‹ Histoire de la chimieChapitre 5 sur 36 · SECTION DEUXIEME · texte numérisé non relu

SECTION DEUXIEME

APERÇU GENERAL DU XVir SIECLE.

Le dix-septième siècle continue l'œuvre commencée au siècle précédent. Galilée, François Bacon, Descartes, Boyle, dirigent l'impulsion nouvelle donnée à la science. L'autorité traditionnelle perd déplus en plus son prestige; elle cesse d'être invoquée à mesure que l'expérience et la raison font valoir leurs droits. Il y abien encore çà et là, surtout dans la première moitié du dix-septième siècle , quelque sourde résistance opposée à cet esprit de liberté qui, avant de se répandre dans le domaine de la science, avait ébranlé l'autorité mal assise de l'autel et du trône. Mais, depuis la fondation des sociétés savantes, l'un des événements les plus considérables de la civilisation, les champions les plus décidés des doctrines du passé sentirent bientôt leur impuissance, et ne tardèrent pas à déposerles armes. Aussi, à partir de la seconde moitié du dix-septième siècle, la méthode expérimentale l'emporte presque sur toute la ligne , et ouvre au progrès un champ illimité.

La guerre de Trente ans qui désola l'Allemagne, les troubles civils de la Grande-Bretagne ,* les règnes agités de Louis Xni et de la minorité de Louis XIV, avaient retardé un moment le mouvement progressif de la science. Ce fut pendant ces agitations politiques et religieuses que quelquespenseurs d'élite, préférant le silence de la retraite au vain bruit du monde, eurent l'idée de s'associer pour divers objets d'étude,. et de se communia quer mutuellement leurs pensées et leurs découvertes. De ces noyaux d'associations sortirent les Académies des sciences de Paris et de Londres, dont la fondation avait été précédée en Italie par celle des Académies des Lyncei et del Cimento.

L'Allemagne, pays classique de l'érudition, était néanmoins restée en arrière de l'Italie, de la France et de l'Angleterre; car la fondation officielle de la Société impériale des Ctirievx de la

nature ne date que de l'année 1672 (1). Et les premiers travailx de cette Société sont loin de porter ce cachet de la méthode expérimentale qui distingue les travaux des sociétés savantes françaises, italiennes et anglaises. Cela s'explique peut-être par les tendances naturelles du génie germanique, tendances bien plus métaphysiques que celles des autres nations.

Méthode expérimentale* — François Bacon*

Le dogmatisme spéculatif a faft son temps. Désormais il faudra chercher la vérité, non plus dans les écrits d'Aristole , mais dans le livre de la nature. Les péripatéticiens devront céder la place aux philosophes e}ipérimentateurs.

Léonard de Vinci, Palissy, Galilée, commencèrent les premiers à secouer le joug de l'autorité scolastique, et pour atteindre leur but ils ne reculèrent devant aucun sacrifice , pas même devant celui de leur liberté. Léonard de Vinci , abreuvé de chagrins, vécut longtemps dans la misère ; Palissy eut à essuyer les railleries des docteurs scolastiques; Galilée fut condamné au silence (2).

François Bacon transporta dans la philosophie le principe de la révolution qui s'était , dans une autre sphère , opérée au seizième siècle; et de là il le fit passer dans les sciences. Le premier il érigea l'observation en système philosophique; il codifia pour ainsi dire la méthode expérimentale.

Mais, n'oublions pas de le rappeler, l'auteur du Novum Organon n'est aucunement le créateur de la méthode expérimentale. Bien d'autres avant lui en avaient déjà proclamé la nécessité (3). Rien de ce qui peut changer la face de la science ou de la société n'a été le fait d'un seul homme. La boussole , la poudre, à canon, la vapeur, ne sont qu'une application heureuse de faits préexistants, mais qui seraient restés stériles si le souf-

(1) Nous reviendrons plus bas sur riiisloire de ces sociétés au dix -septième siècle.

(2) Voyez, sur la Tîe et les travaux de Galilée, M. Libri, Histoire des sciences mathématiques en Italie, t. iv, p. 157-294.

(3) Le moine Roger Bacon, Albert le Grand et d'autres philosophes avaient déjà montré, au moyen âge, combien il était nécessaire, pour faire avancer la science, dMnterroger Fexpérience à Paide de la raison. Léonard de Vinci, 6. de Palissy, Galilée, tous avaient, avant le chancelier Bacon, fait usage de la méthode expérimentale.

fle du génie n'était pas venu les féconder. L'attraction exercée par Taimant, le mélange inflammable de soufre y de salpêtre et de charbon, Téolipyle, n'étaient, depuis des siècles, que de curieuses expériences de laboratoire; il fallut la réunion de cir* constances en apparence fortuites^ il fallut, pour parler ainsi, le dernier cmip de piston, pour les faire servira guider les vaisseaux, à lancer des projectiles, à mouvoir des machines. Les matériaux préexistent; ils n'attendant qu'un esprit capable de les coordonner, ou de les appliquer. *

Au nombre des esprits qui, brisant le joug de l'autorité scolastîque , se frayèrent une route nouvelle , il faut placer, en première ligne, Van-Helmont, Robert Boyle, Glauber et Kunckel.

Tan-Helmont (jean-baptiste}.

Van-Helmont est supérieur à Paracelse, qu'il avait pris pour modèle. Initié aux études classiques, familiarisé avec les sciences et les lettres, il a plus d'autorité que Paracelse lorsqu'il oppose l'observation aux théories des anciens. Partisan de récole des paracelsistes, il fait une guerre impitoyable aux médecins galénistes, qui dédaignaient la chimie. Mais s'il attaque et renverse des systèmes discutables, c'est pour élever sur leurs débris un édifice nouveau , c'est pour élargir le domaine de la science.

Van-Helmont eût le premier la gloire de démontrer scientifiquement l'existence de corps invisibles, impalpables, quoique matériels. Ces corps, jusqu'alors vaguement entrevus, reçurent de lui le nom qu'ils portent encore aujourd'hui , le nom de gaz.

Précurseur de la chimie pneumatique, il prépara la voie aux découvertes du dix-huitième siècle, en appelant le premier l'attention des observateurs sur l'étude des corps aériformès.

Van-Helmont naquit à Bruxelles en 1577, d'une des plus ancicnnes familles de l'Europe (celle des comtes de Mérode), dont il existe encore aujourd'hui une branche. Contrairement aux vœux de ses parents, il se livra de bonne heure à la carrière des sciences, ets'adonna avecardeuràl'étudedelamédecineetdelachimie. Doué de talents naturels et d'une persévérance à toute épreuve,

il s'acquit bientôt une grande renommée. L'empereur Rodolphe II et rélecteur de Cologne l'invitèrent à se rendre à leur cour ; mais, renonçantà tout ce qui peut flatter l'ambition d'un homme, il consacra sa vie à l'étude des phénomènes de la nature , et préféra son laboratoire de Yilvorde, près de Bruxelles, aux splendeurs de la cour. Il mourut le 30 décembre 1644.

Travaux 4e ITaB-Helmoiit*

Les écrits de Yan-^Helmont furent recueillis après sa mort, et publiés par son fils , François-Mercurius Van-Helmont , sous le titre de Ortus medicinx (i).

Il y règne^ comme dans les écrits de Paracelse^ ce 4on Jtcanchant qui dépasse quelquefois les bornes de la modestie; on y remarque aussi unp tendance à la philosophie surnaturelle^ exprimée dans un langage qui est loin d'être toujours clair. Itfais ces défauts sont rachetés par des découvertes et des observations d'une grande valeur, comme nous allons le montrer.

Commençons par constater que Van-Helmont proclama le premiçr la nécessité de l'emploi de la balance j instrument qui devait opérer une révolution complète dans la science.

GoK (2). — « Le charbon, dit-il, et en général les corps qui ne se résolvent pas immédiatement en eau , dégagent nécessairement {parleur combustion) de V esprit sylvestre. Soixante-deux livres de charbon de chêne donnent une livre de cendre. Les soixante et une livres qui restent ont servi à former l'esprit sjlvestre. Cet esprit, inconnu jusquHci, gui ne peut être contenu dans des vadsseaux ni être réduit en un corps visible, je rappelle d'un$iouveau nom, gaz. Il y a des corps qui renferment cet esprit, et qui s'y résolvent presque entièrement; il y est alors comme ûné ou so-

(1) Ortus medicinx, id est initia physica inaudita, progressus medicinx novus in morborum uttionem ad vitam longam, edenle ^uctoris fUio. Editio qnarta^ Lugduni, 1 vol. in-foL, I6S6. — C*«8t cette édition que nous avons sous les yeux. La première parut en t648, à Amsterdam (Etcevirs), in*4^:; la deuxième en 1651» à Venise; et la troisième en 1652. Il y a, en outre, trois éditions de Francfort, 1661, 1681 et 1707. — Les ouvrages de Van-Helmont furent traduits en français par le Ck>mte, en 1670, in-4*, en anglais (Londres, 1662, in-fol.), et en ^lemand (Sulztiach, 1683, in-fol.}.

