I. — La synthèse organique
Depuis Berzélius, hi force vitale avait iiisensi])lcnicnt, mais totalement, disparu de la science. Et cependant la synthèse de l'urée était resté(? 1111 f;iil isolé; nous nous rappelons les
(') Ann. d. Cheni., t. CXI.
(2) Ann. d. Chenu u. Pharm., t. CXIII, 1860, p. laS.
(») Bull. Sec. cfiim., l. II, 1860, p. 354.
i.A ciiiMiK or(;axique DEPi is 18(30. 367
idées que Gerhardt professait encore en 1842. au début de «a carrière.
A l'époque de la synthèse de Woehler, ou n'avait pas mancpié de faire une distinction dans l'école. Il sera intéressant de rappeler à ce propos ce que l'un des maîtres de la science moderne, sans la défendre, dit d'une question qui y touche de près : « Il y a lieaucoup de substances naturelles qui ne sont pas dissymétricpies. Mais sont-elles naturelles au même titre c[ue les autres? Ne faut-il pas voir dans des corps tels que l'acide oxalique, l'hydrure de salicyle, l'acide funiaric[ue, des dérivés des substances naturelles proprement dites, formés par des actions analogues à celles des laboratoires? Ces produits me paraissent être dans l'organisme végétal ce que l'urée, l'acide urique, la créatine, le glycocolle sont dans l'organisme animal, des excrétions plutôt cjue des sécrétions, si je puis ainsi parler. Il serail; intéressant de suivre ce point de vue expérimentalement (^). »
Mais, heureusement, l'intérêt qu'a acquis la c[uestion de la dissymétrie moléculaire dans l'étude des corps organiques, dépassant une certaine simplicité, n'a pas été mêlé à l'étude de la synthèse chimique.
Vers l'époque de l'expérience mémorable de Woehler, Faraday avait fait absorber l'éthylène par l'acide sulfurique; un chimiste anglais, Hennel (^), que des discussions récentes ont sauvé de l'oubli, retirait l'alcool de l'acide sulfovinic[ue ainsi formé. L'éthylène de Faraday était retiré de la calcination de la houille. Il y avait-il là une découverte, parce qu'on faisait de l'alcool avec un carbvire d'origine minérale? Question bien artificielle : l'éthylène est de l'éthylène; son origine importe peu. Nous nous rappelons cjue le nom de Liebig a été mêlé à cette ciuestion en 1834, ayant déclaré à tort que l'éthylène ne se combine pas à l'acide sulfurique. On sait f[ue l'acide sulfovmi<[ue peut régénérer l'alcool.
Berzélius prétendait c[ue l'urée n'était pas, à proprement
(^) L. Pasteur, Sur la dissyîuélrie moléculitire [Leçons professées à la Société chimique, p. Z\, 1861). Paris. Hachetle; 1861 (^) Moniteur scientifique, 1912.
parler, un produit organique ; la synthèse des produits organiques vrais était irréalisable; et, si les idées qu'il défendait avaient pu se maintenir, ses successeurs auraient pu prétendre, en 1860, invoquant et paraphrasant la distinction profonde de Pasteur, que la synthèse de l'acide sarcolacticpie par exemple devait être regardée comme doublement impossible. Ce dernier exemple ne montre-t-il pas que personne n'a renversé la force vitale, qu'elle a disparu peu à peu, que cette disparition est le fait de tous les savants et de personne?
Berthelot s'est attribué dans ce domaine de la synthèse une trop grande part (^) povir que nous puissions nous abstenir ici de discuter, à certains égards, ses titres de propriété. Son Ouvrage « Chimie organique fondée sur la synthèse » {^) « se propose de montrer comment les matières organiciues peuvenl être formées par synthèse, c'est-à-dire à l'aide des corps simples cjui les constituent et par le seul jeu des forces chimiques ". C'est ainsi <iue débute la Préface écrite pour le premier Volume, en 1860. (^uel intérêt pouvait présenter à cette époque ce point de vue? Il y avait longtemps que la distinction entre chimie minérale et chimie organique était surannée. Depuis (|uand ne faisait-on pas, par exemple, de l'acide formiciue avec du chloroforme, et ne savait-on pas que l'on peut préparer celui-ci par chloruration du méthane?
