II. — Van Helmont
J.-B. \ an Helmont est né à Bruxelles; il appartient à deux ^'randes familles belges, la famille de Stassart par sa naissance (sa mère était Marie de Stassart), et la famille de Mérode par son mariage avec Marguerito; Van Ranst. Il voit le jour la même année que Rubens. Et tandis que le grand peintre flamand caractérise le plein épanouissement de son art, cette période splendide, qui dans une évolution artistique, précède trop souvent une décadence, le mouvement de la science chimique naît à peine avec Van Helmont; il se dessine seulement par une tendance, sans savoir toujours ce qu'il faut répudier de l'ancienne discipline.
Abandonné complètement à lui-même pendant les études de sa jeunesse, il suit les cours de l'irniversité de Louvain, mais, son temps terminé, il refuse le titre de mas.ister septem artiuni. 11 cherche dans d'autres directions c la science de la vérité ou la vérité de la science ». Les Sciences médicales, l'Histoire naturelle, TAstronomic; le Droit n'avaient pu donner satisfaction à son esprit tourmenté. Un rêve où l'archange Raphaël lui promet ses conseils détermine sa vocation médicale.
Peu après sa promotion au Doctorat, on lui coniia un cours de Chirurgie. Il s'aperçut bientôt qu'il n'en connaissait rien, et en profita pour abandonner, en même temps que sa chaire, omnes omnium lihros, acribologias, atque inanes scholarum pollicitationes,
Il voyagea pendant cinq ans. Revenu à Bruxelles en i6o5, il pratique la médecine^ ayant en vue, non pas de se faire une clientèle brillante ni de soigner les princes et les rois, mais de soulager les infortunes. Aucune distraction, aucun plaisir ne peut l'arracher à ses occupations (').
En 1609, peu après son mariage, il s'adonne aux travaux qui lui ont permis de s'attribuer le titre de philosoplius per ignem
(^) (; Etenini nec ^'clUlS, ncc symposia, vel imicani niihi horam subtrahebant : sed labor continus et virgilia, fures mci temporis » [Tum. peslis, p. 834).
CHAPiTui; m.
([u'il aimait à rappeler. C'est à Vilvorde, petite ville située à quelques kilomètres de Bruxelles, là mcme où le grand peintre flamand avait fixé à la fin de sa carrière sa résidence d'été, que le père de la chimie pneumatique exécuta ses expériences célèbres. « Dieu m'a donné, dit-il, une épouse pieuse et noble; je me suis retiré avec elle à Vilvorde; c'est là que, pendant sept ans, je me suis consacré à la pyrotechnie et au soulagement des pauvres (^). »
Il avait été sollicité à écrire un Traité sur les propriétés thérapeutiques du magnétisme animal; celui-ci, publié à son insu, lui valut les rigueius de l'Inquisition, et finalement, après treize années pendant lesc[uelles son affaire fut alternativement poursuivie et oubliée, il fut maintenu prisonnier dans sa propre maison en i634, pendant une période qui dura au moins jusqu'à la fin de lôSb^. On dit que Marie de Médicis intervint en faveur de celui que Guy Patin appelait ce « méchant pendard flamand », qui profita de sa mise en liberté pour secourir les pestiférés dans les différents points du pays où sévissait le fléau.
Van Helmont publia de son vivant jdusieurs Ouvrages de Médecine (^). Le seul connu ayant trait à la Chimie parut à Leyde en i6i5. 11 est écrit en flamand et intitulé : Dageraad ofte nieiiwe opkonst der Geneeskont, in i'erborgen grond-regulen der yaturc (•'). Des ])riiuipcs généraux de Philosophie, de Chimie et de Physiologie y soot exposés. Quelques jours avant sa mort,
(') '/'mil. iii'sli.s, p. HSa.