(2) Le nom de gaz ou gas (orthographe employée par Van-Helmont) dérive, par corruption, de Gahst ( Geist ), qui signifie esprit. Suivant d^autres, il viendrait de Chaos, de Bios (souffle), ou de Gaescht (écume).

lidifié. On le fait sortir de cet état par le ferment , comme cela s'observe dans la fermentation du vin , du pain , de l'hydromel (1). »

Voilà bien ce que nous appelons aujourd'hui le^a^ acide carb(h nique. Et ce qu'il y a de plus surprenant, c'est que Van-Helmont annonce formellement que le gaz produit par la combustion du charbon est le même que celui qui se développe pendant la/ijrmeniaiion, qu'il définit «la mère de la transmutation, divisant les corps en atomeç excessivement petits ».

L'auteur savait que les raisins ne fermentent qu'au contact de l'air, et que le gaz qui se produit est le même que celui dont la présence rend les vins mousseux. Voici ce qu'il nous apprend à cet égard.

a Une grappe de raisin non endommagée se conserve et se dessèche ; mais, une fois que l'épiderme est déchiré , le raisin ne tarde pas à subir le mouvement de fermentation ; c'est là le commencement de sa métamorphose. Ainsi le moût de vin, le suc des pommes, des baies, du miel, et même des fleurs et des branches écrasées, éprouvent, sous l'influence dii ferment, comme un mouvement d'ébullition dû au dégagement du gaz. Les raisins secs sont beaucoup plus longtemps à donner du gaz, à cause du défaut de ferment. Ce gaz, étant comprimé avec beaucoup de force dans les tonneaux, rend les vins pétillants et mousseux (2). »

L'auteur a ensuite soin de montrer que ce gaz n'est pas du tout la même chose^ue l'esprit-de-vin. « Séduit par l'autorité d'écrivains ignorants, je croyais autrefois, dit-il, que ce gaz des raisins n'était autre chose que de l'esprit-de-vin^ »

(1) Orius med.y p. 66. Carbo et universaliter corpora quœcunque immédiate non abeunt in aquam, necessario éructant spiritum sylvestrem. Ex lxii librîs carbonis querni uha libra cineris conflalur. Ergo lxi librae residuœ sunt ille spiritus syWestris. Hune spiritum incognitum hactenus, novo nomine gds voco, qui nec vasis cogi, nec in corpus visibile reduci*potest. Corpora vero continent liunc spiritum et quandoque tota in ejusmodi spiritum abscedunt; — est spiritusconcretus et corporis more coagniatus, excitaturque acquisito fermento, ut in vino, pane, hydromele, etc.

(2) Ortus med., p. 66. Uva illaesa asservatur et siccatur. Sed semel pelle ejus disrupta et vulnerata, illa mox fermentum ebullitionis concipit, hincque transmutationis initium. — Yina ergo uvarum, pomorum, baccarum, mellis, itemque flores et frondes contusa, fermento arrepto, bullire ac fervere incipiunt, nnde gas ; e passis vero contusis, fermenti penuria stalim non datur gas. Gas si multa vi intra cados coerceatur, vina furiosa reddit.

Outre la combustion du charbon et la fermentalion, Van- Helmont admet quatre sources différentes du gaz sylvestre. Ces sources sont :

i'' L'action d'un acide sur des produits calcaires (carbonates), a Au moment où le vinaigre distillé dissout des pierres d'écrevisses, il se dégage, dit-il, de Tesprit sylvestre (1). »

On sait que, dans cette action, l'acide liquide prend la place de l'acide gazeux (acide carbonique).

2° Les cavernes, mines , celliers. — « Rien n'agit, dit-il, plus promptement sur nous que le gaz, comme le démontrent la grotte des Chiens et l'asphyxie par les charbons. Très-souvent il tue instantanément ceux qui travaillent dans les mines. On peut être asphyxié sur-le-champ dans les celliers où une liqueur fermentée (bière) laisse échapper son gaz (2). j>

Les démons ou esprits malfaisants , qu'on craignait tant au moyen âge, ont ainsi reçu leur explication :. c'est le gaz sylvestre de Van-Helmont qui tue Touvrier dans les mines où le vigneron dans ses celliers.

3*^ Les eaux minérales, — a Les eaux de Spa dégagent du gaz sylvestre ; il y a des bulles qui s'attachent aux parois du vaisseau qui en contient (3). »

4° Les intestins, pendant la putréfaction, — « Tout Yenl(flatus) qui se produit en nous par la digestion des aliments ou par les excréments est du gaz sylvestre (4). »

C'est ici le moment de faire voir que Van-Helmont connaissait déjà plusieurs espèces de gaz , et qu'il les divisait implicitement en inflammables et en non inflammables,

u Les gaz de l'estomac éteignent, dit-il, la flamme d'une bougie. Mais le gaz stercoral , qui se forme dans les gros intestins, et qui sort par l'anus, s'allume en traversant la flamme d'une bougie, et brûle avec une teinte irisée (5).

(1) De flatibus. — • Acetum stillatitium^ dum lapides cancrorum solvif, — eructatur spiritos S]flvestri8.

(2) Ortus med.y p. 68. Nec aliquid velocius in nos operatur quam gas, ut patet in crypta Canis, carbonibus suffocalis. — Confestim saepe pluries in'cuniculis mineralibus inleremti. Imo in cellariis, etc.

(3) De lithi'asi, ^ Spadanse (aquae) sylvestre gas excitant, etc.

(4) Ortus meâr, (De flatibus), p. 261. Omnis in nobis flatus est gas sylvestre, citer digestiones excitatum e cibis, potibus et excrementis.

(5) Ibid, Flatus originales in stomaclio exstinguunt flammam càndelœ. Stercoreusautem flatus qui in uUimis formatur intestinis atque per anum erumpit, trans-

En effets les expériences des physiologistes modernes mettent hors de doute que les gaz de l'estomac et des intestins grêles sont l'acide carbonique, l'azote, l'hydrogène protocarboné, etc., en un mot, ^des gaz non inflammables; tandis quç les gaz stercoraux sont l'hydrogène sulfuré, l'hydrogène, etc., c'esl-à-dire des gaz inflammables.

(( Le gaz qui se produit , continue Yan-Helmont, dans les intestins grêles n'est (comme celui de l'estomac) jamais inflammable , il est souvent inodore et acide.

(( Ainsi les gaz diffèrent entre eux selon la matière^ la forme, le lieu, le ferment, les propriétés. Ils sont aussi variables que les corps d'où ils proviennent. Les cadavres nagent sur Peau, à cause des gaz qui s'y produisent (1). »

On voit que Yan-Helmont admettait plusieurs espèces de gaz, mais sans en donner les caractères distinctifs.

Gaz sylvestre était .une expression générale, équivalant à gaz incoercible {sylvestris y sauvage). C'est Van-Helmont lui-môme qui nous explique cette étymologie, en même temps qu'il donne la véritable définition d'un gaz permanent (2).

Une question importante se présente ici : Van-Helmont savaitil recueillir les gaz et les étudier à part? Nous devons répondra négativement. Car il déclare lui-même que le gaz ne peut être emprisonné dans aucun vaisseau, et qu'il brise tous les obstacles pour aller se mélanger avec l'air ambiant (3).

Van-Helmont s'étonne avec raison que l'école galénîste n'ait pas indiqué la différence qui existe entre le « gaz venteux » {gas ven(osum)y c'est-à-dire l'air agité par une cause quelconque ( vent ) , et les gaz du charbon, de la fermentation , de l'estoniac^ des intestins, etc. (4). Ces gaz, il les appelait, indépendamment

missus per flammam candelae, trausvolando accenditur ac flammam diversicolorem, iridis instar exprimit.

(1) Ortus med. Qui vero in îleo sive îDtestinis gracilibus formatur, nunquam est înflammabiiis, sœpe inodorus, acutus. — Differunt itaque flatus Id nobis materia, forma, loco, fermento, proprietatibus. Nec minus flatus suas habent genericas atque specificas varietates, etc.

(2) Ibid, Gas sylvestre sive incoercibile, quod in corpus cogi non potest visibile.

(3) Ibid.j p. 68. Gas, vasis incoercibile, foras in aerem prorumpit, elc.

(4) De Hatihus, p. 259. Nescivit scliola galenica hactenus differentiam inter gas ventosum ( quod mère aer est, id est ventus per siderum hlas commotus), elc.

» TROISIÈlfE ÉPOQUE. 139

de la dénomination générale de gaz sylvestre , gas pingue, gas siccum, gas fuliginosum me endimieum; ils étaieilt (hydrogène bicarboné j hydrogène protocarboné , acide carbonique , oxyde de carbone^ etc.) produits par la dfstillation des huiles grasses , de certains fruits , et d'autres matières organiques.

Ijà flamme elle-même est, selon Fauteur, migaz incandescent ou une vapeur allumée (t). Cette observation était parfaitement exacte, mais elle manquait alors de démonstration.

