‹ Histoire de la chimieChapitre 47 sur 137 · I.A CIIIMIK Iti; I.AVOISIKU. l6.î · texte numérisé non relu

I.A CIIIMIK Iti; I.AVOISIKU. l6.î

Si, à ce moment, la notion d'élément pouvait romporter encore une certaine confusion, il est bien certain cependant que le premier des éléments d'Aristote avait fini son rèojne. On sait positivement et depuis lonotemps qu'il existe, non pas un « air ». mais des airs », et l'on sait depuis quelques années que l'air atmosphérique contient ])lusieurs oaz.

Il n'en était pas de m^me des trois autres éléments d'Aristote.

La terre était un terme trop vatfue pour pouvoir être si aisément extirpé de la science. Evidemment, personne ne croyait plus à toutes les erreurs philosophiques que recelait ce vieux mot. Certains considéraient bien encore par exemple, pour les iiaz. l'inflammabilité comme une propriété spécifique, une véritable abstraction, mais ils ne poussaient pas la logique ius- (ju'à considérer de la même manière « la terre v; celle-ci était remplacée par « les terres »: et encore, « il est à présumer, nous dit Lavoisier, que les terres cesseront bientôt d'être considérées au nombre des substances simples » (^).

Le feu donnait déjà upissance à discussion. Dans son Mémoire sur la chaleur, en collaboration avec Laplace (^), Lavoisier signale bien les deux hy[)othèses, l'une regardant la chaleur comme un fluide, 1 auli-e comme un mouvement. Mais ne faut-il pas voir là l'influence des idées de son collaborateur? C'est plutôt à la première des deux hypothèses qu'il semble se rallier, au cours de ses Mémoires ('), et bien qu'il ait dirigé certaines expériences pour déterminer si la chaleur est de nature pondérable, il la classe au nombre des éléments dans son Traité de Chimie et dans sa nomenclature.

Cependant, au moment où nous sommes arrivés, rien n'est encore fait pour l'analyse de l'eau. Plusieurs savants disputent à Lavoisier, et sur quelques points avec avantage, l'honneur d'avoir établi ce fait capital dans l'histoire des sciences.

Le Mémoire de Lavoisier est lu en novembre lyS.j ('). \ous

(') Tràilé de Chinile, 2° édition, Paris, 1793.

("-) Mémoire sur la chaleur, 1780.

|-') (EiH'res, t. II, p. 648, dans les Réflexions sur le pldogis/ique, lyS'J.

I*) .Mémoire dans lequel on a pour objet de prouM-r que Tcau n'est point une substance simple, un élément proprement dit, mais qu'elle est susceptible de décomposition et de recomposition {Œui'ref, t. II, p. 334).

l64 CHAPITRE V.

en donnerons un extrait suffisant pour le mettre en parallèle avec celui de Cavendish, nous réservant de revenir ultérieurement sur cette « question de l'eau » qui a passionné les esprits.

« Si on brûle ensemble sous une cloche de verre, au moyen des caisses pneumatiques que j'ai décrites dans un Mémoire particulier, vin peu moins de deux parties d'air inflammable aqueux, contre une partie d'air vital, en supposant que l'vin et l'autre soient parfaitement purs, la totalité des deux airs est absorbée, et l'on trouve, à la surface du mercure sur lequel se fait cette expérience, une quantité d'eau égale en poids à celui de deux airs qu'on a employés : je suppose, comme je l'ai dit, que les deux airs soient parfaitement purs (et c'est une condition, il est vrai, difficile à obtenir), mais dans le cas du mélange, il y a un résidu plus ou moins considérable, et il V a dans le poids de l'eau c^ui s'est formée, un déficit égal à celui de ce résidu.

» L'eau qu'on obtient par ce procédé est parfaitement pure et dans l'état d'eau distillée; quelquefois elle est imprégnée d'une légère portion d'air fixe, et c'est une preuve alors, ou que l'air inflammable aqueux tenait de la substance charbonneuse en dissolution, ou que l'un des deux airs était mélangé d'air fixe. Tel est, en général, le résultat de la combustion de l'air vital et de l'air inflammable; mais comme on a voulu élever quelques doutes sur l'antériorité de cette découverte, je me crois obligé d'entrer dans quelques détails sur la suite des expériences qui m'y ont conduit. Les premières tentatives qui aient été faites pour déterminer la nature du résultat de la combustion de l'air inflammable remontent à 1776 ou 1777. A cette époque, M. Macquer ayant présenté une soucoupe de porcelaine blanche à la flamme de l'air inflammable qui hiùlail Iranfiiiilleinent à l'orifice d'une liouteillc, il observa ([lie celte ilariune n'était, accompagnée d'aucune fumée fuligineuse; il trouNa seulement la soucoupe mouillée de gouttc- Ie1t«'s asse-/, sensibles d'une liqueur blanche comme de l'eau, et (|irii a reediinue, ainsi ([ue M. Sigaud de la l^ond, qui assistait à celle cxpéiieru'e, pour de rcau ])ure [Yoye?. Dicliotinairc de (liniiir, seconde éditimi. niticle ;:az infîainmahle). Je

