription de l'année 1303 (o). .
Quoi qu'il en soit, il résulte de ces témoignages, aussi confus qu'incertains, que ni le nom de l'inventeur des armes k feu, ni l'année dans laquelle on se servit pour la première fois de la poudreàcanonsurle champ de bataille, nesontconnus d'une manière authentique (6}. Tout cequelon peut affirmer, c'est que, pendant le quatorzième siècle et même pendant le quinzième, sous le règne de Charles VI et jusque sous le règne de Louis XI, Tare
(1) Annalium cardin. Baronii contimiatio, elc. ; Spondani, in«fol., ad ann. 1346 : Indeque cœptam inler Francos corifusionem auclam valde fuisse bombardis quibus Angli, candenles ferreas glandes horiidco sono emittentes, equos leiruere sessoresqiie, magnanique occisionis cladem iiitulere.
(2) Voici le passage qui y fait allusion; il a été extrait par Casiri de la Chronique espagnole du roi Alfonse : MuUa Mauros ab oppido in exercitutn displosisse lonilrua,quibus ferreas pilas mails malianis prxgrandibus pares emittebant; idquc tant longe ut aliœ obsidentium copiarum stationem prœterirent , atix ipsas offenderent copias.
(3) Walson, Chemical essays, vol. i, p. 327.
(4) Acbilles Gassarus, medicinse doctor, scripsit milii bombardas anno Chrisli 1354 in usu apud mare Uanicum fuisse.
(5) Acta erudit. bips., 1769, p. 19.
(6) Il résulte du passage d'un manuscrit arabe , de Yousouf, fils d'Ismaël Aldjouny, cité par M. Reinaud, que si les Arabes connaissaient la force projeclive delà poudre a canon, ils ne s'en étaient pas encore servis avant 1311 (époque où écrivait l'auteur du ms.), pour lancer des boulets de fer. (M. Reinaud, Manuscrits arabes de la Bibliothèque royale^ ancien j fond s, n° 1072; Avant-propos .)
•DEUXIÈME ÉPOQUE. 5i;l;
n'avait pas encore fait entièrement place au mousquet, et que la pbudre à canon ne devint d'un usage plus général qu'a partir du seizième siècle, sous le règne de Charles-Quint.
Le résultat le plus clair de l'invention de la poudre à canon c'est qu'après une bataille on compte plus de morts que de blessés. Avant cette invention meurtrière on comptait, au contraire, plus de blessés que de morts. Le beau résultat !
Mais laissons là l'invention qui tue les hommes, pour nous attacher à celle qui devrait les éclairer.
L'invention de l'imprimerie ne précéda que d'une quarantaine d'années la découverte du nouveau monde , de cet hémisphère qui était resté inconnu à l'autre depuis la création.
L'instruction, le savoir, les trésors littéraires et scientifiques, cessèrent d'être l'apanage de quelques personnes privilégiées par leur naissance et leur fortune, dès le moment où. Gutenberg, Schœffer et Faust eurent inventé l'art, à nul autre pareil, de multiplier à l'infini les œuvres de l'intelligence , et de les rendre accessibles à tous. L'imprimerie, ce grand levier de l'égalité sociale, réveilla l'esprit de sa longue léthargie, anéantit les traditions étroites du moyen âge, et ouvrit à la liberté de la pensée, un horizon sans bornes.
Conmie toute grande découverte, l'imprimerie ne fut pas inventée tout d'un coup. Plus de trente ans d'essais et de tâtonnements se passèrent avant qu'on arrivât à faire paraître à Mayence et à Strasbourg, vers le milieu du quinzième siècle (1440-50), les premiers livres imprimés. Ainsi que la vapeur et la poudre à canon, cette découverte n'était pas non plus le fait d'un seul homme, c'était le fait de plusieurs ; seulement, celui qui y avait mis la dernière main, et qui l'avail, pour ainsi dire, lancée dans le monde, en eut seul tout l'honneur.
Les cartes à jouer gravées sur bois, dont on se servait en Allemagne depuis 1390, paraissent avoir fourni à Laurent Jansoon de Harlem l'idée d'appliquer, vers 1430, ce procédé aux lettres des manuscrits, afin de pouvoir vendre les livres à meilleur compte et en plus grand nombre que les copistes (1).
Gutenberg s'empara de l'idée de Jansoon, et la perfectionna
(I) Les premiers livres qui furent ainsi imprinu's ( sur le recto de la feuille , le verso restant en blanc) sont : liiblia puuperuin. — Historia sancli Joannis evangelistx ejusque Visiones Apocnhjptïcx. — Ars memorandi, etc. Voy^ Heinecken, Idée générale d'une collection complète d'estampes; Leips., 1771, in-8.
entre les «innées 1433 et 1450. Nous n'avons rien à dire de la société que formèrent Gutenberg, Faust et Schœffer, dans le but d'exploiter leur découverte, et d'en tirer le plus de profit possible; nous ferons seulement observer que ces hommes avaient en vue, non pas l'intérêt général de l'humanité, qui leur importait fort peu, mais leur intérêt privé, matériel, pécuniaire. Les premiers imprimeurs composaient une réunion d'honnêtes industriels qui comptaient réaliser d'immenses bénéfices, en vendant leurs livres imprimés pour des manuscrits. Us aimaient mieux se faire décrier comme sorciers que de communiquer leur art à tout le monde. C'est ce qui arriva surtout à Faust, cet usurier de Mayence, dont Goethe a fait un docteur cabalistique.
S'il est un homme auquel il faudrait élever des statues, parce qu'il a fait une belle découverte, non pas dans son intérêt privé, mais dans un but tout-à-fait philanthropique, dans l'intention d'être vraiment utile à ses semblables, c'est Franklin, l'inventeur du paratonnerre.
Le papier, de lin et de coton, était en usage dès le treizième ou quatorzième siècle, comme si tout devait concourir à assurer le succès de l'imprimerie. Le parchemin était devenu d'une cherté excessive , et le papyrus d'Egypte ne se trouvait pins dans le commerce depuis les conquêtes des Arabes au neuvième siècle. Les documents les plus anciens, écrits sur du papier de chiffon, sont de l'année 1309 et de 1313, et se conservent, dit-on, dans les archives d'Anspach (1).
La prise de Gonstantinople par Mahomet II en 1434, la destruction de l'empire de Byzance et la fondation de l'empire turc, eurent pour effet immédiat l'exil volontaire ou forcé d'un nombre considérable de Grecs qui, en se répandant dans les régions occidentales de l'Europe, apportèrent avec eux leurs trésors scientifiques et une multitude de manuscrits plus ou moins précieux. La prise de Gonstantinople a exercé une influence immense sur l'histoire des sciences et des lettres.
Il en est des périodes de l'histoire comme des années : il y en a de stériles comme il y en a de fertiles. Quel siècle est plus fécond en événements que le quinzième? Si l'on ajoute à la découverte de l'imprimerie, à l'invention des armes à feu, l'établis-
(I) Allgem. Gesc/iichte der Uleralur (Hisl. générale des lettres, etc.), par l,. Wacliler, t. h, p. 238.
DEUXIÈME ÉPOQUE. ol3
semçnl de l'empire lurc en Europe, la création du système postal, la destruction de la féodalité par la politique de Louis XI, et la découverte du nouveau monde, on aura une réunion d'événements uniques dans les annales de l'humanité.
Cette réunion d'événements composait le prélude d'une ère nouvelle.