Rappelons ici une expérience très-remarquable de Yan-Helmont , qui fut depuis répétée par tous les chimistes : a Placez une chandelle au fond d'une cuvette; versez dans cette cuvette de Teau de deux à trois doigts de haut; recouvrez la chandelle, dont un bout est hors de l'eau, d'une cloche de verre renversée. Vous verrez bientôt Teau, comme par une espèce de succion, s'élever dans la cloche et prendre la place de l's^ir diminué, et la flamme s'éteindre (videbis mox — aquam quadam succione sursum trahi et ascendere invitrum loco aeris diminuti, flammam suffocari) (2). »

La conclusion que l'auteur tire de cette expérience est qu'il peut se produire un vide dans la nature, mais que ce vide est immédiatement rempli par un corps matériel. Il ne dit pas si la flamme enlève à l'air un gaz ( oxygène ] , ni que ce gaz en soit l'aliment.

Au gaz sylvestre, résultat de la fermentation et de la combustioh du charbon, il faut ajouter le gaz du sel, comme l'appelle Van-Helmont. Ce gaz n'était autre que l'acide chlorhydrique. Il l'obtenait en mettant dans une cornue un mélange d'acide (eau-forte) et de sel marin ou de sel ammoniac. « Il se produit, dit l'auteur, même à froid, un gaz dont le dégagement fait briser le vaisseau (3). »

Que de vaisseaux brisés avant que l'on parvint à recueillir les fluides élastiques ! — L'auteur n'ignorait pas que les accidents d'explosion, qui arrivaient alors si fréquemment dans les laboratoi- ' res , étaient en grande partie dus aux corps en question. Et ici il a

(1) Atque imprimis iodubium est, quia flamma sit riimiis accensus, et qood fuinus sit corpus gas,

(2) Ort, med, ( Vacuum naiurœ), p. 84.

(3) Ibid., p. 68. Mox etiam in frigore gas excitatur et vas, utut forte, desilit cum fragore.

soin de nous apprendre que le gaz nous explique le mieux Taclion de la poudre à canon (1).

Van-Helmont démontra expérimentalement que le gaz trèsodorant (qu'il appelle également gaz sylvestre)^ produit par le soufre en combustion, éteint la flamme. Il connaissait aussi le gaz nitreux, et l'obtenait en traitant l'argent par Peau-forte {dum chrysulca argentum solvit, eruclatur spiritus sylvestris (2). Il avait même entrevu la production de l'oxygène ou du protoxyde d'azote par la combustion du nitre.

Si Van-Helmont n'a pas été assez heureux pour recueillir et étudier tous ces gaz isolément, personne ne saura lui conteste^

l'immense mérite d'en avoir le premier signalé l'existence.

Rien de plus curieux que de suivre pas à pas ce grand observateur dans tout ce qu'il dit relativement à la composition des gaz. Là aussi il essaie de procéder par la voie expérimentale, et il s'arrête tout d'abord sur la composition du gaz de charbon [gas earbonisy acide carbonique). Il soutient que, matériellement, ce gaz n'est autre chose que de l'eau {nonnisi mera aqua materiali' ter) ; à l'appui de cela, il nous apprend qu'en distillant du bois de chêne , il avait obtenu, à la place du gaz, un liquide incolore et limpide comme l'eau (3).

On voit que Terreur de Van-Helmont provenait de ce qu'il confondait la distillation avec la combustion. Et celte erreur était inévitable à une époque où l'oxygène n'élait pas encore découvert, et où Ton ignorait l'action permanente qu'exerce ce gaz sur tous les corps, soit pendant leur combustion, soit par leur exposition à l'air.

Aujourd'hui sommes-nous bien sûrs que nombre de conclusions que nous tirons de nos expériences ne soient pas entachées d'erreur, par cela même que nous sautons un ou plusieurs aBiieaux de la grande chaîne qui doit lier ensemble tous les faits de la science ? Trop préoccupés de ce qui est , nous perdons de vue ce qui sera. Dans son orgueil , l'homme crée des systèmes , pose des règles absolues, pense et agit comme si le monde devait finir avec lui. C'est là l'origine de presque toutes nos aberrations, — aberrations de myopes.

(1) Ortus medicinx, p. 67. Historiam enim gas exprimil proxime pulvis tormentarius.

(2) Ibid. [Dejlatihus), p. 424.

(3) Ibid., p. 68.

TAOISIÈME EPOQUE. 141

Voici une expérience de Van-Helmont, qui était destinée à prouver qu^ le gaz du charbon n'est autre chose que de Teau. Elle est intéressante au point de vue philosophique, car elle montre combien nous devons être prudents dans nos déductions.

Ayant fait voir que le bois donne ; par la distillation , un corps liquide et limpide comme de l'eau, l'auteur s'attache à démontrer que les plantes ne se nourrissent que d'eau. «Je mis, dit-il, dans un vase d'argile deux cents livres de terre (végétale) séchée au four, et j'y plantai une tige de saule pesant cinq livres. Au bout de cinq ans, le saule, ayant pris de l'accroissement, pesait cent soixante-neuf livres et environ trois onces. Le vase n'avait jamais été arrosé qu'avec de l'eau de pluie ou de^l'eau distillée, et toutes les fois qu'il était nécessaire. Le vase était large et enfoui dans la terre ; et, afin de le mettre à l'abri de la poussière , je le recouvris de lames de fer étamées, percées d'un grand nombre de trous.... Je n'ai point pesé les feuilles tombées pendant les quatre automnes précédents.... Enfin, je fis de nouveau dessécher la terre que renfermait le vase, et je lui trouvai le même poids que primitivement (deux cents livres) , moins deux onces environ. . Donc , Teau seule a suffi pour donner naissance à cent soixante-quatre livres de bois, d'écorce et de vdicine {Hbrœ ergo CLxiv ligni, corticum et radicum ex sola aqua surrexerunt) (d). >)

Voilà une expérience qui témoigne certes d'une rare sagacité. La balance y joue déjà un rôle capital, bien que eetinstrumenl soit encore fort éloigné du degré de précision qu'il devait atteindre par la suite. La conclusion de l'auteur entraînait la conviction de tous les savants de son époque : on n'y trouvait rien à objecter. Et, abstraction faile de la légère diminution de poids de la terre végétale que Van-Helmont aurait pu expliquer par l'absorption des sels qui se retrouvent dans les cendres, il aurait été en effet impossible d'y trouver rien à redire. Aucun contemporain nepouvait — ce qui nous est permis aujourd'hui — reprocher à Van-Hélmont d'avoir tiré de cette expérience une conclusion erronée, en négligeant l'action de l'air dans la végétation : un voile épais dérobait encore à la connaissance de l'homme l'oxygène , l'azote, l'acide carbonique de l'atmosphère, la respiration des plantes; c'étaient là des découvertes réservées à l'avenir. La conclusion de Van-Helmont, que nous venons de reproduire, est donc une

(1) Ortus med., p. G8.

idée anticipée el fausse, quoique en apparence vraie et fondée sur Texpérience. ^

Mais, nous aussi aujourd'hui, je le demande ; ne serions-nous pas exposés à tomber dans des erreurs tout aussi graves , qui pourraient être relevées un jour par nos descendants? Connaissons-nous bien tous les agents qui nous environnent , et qui exercent de près ou de loin leur action incessante sur tous les corps de la nature? Notre méthode expérimentale embrasse-t-elle toutes les conditions , tous les éléments nécessaires pour arriver à formuler des lois? Ces questions mériteraient d'être prises en très-sérieuse considération.

Éléments, — Il règne dans les écrits de Van-Helmont beaucoup d'incertitude au sujet des éléments de la nature. L'auteur semble tantôt admettre, avec les alchimistes, trois éléments, le sel, le soufre, et le mercure, mais avec des restrictions dont le sens n'est pas toujours bien saisissable (i) ; tantôt il partage l'avis de certains philosophes de l'antiquité , établissant trois éléments, Vair, VeaUj la t^rre; car le feu , ne se combinant pas^matériellement avec d'autres corps, n'est pas, selon l'auteur, un élément.

Nous venons de voir quel rôle important il attribue à Veau. Il compare encore Teau au sang qui circule dans les veines et vivifie le corps terrestre, et il explique la formation des montagnes par les soulèvements que l'eau produit dans le sein de la terre.

En opposition avec les théories de ses prédécesseurs, il démontre très-clairement que l'eau ne peut être transformée en air, ni l'air en eau. « Sans doute l'eau, dit-il, peut être réduite en vapeur ; mais ce n'est là que de la vapeur, c'est-à-dire de l'eau dont les atomes sont raréfiés, et qui se condensent aussitôt par l'action du froid pour reprendre leur état primitif (2). La vapeur d'eau qui existe dans l'air d'une manière invisible, et qui se résout dans certaines conditions en pluie , est celle qui se rapproche le plus de la nature des gaz (3). »

a Vair est, ajoute-t-il, un élément sec qui ne peut être liquéfié par le froid ni par la compression; l'air n'est donc point une

(1) Ortus med.y p. 65. Sunt sal, sulphur et mercurius, non qiiidem ut corpora quœdam universalia, qnœ cunctis fipeciebus suiit communia, sed partes sunt similares, in cnnclis corporibus, varietate triplici, pro seminum exigenlia distinctae.