(-) .Nos renseifçncmcnls de bioo;ra{)hie et de bibliograj)liic concornaiit Van Ilelmout sont extraits de Ja belle étude de M. W. Ronunelaere (Mémoires de l'Académie de Médecine de Belgique, 1868).
(') Aurore de la renaissance ds la Médecine et rèi^les joiulamenlales cachées lie la nature. (ïe Livre n'est signalé, ni par F. ]lo(>[er dans son Histoire {■j.^ édilion, iSCx), I. IT, ]). \''}\ el suiv.), ni ])ar H. l\()pp (/)Vi7/Y/,g^, Band lîl. Rrannswi'ig, Viewcg, 187*^, p. l 'io et sniv.). ]\I. ^^'. Jionimelaere adniel iloc.cil., \>. \}'\} i|iie les itiées «pie Van llelinont y expose sont reproduites dans Ortus medicimr; il dnil Tlii' pirclinx pniscpi'il a été pid)lié au momenl même des ret^lierelies de \';ni llrlnidiil à N'ilvorde. Il serait désirable que l'on en pnliii.'il une Iradnclion. Sa comparaison avee VOrtus medicinie déeideiail si ce dcriiiri' (Invraijre a réellement été modifié par François- .Mi'l rnir, l'dnitni' on |i' di I .
LA iiKKOiniE KXl'KRIMKNTAI.H.
il confia à son iils, François-Mercure ^ an lleiniont. la publication de son Ortiis medicinse (^). Ce fils avait à ce moment 26 ans ; il avait étudié la Médecine. C'était un esprit singulier, vif et original, qui se piquait d'érudition: il s'était donné à la Chimie; son existence fut assez désordonnée (^). Ces aY)préciations donnent une certaine consistance à l'opinion des historiens, qui craignent cjue le fils ait introduit, dans l'œuvre du père confiée à ses soins, beaucoup de ses idées personnelles.
Ortus medicinse est actuellement notre seule ressource pour donner quelques indications sur l'œuvre chimique de Van Helmont. Voici le résumé du Chapitre XX, intitulé : C omplexionuin atque ?nistiouu}>i clcmtjilalium fîgmentiim ("■) :
« I. Pourquoi la terre n'est pas un élément primitif. ■>.. Le feu n'est ni un élément, ni une substance. — 3. Toutes les choses visibles sont matériellement de l'eau. — 4- Pourcjuoi la partie de l'air appelée région moyenne est froide. — 5. Que sont les trois principes des chimistes. — 6. Les corps ne se réduisent pas en trois principes. — 7. Inconséquence de Paracelse. — 8. Erreur des chimistes. — ■ y. On démontre la réduction des trois principes en eau des nuages. — 10. Le sel volatil des simples est fixé par coUicjuation. — 11. Les trois principes n'étaient pas à l'origine, mais ils se font par séparation, et sont de fait une nouvelle créature. — 12. L'huile des choses. après disparition de sa concrétion séminale, n'est que de l'eau. — i3. La même chose pour le carbone. — i4- Ce qu'est le gas sylvestre des choses. — i5. Comment le gas naît dans le raisin. — 16. Le gas dvi vin. — 17. Pourquoi une trop grande quantité de raisin est nuisible. — 18. (^ue le gas du moût n'est pas de l'esprit de \\n. — 19. Fausse opinion de Para-
(^) La première éditio)i parut quatre ans après sa mort (Elzévir, 164B). Signalons (d'après Hoei'er) les autres éditions : Venise, i65i et i65i; Lyon, i656; Franckfort, 1661, 1681 et 1707. Traduction française par Le Conte (1670, in-4°). Traduction anglaise, Londres, 1662; in-fol.
(^) Cap. : Van Helmoxt, Journal de Pharmacie, 3^ série, t. XXT, i852, p. 3o2 et 359; voir notamment pages 3o5 (note) et 365.
(*) Représentation élémentale des complexes et des mixtes.
