‹ Histoire de la chimieChapitre 6 sur 36 · BIST. DE LA CBIMIB. — T. II · texte numérisé non relu

BIST. DE LA CBIMIB. — T. II

« Pourtant je n'affîrmerai pas, ajoute-t-il, que tous les végétaux aeides ou astringents puissent donner les mômes résultats (i). x>

En effet, tous les végétaux ne renferment pas de l'acide tannique qui, combiné avec l'oxyde de fer, produit Tencre.

Jln substituant au vitriol une lessive de potasse , ajoutée à une infusion de pétales de roses rouges, on obtient, selon Tauteur, un précipité de couleur sale et un liquide d'une belle couleur rouge. Dans un autre passage^ il remarque que cette couleur est encore plus belle , si Ton remplace la lessive de potasse par du minium et un peu d'acide sulfurique (2).

Tous les éléments de l'encre, telle qu'on la fabrique aujourd'hui , se trouvent résumés dans un procédé que Boyle indiquait à une dame quii lui avait demandé ce qu'il fallait faire pour ne pas se salir les doigts en écrivant.

a Une grande dame s'était plainte à moi de ce qu'elle né pouvait écrire sans se noircir les doigts. Je lui conseillai de préparer le papier dont elle se servait, en le frottant (à l'aide d'une patte de lièvre) avec une poudre composée de 3 parties de couperose, de 4 parties de noix de galle, et de 1 partie de gomme arabique; et d'écrire sur ce papier avec une plume trempée dans de l'eau claire (3). »

, Au nombre des moyens proposés pour effacer l'encre, figurent l'esprit d'urine et les sels acides retirés des végétaux.

On sait, en effet, que le sel acide d'oseille (bioxalate de potasse) possède la propriété d'effacer l'encre ordinaire.

Boyle avoue lui-même que l'emploi de ces matières est insuffisant pour faire disparaître sans retour toute trace d'écriture; et il ajoute qu'il connaissait un moyen qui remplirait parfaitement ce but, mais qu'il ne jugeait pas à propos de le divulguer, h cause du mauvais usage qu'on en pourrait faire.

Gravure sur métaux^ par le moyen d'un acide,

Boyle a décrit le procédé de graver sur métaux, tel qu'il est encore employé de nos jours. Ce procédé consistait à recouvrir la lame d'an métal ( cuivre, argent) d'une couche de vernis, à y tracer avec un stylet le dessin que l'on désirait, et à la laver avec

(1) Usefalness of philosophy, dans les Œuyres de Boyle, vol. i, p. 57. (2} Experiments upon colours,Ibid.yTol. ii, p. 78. (3) Usefalness of philosopliy, Ibid., vol. i, p. 114.

TROISIÈME ÉPOQUE. i63

de Peau-forte qui ne corrode le métal que dans les points mis à nu par le stylet (4).

Avant de donner la description de ce procédé, l'auteur décrit la préparation d'un alliage propre à recouvrir les glaces. Cet alliage se composait de 1 partie de plomb, de 1 partie d'étain, 2 parties de bismuth, et de 40 parties de mercure (2).

Acides minéraux, — Dissolvants.

* Boyle simplifia beaucoup les procédés de préparation des acides

minéraux. Ainsi, il préparait Veau-forte, « en distillant unmé-lange d'acide sulfurique et de salpêtre », et il obtenait Vesprit de sel, en soumettant à une forte chaleur un mélange de limaille de fer, de sel commun et d'eau (3). « Dans cette opération, dit-il, le récipient se remplit de vapeurs blanches abondantes, qui, étant condensées et mêlées avec de Teau-forte, dissolvent très-bien les feuillesd'or (4). »

L^eau régale, il la préparait en mêlant une partie d'esprit de sel avec deux parties d'esprit de nitre ( acide nitrique concentré) (5). .

Il n'ignorait pas que l'eau-forte très-concentrée n'attaque pas les métaux, et qu'il faut y ajouter de l'eau pour les dissoudre (6). Le nitre est un composé de potasse et d'eau-forte ; c'est ce que Boyle démontre , non point par l'analyse, mais par la synthèsa , en préparant du nitre par un moyen direct. Ce moyen consistait à traiter à chaud les cendres des végétaux par de l'eau-forle, et k faire cristalliser la liqueur parle refroidissement (7).

L'emploi de la voie humide et des dissolvants en chimie orgaittique remonte aux travaux de Boyle. C'est ainsi qu'il cherchait, pour nous servir de ses mots, à rendre l'opium plus actif j en le traitant par du tartre calciné ( carbonate de potasse ) et par de

(1) Usefulness of philosopliy, vol. i, p. 132. (2)Ibid., p. 129.

(3) On explique aujourd'liui le secret de cette réaction ; le fer oxydé aux dépens ^ Peau, qui se décompose, joue le rôle d'un acide qui se combine avec la soucie ) le chlore, s'emparant de Thydrogëne de l'eau, se dégage à Tétat d'acide chlorliy- ^Miue^ nommé autrefois esprit de sel. *

(4) Usefulness of philosopky, ?ol. i, p. 76.

(5) Usrfuiness of philosopliy, vol. i, p. 63.

(6) Ibid., p. 165.

(7) Ibid., p. 76.

Talcool (1). — C'est en effet la potasse qui, s'emparanl de Tacide méconique , met en liberté la morphine, la partie la plus active de Topium , laquelle est dissoute par Talcool. Boyle avait le premier obtenu la morphine^ sans le savoir.

Il proposa aussi différents moyiens internes, empruntés soit aux acides, soit aux alcalis, pour dissoudre chimiquement la pierre dans la vessie. Nous avons vu que déjà Vilruve avait songé à ces moyens (2). Boyle lit l'analyse de quelques calculs urinaires; il y découvrit le premier la présence de la chaux comme d'un de leurs principaux éléments constitutifs (3).

Il observa aussi le premier que le sel commun retarde le point de congélation et le point d'ébullition de Teau, et il montra que Teau se dilate en passant à Tétat solide (glace), au lieu de se coniracter (4).

Boyle avait Pexcellent esprit d'allier partout la physique à la chimie. « La physique, la mécanique, les mathématiques, la chimie, Tagriculture, la médecine, toutes ces sciences doivent, dit-il, se donner la main et se prêter un mutuel appui. » — C'est ce que les savants ont toujours eu de la peine à comprendre.

'c La chimie vulgaire, continue le maître, n'est que de la routine ; c'est une espèce de recueil d'expériences sans lien , sans orare philosophique , et qui ne repose sur aucun principe solide. Pour construire l'édifice de la science, nous avons besoin dç deux instruments, l'intelligence et l'expérience (5). »

Boyle revient souvent sur ces idées, marquées au coin du génie. Il appelle 'philosophie naturelle la pratique des sciences appliquées aux arts, à l'industrie, à l'agriculture, etc.

Continuant ses recherches , Boyle prouva expérimentalement que 'les sels jouent un grand rôle dans la végétation, que la terre végétale est très-riche en sels alcalins , et que c'est de cette condition que dépend la fertilité du sol. L'importance du carbonate d'ammoniaque, qu'il préparait en distillant les cendres de bois avec l'extrait d'urine, ne lui avait pas échappé dans la queslion de l'engrais.

La conservation des fruits, des viandes, en un mot, des matières •

^ tl) Usefulness of philosophy^ p. 74.

(2) Voy. plus haut, t. i, p. 185.

(3) Usefulness of pliilosophy, vo't. i, p. 34.

(4) Ibid., p. 144. ^

(5) Usefulness ofplillosopliy, vol. i, p. 74.

organiques faciles à se corrompre , avait été de tout temps un sujet d'étude, obscurci par de vaines théories (4). Boyle ne pouvait njanquer de s'en occuper utilement ; et , en effet, il arriva à ce principe fécond , que tout ce qui tend à détruire Tinfluence de l'air est le plus propre à conserver les matières organiques (2). P;our savoir ce que Boyle pensait de Talchimie, il faut lire ses traités The excellence and* grounds ofthe mechanical philosophy, et The origin of forms and qualities.

Nous savons déjàqu'il rejetaitla théorie, d'après laquelle le mercure, le soufre et le sel sont les éléments des métaux, sinon de tous les corps de la nature.

« Quel que soit , dit-il , le nombre des éléments , on démontrera peut-être un jour qu'ils consistent dans des corpuscules insaisissables, mais de forme et de grandeur déterminées , et que c'est de l'arrangement et de la combinaison de ces corpuscules que résulte une multitude de composés complexes. Si nous construisons, avec des briques de même dimension et de même couleur, des ponts , des routes , des maisons , uniquement par un changement de disposition de ces matériaux de même espèce, quelle variété bien plus grande de composés ne doit produire l'arrangement varié de ces corpuscules primitifs , que nous ne supposons pas tous d'égale forme comme les briques (3) ! »

Boylen'hésita pasà révoquer en doute la théorie d'aprèslaquelle Veau est un corps simple : il se fondait sur ce que, dansl'alimentation des végétaux, l'eau donne naissance à des produits divers. La synthèse, avons-nous dit , est beaucoup plus ancienne que l'analyse. Ce n'est pas en décomposant le cinabre, mais en for mant avec du soufre et du mercure un composé rouge , jouissant de toutes les propriétés du cinabre naturel , que les alchimistes ont constaté les éléments de ce corps. Il en a été de même de beaucoup d'autres substances.

En vertu de quelle loi ou de quelle force les molécules se groupent-elles dans tel ou tel ordre pour produire un composé?

Lé mot d'attraction ou d'affinité n'ayant pas encore été inventé, la réponse à cette question était alors très-difficile. Aussi ne faut-il pas s'étonner si l'auteur Taborde avec quelque hésitation.

(1) Voy. plus haut, t. i, p. 211.

(2) Usefulness of philosophy, yoI. i, p. 52.

(3) The excellence and grounds, etc., yoK i, p. 193.

i66 HISTOIRE DE LA CHIMIE.

c( Il y a, dit-il , une matière universelle , commune à tous les corps, en tant que substance étendue , divisible et impénétrable. Cette matière étant une d'après sa nature, la diversité des corps doit nécessairement provenir d'une autre cause; et comme dans la matière en repos il n'y a pas de changement, il faut nécessairement admettre un principe de mouvement et une tendance au mouvement. L'origine du mouvement 'dans la matière, ainsi que les lois d'après lesquelles il s'opère , et qui donnent au monde sa forme actuelle, dérivent de Dieu (1). »

Sans doute tout ce qui est vient de l'Être suprême, et y retourne. Mais la science ne ferait jamais de progrès, si, pour résoudre un problème difficile, il suffisait de prononcer le nom de Dieu. L'intelligence nous a été donnée pour en faire usage, en méditant sur les œuvres de la création et en interrogeant l'expérience. C'est plus que blasphémer le Créateur, que de laisser dans l'inaction tes facultés dont il nous a doués. Aussi le travail est-il la meilleure des prières. Orat qui /aôora^ est un adage fort ancien.

Boyle est loin de combattre la possibilité de la transmutation des métaux. Il semblerait même admettre que les métaux se composent d'une matière universelle, commune à tous les corps, et qu'ils ne diffèrent entre eux que par le poids, la forme , la' structure, etc. Cette proposition hardie, il essaie de la démontrer par l'expérience suivante : « Je fis, dit-il, avec l'huile rectifiée du beurre d'antimoine (acide chlorhydrique) et l'esprit de nitre, un menstrue irès-SiC\de {menstriiwn peracutum), propre à dissoudre les corpuscules de l'or; ensuite je fis fondre une certaine quantité d'or avec 3 ou 4 fois son poids de cuivre; cet alliage fut dissous dans de l'eau-forte, de manière que tout l'or se déposa sous forme de poudre. Celte poudre, ayant été fondue en un petit culot, fut traitée par une gran(Je quantité de menstruum peracutum, où elle se dissolvait lentement. Enfin, il resta au fond de la liqueur un dépôt considérable d'une poudre blanche , insoluble dans l'eau régale. Cette poudre, fondue avec du borax ou tout autre flux convenable, donna naissance à un métal malléable et blanc comme de l'argent ; enfin il fut établi , par sa dissolution dans l'eau-forte , que c'était de l'argent véritable (2). » Cette expérience, dont le résultat paraît fort surprenant au pre-

(1) The origin of forms, etc., vol. i, p. 197.

(2) rormsand qualities, vol. i, p. 260.

mier abord, s'explique très-bien quand on se rappelle que Tantimoine ( dont le chlorure est ici employé pour la préparation du menstruum peracutum) est, ainsi que Tor, presque constamment argentifère. Les alchimistes , fascinés par le prestige du merveilleux, n'admettaient pas cette explication ; l'expérience de Boyle ne servit, au contraire, qu*à faire reprendre de plus belle la recherche de la pierre philosophale.

Le chapitre sur les couleurs (experiments and observations npon colours ) contient des documents d'un grand intérêt pour l'histoire de la chimie (1). On y trouve , entre autres, pour la première fois , l'emploi du sirop de violet.tes proposé pour reconnaître si une substance est acide ou alcaline. « C'est là , dit rauteur,.un caractère constant; le sirop de violettes est rougi par les acides et verdi par les alcalis. »

Ce réactif devint depuis lors d'un usage universel.

Boyle s'assura, par de nombreuses expériences, que les «ucs colorés .des végétaux prennent des teintes diverses sous l'influence des acides et des alcalis. Il n'ignorait pas l'intervention de Tair dans un grand nombre de phénomènes de coloration* (( Beaucoup de couleurs, dit-il^ sont instables; elles changent, et prennent des nuances variées ; et cela provient de l'influence de l'air. »

Le chlorure d'argent noircit au contact de la lumière. Boyle attribuait ce phénomène à l'action de l'air.

L'action des acides et de certains sels métalliques sur les huiles essentielles avait particulièrement attiré son attention, [o. Une très-petite quantité d'huile essentielle d'anis concrète donne, dit-il, avec l'huile de vitriol une couleur rouge de sang. Le sucre de plomb ( sous-acétaie de plomb) communique à l'essence de térébenthine avec laquelle on Ta fait digérer, une teinte rouge. C'est probablement un bon remède (2). »

L'auteur termine le chapitre Sur les couleurs, par cette réflexion d'une touchante modestie : « Je n'essaie de bâtir aucune théorie sur les observations et les expériences que je viens de communiquer; je laisse ce soin aux observateurs à venir. »

Dans le remarquable travail où Boyle examine les causes mécaniques des précipités {the mechanical causes of précipitation)^

(1) Vol. II [Philosophical worhs), p. 1-105.

.(2) Experiments and observations upon colours, ?ol. ii, p. 78,

il fait un fréquent usage de la balance (i). Il attribue la formation des précipités à l'action prépondérante de la pesanteur en même temps qu'à la faiblesse du véhicule, impuissante maintenir le corps (qui se précipite) en dissolution.

Il remarque que le précipité pèse quelquefois plus que le corps

« dissous; que, par exemple, le précipité blanc, produit par le sel

marin dans une dissolution d'argent faite avec Teau-forte , pesait

plus que l'argent dissous. Il n'avait plus qu'un pas à faire pour

arriver à la théorie des équivalents.

Les anciens chimistes s'adressaient des questions que les cHimistes modernes dédaignent, bien à tort selon nous^ de soulever.

Pourquoi, se demandaient-ils , par exemple, l'eau-forte ne dissout-elle pas l'or, tandis qu'elle dissout l'argent?

« C'est parce que, répondit BoyJe, les pointes de l'acide ne pénètrent pas les pores de l'or, et qu'elles pénètrent très-bien les pores de l'argent. »

Cette explication, quelque insuffisante qu'elle soit, montre du moins un effort de bonne volonté. Aujourd'hui on ne se donne même pas la peine de se demander pourquoi tel ou tel corps est soluble dans tel acide, et insoluble dans tel autre. L'argent est soluble dans l'acide nitrique, l'or y est insoluble; et tout est dit. Il y a cependant là une inconnue à dégager.

Boyle consacra plusieurs mémoires à l'origine mécanique du froid et de la chaleur ( The mechanical origin of heat and cold (2) ; — Memoirsfor an expérimental history of cold (3).

Le froid et la chaleur, qu'il considère, avec les anciens physiciens, comme deux phénomènes antagonistes, dépendraient des propriétés mécaniques et physiques des molécules qui composent les corps. Il n'ignorait pas que le froid resserre, tandis que la chaleur dilate les corps, et que c'est là-dessus qu'est fondée la théorie des thermomètres.

Son travail Sur le froid et la chaleur renferme de nombreuses expériences concernant divers mélanges frigorifiques. Il démontre que beaucoup de sels, mais surtout le nitre et le. sel ammoniac , déterminent , étant dissous dans l'eau , un abaissement de

(1) Vol. 1 (Philosophical works),p. 515-625.

(2) Vol. I (Philosophical worhs), p. 550-572.

(3) Ibid., p. 573-730.

température sensible au thermomètre. L'habile expérimentateur faisait^ avec un mélange de sel commun et de neige, congeler de Turine, de la bière, des vins du Rhin, de France, des huiles, etc.; et il observait que Ton peut remplacer le sel par bien d'autres substances, telles que le nitre, l'alun, le sel ammoniac, le vitriol et môme le sucre.

Les moyens de produire une chaleur artificielle ne sont pas moins variés. La chaux vive, humectée d'eau, était une expérience connue depuis longtemps. Les alchimistes savaient que le tartre calciné, ainsi que Thuile de vitriol, produisent, au contact d'une petite quantité d'eau, une élévation de température assez considérable. Mais ce qui était moins ^connu, c'est qu'un mélange de limaille de fer et de soufre pulvérisé et humecté d'eau produit également de la chaleur. Le mercure est dans le même cas au moment où il s'amalgame avec l'or.

Bôyle se plaignait de ce que les thermomètres alors en usage ne fussent pas comparables : il leur manquait encore un point fixe propre à servir d'unité de mesure. 11 fut donc le premier à proposer comme point fixe le point dô congélation de l'eau. Il apporta ainsi d'importants perfectionnements au thermomètre, de même qu'il avait déjà perfectionné la machine pneumatique et le baromètre.

H y a certainement autant et peut-être plus de mérite à détruire une erreur qu'à découvrir une vérité.

C'est ainsi que Boyle , dans son mémoire Sur la salaison de la mer (1), mérita bien de la science, en montrant l'erreur d'Arislote , renouvelée par Scaliger, qui prétendait que la salaison de la mer était produite par l'action du soleil, et* que les eaux de mer n'étaient salées qu'à la surface. Au moyen d'un vaisseau à soupapes , construit par lui , Boyle se procura de l'eau de mer puisée à diverses profondeurs, et se mit ainsi en état de prouver qu'elle y est partout aussi salée qu'à la surface, et que sa densité spécifique est sensiblement la même.