(2) Ibïd., p. 64.

(3) Ibid., p. 75 et 77.

métamorphose de Teau , qui est l'élément humide. — La terre, le limon, tout corps tangible est, matériellement considéré, un produit de Feau, et se réduit en eau, soit naturellement, soit artificiellement (!}. »

C'était là ce qu'avait déjà enseigné Thaïes. Mais, sentant que le raisonnement seul ne suffit pas pour vider un combat scientifique^ Yan-Helmont en appelle à l'expérience, et il s'appuie sur des preuves géologiques du plus haut intérêt. « En creusant dans là terre, on rencontre , dit-il, des couches superposées d'un aspect varié ;ces couches sont les fruits de là terre, et proviennent d'une semence. Au-dessous de ces couches se trouvent les montagnes de silice, d'où découlent les premières richesses des mines. Audessous de ces roches, on rencontre le sable blanc et de Veau chaude. Lorsqu'on enlève une partie de ce sable et de cette eau, on voit aussitôt se combler le vide. Ce sable non mélangé est une espèce de crible à travers lequel les eaux filtrent , afin de conserver entre elles une communication réciproque depuis la surface de la terre jusqu'au centre {hoc sabulum impermixtum setaceum qnoddam vel cribrum est — per quod omnes aquœ transcolantur , ut invicem omnes communionem servent, — a superficie terrœ in centrum nsque). Et cette masse d'eau accumulée dans les entrailles de la terre est peut-être mille fois plus considérable que les eaux de toutes les mers et fleuves réunis qui se trouvent à la surface du sol (2). »

Ces paroles si remarquables, qui nous rappellent Bernard Palissy (3), ne devaient plus laisser aucun doute sur l'existence des puits artésiens.

Van-Helmont fait mieux que de croire à un déluge universel, il essaie de le démontrer. Les coquilles et les plantes fossiles sont pour lui autant de preuves d'un monde antédiluvien, englouti par les eaux. L'un des fondateurs de la paléontologie, l'auteur nous apprend qu'il conserve dans son musée la mâchoire d'un éléphant (mammouth), de plusieurs pieds de long, trouvée à Hingsen, sur l'Escaut, à douze pieds au-dessous du sol.

Thermomètre. — En réponse à un cerlain Heer qui lui repro-

(1) Ort, med.y p. 34. Omnis terra, lutiimac omne corpus tangibile vere et materialiter est solius aquae progenies, et io aquam iterum reducitor per naturam et artem.

(2) iMd.fP. 33 et 34.

(3) Voyez page 82 de ce volume.

chait d'avoir poursuivi la chimère du mouvement perpétuel, Van- Helmont déclare qu'il s'était en effet servi d'un instrument de sa propre invention, non pas pour chercher le mouvement perpétuel, mais pour constater que « l'eau, renfermée dans une lige creuse de verre terminée par une boule , monte ou descend, suivant la température du milieu ambiant (juxta temperamentum amhientis) (1). »

Cette idée, jetée en quelque sorte au vent, devait être un jour reprise et fécondée par d'autres. L'invention du thermomètre a été successivement attribuée à Bacon , à Fludd, à Drebbel, à Sanctorius, à Sarpi. Suivant M. Libri, l'honneur en revient à Galilée, qui déjà en 1603 aurait montré au père Castelll les effets d'un instrument analogue au thermomètre (2).

Il serait trop long d'exposer ici toutes les observations, d'ailleurs fort intéressantes, de l'auteur, relatives à la chimie tech^ nique, à la pharmacie et à la médecine. Il est aisé de se convaincre, parce qui précède, que, loin d'adopter aveuglément tout ce que disaient les anciens , Van-Helmont réfutait les doctrines qui lui semblaient erronées, et cherchait à enrichir la science de faits nouveaux.

Liqueur des cailloux. — Cette liqueur s'abtenait en faisant fondre . de la silice pilée avec un excès d'alcali, et exposant ensuite le produità l'humidité, où il ne tardait pas à tomber en déliquium. « En y versant, dit l'auteur, une quantité d'eau-forte suffisante pour saturer tout l'alcali [quœ saturando alcali sufficil), on remarque que toute la terre siliceuse se précipite au fond, sans avoir éprouvé d'altération ( immutata persista) (3). »

C'est la première fois que nous trouvons l'expression de saturer {saturare), employée pour désigner la combinaison d'un acide avec une base. Encore une idée, dont le développement était réservé à l'avenir.

Sels métalliques. — Dissolutions. — La dissolution d'un métal (cuivre, fer, argent) était regardée par la plupart des alchimistes comme la destruction même de ce corps. Van-Helmont combat cette opinion. « Bien que l'argent soit , dit-il , amené par l'eau-forte à prendre la forme de l'eau , il n'en est aucunement

(1) Orlus medicinœ^p. 3D.

(2) G. Libri, Histoire des sciences mathématiques en Italie, t. iv, p. 189, et note XVI.

(3) Ortus med.f p. 56.

altéré dans son essence; c'est ainsi que le sel commun que Ton dissout dans l'eau n'en reste pas moins ce qu'il est, et qu'on le retrouve intégralement dans le dissolvant. »

Urines. — Ledépôtsalinque donnent les urines parrévaporatfon s'appelait iartarus vrinœ, par opposition à celui qui se forme dans les tonneaux de vin , et qui était le tartarvs vini, Van-Helmont préparait, avec l'esprit d'urine (ammoniaque) et l'alcool absolu, une matière qui portait, d'après lui , le nom de offa Helmontiù II avait remarqué que certaines substances communiquent aux urines une 'odeur particulière, et que les molécules odorantes peuvent être transmises de la nourrice au nourrisson par l'intermédiaire des glandes lactées.

Van-Helmont introduisit d'utiles réformes dans lapharmacie. Il fit comprendre aux apothicaires l'inconvénient de ces bols, sirops , électuaires , etc., qui , sous une énorme niasse de matière inerte, ne renferment quelquefois que des traces du médicament réellement actif. Il accorda une grande confiance aux préparations antimoniales et mercurielles , ainsi qu'au vitriol de cuivre^ employé comme vomitif . Enfin, il eut le mérite de faire voir qu'il n'est nullement indifférent d'employer soit la décoction , soit l'infusion, ou la macération pour extraire des plantes les parties actives; que l'infusion est beaucoup plus chargée de principes volatiles et odorants que la décoction , etc.

Nous n'insisterons pas sur les idées, fort remarquables d'ailleurs, de l'auteur, sur les fonctions de l'économie à l'état sain comme à l'état de maladie : ce serait empiéter sur le domaine de l'histoire de la médecine. n

Uarchée (archeus) de Van-Helmont est un fluide matériel (awra corporalis) qui sommeille dans les corps, comme toute la plante dans la graine. Il imprime aux êtres vivants leurs caractères distinctifs , et crée ainsi le type de chaque espèce. Sous le nom de portier de l'estomac (/amïor .s/omacAï), il préside à la. nutrition , et fait en sorte que les aliments deviennent assimilables en se changeant en chyle (1).

L'esprit vital [spiritus vHalis), que l'auteur considère comme une espèce de gaz, est engendré dans l'oreillette et le ventricule gauches du cœur. Cet esprit est la cause de la respiration en attirant l'air extérieur, il détermine la pulsation desartères, lacontraction

(1) Ortus medicinx, p. 89.

niST. DE LA CniXIE. — T. If. 10

musculaire et la force nerveuse. Les gaz exercent sur lui une influence puissante, instantanée, parce qu'il tient lui-même de la nature des gaz.

Van-Helmontreconnaît, Tun des premiers, Texistence d'un acide particulier dans Testomac (suc gastrique). « Cet acide, dit-il, est aussi nécessaire à la digestion que la chaleur consr tante du corps ; dans le duodénum, l'acide de l'estomac rencontre la bile, qui agit comme un alcali; il se combine avec elle, à peu près comme le vinaigre très-fort avec le m\x\ium{nonsecu8fereat' que acetumacerrimumper minium), et perdent l'un et l'autre, par cette combinaison, leurs propriétés anciennes (1). » — L'acide de l'estomac, lorsqu'il s'accumule en trop grande abondance, peut, selon l'auteur, produire de nombreuses maladies. Le rhumatisme articulaire , la goutte, les palpitations de cœur, la gangrène, la gale, etc., ont pour cause un principe acide.

Ces idées chimiques attirèrent l'attention d'ungrand nombre de médecins, et en particulier du célèbre François Sylvius ( Dubois), le représentant de l'humorisme et du chimisme de son époque.

^ Robert Boyle.

