‹ Histoire de la chimieChapitre 21 sur 137 · I.A HKKOKMK KXI'KIUM H.N lA LK · texte numérisé non relu

I.A HKKOKMK KXI'KIUM H.N lA LK

reste, il ne prend pas garde que l'étain, étant plus léger (jue les autres métaux, contient un soufre double dont l'un seulement est coagulé...; l'autre est huileux (^).

» 1/ Histoire du gas susdit s'exprime assez en la poudre à canon qui est composée de salpêtre, de soulfre et de charbon : lesquels mêlés exactement ensemble, puis enflammés, il n'v a point de vaisseau quelque fort qu'il puisse être (où elle sera fermée) qui ne se brise et se mette en pièces à cause du gas susdit : et lors qu'ils sot séparément enfermés et exposés au feu, ils ?i'exercent aucune violence : car si le charbon est alumé dans vu vaisseau fermé, il ne se diminue point encor qu'il soit esposé (iusqu'au iour du jugement) dans vne fournaise ardente. Si on sublime le soulfre dans vn vaisseau de verre fermé, il monte entièrement du bas dudit vaisseau sans changer d'espèce. Si on fait fondre le salpêtre seul dans vn vase fermé, il en distille vn phlegme insipide, et vne liqueur acide, et le reste se conuertit en vn fixe alkali. S'il y auoit de l'air en chacun en particidier, le feu l'en feroit aussi bien sortir, lors qu'ils sont séparés que lors qu'ils sont joints ensemlile. (]'est donc par vne mutuelle antipathie qu'ils se conuertissent nuituellement en gas, par lac[uelle ils tâchent à se détruire l'vn l'autre. Et non pas par la contrariété du froid auec le chaud : mais l'incompatibilité du soulfre auec le salpêtre se fait |)ar Ane cause approchante à celle cju'on remarque à l'huile qui boult auec le vin ou l'eau; car tant qu'il y a vne seule goutte de licjueur auec l'huile, elle ne cesse de faire du bruit. Ce qu'on voici aussi arriuer au plomb, estaing, et cuivre fondu, ou vne seide goutte de vin ou d'eau fait sauter tout le métal en l'air : ce qui n'arriue pas (encor qu'on plonge juelque autre chose actuellement froid dans la matière fondue : car comme le soulfre, le charbon, et le salpêtre en la poudre s'entretouchent mutuellement (jusqu'à la moindre de leurs parties) en vne chaleur si grande) ou ils se conuertissent en gas enflammé : ou ils rompent le lieu où ils sont enfermés :

(') Nous avons cru devoir; d'après le texte latin {Elzevir.T^. 107), rétablir cei nlinéa dans la traduction tronquée de Lu Conte.

So CIIAI'ITRK 111.

De même le plomb Liùlé aiiec le souH're et le mercure, s'en va d'abord en flame, et ne laisse qu'vn peu de feçes étendues selon la largeur du lieu ou le plomb étoit contenu, {jui ne pèsent quasi rien : c'est pourquoi si le gas était air, toute la })oudre à canon seroit air, et le plomb susdit qui s'est èuolé aussi. Ce gas emporté en l'air se réduit finalement ainsi que les autres vapeurs en eau. »

Van Helmont nous dit lui-même qu'il donne le nom de gas à cet esprit qui ne peut être contenu dans des vaisseaux, ni être réduit en corps visible; le gas est un « esprit sylvestre », ce qualificatif étant pris ici dans le sens d' « incoercible ». Les termes « gas svlvestre », pris ensemble, pourraient paraître un pléonasme; mais ils ont été employés tels par Van Helmont lui-même (*).

11 est prudent de conserver au terme i( gas » une signification tout à fait générale. Evidemment l'attenticn de Van Helmont a été attirée principalement par l'acide carbonique; mais on ne serait guère fondé à croire cjue c'est ce gaz qu'il a spécialement décrit, l'esprit sylvestre ou « gas » ne veut donc pas dire acide carbonique, comme on le croit souvent. \ an Helmont n'a pas su recueillir les gaz; comment les aurait-il diiférenciés ?

