‹ Histoire de la chimieChapitre 17 sur 137 · I.K M(»VKX A(jK KT LAI.CIllMIK. jt · texte numérisé non relu

I.K M(»VKX A(jK KT LAI.CIllMIK. jt

Cette rupture entre les Ecoles capitulaires et l'Université nous indique bien qu'il régnait dans celle-ci un esprit nouveau. L'Lniversité, avec son nom un peu prétentieux qui rappelle les sommes encyclopédiques, représente la science du moyen âge, comme les Académies doivent incarner plus tard l'esprit de la Renaissance scientifique. T. n esprit nouveau ne peut s'épanouir dans un organisme vieilli.

On cite, comme l'un des initiateurs de ce mouvement. Abailard (1072-1142); on a établi un intéressant parallèle entre lui et Descartes, le fondateur de la philosophie expérimentale en France. L'un représenterait l'Lniversité; l'autre l'Académie.

Avec Abailard s'ouvre l'ère de la dialectique (^). On ne veut l)lus de traditions, tout au moins sur certains points. Tout ce qui est raisonnable doit être raisonné. La science expérimentale n'est pas encore née, mais on raisonne; on raisonne sur des principes, sur des entités, et l'on ne pouvait bien longtemps se préserver du péril qui était le dialectique pure. On est nominaliste ou réaliste, et sans voir toujours le fond de ces deux thèses philosophiques, on se querelle sur des mots. Mieux que cela, on vit surgir des personnages comme Adain du Petit-Pont (mort en 1180), qui, fiers de leur habileté à l'escrime de l'argumentation, affectèrent un langage subtil, incompréhensible pour les profanes. Ces tendances n'avaient eu que trop de crédit, et ne devaient encore trouver que trop d'adeptes parmi les alchimistes.

La science du xiii^ siècle rencontre un autre écueil. Elle crée, il est vrai, la méthode philosophique à côté de la méthode théologique, mais, comme elle n'a aucune attache avec l'expérience, elle va trop vite; on fait d'un coup la science tout entière ; on écrit les '■<■ sommes » du savoir humain, et ceux qui composent ces encyclopédies nous sont représentés avec une auréole de gloire. C'est Albert le Grand (iigS-iaSo) C^): c'est le docteur

(^) Abailaru. Sic et non, recueil d'autorités discordantes pour et contre. C'est l'un des Ouvrages les plus célèbres en ce genre.

(2) La dialectique avait une telle vogue à cette époque, que plus de cinq mille auditeurs se pressaient aux leçons d'Abailard (Franck, Diction-

CiO CIIAPITRK II.

anoélique (Saint Thomas d'Aquin, 1225-1274); c'est, le docteur illiuïiiné (Raymond Lulle, i235-i3i4); c'est enfin Roger Bacon (1214-1294) surnommé le docteur admirable. Admirable, en effet, par sa vie d'abnégation, admirable par les tendances de son esprit, admirable par son attachement à la vérité, autant cjue par les persécutions cju'il a subies à cause d'elle.

Né dans le comté de Sommerset, il vient jeune à Paris pour accjuérir le titre de docteur. « Mystiques, péripatéticiens, panthéistes, averroistes et sceptiques s'agitaient autour des chaires de l'Université et des ordres mendiants. Au lieu de prendre parti au milieu de ces débats, R.oger Bacon, fuyant une agitation qu'il jugeait stérile, choisit pour maître, non pas un de ces philosophes dont l'histoire a conservé le nom, mais un personnage obscur dont lui-inême nous a fait connaître l'intéressante ligure (^). C'est un solitaire, nous dit-il, r[ui redoute la foule et les discussions et se dérobe à la gloire; il a horreur des cpierelles de mots et une grande aversion pour la métaphysique; pendant qu'on discute brillamment sur l'universel, il passe sa vie dans son laboratoire à fondre les métaux, à manipuler les corps, à inventer les instruments utiles à la guerre, à l'agriculture, aux métiers des artisans. 11 n'est pas ignorant pourtant; il a des ouvrages grecs, arabes, ]iél)reux, chaldéens; il cultive l'alchimie, les inathématiques, l'o])ti({uc, la médecine; il apprend à se servir de ses mains autant que de son intelligence » (^).

Roger Bacon a puisé dans ses leçons la sagesse; et s'il est vrai de dire que, comme philosophe, c'est un homme de la Renaissance né dans la scolastique (■'), combien ce jugement ne se conforme-t-il pas par le sens expérimental du docteur admirable ?

noire des sciences pliiloso plaques, p. i). On raconte que le nom do la place Maubcrt (maître Albert) à Paris viendrait de ce qu'elle aurait servi d'aniphilhcâtre au f^rand Albert, les locaux destinés à ses leçons ne pouvant contenir la foule.

(') Maître l'icrre (l'ierre de MahariscourI ). Picavet, PliilasopliieK inédiévaies, p. ■xoo.. Paris, 1907.

(') A. FnANr-.K, Dirlionnaire des sciences pliilusophiques.

