‹ Histoire de la chimieChapitre 125 sur 137 · V. — Le noyau benzénique · texte numérisé non relu

V. — Le noyau benzénique

Les hypothèses sur l'existence et la structure du noyau benzéniciue ont, pour ainsi dire, présidé à l'édification de toute la série aromatique. Il est donc important de chertdier à connaître leur origine et à scruter leur caradère. La première et la plus célèbre est celle de Kékulé. La première Note à son sujet a paru en janvier i865 dans le Bulletin de la Société chimique de Paris (^). Voici comment elle débute :

« La théorie de l'atomicité des éléments et surtout la notion

(') 'l'omo m, l8G5, p. 98.

LA CHIMIE ORGANIQUE DEPUIS 18(30. SiJJ

de la tétratomicité du carbone ont permis d'expliquer d'une manière très satisfaisante la constitution d'un grand nombre de substances organiques, de toutes celles que j'ai désignées sous le nom de substances grasses. On n'a pas encore tenté, que je sache, d'appliquer les mêmes vues théoriques aux substances aromatiques. J'avais bien fait entrevoir, lorsque j'ai publié, il y a sept ans, la théorie de la tétratomicité du carbone, que j'avais une idée toute formée à cet égard (^), mais je n'avais pas jugé à propos de la développer en détail. »

Voici en quels termes Kékulé a raconté lui-même l'origine de sa brillante conception (^) :

« Pendant mon séjour à Gand en Belgique, j'habitais une élégante chambre de jeune homme dans la rue principale, mais mon cabinet de travail donnant sur une ruelle latérale n'était pas éclairé pendant le jour. Pour le chimiste qui passe sa journée au laboratoire, ce n'était pas un inconvénient. J'étais en train d'y écrire mon Traité, mais cela n'allait pas, mon esprit était ailleurs. Je tournai mon fauteuil du côté de la cheminée et je m'assoupis. Les atomes se mirent à danser devant mes yeux. Cette fois de petits groupes se tenaient modestement au second plan. Ma vision, aiguillonnée par des images répétées du même genre, s'étendit bientôt à des figures plus grandes de formes diverses. De longues rangées souvent très rapprochées se meuvent en se roulant et se tordant comme des serpents. Et là, qu'est-ce que c'est ? L'un d'eux mord sa queue, continuant à tourner ironiciuement devant mes yeux. Je m'éveillai en sursaut, et, cette fois, aussi, je passai le reste de la nuit à étudier les conséciuences de mon hypothèse. »

Kékulé ne va pas nous présenter une théorie patiemment jalonnée sur l'expérience. Ce sera une œuvre d'imagination. Elle aura besoin d'être confirmée, l'auteur ne s'en cache pas.

« Ses conséquences pourraient peut-être guider quelques chimistes dans leurs recherches. J'espère voir cette théorie

.1) Ann. d. Chem., t. GVI, p. i56.

(^) A la » fête du benzol » [Berichte d. d. chem. Ges., 1890, p. i3o6).

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rapidement confirmée ou réfutée par les nombreuses expériences cjvii sont en voie d'exécution ('). »

Pour formuler la constitution des substances aromatiques il faut tenir compte des faits suivants :

«1° Les substances aromatiques, même les plus simples, sont toujours relativement plus riches en carbone que les substances grasses analogues; 2° il existe dans le groupe aromaticjue des substances homologues, c'est-à-dire des corps c[ui diffèrent entre eux par n €-H^; 3^ les corps les plus simples appartenant au gTOupe aromatique contiennent six atomes de carbone au moins. De plus, sous l'influence des réactifs énergiciues, on dérive toujours, même des matières relativement complic{uées, des substances qui ne renferment que six atomes de carbone (benzine, alcool phénique, acide picrique, acide oxyphénique, aniline, cjuinone, chloranile, etc.) (-). »

Dans les substances grasses, les atomes de carbone voisins sont unis par une affinité; on peut admettre c{ue dans certains composés ils le soient par deux; on peut encore admettre que, dans une chaîne, la première liaison se fasse par une, la seconde par deux, la troisième par une, la quatrième par deux aiTinités, et ainsi de suite. Une chaîne ouverte de ce genre pourrait être admise pour la c[uinone, la chloranile, etc. Une chaîne fermée serait le noyau des substances aromatiques en général. A oici comme il les figure :

Fig. I. — Chaîne ouverte. Fig. 2. — ('.haine fermée.

Au noyau sont attachées des chaînes latérales; les sub^^titulioiis ])('uvent se faire dans celles-ci ou dans la chaîne cyclique.

Dans ce premier Mémoire, il n'est pas question de l'hexagone. L'auteur se contente de signaler (pie l'isomérie des acides oxybenzo'ùpies par exemple es1 due à la position relative de OH et de COML

(') J3ull. Sec. cliim., 1^ série, l. 1]I, i8(jj, p. <jS. (') Ibid., p. 99.

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