( )ii |(('ul pii)diiire l'esprit sylvestre par l'action du vinaigre sur des pierres d'écrevisses; on le trouve dans les mines, les (•(•lliers, la grotte du chien, les eaux minérales, les intestins. Il |)(Mil être inflammable ou non. Van Helmont parle des «gas pingue, gas siccum, gas fuliginosum seu endimicum » ('-). Le « gas salium » s'obtient par l'action de l'eau-forte sur le sel marin ou le sel ammoniac. L'esprit sylvestre obtenu j)ar combustion du soufre est I rès (iddiaiil et éteint la flamme; l'esprit sylvestre se dégage aussi lorstpi'on attarjuc l'argent ]tar l'acide nitrique ( ').

(') Notamment Elzani; 1648, p. /ii8.

(^) Ihid., p. /(i/j. '< Ncscivit iiiquam Scliolœ Galonica haclenus difVcrcntiam inli^r gas vonlosum (quod inerè acr est, id est, venlus, per sidoruiu JUas commutus) gas pingue, gas siecuni, quod sul)liiualuin dicitur, gas fuliginosum sive endimitimi, et gas sylvestre, sivc iiicoërcihilc, quod iii <orpus cogi non ])olest \isiliilr ■.

(•') lIoi;ri:ii, loc. cil., I. JI, p. \ \o hS édition, 1869).

LA ItKKORMi; I-:\!'KRlMi:XTALE. 8l

Gardons-nous de voir rien de trop précis dans la multiplicité de ces observations, mais gardons-nous aussi de juger trop sévèrement et à notre manière moderne la confusion que Van Helmont énonce entre le gaz carbonique et le gaz sulfureux. Ces nouvelles notions sulllsent à faire de leur auteur un très grand chimiste. Mais ne les isolons pas des idées qu'il nous exposera plus loin au sujet des éléments.

Définition de la flamme. — La flamme est un gaz incandescent, une vapeur allumée. On attribue souvent, soit à Newton, soit à Davy, cet aphorisme qui recèle une importante découverte.

Chacun connaît l'expérience de la chandelle popularisée par Faraday : dans une atmosphère tranquille, on souffle avec précaution une chandelle allumée; il s'élève de la mèche une colonne de fumée d'une certaine longueur; on approche de l'extrémité supérieure de celle-ci un corps en combustion; une flamme se forme à l'extrémité de la colonne et descend d'ellemême jusqu'à la mèche.

Cette expérience est citée par Lucrèce (^) ; c'est Van Helmont (jui paraît en avoir donné le premier l'explication, ainsi qu'il ressort d'une étude de Melsens (^), où se trouvent relevées les opinions des savants antérieurs au xvii*^ siècle. Van Helmont a dit d'une manière formelle que la fumée est un gaz, que la flamme est de la fumée allumée (■'). Le feu n'est donc plus une substance, ce n'est plus qu'un accident.

Eléments. — L'un des éléments d'Aristote, le feu, cède donc à la force de l'expérience : c'est le fait le plus important de la réforme expérimentale. Peu importe d'ailleurs que l'expérience elle-même ne soit pas neuve : c'est l'esprit de discussion qui est le fait nouveau. Van Helmont ne s'arrête pas en si bon chemin. La terre ne peut être considérée comme un élément, puisque

[^] De rerum natiira, Lih. VI.

(^) Nous en adoptons les conclusions sans les discuter (Mémoires de l Académie royale de Belgique, 1870; in-8.

(•^) Notamment \Orlus medicinx [Elzevir, 1648, p. lo5)] : « Flamma quœ non est nisi accensa fuligo ».

^2 r.HAPITRE 111.

tous les chimistes de cette époque admctlent qu'elle est une transforma lion de l'eau (^). Au contraire, l'eau et l'air ne peuvent se résoudre l'un dans l'autre; ce sont les éléments première. C^). La question n'est pas de savoir si les arguments de Van Helniont sont bons; il prétend établir l'existence des éléments par l'expérience; la méthode philosophique est pour toujours abandonnée.

