‹ Histoire de la chimieChapitre 102 sur 137 · C H H II · texte numérisé non relu

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Mais lorsque la théorie veut devancer l'expérience, elle ne réussit pas toujours.

Wurtz a fait, en 1860, l'apologie de la théorie des types. Contentons-nous d'un exemple (^). Perkin avait signalé que l'acide lactique est un acide-alcool. Sait-on comment Wislicenus formule cette vérité ? Voici :

(') Conférences de la Société chimique de Paris, i863, p. 133 et suiv. ('■^] Ihid., p. III.

CHAPITIIE Mil.

Xe nous étonnons pas, s'il faut, pour expliquer cette formule, toute une page de commentaires.

Cela n'empêche pas la théorie des types d'être un merveilleux instrument d'exposition et de classification ! Et simple (^) !

Et si nous avons aujourd'hui le droit de critiquer l'exposé de Wurtz, c'est cjue lui et l'oligarchie scientific[ue de son époque et de son école retardaient. Et il nous rapporte lui-même des paroles pleines de bon sens qu'il met dans la bouche de Kolbe (^) :

« Un chimiste éminent a dirigé il va quelques années, contre la théorie des types, des attaques plus sérieuses au fond que mesurées dans la forme ( '). Comment admettre, a dit M. Kolbe, que la nature ait pu s'astreindre à jeter toutes les combinaisons organicpies et minérales dans le movde de cjuatre substances, choisies au hasard : l'hydrogène, l'acide chlorhydrique, l'eau, l'ammoniaque, et à ne produire en quelque sorte cpie des variations sur ces C[uatre thèmes ?

)) De plus, quelle liaison naturelle existe-t-il entre la plupart des composés organiques et l'eau, l'hydrogène, l'acide chlorliydrique ? D'après M. Kolbe, ces rapprochements types sont artificiels et arbitraires, et il convient de faire dériver les combinaisons organiques, c'est-à-dire les combinaisons du carbone de l'acide carbonique cpii en est la source première. »

Si Kolbe n'a pas été assez mesuré dans la forme au gré de Wurtz, cela ne l'a pas empêché, décidément, de dire d'excellentes choses. Il avait été précédé dans cette voie par Couper, et c'est ce cpii nous paraît donner à celui-ci, dans la cfuestion de la valence, une grande supériorité sur son compétiteur Kékulé.

Sa Note des Comptes rendus avait paru en juin i858; le fascicule de juillet du Philosopliical Magazine publiait un Mémoire développant à peu près les mêmes idées, mais où nous trouvons en outre une manifestation signihcative des tendances de son esprit à l'égard de la théorie des types. Le point de comparaison que cette théorie adopte est foncièrement faux, et elle

(') Loc. cil., p. 112.

(-) Jbid., p. 1 1'5.

(•*) yiim., t. CXI II, p. 9.93.

LA VAl.EXCE. 53Î

n'explique rien du tout. Décidément Couper ne nous semble pas plus modéré que Kolbe (^).

« Pourquoi la théorie de Gerhardt est-elle si défectueuse ? Parce qu'elle s'appuie sur un principe ancien, mais vicieux, qui a entravé pendant des siècles la marche de la science. Elle part d'une généralisation et déduit de cette généralisation tous les exemples particuliers. Il est vrai que le type eau existe, mais l'eau n'existe pas à notre connaissance doublée ou triplée, et c'est le principe de cette généralisation qui est essentiellement pernicieux.

« Il sulFit de rapplic[uer à la vie courante pour le convaincre d'absurdité. Proposons-nous de systématiser la formation, à l'aide de lettres, des mots qui composent un livre. Xous commencerions par déclarer c[ue nous avons trouvé un certain mot qui va nous servir de type, et dont nous allons, par substitution et double décomposition, faire dériver tous les autres. Avec ce procédé, nous pourrions faire non seulement de nouveaux mots, mais de nouveaux livres, et encore des livres indéfiniment. Nous dirions c[ue ce mot est un admirable terme de comparaison pour tous les autres; on trouverait bien quelques petites difTicultés, mais il serait facile de les tourner; nous serions d'ailleurs en face d'une vérité empirique. Le simple bon sens déclarera immédiatement cette méthode absurde. Mais vm principe que réprouve le bon sens est philosophiquement faux et scientifiquement une bévue.

» La méthode sûre et invincible pour atteindre la vérité a toujours été seule et unique. Rejeter toute généralisation, retourner au principe initial et le laisser seul guider notre esprit. C'est dans la science comme dans la vie courante. Pour arriver à la structure des mots, il nous faut retourner en arrière, extraire les éléments indécomposables, les lettres; étudier avec soin ce c[u'elles sont et ce c[u'elles peuvent devenir. > Et Couper cite Descartes, cjui n'a pas fait autrement.

(1) Friedel nous dit {JBiograjihie de Wiuiz, p. xlv (Pull. Soc. chimique année i885)] que Couper travaillait au laboratoire Je ^yurtz lorsqu'il publia ce travail.

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