Boyle est une des plus nobles figures de l'histoire. Grâce à une application mesurée de la méthode expérimentale , il a puissamment contribué aux progrès des sciences. Favorisé par la fortune et la naissance, il lui aurait été facile d'arriver aux fonctions les plus élevées dans l'État; mais son ambition se bornait, rare ambi-» tion ! à consacrer sa vie àl'étude des phénomènes de la nature et au soulagement des pauvres. Aux vanités do ce monde il préférait l'étude silencieuse de la nature, le cercle d'un petit nombre d'amis et la conscience de n'avoir employé ses facultés que pour faire le bien.

Robert Boyle, fils de Richard, comte de Cork etd'Orrery, naquit à Lismore en Irlande, le 25 janvier 1626, l'année même où mourut le chancelier Bacon. Ses parents, dévoués aux intérêts dynastiques de la branche des Stuarts, le destinèrent d'abord à l'Église. Mais

(1) Ort. med.y p. 209,

une constitution très-faible, accompagnée dlnfirmités, le fit renoncer à cette carrière, et interrompre momentanément ses études. En 1638, son père le fit voyager dans le Midi, sous la conduite d'un gouverneur. Le jeune Robert traversa la France, s'arrêta quelque temps à Genève, visita la Suisse et l'Italie. Les troubles qui avaient éclaté dans son pays lui firent prolonger son voyage jus* qu'en 1644. A la mort de son père, il se trouva à la tête d'une fortune considérable. Loin du théâtre sanglant de la politique, il se retira dans la terre de Stulbridge , pour se vouer tout entier à l'étude des sciences physiques. Ce fut pendant les dissensions du parlement avec la royauté , prélude d'un drame sanglant , que Boyle réunissait autour de lui quelques hommes d'élite, aimant comme lui la science ; ils s'assemblaient, dès l'année 1645, sous le nom ùt Collège philosophique^ tantôtà Londres, tantôt à Oxford, €e fut là le noyau de la Société royale d'Angleterre. Les membres de cette assemblée, les amis de Boyle, étaient Guillaume P|:tty, S. Ward, Th. WiLLTs, Glisson, Merret, J. Wil- KiNS, J. GoDDARD, G. Ent, S. FosTER, Th. Haak (du Palatinat), R. Bathurst, s. Hartlieb, Rooc, Math, et Christ. Wren, R. Ba- THURST, s. R. HooK, H. Oldenburg (de Brème), J. Beale, J. Eve- LEYN, lord Brounker, Brereton, h. Bail, Hill, Cronb, H. Slingsby, p. J*îeil, Th. Hanshan et Tim. Clarke, qui tous se sgnt distingués dans les sciences.

Après la chute de Cromwell et l'avènement de Charles II, cette société obtint la protection du roi, et fixa son siège à Londres. Bès lors elle ne devait plus être connue que sous le nom de Société royale de Londres,

Les instants que Boyle dérobait à l'étude de la nature étaient consacrés à des œuvres philanthropiques. L'établissement des missions, la propagation de la religion chrétienne dans les Indes, étaient l'objet de ses efforts constants.

Le nom de Boyle se répandit bientôt dans toute l'Europe , et sa modestie s'accrut avec sa célébrité. 11 refusa les honneurs de la pairie ; il refusa même le poste de président de la Société royale, que personne n'était plus digne que lui d'occuper. Homoré successivement de l'estime particulière de Charles II, de Jacques II et de Guillaume , il ne demanda jamais rien pour luimême, et n'employa son crédit qu'à solliciter des encouragements. Sa maison était également ouverte à ceux qui voulaient s'instruire, comme à ceux qui souffraient. Sa fortune était em-

ployée à faire construire des laboratoires, à fonder des bibliothèques, et à faire des heureux.

Cet homme, d'une vie sf pure et si belle, s'éteignit paisiblement à Londres le 30 décembre 1691 , à Page de soixante-cinq ans. Sa dépouille mortelle repose dans Téglise de Tabbaye de Westminster.

R. Boyle était d'une taille élevée; d'un visage pâleetmaigre, il portait l'empreinte d'un esprit sévère, réfléchi, calme et inaccessible aux tourments de l'ambition. Il était d'une sqbriété exemplaire, et réglait, dit-on, ses vêtements d'après les degrés du thermomètre, instrument alors nouveau. Ennemi de toute emphase, il parlait lentement et avec quelque hésitation, discutait peu, et proposait plus souvent des doutes que des solutions téméraires (1).

Travaux de R* Boyle.

Les ouvrages de ce grand homme, que Boerhaave appelle avec raison l'ornement de son siècle^ sont très-nombreux. Écrits en anglais, ils ont été recueillis par Birel , et publiés à Londres en 1744, cinq volumes in-fol. Avant cette édition , Shaw avait déjà donné un recueil des œuvres de Boyle, sous le titre de The philosophical works ofihe honorable /?. Boyle ^ ahridged^ methodized and disposed by P. Shaw (Londres, trois volumes. in-4°, 1738). — C'est cette édition que nous avons sous les yeux (2).

«Lequel des écrits de Boyle , s'écrie Boerhaave, puis-je louer? tous. Nous lui devons les secrets du feu , de l'air, de l'eau, des animaux, des végétaux, des fossiles; de sorte que de ses ouvrages peut être déduit le système entier des sciences physiques et naturelles. » -r- Boerhaave était, mieux que personne, à même d'apprécier l'importance des travaux de Boyle.

Dans l'analyse des œuvres de Boyle , nous n'insisterons que sur ce qui concerne plus spécialement la science dont nous

(1) Consultez sur la vie de R. Boyle l'édition anglaise des œuvres de Boyle (Londres, 1744 ), el le Dict. historique de Bayle.

(2) Les premiers écrits de Boyle ( Certain physiological essays written at distant times) furent imprimés à Londres, 1661, 1663 et 1669, in-4'^. — Ses ouvrages ont été traduits en latin et publiés dans difrérenis endroits, à Cologne, 3 vol in-4°, 1680 ;à Venise, 1695, in-4**; à Genève, 5 vol. in 4°, 1714. Plusieurs de ces ouvrages ont été publiés en français sous le titre de Recueil d* expériences ; Paris, 1679, in-8<».

essayons ici de tracer Thistoire. Il y a tant de charmes à s'identifier avec les pensées d'un esprit qui laisse si loin derrière lui cette tourbe de faux savants qui ne font de la science qu'un marchepied!

L'auteur débute par exposer, dans un Discours préliminaire , les vues larges et philosophiques qui doivent présider à la direction de la science. Il rompt en visière avec les traditions spéculatives du passé, et prépare à la chimie un bel avenir.

<( Les chimistes se sont laissé jusqu'ici guider, dit-il, par des principes étroits et sans aucune portée élevée. La préparation des médicaments^ l'extraction ou la transmutation des métaux , voilà leur terrain. Quant à moi , j'ai essayé de partir d'un tout autre point de vue : j'ai considéré la chimie, non pas comme le ferait un médecin ou un alchimiste , mais comme un philosophe doit le faire. J'ai tracé le plan d'une philosophie chimique que je serais heureux de voir complétée par mes expériences et mes observations.... Si les hommes avaient plus à cœur le progrès de la vraie science que leur propre réputation , il serait aisé de leur faire comprendre que le plus grand service qu'ils pourraient ' rendre au monde, ce serait de mettre tous leurs soins à faire des expériences, à recueillir des observations, sans chercher à établir aucune théorie avant d'avoir donné la solution de tous les phénomènes qui peuvent se présenter (1). »

Ce sont là de ces idées qui feraient honneur aux savants de tous les pays et de tous les temps.

Le vœu le plus ardent de Boyle, ainsi qu'il l'avoue lui-même , était de répandre et de populariser l'emploi de la méthode expérimentale, « de laquelle seule on peut attendre le plus grand avancement d'une science utile (2). »

Son discours préliminaire est un chef-d'œuvre de logique : il ne serait déplacé en tête d'aucun livre.

Comme Paracelse et Van-Helmont, Boyle reconnaît la nécessité d'en appeler à la chimie pour aborder la solution des plus grands problèmes de la médecine. « La connaissance , dit-il , de la nature des ferments et de la fermentation conduira probablement

(1) Preliminary Discourse , vol. i^ p. xyii et wiii.

(2) Fromwbich alone tlie greate«i advancement of useful knowledge is fo be «xpected. Yol.jy p. %n{Preliminarifdiscourse),

un jour à la solution de bien des phénomènes pathologiques inexplicables par d'autres voies (1). »

Cette idée, longtemps rejetée par les médecins, a été reprise de nos jours avec une vigueur extrême.

Théorie des éléments. — Les anciens chimistes s'étaient divisés en deux camps : les uns admettaient, avec les péripatéticiens^ quatre éléments; les autres, trois : le mercure , le soufre, le seL Presque tous les alchimistes partageaient cette dernière opinion.