Berthelot estime c{ue « le problème synthéticjue se trouve concentré dans la synthèse des carbures et des alcools. Tels sont les résultats qu'il s'agit de réalif^er par voie expérimentale pour asseoir les bases synthétiques de toirte la chimie organicjue )^
« Avant les travaux dont le présent Ouvrage renferme l'ex- ])osition, dit-il encore, aucune recherche systématic(ue n'avait été poursuivie dans cette direciion. Ou pouvait citer seulement deux exemples de synthèses totales de principes naturels reproduits avec les éléments : la synthèse de l'urée par M. Woelder, et
(') (( Voici seize ans écoulés depuis que j'ai réuni l'ii un corps de doctrines les mélhodes et les résultats généraux de lu synthèse chimique appliquée aux matériaux immédiats des êtres organisés. « {Synthèse chimique. Paris, 5^ édition, l883, Préface).
(2) '2 vol. Paris, Mallel-Bachelier; 18G0.
LA CIII.MIK OlUi.VXlQlE DKl'LIS 1869. J69
"celle de l'acide acétic{ue par M. Kolbe. Ces synthèses sont extrêmement intéressantes; mais, en raison de la nature des corps sur lescjuels elles portent, elles sont demeurées isolées et sans fécondité. En effet, l'urée se rattache à la série du cyanogène, série ciui relève presque autant de la Chimie minérale que de la Chimie organicjue, et cjui n'offre aucune relation avec les autres séries, ni surtout avec les alcools et les carbures d'hydrogène. L'acide acétique n'était guère plus fécond; car, jusqu'aux expériences des derniers temps consignées dans cet Ouvrage, cet acide est demeuié « un être isolé dans la série des combi- )) naisons organiques « (■*). Aucsi l'histoire de la science prouve c[ue les deux reproductions précédentes n'ont servi de point de départ à aucune méthode générale, ni même à aucune autre reproduction particulière de principes naturels (^). >>
Ce plaidoyer pro domo invoque avec une certaine habileté une opinion de Dumas, qui a le tort d'avoir été formulée vingt ans auparavant, et qui, même en i84o, n'était pas tout à fait exacte, puisc}ue Kuhlmann avait réduit l'acide acétique en acétate d'éthyle ("'). Nous ne voyons pas comment on aurait pu soutenir encore en 1860 la thèse que Berthelot fait supporter à Dumas.
Berthelot établit donc ses « Méthodes générales de synthèse ); sur les carbures et les alcools.
Que valent pour l'époque ces synthèses de carbures? Ce sont trop souvent des réactions brutales à rendements infimes, et qui ont perdu aujourd'hui tout intérêt. Par exemple, l'action de l'hydrogène sulfuré sur le sulfure de carbone en présence d'un métal à chaud. A la fin du livre c[ui est consacré à cet objet dans la « Chimie organique fondée sur la Synthèse », un indice bibliographic[ue (*) mentionne le travail de Kolbe (action du chlore sur le sulfure de carbone, en i845). Tout le livre s'effondre (').
(1) Dumas, Ann. de Cliim. et de Phijs., -i.^ série, t. LXXIII, 18^0. p. ii3. (^) Berthelot, Chimie organique fondée sur la Sijnfhèse: t. I : Introduction, p. CXLVIII.
(^) Le travail a Aguré dans les Annales de Liebig, année i838.
(*) Ibid., p. 49.
(^) Lire aussi le résumé, p. 83.
CIIAPITHK XV.