« Il ne faut pas , dit-il , faire entrer ici en ligne de compte les courants et les sources d'eau douce qui se trouvent accidentellement dans la mer, surtout dans le voisinage des côtes. La salaison de la mer provient du sel que l'eau dissout partout

(1) Eiperîments and observations upon the saltness of the sea, vol. m, p. 214-

OÙ il se rencontre. Ce sel peut, depuis le commencement du monde, exister en masse considérable au fond des mers, ainsi qu'on en rencontre des couches puissantes au sein de la terre , où il contribue à la formation des fontaines où sources salées naturelles. Par la distillation, on trouve le sel en résidu dans la cornue ; l'eau qui a passé dans le récipient est douce et potable. Il serait à souhaiter que Ton fît des expériences multipliées pour s'assurer si les mers sont partout également salées. Il ne serait pas impossible que Ton trouvât , sous ce rapport , de nombreuses inégalités. »

Pour faire , à cet égard , des expériences précises , et pour déterminer la quantité «de sel commun qui domine dans les eaux de mer, Boyle proposa d'employer une dissolution d'argent dans l'eau-forte (nitrate d'argent) ; il précipitait ainsi tout le sel marin. Pour faire voir ensuite combien ce procédé est exact , il s'était assuré que cette dissolution d'argent produit un ntiage blanc très-marqué dans 3000 grains d'eau distillée tenant en dissolution un grain de sel commun sec.

«Il est probable, ajoute-t-il, que des chimistes habiles pourront trouver un procédé moins coûteux; mais il sera difficilement aussi net et aussi certain que celui que je propose (1). »

Dans son mémoire Sur le nitre (2), l'auteur avance que l'air pourrait bien jouer un rôle important dans la formation du nitre naturel. Mais, n'ayant pas fait à cet égard des expériences précises , il se tient dans une extrême réserve. Cependant il montra le premier que le nitre se compose de deux principes distincts : l'un est volatil , de nature acide , jaunissant la teinture rouge du bois de Brésil : « c'est, dit-il, une espèce de vinaigre minéral ; » l'autre est fixe et de nature alcaline, semblable à l'alcali obtenu par la lixiviation du tartre calciné.

Il reconstitua le nitre décomposé par l'action des charbons incandescents , en combinant le résidu avec de l'esprit de nitre. « La quantité qu'il faut employer pour recomposer le nitre est à peu près, dit-il, aussi considérable que celle que le sel a perdue par la combustion. » Il explique la chaleur qui se produit pendant

(1) Experiments and observations^ etc., vol. m, p. 228. — Suivant Halley, la salaison de la mer allait en- augmentant avec le temps, et rien n'était plus propre à calculer l'âge du monde que les analyses comparatives des eaux de mer, faites dans différents siècles. Philosoph. Transact., n° 344, p. 296.

(2) A fundamental experiment made with nitre, vol. i, p. 297'304«

TROISIÈBIB ÉPOQUE. 171

cette combinaison, parle mouvement des molécules, toute chaleur étant inséparable du mouvement.

Le travail de Boyle Sur les eaux minérales est de beaucoup supérieur à tout ce qui avait été fait jusqu'alors sur le même sujet (1). L'auteur trace d'abord des règles et indique les principes généraux , qui devraient guider tous ceux qui se livrent à l'étude des eaux minérales.

Il essaie ensuite d'introduire dans la science une méthode plus exacte pour analyser les différents sels dont ces eaux peuvent être chargées. Il proposa l'emploi de la teinture de noix de galle pour s'assurer si les eaux sont ferrugineuses; l'infusion dubois^de Brésil ou du papier réactif trempé dans cette infusion, le sirop de violettes , pour constater si les eaux sont acidulés ou alcalines; l'ammoniaque, pour reconnaître la présence du cuivre; la dissolution d'argent (nitrate), pour déceler des traces de sel commun.

« L'arsenic, dit-il, peut aussi se rencontrer dans les eaux minérales; ce qui n'est pas étonnant, car ce corps existe abondamment dans l'intérieur de la terre, d'où jaillissent ces eaux. Il est très-difficile d'en constater la présence ; il n'est que fai- - blement soluble dans l'eau. L'esprit d'urine (carbonate d'am-^ moniaque), et l'huile de tartre per deliquium (carbonate de potasse) , produisent dans la solution arsenicale un léger précipité blanc. »

Boyle montra le premier que l'arsenic blanc doit être rangé parmi les acides, bien qu'il ait une réaction très-faible. Il le classe parmi les poisons corrosifs (2). L'hydrogène sulfuré n'était pas encore mis en usage. Le meilleur moyen de reconnaître l'arsenic dans une liqueur « consiste , dit-il , à employer le sublimé corrosif, qui produit immédiatement un précipité blanc abondant D.

Lé premier aussi il a recommandé l'emploi du microscope pour découvrir dans les eaux minérales des matières organiques où des êtres vivants.

La détermination de la densité de ces eaux, sujet alors tout nouveau, fixa particulièrement son attention. Critiquant les résultats que les pharmaciens obtenaient, dans leurs laboratoires.

(1) Memoirs for a natural history of minerai waters, vol. m, p. 495-520.

(2) lhid,f vol. III, p. 509 et 510.

au moyen d'instruments grossiers et inexacts, il propose lui-même une méthode nouvelle pour déterminer la densilé des eaux minérales. Cette méthode consistait à prendre pour terme de comparaison Teau distillée pesée dans un matras à col cylindrique très-long et étroit (de l'épaisseur d'un tuyau de plume d'oie), à y introduire jusqu'à la tare marquée sur le col du matras et à peser les eaux dont on vept connaître la densité. Il n'y est pas tenu compte de l'action de la température.

Nous donnons en note quelques résultats obtenus à l'aide de cette méthode (1).

L'auteur en conclut que Ips eaux minérales sont plus pesantes que l'eau distillée, à cause des sels qu'elles contiennent.

La balance dont Boyle se servait était sans doute encore bien loin d'avoir la précision de nos balances actuelles. Cependant elle était exacte à un centigramme près, c'est-à-dire qu'elle était supérieure à toutes les balances employées jusqu'alors.

Les alchimistes s'étaient beaucoup occupés de la question du sang humain; mais personne avant Boyle ne l'avait abordée d'une façon vraiment scientifique.

Dans son Histoire naturelle du sang humain hors des vaisseaux (2), Boyle constata d'abord, à l'aide du thermomètre, que le sang se maintient constamment , en hiver comme en été , à une température supérieure a à la chaleur de la canicule ». — On sait que la température moyenne du sang est d'environ 38° du thermomètre centigrade.

«La densité spécifique du sang humain est, dit-il, beaucoup plus difficile à déterminer qu'on ne pourrait se l'imaginer; car

(i) Memoirs for a natural hisiory of minerai waters, vol. m, p. 501.

onces. drachmes. grains (l).

Eau distillée 3 4 41

— commune 3 4 43

— d'Acton 3 4 48 ^

— d*Epsom 3 4 51

— de Dulwich 3 4 54

— de Stretliam 3 4 55

— de Baraet 3 4 52

— de Norih-hall 3 4 50

Il faut se rappeler que le grain vaut cinq centigrammes le draciime, 4 grammes et l'once 32 grammes.

(2) Mem. for thenat, hist. of extravased humain blood, vol. m, p. 448-494.

elle peut varier sensiblement selon le sexe, Tâge, le tempérament ; et chez le môme individu elle peut varier, suivant le temps de Tannée, et même de la journée, selon le plus ou moins grand intervalle qui s'est écoulé entre le repas et la saignée, etc. Outre cela, il y a une difficulté mécanique inhérente àTexpérience elle-même : le sang commence à se coaguler si vite après sa sortie de la veine, qu'il n'est guère possible de le peser hydrostatiquement , soit en y plongeant un corps solide plus pesant, soit en mettant toute la masse du sang dans Teau; le premier moyen est rendu impraticable par la partie fibreuse, et le dernier par le sérum du sang. ))

Ces paroles font voir combien l'auteur mettait de précision dans ses expériences.

Il ne lui avait point[échappé non plus que le sang noir acquiert, à sa surface, une coloration rouge vermeil par le contact de Pair. — De là il aurait pu facilement arriver à la conclusion que Tair change , dans les poumons , le sang noir des veines en sang rouge des artères.

Boyle soupçonna, mais sans essayer de le démontrer, que le sang contient du sel marin;

Il fit aussi de nombreuses expériences sur la coagulation du sérum au moyen des acides, de l'alcool concentré, de la chaleur, etc., ainsi que sur la transfusion du sang, alors si souvent ordonnée par les médecins.

Boyle, associé à Wren , donna une forte impulsion à la toxi- . cologie; il fit des expériences sur des chiens, en injectant, par les veines crurales , des poisons et leurs antidotes (1).

Frappé de l'analogie que présentent certaines maladies avec les symptômes d'un empoisonnement, il mit en avant l'idée que ces maladies (choléra, peste, etc.) pourraient bien n'être quç le résultat d'un véritable empoisonnement produit par des molécules d'une substance toxique suspendue dans l'air (2).

Sobre de théorie^s, Boyle était toujours prêt à interroger luimême l'expérience. « Bien que ma condition me permette. Dieu merci , de faire exécuter les expériences par d'autres en ma présence, je ne me suis jamais refusé à disséquer moi-même

(1) The Usefulness of philosopliy, toI. i, p. 38.

(2) The air.coDsider'd witli regard to iieald and sickness, vol. iii^ p. 537.

des animaux y et à manier, dans mon laboratoire , le lut et le charbon (1). »

Personne n'était mieux que Boyle au courant du mouvement général des sciences en Europe. S'agissait-il quelque part d'une découverte inattendue, aussitôt il employait tous les moyens pour en connaître les détails , et pour en répandre la connaissance. C'est lui qui arracha à quelques chimistes ambulants les secrets du phosphore et du quinquina.

Ses mémoires Sur les phosphores naturels et les phosphores artificiels contiennent des documents précieux pour Phistoire de la chimie (2). Les observations de Boyle sur les phosphores naturels parmi lesquels il comprenait le ver luisant, le diamant, le bois, et les poissons pourris phosphorescents, datent de Tannée 1667, et sont par conséquent antérieures à la découverte de Brand. Il appelle artificiels 1" les phosphores qui ne luisent dans l'obscurité qu'après avoir été préalablement exposés au contact des rayons solaires; tels sont le phosphore de Baudouin ( nitrate de chaux calciné) et la pierre de Bologne (sulfure de baryum); 2<> le phosphore proprement dit {aerial noctiluca), luisant dans l'obscurité sans avoir besçin d'être préalablement exposé au soleil. En analysant plus loin les travaux de Kunckel, nous donnerons l'histoire détaillée de la découverte du phosphore. Nous ne ferons connaître ici que ce que raconte Boyle, qui passe, non sans quelque raison, pour avoir découvert le phosphore.

Rrafft , s'étant approprié le secret de Brand , passa en Angleterre, où il gagna beaucoup d'argent en montrant son phosphore comme une curiosité. « 11 montra (c'est Boyle qui parle) à Sa Majesté (Charles II) deux espèces de phosphores : l'un était solide, de l'aspect d'une gomme jaune; l'autre était liquide; celui-ci ne me paraissait être qu'une dissolution du premier.... Après avoir vu iiioi-même ce corps singulier, je me mis à songer par quel moyen on pourrait parvenir à le prépaparer artificiellement. M. Krafft ne me donna , en retour d'un secret que je lui avais appris, qu'une légère indication, en me disant que la principale matière de son phosphore était quelque chose qui appartenait au corps humain. »

(1) Usefulness, etc., vol. i, p. 8.

($)Natural phosphori, vol. m, p. 145*172. Artificial phosphori (aerial noctiluca), ibid., p. 173-213.

Enfin , après bien des tentatives inutiles , Boyle parvint à se procurer quelques petits morceaux de ce nouveau produit : ils étaient delà grosseur d'un pois, transparents, incolores; il leur donnait le nom de phosphore glacial {glacial noctiluca or phosphorus). Il en décrit parfaitement les propriétés^ indique le danger qu'il y a à le manier et la manière dont il se comporte avec les acides, avec les huiles essentielles, les alcalis, etc. En étudiant ces réactions diverses , il fut témoin d'un dégagement d'hydrogène phosphore spontanément inflammable à Tair (1). Avec le phosphore et les fleurs de soufre , il avait obtenu un mélange explosible par des chocs légers (2).

Le phosphore glacial noctiluca de Boyle avait été préparé en évaporant, jusqu'à consistance d'extrait, de l'urine humaine putréfiée y et en soumettant le résidu à la distillation avec trois fois son poids de sable blanc très-fin. Ces deux matières, intimement mélangées, étaient introduites dans une forte cornue, à laquelle était adapté un grand récipient en partie rempli d'eau. Après avoir soigneusement luté les jointures de l'appareil, l'auteur y appliquait graduellement un feu nu pendant cinq ou six heures, afin de chasser d'abord tout le phlegme (eau). Après cela ^ le feu était augmenté, et poussé, pendant cinq ou six heures, à un degré très-intense. Par ce moyen il se produisait des vapeurs blanches , abondantes , semblables à celles qui se forment pendant la distillation de l'huile de vitriol ; enfin , au moment du maximum de la chaleur, il passait dans le récipient une substance assez dense, qui se rassemblait, sous forme solide, au fond du récipient.

Voilà comment Boyle rend compte du procédé qu'il avait employé pour préparer le phosphore. Gomme il est le premier qui ait fait connaître publiquement la préparation de ce corps, à l'aide d'un procédé que personne ne lui avait appris, on pourrait , avec quelque justice, réclamer pour lui l'honneur de ]a découverte du phosphore.

La substance qu'il appelle phosphore aérien était un gaz inflammable. Il l'obtenait en traitant l'esprit-de-vin rectifié par de l'esprit de nitre : « Il se produit, dit-il, un air qui s'enflamme à l'approche d'une bougie, et continue à brûler de lui-même jus«

(1) Artifidal phosphori, yoI. m, p. 200, (3) Ibp., 203.

qu'à ce que reffervescence du liquide vienne à cesser (1). » Nous terminerons cette analyse par les deux tables de Boyle , dont Tune indique la fusion de la glace dans différents liquides, l'autre, la densité spécifique d'un assez grand nombre de corps. On remarquera qu'ici l'auteur ne s'est pas beaucoup éloigné des résultats auxquels on est arrivé aujourd'hui.

De l'eau congelée dans des tubes de verre de même longueur et de même épaisseur fut mise dans différentes liqueurs, la température étant la même (température ordinaire). Une pendule à secondes indiqua exactement le temps qui s'écoulait entre le. moment d'immersion et la fusion complète de la glace dans chacun de ces liquides. Voici les résultats de ces expériences, alors aussi neuves qu'intéressantes (2) :

Table des densités spécifiques , l'eau étant prise pour

unité (3).

Or pur 19,640

Mercure..» 14,000

Plomb 11,325

Argent fin Il ,091

Bismuth 9^700

Cuivre 9,000

Acier doux 7,738

Acier dur «. 7,704

Fer 7,645

Étain 7,320

Soufre :. 1 ,800

Cristal de roclie 2,650

Sel gemme 2,143

Nitre 1,900

Borax 1,714

Huile de TÎtriol 1 ,700

Esprit de nitre 1,315

Miel 1,450

Gomme arabique 1,375

Sérum de sang humain. . . . 1,190

Esprit de sel 1,130

Esprit d*urine 1,120

Sang humain 1,040

Lait 1,030

Urine 1,030

Camphre.. 0,996

Huile d^olive. 0,913

Essence de térébenthine. . . 0,874

Esprit-de-Tîn rectifié 0,866

Cendres desséchées 0,800

Liège 0,240

Air 0,001 1/4

(1) Ari;ificial phosphori, p. 210.

(2) Ëxperiments upon cold, Toi. i, p. 638.

secondes.

Tair fut fondue dans Tespace d» 64

Tessence de térébenthine. — — 44

La glace 1 l*eau-forte — — 12 1/4

plongée dans ) Peau commune — — 12

i'esprit-de-vin — — 12

, l'huile de vitriol — — 5

(3) The Hydrostatical balance, vol. 11, 345. — L'auteur ne dit pas si c'était de Teau distillée, ni à quelle température il l'avait prise pour unité dans la détermination des densités spécifiques.

C'est la première table de densités qui ait été dressée depuis l'établissement de la science moderne.

Ce fut probablement pendant ses recherches sur le phosphore, que Boyle découvrit la liqueur qui porte son nom; il Tavait obtenue en soumettant à la distillation un mélange intime de soufre , de chaux vive et de sel ammoniac pulvérisés. « On chauffe, dit-il, d'abord lentement sur un bain de sable; puis, la chaleur étant devenue plus intense, il passe dans le récipient une teinture volatile de soufre ( a volatile tinciure of sulphur ) qui pourrait devenir un remède utile en médecine. La liqueur distillée est d'une couleur rougeâtre, et répand, à l'air, d'abondantes vapeurs blanches, trfes-nuisibles (1). » — C'était là ce qu'il appelait teinture volatile de soufre. Il n'ignorait pas qu'elle précipite en noir les dissolutions de plomb et d'argent.

Gomme homme et comme savant, /Boyle est un des plus beaux modèles que nous présente l'histoire. Et pourtant , malgré les immenses services qu'il a rendus à la science et au progrès , sa mémoire est aujourd'hui à peu près oubliée. Les chimistes et les physiciens eux-mêmes, qui lui doivent tant, ne connaissaient guère son nom que par celui de liqueur fumante de Boyle (suifhydrate d'ammoniaque).

Un peu plus de justice et un peu moins de dédain ! Ne craignezvous pas, malheureux! — c'est aux chimistes et aux physiciens de nos jours queje m'adresse, — ne craignez-vous pas que, dans deux siècles d.'ici, vos descendants ne vous traitent comme vous avez traité vos devanciers? Vous prétendez à la gloire de revivre dans la postérité ! Quelle illusion ! Tout se liquide ou s'expie.

Boberi FliCFDD ( Bobertas de Fluclibus],

Né à Milgat, dans le comté de Kent, en iolA, mort en 1637, R. Fludd fut un des savants les plus singuliers de son temps. Tout en se montrant partisan outré des doctrines de la kabbale, dont il avait sondé les mystères, il aimait les sciences exactes et faisait preuve d'un rare esprit d'observation. Nul n'avait des connaissances plus variées : il était à la fois philosophe,

(1) Experiments and observations upon colour^, vol. ii, p. 78 (exper 34).

Hiax. DE LA CHIMIE. — T. II; 12.

médecia, anatomiste, physicien, chimiste, mathématicien et mécanicien. Il avait construit des machines qui faisaient Tadmiration de ses contemporains. Il était renommé -dans toute l'Europe comme astrologue, nécromancien et chiromancien. Gassendi était son adversaire en philosophie.

Ceux qui cherchent à allier les sciences occultes avec les sciences positives doivent prendre pour modèle Robert Fludd. Ses écrits, qui ne sont p?is très-communs, semblent avoir été conçus sur le plan de cette alliance.

Si Robert Fludd n'avait été qu'un philosophe mystique, planant dans les régions abstraites de la pensée, nous Taurions passé sous silence; mais ce fut en même temps un investigateur sagace qui , à l'aide de l'expérience , est arrivé à établir des principes propres à exercer une grande influence sur la marche des sciences physiques.