Boyle éleva le premier, dans son traita remarquable The scep^ iical chymist , des doutes sérieux sur la théorie des péripatéticiens, ainsi que sur celle des alchimistes. D'abord il conteste la jature élémentaire de la lerre, de l'air, de l'eau et du feu ; il pense qu'il ne faut pas s'astreindre au nombre de trois, de quatre ou de cinq éléments, et qu'il arrivera peut-être un jour oti l'on en découvrira un nombre beaucoup plus considérable.

a II est, dit-il, très-possible que tel corps composé renferme seulement deux éléments particuliers ; tel autre , trois ; tel autre, quatre, etc.; de manière qu'il pourrait y avoir des substances qui se composeraient chacune d'un nombre différent d'éléments. Bien plus , tel composé pourrait avoir des éléments tout différents, d'après leur essence, de ceux d'un autre composé, comme il y a des mots qui ne renferment pas les mêmes lettres que d'autres mots (2). »

La prophétie de Boyle s'est accomplie ; on compte aujourd'hui plus de soixante corps simples, et il y aen effet bien des composés dont les éléments diffèrent de ceux de tel autre composé. Les anciennes théories, d'après lesquelles tout corps de la nature se compose de terre, d'air, d'eau, de fer ou de mercure, de soufre^ de sel , étaient rudement attaquées par Boyle , et complètement battues en brèche.

« Je voudrais bien , dit-il , savoir comment on parviendrait à décomposer l'or en soufre, en mercure et en sel; je m'engagerais à payer tous les frais de cette opération. J'avoue que , pour mon compte, je n'y ai jamais pu réussir (3). »

Il se plaint avec raison de cette obscurité systématique dont les alchimistes font en quelque sorte étalage dans leurs .écrits ; c'é-

(1) Usefulness of philosophy, dans le vol. i, p. 34.

(2) The scepiical chymist , 4ansle vol. m, p. 295.

(3) Ibid., p. 295. — Which escape unheeded at the junctures of the vessels employed in distillation.

TROISIÈME EPOQUE. J5i

tait pour eux un moyen de cacher le vide de leurs doctrines et de leurs procédés. Illeur reproche, en termes acerbes, d^'avoir pris des combinaisons métalliques , particulièrement celles de Teauforte avec l'argent ou le plomb, pour les substances élémentaires de ces métaux.

Outre les éléments visibles et palpables , ne pourrait-il pas y avoir, se demande Boyle, des éléments d'une nature plus subtile, invisibles , et qui s'échappent inaperçus à travers les jointures des vaisseaux distillatôires (i ) ?

Puis il dénniontre l'insuffisance des prétendues méthodes analytiques alors employées, et fait voir quelle immense différence il y a entre la distillation en vaisseaux clos, et la calcination des corps à l'air libre.

o II serait, dit-il, à souhaiter que les chimistes nous apprissent clairement quel genre de division par le feu doit déterminer le nombre des éléments ; car il n'est pas aussi aisé qu'on le pense d'apprécier exactement tous les effets de la chaleur. Ainsi, le gaïac, brûlé à feu nu, se réduit en cendres et en suie, tandis que , soumis à la distillation, il se résout en huile, en esprit, en vinaigre, en eau et en charbon (2). »

Xlette distinction est si importante qu'on pourrait l'assimiler à une véritable découverte. Les chimistes, qui tous avaient jusqu'alors confondu la calcination avec la distillation, étaient arrivés aux conclusions les plus étranges, témoin Van-Helmont (3).

Le feu seul ne peut point décomposer les corps en leurs éléments hypostatiques ; le feu arrange seulement les molécules dans un autre ordre, il donne naissance à des produits nouveaux qui, pour la plupart , sont de nature composée.

C'est là ridée dominante de Boyle. Aussi toutes les tentatives qui avaient été faites jusqu'alors pour déterminer la composition des corps, lui paraissent-elles illusoires. Il s'attache à prouver expérimentalement que les matières soumises à l'action du feu se décomposent de manière que leurs éléments se groupentdans un ordre tout différent de celui dans lequel ils se trouvaient auparavant. « Vous composez, dit-il, du savon avec de la graisse et de l'alcali, et pourtant ce savon , chauffé dans une cornue, fournit des produits nouveaux, également composés , qui ne ressembleiit ni à

(1) 2'he scept, chymist, p. 298.

(2) Ibid., p. 266.

(3) Voy. page 140 de ce volumo^

la graisse, ni à l'alcali employés ; il s'y trouve surtout une huile très-acide, fétide, et tout à fait impropre à faire du savon. Autre exemple : vous mêlez du sel ammoniac , en proportion convenable, avec de la chaux vive. Eh bien ! en chauffant ce mélange, vous obtenez un esprit très-volatil, d'une odeur fort pénétrante (ammoniaque ) , et tout à fait différent du sel ammoniac ; la partie fixe ( chlorure de calcium) ne ressemble plus en rien à la chaux; elle a de l'analogie avec le sel marin (1). »

Boyle est le premier qui ait nettement défini le mélange et la combinaison : dans un mélanige [mixture], lés principes qui y entrent conservent chacun leurs propriétés caractéristiques , et sont facilement séparés les uns des autres ; dans une combinaison {compoundmass), les parties constituantes perdent entièrement leurs propriétés primitives, et sont plus difficiles à séparer. Il cite comme exemple le sucre de Saturne, qui se compose de vinaigre et de litharge, éléments dont aucun n'est de saveur sucrée.

Air.

Boyle a fait un grand nombre d'expériences sur l'air, qu'il définit (( un fluide ténu, transparent, compressible, dilatable, enveloppant la surface de la terre jusqu'à une hauteur considérable , et se distinguant de l'éther, en ce qu'il réfracte les rayons du soleil. 0

Il pense que l'air, sur la nature duquel on est loin d'avoir dit le dernier mot, est une çnatière complexe, et qu'il se compose de trois espèces différentes de molécules : la première proviendrait des exhalaisons des eaux , des minéraux , des végétaux, des animaux existant^à la surface de la terre ; la seconde, beaucoup plus subtile , consisterait dans les effluves magnétiques émis par la terre, et produisant, par leur choc avec les atomes innombrables émanant des astres, la sensatfon delà lumière; enfin, la troisième espèce ne serait aujre chose que la portion essentiellement dilatable de l'air, compressible et élastique comme le ressort d'une montre.

L'auteur fait ensuite voir, par une série d'expériences très-curieuses , que cette dernière partie de l'air joue un rôle actif dans un grand nombre d'opérations chimiques. La plupart de ces expé-

(1) The sceptical chymist, dans le vol. m, p. 287.

riences consistaient à remplir une fiole de verre, au tiers ou au quart, d'un mélange de limaille de cuivre et d'une solution aqueuse ^'esprit d'urine (ammoniaque), et à bien fermer la fiole après y avoir ^préalablement introduit un petit baromètre (1). Le mélange se colorait en bleu céleste à mesure que l'air emprisonné dans J^ vaisseau diminuait de son élasticité, et faisait descendre la colonne de mercure (2) .

Les expériences faites par Boyle sur l'air démontrent scientifiquement ce que Ton n'avait jusqu'alors qu'entrevu théoriquement.

A la même époque où Otto de Guericke inventa la machine pneumatique, Boyle faisait des expériences sur le vide. Il avait chargé Hook de lui construire une machine pneumatique composée d'un ballon en verre (récipient) et d'une pompe à air, instrument plus propre aux expériences qu'il avait entreprises , et qui n'offrait pas l'inconvénient d'être toujours maintenu sous l'eau, comme l'exigeait la première machine pneumatique inventée par Guericke (3).

« Pour rendre, dit-il, nos expériences plus intelligibles, il faut d'al)ord admettre que l'air abonde en particules élastiques qui, étant comprimées par leur propre poids, tendent, sous cette compression, à se délivrer de cette force, ainsi que la laine, qui diminue de volume sous la pression de la main, mais qui tend sans cesse à reprendre ses dimensions, et qui les reprend, en effet, dès que la force comprimante a cessé d'agir. Lorsqu'on enlève l'air du récipient, ou que l'on en diminue l'élasticité, l'air extérieur s'appesantit sur la cloche de tout le poids de l'atmosphère , de telle sorte que l'on ne peut plus la soulever. » Pour démontrer l'élasticité de l'air, l'auteur fait une série d'expériences, bien merveilleuses alors, avec des vessies comprimées et liées (placées sous le récipient), qui se gonflent et finissent paç éclater à mesure que l'on retire l'air du récipient , parce que les particules de ce fluide renfermées dans leurs plis, n'étant plus comprimées par le poids de l'atmosphère , repren-

(1) Dans cette action, le cuivre s'oxyde, en absorbant Toxygène de Tair ; ^nie&areque l'oxyde formé se dissout dans l'ammoniaque, il se -produit une belle coloration bleue.

(2) Works o/Boyle^ vol. m, p. 19.

(3) Physico-mechanical experimenU to shew thespring and effects of ihe «Mans le vol. ii, p. 407. ( Works qf Boyle, edit. Shaw. )

nent toute leur force élastique, et tendent à occuper un espace plus étendu.

Nous nous dispensons de rapporter tous les détails dans lesquels il entre pour mettre hors de doute l'élasticité de l'air et la pression atmosphérique , au moyen du tube de Toricelli (1).