Les synthèses d'alcools ne sont guère plus intéressantes. La principale, parue en i858, est celle de l'alcool méthylique invoquant l'hydrolyse de ses éthers halogènes. On jugera probablement qu'après les travaux de Williamson et de Gerhardt, qui permettaient notamment de faire l'acétate de méthyle par l'action de l'acétate de potasse sur l'iodure de méthyle, les expériences de Berthelot pouvaient présenter certains avantages didacticjues, mais qu'elles étaient sans nouveauté et surtout sans fécondité.
Que Berthelot vienne déclarer en 1860 que le cyanogène relève autant de la Chimie minérale que de la Chimie organique, c'est une thèse bien démodée. ^Vlais que dire de cette prétention à supposer que la synthèse de Kolbe et Frankland est « san? fécondité «. que cette « reproduction » de l'acide acétique « n'a servi de point de départ à aucune méthode générale )> ?
S'il y a dans la chimie du carbone vine méthode de synthèse importante, c'est bien celle des nitriles ; elle l'était déjà en 1860, et son importance n'a fait que croître depuis.
Quel intérêt peut avoir l'obtention du gaz des marais, de l'éthylène, du propylène par calcination des formiates, celle de la naphtaline ou du benzène i)ar action de la chaleur rouge sur l'alcool, lorsque la science possède déjà les belles méthodes de synthèses des carbures de Frankland, bientôt exploitées en France par Wurtz pour préparer les carbures de la série grasse, puis en Allemagne par Fittig pour préparer ceux de la série aromati<jue?
Mais on prétend donner à l'œuvre synthéticjue de Berthelot une |)oi'(ée ItHilogninc ci phdosophujue. L'a\erH de la belle médaille de Chaplain (jui fui l'ra]>j)ée à l'elligie du grand savant français, en 1901, })orte : « La Synthèse chimique. La Science guide l'Humanité «. On jnétcMid cpie Berthelot a détruit la force vitale (^). On ne (b'-lrnii pas vv (|ni n'existe pa.i. Dans l'adinirai^le
(') Moissan dit à Berllielol [Muuilcstalion du •> j uoveinhe 1901. Paris, Gaulliicr-Villars, 1902, p. y.8) :
« Vous avez détruit cette action myslcrieuse de la force vitale et vous avez démontré que si le savant ne peut l'aire une cellule ou un vaisseau,
LA CHIMIE OUG.VXIQUE DEPUIS 1860. '^~ l
réquisitoire qiie Claude Bernard a publié sur cette archée, il n'est pas question de Berthelot, et il n'y a pas de place pour ses expériences (^).
La synthèse chimic[ue est bien mieux (pie la iin d'un rêve philosophique : c'est un outil pratique et merveilleux. Ce n'est pas Berthelot qui l'a créé; les documents de l'histoire sont formels.
Loin de regarder l'expérience mémorable de Woehler comme lin fait isolé et spécial, ne conviendrait-il pas, au contraire, de le considérer comme le lien entre les recherches anciennes de Gay-Lussac, et même de Berthollet. et la synthèse mémorable de Kolbe et Frankland? Toutes deux sont les fruits de recherches qui ont occupé les principaux maîtres de la première moitié du xix^ siècle. Et si la première est seulement un des jalons les plus intéressants de l'histoire, la seconde reste le type de ces méthodes sûres, systématiques, souvent cjuantitatives, permettant d'auomenter, suivant des lois dictées
il peut reproduire certains principes immédiats formés dans cette cellule ou dans ce vaisseau. Dès lors, vos travaux prennent une importance capitale. «
II signale les recherches de Berthelot en ce sens comme origine des synthèses de l'indigo et de lalizarine et il ajoute : c Dans le même ordre d'idées, je citerai vos études sur les sucres, question aujourd'hui résolue par les belles synthèses de Fischer. »
M. E. Jungfleisch, le savant biographe de Berthelot, le regarde aussi comme créateur de la synthèse organique [Notice sur la vie et lei travaiur de M. Beithelot [Bull. Soc. chini., année 191 i, p. lxxiv à lxxvii)]. Il invoque trois arguments : 1° l'opinion de Berzélius sur la force vitale qui figure encore dans la dernière édition de son Traité (i845 à i85o); elle y figurait sans changement depuis 3o ans ; ce n'était pas une nouveauté, et même en 1828 elle était surannée (w,i> p. 871 le parallèle avec les idées de Dumas sur le même sujet); 2° l'opinion de Gerhardt en 1842; il avait 26 ans et marchait à travers tout ; sa manière de voir est toute personnelle; 3** \\ urtz dit en i85o (Ann. Chim. et Phys., 3^ série, t. XXX, p. 443) : «Si, à l'aide des réactions dont il s'agit, on parvenait lui jour à compliquer les molécules organiques, cette création artificielle de substances organiques placerait la science à un niveau bien élevé. » En i85o, dix ans avant l'apparition de la « Chimie organique fondée sur la Synthèse », la synthèse de Kolbe et Frankland était faite depuis trois ans.
