II. — Les docteurs de l'Occident
Quinze siècles d'incubation devaient être nécessaires à la civilisation chrétienne naissante pour arriver au prélude de la science moderne. Comment s'en étonner ? Parmi les éléments qui contribuèrent à sa formation, les historiens ne nous signalent que la papauté, l'influence des barbares et les traditions romaines. Il est évident qu'aucun de ces éléments primitifs ne nous apportait les vraies bases de la science expérimentale, et que nous devrons chercher ailleurs la trace d'une influence de cet ordre.
Le christianisme s'était assimilé la culture esthétique de l'antiquité. L'œuvre de Saint Augustin, par exemple, est latine de langue et d'esprit (^). En Italie, tandis que le pays est aux mains des Lombards, la papauté seule fait survivre le souvenir de l'antique grandeur de Rome. Les lettres se réfugient sous l'aile de l'Eglise; les cloîtres seuls les cidtivent. L'Irlande fut surtout féconde. Saint Patrice y avait introduit le christianisme vers 43o ; les couvents s'y étaient multipliés. De là, vers le vi^ siècle, les moines irlandais avaient rayonné : Luxueil, Saint-Galles, Bobbio furent, pour les siècles suivants, autant de sanctuaires de la culture intellectuelle (^).
On sait avec quelle ardeur et quelle élévation Charlemague encouragea ce développement d'ailleurs tout littéraire, et comliicii il liil secondé dans cette tache par son ministre es littérature, le moine irlandais Ak'uin. Mais on sait aussi que les elïorts du grand enqiereur ne firent guère école chez ses successeurs. La cour se désintéressa des lettres qui restèrent confinées dans les cloîtres.
(') EhilIit, Ilisloire de la litlcraturc du moyen âge en Occiden!. Paris, i883. (2) Ibid.