La méthode expérimentale employée par l'auteur nous rappellcj'par sa rigueur mathématique, les principes de la philosophie naturelle de Newton. Celui qui découvrit les lois de la gravitation universelle et qui commenta TApocalypse, Newton, avaitil pris Fludd pour modèle ?l^our éclaircir cette question, nous allons citer un exemple de la façon de procéder de FJudd.^

Le troisième livre (Tr. ii, part, vu) De l'histoire métaphysique ^ physique et technique du macrocosme et du microcosme commence ainsi (1) :

Proposition i.

Vair, étant un corps matériel, ne cède à aucun autre corps: l'espace qu'il occupe , si ce n'est à la condition d'être lui-même déplacé en partie ou en totalité.

Démonstration.

En renversant un verre rempli d'air sur une cuve d'eau, on remarque que, l'eau ne monte dans le verre qu'autant qu'on en retire l'air qui s'y trouve.

(1) Utriusque Cosmi majoris scilicetet minoris metapbysica, physica atque technica historia, in duo volumina secundum Cosmi differentiam divisa, auttiore Roberlo FUidd, alias de Fhiclibiis, armigero, el in medicina doctore Oxoniensi ; Oppenheim, 1677, in-fol.

troisième époque. 179

Proposition ii.

Si Pair emprisonné dans un vase vient à ^ être évacué ou consumé, un autre corps en prendra nécessairement la place , afin quHl ne se fasse pas de vide {ne admittatur vacuum),

La démonstration dont se sert ici Tauteur est l'expérience de Van-Helmont (l) (une chandelle brûlant sous une cloche renversée sur l'eau ).

L'auteur tire de cette expérience la conclusion très-légitime, que l'air nourrit lefeUy et qu'en lui donnant cet aliment il diminue de volume.

Proposition m.

La surface de l'eau est en contact immédiat avec l'air; iln*y a aucun intervalle entre ces deux éléments.

Démonstration.

Quand on plonge le bout d'un tube dans l'eau, et que Ton aspire par l'autre bout l'air qui s'y trouve, on voit aussitôt l'eau suivre Tair en s'élevant dans le tube.

Proposition iv.

Leau raréfiée (réduite en vapeur) occupe un plus grand espace; si cet espace ne lui est pas accordé , l'eau brise le vase qui la conrtient

Démonstration.

Lorsqu'on remplit un vase à moitié d'eau , et qu^on le met sur le feu , on remarque que l'eau en vapeur sort avec bruit par l'orifice étroit qu'on y a pratiqué. En bouchant cet orifice , le vase est brisé en éclats par la vapeur dWu, qui tend à occuper ^n espace plus grand.

Cette méthode est identique avec celle qu'a suivie Newton dans ^^%'Principia naturalis philosopfUœ.

/il) Voy. page 139 de ce Tolume.

180 HISTOmB DE LA CHIMIE.

Dans un autre passage (i), Robert Fludd explique des phénomènes météorologiques, tels que le vent, le tonnerre, Téclair, etc., par des expériences de laboratoire très-curieuses.

Après avoir fait connaître les opinions des anciens sur la cause des vents , il arrive à exposer la sienne de la manière suivante : « Guidé par l'observation directe des choses, nous attribuons aux vents une double origine : les uns proviennent de Tair emprisonné dans le sein de la terre , et qui cherche violemment une issue; les autres sont Teffet de Peau réduite en vapeur par Taction du feu central {vi ignis centralis). »

A cette occasion Taùteur rapporte une série d'expériences sur la force élastique de Tair ou de la vapeur d'eau chauffée dans des vases qui ée brisent avec fracas quand ils sont hermétiquement clos; lorsque ces vases présentent, au contraire, une petite ouverture, la vapeur ou Tair en sort en sifflant, comme un vent impétueux. Partant de ce fait, R. Fludd imagina des espèces de machines acoustiques , dans lesquelles des instruments à vent ou des tuyaux d'orgue étaient mis en jeu par la force de la vapeur. Ce fut, si je ne me trompe, la première fois que la vapeur reçut une application sérieuse.

Lorsqu'on projette du soufre en poudre sur du nitre en fusion, il se produit une explosion plus ou moins violente, accompagnée d^me lumière soudaine. Par cette expérience l'auteur expliquait lé phénomène de l'éclair et du tonnerre. La poudre à canon produit en petit, ajoute-t-ii , ce que ce phénomène fait en grand dans la nature.

C'est à ce propos que R. Fludd donne la composition de deux produits inflammables au contact de l'eau d'un consiste en un mélange de parties égales de nitre , de soufre et de chaux vive, que l'on introduit dans un oeuf vide, dont on bouche ensuite les orifices avec de la cire : cet œuf, -jeté dans l'eau, procure le spectacle d'un petit feu d'artifice flottant (2). L'autre produit, représentant une pierre qui s'enflamme aussitôt que l'on y crache, se compose d'un mélange de quatre parties de calamine [calamitha), d'une partie d'asphalte, d'une partie de nitré, de deux parties de vernis liquide {vernicis liquidœ)y et-d'une partie de soufre (3).

(i) Utriiisque Cosmi Historia, Tract, i, lib. yii, c. 5. (2) Ibid., c. 6.

(3)Ibid., c. 7:

TROlSlillE EPOQUE. 18i

Contrairement à l'esprit de la majorité des hommes de science , R. Fludd essaya, par la méthode expérimentale , de rattacher les phénomènes du monde physique à ceux du monde surnaturel. De là une étrange confusion de la psychologie avec la physique, de Thistoire naturelle avec la philosophie spiritualiste. Voici comment il raisonne :

c( L'âme qui anime le- corps tend à s'élever, ainW que la flamme , vers les hautes régions de l'air. C'est là son instinct et son bonheur. Or, comment se fait-il que nous éprouvions une si grande fatigue, lorsque nous gravissons une montagne? Ne suivons-nous pas la route qui plaît à l'âme ? — C'est que le corps matériel , dont l'essence est de tendre , tout au rebours de l'âme, vers le centre de la terre, l'emporte de beaucoup, par sa masse , sur l'étincelle qui nous anime. 11 faut que l'âme réunisse toutes ses forces, pour élever avec elle et faire obéir à son impulsion la lourde masse du corps qui l'enchaîne (J). »

L'auteur ne s'en tient pas à ce simple raisonnement; il a recours à l'expérience si connue d'une bougie allumée sous une cloche renversée sur une cuve d'eau; l'eau monte dans la cloche par l'action de la flamme, qui finit par s'éteindre.:

La chimie doit, selon R. Fludd, être fondée tout à la fois sur l'expérience et sur la kabbale.

« Le vrai alchimiste , dit l'auteur, imite la nature. En commençant son œuvre, il réduit d'abord la matière en parcelles, il la broie et la pulvérise; — c'est la fonction des dents. La matière ainsi divisée, il l'introduit par un tuyau dans la cornue; — ce tuyau représente l'œsophage; la cornue, l'estomac. Ensuite il mouille la matière avant de la soumettre à l'action de la chaleur; — comme la salive et le suc gastrique humectent les aliments ingérés dans l'estomac. Enfin , il ferme exactement l'appareil , et l'entoure d'une «haleur humide , égale et modérée, en le plaçant dans un bain-marie et dans du fumier de cheval; — c'est ainsi que Testomac est naturellement entouré par le foie, la rate, les intestins, qui le maintiennent à une température égale. L'opération de l'alchimiste est assimilée à la digestion : les parties élaborées (chyle) sont mises à part et servent à alimenter le grand œuvre, tandis que les matières

(l) De supernatnrali, naturali, praet^rnaturali et contranaturali microcosmi Historia. tom. n ; Oppenheim, 1619, infol. Tract, i, lib. vu, p, 137.

f82 • HISTOIRE DE LA CHIMIE.

excrémentitielles {fxces) sont rejetées comme inutiles (1). » Les alchimistes supposaient que le sang cache de profonds mystères; aussi entraît-il dans la plupart de leurs opérations. Vceuvre du sang (putréfaction et distillation lentes) devait être continuée pendant plusieurs années de suite. R. Fludd raconte à ce sujet plusieurs histoires fort dramatiques, dont il assure avoir été témoin oculaire.

S. Rodolphe GliAUBBB.

Glauber est le Paracelse de son époque. Comme celui-ci , il fait la guerre aux médecins qui se refusent à reconnaître Timportance de la chimie. Son éducation classique est tout aussi négligée que celle de Paracelse; et il semble s'en venger en lançant contre les savants diplômés des plaisanteries qui n'ont pas beaucoup de sel.

La science avait déjà fait de grands pas depuis Paracelse, pour lequel Glauber eut une sorte de culte. Il estime les travaux des anciens, et traite peut-être un peu trop dédaigneusement ses contemporains. Comme Paracelse , Glauber est partisan des opérations et des théories alchimiques les plus bizarres ; ce qui ôte même à ses expériences ce cachet scientifique qui caractérise les travaux de Boyle. Les receltes de panacées et de médicaments merveilleux portèrent à Glauber le même préjudice moral qu'à Paracelse.

On ne sait sur les premières années de sa jeunesse que ce que Glauber a jugé à propos de nous apprendre lui-même dans divers passages de ses écrits. Né à Rarlstadt en 1604, il séjourna longtemps dans les États d'Autriche, à Vienne., à Salzbourg; puis il vint demeurer à Francfort et à Cologne. Il mourut en 1668, à Amsterdam , où il s'était retiré vers la fin de ses jours. Le mépris qu'il avait pour l'espèce humaine lui faisait rechercher la solitude. Vieillard abreuvé de chagrins , vrais ou imagiginaires; il fuyait le monde , qui n'avait pour lui aucun attrait. « Les hommes d'aujourd'hui, s'écrie-t-il , sont faux, méchants et traîtres; rien de leurs paroles n'est sacré; chacun ne songe

(1) De mystica sangui7iis Anatomia, sect. i, part, m, lib. i, p. 223-224.

qu'à soi , et agit contre toutes les lois divines et humaines. Partout on rend le mal pour le bien , comme j*en ai fait la triste expérience. Souvent, quand je croyais avoir trouvé un aide laborieux et honnête, j'avais lieu de m'en plaindre quelque temps après : à peine lui avais-je enseigné quelque procédé, qu'il s'enflait d'orgueil , s'imaginant aussitôt en savoir plus que moimême, et cherchant toutes sortes de prétextes pour me quitter. S'il ne pouvait pas se séparer de moi publiquement sans manquer à ses engagements , il s'esquivait clandestinement, ou il se comportait de manière à me forcer à le congédier. C'est à mes dépens que j'appris la vérité de ce vieux proverbe : Quiconque désire que ses affaires aillent bien, doit être soi-même tout à la fois son maître et son valet ( Wer seine Sachen will gethan haben rechty muss selhsten seyn Herr und Knecht).,., Si je n'ai pas fait dans ce monde tout le bien que j'aurais pu faire, c'est la perversité des hommes qui en a été la cause (1). »

C'est là le cri de beaucoup d'âmes généreuses. Ést-il toujours bien justifié ?

Travaux de Glanber*

Les premiers écrits de Glauber parurent vers la fin de cette désastreuse guerre de Trente ans, qui, au nom d'une religion qui prêche à tous les hommes la concorde, divisa l'Allemagne en deux camps opposés.

Dans les écrits de Glauber, dont il serait trop long de donner ici la liste détaillée (2) , nous nous contenterons de signaler Philosophische QEfen (Fourneaux philosophiques); — Opus minérale;— Pharmacopœa spagyrica; — Menstruutn'universale ; — Explicatio miraculi mundi; — Condnualio miraculi mundi; — De natura salium; — Trost der Seefahrenden (Consolation des voyageuri^ sur mer); — Apologetische Schriften (Écrits apologétiques) ; — De auro potabili; — Teutschlands Wohlfart (Prospérité de l'Allemagne).

Tous ces traités ont été imprimés et réunis, sous le titre ^ moitié latin et moitié allemand : Johannis Rudolphi Glauberi philosophi et medici celeberrimi opéra chymica, Bûcher und

(1) Glauber, Opéra chymica; Fiancf.^ 1658, in-4°, p. 167-168.

(2) Voy. Gmelin, Geschichie der C hernie, 1. 1, p. 644.

Schriften , soviet deren von ihrh bishero an Tag gegeben , etc. ; Franc fart, 1658, «n-4° (4).

Comme Paracelse , Glauber a rédigé la plupart de ses livres en allemand, sa langue maternelle, sauf les titres, qui, généralement, sont en latin. Mais son slyle est beaucoup plus clair que celui de Paracelse.

Les écrits de Glauber eurent beaucoup de vogue depuis le milieu jusqu'à la fin du dix-huitième siècle : ils furent traduits en anglais {;!) et en français (3).

Tout le monde connaît le set de Glauber ; mais peu en connaissent peut-être Thistoire.

Laissons Tauteur la raconter lui-môme : «Pendant les voyages deraa jeunesse , je fus atteint, à Vienne, d'une fièvre violente appelée, dans ce pays, maladie de Hongrie, qui n'épargne aucun étranger. Mon estomac délabr.é rendait tous les aliments. Sur le conseil que m'avaient donné quelques personnes qui avaient pitié de moi, j'allai me traîner, à une lieue de Newstadt, auprès d'une fontaine située près d'une vigne. J'avais emporté avec moi un morceau de pain que je croyais certainement ne pas pouvoir manger. Arrivé auprès de la fontaine, je tire le pain de ma poche, et, en y faisant un trou, je m'en sers en guise de coupe. A mesure que je bois de cette eau, je sens mon appétit revenir si bien, que je finis par mordre dans (a coupe improvisée, et par l'avaler à son tour. Je revins ainsi plusieurs fois à la source, et je fus bientôt délivré de ma maladie. Étonné de cette guérison miraculeuse, je demandai quelle était la nature de celte eau ; on me répondit que c'était une eau nitrée (Salpeter-wasser ) (4). »

Glauber avait alors vingt et un ans, et à cet âge il était, comme il nous l'apprend lui -môme, encore entièrement étranger à la chimie. Cependant le fait qu'il vient de rapporter ne lui sortit jamais de la mémoire. Or, un jour il eut l'idée d'essayer l'eau de sa fontaine de santé, pour voir si elle tenait réellement du

(1) C'est cette édition allemande que nous avons sous les yeux. — On cite encore d'autres éditions : Opéra omnia; Amsterd., 1661, in-8*^; Ibid., 1651-1656. — Une édilion abrégée : Glauberus concentratus, etc.; Leipz. et Breslau, 1717, in4*.

(2) Transi, by Packe;*Lond., 1689, in-fol.

(3) Trad. par H. Duteil ; Paris, 1659, m-8°.

(4) De natora salium, p. 492 (edit. 1658; Francf., ia-ï°).

TKÛI^ÈME EPOQUE. 185

salpêtre en dissolution, comme le disaient les gens du pays. A cet effet, il en fit évaporer un peu dans une capsule, etii.vit se former de beaux cristaux longs , qu'un observateur superficiel a aurait pu, dit-il, confondre avec les cristaux du salpêtre; ces cristaux ne fusaient point dans le feu et n'avaient pas les propriétés du nitre. )) Glauber trouva plus tard que ce sel avait la plus grande ressemblance avec celui qu'il obtenait artificiellement, en faisant dissoudre dans Teau et cristalliser le résidu salin {caput mortuum) qui reste dans la cornue après le- dégagement de l'esprit de sel (acide chlorhydrique ) (i).

Ce sel n'était autre chose que le sulfate de soude. Glauber lui donna le nom de sel admirable^ 5a/ admirabile, sans s'attribuer aucunement l'honneur de l'avoir découvert; car il soutient que ^ïi sel admirable est le même que le salenixum de Paracelse (2). a Ce sel , dit-il, quand il est bien préparé, a l'aspect de l'eau congelée; il forme des cristaux longs, bien transparents, qui fondent sur la langue comme de la glace. Il n'est pas acre , et il auD goût de sel particulier. Projeté sur des charbons ardents, il ne décrépite point comme le sel de cuisine ordinaire {nicht springend ivie ein gemein Kochsalz), et ne brûle point comme le salpêtre. 11 n'exhale aucune odeur et supporte tous les degrés de chaleuf. Gomme il n'est point caustique, on peut l'employer avec avantage en médecine, tant extérieurement qu'intérieurement. Il modifie et cicatrise les plaies récentes sans lés irriter. C'est un médicament précieux (3), employé à l'intérieur : dissous dans de l'eau tiède et donné en lavement, il purge les intestins et tue les vers. Il peut aussi servir de fondant (4). »

Telle est l'histoire du sulfate de soude. Ce n'est donc pas sans raison qu'il porte le nom de sel de Glauber.

L'esprit de sel (spifitus salis) s'ohlensLXi en distillant un mélange de sel commun et de vitriol ou d'huile de vitriol. Glauber en connaissait la nature aériforme, puisqu'il fait observer qu'on ne

(1) L*esprit de sel était autrefois préparé eo soumettant à la distillation un mélioge de sel marin et de vitriol de fer ou de cuiTre; ce dernier ingrédient fut plus Itrd remplacé par Tacide môme du vitriol ( acide sulfurique ). Dans tous les cas, il restait au fond de la cornue le sel de Glauber (sulfate de soude) parfaitement solable dans Peau.

(2) Opéra cliim., etc., p. 49^.

(3) Ibid., p. 495.

(4) Ibid. (Philosophische Oefen)^ p. 13.

l'obtient point à Tétai liquide, à moins de lui associer de l'eau; c'est pourquoi il recommandait de se servir de vitriol humide. Il ne paraît pas ignorerque, dans cette réaction, c'estl'esprit de vitriol qui prend la place de l'esprit de sel qui se dégage. Il recommande expressément de le préparer dans des vaisseaux de verre, parce quQ l'acide attaque les vaisseaux métalliques.

L'esprit de sel est vanté par l'auteur pour les usages culinaires, où il pourrait remplacer avec avantage le meilleur vinaigre et le jus de citron. « Pour apprêter, dit-il, un poulet, des pigeons ou du veau à la sauce piquante, on les met dans de l'eau, dans du beurre et des épices; puis on y ajoute la quantité que l'on désire d'esprit de sel, selon le goût des personnes. On peut ainsi amollir et rendre parfaitement mangeable la viande la plus coriace, de vache ou de vieille poule (i). »

Il le recommande en outre comme un excellent moyen pour conserver les fruits, le vin, pour coaguler le lait et attaquer les nàinerais.

Glauber appelle nitrum fixumle produit alcalin qui provient de la combustion du nitre avec la poussière de charbon; il ajoute que ce produit peut être employé en teinture pour communiquer à la cochenille [consinillium] une couleur de pourpre foncée, laquelle est ramenée à la teinte écarlate la plus vive par l'addition de l'esprit de nitre. « Celui-ci colore aussi, dit-il, les cheveux, les ongles, les plumes en jaune d'or ( goldfàrhig ). »

Il n'ignorait pas qu'une dissolution d*argent dans l'eau-forte (nitrate d'argent) teint en noir les matières organiques, telles que les plumes, les fourrures, le bois, etc.; que, l'huile de vitriol se substitue facilement aux acides du nitre et du sel, qui sont trèsvolatiles; qu'une solution d'argent est d'abord précipitée par l'ammoniaque, et qu'un excès de celle-ci redissout le précipité (2).