(^j Cl. Bernard, La Science expérimentale, p. i49 (Définition de la vie). Paris, Baillière [Bihl. &c. cont.).
d'avance, la complication moléculaire de dérivés simples, le type en un mot de la synthèse chimiciue. A ce titre, elle jouera un rôle prépondérant dans la détermination de la structure des combinaisons du carbone.
n. — Structure des composés carbonés.
En étudiant, dans le Chapitre XIII, la notion de la valence, nous avons été amené à signaler, d'après le « Lehrbuch » de Kékulé, les faits alors connus permettant de conclure à la structure de l'acide acéticjue telle que nous la concevons encore aujourd'hui. Malgré les arguments qui nous paraissent actuellement si probants, nous avons vu Kékidé continuer son adhésion à la théorie défectueuse des types. Nous avons fait remarquer à ce moment que nous aurions à revenir sur ces faits pour en tracer l'histoire.
Acide acétique. — Ces faits sont dus en majeure partie à Kolbe. Celui-ci nous dit lui-mf'me (^) que, vers iSSy, il avait adhéré à la notion d'atomicité découverte par son ami Franklajid. Nous lui ferons confiance. Toutefois, c[ui mettrait à juger Kolbe la même âpreté dont il a usé envers ses rivaux, se refuserait à enregistrer cette affirmation, puisqu'à cette époque il représentait encore le radical méthyle par C^H% et l'atome de carbone par C^, reste bizarre des atomes doubles de Berzélius.
Nous savons qu'à la suite du savant suédois, dont il avait recueilli les traditions chez son maître Bunsen, il avait considéré les acides gras comme dérivés par conjugaison de l'acide oxalique; au commencement de 1848, il regardait l'acide acétique comme acide méthyloxalique, l'acide benzoïcpje comme acide phénylctxali(iue C^^ IT'.C^O '. 1 10, La même année, il
(') Mciiie licllieiligunij; <m ilcr l''.i\lsyicl<vhiu'j, chr iheor. clicin. {.foiini. f. jn-aki. Client. 9.*^ série, t. XXI 11, iSSi. p. '\(')\]. Kolbe cite encore, à l'apjnii de son dire, que son Tr.nilé |)iililii- m iSjS signale; l'atoinicilé d(; CAl ilhid., p. 3-1).
liCs ]tiincij)aux renscigncnirnis «luc nous donnons ici sont extraits de cil arlicle.
LA CHIMIK 0R(;A\K>UE DKl'tlS 1860. 573
abandonna ce point de vue : les acides sont des oxyhydrates d'un radical conjugué, contenant du carbone (celui de l'acide oxalique : C^) conjugué lui-même avec un radical alcoolic[uc (^) :
H Ci, O3.HO acide formique (C2H3) C2, O3.HO acide acétique
(G12H5) C2, O3.HO acide benzoïque
(GaGlsrCo, O.HO aldéhyde
H C-y. Cl:j chloroforme
En 1854, Kolbe considérait dans l'acide acétique le groupement Cj H-' C2O0 comme indépendant (^); puis, en 1867, les acides gras comme dérivés de l'acide carbonique (•').