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cel?e. — 20. Soufre double dans l'étaiu : d'où sa légèreté. — ■?i. La poudre à canon prouve le gas. — ■ 22. Transmutation mutuelle en gas. — 23. Incompatibilité de certaines colliqua lions. — 24. Que matériellement le gas n'est ni terre ni air. — 26. Sept propositions absurdes qui découleraient de ces erreurs. -- 26. Le mixte ne peut rtre converti en élément par la force de l'élément vainqueur. — 27. Expérience de la liqueur All^ahest (^;. — 28. Tout gas vient de l'élément de l'eau. — 2g. C'est prouvé par l'expérience du charbon. — - 3o. Par l'expérience que tout végétal est totalement et matériellement formé de la seule eau. — -Si. Ainsi toute pierre est de l'eau. — 32. Les poissons et toute graisse sont seulement de l'eavi. — 33. Toute suie est seulement de l'eau. — 34- Tous les soufres sont l'éduits en suie et gas : ceux-ci sont réduits en eau. — 35. Pourquoi le feu ne peut produire de l'air avec l'eau. — 36. La terre et le verre ne sont que de l'eau. — 37. Le gas des sels n'est que de l'eau insipide. — ■ 38. Le gas des fruits que de l'eau. — 39. Commentaires de l'Ecole sur les exhalaisons. — • 4o. La physique dans les ténèbres et sa pyrotechnie. - • /[i. L'esprit de vie est matériellement le gas de l'eau. — /\'3. La sueur avant la mort n'est pas de la sueur, mais la liquidité de la liqueur. -— 43. Nous sommes facilement corrompus par le gaz endémi<j[ue. »
C'est ce (^liapiUc (jiii \a principalement nous servir dans notre étude très sommaire do l'œuvre chimique de VanHelmont. Nous prendrons la traduction de Le Conte (^), h laquelle nous
(') On ignore ce que ])(ul rire l'alUalicst do Paracclsc; on veut y voir, soit l'acide nitrique, soit un alcali caustique. D'après Van Ilelmont [Or/us; Klzevir,Y>- lo5),il dissout les cailloux, et ceux-ci sont ainsi finalement réduits en eau insipide cl. iiicdlorc ^lais nous ne pouvons guère tabler sur des expériences de ce genre.
C') Le Clia])ilre XX de Irclilion i'.lzn'ir devient, dans la traduction do Le (lonte, le Chapitre XV; il est intitulé : « Les corps qu'on a cru être mixtes et composez des quatre elemens, tirent leur matière de la seule eau, il n'Iournent finalciiirnl eu piii'c eau insipide et élémentaire auec rilisloire du fias )i. Cclli: Iradiicliou est un résumé pas toujours fidèle et souvcnl peu judicieux. Nous avons préféré nous en servir, plutôt que
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apportons quelques rectifications ou compléments d'après le texte latin.
Expériences sur les gaz (^). — « Le charbon qui se fait par une colliquation de soufre et de sel qui agissent ensemble en brûlant : et sénéralement tous les corps qui immédiatement ne s'en vont pas proniptement en eau jettent un certain esprit sauvage (^) nommé gas. Par exemple soixante deux liures de charbons consumés ne laissent guère plus d'vnc liure de cendres. Donc les soixante liures de surplus ne seront qu'esprit. Cet esprit ou ce gas (') ne peut pas être détenu dar>s des vaisseaux ny être réduit en corps visible, que sa vertu séminale ne soit préalablement éteinte. Les corps le contiennent et souuent s'en vont tout en cet esprit. Ce n'est pas pourtant qu'il soit actuellement en eux (car il ni pourroit pas être détenu, et tout l'assemblage du corps se dissiperoit auec lui) mais c'est vn esprit coagulé corporelement, qui est excité par vne acquisition de ferment, comme on void au pain, vin, hydromel, pomé, cidre, etc., ou par quelque addition étrangère : comme par le sel armoniac auec l'eau forte ; ou par cjuelque disposition alteratiue, comme on void aux pommes qui cuisent au feu. Les raisins entiers se sèchent et se conseruent; mais si tôt que la pelure des grains se rompt et se déchiré ils concoiuent d'abord le ferment d'ébuUition, qui est vn principe de transmutation. Les ius de raisins, de pommes, de baves, l'hydromel, les feuilles et les fleurs contuses, commencent à bouillir tout aussi tôt qu'elles ont pris le ferment, et
do faire nous-mème du texte latin une traduction qui offrait le danger de trop moderniser l'œuvre. Le latin de Van Helmont n'a pas la précision d'un texte de Tacite 1 II faudrait vme préparation spéciale pour le traduire fidèlement.
