‹ Histoire de la chimieChapitre 31 sur 137 · I.K l'lll,(>(ilSTIOt K 1)K ST.VIIL. III · texte numérisé non relu

I.K l'lll,(>(ilSTIOt K 1)K ST.VIIL. III

nous serions tenté de dire que c'est là son principal mérite. Mais il est si évident qu'il faut faire la part des anciens dans ce que l'on considère trop souvent comme la découverte de Stahl, que le phlogistique est une évolution et non pas une révolution, et que, par descendance directe, il vient du soufre des philosophes.

Cependant ce dernier avait aussi amené d'autres déductions.

Rappelons-nous l'expérience de Hombero- citée au Chapitre précédent (lyoj). Le chimiste du duc d'Orléans nous paraît plus logique : il considère que la matière de la lumière (tenant lieu du phlogistique de Stahl), au lieu d'être contenue dans le métal qui est combustible, se trouve dans la chaux métallique qui est brûlée. ?s'est-ce pas la même idée, ou plutôt la même conséquence autrement déduite: et avec cet avantage que le fait expérimental du poids, négligé sciemment par Stahl, conserve chez Homberg toute sa valeur?

La théorie de Stahl n'est qu'une manière d'envisager un problème qui préoccupait beaucoup de chimistes. Si cette théorie avait été formulée à l'origine comme nous l'avons fait au début de ce Chapitre en nous aidant de notre conception moderne, Stahl aurait rendu à la science un service personnel aussi grand qu'incontestable. Mais il ne l'a certainement pas fait : une telle expression n'était pas possible à la science de cette époque. Pour nous, nous hésiterions à suivre lloefer lorsqu'il nous dit que les corps combustibles (métaux) sont formés de deux principes. Cet historien nous paraît avoir considéré ici la théorie perfectionnée par la génération suivante. Nous préférons ajouter créance au précieux document mis en lumière par Kopp constatant que Stahl au contraire n'a pas considéré les cendres métalliques comme des corps simples^ que son opinion a varié plusieurs fois sur ce point vétilleux; ses tergiversations, au sujet du mercure des philosophes, sont incompatibles avec les idées trop modernes que l'on voudrait attribuer à l'auteur du phlogistique. Et la même incompatibilité existe avec la définition latine-allemande que nous avons transcrite plus haut et qui nous paraît en ce sens tout aussi significative que si elle émanait de Stahl lui-même.

Trois quarts de siècle plus tard, lorsque Lavoisier opposera au phlogistique la déduction de ses expériences d'une géniale clarté, nous verrons le monde savant tout entier lui faire opposition. Mais le fondateur de la Chimie inoderne heurtera les idées reçues; il ne réclamera rien moins qu'une rupture avec le passé.

Stahl n'a pas eu liesoin de lutter pour imposer ses idées; elles ont fait fortune toutes seules. C'est qu'elles étaient en connexion étroite avec les théories admises; la moyenne des intelligences pouvait s'y adapter sans effort et sans rompre avec ses habitudes de penser. Elles respectaient cette croyance en des éléments imaginaires qui prétendaient même abstraire des ])ropriétés, comme la couleur et la saveur, restées des énigmes pour la science moderne. La théorie nouvelle tolérait toutes les erreurs |)oiir lra\ ailier à les effacer. Et les apparences n'étaient-elles pas en sa faveur, lors([u'elle considérait les métaux comme plus complexes que leurs chaux? Celles-ci sont souvent des composés naturels. Il y avait une certaine logique à croire que l'art y avait introduit c[uelque chose pour les transformer en métaux et leur donner cette propriété métallique que l'on voulait en (pielque sorte personnifier. Ajoutons enfin que les conceptions nouvelles se traduisaient par un mot sulTisamment prétentieux, niasipuint une ignorance profonde de son objet.

L'imprécision même de la doctrine assurait d'ailleurs son succès. « Stahl a considéré le phlogistique comme quelque chose (le substantiel; il est loin cependant de regarder un corps ([uciconque comme phlogistique pur. Ainsi il a préservé la théorie des contradictions qu'elle devait rencontrer plus tard iois(|iruii xoiilul y voir un corps isolalile, par exemple le <;ii'l)(»u'' (tu l'hydi'OgèiU! (^). )

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rimeiitation progressait. Nous chercherons à montrer clans un chapitre ultérieur où nous étudierons l'orio-ine des lois de poids, comment celles-ci ont leurs attaches dans la science anonyme du xyiii*^ siècle. L'analyse chimicjue avait pris un essor très marqué; vers le milieu du siècle, les méthodes quantitatives par précipitation avaient été introduites. C'est cette force-là, et aucune autre, cjui a chassé de la science toutes les vieilles conceptions.

C'est l'analyse qui avait prouvé que le bismuth n'est pas un étain imparfait comme le croyait Lemery; c'est elle encore qui avait déclaré chimérique l'existence d'une terre bitumineuse de soufre et de mercure dans le plomb. Toutes ces fausses notions avaient leur origine dans une expérimentation incomplète. L'expérience, et non les théories, devait les faire disparaître une à une.

Le phlogistique a assisté à ce développement; il y a peut-être îiidé, mais assurément il en a bénéficié, car. c'est lui qui a permis à la théorie de Stahl de s'attribuer à un certain moment la définition moderne cjue nous donnions au début de ce Chapitre. Stahl n'avait pas dit c|ue les chaux étaient des éléments, mais ses successeurs, subissant la poussée expérimentale, furent Fatalement amenés à le dire.

Arrivée à ce point, la science avait fait un pas immense : toutes les entités introduites par les philosophes étaient exclues, on ne parlait plus du mercure et du sel, et, quant au soufre des philosophes, il avait été remplacé par un fantôme qui allait bientôt s'évanouir à son tour.

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