La même année, Wurtz, à propos d'une recherche sur l'acide caproïque, écrit ('') : « On sait c[ue M. Kolbe envisage les acides Q12J-J10Q'. comme des acides oxaliques conjugués aux groupes alcooliques. Je pense c[u'il serait plus rationnel de les faire dériver de l'acide formic[ue, ainsi que je l'ai fait remarquer (•^) il y a longtemps. »
Kolbe revendic[ue la priorité dans cette manière de voir, et nous ne pouvons pas lui donner tort ("); le Tableau ci-dessus nous paraît significatif.
Nous sommes donc au fait de la constitution de l'acide acé-
(M Kolbe [Jown ./. prakt. Chem., 2^ série, t. XXIII, i88r, p. 3i 3) renvoie le lecteur à ses articles « Fornicln » et << (lejiaarten Verbendungen » dans le troisième volume de Handsvôrterbuch der. Chemie (1848) et à un article des Liehig's Annalen, t. LXXV, i85o, p. 211.
(^) Ibîd., p. 3i3. Liehig's Ann, t. XC, i854, p. 56.
(3) Ibid., p. 3i4. Liebig's Ann., 1. CI, 1857, p. 257. Voi, aussi Biographie de Frankland, par Wislicenus [Berichte d. deutsch. chem. Ges., année 1900, p. 3856).
{'') Ann. de Chim. et de Phys., 3^ série, t. LI, i857, p. 358.
(^) Ibid., 3e série, t. XXX, i85o, p. 5o2.
(^) Signalons toutefois une remarque du biographe de Kolbe : « Nichts war ihm unsympathischer als das Coquettiren Deutscher mit dem Aulande » [Journ. f. prakt. Chem.,\ a" série, t. XXX, 1884, p. 457). Le lecteur s'en souviendra en constatant, dans ces articles, que tous les chimistes du xix*^ siècle cités en exemples sont des Allemands.
tique ; il contient deux radicaux qu'il nous est permis d'envisager suivant les cas. Ce sont CH-' ou C^H'' 0.
N'est-ce pas ce dernier qui rentre dans la constitution de l'acétone, comme Gerhardt nous le fait entrevoir en i843 (^), puisque, suivant lui, deux molécvdes d'acide acétique interviennent dans la réaction?
Il ne reste plus que OU. C'est, d'après Willlamsonet Gerhardi, le reste de l'eau ("^). L'étude de la structure de l'acide acétique est donc complète. Il est éminemment intéressant de constater (|ue Kolbe, qui a particulièrement contribué à terminer cette œuvre, adoptait des formules différentes des nôtres. Nous traduisons ces déduction par CH-'.CO (O.H).
En mai 1808. Wanklyn (•') faisait, avec le zinc-éthyle, l'éthylesodium; faisant agir sur celui-ci l'anhydride carbonique, d obtenait l'acide propionique. « C'est un argument de plus, dit-il, en faveur de l'opinion de M. Kolbe. » L'auteur formule la réaction comme suit :
CO^ + ^aCW = C'0=.C'H. (q.
ÎNa \
Acide lactique. — Les recherches de Berthelot sur la glycérine, suivies bientôt de la découverte du glycol par Wurtz, avaient à la vérité étal>li l'existence des radicaux polyatomiques, mais leur constitution ne se trouvait pas, par là même, complètement élucidée. Les oxyacides dcAaient y contril)uer etïicacemcnt, et Kolbe, encore une fois, était bien préparé pour étudier ces questions.
