‹ Histoire de la chimieChapitre 18 sur 137 · LA RÉFORME EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

LA RÉFORME EXPÉRIMENTALE

L — L9S précurseurs de Van Helmont.

Dans le Chapitre précédent, nous avons noté quelques éléments de l'histoire de la Chimie au xiii*^ siècle. Nous allons nous reporter sans transition jusqu'au début du xyii*^, qui se signale par l'instauration définitive de la méthode expérimentale.

Pendant cette gestation de quatre siècles, de grands facteurs historiques sont intervenus. Rénovation politique entraînant la constitution des monarchies en France, en Angleterre et en Espagne; révolution dans les connaissances géographiques; nouvelle voie vers l'Inde, créant la navigation océanique, portant un coup mortel aux ports de la Méditerranée, et élevant à une prospérité inconnue l'Europe occidentale; réforme religieuse qui remue toute l'Europe pensante et croyante; tout cela aidé par ce puissant levier de l'éducation moderne, l'imprimerie (i45o), et dominé par la Renaissance intellectuelle. Une renaissance ri'est pas un simple retour à d'anciennes traditions. Celle-ci, ])his <[iie toute autre, est l'expression d'une personnalité nouvelle; et, si elle s'inspire de l'anticiuité, elle est dominée par un sentiment de la nature qui en fait l'une des périodes artisti(|ues les plus brillantes de l'Histoire.

La renaissani'c d'art se manifeste d'abord. Ce n'est qu'au xv^ siècle que la i)réoccnpali()n d'une science expérimentale commence à se faire jour. Léonard de Vinci fut l'un des initiateurs. Dans le livre attachant (pTil a consacré à la « biographie psychologi(iue » de ce grand ailiste (^), voici ce que M. Gabriel Séaillcs nous dit du milieu ofi il a vécu (i/jS^-iSkj) :

(^) (liiljrici Si'-.Aii.Li:s, I.roïKinl de \'iii(i, Idrlinle el le schmiiL Paris, l'prriii, i^'j'J.

i.A UKi'OUMi: ?:\i>i:iîiMi:.\TALK.

« Cent ans avant Galilée, il y a donc en Italie une petite société de libres esprits qui ne sont pas encombrés par l'érudition, grisés par l'ivresse du beau langage, tout à l'ambition d'imiter les périodes de Cicéron ou de se faire des âmes platoniciennes. Ils n'étudient les anciens que pour profiter de leur expérience. Ils sont moins curieux des livres que des choses elles-mêmes. Pour eux, la science est à faire, la vérité est à trouver. Ils ne vont pas d'abord avix hypothèses très générales c|ui expliquent tout parce ([u'elles n'expliquent rien; ils se prennent aux détails, aux laits particuliers, lis ont des yeux pour voir. Ils regardent le ciel et la terre> les animaux et les plantes. Ils pratiquent la bonne méthode d'instinct. Ils font des expériences ; ils sont empiriques et mathéinaticiens, parce qu'ils ne veulent s'arrêter qu'à des vérités que la démonstration impose ou que les sens constatent. Soupçonnant déjà que la science est vme œuvre collective, sociale, qu'un seul homme n'achève pas d'un seul coup, parce qu'elle ne sort pas de l'esprit toute faite, ils s'unissent, ils s'interrogent, ils se communiquent ce qu'ils savent, leurs informations et leurs découvertes. C'est une société sans règlement ni statuts, qui spontanément naît des mêmes besoins sentis. A cette date du xv*^ siècle, quelques artistes, quelques voyageurs, des médecins, des ingénieurs, quelques gentilshommes représentent la science moderne. Si on les aperçoit à peine, c'est qu'ils n'occupent pas le devant de la scène. Derrière ceux qui parlent et qui écrivent, ils commencent une œuvre que nous n'avons pas achevée. Nous soupçonnei'ions à peine leur obscur labeur sans les manuscrits de Léonard de Vinci qui ont ainsi l'importance d'un document de premier ordre pour l'histoire de la pensée humaine (^). »

Ce « grand précurseur de la pensée moderne » « attaque les scolastiques, les dévots de l'autorité, il n'attaque pas les anciens » (^). « .Je louerai plus, dit-il, un bon naturel sans lettres, qu'un bon lettré sans naturel (■'). » Archimède est son

(') Séailles, loc. cit., p. 376.

(-) Ibid., p. 190.

(') Ibid., p. 188.

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initiateur. Léonard reprend les choses où il les avait laissées (^). Il sera suivi notamment par Simon Stévin (i54B-iô'.io) et par Galilée {i56\-i6/\2). Le No\'imi orgcmuni de Hacon ne paraissait qu'en 1620 et le Discours sur la méthode en 1637. L'initiation vient donc cette fois des savants et non pas des philosophes.

La Chimie ne suivra que d'assez loin sa soeur aînée, la Physique; elle aura peut-être par contre un tempérament plus robuste. Le savant historien de Léonard de Vinci nous rapporte qu'il ne s'occupa pas d'alchimie. Il réprouve ceux qui ont l'ambition «de créer de toutes pièces les choses simples et naturelles ». <' Les alchimistes, interprètes menteurs de la nature, affirment que le vif-argent est la commune semence de tous les métaux, oubliant que la nature varie les semences selon la diversité des choses qu'elle veut produire (^). )^

La recherche de l'unité de la matière, si tel est le but de l'alchimie, n'a rien d'absurde; on ne désespère jjas de l'atteindre, puisque ce problème a occupé les savants du xx*^ siècle, et préoccupe encore la plupart d'entre eux. On ne peut faire un titre à Léonard d'avoir rejeté l'alchimie. Si le Parmesan (loo/p i54o) s'est laissé distraire de son art délicieux par la passion c[ui devait entraîner sa mort (^), il est à plaindre de s'être attaché, coirnne tant d'autres, à poursuivre une idée trop complexe, dont l'expérience ne ])ouvait être qu'une suite de tâtonnements. Mais c{ui pourrait l'en blâmer.' Davy a cherché à décomposer l'azote et le phosphore; cette tentative peul-ellc porter atteinte à la clarté de son génie expérimental? l''.t si le personnage imaginaire de Balthazar CUiës ('*) a poursuivi, avec trop d'acharnement au goût (h's (liiinistes, un sujet (|U(' Davy n'a fait qu'efïleurcr, nous novoiis dans I'iciin rc (h^ Balzac, non pas une erreur scient iliciiic ni une absurdité, mais seulement un manquc^ de goût à juger un ])i(>l)lème si évidemment dispi-oporlionné à nos movcns d in\ csl lual ions.

(') Séaii.i.i.s. Ioc. cil., p. l't^C).

(-) IbiiL, 1». '.M);.

(•'') Cil. Blanc, llii.li>iir des pciiilres.

('*) II. Di; Balzac, Lu icclwithe de l'ahwlii.

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