I,A CIllMli: 1)K I.AVOISIKR. l65

n'en? jjas connaissance alors de l'expériei^ce de M. Macqner, et j'étais dans l'opinion f[nc l'air inflammable, en lirûJant, devait donner de l'acide vitrioliqne ou de l'acide sulfurique. M. Bucquel, au contraire, pensait qu'il en devait résulter de l'air fixe.

y> Pour éclaircir nos doutes, nous remplîmes, au mois de septembre 1777, M. Bucc[uet et moi, d'air inflammable obtenu par la dissolution du fer dans l'acide vitriolique, une bouteille de cinq à six pintes; nous la retournâmes, l'ouverture en haut, et, pendant que l'un de nous allumait l'air avec une bougie à l'orifice de la bouteille, l'autre y versa très promptement, à travei's la flemme même, deux onces d'eau de chaux; l'air brûla d'abord paisiblement à l'ouverture du goulot, qui était fort large ; ensuite la flamme descendit dans la bouteille, et elle s'y conserva encore quelc[ues instants. Pendant tout le temps que la combustion dura, nous ne cessâmes d'agiter l'eau de chaux et de la promener dans la bouteille, afin de la mettre, le plus qu'il serait possible, en contact avec la flamme; mais la chaux ne fut point précipitée; l'eau de chaux ne fit que loucher très légèrement, en sorte que nous reconnûmes évidemment que le résultat de la combustion de l'air inflammable et de l'air atmosphérique n'était point de l'air fixe.

» Cette expérience, qui détruisait l'opinion de M. Bucquet, ne suffisait pas pour établir la mienne : j'étais, en conséquence, curieux de la répéter ou d'en varier les circonstances, de inanière à la confirmer ou à la détruire. Ce fut dans l'hiver de 1781 à 1782 que je m'en occupai, et M. Gingembre, déjà connu de l'Académie, voulut bien être mon coopérateur, pour une expérience c[u'il m'était impossilile de faire seul. Nous prîmes une bouteille de six pintes, que nous remplîmes d'air inflammable, nous l'allumâmes très promptement, et nous y versâmes en même temps deux onces d'eau de chaux; aussitôt nous bouchâmes la bouteille avec un bouchon de liège, traversé d'un tube de cuivre terminé en pointe, et qui correspondait par un tuyau flexible, avec une caisse pneumatique remplie d'air vital. Le bouchon ayant interrompu le contact

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de l'air inflammable et de lair de l'ai mosphère, la surface de l'air inflammable cessa de brûler, mais il se forma à l'extrémité du tube de cviivre, dans l'intérieur de la bouteille, un beau dard de flamme très brillant, et nous vîmes avec beaucoup de j)laisir l'air vital brûler dans l'air inflammable, de la même manière et avec les mêmes circonstances (pie l'air inflammable brûle dans l'air vital. Nous continuâmes assez longtemps cette combustion, en agitant l'eau de cliaux et en la promenant dans la bouteille sans qu'elle donnât la moindre apparence de précipitation; enfin, une légère détonation (pii se fit, et cjue nous attribuâmes à quelque portion d'air commun qui sans doute était rentré, éteignit la flamme et mit fin à l'expérience.

» Nous répétâmes deux fois cette expérience, en substituant à l'eau de chaux : dans l'une, de l'eau distillée; dans l'autre, de l'alcali alîaibli; l'eau, après la combustion, se trouva aussi pure (pi'auparavant ; elle ne donnait aucun signe d'acidité, et la liqueur alcaline était précisément dans le même état qu'elle était avant l'expérience.