Sur ses conseils, Gerland avait, en i853-i854, transformé l'acide amidobenzoïque en acide oxybenzoïcjue (*). En 1857,
(M Ann. de Chim. el (h Plnjs., 1<" série, l, VII, 184 3, p. i3/j.
(') On considèro parfois ce icsir coiiimc 1111 radical, l'hydroxyle, ol l'on rcprésonto souvent ccrhiins iriicl ils coiiinn' le déplaçant intcgralemcnt. Je crois avoir coiilrihué à dériunilrer ([iie cela n'est ])as exact dans les cas que j'ai étudiés. Les chloi'iires de pliospliore aUa<|ueiil les acides non par OU, mais par O {Jiitll. Aiml. Ji.-lv., VA. des Se, iQOp, p. 189).
(■') li/'ix'rloire (le Cliiiiiir jhiii'. I. I, |S")(), p. 'V\ (d'après Afin, de Chlni. el de Plnjs.. 'V série, I. LUI, p. -j')-
'^') .louiu. j. pralil. Cliein., ■.>>' série, t. .XXIII, 1881, p. j'il.
LA CHIMIlL ORGANIQUE DEPUIS 1860. SjS
il regardait l'acide glycolique comme acide oxyacéti({ue et le glycocoUe comme acide amido-acétique {^). R. Hoffmann et Kékulé, Perkin et Duppa (^) avaient transformé l'acide monobromacétique en acide glycolique. Les oxydérivés contenaient, d'après Kolbe, de l'eau oxygénée au lieu d'hydrogène. L'acide lactique était l'acide oxypropionique ; il le regardait comme monobasique (•').
A la suite de ce travail, Wurtz publiait une note assez pauvre sur la basicité des acides (') en général, puis d'intéressantes recherches sur l'acide lactique ( '). Il fait agir le pentachlorure de phosphore sur le lactate de chaux, et obtient un bichlorure :
'^O* ilevient G^H'^O^Cl^
Wurtz regarde l'acide lactique comme bibasique; il en fait le biéther. Dans le même Mémoire, il rattache les acides glycolique et lactique aux glycols; ils en dérivent par oxydation, comme l'acide acétique de l'alcool. Kolbe voit, au contraire, dans l'acide lactique un acide monobasique; le glycol est pour lui l'hydrate d'oxyde d'éthylène; différentes recherches, faites sous sa direction, établissent bientôt que le bichlorure de Wurtz est le chlorure de propionyle monochloré (•"').
C'est à ce moment que Kolbe publia un Mémoire (')dont nous avons fait mention dans un Chapitre précédent à propos de la théorie des types (**). Dans ce travail important, l'auteur considère, nous nous en souvenons, les combinaisons organiques comme dérivant de l'acide carbonique et de l'oxyde de carbone.
(') Loc. cit., p. 322.
(2) A?2n. d. Chem. u. Pharm., t. GVIII, i858, p. ii2.
(•*) A. WcRTz, Répertoire de Chimie pure, t. I, 1839, p. 343.
['*] Répertoire de Chimie pure, t. T, iSSg, p. 575.
(**) Bull. Soc. chim., i3 mai iSScj, p. 33.
C) Notamment Ulrich, Répertoire de Chimie pure, 1859, p. 388.
(") A. Wurtz, Répertoire de Chimie pure. t. II, 1860, p. 3^9 (d'après Ann. d. Chem. u. Pharm., t. CXI II).
(**) Ann. d. Chem. u. Pharm., t. CXIII, 1860, p. 293; Bail. Soc. chim., 1860, p. 349.
376 cil APITKK \V.
Le remplacement d'un des (juatre atomes d'oxygène de l'acide carbonique par un atome d'hydrogène donne l'acide formique ; le remplacement des deux nouveaux atomes par deux atomes d'hydrogène donne l'esprit de bois :
2HO.G2 0^ IIO.HG^O^ HO.H3G2 0
Acide Acide Hydrate d'oxyde
carbonique. formique. de mélhyle.
