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III. — Robert Boyle

Robert Boyle est né en Irlande le 26 janvier 1626. A la tête d'une fortune considérable qu'il init au service de la science, il fut toujours aussi modeste dans ses rapports avec les hommes ciue prudent dans la discussion des phénomènes de la nature. Il s'appelle lui-même le chimiste scepticjue; et ce scepticisme est la caractéristique de son œuvre chimique, plus doctrinale c[ue vraiment créatrice. Torricelli (1608- 1647) avait découvert le baromètre; il appartient à Boyle d'avoir formulé la loi qui porte souvent le nom de Mariotte dix-sept ans avant lui, et d'avoir fait ressoi^tir toutes les conséquences de la notion fondamentale mise en lumière par le physicien italien.

A ce moment, les savants étaient vacuistes ou plénistes,

(*) Orlus inedicinœ [Elzevir, 1648, p. 109, § 37j. Trad. Le Conte.

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oomme on avait été quelques siècles auparavant nominaliste ou réaliste. Descartes par exemple est pléniste. Boyle se garde bien de discuter philosophie : il cherche.

Otto de Guericke avait trouvé les fameuses hémisphères de Magdebovirg. Aidé d'un haliile constructeur, son compatriote Hook. Boyle établit une nouvelle machine pneumatique. Elle le conduit à énoncer d'une manière définitive la notion de la pression atmosphérique, l'existence de l'air, son rôle dans la respiration et la combustion, à découvrir la loi dite de Mariotte, et à relier enfin l'expérience de Torricelli aux phénomènes analogues que l'on peut réaliser avec le nouvel instrument. L'admirable enchaînement de ces conséquences est bien de nature à nous frapper. Boyle se montrera plus profond physicien que chimiste; mais n'oublions pas que, sur la première de ces sciences, Galilée a déjà mis l'empreinte de son génie.

Hawkesbee avait constaté que l'air, mis en contact sulfisant avec des métaux incandescents, devenait irrespirable (^). Boyle met du cuivre au contact de l'ammoniaque dans un espace d'air confiné; il remarque que l'élasticité de ce dernier diminue. Nous savons que l'oxygène de l'air est absorbé dans ces conditions. Boyle constate que cet air est devenu irrespiral)le : ses réactifs ordinaires, les souris et les oiseaux, le lui démontrent d'une manière indubitable.

Malheureusement Boyle a arrêté là l'application très ingénieuse de ses expériences pneumatiques dans ce nouveau domaine. Mais ne s'est-il pas singulièrement approché de la connaissance de l'air atmosphérique ? iS'a-t-il pas établi son rôle dans la respiration et la combustion, et, mieux avisé sur ce point que \ an Hehnonl. opéré un progrès fondamental?

Ce|iendant les conséquences, qui nous semblent à nous ressortir «l'une manière si simple et si claire de ces expériences, n'apparaissent pas telles à Boyle lui-même. Il considère l'air comme Ininié (le lidis espèces de molécules : 1° les exhalaisons des eaux, des minéraux, des végétaux et des animaux; a° les effluves

(') V. lIoiiiKii, Histoire dr la (Iiiinir, 1. Il, p. 1^7. Paris, Didol, i!^66; y. vol.

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magnétiques émises par la terre et produisant la lumière par leur choc avec les émanations des astres; 3° la portion dilatal)le et compressible de l'air.

11 a préparé, par l'action de l'acide vitriolique sur le fer, un <iaz que, plus heureux que Van Ilelmont, il a su recueillir; mais la nature de cet hydrogène lui a échappé ; il le considère comme de l'air (air generated de novo) (').

A cette époque, on trafiquait des recettes chimiques. Et pour- ((uoi aurait-on donné pour rien le secret qui devait assurer à son détenteur la richesse, la jeunesse éternelle avec le bonheur par-dessus le marché ! C'est ainsi que Boyle, qui s'était occupé des « phosphores naturels » et des « phosphores artificiels », avait acheté à im certain Kraflt quelques indications assez vagues au sujet du secret de Brand. Krafft était venu en Angleterre, et y avait, paraît-il, gagné beaucoup d'argent à exhiber un phosphore nouveau qui, contrairement au phosphore de Baudouin (nitrate de chaux calciné) ou de la pierre de Bologne (sulfure de baryum), n'avait pas besoin d'être exposé au soleil pour luire dans l'obscurité. Boyle prépara à nouveau ce corps précieux au moyen du résidu de l'évaporation de l'urine, et son habileté expérimentale s'allirma par la découverte de l'hydrogène phosphore.

D'autre part, il a contribué à introduire dans la pratique de la Chimie ce que nous appelons des réactifs. Au cours de ses travaux sur l'arsenic blanc, qu'il considère comme un acide, il utilise la solution de sublimé corrosif qui lui donne un précipité Idanc (chlorure mercureux). Il propose la teinture de noix de galles pour reconnaître le fer, le sirop de violettes pour l'acidité et l'alcalinité, l'ammoniaque pour le cuivre, le nitrate d'argent pour le sel marin. Son nom est resté attaché à l'un de nos réactifs les plus usités, le sulfhydi-ate d'anniioniacjue (teinture de Boyle).

En i66ï, il publie sous l'anonymat un opuscule intitulé : The sceptical cliynu^t : or chcmico-plnjsical Douhts and Paradoxes touching the experiments wherehy vidgar Spagyrits are

(') Loc. cil., p. 1654.

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wont to endeai'our to évince their sait sulphur and Mercury lo he ihe triie Principles of things, Le Livre eut un immense succès en Angleterre et sur le continent; une traduction latine n'eut pas moins de douze éditions. Comme l'indique son titre, c'est un Ouvrage de pure discussion; l'auteur lui a donné la forme de dialogues; ses interlocuteurs défendent tour à toiu' les éléments d'Aristote, et les trois principes admis par Paracelse, tandis que Boyle, représenté par Carnéades, rejette sans condition toutes les notions philosophiques de ce genre.

D'abord, la Chimie est une science indépendante, et qui a un but plus élevé que celui de faire de l'or; elle n'est pas nécessairement liée aux destinées de la Médecine.

« Je voudrais bien savoir, dit-il, comment on parviendï"ait à décomposer l'or en soufre, mercure et sel; je m'engagerais à payer tous les frais de cette opération. J'avoue que, poxu' mon compte, je n'y ai jamais réussi. »

Boyle rejette avec la même netteté les éléments d'Aristote : il n'est pas plus péripatéticien que spagyriste. On pourrait préciser son rôle dans l'Histoire, en disant qu'il considère comme élément ce qui est indécomposable; aux notions abstruses de la pliilosophie, il substitue une vérité concrète; cette vérité est à trouver, et Boyle la propose comme but h une science nouvelle dont il proclame l'indépendance.

Il n'a évidemment pas découvert les faits expérimentaux que notre notion d'élément représente : il n'était pas au pouvoir de la science de son époque de le faire. Il n'a môme pas cherché à soumettre à l'éprevive de l'expérience ces entités, et notamment l'eau ci l'air, qui avaient encore en elles plus d'un siècle de vitalité. yVyant côtoyé de si près la connaissance de la composition de l'air atmosphérique, il s'est montré dans l'étude de cette (jMcsiioti chimiste moins avisé (pic pénétrant physicien.

)*)i<ii |)liis, il est suggestionné par l'existence d'une matière uiiiipic primordiale (^). Ses notions ne sont cependant pas bien «•laires. « Il est très possible, dlt-il, <pie tel corps composé ren-

(') II. KoiT, Bcitr/'igc z. des. d. clwi».. 1. III, p. 1G9. ]5ninswli"k, Viewcg,

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