Les éléments alchimi([ues ne pouvaient résister à une argumentation de ce genre. Van Ilelmont en parle dans le Chapitre de Orlus medicinse intitulé « Causse et initia naturalium » (■'), où il formide notamment deux propositions : '^ i3. Tria Paracelsi cori^orum initia, non habere naturam causarum. — i'^.. Chimlcorniu |)i'iiu'i|)ia. non habere vim principiandi. » Mais l'auteur, s'il ne l'oiivnit pas de preuves convaincantes en faveur de son idée, nous l'exprime tout au moins nettement dans le Chapitre XX do VOrtus incdicinx dont nous avons donné plus haut le sommaire. \ oici comment il débute ('') :

' .l'ai dit cy denant cjue l'Air et l'Eau, étoient les elemes f)rimitifs, parce (|u'ils ne peuuet iamais être tràsmuez l'vii à l'autre : (|ih' la terre vierge et élémentaire (quoyque créé au commencement du monde comme élément) sembloil avoif pris son origiïie de l'eau à cause ({u'elle se pouuoit réduire en eau par artifice : et par cons(*(pi(;nt <mi (|uelqiie chose de plus sim|ilc. (pTclIc n'étoit aiiparanant et que si l'eau étoit conuerlie en (juclquc ccups terrestres, (|ue c'étoit par la vertu (U;s semences, ci (juc dans celle (onjonelure elle se dépouilloil de sa si iiiplieit é élémentaire, pour se l'euètir des vertus séminales. Il a élé nie aussi t[uc le feu fût ni clément, ni sul)stance : Mais qu'il anoit été domu'' à l'homme pour le seniir

(') K Orntiis IrrtM. Iiiliini acoiniic corpus l;iri<iil)ilcj vcre, o\. inalerialiter rst soliiis ;H]ii:r piciLiciiics, cl in jujuani itcrum rcducitui', pcr naturam cl •-irtcni '• \l>rliis nicdiciinr {Ainsi., Elzrvii', ifiiS, j). ")('))].

C) Orliis iiirdicin i: tiliiil.. p. ('ni : i I )cnionsti'ali() luallicinalii'a, (piod ;iër «"l a(|iia siiil ilcniciil;i piiniiiicnia, (,t ini|)(;i'nuitabilia J'rigorc, vcl r.alorc ninpian in se iiiviccni >.

(') ihiii.. p. ;•.

(M Tia.!. ].r C c.

LA RKFORMK EXPÉUI MENTALE. 83

à ses usages, et que c'étoit vu destructeur entre les mains des Artisans.

» A cette heure il faut faire voir que tous les corps (qu'on a crû être mixtes) de qu'elle nature qu'ils puissent être opaques, ou transparens, solides ou liquides, semblables, où dissemblables (comme pierre, soulfre, métal, miel, cire, huile, os, cerneau, cartilages, bois, écorce, feuilles, etc., sont materielement composés de l'eau simple, et peuuent être totalement réduits en eau insipide sans qu'il y reste la moindre chose du monde terrestre. )

^ an Helmont a à nous prouver sa proposition (|ue l'air et l'eau sont les éléments des choses. On serait tenté de dire qu'il le fait d'une manière géniale, s'il pouvait être permis de qualifier ainsi les écarts d'une magnifique méthode.

11 nous a déjà montré plus haut que le bois se change en air; et à ce propos il nous a dit que « tous les corps qui immédiatement ne s'en vont pas promptement en eau jettent un certain esprit sauvage nommé gas ». Il va maintenant nous prouver par la célèbre expérience du saule « que le bois n'est totalement que de l'eau; sa cendre, son sel, et le verre ne seront aussi que de l'eau » (^).

« .J'ai été cofirmé que tous les vegetables tiroient leur matière de l'eau par l'Alkaest et par cette mecanic|ue. .lai pris ^n grand vase de terre, auquel j'ai mis 200 liures de terre deseichée au four que j'ai humecté auec de l'eau de pluye. Puis j'y ai planté vn tronc de saule, qui pesoit cinq liures. Cinq années après le savde qui étoit cru en ladite terre, fut arraché et se trouua pesant de 169 liures et enuiron trois onces de plus, Le vaisseau étoit fort ample, enfoncé en terre, et couuert d'vne lame de fer blanc étamé percé en forme de crible, de force petits trous, afin qu'il n'y ait que l'eau de pluye, ou l'eau distillée seule (de laquelle la terre du vaisseau étoit arrousée lors qu'il en faisoit besoin) qui y puisse découler. Les feuilles ne furent point pesée parce que c'étoit en Automne que les feuilles tombent que l'arbre fut arraché. En après je fis dere-

(M Trad. Le Conte.