Glauber paraît avoir, le premier, entrevu l'existence du chlore; car il dit qu'en distillant l'esprit de sel sur des chaux métalliques (.cadmie et rouille de fer), il obtenait « un esprit couleur de feu qui passe dans le récipient {geht wie Feuer ûber), et qui dissout les métaux et presque tous les minéraux. » Il l'appelle huile ou esprit de sel rectifié. « Avec ce produit, on peut, ajoute-t-il, faire de belles choses en médecine, en alchimie et dans beaucoup

(1) Oper. Chim. Philosophische Oefen {V* part., c. xxv), p. 29.

(2) Ibid.^ part, ii, c. ix, p. 53.

d'arts. Lorsqu'on le fait quelque temps digérer avec de Tespritde-vin déphlegmé (concentré), on remarque qu'il se forme à la surface' de la liqueur une espèce de couche huileuse, qui est rhuile de vin (oleum vini), très-agréable, et un excellent cordial (1). »

Glauber retirait de la distillation des charbons de terre une huile rouge de sang {hlutrothes oleum) , qu'il prescrivait comme fort utile dans le pansement des ulcères chroniques (2).

On se rappelle que les anciens préparaient le beurre d^anti' nudne en soumettant à la distillation un mélange de sublimé corrosif et d'antimoine naturel (sulfure d'antimoine). Écoutons Glauber, qui savait, il y a deux cents ans, expliquer tout ce qui se passe dans cette opération, aussi bien que le ferait aujourd'hui un professeur de chimie :

« Dès que le mercure sublimé (corrosif), mêlé avec l'antimoine, éprouve l'action de la chaleur, l'esprit , qui est combiné avec le mercure , se porte de préférence sur l'antimoine , l'attaque en abandonnant le mercure, et forme une huile épaisse (beurre d'antimoine) qui s'élève dans le récipient. Le beurre d'antimoine n'est donc autre chose qu'une dissolution de régule d'antimoine (antimoine métallique) dans de l'esprit de sel. Quant au soufre de l'antimoine (naturel), il se combine [conjungirt sich) avec le mercure, et donne naissance à du cinabre qui s'attache au coi de la cornue; une partie du mercure se volatilise. Celui qui s'entend bien à la manipulation peut retrouver tout le poids du mercure employé (3). »

Il n'y avait rien à objecter contre cette explication. Voulez-vous savoir pourquoi H la donnait? C'était afin de renverser des théories erronées d'après lesquelles le beurre d'antimoine était l'Attiïe de mercure (oleum mercurii), et le précipité blanc qui se forme quand on y ajoute de l'eau, le mercure de vie {mercurius tnïaî). «Prenez, dit-il, cette poudre blanche appelée mercure de vie , et chauffez-la dans un creuset; vous la transformerez en un verre d'antimoine , et vous n'en tirerez pas uiie trace de mercure. » — Pour achever sa démonstration, il enseigna un procédé qui permettait de préparer le beurre d'antimoine ou la prétendue

(1) Philù^oph. Oefen^ part, i, c. xxiv, p. 28.

(2) Ibid., part, ii, c. &liv.

(3)lbid., part..!, c. xviii, p. 23.

huile de mercure, sans avoir recours au sublimé corrosif. Ce procédé très-simple, et qui est encore employé de nos jours, consistait à traiter les fleurs ( oxyde ) d*antimoine par Tesprit de sel. Il ajoute que l'on obtient des produits semblables (chlorures) en traitant Tarsenic, Tétain et le zinc par l'esprit de sel.

C'étaient là des idées nouvelles et qui paraissaient alors fort hardies. Mais , convaincu d'avoir raison , et voulant couper court à toute discussion oiseuse, il s'écrie : «Je ne prétends d'ailleurs imposer mes opinions à personne; que chacun garde les siennes si bon lui semble. Je dis ce que je sais, dans le seul intérêt de la vérité. »

Ce dédain pour l'opinion des hommes et cet amour pur de la science percent, à tout moment, dans les écrits de Glauber.

Rubis (Tor; — pierres précieuses artificielles; — liqueur des cail" loux. Ce fut accidentellement qu'il découvrit la couleur rouge que l'or communique aux matières vitreuses : « Je fis, dit-il, il y a quelques années, fondre, dans un creuset, delà chaux d'or {calcem solis); et, voyant^que la fusion s'opérait difficilement, j'y ajoutai un peu de flux salin. -L'opération étant terminée, je retirai le creuset du feu, et je fus fort surpris de trouver, à la place de l'or que j'y avais mis, une masse vitreuse d'un beau rouge de sang. Les fondants que j'avais employés étant des sels blancs , je ne pouvais attribuer cette coloration qu'à l'âme de l'or {anima auri), »

Ce fait est très-probablement antérieur à un fait analogue, décrit, comme nous l'avons vu, par Boyle, qui semble s'attribuer la découverte des verres colorés en rouge par l'or (i). Glauber avait déjà la réputation d'un chimiste distingué à l'époque où Boyle voyageait encore à l'étranger. Du reste, Libavius avait le premier observé^ vers la fin du seizième siècle , que l'or était susceptible de colorer le verre en rouge (2), observation que Glauber et Boyle paraissaient également ignorer.

Glauber s'empressa de tirer parti de la découverte qui venait pour ainsi dire s'offrir d'elle-même. C'est ici que se révèle toute l'habileté de ce chimiste renommé à si juste titre. Au lieu de faire fondre un mélange d'or ou d'un composé (sulfure) d'or avec les matières du verre, il proposa un procédé extrêmement ingé-

(1) Voy. p. 159 de ce volume.

(2) Ibid., p. 28.

nieux. Ce procédé consistait à précipiter Tor de sa dissolution dans Teau régale par la liqueur des cailloux {liquor silicum) (1), et à faire fondre le précipité dans un creuset, a La couleur jaune se convertit en une couleur de pourpre des plus belles (die allerschoenste Purpurfarb). » Il ajoute que ce procédé pourra être appliqué à tous les autres métaux ( cuivre , fer, manganèse , etc. ) pour la préparation des verres colorés ou des pierres précieuses artificielles (2).

Curieux de se rendre compte de tous les phénomènes qui se présentaient^ son examen, Glauber se demanda ce qui se passe chimiquement lorsqu'on verse la liqueur des cailloux dans une solution d'or. Voici, à cet égard, son opinion ; elle rappelle la loi de l'échange ou de la double décomposition : « L*eau régale, ditil, qui tient l'or en dissolution, tue (Met) le sel de tartre (potasse) de la liqueur des cailloux (silicate de potasse), de manière à lui faire abandonner la silice; et, en échange, le sel de tartre (potasse) paralyse l'action de Teau régale de manière à lui faire lâcher Ter qu'elle avait dissous. C'est ainsi que la silice et l'or sont tous deux privés de leurs dissolvants. Le précipité se compose donc à la fois de Tor et de la silice, dont le poids réuni représente celui de Tor et de la silice employés primitivement (3). » Glauber connaissait le smalt bleu de cobalt (4), la laque de carmin, les-émaux blancs ou colorés, etc. Il remplaçait le blanc de plomb (carbonate) par le précipité (chlorure), obtenu en traitant une dissolution de plomb par l'eau régale.

Il recommanda, un des premiers, l'usage des creusets de Hesse, fabriqués avec une terre argileuse des environs d'Almanroth ; et il remarqua que la solidité de ces vaisseaux est due, moins aux matériaux employés , qu'au degré de cuisson qu'ils reçoivent.

II donna aussi des préceptes utiles aux pharmaciens sur les précautions et la température très-modérée qu'il faut employer pour retirer des plantes les parties volatiles et aromatiques. Il

(1) Silicate de polasse, obtenu en faisant fondre du sabJe ou de la silice pulvérisée avec nn excès de potasse. Ce composé, dissous dans Teau, s'appelait liquor sUieum.

(2) Philosoph, Oefen, pari. lf,c. lxxxii et c.lxxxiu.

(3) Phil. Offen, part. II, c. lxxxii, p. 125.

(4) Bereilet von Jliissiger Sand-Pott-Asche und Kobolet. Explical. Miraculi mundi/p. 187.

190 HISTOmB DE LA CHIMIE.

signala Texistence de produits multipliés, provenant; de la dîstil'' lation du goudron et du J)ois.

Dans son Traité sur la Prospérité de r Allemagne, il émet des conseils pratiques sur Tindustrie , sur Tagriculture, sur les en» grais, les nitrières artificielles faites au moyen de la chaux, etc. (I),

Loin de borner l'application de son intelligence aux détails do laboratoire, Glauber aborde les questions les plus élevées d'économie politique, science alors encore à naître. « L'Allemagne, ditil , est un pays favorisé par la richesse de ses mines ; il n'y a ni manque de bois, ni manque de bras. N'est-ce donc pas une honte de vendre notre plomb à la France et à l'Espagne, notre cuivre i la Hollande et à Venise , pour acheter ensuite bien cher, ^ ces mêmes pays, le plomb transformé en blanc d'Espagne, et fe cuivre en vert de Venise ? Est-ce que notre bois , notre sable, nos cendres , ne sont pas aussi bons que ceux de France ou de Venise pour fabriquer des cristaux ? Il en est de même de beaucoup d'autres produits dont l'Allemagne fournit les matériaux que l'étranger exploite (2). »

Ces paroles n'étaient pas seulement celles d'un ardent patriote; elles agitaient l'avenir de l'industrie.

L'histoire ne nous montre qu'à de trop rares intervalles dc8 hommes aussi éclairés et honnêtes que Glauber.

« Je gémis, disait-il, del'ignoranoe de nos contemporains et de l'ingratitude des hommes. Je sais bien que mes travaux seront appréciés différemment par les uns et par les autres, et que . j'aurais tout aussi bien fait de garder mes découvertes pour moi. Mais je me moque des jugements des hommes; c'est comme un vent qui souffle sur moi sans me renverser. Si Jésus-Christ vivait aujourd'hui, et qu'il fît les miracles qu'il a faits, on le brûlerait, comme on l'a crucifié il y a seize siècles. Les hommes. sont toujours les mêmes, envieux, méchants et ingrats. Quant à moi, fidèle à la devise Ora et lahora, je remplis ma carrière en honnête homme; je fais ce que je puis, et j'attendrai la récompense que ce monde périssable ne peut me ravir. » '

(1) Teutschlands WÔhlfart, etc., p. 340 et 441. «Le nitre peut être, dit-U, ensemencé, cultivé comme les fruits des champs; une petite quantité peut servir de/erment à une immense étendue de terrain qui ne larde pas à se recouTrir de nitre; de môme qu'un peu de levure de bière fait fermenter une prodigieuse quantité de pâte. »

(2) Arcana thesauris opulenta, p. 99 et suiv.

TROISIEME EPOQUE. i9i

Dans la liste qu'on a jusqu'ici donnée des ouvrages de Giauber, nous n'avons point vu figurer Arcana ihesauris opulenta^ sive appendix generalis omnium librorum hactenus editorum; Amsterdam ( Janssen), 1660, in-12. Ce livre, qui paraît être rarissime, est une sorte de résumé des principales opérations et théories chimiques de Giauber. Tout est dans le soleil et le sel , in sole et sale omnia , tel est l'axiome par lequel l'auteur débute (1). Il insiste beaucoup sur l'idée que les métaux peuvent être amenés à leur état de maturité « par le feu et par le sel » . -^ « Cela se voit surtout, dit-il, dans l'accroissement des animaux et des végétaux. La graine devient un arbre par l'action combinée du sel terrestre et des rayons solaires. Mais comment retire-t-on des minéraux, des végétaux et des animaux l'élément le plus essentiel, propre à fortifier les corps débiles? Voilà ce que les philosophes nous ont toujours laissé ignorer, n

Cet élément ou esprit vivifiant devait être une espèce de soufre. Le mercure jouait aussi un rôle analogue.

Giauber ne savait point encore recueillir les esprits y par lesquels il entendait les corps gazeux et volatils. Il les tirait des animaux, des végétaux et des minéraux, lis devaient être pour les chimistes ce que les anges gardiens *sont pour les hommes (2).

C'est dans le traité des Arcana que la chimie se trouve désignée sous le nom de Halchimie^ c'est-à-dire Chimie des sels y qu'il ne faut pas confondre avec Alchimie.

La méthode expérimentale, codifiée par Bacon, mise en pratique par Boyle, fut bientôt universellement adoptée.

Runckel est un de ceux qui ont le plus résisté à la fausse direction suivie jusqu'alors par les chimistes. Il demande, avant tout, des faits , sauf à laisser à d'autres le soin de faire des théories. La science lui est redevable d'une partie de ses progrès au dixseptième siècle.

(1) Opéra minerai., p. 118.

(2) Ibid., p. III.

Kunckel, néà RendsbourgenJ630, était filsd'un alchimiste établi à la cour du duc de Holstein. On ne sait rien de sa première Jeunesse. Il nous apprend lui-même que, dès sa vingt-quatrième année, il s'était constamment occupé de chimie. Peu satisfait des procédés obscuts des alchimistes, il se mit à l'œuvre en prenant l'expérience pour guide. Il obtint, en 1654. un emploi de chimiste et de pharmacien auprès des ducs Charles et Henri de Lauenbourg, qui, à l'exemple de beaucoup d'autres princes de ce temps, s'étaient épris d'une belle ardeur pour la chimie et la transmutation des métaux. De là il passa , sur la recommandation de Langelot , au service de Jean-Georges II, électeur de Saxe, qui lui confia la direction de son laboratoire à Dresde , avec des appointements considérables. Mais ses ennemis, dont il se plaint amèrement ' dans ses écrits, l'obligèrent d'abandonner cette place : ils l'accusaient d'avoir trouvé la pierre philosophale et d'en vouloir cacher le secret. Kunckel se relira d'abord à Annaberg, puis à Wittemberg, où il occupa, pendant quelque temps, la chaire de chimie à l'université de cette ville. En 4679, il se rendit, sur l'invitation de Frédéric-Guillaume, à Berlin, pour diriger les fabriques de verre et le laboratoire de l'électeurde Brandebourg. Ses économies lui permirent de faire l'acquisition d'une propriété seigneuriale dans la Marche. II y passa une partie de sa vie à faire des expériences de chimie pour son propre compte. Enfin le roi de Suède, Charles XI, l'appela à Stockholm, et lui conféra des titres de noblesse sous le nom de baron de Lœwenstem y avec la place de conseiller des mines du royaume. Kunckel mourut en 1702, à un âge fort avancé.

TraTaux de Kunckel.

Le principal ouvrage de Kunckel, écrit en allemand, parut après la mort de l'auteur. lia pour litre : LaboraioHvm chymicum* worinnen von den ivahren principiis m der Nalur, de?- Erzeugung, den Eigenschaften iind der Scheidung der Vegefabilien, Mineralien, und Metalle, gehandelt tvird (Laboratoire de chimie, dans lequel il est traité des vrais principes naturels, de la génération, des propriétés et de l'analyse des végétaux, des minéraux et des métaux) (1).

(1) Berlin, 1767, in-8^ 4* édition. La l'^edilion est de 1716,Jn-8'»; Hambourg et Leipzig.

TROISIÈME EFOQVE. - 193

Ses autres ouvralges, moins importants, parurent tous du vivant de Tauteur ; ils sont intitulés : Nûizliche observationes von den fixent undflûchtigen Salzen, auro undargento potabili, spiritu mun» diy etc. (Observations utiles sur les sels fixes et volatils, etc.) (1); ^ Chymische Anmerkungen ( Notices chimiques ) de prindpiis chymiciSy salihus acidis , alcalibus^ etc. (2); — Epistola contra spiritum vint sine acido (3); — Œffentliche Zuschrift von dem phûsphoro mirabili, etc. (4) ; — Probierstein de acido et urinoso sale calido et frigido (5) ; — Ars vitraria experimentalis (6).

Plusieurs de ces écrits furent réunis en un volume qui parut , en 1721, à Francfort, sous -le titre de V curiose chymische Traeiàtlein.

Runckel a attaché son nom à la découverte du phosphore ; c'est lui qui nous a laissé là-dessus les détails les plus curieux. Laissons-le d'abord raconter la découverte du phosphore de Baudouin, dont nous avons déjà dit un mot (7). Cette découverte se fitàpeu prèi^ vers le même temps que celle du véritable phosphore.

u 11 y avait à Grossenhayn en Saxe un savant bailli du nom de Baudouin (Balduin), qui vivait dans la plus grande intimité avec le docteur Frûben. Un jour il leur vint à tous deux Tidée de chercher un moyen de recueillir l'esprit du monde {spiritum mundi). Dans ce dessein, ils prirent de la craie pour la dissoudre dans de l'esprit de nilre, ils évaporèrent la solution jusqu'à siccité, et exposèrent le résidu à l'air, dont il attirait fortement l'eau (humidité) ; par la distillation ils en retirèrent cette eau, qui avait été absorbée à l'air. C'était là leur esprit du monde, qu'ils vendaient douze groschenle loth (8). Tous, seigneurs et vilains, voulaient faire

(1) Hambourg, 1676, in-S^. Traduit en latin par Al. Ramsai ; Lond. et Rotterd., 1678, in-12.

(2) Wittemberg, 1677, in- 8^. Traduit en latin par Ramsai, et en anglais sous le titre des Experiments of chymical philosopha; Lond., 1705.

(3) Berlin, 1681, in-i2.

(4)Leipz., 1678,in•8^ (&) Berlin, 1685, in-8°.

(6) Francf. et Leipz., 1689; Nuremb., 1743 et 1756. Traduit en français par le baron de Holbach, sous le titre : Vart de la verrerie de Neri^ Merret ttnd Kunckel; Paris, 1752, in-4^

(7)Voy. t. II. p. 174.

(8) Environ deux francs les 35 grammes , somme assez considérable à une époque (quelque temps après la guerre de Trente ans) où Targent avait au moins six fois phis de valeur qu'aujourd'hui.