)) Ces résultats me surprirent d'autant plus que j'avais antérieurement reconnu que, dans toute combustion, il se formait un acide, que cet acide était l'acide vitriolique si l'on brûlait du soufre, l'acide phosphoricjue si Ton brûlait du phosphore, l'air fixe si l'on brûlait du charbon; et tpic l'aïuilogie m'avait porté invinciblement à conclure (pie la combustion de l'aii' inflammable devrait également jnoduirc im acide.

» Cependant rien ne s'anéantit dans les expériences; la seule matière du feu, de la chaleur et de la lumière a la j^ropriété de passer à travers les pores des vaisseaux; les deux airs, tpu ■^out des corps pesants, ne pouvaicul donc ;i\'oir dis])a!u, ils ne j)()uvaient être anéantis : de là la nécessité de fain; les expéliences a\('c ])his d'exactitude et ])lus en grand. .Te fis construire en coiis(''(|iiciicc une seconde caisse pncunial i(in('. afin que, l'une fournissant !;nr iidlaïuinablc., l'aulic Taii' \iial,()n [)ût continuer phis longtemps la condiust ion ; au lieu d'un simple ajuloir (le cuivre, j'en fis faire un doiible destiné à coiuluire les deux iiiis: (les i-obincts, adaptés à cliacim. (loniiaicnl ia facilité dv ménager à xnionté les (piaiitités (Pairs : ces deux ajutages, ou

i.A cuiMir ni: i.avoisikr. 167

plutôt Ce double ajutage, car il n'en formait qu'un à deux tuyaux, s'appliquait à frottement à la tubulure supérieure de la cloche où devait se faire l'expérience; il avait été usé dessus de la même manière qu'on use un bouchon de cristal pour l'ajuster à un flacon.

» Ce fut le 24 juin 1783 que nous fîmes cette expérience, M. de Laplace et moi, en présence de MM. Le Roi, Vandermonde, de plusieurs autres académiciens et de M. Blagden, aujourd'hui secrétaire de la Société Royale de Londres; ce dernier nous apprit que M. Cavendish avait déjà essayé, à Londres, de brûler de l'air inflammable dans des vaisseaux fermés et qu'il avait obtenu une quantité d'eau très sensible. )) Nous commençâmes d'abord à chercher, par voie de tâtonnement, quelle devait être l'ouverture de nos robinets pour fournir la juste proportion des deux airs: nous y parvmmes aisément, en observant la couleur et l'éclat du dard de flamme qui se formait au bout de l'ajutoir; la juste proportion des deux airs donnait la flamme la plus lumineuse et la plus belle. Ce premier point trouvé, nous introduisîmes l'ajutoir dans la tubulure de la cloche, laquelle était plongée sur du mercure, et nous laissâmes brûler les airs jusqu'à ce que nous eussions épuisé la provision que nous en avions faite : dès les premiers instants, nous vîmes les parois de la cloche s'obscurcir et se couvrir de vapeurs; bientôt elles se rassemblèrent en gouttes, et ruisselèrent de toutes parts sur le mercure, et, en quinze ou vingt minutes, sa surface s'en trouva couverte. L'embarras était de rassembler cette eau, mais nous y parvînmes aisément en passant une assiette sous la cloche sans la sortir du mercure, et en versant ensuite l'eau et le mercure dans un entonnoir de verre en laissant ensuite couler le mercure, l'eau se trouva réunie dans le tube de l'entonnoir; elle pesait un peu moins de 0 gros. » Cette eau, soumise à toutes les épreuves qu'on pût imaginer, parut aussi pure cjue l'eau distillée : elle ne rougissait nullement la teinture de tournesol; elle ne verdissait pas le sirop de violettes; elle ne précipitait pas l'eau de chaux; enfin, par tous les réactifs connus, on ne put y découvrir le moindre indice de mélange.

lG8 CHAPITRE V.