L'un des premiers, Boyle démontra, par de nombreuses expériences, que les corps en combustion (charbons ardents, chandelles , fer rouge , etc. ) ont besoin d*air et qu'ils s'éteignent dans le vide.

Vair peut-il être engendré artificiellement ?

A cette question Boyle répond par une expérience capitale, et qui peut être considérée, ei) quelque sorte, comme le point de départ de la chimie pneumatique. Nous avons fait connaître que Van-Helmont avait déjà entrevu l'existence des gaz , mais qu'il n'était point parvenu à les recueillir. Or, dans l'expérience suivante de Boyle, il ne s'agit de rien moins que de l'invention d'une méthode particulière pour recueillir les corps aériformes. Voici cette expérience :

« Un petit matras de verre, de la capacité de trois onces d'eau et pourvu d'un long col cylindrique , est rempli d'environ parties égales d'huile de vitriol et d'eau commune. Après y avoir jeté six petits clous de fer, nous fermons aussitôt l'ouverture du vase, parfaitement plein, avec un morceau de diapaïme, et nous , plongeons le col renversé dans un autre vase renversé, d'une plus grande capacité, et contenant le même mélange. Aussitôt nous voyons s'élever, dans le vase supérieur, des bulles aériformes qui , en se rassemblant , dépriment l'eau dont elles prennent la place. Bientôt toute l'eau du vase supérieur (renversé) est expulsée, et remplacée par un corps qui a tout l'aspect de l'air. Ce corps est produit par l'action du liquide dissolvant sur le fer (produc'd hy the action ofthe dissolving liquor upon the iron) (2).

Ce corps aériforme était, comme on le voit, le gaz hydrogène provenant de la décomposition de l'eau.

Ainsi, le premier gaz qui ait été recueilli, c'est Vhydrogène. Mais cela ne veut pas dire que Boyle ait le premier découvert ce gaz; car il était loin de s'imaginer que ce fût là un corps élémentaire,

(1) Vforks of Boyle,yo\. ii, p. 410-417.

(2) Ihid.f Physico-mechanic. experim., vol. ii, p. 432.

différent de l'air, en un mot, un élément de Teau. Ce qu'il lui importait de montrer par cette expérience ,. c'est la possibilité de la génération artificielle de Tair, ou tout au moins d'un corps élastique qui se dilate par la chaleur, se condense par le froid , et qui, en général, se comporte comme Tair commun. Mais c'était déjà une découverte considérable que d'avoir trouvé le moyen de dégager un corps gazeux et de le recueillir. Malheureusement cette découverte passa, comme tant d'autres, inaperçue.

Le procédé de Boyle nous suggère une réflexion curieuse : le vase (à large orifice), qui sert de cuve à eau, contient la même liqueur (eau et acide sulfurique) que le vase supérieur qui sert de récipient; et le col' allongé et étroit de ce dernier remplit l'office d'un tube recourbé pour le passage du gaz. Cette disposition rappelle le premier appareil distillatoire consistant dans un vaisseau unique, dont le fond représentait la cornue^ tandis que le couvercle ou l'orifice bouché de laine servait de récipient (1). Dans l'appareil de Boyle, comme dans celui de Pline, il manquait exactement le même élément, un tube intermédiaire ,^our faire communiquer,* dans le premier cas, le matras contenant le mélange .propre à dégager le gaz, avec l'éprouvette pleine de liquide renversée sur une cuve à eau , et , dans le dernier cas , pour faire communiquer la cornue avec le récipient.

C'est à la suite de cette expérience sur Tair engendré de novo , comme il l'appelle (air generated de novo), que Boyle rappelle une hypothèse qui, de nos jours, compte tout bas un grand ^ nombre de partisans. D'après cette hypothèse, la diversité des corps serait due à l'inégalité de forme , de grandeur, de structure, de mouvement des molécules élémentaires; un> ou deux éléments primitifs suffiraient pour expliquer toute la variété des corps de la nature. «Et pourquoi donc, s'écrie l'auteur, les molécules de l'eau ou de toute autre substance ne pourraient-elles pas, dans de certaines conditions, être groupées et agitées de manière à mériter le nom d'aer (2)? »

Boyle a fait considérablement avancer la physique par ses expériences sur l'évaporation de diverses liqueurs dans le vide de la machine pneumatique, sur la pression de l'atmosphère, sur la succion, sur l'impossibilité d'obtenir un vide parfait, sur le poids des

(1) Voy. plus haut, vol: i, p. 202.

(2) Works of Boyle, vol. ii, p. 432«

corps dans le vide, comparé au poids de ces mômes corps dans Tair, sur Télévation des liquides'dans un siphon, sur la capillarité, la"hauleur de l'atmosphère, l'ébuUition des liqueurs dans le vide, la congélation de Teau, sur les effets de la compression de l'air, la hauteur de la colonne des liquides ( contre-balançant la pression atmosphérique ) variant d'après leur densité , sur la construction du baromètre portatif, la propagation du son dans le vide, etc.

Ces recherches, répétées par d'autres savants, conduisirent aux généralités fondamentales de la physique.

Les physiciens s'occupaient alors beaucoup de la détermination de la densité de l'air. Suivant Riccioli , cité par Boyle, la densité de l'air comparativement à celle de l'eau/est comme 1 : 10,000; d'après Mersenne, ce rapport est comme 1 : 1356; d'après Galilée, comme 1 : 400; enfin, d'après Boyle, comme 1 : 853 ^ (1).

On remarquera que c'est Boyle qui se rapproche le plus de la vérité.

Expériences chymico-physiologiqties sur la respiration.

Après avoir discuté les opinions plus ou moins plausibles des médecins sur l'action respiratoire , Boyle adopte l'opinion de Drebbel et de quelques autres physiciens , qui soutenaient que la respiration a pour effet de purifier le sang, et de lui enlever, dans les poumons, une matière excrémentitielle.

Est-ce la totalité de l'air, ou une portion seulement, qui entrelient la respiration?

A cette question, Drebbel avait répondu que c'est une portion seulement de l'air. Boyle semble penser là-dessus comme Drebbel; mais il n'osait pas cependant se prononcer, parce que, comme il le dit lui-même , il n'avait pas réussi à isoler cette portion de l'air éminemment respirable.

Plusieurs centaines d'expériences, faites dans l'intervalle de 1668 à 1678, témoignent de l'importance que Boyle attachait, à la solution de cette question.

Il serait trop long de le suivre dans tous les détails de ses observations concernant les animaux de différentes classes (insectes, reptiles, oiseaux, mammifères), placés sous le récipient de la machine pneumatique. C'est ainsi qu'il cherche, entre autres, à démontrer que les poissons eux-mêmes ont besoin d'air pour

(i) Works of Boyle^ Piiysico-mechan. experim., vol. II, p. 515.

respirer, etqu*ils consomment l'air que l'eau renferme. La conservation des matières organiques dans le vide s'opposant à la fermentation ou à la putréfaction, faisait également partie des expériences de Boyle , exécutées au moyen de sa machine pneumatique perfectionnée. Il alla jusqu'à essayer de faire éclore des vers à soie, et de faire détonner de l'or fulminant dans le vide.

C'est à ces observations, aussi nombreuses que variées, enregistrées jour par jour, que Boyle avait donné le nom de physicomeehanical experiments.

L'origine de la rouille des métaux était une question souvent agitée par les chimistes du xvii® siècle.

« Le vert-de-gris (carbonate de cuivre) et la rouille de fer sont, dit Boyle, engendrés ][)ar des effluves corrosifs de l'air {corro^ sive efftuvia of the air). C'est l'étude de ces produits qui conduira un jour à faire connaître la composition de l'air (i). » Lfi prédiction de Boyle s'est réalisée.

A propos des expériences de l'auteur sur la combustion (chandelles emprisonnées sous des récipients), Shaw (l'éditeur des œuvres de Boyle) rappelle une expérience du célèbre physicien Hawkesbeé, qui remarqua que l'air ayant passé sur des métaux incandescents renfermés dans des tubes, est irrespirable, et éteint la flamme d'une bougie. Hawkesbee ne se doutait pas que cet air irrespirable et éteignant la flamme fût un gaz élémentaire, l'azote (2).

Boyle consacre plusieurs expériences à démontrer que l'esprit-de-vin n'existe pas tout formé dans le jus des raisins, mais qu'il est produit par la fermentation du moût, et que la fermentation elle-même ne peut point s'effectuer dans le vide.

L'auteur se borne à conclure de toutes cps expériences, à la fois si nombreuses et si remarquables, qu'il y a quelque substance vitale {some vital substance) , disséminée dans toute l'atmosphère, qui intervient dans les principaux phénomènes chimiques (IsTcombustion , la respiration , la fermentation). «Il est, ajoutet-il, surprenant qu'il y ait quelque chose dans l'air qui soit seul propre à entretenir la flamme, et qu'une fois cette matière congsommée , la flamme s'éteigne aussitôt; et pourtant l'air qui reste a fort peu perdu de son élasticité (3). »

(1) Memoirs for a gênera) history of the air, vol. m, p. 29.