HIST« DE LA CBIHIB. ^ T. II. s 13

usage de cette eau. — C'est le cas de dire que la foi avait opéré des miracles; car Teau de pluie aurait été tout aussi bonne (1). »

Baudouin cassa un jour une cornue où il avait calciné de la craie avec de Tesprit de nitre, et il vit que le résidu qui s'y était formé luisait dans l'obscurité, et qu'il n'avait celte propriété qu'après avoir été exposé à la lumière du soleil.

a Aussitôt Baudouin courut, continue Kunckel, à Dresde pour communiquer ce résultat au conseiller de Friesen , à plusieurs ministres de la cour, et enfin à moi: Je fus, je l'avoue, émerveillé de cette singulière expérience ; mais, ce jour-là, je n'eus pas le bonheur de toucher la substance de mes mains. Pour obtenir cette faveur, je fis une visite à M. Baudouin , qui me reçut fort poliment, et me donna... une belle soirée musicale. Bien que j'eusse causé avec lui toute la journée, il me fut impossible d'en tirer le fin mot de l'histoire. La nuit étant venue, je demandai à M. Baudouin si son phosphorus (car c'est ainsi qu'il avait appelé son produit de la cornue) pouvait aussi attirer la lumière d'une bougie , comme il attire celle du soleil. Il se mit aussitôt à en faire l'expérience. Toutefois je n'eus pas encore le bonheur de toucher la substance en question. Ne serait-il pas , lui dis-je alors, plus convenable de lui faire absorber la lumière à distance, au moyen d'un miroir concave? — Vous avez raison, répondit-iL Sur-le-champ il alla lui-même chercher son miroir, et cela avec tant de précipitation qu'il oublia sur la table la substance que j'étais si curieux de toucher. La saisir de mes mains, en ôter un morceau avec les ongles et le mettre dans ma poche , tout cela fut l'affaire d'un instant. » '

Baudouin revient, l'expérience commence , et Kunckel ne dit pas si elle réussit. «Je lui demande, continue ce dernier, s'il neveut pas me faire connaître son secret. II y consentit enfin ; mais à des conditions inacceptables. J'envoyai alors un messager à M. Tutzky, qui avait longtemps travaillé dans mon laboratoire, et le priai de se mettre immédiatement à l'œuvre, en traitant la craie par l'esprit de nitre ( car je savais qu'on s'était servi de ces deux matières pour la préparation de l'esprit du monde), de calciner ce mélange fortement, et de m'informer du résultat de l'expérience par le retour du messager. »

L'expérience réussit, comme on le pense bien, au-delà dfr

(1) Vollstaendiges Laboratorium, etc., p. 601 (4* édit., 1767 ).

toute espérance, et Kunckel reçut, vers le soir môme, un échantillon de son phosphore; il en fit cadeau à Baudouin, en récompense de.... sa soirée musicale. Il est difficile d'être à la* fois plus habile et plus spirituel.

Voici maintenant les détails concernant Thistoire de la découverte du phosphore proprement dit, dans laquelle Kunckel a joué un rôle très-actif :

« Quelques semaines après la découverte du phosphore de Baudouin, je fus obligé de faire un voyage à Hambourg^ J'avais emporté avec moiun de ces têts luisants {einen solchen leuchtenden Scherben), pour le montrer à un de mes amis. Celui-ci, sans paraître étonné , me dit : « Il y a dans notre ville un homme qui se nomme le docteur Brand; c'est un négociant ruiné qui, se livrant à Tétude de la médecine, a dernièrement découvert quelque chose qui luit constamment dans l'obscurité. » Il me fît faire connaissance avec Brand. Comme celui-ci venait de donner à un de ses amis la petite quantité de phosphore qu'il avait préparée , il fallait me rendre chez cet ami pour voir le corps luisant récemment découvert. Mais plus je me montrais curieux d'en connaître la préparation , plus ces hommes se tenaient sur la réserve. Dans cet intervalle, j'envoyai à M. Krafft, à Dresde, une lettre par laquelle je lui fis part de toutes ces nouvelles. Krafft, sans me répondre, se met aussitôt en route, arrive à Hanabourg, et, sans que je me doute seulement de sa présence dans cette ville , il achète le secret de la préparation du phosphore pour 200 thalers (environ 750 francs), à la condition de ne point me le dire, à moi. Ja me présentai plus tard chez Brand, précisément au moment où il était en conférence avec Krafft. Brand sortit de sa chambre et s'excusa de 'ce qu'il ne pouvait pas me recevoir, alléguant que sa femme était malade , et qu'il y avait encore une autre personne chez lui. «D'ailleurs il me serait, ajoula-t-il, impossible de vous communiquer mon procédé; car, ayant depuis essayé plusieurs fois, je n'ai plus réussi. » Il fallut donc , bon gré mal gré , me préparer à quitter Hambourg sans avoir rien obtenu.

« Avant mon départ, je rencontre par hasard M. Krafft, auquel je raconte naïvement tout ce qui m'était arrivé. Celui-ci m'assura 9ue je n'obtiendrais jamais rien de M. Brand, qui est, me disait-il, ^n homme très-entêté. Je ne savais pas alors que Brand s'était ^éjà engagé envers Krafft, par un serment, à ne communiquer

f^ . HISTOIRE DE LA CHIMIE.

son procédé à personne. Je partis donc comme j'étais venu.

<( De Wittemberg j'écrivis à Brand, en le priant itérativement Vde me faire connaître son secret. Mais il me répondit qu'il 'ne pouvait plus le retrouver. Je lui écrivis encore une fois, en insistant de nouveau. II me répondit alors qu'il avait, par l'inspiration divine, retrouvé son art; mais .qu'il lui était impossible de me le communiquer. Enfin, je lui adressai une dernière lettre dans la- <juelie je lui apprenais que j'allais moi-même, de mon côté , me livrer à des recherches assidues , et que , si j'arrivais à mon but, je ne lui en aurais aucune reconnaissance. Car je savais que Brand avait travaillé sur r urine , et que c'était de là probablement qu'il avait tiré son phosphore,

« A cette lettre, il me fit la réponse suivante : « J'ai reçu la lettre de monsieur, et je vois avec regret qu'il est d'assez mauvaise humeur, etc. J'ai vendu ma découverte à Rrafft pour la somme de 200 thalers. J'ai appris depuis lors que Rrafft a obtenu une gratification de la cour de Hanovre. Si je ne suis pas content de lui , je m'empresserai de traiter avec vous. Dans le cas où vous iriez vousmême découvrir mon secret , je vous rappellerai votre promesse, votre serment. »

tïGela avait-il le sens commun? s'écrie Runckel justement indigné. Jamais de ma vie je n'avais sollicité un homme avec des prières aussi instantes que ce M. Brand, qui se donne le titre de doctor mediclnœ et philosophiœ, et il a encore l'audace de me demander une somme d'argent, si je parvenais moi-même à faire îa découverte que je l'avais tant supplié de me communiquer î

tx Enfin, de guerre lasse , je me mis moi-même à l'œuvre. Rien ne me coûta; et , au bout dé quelques semaines, je fus assez heureux pour trouver, à mon tour, le phosphore de Brand. Voilà, mon cher lecteur, toute l'histoire du phosphore : on voit par là que Brand ne m'en a pas enseigné la préparation.

« J'ai, depuis ce temps, appris que ce docteur tudesque {doctor teufonicus ) s'est exhalé en invectives contre moi. Mais que faire d'un si pauvre docteur qui a complètement négligé ses études, et qui ne sait pas même un mot de latin ? Car je me rappelle un jour que son enfant s'étant fait une égratignure au visage, je recommandai au père de mettre sur la plaie oleum cerœ. Qu'est-ce que cela? me dit-il. — Du cérat, lui répondis-je. — r Ben, ben, reprit-il dans son patois hambourgeois (bas-saxon), j'aurais dû y

TROISIEME ÉPOQUE. i97

penser plus tôt (1). — C'est^our cela que je l'appelle /ec/oc^ewr tudesqne. Son secret devint bientôt si vulgaire, qu'il le vendit, par besoin, à d'autres-personnes, pour 10 thalers (environ 35 francs). Il l'avait, entre autres, fait connaître à un Italien qui, étant venu à Berlin, l'apprenait, à son tour, à tout le monde pour 5 thalers ( envi ron 4 8 francs ) .

« Quant à moi, je fais ce que personne ne sait encore : mon phosphore est pur et transparent comme du cristal , et d'une grande force. Mais je n'en fais plus maintenant, parce qu'il peut donner lieu à beaucoup d'accidents (2). »

Ces faits, qui auraient perdu leur charme par une sèche analyse , se passèrent de 1668 à 1669.

Kunckel ne fut pas aussi intéressé, et ne fit pas le mystérieux comme Brand ; car il communiqua gratuitement son procédé à plusieurs personnes , entre autres à Homberg , en présence duquel il fit l'opération en l'année 1679.

Comme Kunckel ne décrit pas , dans son Laboratorium, la préparation du phosphore, afin de ne pas devenir, ainsi qu'il le dit lui-même, la cause indirecte de beaucoup d'accidents, nous a^ Ions anticiper sur l'analyse des travaux de Homberg, qui fit le premier connaître en France la manière de faire le phosphore brûr lant de Kunckel [S).

Voici en quels termes Homberg décrit le procédé de Kunckel,

qu'il répéta dans le laboratoire de l'Académie royale des sciences :

« Prenez de l'urine fraîche, tant que vous voudrez; faites-la

évaporer sur un petit feu jusqu'à ce qu'il reste une matière noire

qui soit presque sèche. Mettez celte matière noire putréfier dans

une cave durant trois ou quatre mois , et puis prenez en deux

livres et mêlez-les bien avec le double de menu sable ou de boL

Mettez ce mélange dans une bonne cornue de grès lutée; et, ayant

versé une pinte ou (Jeux d'eau commune dans un récipient de

verre qui ait le col un peu long, adaptez la cornue à ce récipient

et placez-la au feu nu. Donnez au commencement un petit feu

pendant deux heures, puis augmentez le feu peu à peu, jusqu'à

ce qu'il soit très-violent, et continuez ce feu violent trois heures

de suite. Au bout de ces trois heures, il jjassera dans le récipienJt

(i) Su, su, dat is ock wahr ; ick bedacht mi nich so halde,

(2) VoUstaendiges Laboratorium, p. 605 et suiv.

(3) Mém, de VAcad. royaledes sciences, t. x ( Mém. présenté le 30 arril 1692).

d'abord un peu de phlegme, puis ua peu de sel volatil, ensuite, beaucoup d/huiie noire et puante; et enfin la matière du phosphore viendra en forme de nuées blanches gui s'attacheront aux parois du récipient comme une petite pellicule jaune , ou bien elle tombera au fond du récipient en forme de sable fort menu. Alors il faut laisser éteindre le feu et ne pas ôter le récipient, de peur que le feu ne se mette au phosphore , si on lui donnait de l'air pendant que le récipient qui le contient est encore chaud. Pour réduire ces petits grains en morceaux, on les met dans une petite lingotière de fer-blanc ; et , ayant versé de Teau sur ces grains , on chauffe la lingotière pour les faire fondre comme de la cire, Alors on verse de Teau froide dessus, jusqu'à ce que la matière du phosphore soit coagulée en un bâton dur qui ressemble à de la dire jaune. » .

Voilà l'histoire détaillée de la découverte la plus importante qui ait été faite en chimie au dix-septième siècle. Elle soulève quelques points litigieux. Le procédé de Kunckel, que nous venons de faire connaître, est exactement le même que celui que Boyle a donné comme étant de son invention (1). L'un avait échoué en Allemagne auprès de Brand, comme l'autre avait échoué en Angleterre auprès de Rrafft, dans l'acquisition du secret de la préparation du phosphofe. Guidés alors par leur propre sagacité, et travaillant àl'insu l'un de l'autre, ils arrivèrent simultanément au même résultat. Celte coïncidence paraît presque aussi merveilleuse que celle des Septante traducteurs de la Bible. Si nous n'avions pas affaire à des hommes aussi honnêtes que Boyle et Runckel , nous serions tentés de croire que Brand, l'inventeur, etKrafft,le colporteurdu phosphore, n'étaient pas aussi discrets qu'on nous les a dépeints.

Kunckel attaqua, comme Boyle , les théories des alchimistes avec les armes de l'expérience et de la satire. Il regarde le mercure des métaux et le soufre fixe comme des éléments imaginaires. «Moi, vieillard, qui me suis, dit-il, occupé de chimie pendant soixante ans , je n'ai pas encore pu découvrir ce que c'est que le sulfur fixum^ et comment il fait partie constitutive des métaux (1). » ^

ri raille avec esprit les alchimistes, qui ne s'entendent même

(1) Voy. p. 174 et 175 de ce volume.

(2) Vollstaendiges Lahorat., p. 143 (4* édition).

pas entre eux, et qui appliquent souvent à un seul et même corps des propriétés et des noms différents ; et il s'indigne de celte méthode déplorable qui a si longtemps retardé les progrès de la science.

«Les anciens , dit-il ironiquement, ne s^aecordent pas sur les espèces de soufre. Le soufre de l'un n'est pas le soufre de l'autre, au grand préjudice de la science. A cela^ on me répond que chacun est bien libre de baptiser son enfant comme il l'entend. D'accord : vous pouvez môme, si bon vous semble, appeler âne un bœuf, mais vous ne ferez jamais croire à personne que votre bœuf est un âne (1). »

Afin d'apprécier tout le mérite de Kunckel, il faut se rappeler que y pour déblayer le terrain de la science, ce chimiste avait à lutter contre des obstacles dont nous soupçonnons aujourd'hui à peine l'existence.

Le fameux alkahest de Paracelse et de Yan-Helmont fut l'objet de la verve satirique de Kunckel. On se rappelle que Valkahest était le dissolvant universel qui devait, par conséquent, dissoudre le verre, la silice, le soufre, l'or, en un mot, tous les corps. « Mais si l'^lkahest, remarque spirituellement Kunckel, dissout tout ce qui est, il doit aussi dissoudre-le vase qui le renferme; s'il dissout la silice , il doit dissoudre le verre , qui est fait avec de la silice. On a beaucoup discuté sur ce grand dissolvant de la nature : les uns le font dériver du latin alkali est, les autres, de deux mots allemands allgeist (tout esprit); enfin d'autres le font venir de ailes est (c'est tout). Quant k moi, qui ne crois pas au dissolvant universel de Van-Helmont, je l'appellerai par son vrai nom, ailes Lûgen heist ou ailes Lûgen ist ( tout cela est mensonge) (2). »

Voulez-vous savoir ce que Kunckel pensait de la question si controversée de la transmutation des métaux? Écoutez-le :

(( Dans la chimie il y a des séparations , des combinaisons , des purifications; mais il n'y a pas de transmutations. L'œuf éclôt par la chaleur d'une poule. Avec tout notre art, nous ne pouvons pas faire un œuf; nous pouvons le détruire et l'analyser, mais voilà tout (3). »

Ces paroles étaient dirigées contre les alchimistes qui , dans

(1) Voîlstaendiges Laborat., p. 181.

{2) Ibid., p. 475.

(^lbid.,p. 524.

leur orgueil , s'attribuaient le pouvoir non-seulement de transmuter les métaux, mais de créer des*ê|res vivants au moyen de certains éléments.

Kunckel s'était si^tout rendu redoutable aux adeptes qui, avec leup poudre de projection, exploitaient la crédulité du public. Un certain baron alchimiste avait offert à l'électeur de Saxe de lui enseigner l'art de faire de l'or. L'électeur, avant d'acheter le secret, consulta Kunckel, qui découvrit que la poudre de projection de cet alchimiste n'était autre chose qu'un composé rouge de soufre, d'arsenic et d'antimoine , où il était facile d'incorporer "clandestinement de l'or ou de l'argent (1).

Poursuivons l'analyse des diverses questions sur lesquelles Kunckel a répandu de la lumière.

Rubis artificiel (verre rouge). Ici encore nous voyons Boyle et Kunckel s'QCCuper de la même question, et arriver, à l'insu l'un de l'autre, presque aux mêmes résultats. Laissons le dernier raconter l'histoire de la découverte du rubis artificiel : « L'honneur de cettï découverte revient, dit-il, à notre siècle; car les verres rouges des anciens ne sont que des verres peints d'un seul côté : lorsqu'on les racle , on voit au-dessous de cette couche un v^erre grossier verdâtre. Voici comment se fit cette découverte : Il y eut un docteur en médecine, nommé Cassius, qui avait trouvé le moyen de précipiter l'or par l'étain (prœcipitafio solis cura Jove), ce dont Glauber lui a donné peut-être la première idée. Ce docteur avait essayé, mais en vain, d'incorporer ce précipité dans le verre. Moi, qui en avais entendu parler, je me mis à faire également des essais de ce genre, et je réussis à obtenir du verre d'un beau rouge; la couleur s'était complètement identifiée avec le verre. Le premier de ces verres ainsi fabriqués, je l'offris à Télecteur Frédéric-Guillaume, mon prince et seigneur, qui m'envoya 100 ducats de récompense. Peu de temps après, le princearchevêque de Cologne me chargea de lui faire un calice de verre rouge d'un pouce d'épaisseur. Je me mis à l'œuvre , et je réussis. Ce calice était très-beau, et pesait vingt-quatre livres. Je reçus, comme prix, la somme de 800 thalers. L'électeur de Saxe fit présent de quelques-uns de ces verres à la reine Christine, qui résidait alors à Rome ; et bientôt l'usage de ces verres se répandit, mais seulement parmi les grands seigneurs (2). d

(1) Vollstaendiges Laborat,,p,b70.

(2) Ibid.^ p. 690.

Avanl Kunckel, on savait déjà que For est susceptible de communiquer à la pâte vitreuse une belle couleur rouge (1) ; mais on n'avait pas encore songé aussi sérieusement à utiliser ce fait dans rindustrie.

Fermentation et putréfaction. « La putréfaction et la fermentation, dit Kunckel, sont sœurs ; elles sont intimement liées entre elles. Dans le règne animal , la fermentation est annoncée par une odeur fétide; dès que la fermentation cesse^ la putréfaction cesse aussi. Or, ceci a lieu du moment oi!i l'eau , Tair et la lur Eiière ont repris les éléments qui leur appartiennent , et qu'il ne reste plus qu'un peu de poussière ou de terre, avec laquelle ces éléments étaient unis. Une température douce et humide hâte la fermentation ; c'est aussi là ce qui accélère la putréfaction (2). »

Kunckel préparait de l'alcool avec des mûres et d'autres fruits sacrés soumis à la fermentation. Il n'ignorait pas que l'acide (vinaigre), qui se trouve dans les liqueurs fermentées, s'est formé aux dépens de l'alcool.

« Écrasez, dit-il, des mûres ; exposez-les à une chaleur trèsdouce^ et les mûres commenceront d'elles-mêmes à fermenter. Dès que vous verrez qu'elles s'affaissent, et qu'elles exhalent une odeur aigrelette et vineuse, distillez-les : vous obtiendrez un bon esprit-de-vin, mais pas autant que si vous aviez aidé la fermentation avec un peu de levain ou de levure de bière. Car, sans ce levain, la fermentation est plus lente; il se produit beaucoup d'acide, et cela aux dépens de l'esp rit-de-vin (3). »

« Quelques théoriciens (c'est ainsi qu'il nomme les alchimistes qui négligent la méthode expérimentale) soutiennent que l'esprit-de-vin est une espèce d'huile. Mais aucun des caractères propres à l'huile n'est applicable à l'esprit-de-vin; car celui-ci ne nage pas sur l'eau, il ne dissout pas le soufre, et ne forme pas de savon avec les alcalis. Donc , l'esprit-de-vin n'est pas une huile* (4). »

Il s'en faut de beaucoup que tous les chimistes du xvii*^ siècle aient raisonné de celte façon-là.

Kunckel savait fort bien que les acides, les plantes amères

(1) Voy. p. 159 et 188 de ce volume.

(2) Vollstaendiges LaboraL, p. 636.

(3)Ibid., p. 638..

(4) Ibid., p. 642.'

(huiles essentielles), le froid, sont autant d'obstacles qui arrêtent immédiatement la fermentation.