(•') ]hid.

LE .MOYKX ALiK ET l'aLCIUMIE. Gr

Ces qualités sont connexes chez lui de son culle pour les philosophes arabes. Il déclare que k les latins n'ont jamais rien produit d'excellent, c[u'il n'y a eu dans le monde que trois civilisations fécondes, celles des Hébreux, des Grecs et des Arabes » (^).

Il est évident d'ailleurs cjue nous ne devons pas nous attendre à enregistrer, sous le nom de Roger Bacon, une grande découverte chimique. Il y a seulement à accuser une tendance; les résultats expérimentaux ne se produiront que quelques générations plus tard. La volonté de substituer l'expérience à l'autorité d'Aristote serait déjà un grand pas. « Il s'entoure de jeunes gens qu'il se fait un devoir d'instruire, et qui, à leur tour, l'aident dans ses recherches expérimentales. Il dépense en 20 ans plus de 2000 livres sterling (5o 000 fr), somme énorme pour l'époque (^) ».

« Ce qu'on sait moins, nous dit M. F. Picavet ('), c'est que le xiii^ siècle marque une époque importante dans l'histoire des sciences expérimentales, que Roger Bacon n'est pas une apparition isolée ou une exception. D'abord il y a toute une école d'alchimistes qui font les expériences indiquées par les anciens et en imaginent de nouvelles : « J'ai répété cette opéra- )) tion dans le fourneau des fabricants de verre, dit Johannes » dans le Liber sacerdotum... et cela s'est passé à Ferrare. » Il semble bien que cette confrérie alchimique ait eu son siège dans la Haute- Italie, d'où était originaire d'ailleurs le célèbre traducteur Gérard de Crémone. Certains Ouvrages où ils sont mentionnés, rappellent les mémoires ou les traités actuels de Chimie, qui rapportent à chaque individu sa doctrine ou son procédé ».

L'important serait de distinguer dans ces expériences ce qu'il y a d'original. En attendant des données précises (''), nous les

\}) A. Franck, loc. cit.

(-) F. HOEFET!, loc. cit., p. OQI.

(^) Esquisse d'une histoire des philosophes médi'h'ales, 2*^ édilion, p. 207. Paris, Alcan; 1907.

{*) Voici ce cjue dit M. F. Picavet au sujet des techniques d'art [Ibid., p. 207) : Il On sait que les pratiques techniques atteignirent une grande perfection et, pour une large part, contribuèrent à rendre incomparable

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considérerons comme des répliques de la science arabe, et. nous nous contenterons d'avoir attiré l'attention sur la tendance de Roger Bacon, laissant à des études vdtérieures le soin d'exposer les détails de sa technique.

Cette tendance s'accuse d'ailleurs dans la littérature, où eomnience à se faire sentir un léger souffle de scepticisme. Le roman de la rose a channé de ton; vers la (in, il ne chante plus, il siffle, nous dit un critique, Jehan Clopinel (Jean de Meun laSo-iSio), qui acheva, non sans l'altérer, l'œuvre de Guillaume de Lorris, met en scène l'alchimiste qui s'adresse à la nature :

Et comment me pourrai-je guider Sî vous ne me voulez aider?

Puis dictes que vous doiz ensuivie.

Je le veux bien, mais par quel livre?

I^'ung dicl : ])renscec3, prens cela:

L'autre dict : non laisse-le là; Leurs mots sont divers et obliques Et sentences paraboliques En elïet, par eulx je voy bien Que jamais je n'en saurai rien.

]it la nature de lui répondre :

Je parle à toi, sot fanatique, Qui te dis et nomme en pratique Alchimiste et bon philosophe :

El tu n'as sravoir ny estolTe, Ne théorique, ne science De l'art, ne de moy cognoissance.

Tu romps alambics, grosse beste.

Et brusles charbon qui t'enleste; Tu cuis ahimz, nitre, atramens, i^'onds métaulz, brusles orpiments; Tu fais grands et petits fourneaux.

l'art qui élève les cal liéd raies et les liùlels de ville, qui sculpte tout un monde <ie statues, produit dc-s vitraux et des tapisseries, des meubles el (lis iniiiiiil ures, des autels ei des eiiàsses d'un art merveilleux ». Sonl-ce I lialiihié et la science de la lecliiii(|ue (|ui dominent dans l'art du xiii'" siècl<' ? <^)uels j)r()grès celui-ci a-t-il réalisé à «et égard sur l'art musulman el sur l'art égyptien ?

LE AiovEX A(;k kt l alchimii:.

Abusant de divers vaisseaux.

Mais au faict je te notifie Que j'ai honte de ta folie.

Qui plus est grand douleur je soulTre Pour la puanteur de ton soufre.

Par ton feu si chault qu'il ard gent, Cuides-tu fixer vif argent?

Cil qu'est volatil et vulgal, Et non cil dont je fais métal.

Povre homme, tu t'abuses bien!

Par ce chemin ne feras rien, Si tu ne marches d'autres pas. »

(io

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