I.A liÉFOR.ME EXPKUIMKNTALE. 8ç
ferme seulement deux éléments particuliers; tel autre, trois; tel autre, quatre, etc. ; de manière qu'il pourrait y avoir des substances qui se composeraient chacune d'un nombre différent d'éléments. Bien plus, tel composé pourrait avoir des éléments tout différents, d'après leur essence, de ceux d'un autre composé, comme il y a des mots qui ne renferment pas les mêmes lettres que d'autres mots (}). )> Pour lui, le fer, l'or, le mercure et les métaux sont des corps composés.
Mais le seul énoncé du problème formulé par Boyle valait une révolution, et l'une des plus fécondes qui se soient produites dans la science chimique. Chez son aine Van Helmont, la doctrine est mauvaise; son esprit est encombré par tout le fatras de la science du moyen âge; aucun homme à ce moment et dans son n:iilieu n'aurait peut-être pu s'en dégager. Boyle a eu le bonheur de naître 5o ans plus tard, dans un siècle où tout était remis en doute. Van Helmont a vécu sous l'inquisition, sous Albert et Isabelle; à tout moment il doit se demander dans ses écrits si ses idées et ses expériences sont bien conformes aux livres saints. Boyle vit dans un milieu tout différent; sa société aime le paradoxe (-); il n'a presque pas de mérite à être sceptique. Le chimiste flamand a fait peut-être plus que le chimiste anglais dans le domaine de la philosophie scientifique en rayant le feu de la liste des éléments, d'autant plus que ce résultat est le fruit d'une méthode expérimentale toute nouvelle; mais Boyle a une idée plus claire et qui nous paraît plus élevée. Chez, lui, le physicien aide le chimiste. Van Helmont, au contraire, n'a pour lui que sa naïve expérimentation; elle ne doit rien à l'impulsion de Galilée. Mais quels progrès immenses la Chimie n'aurait-elle pas réalisés, s'il avait été donné à ces deux grands hommes de se connaître, et de faire converger vers un même but les efforts de leur génie !
Encore un mot au sujet de Boyle. Plusieurs fois, au cours de cet Ouvrage, nous avons cherché à démontrer c^ue, pour juger la Chimie ancienne, le problème de la transmutation doit être
(^) F. HoEFER, Histoire de la Chimie, t. II p. i5o. Paris, Didot; 186G. [^) Thorpe, Essais in historical chemistry.
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ienu à pari des nolions philosophiques qui encombraient la science. I! suffirait, pour s'en convaincre, de citer l'exemple de Boyle <jui, malgré son scepticisme et sa looique, n'a pas renié le lève du moyen âge.
« Je fis, dit-il, avec l'huile rectifiée du beurre d'antimoine et l'esprit de nitre vme '( menstrue très acide », propre à dissoudre les corpuscules de l'or; ensuite je fis fondre une certaine ijiianii'.''^ d'or avec 3 ou /j fois son poids de cuivre; cet alliage l'ut dissons dans l'eau for^e de manière que tout l'or se déposât sous forme de poudre. Cette poudre, ayant été fondue en un petit culot, fut traitée par une grande quantité de « menstrue " très acide » où elle se dissolvait lentement. Enfin il resta au l'ond de la liqueur un dépôt considérable d'une poudre blanche insoluble dans l'eau régale. Cette poudre, fondue avec du borax ou tout autre flux convenable, donna naissance à un métal malléable, blanc comme de l'argent; enfin, il fut établi par sa dissolulion dans l'eau-forte que c'était de l'argent véritable (^). »