» Comme les deux aii-s étaient conduits des caisses pneumatiques à la cloche par des tuyaux flexibles de cuir, et qu'ils n'étaient pas absolument imperméables à l'air, il ne nous a pas été possible de nous assurer de la quantité exacte des deux airs dont nous avons ainsi opéré la combustion; mais, comme il n'est pas moins vrai en physique C[u'en géométrie que le tout est égal à ses parties, de ce que nous n'avions obtenu que de l'eau pure dans cette expérience, sans aucun autre résidu, nous nous sommes crus en droit d'en conclure que le poids de cette eau était égal à celui des deux airs qui avaient servi à la former. On ne pourrait faire qu'une objection raisonnable contre cette combustion : en admettanL que l'eau qui s'était formée était égale en poids aux deux airs, c'était supposer que la matière de la chaleur et de la lumière qui se dégage en grande abondance dans cette opération, et qui passe à travers les pores des vaisseaux, n'avait pas de pesanteur; or, on pouvait regarder cette supposition comme gratuite. Je me suis donc trouvé engagé dans cette question importante, savoir si la matière de la chaleur et de la lumière a une pesanteur sensible et appréciable dans les expériences physiques, et i'ai été déterminé pour la négative, d'après des faits qui me paraissent très concluants, et que j'ai exposés dans un mémoire déposé depuis plusieurs mois au Secrétariat de l'Académie. Comme l'expérience dont je viens de donner les déta'ils avait acquis beaucoup de publicité, nous en rendîmes compte dès le lendemain :i\) à l'Académie, et nous ne balançâmes pas à conclure cpie l'eau n'est point une substance simple, et qu'elle est com])osée jioids pour poids d'air inflammable et d'air vital.

» Nous ignorions alors que M. Monge s'occupât du même objet, et nous ne l'apprîmes que quelques jours après par une lettre qu'il adressa à M. Yandermonde et cfue ce dernier lui à l'Académie: il y rendail compte d'une expérience du même gcnrc!, et qui lui a donné un résultat tout semblable. L'ap- |):ircil de M. Monge est extrêmement ingénieux : il a apporté iiiiiniuirnl de soin à déterminer la pesanteur spécifique des deux airs; il a opéré sans perte, de sorte que son expérience

I A ClUMIK I)K I.VVOISIKK. iGc)

est beaucoup plus concluante que la nôtre et ne laisse rien à désirer; le résultat qu'il a obtenu a été de l'eau pure, dont le poids s'est trouvé, à très peu de chose près, égal à celui des deux airs.

>) En rapprochant le résultat de ces premières expériences de ceux c[ue nous avons obtenus, JVI. Meusnier et moi, dans des expériences faites postérieurement en commun, et dont je parlerai bientôt, il paraîtrait que la proportion en volume du mélange des deux airs, en les supposant l'un et l'autre dans leur plus grand degré de pureté, est de 12 parties d'air vital et de 22,924345 d'air inflammable; mais on ne peut disconvenir qu'il ne reste encore quelque incertitude sur l'exactitude de cette proportion. En partant, au surplus, de cette donnée, qui ne doit pas s'écarter de beaucoup du vrai, et en supposant qu'à 28 pouces de pression et à 10° du thermomètre, l'air vital pèse 0,47317 grain le pouce cube, et l'air inflammable 0,037449 grain, ainsi qu'il résulte des expériences faites avec M. Meusnier, on trouve qu'une livre d'eau est composée ainsi qu'il suit :

Livres.

Ail" vital, ou plutôt principe oxygine . 0,86866278

Air inflammable, on plutôt principe inflammable de l'eau. o,i3i337.;7

Total 1 ,00000000

» Ces nombres, exprimés en fractions vulgaires de livres reviennent à :

Onces. Gros. Grains.

Principe oxyginc la 7 i3,()

Principe inflammable , ■>. o 58, i

Total 16

» Cette seule expérience de la combustion des deux airs, et leur conversion en eau, poids pour poids, ne permettait guère de douter que cette substance, regardée jusqu'ici comme un élément, ne fût un corps composé; mais pour constater une vérité de cette importance, un seul fait ne suflisait pas; il fallait mviltiplier les preuves, et, après avoir composé artificiellement de l'eau, il fallait la décomposer : je m'en suis

)J0 CHAPITHE V.

occupé pendant les vacances de 178.3, e1 j'ai rendu compte très sommairement du succès de mes tentatives, dans un mémoire lu à la rentrée publicjue de la Saint-Martin, et dont l'extrait a élé publié dans plusieurs journaux. »

La seconde partie du Mémoire, où Lavoisier traite de l'ana- Ivse de l'eau, n'est pas moins remarquable que la première. Il y rapporte notamment les idées de Laplace telles qu'elles avaient été énoncées par lui :

