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IV. — Conclusions

Nous avons cherché à établir dans ce Chapitre des points d'histoire, notamment au sujet de la valeur des lois de substitution comparée à celle des « hypothèses fondamentales ». Loin de nous la pensée, assurément, de contester les services rendus par ces mêmes hypothèses.

On sait particulièrement qu'on a pu déterminer avec une exactitude dépassant celle des méthodes gravimétriqiies le poids atomic[ue de certains gaz en tenant compte des états correspondants. On connaît les beaux travaux de M. Ph.-A. Guye eh cette matière. Mais ces applications de haute précision dans quchpies cas très simples n'ont rien à voir avec le jiroblème histori(|uc que nous avons traité.

On nous dil (pic la chimie théoricpie est basée sur la célèbre hypothèse. Nous répudions cette prétention comme historiquemeiil inexacte, sans vouloir contester les services d'ordre secondaire rendus par la conception moléculaire. Il est évident (lue. (hiiis la r.jninic orgiiiiKiiic, les (Ici (TinnurUoris de densité de vapeur oui dotiiu'" (h- lurciciiscs m(lic;il ions : nims il faut

(') Jùici/rloïK'dic clilniKinc dr I'ukmy. — Expnnè de quelques pvojiriélés géiiérale.s des coifis. y. ''>\i~. l'ai'is, Dmiod; iSSi. (^) Saintf.-Ci.aiuk ])i;VILLIi.

CONSTITUTION ftKFIMTlVK DU SVSTKMK ClIIMigLK. j5t)

reconnaître que nous avons aujourd'hui des moyens exclusivement chimiques, phis rationnels, pkis instrvutifs et phis féconds, de déterminer les relations de grandeurs moléculaires des composés carbonés. Lorsqu'il intervient un doublement moléculaire dans une réaction, prescjue toujours la composition élémentaire et l'étude de quelques dérivés suffisent à nous fixer. Les déterminations basées sur l'hypothèse d'Ampère et Avogadro, très utiles et très commodes clans certains cas, sont un instrument dont nous pouvons le plus souvent nous passer (^).

Il y a plus. Tous les chimistes s'occupant des dérivés du carbone sont aujourd'hui convaincus de la validité des densités de vapeur pour déterminer les poids moléculaires. Admettons cependant pour un instant qu'il puisse être prouvé que lalactide, malgré sa densité de vapeur (conduisant à C"H'*0''), réponde chimiquement à une formule moléculaire enC'. Admettons c[ue cette constatation puisse être faite avec toute la rigueur désirable. Quel est le chimiste qui hésiterait à placer les faits précis de réactions avant les hypothèses générales ? D'ailleurs, en quoi cette constatation pourrait-elle porter atteinte à notre système chimicpie ?

Si, de la Chimie organique, nous passons à la chimie minérale, nous ne tardons pas à y trouver quek[ues exemples attestant cjue l'hypothèse d'Avogadro et Ampère n'est pas ce principe immuable dont on prétend faire après coup la base de la science.

Le chlorure d'aluminium, entre 218° et ioo*^, correspond il est vrai à Af^Cl"; mais, à une température plus élevée, la densité

{^) Citons un exemple qui. au pn^nier abord, semble aller à Icneonlre de notre manière de. voir. La densité de vapeur de la lactide conduit à la formule moléculaire C' H^ O*. Louis Henry, qui a fait cette constatation, y a conformé la formule de constitution de ce produit antérieurement considéré comme C^ H* O'. Le savant chimiste a confirmé cette déduction par des réactions [Bull. Acad. Belg., •i'^ série, t. XXXVII, 1874). II suffît de jeter un coup d'œil sur celles-ci pour se rendre compte de tous les problèmes qui s'y rattachent, du développement qu'ils sont susceptibles d'acquérir, et pour se convaincre que leur étude approfondie conduirait à des conséquences d'une valeur telle que la détermination de la densité de vapeur pourrait être considérée comme de bien peu d'importance dans l'ensemble.

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baisse graduellement pour se conformer à Al Cl'' vers 1200° (Nilsonn et Peterson). L'aluminium-éthyle et l'aluminiumméthyle, vers 180° ou 230°, correspondraient au type AV^M", mais la densité descend au tiers par élévation de 200° (Louise et Roux). La densité de l'acétylacétonate d'aluminium à 36oO correspond à Al M' (Combes). Les partisans de l'aluminium triatomicjvie et ceux qui veulent le voir tétravalent ont trouvé, les uns et les autres, matière à confirmer leur manière de voir dans ces expériences.