(^) D'après Cap [Journ. de Pliarnu ctChim., 3"^ série, t. XXI, i852,p.3o8), c'est à Macquer que revient l'honneur d'avoir remplacé s par :; dans le mot de Van Helmont. k Pauvre ]Macquer ! »
{-) Le Conte traduit ici syh'ester par srt»p.ige; le terme syWesler paraît consacré.
('*) Van Helmont dit : n Hune spiritum incogtiituni hactenus, novj nomine gas voco » {Elzevir, p. loG).
cuAi'irnK m.
alors, le <ias. où cet esprit sauvaoe s'exciter Et s'il est détenu |)ar force clans les tonneaux, il rend les vins furieux, violés et nuisibles, ([ui souuent ne pouuant pas être dompté par la vertu digestiue, il se joint à l'esprit vital, malgré qu'il en ait, et si par hazard, il se rencontre cjuekjue excremêt qui soit sur le point de s'éuacuër par insensible transpiration, il le condense et le coagule par son acidité ferment aie, et se rend, fort incommode, jusqu'à causer souuent de tranchées, diarrhées et dissenteries fâcheuses. Ce gas n'est pas l'esprit qui est au vin api^és qu'il est fait : mais c'est celuy-là qui fait le furihoiul. quand le \iii est eu sa facture et en sou el)ullition, qui souuent suffoque ceux ([ui le respirent tout à coup. Ce qui deuroit aduertir les Médecins de ne pas mépriser les parfums comme ils font, ni les remèdes, cpii par leur odeur ne recréent pas seulemeni ceux {[ui sont tombés en syncope et défaillance, mais aussi ils sont capables de guérir beaucoup de maladies à cause de leur prompte pénétration : car cet cspnt pénètre, et emporle les odeurs plus auaut <\\w ne font pas les liqueurs, et les conseruent plus longtemps. D'autrefois il s'attache opiniâtrement à l'entrée de la première cuisine, et se rend si rebelle à la faculté digestiuo que l'on en ressent des reproclii's à la Itouclit'. Il y a donc autant de différence du mousl ou du suc des raisins, d'aucc le vin, ({u'il y a de la ]»oulic faite auec de l'eau, et de la farine, d'auec la b'ere : parce (pic la chose précédente, qui n'étoit encor c(ue ius de raisin, on bonlië est (par une fermcntale disposition) disposée en sa transnuilatio. cl son être esL changé en vn autre : car toute iratismulal in luiiiude, présuppose un ferme corruptif. (.eux i|iii passent pour Ivs plus sid)lils, se sont maginés cpie ce gas du veut eufcrnié dans les choses, ou de l'air <pii éioit entré (eu hi gênera lion) dans le mélange des niixl(>s.
)> (. »•>! anisi (pic l'aracclsc csl d'a\is (|ue l'air est caché dans les coi'p> in\ isibiciurui sous lorme de trois autres éléments : ce n'esl cpu- dans rélauiquc Tau' serait inxisible. Mais l'inconsé(|uence saule aux yeux : ou \(>ll (hiiis l»(>aucoiip de cas les mixtes èlrc loriués «les trois piineipcs; mais les éiénienls ne sont pa- (les e«ups. ilssonl les simj)les matrices lies eorps. ])n