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chef reseicher la terre du vase et la terre ne se trouua diminué que d'enuiron deux onces, qui s'étoient pu perdre en vuidant ou enq^lissant le vaisseau. Donc il y auoit i64 liures de bois, d'écorce et de racines qui étoient venues de l'eau. Aussi si le charbon (qui prouient entièrement de l'eau) est réduit en pierre, en quelques fontaines qui ont cette faculté-là. Cela ne se pourroit pas faire, si cette pierre n'étoit materielemèt de l'eau. »

Cette expérience est faussée dans sa conclusion par une simple erreur de logique; si Van Helmont, au lieu de conclure que le bois vient de l'eau, avait conclu seulement qu'il ne vient pas de la terre, il n'y aurait rien à y reprendre. Mais cette erreur n'empêche pas que nous sommes en présence d'un fait capital de l'histoire de la Chimie. L'originalité profonde delà méthode suilit à la mettre au premier rang des faits historiques. Black et Lavoisier, ])our leur époque, n'expérimenteront pas mieux.

Nous disions plus haut qu'il serait hasardeux d'attribuer à Van Helmont une notion trop précise sur le gas. Ce qu'il vient de nous dire sur les éléments est de nature à nous rendre plu& circonspects encore. Comment, avec nos idées et nos conceptions, établir un lien logiciue entre les déductions qu'a pu faire im savant du xvii^ siècle ? Un exemple sera encore intéressant à cet égard.

« On peut prouuer que les gas des sels n'est que de l'eau par celte mecanic[ue. Qu'on prenne du vitriol, du salpêtre et de l'alun par égale portion, qu'on les fasse deseicher séparément : puis (jii'on les dislille ensem])le. Ce ([ui en sort n'est que du pur sel volatil H/, once iiij de cette eau, et ioignez vue once de sel arnu)niac dans vn fort vaisseau de verre, si exactement Iciriié, (|ii"il n'en ])uisse rien exaler. D'abord le vaisseau quel liirl (|u"il sdil. sautera en pièce, aussi bien au froid qu'à la ciialcui : ()uc si on laisse vne petite ouuerture à la iointure du re<'ij)ieiil, cl (pi'après (l'ebullition cessée) on distille le reste : <iM en lircf.i de rcaii (pii lire sur l'aigre, (|ui finaletnent (par (h's disl illiii idiis irilcrrcs, et vne addition de craye) est conuertic en eau insipich-, nu ou void qu'vne partie s'en va en gas, et I aulti' (Il eau. Donc l(! gas des sels n'est materielement que

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de l'eau, puis que finalement il retourne en eau. Ce qui montre euidemment, qu'il est impossible aux écoles de connoître la nature, les causes, les différences, et les propriété/, des corps : ni la vraye Philosophie saiis l'exercice de la chimie {^) >\

On aurait pu croire que Van Helmont classait les gaz comme nous le faisons; qu'après avoir différencié de l'air ordinaire l'esprit sylvestre, après avoir distingué le gaz inflammable de celui qvii ne l'est pas, il allait faire des fluides aériformes un ordre spécial. Il nous avait déclaré que l'eau et l'air ne sont pas mutuellement transformables; mais il ne prend pas garde à ce qu'il vient de nous démontrer, à savoir c|ue le gaz du sel se réduit en eau. Et, avi fait, p\iisqu'il nous a démontré cjue le bois, fait avec de l'eau, se résout en gaz, comment aurait-il pu échapper à cette conséquence c{ue l'eau se résout en gaz? Mais ici il est cj[uestion du gaz et non pas de l'air commun. Nous devrions donc, en logique, admettre que Van Helmont établissait une différence essentielle entre l'air et l'esprit sylvestre.

Mais laissons à son œuvre son imprécision; voyons-la dans son cadre, et aussi dans sa tendance : le génie d'un expérimentateur se manifeste autant dans sa méthode que dans ses résultats.

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