En supposant que l'acide carbonique contienne le radical C^ 0^, on peut encore formuler la relation suivante :
•2IIO, [G-0^], O- aciile carbonique HO. H [G-^O^J, O acide formique
Et, avec une grande justesse, Kolbe étend ces considérations aux principales fonctions organiques, comme suit :
Les acides gras, les acides aromatiques et les acides monobasiques analogues dérivent de l'acide carbonique, par la substitution d'un atome d'hydrogène ou d'un radical alcoolique à un atome d'oxygène placé en dehors du radical.
Les acétones sont des dérivés de l'acide carbonique dont les deux atomes d'oxygène placés en dehors du radical ont été remplacés par des radicaux alcooliques.
Les aldéhydes sont des dérivés de l'acide carbonique dans lequel un de ces atomes d'oxygène a été remplacé par un radical alcoolique et l'autre par un atome d'hydrogène.
Les alcools sont des dérivés de l'acide carbonique combinés à un atome d'eau d'hydratation où trois atomes d'oxygène de l'acide carboniciue se trouvent remplacés, l'un |)ar un radical (•onq)osé analogue à l'hydrogène, les deux autres par de l'hydrogène. Dans l'alcool mcthylicjue seulement, nous voyons trois atomes d'hydrogène prendre la place de trois atomes d'oxygène de l'acide car])oiii([uc.
Dans les Jiydrogènes carbonés, tout l'oxygène de l'acide carbonifiue est remplacé par des radicaux positifs, dans le gaz des
h\ CHIMIE or(;anique depuis 1860. J77
marais par quatre atomes d'hydrogène, dans les autres par un atome d'un radical alcoolique et par trois atomes d'hydrogène :
2HO [C-02], O- acide carbonique H0(C2H:î) [Cny-], o acide acélique
G2H3 [*' 02] acétone
" [G2 0-^] aldéhyde
HO, 'î!^ ' C-^ O alcool étl.vlique
". G^ hvdrure d'étliyle
Kolbe prévoit en même temps l'existence d'une nouvelle l'iasse d'alcools que l'on peut regarder comme des produits bisubstitués de l'alcool méthylique; par oxydation ils doivent fournir des acétones. On voit que ce sont nos alcools secondaires ; Friedel devait isoler deux ans plus tard leur premier représentant.
Enfin les acides bibasiques étaient considérés comme dérivés de deux atomes d'acide carbonique. Exeiuple :
/ G- 0- \ 2 IIO.( G'H^ )" f ^., .-., )» 0- acide succiiiique.
Le Mémoire que nous venons d'analyser nous permet de saisir comment Kolbe comprend à ce moment la constitution de l'acide lactique. Il s'en explique dans un travail (^) paru presque en même temps, et l'on ne peut admirer assez la justesse ■ de ses déductions. A vrai dire, l'acide lacticpie n'est pas encore o^in acide-alcool, mais il en est bien près :
[C-O-J.O- acide carbonique HO. G*H>'[C2()2j.O acide éthylcarbonique ( propionique)
^^■( *'* I wna ) [G'^0'-].0 acide oxétliylcarboiiique tactique).
(^) Répeitoire de Chimie pwa, t. II, 1860, p. îlôî (d'après A)in. d. Cheiii. II. Pharm., t. CXIII, p. 223).
L'acide propioiuqiie et l'acide chloropropionique sont monobasiques ; l'acide lacticpie l'est de même. Le lactate diéthylique de Wurtz est l'éther de l'acide oxéthylpropionique. En faisant agir l'éther chloropropionique sur le butyrate de potasse, Wurtz avait obtenu un produit qu'il considérait comme l'éther butyrique de l'acide lactique bibasique; Kolbe y voit « l'éther oxybutyroxylpropionique » et suppose à tort cju'il doit donner par saponification de l'acide propionique et de l'acide oxybutyrique. On voit que la fonction alcool de l'acide lactique n'est pas encore bien précisée.