<( Par l'action des acides, le métal se dissout sous forme de chaux, c'est-à-dire, uni à l'air vital, et, relativement au fer, cette quantité d'air forme le quart ou le tiers de son poids. La dissolution ayant également lieu dans les vaisseaux fermés, il est visible que l'air vital n'est point fourni par l'atmosphère; il ne l'est pas non plus par l'acide; car on sait, d'après les expériences de M. Lavoisier. que l'acide vitriolique, privé d'une partie de l'air vital qu'il renferme, donne de l'acide sulfmeux ou du soufre; or, on n'a aucun de ces deux résultats lorsqu'on dissout le fer dans de l'acide vitriolique suffisamment alïaibli : d'ailleurs, ce c[ui prouve que l'acide n'est point altéré par son contact sur le fer, c'est cpi'après cette action il faut, pour le saturer, ainsi que AL Lavoisier l'a constaté, employer la même quantité d'alcali. Il ne reste donc (pul'eau à huiuellc on puisse attribuer l'air vital qui s'unit au métal dans sa dissolution; elle se décompose donc, et sou |irinci[)(' iiinanuuahle se développe sous forme d'air : il suivait (le là (pic si, par la combustion, on condiiuait de nouveau ce Miriuc principe avec l'air vital, on reproduirait l'eau qui s'esl (lécoiuposée; cette conséquence étant confirmée par plusieurs expériences incontestables, elle fournit une nouvelle preuv<' (le la décomposition de l'eau par l'action des acides sur les iiiélanx, lorscpi'il en résulte de l'air innamnu\l)le.

■ L.! considérai ion de cet air nous coiuluit encore au même résullal: car il Ti'est point dû aux acides (|ui, comme nous \enoiis (le l'ohserver, n'éprouvent point d'altérations dans leur ad ion sur les métaux, el, s'il venait des métaux mêmes, iiîi <ii-\!;iit égalemeni ohlcnir de Tair inflammable par l'aclion (le I a(i(l(! niirciix. ( )u |iou(rail, à la vérité, su])poscr

l..\ tllIMIK IIK l,A\(llSIKIt.

«jiie cet air entre dans la formation de l'acide nitreux qui se déiiage de i-ette opération; mais alors Tair inflammable devrait reparaître, lorsqn'en combinant l'air nitreux avec l'air vital ou reproduit lacide nitreux; d'ailleurs, l'action de l'acide nitreux sur le mercure développe de l'air nitreux; il ne paraît pas cependant cjue le mercure lui fournisse de l'air inflammable, puisque la chaux mercurielle qui a résulté de cette action se revivifie sans addition d'air inflammable et par la simple chaleur. Les considérations sur les bases des airs vital et inflammable, dont l'une se combine et dont l'autre se développe dans les dissolutions métalliques, se réunissent donc pour faire voir que l'eau se décompose dans ces opérations. »

Lavoisier rapporte ensuite que :

« M. Blagden, qui était à Paris, nous donna une connaissance exacte des expériences faites par M. Priestley sur la revivification des chaux métalliques dans l'air inflammable. »

La « sorte de rivalité » qui fait que Lavoisier cite surtout Priestley pour le combattre, lui procure ici, encore une fois, une belle victoire. Le phlogistique n'entre pas en cause : lorsqu'on chauffe du minium dans l'hydrogène, il se forme de l'eau et du plomb, c'est tout.

Enfin Lavoisier signale dans le même Mémoire que, chargé par l'Académie d'étudier les moyens les plus économiciues de préparer de l'air inflammable en vue des machines aérostatiques, il fut amené à faire agir l'eau sur le fer chauffé au rouge. Il rendait ainsi du même coup industrielle viiie expérience nouvelle qui se trouvait classée au nombre des réactions les plus importantes de la Chimie.

Devons-nous conclure de ces faits, pourtant si évidents à nos yeux, que la composition de l'eau et l'action l'un sur l'autre des deux éléments qui la constituent fussent définitivement acquises à la science ? Le passage suivant soulève à cet égard un doute très curieux. 11 est tiré d'un Mémoire de Lavoisier paru un mois plus tard (^) :

(M Mémoire sur l'affinité du principe oxygène avec les différentes substances iiu.rquelles il est susceptible de s'unir, décenilnre i~S3 (Œuvres, t. II. p. 546).

