‹ Histoire de la chimieChapitre 12 sur 137 · I. — Ecole arabe · texte numérisé non relu

I. — Ecole arabe

De l'Arabie livrée à l'anarchie morale et sociale, Mahomed avait fait un état théoera tique cohérent; les Arabes, qui jusque-là n'avaient joué aucun rôle dans l'Histoire, étaient appelés à jeter sur le inonde un éclat momentané mais d'une extraordinaire puissance. Les successeurs du prophète (mort en 682) avaient conquis la Syrie, l'Egypte et la Perse; la ouerre sainte s'était ensuite étendue juscju'à l'Espagne. De Bagdad, ueité des merveilles», à Cordoue, le Bagdad de l'Occident, l'Islam formait l'empire le plus homogène, le plus brillant et le plus riche qui se soit développé dans l'Histoire.

Toirt Arabe est poète; le prince a son poète attitré; les cercles littéraires et les sociétés savantes ne se comptent pas. Un enseignement est donné dans les écoles, les « médressés » et les universités entretenues par des fondations pieuses. Les universités sont installées dans les mosquées; celle du Caire compte 12000 étudiants. Des bibliothèques se forment jusque dans les simples villes de province comme Chiraz; celle du Caire, dispersée par Mostancer, contenait 120000 volumes. A Cordoue, le khalife llakam II avait réimi une bibliothèque de 4ooooo volumes; son j)alais était rempli de copistes et d'enlumineurs; il avait, dans les principales villes, des agents chargés de faire copier on d'acheter les ouvrages anciens et récents; il c()ni])lait de [)résents les écrivains, mahométans ou non (^).

A ce goût })rononcé pour les belles lettres, l'Arabe joint un véritable culte })our l'Agriculture. « Celui qui plante fait une aumôiK! dont il lui sera tenu compte au ciel )\ Les musulmans acclimalciil en Sicile et eu Espagne une foule de plantes utiles et (iiiicintiihilcs. Les pbiiilcs mccbciiiah's soi) t rol>|et d'une alten- I ion par'l icidièce chez ces fundaleurs de la pbarmacie. Leurs |uéocciip;il ions agi'fmomiques donnent lien à des travaux reni;ii(in;i Mes d'Iix (b(igia|)hie.

(') IjA VI.SSI-: cl lÎAMii.M f), Hisloire i^riirrale.

LK MOYF.X A(;K KT 1.' Vl.CII I M I K. 4^

Le commerce est honoré comme profession exercée par le prophète. S'exerçant librement à l'intérieur même d'un immense empire, il a été l'un des facteurs les plus importants de la civilisation, en faisant pénétrer jusqu'à ses frontières occidentales tous les raffinements du luxe de l'Orient.

Mais le commerce fait naître l'industrie. 11 existait depuis longtemps des fabriques d'armes renommées dans l'Yemen et à Bassora. Les Arabes continuent les mêmes traditions ; leur commerce les propage; la réputation des armes de Tolède n'est pas oubliée; les musées nous conservent des spécimens d'armes incrustées et damasquinées de cette époque c|ui comptent parmi les productions les plus parfaites de tous les temps. Les faïences his- })ano-arabes, que les collectionneurs se disputent encore aujourd'hui, se réclament à juste titre de la Chimie. Leurs procédés, connus plus tard en Italie, devinrent un élément non négligeable de la diffusion de l'art à la Renaissance. Puis, sans compter ce ([ui touche au tissage et à la maroquinerie, voici cette grande industrie du papier.

Son histoire est un exemple particulièrement intéressant du rôle que les Arabes ont joué dans la diiïusion des procédés chimiques. Le papyrus était toujours assez rare; même à Rome, on le réemployait après l'avoir lavé ou gratté. Chez les Chinois, on utilisait un produit qui n'était pas sans analogie avec lui; il était confectionné avec des lamelles de bambou. Cependant, à une époque que l'on reporte à l'origine de notre ère, la Chine s'était mise à fabriquer avec des produits végétaux de véritable papier; l'invention paraît originaire de la Corée. Ces procédés furent connus des Persans vers 65o. Vers le viii^ siècle, la ville de Samarcande approvisionnait de papier l'Islam. Les Arabes, s'étant emparés de cette ville, y perfectionnèrent la fabrication en utilisant les procédés chinois; on ne tarda pas à employer les chiffons. L'industrie du papier fut ensuite transportée à Bagdad, puis à Damas. Au xi*^ siècle, le papier était si commun au Caire que les marchands des bazars s'en servaient pour envelopper leurs marchandises (^). Il n'arriva en

(M Encyclopédie du A/A'' siècle.

4i cil APITUK 11.

Espagne que xeis le x^ siècle; au xii^, il s'établit des fabriques à Xative (San Felipe, province de Valence). En France, on fabric[uact du papier à la fin du xii*^ siècle, m is ce ne fut qu'à dater de l'invention de l'imprimerie que son industrie prit son essor moderne.

Ces simples données sur quelques aspects de l'industrie arabe suffisent à nous faire pressentir la culture scientifique qui l'accompagne. Dans tous les grands états modernes, le développement de l'industrie chimique est, comme par une loi naturelle, au niveavi des eiforts que fait cette même nation dans l'ordre scientifique. Combien cet appui fécond de la pratique par la science ne devait-il pas être plus efiectif à un moment où la science expérimentale était avant tout un ensemble de recettes !

Nous ne chercherons pas à faire un résumé complet de ces procédés, ni à donner une idée des travaux de tous les chimistes ({ui illustrèrent l'Ecole arabe. Nous passerons sous silence l'œuvre de Rhasès (860-940), médecin en chef de l'hôpital de fiagdad, auteur de Liber perfec.i magistei'ii RhasÂ; Avicenne (980io36) le prince des médecins, aucjuel on attribue un traité d'Alchimie, Averroës (Ibn-Roschd, 1120-1198), cette grande figure de l'histoire de la philosophie et des sciences, pour nous arrêter seulement à Geber, Yeber, Djafar ou Giaber, le plus grand des chimistes de l'Islam et de tous ceux qui ont précédé la Renaissance.

On le fait vivre vers le iniHeu du \ iii*^ siècle. Koufa et Haran en Mésopotamie, Ihus (hins le !\iiorasan se disputent l'hoiineur de lui avoir donné le jour. (Certains le considèrent comme un Grec converti à l'islamisme (^). On ne lui attribue pas moins de cinq cents Ouvrages sur la science hermétique; c'est assez duc <iiii' relie (iniii-(> de l'Histoire est plutôt une })ersonnificatioii (prune iteisonnalité. Le j)riiicipal est intitulé : Summa collectionis coniplciiienti secretoruin naturse (^) ; il est généra-

Cj ]•'. ]I<)i;ii.n. llisloiic de Ut Cliintie, ■.>.'' rclilion, 1. T, p. 32G. Paris, Ditlot, 1800; •:>. vol.

(^) Manuscri I ii" ((."ili (xiv*^ siècle) de la I îihiiol lièiiiic nationale, à peu près i(lciilii|iie avec celui «lu A'alicati (pii lui imprimé à llomc vers I/îQ*^

Page 1