« Les acides empêchent, dit-il, la fermentation , parce qu'ils en tirent leur origine. Si, en faisant fermenter du sucre, vous y ajoutiez quelques gouttes d'huile de vitriol, vous verriez aussitôt la fermentation s'arrêter. Le froid agit de la même façon (1). »

Attribuant la plupart des maladies de Testomac à une sorte de fermentation, il recommande d'employer les substances contraires à la fermentation pour, combattre ces maladies.

a Les maux d'estomac, dit-il, ont pour cause des impuretés qui fermentent; car on les guérit facilement au moyen des acides ou des plantes amères : les acides et les plantes amères arrêtent la fermentation. Le sucre est contraire aux maladies d'estomac parce qu'il augmente la fermentation. »> ' . ,

La déduction est logique, en supposant que le principe soit vrai.

Le ferment, qui, conîme on sait, est une substance azotée, était déjà signalé par Runckel comme pouvant, par l'application de la chaleur, donner naissance à du sel volatil (d'ammoniaque) (2).

Sels, — Suivant Kunckel, les sels (alcalins) sont composés d'une terre subtile et d'une matière huileuse (3). Et, s'il ne croyait pas à la transmutation des métaux, il croyait, en revanche, à la possibilité de transformer les alcalis en acides, et les acides en alcalis (4).

Runckel avait une exacte connaissance de l'ammoniaque caustique, qu'il compare à la potasse caustique. Lorsqu'on traite le sel ammoniac avec de la chaux vive, on obtient la partie urineuse, d'une odeur très-forte (ammoniaque); de même, en traitant une bonne lessive avec la chaux vive, on a un produit soluble trèscaustique. « D'où vient, se demande-t-il , cette causticité? — Elle provient d'une combinaison {Vereinigung) : l'acide se sépare de la chaux et se porte sur le sel alcalin ; de là vient la-causticité de ce dernier sel (5). »

En effet il s'opère ici une combinaison; mais, notons-le, cette

(1) Vollstaendiges Laborat, p. ^51.

(2) Ibid., p. 92.

(3) Ibid., p. 11.

(4) Ibid., p. 133 et 138.

combinaison est précisément Tinverse de celle que supposait l'auteur (1).

La chaleur, qui se produit pendant Tunion des acides et des alcalis entre eux, n'avait point échappé à la sagacité de l'auteur. Cette chaleur, dit-il, peut être quelquefois assez considérable pour enflammer la poudre à canon (2).

Il avait également connaissance de l'alun à base d'ammoniaque; car il dit formellement que l'alun est un sel double {sol duplicatum)y dans lequel se trouve du sel urineux (ammoniaque) (3).

Moyen de constater la pureté de Veau-forte, — Ce moyen employé par Kunckel consiste à traiter cet acide par l'argent : si tout l'argent, raisonnaif-il , se résout en une liqueur limpide et trausparente, l'acide est pur ; celui-ci est au contraire impur (contenant de l'esprit de sel), si la liqueur est trouble, et qu'elle laisse déposer une chaux blanche (chlorure d'argent] (4).

Moyen de préparer de V argent parfaitement pur, — Ce moyen , indiqué il y aura bientôt deux cents ans, est le même que celui qu'on met encore aujourd'hui en usage : a La dissolution de l'argent dans l'eau-forte est précipitée par le sel commun; le précipité blanc (chlorure d'argent) est ensuite mêlé avec de la potasse et calciné dans un creuset (5). » La seule différence, insignifiante du reste, c'est qu'on substitué en général la chaux à la potasse.

Emploi de r huile de vitriol pour séparer l* argent de Vor. — Ce procédé , qui est considéré par quelques chimistes comme une découverte récente, était également connu de Kunckel, qui dit : « L'huile de vitriol dissout l'argent, mais seulement en faisant bouillir la liqueur ; cette même huile de vitriol ne dissout pas l'or, qui peut être par là séparé de l'argent (6). »

Antimoine. — Il y a, dans le Laboratorium de Kunckel, plusieurs chapitres sur l'emploi des préparations antimoniales , qui sont

(1) On sait qu*en traitant du carbonate de potasse (sel de lessive) par lacliaux TÎTe, Tacide carbonique da sel de lessive se porte sur la chaux, et donne ainsi naissance à la potasse caustique.

[lYiVollstaendiges Lahorat.^ p. 437.

(3) Ibid., p. 228.

(4) Ibid., p. 161. . —

(5) Ibid., p. 297.

(6) Ibid.^ p. 288.

du plus haut intérêt pour l'histoire de la thérapeutique médicale; mais notre sujet ne nous permet pas de nous y arrêter. On y trouve, entre autres, un cas d'empoisonnement qui eut lieu dans des circonstances assez singulières. Une femme demandée un pharmacien du régule d'antimoine (antimoine métallique] pour se purger. Le pharmacien, voulant montrer à sa pratique toute sa science, lui dit : Attendez un instant, que je chasse auparavant le poison par le feu. Et aussitôt il se mit à calciner l'antimoine (le convertir en oxyde d'antimoine). La pauvre femme qui prit cette poudre eut, comme on le pense bien, des vomissements atroces, et faillit trépasser. La dose de l'antimoine métallique que le pharmacien avait calciné pour en chasser, comme il disait, le poison, était de 35 grains (1).

L'auteur préparait le régule d'antimoine en chauffant Tantimoine calciné (oxydé) avec un mélange d'huile, dé beurre etde poussière de charbon. Par le carbone qu'ils renferment, J'huile et le beurre agissent, comme' on sait, de la même manière que la poussière de charbon.

Préparation et distillation des huiles essentielles dans dePalcool» — Ce procédé est très-ingénieux; aussi allons-nous le reproduire tel que Kunckel le décrit : « Je fais dissoudre un peu de sucre dans de l'eau chaude, et mets le solutum dans une cornue, après y avoir ajouté deux ou trois cuillerées de levure de bière fraîche. Lorsqtie je vois que la fermentation est bien établie, j'y jette les Heurs dont je veux retirer l'essence. Je surn^onte ensuite la cornue de son chapiteau, auquel j'adapte un récipient, et je distille le mélange à une chaleur douce. De cette manière j'obtiens un excellent esprit contenant toute l'essence des fleurs ou des herbes. Les premières portions qui passent à la distillation sont les plus riches en essence ; les dernières sont les plus pauvres; et il faut alors arrêter l'opération (2). »

Ne serait-il pas possible, nous le demandons, que l'alcool, au moment où il se développe par la fermentation du sucre, conséquemment à l'état naissant, fût plus apte que dans tout autre état à ^'emparer des huiles essentielles des plantes, et à les entraîner dans le récipient?

Kunckel n'était pas seulement un chimiste expérimentateur, il

(1) Vollsiaendiges Lahorat., p. 414

(2) Ibid., p. 649.

cultivait encore avec goût, et avec un véritable amoui^de la science, la physiologie et Thistoire naturelle. C'est à lui que nous devons les premières observations concernant Faction que la liimière exerce sur la végétation. Il était parvenu, à Taide de nombreuses expériences, à reconnaître que les plantes que l'on fait croître dans Tobscurité n'atteignent jamais leur perfection; que surtout elles n'acquièrent pas d'odeur, et sont privées de leurs molécules aromatiques.

La lumière est pour Kunckel un agent important , qui exerce même une certaine influence sur les métaux. A ce propos il cite une expérience fort remarquable, qui devait être un jour féconde en résultats : a Lorsqu'on interpose entre la flamme et le métal qu'elle fait feindre, un crêpe {Flohr) métallique^ Taction de la flamme est suspendue. Cet effet est dû à l'obscurité placée entre la flamme et le métal (i). »

11 est à regretter, pour la zoologie, que Kunckel n'ait pas publié son traité, qu'il avait promis ^ sur la faune de l'Allemagne. L'étude des instincts et des mœurs des animaux était chez lui une véritable passion, comme il semble l'avouer luimême : a Si mes amis, dit -il, me reprochent de m'étre^ livré à la chasse et à la pèche, ce n'était pas pour moi un sin^ple amusement; j'ai appris ainsi les habitudes eLmille ruses des animaux. D n'y a pas d'espèce d'oiseau en Allemagne que je n'aie élevée auprès de moi, dans le dessein d'en étudier les mœurs. Un jour l'électeur Jean-George II, entrant dans mon laboratoire, aperçut dans un coin toute une couvée de mésanges. Le prince me demanda en riant si ces oiseaux devaient chanter pour me faire passer le temps (2). »

Mais arrêtons-nous ici dans notre analyse. Qu'il nous suffise de déclarer que si tous les savants du xvii^ siècle avaient été des observateurs aussi sages et aussi habiles que Kunckel et Boyle, nous aurions pu saluer l'avènement de la science moderne un siècle plus tôt.

(1) Vollstaendiges Laborat., p. 23.

(2) Ibid., p. 364.

S» ^oachiin Bêcher*

Sfahly disciple de Bêcher, a beaucoup contribué à la renommée de son maître. Mais Bêcher est loin d'être toujours fidèle à la méthode expérimentale, qui était destinée à ouvrir à la science des voies nouvelles. Il s'engage souvent dans des théories qui rappellent le règne de la dialectique. Son amour-propre et son ambition lui suscitèrent beaucoup d'ennemis, et lui causèrent beaucoup de désagréments dans sa vie.

J. Joachim Bêcher naquit en 1635 à Spire, où son père était ministre protestant. La guerre de Trente ans désolait alors TAIIemagne, transformant les contrées les plus fertiles en d'affreux déserts. Le jeune Joachim perdit de bonne heure son père et sa fortune, et, dès l'âge de treize ans, il fut obligé de passer leà jours à donner des leçons de lecture et d'écriture pour vivre et soutenir en même temps sa mère et ses frères ; il employait les nuitsà étudier et à se faire sa propre éducation. Plus tard, il se mita voyager en Suède , en Hollande, en Italie , et entra en relation, ainsi qu'il le raconte lui-môme, avec les savants les plus célèbres de son tenips (i).

En 1666, il devint professeur de médecine à l'université de Mayence. Mais il quitta bientôt les États de l'électeur pour aller s'établir à Munich, où il obtint, comme il nous l'apprend luimême, la direction du plus beau laboratoire de chimie de l'Eu-, rope (2). S'étant attiré la haine du chancelier de la cour de Bavière, il jugea prudent de s'éloigner du pays, et se rendit à Vienne, où il gagna les bonnes grâces du comte de Zinzendorf, qui le fit nommer conseiller de la chambre du commerce. Là, il ne tarda pas à tomber en disgrâce auprès de son protecteur. U quitta dès lors les États autrichiens et se réfugia en Hollande, où

(1) Psychosophia qucvst., 152, p. 308. -— « A Stockholm j'ai connu, du temps de la reine Christine, Descartes, Saimasius (Saumaisc), Naudé, Bociiart, Mersenne, Heinsius, Freiosheim, Boekler, Meibome, Schaeffer; en Italie, Tabbé Bonini, de Castagna, Tachenius; en Hollande, Sylvius, Hornius, Schoten, etc. »

(2) Physica subterranea, Praer Cum laboratorium commodissimum, augus*

tissimum, omnlbusque requisitis et materialibus inslruclissiniuni,in tota Germania, ne dicam, inEuropa, sui simile vix repei^ibile hic Monachii in Aula habuerim, etc.

TEOISlilfE ÉPOQUE. 207

il s'établit à Harlem vers 1678. Il présenta à cette dernière ville et aux états généraux toutes sortes de plans de finances et d'industrie pour augmenter la richesse métallique de la Hollande, et notamment pour retirer des sables des dunes l'or qu'ils pouvaient receler. Mais, soit qu'on n'eût pas goûté ses conseils, soit qa'il fût déçu dans ses espérances, ou que, ainsi qu'il le prétend , ses ennemis de Vienne ne le laissassent nulle part en repos, il passa en 1680 en Angleterre, et explora pendant deux ans les mines de Gornouailles et d'Ecosse. Mais son humeur vagabonde lui fit encore quitter ce pays. Sur l'invitation du duc de Mecklenbourg, qui lui promit une place honorable avec de bons appointements^ il revint en Allemagne, où il mourut peu de temps après son retour, en 1682, à l'âge de cinquante-sept ans.

Parmi les ouvrages de J . Bêcher, écrits partie en latin, partie en allemand , nous citerons, d'après Gmelin : Physiea subterranea (i); — Œdipus chymicus , seu Institutiones chymicx (2) ; — Ixperimentum novum ac curiosum de minera arenaria perpétua (3) ; — Trifolium Becherianum hollandicum (4); — Magnalia naiurœ (5);'— Tripus bermeticusy etc. (6); — Becheri ^ Lancehttiy etc., epistolx quatuor chemicx (7); — Grosse chimische Concordanz (8) ; — ISàrrische Weissheit und weisse Narrheit (Sagesse folle et Folie sage) (9); — Pantaleon delarvatus (10) ; — Chymischer Rosengarten (Jardin de roses chimique) (11).

Il 7 a dans ces écrits beaucoup plus de théories que de faits. L'auteur ne paraît point avoir eu des doctrines bien arrêtées ; son imagination, franchissant le domaine de l'expérience, s'abandonne à des idées ingénieuses sans doute, mais souvent contradictoires.

(l)Fra|ic., 1669 et 1681, inS». — Édit. de Slalil; Leips., 1702, 1703,;i738,

(2)Am8terd., 1664; in-12. — Édit. Rosenstengel ; Francf., 1705 et 1716, in-S". Ihdtrît en allemand; ibid., 1680, in-8°.

(3) Franc, 1680. — Dans toutes les éditions latines de Physiea subterranea.

(4) Amslerd., 1679 (en allemand}; Francf., 1679, in-S^".

(5) Lond., 1680, in-4<'.

(6) Francf., 1680, in-8*».

(7) Amsterd. et Hambourg, 1673, in-4°.

(8) Francf., 1682, in-4*'.

(9) Francf., 1682 et 1686, in-12.

(10) Opusc. chimie: rarior., t. XI, p. 295-310.

(11) Ibid., IX, p. 207-256.

A propos de la composition des métaux et en général des minéraux, il paraît admettre trois éléments : une terre vitrifiable, transparente, une terre subtile, volatile, mercurielle, et un principe igné, combustible (1). Ce dernier principe servit probablement de base à la théorie du phlogistique de Stahl. -^ Les trois éléments de Bêcher devaient remplacer les trois éléments des anciens : le sel , le soufre et le mercure.' Qusini diusolvens catholi^ cum, acidum universale, spiritus esurinus, principe universel qui devait, selon Tauteur, se trouver dans les eaux, dans les sels, et faire croître les minéraux, etc., il n'est guère possible, comme on le prétendait, d'y reconnaître Toxygène ou l'acide carbonique (2).

On doit à Bêcher un procédé plus commode pour préparer le beurre d'antimoine (jusqu'alors préparé avec le sublimé corrosif), en traitant ^antimoin^ avec un mélange de sel commun et de vitriol (3}. Il paraissait avoir eu connaissance de l'acide boriqup, obtenu en traitant le borax par l'huile de vitriol (4).

Si Bêcher avait suivi la méthode de Boyle, il aurait pu rendre de grands services à la science ; car il était loin d'être dépounu de sagacité.

En tête des médecins qui se sont distingués, au xvii* siècle, par un sage éclectisme , et par une rare impartialité dans le conflit des opinions contraires, il faut placer A. Sala et 0. Tachenius.

Ani^elo (Sala.

Natif de Vicence, Sala quitta très-jeune l'Italie, et pa^ssa toute sa vie en Allemagne, dont il avait adopté les mœurs et les usages. En 1602 il se mit, comme il le dit lui-même, à exercer la médecine à Dresde (5). Quelques années après, on le trouve à Torgau, à Araberg, et dans beaucoup d'autres villes de la Prusse, de la Bavière et de l'Autriche.

(1) Physica subier r an,, Wb. I, secl. III, c. iii-v.

(2) Ibid., lib. I, sec. II, c. iv.

(3) Chymischer Rosengarten, p. 76, 77 ( édit. Nuremb., 1717, in 8°).

(4) Thèse chim. Vl.SuppIem. ll/in Physica subterv,

(5) Hemetologia, curat. XIV, p. 512 (Opéra medico- physica). .

Angelo Sala est un observateur habile, doué d'un sens droit et d'un jugement sûr. Ennemi de Torgueil, du charlatanisme et de toutes les exagérations systématiques, il apprécie à leur juste valeur le bon et le mauvais côté des écoles antagonistes des médico-chimistes et des médecins galénistes.

SalaaparfaitementjustiRé sa réputation par d'importants écrits, qui ont été recueillis après sa mort et réunis en un volume par F. Beyer, en 1647 (1). On y remarque des traités fort instructifs sur le sucre {Saccharologia\ sur le tartre (Tartarologia), sur la distillation des essences, de Teau-de-vie (Hydrelxologia), etc., sur l'antimoine ( Anatomia aniimonii). Nous allons faire connaître les points les plus saillants de ces écrits.

Saccharologie, — La clarification et le raffinage (reaffinatio) du sacre au moyen du blanc d'œuf et de la chaux y sont exposés d'ane manière aussi simple que claire. L'auteur s'attache à combattre et à détruire le préjugé, si généralement répandu, que la chaux vive communique au sucre des qualités malfaisantes (2). n connaissait le produit acide de la distillation du sucre, et lui attribuait la propriété de dissoudre les pierres calcaires (3).

Sala avait très-bien observé qu'une dissolution aqueuse de sucre contenant un peu de levure de bière donne au bout d'un certain temps une quantité notable d'esprit-de-vin. — Personne n'ignore aujourd'hui que c'est un des caractères essentiels du sacre de se transformer en alcool, par suite de la fermentation. —Mais Sala n'a pas fait mention du corps aériforme (gaz acide carbonique) irrespirable qui s'échappe au moment de cette métamorphose. Quant au vinaigre , il était, selon l'opinion de l'auteur, un produit d'altération de l'esprit-de-vin.

Tartarologie. — On trouve indiquée dans la Tartarologie la préparation de l'émélique ferrugineux, dans lequel le peroxyde de fer remplace, comme on sait, exactement l'oxyde d'antimoine (4).

L'auteur parle de l'extraction du tartre non-seulement du vin, mais encore des feuilles de vigne, de mûrier, de tamarin, etc. Il donne aussi le nom de tartre (iartarum) au sel d'oseille, qui, comme

' (l).Angli Salae Vicentini cliyiniatri caiididissimi et arcliiatrf Megalopol itani, Opéra inedicochyinica quœ exstant omnia; Frascf., 1617, in-4^

(2) Pars I. c. 3, p. 152.

(3) Pars II, c. 1, p. 162.

(4) Secl. l,c. 8, p. 131.

HI8T. DE hk CBIMIB. — T. II. 14

l'on sait, contient la même base (potasse), mais combinée ayêcnn acide différent (acide oxalique) de celui du tartre (acide tar* trique). Pour faire, dit-il, du tartre bien acide, il faut exprimer le suc de l'oseille [rumex acetosa\ eile clarifier avec du blanc d'œof. Gela fait, il faut filtrer la liqueur, l'évaporer, redissoudre le résidu dans l'eau bouillante, et l'abandonner à la cristallisation. C'est la première fois qu'il est ainsi question du sel d'oseille (1).