'i II résulte des expériences dont j'ai rendu compte dans mes précédents Mémoires que le principe oxygine combiné avec la matière de la chaleur constitue l'air vital; que cette même substance, combinée avec le soufre, forme l'acide vitriolique; avec l'air nitreux, l'acide nitreux; avec le sucre, l'acide saccharin; avec le phosphore, l'acide phosphorique ; avec le charbon, l'air fixe ou acide charbonneux; avec l'air inflammable aqueux, l'eau et peut-être l'acide nitreux suivant la différence de proportions; cjuc ce principe... »

Ces travaux célèbres de Lavoisier sur la composition de l'eau, établie par synthèse et par analyse, reliée, grâce à la collaboration de Laplace, aux plus grands phénomènes de la Chimie, donnait le coup de grâce au phlogistique. Comme le disait Lavoisier lui-même en une autre circonstance, sans être plus fort, il était devenu plus confiant. Il publie en 1783, dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, ses Réflexions sur le phlogistique (^). L'œuvre de Stahl n'avait jamais été jugée avec autant de profondeur :

« De ce que quelctues corps brûlaient et s'enflammaient, Stahl en a conclu qu'il existait en eux un principe inflammable. S'il s'était borné à cette simple observation, son système ne lui aurait pas mérité, sans doute, la gloire de devenir un des patriarches de la Chimie et de faire une sorte de révolution dans cette science. Rien n'était plus naturel, en effet, que de dire f[ue les corps condnistibles s'enflamment parce qu'ils contiennent un principe inflammable; mais on doit à Stahl deux découvertes importantes, indépendantes de tout système, de toute hypothèse, qui seront des vérités éternelles.

» La première c'est que les métaux sont des corps combustiltlcs. (HIC la calcinalion est une véritable combustion, et »|irfllc en présente tous les phénomènes.

" f.i seconde c'est (|ue la pro])riété de brûler, d'être inflamniabk', ])eut se tiansnicllre d'un corps à un autre. Si l'on mêle, par ('.xcinplc. du charbon, qui est combustible, avec de l'acide ^'l""l"|'"" M"' "<' l'^st pas, l'acide vitriolique se convertit en

(') O'Jdurr.i, t. Il, p. (\y.i.

LA ciu.Mii; i)i: KAvoisiKR. 173

soufre, il acquiert la propriété de brûler, tandis que le charbon la perd. Il en est de même des substances métalliques ; elles perdent par la calcination leur qualité combustible; mais si on les met en contact avec du charbon ou en général avec des corps qui aient la propriété de brûler, elles se revivifient, c'està-dire qu'elles reprennent aux dépens de ces substances la propriété d'être combustible. »

Et, après avoir examiné une à une toutes les définitions qu'on avait données du phlogistique, après en avoir successivement fait le procès, Lavoisier les résume point par point de la manière suivante :

«Toutes ces réflexions confirment ce que j'ai avancé, ce que j'avais pour objet de prouver, ce cfue je vais répéter encore, c|ue les chimistes ont fait du phlogistique un principe vague, c[ui n'est point rigoureusement délini, et qui, en conséquence, s'adapte à toutes les explications dans lesquelles on veut le faire entrer : tantôt ce principe est pesant et tantôt il ne l'est pas; tantôt il est le feu libre et tantôt il est le feu combiné avec l'élément terreux; tantôt il perce à travers les pores des vaisseaux, tantôt ils sont imperméables pour lui ; il explic|ue à la fois la causticité et la non-causticité, la diaphanéité et l'opacité, les couleurs et l'absence des couleurs. C'est un véritable Protée qui change de forme à chaque instant.

» Il est temps de ramener la Chimie à une manière de raisonner plus rigoureuse, de dépouiller les faits dont cette science s'enrichit tous les jours de ce c[ue les raisonnements et les préjugés y ajoutent; de distinguer ce cjui est de fait et d'observation d'avec ce qui est systématique et hypothétique... >>

Lavoisier cherche donc, dans la seconde partie de son Mémoire, à résumer l'état de la théorie nouvelle. Cependant, au lieu de considérer le fait chimique pur et simple, comme ses successeurs devaient s'y habituer insensiblement, il prétend donner en même temps l'explication du phénomène calorimétric[ue.

« La combustion n'est avitre chose que l'effet qui a lieu dans le moment où le principe oxygine abandonne la matière de la chaleur pour s'engager dans une nouvelle combinaison.