(2) làid.,\o\. III, p. 63.

(3) Ibid.^ Tol. m, p. 82.

En lisant cette partie des travaux de Boyle, on s'attend à tout lïioment à le voir saisir cette substance vitale de Tair; maïs, — supplice de Tantale !— elle lui échappe sans cesse. Ce fut là le dernier prélude de la découverte de Toxygène.

Dans le traité qui a pour titre le Feu et la Flamme pesés dans une balance y Boyle était bien près de toucher du doigt la vérité. C'est dans ce traité que l'auteur entreprend une série d'expériences sur l'augmentation du poids des métaux (cuivre, plomb, étain) par la calcination. Obtenant à peu près les mêmes résultats en calcinant les métaux, soit dans des creusets ouverts, soit dans des creusets fermés, il arrive à établir que cette augmentation de poids est due à la fîxqtion des molécules du feu qui passent à travers les pores du creuset, — « Il faut, ajoutet-il , que ces molécules ignées soient en nombre considérable , pour être sensibles à la balance (i). » /

Distillation du bois.

C'est Boyle qui a le premier montré que le bois fournit, par la distillation, du vinaigre et de l'alcool, qu'il appelle esprit anonyme, esprit de bois inflammable ou esprit adiaphorétique {adior phorous spirit). Ayant obtenu ces deux liquides ensemble dans le récipient, il les séparait, en les soumettant aune nouvelle distillation, à une température ménagée avec soin , pour ne laisser passer que l'esprit inflammable. Mais, comme par ce procédé l'esprit de bois contenait toujours un peu de vinaigre, il traitait le mélange des deux liquides par la chaux : l'acide se fixait sur la chaux en la dissolvant, et l'esprit était rectifié et séparé seul par une dernière distillation.

a En chauffant fortement, continue l'auteur, cette chaux saturée par l'acide, on obtient (par la distillation) un esprit trèsrouge, d'une odeur très-pénétrante, d'une saveur excessivement piquante, et qui diffère entièrement de celle des autres liquides acides. C'est ce que quelques chimistes ont appelé teinture de corail.

« En poussant là distillation du bois aussi loin que possible yl on remarque que la liqueur qui passe dans le récipient n'est plus incolore, mais d'un assez beau jaune, d'une odeur très-forte,

(!) Pire and flame weigh'd in a balance, vol. ii, p. 388-40!.

TROISIEîlE EPOOUB. 159

d'une saveur plus acide que Tesprit de vinaigre, et qu'elle possède toutes les propriétés dissolvantes des acides. Ne sachant trop me rendre compte de son origine, je l'ai nommée acetum radicatum (1). ».

Boyle connaissait donc parfaitement les produits de la distillation du bois, particulièrement le vinaigre et Tesprit de bois , en même temps que les produits de la distillation de Tacide acétique combiné avec les bases (acétates).

Dans le traité ayant pour titre The atmosphères of consistent bodies, l'auteur s'attache à démontrer que non-seulement les \U guides, mais encore les corps solides, perdent de leur poids par des effluves, et par une émanation permanente des particules dont ils se composent (2).

On sait que tous les liquides , même le mercure , donnent des vapeurs à tous les degrés de température ; et que toutes les substances, môme les plus compactes, peuvent s'user à la longue.

Le mémoire Sur la porosité des corps renferme un passage fort intéressant relatif à la peinture sur verre (3).

Le procédé de peindre sur verre était tenu fort secret , même du temps de Boyle ; c'est ce qui fît accréditer le bi:^uit, généralement répandu, que ce procédé était perdu sans retour.

Boyle n'en fit pas un aussi grand mystère : « La méthode de peindre sur verre n'a été, dit-il ,' jusqu'ici connue que d'un petit nombre de personnes ; car les artistes craignent de divulguer leurs secrets. Quant à nous, nous ne craignons pas d'apprendre au public que cette méthode s'exécute en recouvrant les lames de verre 2i\QC des pigments minéraux, et en les exposant, pendant plusieurs heures, à un grand feu, mais pas assez fort pour faire fondre les lames. De cette manière , les pores du verre s'ouvrent y les pigments minéraux y pénètrent, et] s' identifiant avec la substance du verre y ils produisent des colorations diverses, »

11 s'assura aussi que le rouge est la seule couleur qui, sur les vitraux gothiques, ne pénètre pas la substance même du verre. On fragment de vitre qu'il s'était procuré, après l'incendie de l'église Saint-Paul à Londres, lui fournit le moyen de constater que a la couleur rouge formait une couche de pigment ou de

(1) The producibleness of chymical principles, vol. m, p. 386.

(2) Vol. I {Philosophical toorhs), p. 397-438.

(3) The porosity of bodies, vol. i, p. 456-459.

vernis, appliquée à la surface du verre, et qu'il élait aisé de Tenlô— ver en la raclant. »

Boyle éprouva donc une satisfaction extrême , lorsqu'un heureux hasard le mit sur la voie d'incorporer la couleur rouge avec la substance même du verre.

« J'eus un jour, raconte-t-il, occasion de chauffer un amalgame d'or dafis lîn petit matras de verre.... A la fin de l'opération , je remarquai que le fond de ce matras était, dans l'étendue d'un pouce, coloré d'un rouge magnifique; ce qui le faisait ressembler à un beau rubis (1). »

Boyle répéta et fit répéter celte expérience; et chaque fois il eut lieu de se convaincre que l'or et ses composés avaient la propriété de colorer le verre en rouge.

L'utilité du manganèse, et le rôle que ce corps joue danë la fabrication du verre coloré ou incolore, n'avaient point échappé à la sagacité de l'opérateur. Iln'ignorait pas qu'une forte proportion de cette substance rend le verre noir ( violet foncé ), qu'une portion moyenne le teint en rouge, et qu'une petite portion le rend clair et transparent. Enfin il s'empressa de porter à la connaissance de tous , que le cristal se fabrique avec des proportions convenables de silice, de potasse et de plomb (2).

Eectification de r alcool.

Pour concentrer (rectifier) l'esprit-de-vin , Boyle le distillait, sur du tartre calciné jusqu'au blanc (carbonate de potasse). Quelquefois il substituait au tartre calciné la chaux vive. « Il y a, ditil, dans l'emploi de ce procédé, double économie de temps et d'argent; car le même résidu, convenablement séché, peut servir plus d'une fois dans cette opération (3). »

Il savait aussi que tous les fruits sucrés ou amylacés sont, après avoir été soumis à la fermentation, susceptibles de fournir de l'alcool à la distillation.

Dorure du fer.

Les ouvrages de fer dorés des anciens ne sont pas du fer pur sur lequel on aurait immédiatement appliqué une couche d'or :

(1) The porosity oj toi d, dans le vol. i, p. 459.

(2) Usefulness of philosophy, vo'. i, p. 149.

(3) Ibid.f vol. I, p. 72.

entre le fer et l'or il y avait constamment un métal intermédiaire sur lequel Tor était fixé. Ce métal intermédiaire était, on le devine, le cuivre.

« On plonge, dit Boyle, le fer dans une dissolution chaude de sulfete de cuivre ; la mince couche de cuivre qui s'y dépose suffit pour appliquer dessus Tamalgame d'or (i). »

C'est donc là dorer sur cuivre , et non pas sur fer.

Poudre pour argenter sans le moyen du mercure.

Cette poudre, qui est encore de nos jours regardée, par quelques artisans, comme un secret, consistait en un mélange de parties égales de sel commun, de cristaux d'argent dissous dans l'eau-forte (nitrate d'argent), et de chaux ou tartre calciné (2). On frottait avec cette poudre le cuivre, ou le laiton préalablement décapé par un acide.

On aurait une bien fausse idée de l'état de la science du temps de Boyle et antérieurement à cette époque, si l'on s'imaginait qae tous les procédés de chimie ou de physique alors inventés fussent immédiatement livrés au public. Boyle avoue lui-même avoir acheté à un prix très-élevé des secrets colportés par des physiciens ambulants; souvent il en donnait en échange de beaucoup plus précieux. Il possédait heureusement une fortune assez considérable pour faire face aux expériences les plus dispendieuses et à tous ces achats de procédés, parmi lesquels il y avait sans dpute beaucoup de non-valeurs. Jamais richesse ne fut mieux employée. Cette fois du moins la Fortune ^ en distribuant ses biens , n*avait pas un bandeau sur les yeux.

Encre.

Dans ses expériences touchant l'action de quelques infusions ou décoctions de plantes sur des composés chimiques minéraux^ Boyle constata qu'une décoction d'écorce de chêne, de sumac, ^e roses rouges, ajoutée à du vitriol de fer, donne de l'encre.

(0 Uiefulness of phUosophy, p. 152.

(2) Tontes ces substances réagissent les unes sur les autres : le chlorure de so- ^0111(881 Gammau) produit, avec le nitrate d'argent, do chlorure d'argent, et ^M se décompose, par Taction de la chaux, en chlorure de calcium et en ar- 9tttqui, à l'état naissant, argenté le cuivre.

Page 1