‹ Histoire de la chimieChapitre 16 sur 137 · LE MOYEN A(;E ET LALCIIIMIE · texte numérisé non relu

LE MOYEN A(;E ET LALCIIIMIE

Tout ce qui se trouve autour du disque de la lune comprend les quatre éléments. Notre pierre se compose de ces mêmes éléments, dont les uns sont secs et froids, les autres humides et chauds. Rappelle-toi qu'il y a sept planètes. Le mercure est froid et humide, à cause de la lune; il est chaud et sec, à cause du soleil. C'est pourquoi il tient tout à la fois de la nature de l'eau, de la terre, de l'air et du feu. Sois attentif, mon fils, écoute les paroles des philosophes, et tu auras tout le secret du magistère. »

Mais l'obscurité voulue de leur langage est encore une forme du symbolisme auquel est vouée la Chimie de cette époque. Ecoutons encore Arnauld de Villeneuve :

« Sache, mon fils, que, dans ce chapitre, je vais t'apprendre la préparation de la pierre philosophale : ce secret ne vient pas de moi; je le tiens en partie de mon frère et d'un certain moine allemand. Je te dirai d'abord que le Père, le Fils et le Saint- Esprit sont trois en une seule personne. Comme le monde a été perdu par la femme, il faut aussi qu'il soit régénéré par elle. C'est pourquoi, prends la mère, place-la avec ses huit fils dans un lit; surveille-la; et qu'elle fasse rigoureusement pénitence, jusqu'à ce qu'elle soit lavée de tous ses péchés. Alors elle mettra au monde un Fils qui prêchera : des signes ont apparu au soleil et à la lune. Saisis ce Fils, et châtie-le, afin que l'orgueil ne le perde pas. Cela fait, replace-le sur son lit; et lorsque tu lui verras reprendre ses sens, tu le saisiras de nouveau, pour le plonger tout nu dans l'eavi froide. Puis remets-le encore une fois sur son lit; et lorsqu'il aura repris ses sens, tu le saisiras de nouveau pour le donner à crucifier aux Juifs. Le soleil étant ainsi crucifié, on ne verra point la lune : le rideau du temple se déchirera, et il y aura un grand tremblement de terre : Alors il sera temps d'employer un grand feu; et l'on verra s'élever un esprit sur lequel beaucoup de monde s'est trompé (^). »

Notons que l'or des alchimistes n'est pas toujours regardé par eux comme étant de l'or véritable. « Car, dit Albert le Grand, il ne réjouit pas le cœur de l'homme, il ne guérit pas

(M F. HoEFEn, Histoire de la Chimie, Paris, 186G; 2 vol.

CIIAPITIIE M.

la lèpre, et il irrite les plaies, toutes choses que ne fait pas l'or ordinaire (^). » Quant à Arnauld de Villeneuve, il était peut-être sincère, mais quelqu'un qui ne l'était certainement pas, c'était le célèbre Nicolas Flamel qui prétendait « avoir coupé les ailes au mercure et osté sa volatilité et le 17 janvier i38;i à inidi avoir transformé ime demie-livre de mercure en pur argent meilleur que celui de la minière ». Nicolas Flamel paraît avoir été un simple malin, qui donna cette explication à la fortune subite qu'il avait acquise par ses relations avec les Juifs, très persécutés à cette époque, et dont il aurait été l'agent.

Mais cominent, de ces élucubrations chimériques, dégager la science vérital)le? On fera peut-être un jour pour la Chimie du xiii^ siècle ce que les archéologues ont fait jiour les cathédrales. Au lieu de la juger absurde, on apprendra alors à la regarder comme logique, mais fausse; on retrouvera la source de toutes ces erreurs dans l'antiquité qui prétendait se passer des révélations de la nature, et fonder la science sur une harmonie préétablie dans l'imagination des philosophes.

Plus cette science avait progressé, plus elle s'était éloignée de la réalité. Voyons maintenant comment les faits allaient peu à peu reprendre leurs droits.

Devant les écoles capitulaires s'était levée, sous l'impidsion d'un esprit nouveau, une force nouvelle, l'Université.

Au x^ siècle déjà, une légère lueur avait brillé du côté de Salerne. Les bénédictins y avaient fondé une école célèbre dans l'histoire de la Médecine. En 1119, Bologne voit naître la première université de l'Occident : on y enseigne le droit. Puis vienl Mont])ellier en iiHç); son enseignement est médical. Pans, la «nouvelh; Athènes ", la k Cité des Lettres » ne pouvait rester indifférent à ce mouvement. Une université y était née à l'ombre des tours de Notre-Dame, munie en t>.oo de lettres patentes par Philippe-Augusle; elle s'était aHiaiu'hie ensuite du joug (lu Chapiti'c, et I i-aiispctrlêc en 1 >.»,:'» sui' la n\ c gauche de la Seine au (' quartier latin » [").

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