)) Il est aisé de voir cjue cette doctrine est diamétralement

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opposée à celle de Stahl et de ses disciples; c'est dans les coips cornl)ustii)ks qu'ils plaçaient la matière de la chaleur, le feu combiné, le phlogistique qui s'échappe au moment de la combustion: j'avance au contraire et je crois avoir démontré que l'air et le combustible y contribuent chacun : i° en raison de leur pesanteur spécifique; :î° en raison de la portion de chaleur combinée qui devient libre. Mais comme l'expérience et l'analogie prouvent également que la chaleur spécifique de l'air, et celle qui lui est combinée, est infiniment plus abondante (jue celle de quelque corps coiubustible que ce soit, si ce n'es) l'air inflammable, il résulte que c'est l'air qui fournit la très majeure partie de la matière de la chaleur qui se dégage pendant la combustion (^). »

On voit que Lavoisier abordait là un problème qui était audessus des forces de la science de son époque. Mais le phlogistique avait trop attiré les attentions sur ce feu qui n'avait, malgré tout, pas encore perdu toutes ses prétentions d'élémeni. Peu à peu seulement, cette préoccvipation va s'effacer des esprits. Nous allons nous désintéresser, pour un temps, des phénomènes calorifiques qui accompagnent les réactions, nous habituer à simplifier le problème que se pose le grand chimiste, en nous contentant de la vérité tpi'il a si glorieusement établie sur le terrain ymrement (■hirîii(|U('.

\ I. Les détracteurs de Lavoisier.

L'école anglaise a\ail déc(»uvert avec lilack lacide carboni«pu', avec C^avendish TIin drogèue, avec Priesllcy la plu[)arl tles gaz importants. (wAcc à ces trois expérimentateurs, grâce aux résultats de leur é|»()<iu(', dout on pouvait bien méconnaître • nciin- pendant quelques années la |)ortée philosophique, il n était plus peiiins à la science de \ i\ re bien longtemps sans réaliser tlcu.x nnii\cau\ piogrès : la déc(>u\(^rle «.le l'oxygène cl l'analyse de ICaii.

I! petit nous a|tpatail le coiunie cerlain cpie ces deux cou- Ci </•;,/..,-,. I. II. p. iVy.

LA CIIIMIi: l>K LAVOISIRR. I7J

(|iiètes de la chimie pneumatique se seraient réalisées sans le «oncours que leur a prêté Lavoisier. Mais, ce concours du grand chimiste français, peut-on équitablement le dénier ?

A vrai dire, peu d'historiens l'ont fait ouvertement. Cependant, en ce qui concerne ces deux découvertes, on a porté, et contre les titres, et surtout contre la délicatesse de Lavoisier. des accusations trop graves pour qu'il soit permis à un Traité d'Histoire de la Chimie de les taire.

Ces attaques ne datent pas d'hier. Lavoisier lui-même nous a parlé de cette « sorte de rivalité » existant entre la France et lAniileterre. De nos jours, Wurtz a prétendu que «■ la Chimie est une science française "; ce n'était pas fait pour arrondir les angles. Plus récemment, M. Berthelot (^) a écrit sur Lavoisier un livre qui a provoqué, de la part de M. Thorpe (^), des jtrotestations peut-être en partie fondées. L'historien français u'aurait pas traduit avec équité la part qui revient à l'Angleterre dans l'œuvre de Lavoisier. Cependant M. Thorpe s'est, eu les renforçant, fait l'écho d'attaques qui ne tendraient pas moins qu'à faire considérer comme un vulgaire plao;iaire cette grande et noble figure.

Pour exalter l œuvre immortelle de Lavoisier. pas n'est Itesoin de taire la part incontestable qui revient à l'école anglaise dans la révolution chimique. Aussi bien, pour mettre en lumière le génie de Black, de C£,vendish et de Priestley, il n'est pas nécessaire de formuler contre Lavoisier des accusations qui tiennent simplement à des questions d'opportunité et contre lesquelles protestent le caractère de sa personne autant que la grandiose unité de son œuvre scientilique.

Il est vrai que l'influence du grand chimiste français, souveraine dans le domaine de la conception, perd singulièrement de son importance dans la recherche expérimentale du fait pur et simple. Sur ce terrain il n'est plus seul; aucun fait mis ."u lumière par lui ne lui est exclusif. Mais ce qui est intéressant c'est que cette paternité, qu'il se garde d'ailleurs bien de reven-

(') M. Berthelot, I.a Révolution chiniique {Bihl. se. inlern.. Paris). {^) Essais in historical Chemi.siry. London, Macaiillon; 189'.

,-(J CIUPITRE V.

diquei' comme exclusive, lui est, contestée, non en laveur d'un, mais au bénéfice de plusiem^s.