De belles expériences de Victor Meyer ont dérnontré que les éléments à molécule condensée sont susceptibles de se scinder par la chaleur. Ces recherehso et d'autres ont conduit à une véritable classification des éléments volatils :

Eléments à molécule monoatomique.

Éléments à molécule diatomicpie non dédoublable. Eléments à molécule diatomique dédoublable. Eléments à molécule tétratomique.

Gela n'est pas de nature à simplifier la conception.

Citons encore l'exemple du perchlorure de fer, qui correspond à Fe^GP, à 448° et qui, à i3ooo, se rapproche de FeCl-' (i). Et la même question <[uc pour le chlorure d'aluminium se pose pour lui.

La comparaison de ces faits minéraux avec ceux que l'on a constatés en Chimie organique nous semble assez instructive. La densité de vapeur est dans ce dernier domaine une constante à laquelle on ne demande en général que de vagues indications. On opère le plus souvent à une quarantaine de degrés au-dessus du point d'ébulliiion. On n'a guère cherché à déterminer cette constante dans des limites un peu étendues de température, de manière à fixer le point où commencent les réactions pyrogénées et étudier les fluctuations de la densité en dessous de ce point. Mais quelles dillicultés ne rencontrerait-on pas dans tme étude de ce genre, alors <|ue, dans des exemples simples comiiic le chlorure (raliimiiiiiiiu cl le chlorure fcrrique, l'expé-

(') Bcrichic d. (!. Cliem. Gc6., p. G87, 1888.

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rimentation n'a pas encore conduit à une déduction vraiment instructive ?

Il n'en est guère autrement de la chaleur spécifique. Regnault nous avait fait pressentir cjue l'on pourrait pour cette constante dégager la valeur réelle des travaux moléculaires qui la travestissent. Cette prévision ne s'est pas réalisée. Les valeurs anormales se sont confirmées, et l'on n'entrevoit plus guère le moyen de les faire concorder jamais. Bien mieux, les déterminations faites à haute température s'éloignent de plus en plus de la valeur dite normale, si bien que, ici comme pour l'hypothèse précédente, on sera forcé de délimiter un domaine où se vérifie la loi.

Si l'on entrevoyait pour la loi de Dulong et Petit, ainsi que pour la règle d'Avogadro, la réalisation possible de cette perfection, elles ne seraient plus des conceptions, mais des faits établis c[ui entreraient dans la certitude, si la délimitation du domaine OUI ils se vérifient pouvait se faire d'une manière rationnelle. Mais comment l'espérer ?

La Table des poids atomiques est un outil. Déclarer que son édification est basée sur des conceptions, c'est déclarer en même temps cju'elle est intangible. Il est impossible de souscrire à une semblable prétention. Au contraire, cet outil est, et il doit être, indépendant de toute idée préconçue; il est le résultat de ce c[ue Dumas appelait le sentiment de la réalité. Or, ce sentiment se modifie tous les jours avec notre connaissance de la nature ; il est incompatible avec une formule rigide faite d'avance, qui ne serait pas démontrée avec la dernière rigueur ou qui ne serait pas susceptible de se plier à tous moments aux résultats de l'expérimentation.

Les non-métaux ont trouvé, grâce à Dumas, un classement très rationnel; les métalloïdes sont venus se ranger à côté d'eux de la manière la plus logicjue. Peut-on en dire autant des métaux ? Malgré des théories pompeuses, ce Chapitre important de la science est bien loin de donner satisfaction à tous les esprits. Qui sait si l'on ne reviendra pas un jour aux analogies c[ue Berzélius invoquait par exemple entre le plomb et l'argent ?

Que notre Table des poids atomiques soit une convention D. 3b

^i'^2 CHAI'. \1\. CUASllTL IIO.N 1)KFIMT1\ li III SYSTKM K CHIMIQUE.

à- laquelle tout le monde se conforme, rien de mieux; mais ne lui donnons pas, avec les professeurs de 1860, cette fausse apparence d'une œuvre de raison supra-expérimentale. L'histoire réprouve une déduction de ce genre.

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