Hydréléologie. — On est surpris devoir avec quel soin raatenr savait ménager la température, varier les degrés de chaleur, pn l'emploi des bains de sable, de cendre, d'huile, d'eau^ etc., dans la distillation des essences et d'autres produits vaporisables.

La fermentation est définie par lui « un mouvement intime de$ particules élémentaires qui tendent à se grouper dans un ordre différent, pour donner naissance à un composé nouveau ». Il est impossible de donner de ce phénomène, autour duquel gravite toute la chimie organique, une définition à la fois plus lai^et plus exacte.

Selon les alchimistes, tous les corps de la nature sont susceptibles de fermenter. En restreignant cette manière de voir. Sala soutient que la nature des métaux, qui ne sont pas des êtres vivants, répugne à toute fermentation , et qu'il est impossible d'en retirer aucune quintessence (2).

C'était là en quelque sorte proclamer implicitement que les métaux sont des corps simples, puisque la fermentation n'est que la séparation des éléments qui tendent, par un mouvement moléculaire, à se grouper différemment pour former d'autres composés.

Les bières qu'on fabriquait en Allemagne du temps de Sala paraissent avoir été, en général, beaucoup plus riches en alcool qu'elles ne le sont aujourd'hui. Ainsi la bière tant vantée de Bernburg (duché d'Anhalt) contenait environ 16 pour 100 d'alcool. L'auteur ajoute que c'est à peu près la proportion que renferment les vins d'Espagne, et que c'est pourquoi la bière de Bernburg est si enivrante (3). On sait que la bière double anglaise contient à peine 4 à 5 pour 100 d'alcool.

Le cidre de Normandie ( sïïAws in Kormandia), suc fermenté

(1) Sect. II, c. 4, p. 138.

(2) Sect. n, c. 4j p. 96.

(3) Sect. IV, c. 7, p. 98.

TROISlisME ÉFOOinE. 211

les poires oii des pommes, est, selon l'auteur, également riche n eau-de-vie (1).

Uhpdréléologie contient un chapitre spécialement consacré à a préparation de l'eau-de-vie de grain (2).

Ton» les habitants des contrées du Nord savent, y est-il dit, aire de l'eau-de-vie avec le fruit des céréales. A cet effet, ils se servent du blé tel qu'ils l'emploient pour la fabrication de la bièr^ iprès ravoir grossièrement moulu, ils le jettent dans une cuve, y ressent de Teau tiède, et remuent celte pâte demi-liquide avec les spatules ; ils y ajoutent de la levure de bière, et abandonnent e tCMit à la fermentation . Il faut, ajoute Tauteur, avoir quelque Ikabitude de la chose pour savoir quand la fermentation est parfaitement accomplie et quand il est opportun de soumettre la matière à la distillation pour en retirer Veau ardente (alcool). La fabrication de Teau-de-vie de grain était déjà avant la guerre de Trente ans, c'est-à*dire avant Tannée 1618^ une branche d'industrie importante dans le district de Magdebourg et surtout dans la ville de Wernigerode (Harz), laquelle appartenait alors au domaine des comtes de Stollberg.

Il n'est pas indifférent, en botanochimie, de traiter les racines, las tiges, les feuilles, les fruits des plantes, par Talcool, ou par Ueaa; car il y a des cas où l'un de ces véhicules est plus apte que l'autre à se charger des principes qui affectent le goût ou l'odorat; en général, l'alcool se pénètre mieux que l'eau du luincipe odorant (huile essentielle), et l'eau dissout davantage le principe amer.

CSette idée, qui témoigne d'un esprit sagace, se trouve exposée avec une admirable clarté, et appuyée sur des données ]K)8itive8, dans un appendice à i'hydréléologie (3).

Ànaiomiâ de l'antimoine. — Aucun médecin n'avait encore autant que Sala insisté sur les précautions infinies avec lesquelles il importe d'administrer les préparationsantimoniales. «Quiconque, dit-il, aime sa santé doit se tenir en garde contre ces médicaments. Indépendamment de l'arsenic qui s'y trouve naturellement, l'antimoine peut, en se combinant avec d'autres corps, acquérir des propriétés vénéneuses, de même que le mercure, qui

(1) Sect IV, «. 8, p. 98.

(2) Sect. IV, c. 9.

(3) Opéra (nania^ p. 102 (édit.Francf., 1647).

212 HISTOiaS DE LA CHIMIE.

en lui-même n'est pas un poison, peut le devenir, à l'état de sublimé (1). »

Enfin, en esprit judicieux, l'auteur arrive à conclure que dans l'emploi de l'antimoine il est absolument nécessaire de prendre en considération et la qualité et la quantité du médicament antimonié, en même temps que le tempérament et la constitution do malade, et l'espèce de maladie qu'on cherche à combattre.

Après s'être élevé avec force contre les médecins qui igno-* rent tout à la fois la pathologie et la chimie, il s'adresse aux alchimistes, qui prétendent retirer de l'antimoine un mercare particulier propre au grand-œuvre. « Montrez-moi, leur dit-il, seulement une goutte de votre mercure merveilleux, et je voos croirai. En attendant, je reste sourd à vos déclamations, vides de sens.»

Outre \e§ sulfures et les oxydes simples d'antimoine, Sala connaissait, ainsi que nous l'avons déjà vu, Vémétique. Il parle, en termes assez précis, d'un précipté d'antimoine qu'on a ftit bouillir jusqu'à décoloration dans une liqueur alcaline de sel de tarlre. Mais comme il ne s'étend pas sur ce composé, ilest àprésumer qu'on n'en avait pas encore fait usage en médecine (2).

On savait déjà du temps de Sala que le vin dans lequel on laisse tremper du verre d'antimoine devient un vomitif ou un purgatif très-énergique, suivant ladurée de l'immersion. Les vins du Rhin, si riches en tartrç, étaient les plus propres à cette macération.

C'est à ce propos que l'auteur raconte l'histoire d'un Allemand Cumulant les fonctions de médecin et d'apothicaire, que les malades venaient voir de plusieurs lieues à la ronde, pour le consulter ou plutôt pour lui emprunter son talisman, un morceau de verre d'antimoine. Suivant que le malade avait besoin d'un médicament plus ou moins actif, il laissait cette substance trois, quatre, cinq heures en contact avec le vin qu'il devait boire. Ce talisman avait dans l'espace de quatre ans circulé dans tous^les pays d'alentour; il avait été prêté à plusieurs centaines de paysans, et chacun (J'eux, en le rapportant à son propriétaire, l'avait accompagné d'une douzaine d'œufs (3).

(1) Pars I, c. 3, p. 306.

(2) Pars I, c. 4, p. 321. — Ântimonium sic prœcipitatum — buUiat in li»?io taftari, repetendo hoc opus loties lisque dam iixivium Dullum amplius colorem assumât.

(3) Pars II, c. 1, p. 332.

TROISliBfE ÉPOQUE. 213

Parmi les observations curieuses dont les écrits de Sala fourmillent, nous nous bornerons à signaler encore les suivantes.

Composition du sel ammoniac. — C'est par la synthèse que Sala démontre le premier la composition de ce sel. Si vous mettez ensemble, dit-il, une partie de sel volatildes urines {ammoniaque) avec une proportion conyenable d'esprit de sel ( acide chlorhydrique), vous obtiendrez un produit qui ressemblera en tous points au sel ammoniac ordinaire (1).

Les expériences les plus anciennes qu'on ait faites sur la composition des corps sont non pas analytiques, mais synthétiques (2). L'esprit humain a toujours débuté par la synthèse.

Acide phosphorique. — Ce produit était obtenu très-impur et mélangé de sulfate de chaux. L'auteur, qui le prescrivait comme on préservatif contre la peste, le préparait en traitant des cornes de cerf ou des os calcinés et pulvérisés avec de l'huile de vitriol (acide sulfuriquej (3).

Esprit ou huile de vitriol. — Tout parait clair et simple à celui qui sait déjà. C'est pourquoi bien des questions que les anciens devaient se ,'poser laborieusement, nous paraissent aujourd'hui A futiles. Ces questions cependant étaient danà leur temps d'un intérêt niajeur. En voici un exemple :

L'tsprit de vitriol retiré (par la distillation) du vitriol de cuivre est-il sous tous les rapports le même qge celui que Ton retire du vitriol de fer? C'est là ce que se demandaient autrefois les ehimistes. Presque tous admettaient deux produits différents : un esprit de Vénus, contenant un peu de cuivre , et un esprit de Mars, contenant un peu de fer.

Après avoir démontré que ces deux produits ne contiennent ni du cuivre ni du fer, et qu'ils ne constituent qu'un seul et même composé, Sala cherche à établir que l'huile ou l'esprit de vitriol n'est autre chose qu'une vapeur sulfureuse ayant enlevé quelque chose à l'air ambiant {ab ambiente aère extractum) (4).

Il est à regretter que Tauteur n'ait pas fait des expériences directes pour élever son idée à la hauteur d'une vérité scientifique, en démontrant que ce quelque chose qui transforme le soufre en acide est le même corps aériforme (gaz oxygène) qui entretient

(1) Synop, aptiorism. chymiatr., aph. 38, p. 246.

(2) Yoy. plus haut la composition du cinabre, 1. 1, p. 332 et 387.

(3) Tract de peste, p. 454.

(4) De natura spirilus v itrioli, p. 405-408.

214 HISTOUII DE Là CHIMIE.

la combustion et la respiration. Mais ceci était réserié à un temps qui ne devait pas être éloigné.

La plupart des idées de Van Hehuoiit et de Sala furent ttpriim / et poussées jusque dans leurs dernières conséquences par uAiii* '\ decin d'une grande autorité. C'est celui dont nous allons parkr.

Français Dnliols (l>elelK>ë), dît «ylHwu

Nul ne porta aussi loin que Dubois la cbimie appliquée àla aidecine ; cela se comprend aisément de la part d'un bomme qui était.convaincu que les fonctions de la vie ne sont que des opéittions chimiques.

François Dubois naquit en 1614, à Hanau, d'une ancienne hmille noble (Grèvecœur), d'origine française, qui s'était expatriée pendant les guerres de religion. Dès son jeune âge il se livra à l'étude des sciences médicales, sous la direction de Yorst, Heurnius, Zwinger et Stupanus, et obtint, en 1637, le grade de docteur à l'université de Bâle. Il exerça pendant plusieurs innées la médecine à Hanau , à Leyde et Amsterdam , et s'acquit une grande renommée comme praticien. En 1658, il fut appelé à remplir une chaire de médecine à l'université de Leyde ; il y réunissait, jusqu'à la fin de ses jours, un auditoire très-nombreux, composé de Français, d'Allemands, d'Anglais, d'Italiens, enfin d'élèves de toutes les nations, accourus pour entendre la parole du maître, niont le nom retentissait alors dans toute l'Europe. La mort le surprit à peine âgé de cinquante-huit aos, au milieu d'une brillante carrière. Sa devise était celle d'un homme qui comprend la vie : Bene agere ac lœtari.

Les écrits de Sylvius, nom latinisé de Dubois, ne sont pas bien nombreux; ils ont été réunis en un seul volume et imprimés à Amsterdam, en 1679 (i).

L'auteur n'a composé aucun4raité spécial sur la chimie ; mais sa Methodus medendi et sa Praxis medica parlent de la préparation de quelques médicaments chimiques utiles à connaitre.

(1) Francise! Deieboe Syl?ii Opéra medica, vol. iii*4°.

. TROISIEME EPOQOB. 215

On y rouve en même temps des doctrines physiologiques et palhoiogiques où la chimie domine.

Digestion. — Cette fonction importante de l'économie est selon

Dobois une véritable fermentation , dans laquelle la salive, le

suc pancréatique et la bile jouent le principal rôle ; c'est ce qu'il

appelle le triumvirat (1). L'estomac réunit toutes les conditions

propres à entretenir la fermentation : il a de l'eau (salive ef suc

pancréatique), des matières fermentescibles (aliments) et une

chaleur douce et constante (chaleur animale). A leur entrée dans

le duodénum, les aliments subissent le contact de la bile, qui

complète la fermentation, en servant à séparer le chyle des

fèces.

La bile se compose d'une matière huileuse, d'eau, d'un esprit ▼olatil et d'un sel lixiviel (carbonate de soude ) (2). Une portion de la bile passe dans le sang, auquel elle communique la matière colorante, une saveur amère (3), en môme temps qu'elle le rend plus liquide (4).

Une autre portion de la bile est employée à diviser chimiquemeat les aliments dans les intestins; elle est rejetée avec les matières ezcrémentitielles (5).

Un grand nombre de maladies sont engendrées par la violation des sucs qui président à la digestion. La goutte a pour cause un acide qui a passé dans la lymphe et dans le sang.

Circulation. — Harvey, qui venait de découvrir la circulation du sang, avait trouvé en Sylvius un ardent défenseur. D'après ce dernier, c'est dans l'oreillette et le ventricule droits du cœur que le sang rencontre cette autre portion qui se trouve mêlée avec de la bile. Au moment de ce contact il se manifeste une effervescence comparable à celle que produit l'huile de vitriol étendue d'eau avec la limaille de fer (6). Cette effervescence est le foyer de la chaleur animale, entretenue par l'air (7).

Respiration. — Sylvius connaissait la différence qui existe

(1) Method. med.y lib. i, c. 1, § 18; c. xvi. § 6. — Praxis med., lib. i, c. vu, c. X.

(2) Prax. med.f 1, c. x, § 9.

(3) Meth. med., lib. I, c. yi, § 8 et 16.

(4) Ibid., lib. II, c. xxviii, § 5, 9, 10.

(5) Prax, med., lib. I, c. i, § 3; c. xi, § 7.

(6) Ibid., Append., tract. Y, § 42S.

(7) Ibid., lib. I, c. xlvi,§35. — Append., tract. IX, § 117, 119.

entre le sang de la moitié gauche du cœur et celui de la moitié droite de cet organe; et il attribue la coloration rouge du sang artériel à Tair absorbé pendant la respiration (1).

La repi ration a selon Tauteur la plus grande analogie avec la combustion, et l'activité de cette fonction est en rapport avec la température et la pureté de l'air. L'air introduit dans le corps par f acte d'inspiration a pour but de tempérer la chaleur produite par ^effervescence dont nous venons de parler. L'acte , d'expiration sert à éliminer les vapeurs qui naissent de cette effervescence (2).

Les maladies tirent, continue Sylvius, leur origine tantôt d'un , principe acide, tantôt d'un principe alcalin. Ainsi, la peste ai pour cause le sel volatil (ammoniaque), qui tient le sang dans un état de fluidité anormal, et s'oppose à sa coagulation. Ce qui le prouve, c'est qu'une solution de ce sel injectée dans les veioes produit les symptômes de la peste (3). C'est pourquoi les moyens prophylactiques et le meilleur traitement de ces maladies re- ' posent sur l'emploi des acides (4).

Beaucoup de maladies de l'estomac ont pour cause un principe acide ; ce qui le prouve, c'est que les meilleurs remèdes employés à combattre ces maladies consistent dans l'emploi des matières alcalines ou d'autres substances qui se combinent avec les acides (5).

Les idées pathologiques de Sylvius ont été en partie renouvelées de nos jours.

Médicaments chimiques^ — Sylvius était partisan de l'emploi à^^ médicaments énergiques. Il n'hésitait pas à prescrire intérieurement les cristaux de lune ( nitrate d'argent ) et le vitriol blanc ( sulfate de zinc), pour provoquer le vomissement (6) ; il .ordonnait le sublimé corrosif à la dose d'un quart de grain, ajoutant qu'il y aurait du danger à dépasser cette quantité (7).

Les préparations antimoniales surtout trouvèrent en lui un zélé partisan. Voici celles que Sylvius aimait à préconiser •

(1) Praxis med,, lib. I, c. xxv,§ 1

(2) Disputât, de respiratione, etc., § 69, 73.

(3) Prax. med.y Append., tracl. Il, § 55, 56 et sulv. (4)Ibid., §90etsuiv.

(5) Prax. med,f lib I, c. ii, § 5.

(6) Method, med., lib. II, c. xi, § 83. — Prax. med., Append., tract. VI, § 16^-

(7) Ibid., lib. II, c. v, $ 22.

i' le régule d'antimoine à Télat de pilules (glohuli), qui, après aToir été rendues par les selles, étaient lavées et conservées pour le même usage; 2*» le beurre d'antimoine (butyrum aniimonii), obtenu en soumettant à la distillation un mélange d'antimoine brut et de sublimé corrosif; 3" le mercure de vie (oxyde d'antimoine), appelé aussi poudre d'Algaroih : on le préparait par la voie humide, en ajoutant au beurre d'antimoine de l'eau, ou une solution d'huile de tartre ( carbonate de potasse) ; 4«le verre d'antimoine, préparé de différentes façons (1). Les doctrines de Sylvius, bien qu'elles aient souvent donné prise à la critique, ont beaucoup contribué à faire comprendre aux médecins l'importance de l'étude de la chimie.

Otto Tachenins.

Tachenius, dont le véritable nom est Tacken, doit être compris au nombre des chimistes les plus distingués de son époque. 11 vivait vers le milieu du xvii® siècle ; les dates de sa naissance et de sa mort sont incertaines. Versé dans la connaissance de l'antiquité, et nourri de la lecture des œuvres d'Hippocrate,deGalien et de Pline, Tachenius fut un des partisans les plus éclairés de l'école philosophique qui avait proclamé la nécessité de la méthode expérimentale. Les rapprochements qu'il fait entre les opérations des chimistes les plus récents et les divers passages des anciens, et surtout d'Hippocrate, auquel il attribue des connaissances au moins exagérées, sont, il est vrai, souvent forcés et peu persuasifs ; mais ces rapprochements sont accompagnés de beaucoup de détails intéressants, de commentaires et de faits nouveaux, qu'il est de notre devoir de signaler.

Natif d'Hervorden en Westphalie, Tachenius se voua, dans sajeunesse à l'étude de la pharmacie. Il passa la plus grande partie de sa vie enitalie, etparticulièrementà Venise, où il fit paraître la plupart de ses écrits, dans lesquels il ne ménage point les médecins de son temps. Il avait engagé une polémique très-vive avec un médecin danois, Dietrich (2), qu'il appelle faussaire et

(1) Meth.med., lib. II, ex; De vomiioriis, § 34 — § 47.

(2) Yindiciœ adversus Oth. Tackenium; Hamburg, 1655 , in- 4''.

il8 . HISTOIBB DE LA CUUnE.

pseudo- chimiste, dans son Apologie contre les attaques de ce médecin (I).

Le premier ouvrage qu'il ait composé porte la date de 1655.

Les écrits de Tachenius sont assez nombreux. Outre sa Réponse à la diatribe de Dietricb, on a de lui : Epistola de famoso Uguort alcahest (2) ; — Exercitatio de recta acceptatione arthritidis H podagrœ (3) ; — Hippocrates chemictis, qui novissimi scUis antiquii* sima fundamenta ostendit (4) ; — Antiquissima medicinœ Hippth cratisclaviSy manuali experientia in naturse fontibns elaborata (5) ; . — Tractatus de morborum principio, apus ianto Achille dignum omnibusque ncevis liberum (6).