Quant à Wurtz ('), il s'obstine dans sa manière de voir. Cependant il ne dit plus avec la même assurance que l'acide lactique est bibasique; il bat prudemment en retraite; c'est un acide diatoiuiquc : dans la généralité des cas il n'est que monobasique. Il le formule comme suit :
^ropylglycol.
Acide lactique.
Et il estime que rien n'est plus facile que d'exprimer par les formules typiques le double caractère de l'acide lactic[ue :
L'aloine d'hydrogène qui est remplaçable par un métal est celui (pii est placé en dehors du radical triatomi(|u(;. Wurtz fait donc; appel ici à une dilïérence vague qu'il sup])osc exister entr(! deux atomes d'hydrogène; à peu [)rès coinme \\ l'a fait en i85i en déclarant que !<■ dimélhylc n'est pas identique à l'hydrure d'éthylo (-) et cominc il le fera encore en i864
{') Répertoire de Chimie j)ure, I. II, 1860, p. MVy.
(^) Journal de Pharrn. cl de Chimie, 'i^ série, I. XIX, iS n, p. > 1 ") [voir ce Volume, p. 480).
r.V CHIMIE ORGANIQL'E DEPUIS ISGO. 379
lorsqu'il étudiera la constitution de l'hydrate d'amylène ('). Dans cette cjuestion de l'acide lactique, Kolbe est plus près de notre manière de voir que tous ses contemporains (-); non seulement il voit plus juste au point de vue expérimental, mais son sytème de formules est incontestablement meilleur. Pour nous, au lieu d'écouter Couper, nous avons suivi Kékulé, Wurtz et la théorie des types; au lieu de dissé(pier la molécule organit[ue sur le papier, nous l'avons compliquée avec les types. Il faut absolument revenir en arrière, et cela rien cjue pour décider (ue l'acide lactique est un acide-alcool; un peu de logi([ue et de bon sens vont nous remettre our la l)onne voie.
Alcools primaires, secondaires et tertiaires. — En 1862, Friedel étudie la réduction de l'acétone ('); il obtient un alcool différant de l'alcool propylicfue (''), mais il n'en donne aucune formule développée.
Vers le même temps, \\ urtz. traitant l'amylène par l'acide iodhydricpie, puis l'oxyde d'argent, prépare un isomère de l'alcool amylicjue ; c'est un <( hydrate. »
« Voici, dit-il, comment je comprends l'isomérie entre l'hydrate d'amylène et l'alcool amylique. Dans ce dernier^ 5 atomes de carbone sont en rapports directs avec 11 atomes d'hydrogène. La douzième unité de combinaison nécessaire pour saturer G' est fournie par l'atome d'oxygène diatomic[ue^ celui-ci est en rapport avec le dernier atome d'hydrogène (hydrogène typif(ue) qui en complète la saturation :
0 Comptes rendus Acad. Se., t. LVIII, i86î, p. \)~'i.
(^) Très curievise la manière dont Ladenhurg rend compte de ce débat {Histoire, Tp. 24I) :« Kolbe considère... » « Kolbc cherche à mettre d'accord... » « Wnrtz apporte de nouvelles preuves de l'exactitude de sa manière de voir... ». Il est a rai que Kolbe de son côté n'avait guère épargné Ladenhurg (voir .foiirn. f. prakt. Cheiii., 1881, loe. eit.).
(^) Répertoire de Cliiniie, iSCn. p. 'i5i.
(^) Bulletin de la Société chimique, i8G3, p. ■2^~.
58o CHAPITRE XV.
« On peut admettre que dans l'hydrate d'amylène le onzième atome de l'hydrogène est moins fortement retenu que l'atome correspondant du groupe amyle €'H''. Ce onzième atome d'hydrogène est celui que l'acide iodhydrique avait fixé sur l'amylène se combinant avec lui
clans l'hydrate