Ces trois derniers, et notamment Hippocrates chemiçus , sont les écrits les plus marquants de cet auteur.

•Tachenius était dominé par Tidée que les anciens, alors même que le nom de chimie n'existait pas encore, avaient des connaissances chimiques plus étendues qu'on ne pense , mais que des serments terribles défendaient aux initiés d'en parler.

Cette idée paraît entièrement confirmiée par nos recherches .sur Tart sacré qu'on pratiquait jadis dans les temples d'Egypte. L'art sacré, qui, ainsi que nous l'avons montré, embrassait les sciences physiques, et surtout" la chimie, faisait partie des mystères de l'antiquité, dont le voile fut déchiré dans la lutte mémorable entre les derniers défenseurs du paganisme et les premiers docteurs de l'Église chrétienne (7).

Dans l'analyse des travaux chimiques de Tachenius, nous avons à faire ressortir les points que voici.

Constitution des sels, — Sel ammoniac. — L'auteur donne le premier une définition rationnelle de ce qu'il faut entendre par sel : « Tout ce qui est sel se décompose, dit-il, en deux sub-

(1) Apologia contra falsarium et pseudocliimicum Helw. Didericum; — Echo ad vindicias Chirosophi , in qua de liquore Jalcahest Paracelsi et Helmontiî veterum vestigia perquiruntur; Venise, 1658, in-4".

(2) Venise, 1655 , in-4*'.

(3) Padoue, 1662, in-4°.

(4) Venise, 1666, in-12. — C'est cette édition que nous avons sous les yeux. —Ce traité eut encored'autres éditions : Brunsw., 1668 ; Leid., 1671 ; Paris, 1674.

(5) Brunsw.; 1668 ,• Venise, 1669, in-12 ; Francof., 1669 et 1673; Paris , 1671 ; c'est cette dernière édition que nous avons entre les mains.

(6) Brème, 1668; Leyde, 1671; Osnabrack, 1678.

(7) Voy. plus haut, t. I, p. 224 et suiv.

TROISIEME ÉPOQUE. tl9

stances^ savoir : un alcali ( base ) et un acide (1). » U cite comme exemple le sel ammoniac, « parce qu'on en tire l'esprit de sel (acide chlorhydrique), en tout semblable à celui obtenu avec le sel commun, et l'alcali volatil, identicjue avec celui que Ton prépare ao moyen de l'urine; en réunissant ensemble l'acide et l'alcali, on reconstitue le sel ammoniac tel qu'il était. »

n n'y a rien à objecter contre cette manière de voir. Tachenius tient parole quand il annonce, dans le style élégant et pittoresque qui lui est familier : Quicquid sensilms occultius se obiulii, iiludj [experientia duce, veslibus spoliavi, et veritatem rerum plane nudam ante oculos eanspieientium exposui (2). Plût à Dieu que ses prédécesseurs eussent toujours cherché la vérité nue f La science y aurait beaucoup gagné.

Sublimé corrosif. — L'auteur décrit minutieusement le procédé employé à Venise et à Amsterdam pour préparer le sublimé corrosif en grand par la sublimation d'un mélange de sel commun, de nitre et de vitriol (3). Il démontre qu'une dissolution de sublimé dans de l'eau distillée est précipitée en jaune ou en rouge sale par l'alcali qu'on retire des cendres traitées par la chaux vive, et en blanc par l'acali brut (4). C'est qu'en effet le premier est la potasse caustique, et le dernier la potasse carbonatée. Saponificaiion, — Venise avait depuis fort longtemps le monopole des savons. C'étaient en général des savons mous, médicinaux, préparés avec le sel lixiviel des cendres (potasse), rendu caustique par l'addition de la chaux vive. Pour citer un exemple de l'action caustique de la potasse, l'auteur raconte qu'un ouvrier employé dans une fabrique de savon tomba d'ivresse dans une chaudière où se concentrait cet alcali, et qu'en le retirant on ne lui trouva plus que les os : son vêtement de laine et ses chairs avaient été entièrement consumés.

Tachenius établit deux degrés de concentration : dans la liqueur alcaline du premier degré un œuf vient nager à la surface ; il tombe au fond dans la liqueur du second degré. Cette dernière solution, qui est la plus faible, était traitée par de l'huile ou de la graisse, pour en faire du savon. C'est ici que l'auteur émet une

(1) Omniasalsa in duas dividuntur substantias , in alcali nimirum et acidum. ffippocrates chetnicus, p. 10.

(3) Ibid., p. i90.

(4) Ibid., p. 28.

remarque qui fait honneur à sa perspicacité. « Dans la saponification, dit-il, c'est un acide qui se combine avec Taicali; car l'huile ou la graisse contient un acide masqué : oleum vel pinguedo — acidutn enim occuUum continet (1). b

Nous savons en effet aujourd'hui que les corps gras contiennent non pas un seul, mais plusieurs acides à la fois.

Tartre vitriolé (sulfate de potasse ). -^ Ce sel était préparé directement en versant de l'huile de vitriol sur du sel de tartre (carbonate de potasse), jusqu'après la cessation de l'effervescence qui se produit dans ce cas. En évaporant la liqueur, on obtenait le sel cristallisé, appelé dans les pharmacopées anciennes tartarus vitriolatus , ei universale dige$Hvum{2). ^^Vn autre mode de préparation consistait à traiter une solution de vitriol ( sulfate de fer) par le sel de tartre jusqu'à ce ^qu'il ne se ^produisit plus de précipité (3). La liqueur filtrée donnait par l'évaporation le tartre vitriolé en question (4).

En traitant le sel de tartre (carbonate de potasse) par levi" naigre, on obtenait l'acétate de potasse, appelé tartre de vin (tartarus vini); car on était persuadé que le tartre brut, tel qu'il se dépose sur les parois des tonneaux de vin, n'est autre chose que du vinaigre combiné ou neutralisé par l'acali fixe ( potasse ) (5).

L'auteur démontre par la synthèse que le sel ou l'eau de Minderer {aqua Mindereri) est un sel composé de vinaigre et d'alcali urineux (ammoniaque) (6).

H affirme que les sels de l'urine proviennent des aliments ingérés dans le tube digestif, et que l'urine des mourants est presque entièrement privée de sels (7). Un peu plus loin, il fait une observation très-remarquable', à savoir que le fer ne passe pas dans les urines, mais qu'il est entièrement rejeté par. les matières fécales, qu'il colore en noir (8). Il donne comme

(1) Hippocrates chemicus, p. 17.

(2) ftid., p. 47.

(3) U)id., p. 48.

(4) Rappelons ici que l'acide du vitriol acide se combine avec la potasse pour former du sulfate de potasse soluble, tandis que le fer (oxyde), ayant perdu son dissolvant , se dépose, et reste sur le filtre.

(6) Hipp, chem., p. 50.

(6) Ibid. p. 64.

(7) n)id., p. 91.

'"' '^^ fait, qui est parfaitement exact, s'explique par la formation d'un sulfure dA à la présence de matières sulfureuses.

preuve, que Purine des malades soumis à un traitement ferrugineux n'est pas colorée en noir par une infusion de noix de galle. « Le colcothar (oxyde de fer) est, dit-il, précipité et rendu insoluble déjà avant d'être absorbé par les vaisseaux du mésentère^ de manière qu'il est nécessairement obligé de rester dans les intestins (1).

La noix de galle, dont l'emploi comme réactif du fer était déjà connu des Romains, ainsi que nous l'avons &it voir (2), fut appliquée par Tachenius à toutes les solutions métalliques, de enivre, de zinc, de plomb, d'étain, de mercure. Il note l'abondance et la couleur de ces précipités; il contaste, entre autres^ que l'infusion des noix de galle transforme une solution d'or, colorant les doigts en pourpre, en une liqueur jaune succin, qui, étendue avec la main sur du papier, brille comme du vernis, après avoir été dessécbée (3). Tachenius a donc le premier généralisé l'usage de ce réactif.

Eau commune. — Eau distillée. — Jusqu'ici on avait employé pour les usages du laboratoire à peu près indifféremment l'eau commune et l'eau distillée. Tachenius appela d'une manière toute spéciale l'attention des chimistes sur la différence qui existe entre ces deux eaux.

« L'eau des rivières, l'eau des puits, enfin l'eau commune, contient, dit-il, du sel qui est nécessaire à la végétation des plantes et même aux animaux. Ce qui le prouve, c'est qu'une dissolution d'argent (nitrate d'argent) y produit un trouble, un précipité blanc, absolument comme si on avait versé dans cette dissolution un peu d'eau salée (4).

Yehise faisait un commerce considérable d'eaux distillées de plantes aronâatiques, et surtout d'eau de roses. Cette dernière était employée comme un remède anthelminthique ; mais elle occasionnait quelquefois le vomissement. « Cette action, que le vulgaire attribue, dit l'auteur, à l'eau de roses, est due à la présence de quelques parcelles de cuivre enlevées aux alambics cuivrés dont on se sert à Venise. En voulez-vous la preuve? Versez dans cette eau de roses quelques gouttes de sel alcalin, et vous verrez aus-

(1} Colcothar praecipitatur priusquam liquor ad nicsaraica rapiatur, itaut necessario inintestinis permanere^debeat. Hippocrat. chem., p. 103.

(2) Voy. plus haut, 1. 1, p. 131.

(3) Hippocrat. chem.y p. 115-117.

(4) Ibid., p. 132, 133.

2S3 HISTOIBB DE LA GUIlflE.

sitôt un précipité vert se ramasser au fond de la liqueur; celleci perd ainsi sa propriété vomitive, et devient semblable à toute autre eau de roses qu'on aurait distillée dans des vaisseaux de verre. Ce précipité vert, fondu avec du borax, vous donnera du cuivre (1). »

Arsenic. — Tachenius fournit des détails d'autant plus précieux pour l'histoire de la toxicologie, qu'il avait éprouvé luimême les effets de l'empoisonnement par l'arsenic. Voici à quelle occasion. Il chauffa de l'arsenic.dans un vaisseau fermé, afin de le rendre fixe, suivant le conseil d'un certain alchimiste, Jean Agricola (qu'il ne faut pas confondre avec Georges Agricola). Voulant s'assurer s'il avait réussi, il ouvrit le vaisseau, et aspiraune vapeur (auram) qui produisit dans sa bouche la sensation d'une saveur sucrée très-extraordinaire, «Mais au bout d'une petite demi-heure j'éprouvai, dit-il, une contraction douloureuse à l'estomac, accompagnée d'un mouvement convulsifde tous les membres; la respiration devint difficile, je rendis des urines sanguinolentes et accompagnées d'une chaleur brûlante. Aussitôt après je fus atteint de coliques et de contracture des muscles pendant l'es-t pace d'une heure et demie. » — L'auteur ajoute qu'il se rétablit en prenant du lait et de l'huile, mais qu'il resta longtemps convalescent et faible (2).

AugmerUaiion du poids' des métaux par la caldnatUm. -. — Tachenius affirme que le plomb augmente d'un dixième ^de son poids, lorsqu'il se transforme en minium, qui étaita lors , comme il Test aujourd'hui, employé dans la confection des emplâtres . L'explication qu'il en donne est assez embarrassée : il semble attribuer la cause de cette augmentation à un esprit acide du bois, ou plutôt, avec Boyle, à la flamme. Dans tous les cas, il ne partage pas l'opinion de la plupart de ses prédécesseurs, qui, s'étant également aperçus de cette augmentation du poids des métaux pendant la calcination, l'avaient attribuée à la fixation de certaines particules aériennes (3).

Multiplication des minerais. — Les minerais avaient, à ce que croyaient les anciens , la faculté de croître et de se multiplier comme les végétaux et les animaux. L'auteur, adoptant cette

(1) Hippocraies chemicus^ p. 135.

(2) Ibid., p. 188.

(3)Ibid.,p. 210.

croyance, prétend la corroborer en citant comme exemple rile d'Elbe , dont les mines fournissent depuis des siècles des masses prodigieuses de fer, et qui loin de s'épuiser semblent encore aujourd'hui être tout aussi riches sinon plus riches que le premier jour. 11 rappelle un autre exemple du môme genre : ce sont les mines de vitriol absorbant à Tair la substance qui semble les alimenter. «C'est dans l'air, s'écrie-t-il avec Khalid, que se trouvent les racines des choses ( radiées rerum in aère) (1). » -

Esprit acide vital. — L'esprit acide, que l'auteuD appelle fil^du soleil, est un être imaginaire; mais il lui fait jouer le même rôle qu'à l'wpnY générateur des acides (oxygène). 11 le fait intervenir dans la formation du nitre, dansla végétation, dans la fermentation, et il affirme que son intervention s'exerce par l'intermédiaire des' rayons solaires (2).

£t/fce.— Tachenius est le premier qui ait soutenu que la silice (silex) est un acide. 11 s'appuie sur ce que ce corps est susceptible de se combiner avec la potasse pour former la liqueur des cailloux, qui est selon lui un véritable sel. Or, un alcali ne peut se combiner qu'avec un acide, pour donner naissance à un sel. Mais il apporte encore une autre preuve à l'appui de sa manière de voir, qui est l'expression môme de la vérité. « La silice, dit-il, n'est attaquée par aucun acide; l'eau-forte môme ne la corrode pas. Pourquoi? Parce que la silice est elle-même de la nature d'un acide, et que si elle contenait seulement la moindre parcelle d'un alcali, les acides l'attaqueraient (3). »

Puissance relative des acides. — C'est dans sa Clavis Hippocra^ ticm medicin» que Tachenius émet une idée très-féconde, qui devait plus tard conduire à une des lois fondamentales de la chimie. Il affirme que tout acide est déplacé de sa combinaison par un a%Ure acide plus puissant; et il ajoute que l'acide qui se combine ainsi avec un alcali augmente nécessairement de poids d'une manière constante (5).

A part quelque simperfections, qu'il faut mettre sur le compte

(1) Tachenias, ArUiquissimx Hippocraticx medicinx clavis, p. 14. (ï) HM., p. 18.

(3) IbkL, p. 34 et iU>,

(4) ÀnU^iiUssim» HippocnUlcm medicinse clavis, p. 137 et 141. — Quicquid dissolvitur in acido extra famiUam suam, vel innato potentiori, statim supprimitur ejiis débile acidum, et dissolutione acridi dissolventis naturam induat , necesse est addum; eum suivit et combibitur ab innato alcali rei, — cresclt ejusdem rel pondus , etc.

de Tesprit derépoque plutôt que sur les tendances de l'auteur^ les travaux chimiques de Tachenius sont remarquables sous plu& d'un rapport; ils méritaient Thonneur d*ôtre cités comme un& autorité par la plupart des chimistes du dix-septième; siècle»

Frédéric Hoffmann.

F. Hoffmann est plus connu comme médecin que comm chimiste. Néanmoins ses premiers travaux, qui parurent ver* la fin du dix-septième siècle, ont presque tous pour objet 1 chimie. C'est en prenant pour point de départ les sciences phj^* — sique et chimique que F. Hoffmann s'est acquis une juste ré- putation.

Frédéric Hoffmann naquit en 1660. Il étudia la chimie à lei^^a et à Erfurt, sous la direction des célèbres professeurs W. We

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del etc. Cramer. ATâge de trente ans, il fut appelé comme pre mier professeur à l'université de Halle, qui venait d'être fondée

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grâce au talent de Hoffmann, cette université ne tarda pas d' tirer de toutes parts une jeunesse studieuse. Il serait hors de p pos de faire ici la biographie, quelque intéressante qu'elle fi de cet homme de génie, auquel la médecine doit presque a tant qu'à Hippocrate (1). Nous rappellerons seulement q F . Hoffman faisait Tadmiralion dé tous ses contemporains, no seulement par la profondeur et la variété de ses connaissanc mais encore par ses belles qualités morales et sa probité scie tifique. L'étendue de ses occupations ne l'empêchait pas d'e ntretenir une vaète correspondance avec tous les savants ^c l'Europe, qui se faisaient un honneur de communiquer leurs ci ^couverles à leur illustre correspondant, comme] s'il personnifia^ i* toute une académie des sciences. C'est par une lettre de Garellî» médecin de l'empereur Charles VI, qu'il fut instruit que l'ay toffana ou aquetta di ISapoli, avec laquelle avaient, dit-ohj empoisonnées plus de six cents personnes, parmi lesquelles de^^ papes, Pie III et Clément XIV, n'était autre chose qu'une sol»^

(1) Voy. sur la vie de Fréd. Hoffman ; Vita Fred. Hoffmani, par J.-H. Schal^^ Halle , 1710 , in-4^ — Panégyrique de Fr. Hoffmann; Halle-, 1743 , in-fol.

iîon arsenicale, employée probablement à différéhts degrés de concentration, pour produire des effets plus ou moins lents (1). Frédéric Hoffmann mourut en 1743, à Tâge de quatre-vingttrois ans.

TraTanx chlntliiiiês de F. Hoffinanii.

Ces travaux, qui ont presque tous pour but la médecine pratique, témoignent d'une sagacité profonde ; le langage dans lequel ils sont écrits est d'une lucidité remarquable en même temps que d'une élégance qui ferait honneur à nos meilleurs latinistes.

Parmi les dissertations médico-chimiques les plus intéressantes de F. Hoffman, nous choisirons d'abord, pour l'analyser, celle qui traite des eaux minérales.

De Methodo examinandi aquas salubres (2).

Libavius avait déjà consacré un travail spécial à l'examen des eaux minérales (3) ; mais F. Hoffmann dirigea plus particulièrement l'attention des chimistes et des médecins sur ce point important de la science, et ce n'est que depuis lors que les ouvrages sur ce sujet se sont multipliés.

Dès le début, l'auteur soulève une question grave, à savoir, si l'eau est un corps élémentaire, comme on l'avait admis de toute antiquité, ou si c'est^un corps composé. Il n'hésite pas à se prononcer en faveur de la composition de l'eau : « L'eau , ditil, est composée d'un élément très-fluide, d'une espèce d'esprit éthéré ( aqua composita est ex elemento fluidissimo , videlicet spiritu œihereo), et d'un principe salin. »

C'était là alors une idée bien hardie, car elle n'est en apparence fondée sur aucune expérience positive ; aussi ne faut-il la considéx*er que comme un de» ces traits lumineux qui , semblables à des

(1) Le procès de Tempoisonneuse Toffanaeut lieu à Rome en 1718. Soumise à la «gestion, cette femme déelara qu'elle ne communiquerait son secret qu'au pape et à X'empereur (Charles VI), qui se trouvait alors en Italie. L'empereur le communi- ^^a à son tour à son médecin , qui lui-même s'empressa d'en faire part à son illustre correspondant. —Fréd. Hoffmann, Medecinœ ration, systemat.y t. II, CHalle, 1729,4), p. 2, c. 2, § 19, p. 185. — Voy. sur TaquaToffana le mémoire de %ogneta ( Nouvelle Méthode de traitement de V empoisonnement par Varse- -aitc; Paris, 1840, 8), p. xiii.

(2) Fr. Hoff., Dissertât, physico-medic. sélect. Pars altéra ; Leyde , 1708, in-8°,

(3) Voy. p. 29 de ce volume.

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