Priestlev découvre l'oxygène, mais le même gaz est isolé en même temps par Lavoisier, par Scheele, et l'avait été antérieurement par Bayen. A ceux cjui prônent Lavoisier comme ayanr découvert la composition de l'eau, certains opposent Cavendish, d'autres Watt, d'autres Monge. Cavendish découvre l'cir inflammable, mais vm obscur pharmacien d'Upsal l'avait probablement isolé avant lui et, si sa découverte ne fut pas livrer à la publicité, il ne faut s'en prendre qu'à Bergman.

Pourquoi vouloir toujours mettre un nom sur une découverte ?

Au conti^aire, ne constate-t-on pas souvent que celles qui arrivent à leur heure, celles que le monde scientifique attend, et qui, par conséc^uent, manifestent immédiatement leur fécondité, nous apparaissent plutôt comme l'œuvre d'une époque et la résultante de l'effort collectif des savants ?

Découverte de Voxygène. — Nous avons donné plus haut des extraits du Mémoire où, d'après ce ([ue l'on admet généralement, Lavoisier décrit le premier, dans un document imprimé (novembre 1774)) ^^ production d'un gaz « meilleur que l'air » par calcination du précipité per se. Le Mémoire de Priestlev, dont nous avons donné également un extrait, est de mars 1775. Si donc les pièces imprimées seules font foi, c'est évidemment Lavoisier ([ul doit cire regardé comme ayant découvert l'oxygène.

Cependant Priestley était venu à Paris en octobre 177^ : « Ayant fait, dit-il lui-mAme (^), la découverte (de l'air déphlogistiqué) quekpie temps avant <pie je me rendisse à Paris, en 177/î) j'en parlai à la table de Lavoisier, où se trouvait "éuiiie l'ciilc des ])hil()sophes de cctt(; ville, leur disanl «pie c'était une sorte d'air in which a candie hurnt inucli botter llian in conimon air, mais je ne lui axais pas encore donné (h; iiniii. T(mt(! la société, (ît M. et M""' LaNoisier jtius (pie lous

(') D';ii)i'('s Tliorpc [Fici'uc des cours .fcien!., '\'^ scrio, l. XX, 1890, \u 5i8).

i.A ciiiMiK i)K i.vvoisiiat. 177

autres, exprima une grande surprise. Je leur dis que je l'avais obtenu du précipité per se. et aussi du « red lead «.Comme je ne parlais le français que d'une façon imparfaite, et que j'étais peu versé dans le vocabulaire des termes de chimie, je leur disais « plomb rouge », ce qu'ils ne comprenaient pas, jusqu'à ce que M. Macquer leur ait expliqué que c'était du minium que je voulais parler. »

On relève encore le passage suivant dans le Mémoire de Priestley :

« Cette expérience aurait pu satisfaire un sceptique modéré. Mais cependant, me trouvant à Paris au mois d'octobre suivant, et sachant qu'il y a de très habiles chimistes dans cette ville, je ne manquai pas l'occasion de me procurer, par le moyen de mon ami, M. Magellan, une once de mercure calciné préparé par M. Cadet, et dont il n'était pas possible de suspecter la bonté. Dans le m^^me temps, je fis part plusieurs fois de la surprise que me causait l'air que j'avais tiré de cette préparation à MM. Lavoisier, Leroi et autres physiciens qui m'honorèrent de leur attention dans cette ville, et qui, j'ose dire, ne peuvent manquer de se rappeler cette circonstance. »

Enfin M. Thorpe, signale certaines indications tirées des registres de Lavoisier lui-même et reproduites dans le livre de Berthelot (^) :

« Sur la couverture du troisième registre (") on lit : « du » 23 mars 1774 ai^i i3 février 1776 », et on y voit, à la pageSo, que Lavoisier visita son ami, M. Trudaine, à Montigny, dix jours environ après sa conversation avec Priestley, et qu'il répéta les expériences de ce dernier sur l'acide marin et l'air alcalin (acide chlorhydrique et ammoniaque). Il est encore à Montigny quelque temps, entre le 28 février et le 3i mars 1770 et répète, non seulement les expériences de Priestley sur la décomposition de l'oxyde de mercure, mais aussi ses recherches sur les propriétés des gaz. La couverture du quatrième cahier nous informe que celui-ci s'étend du i3 février 1776 au 3 mars 1778;

{') Révolution chimique {JBibl. se. inlern., Paris).

(^) Revue des cours scient., 3^ série, t. XX, iSgo. p. 5i8.

I^S C.IIAI'I IRK. V.

et à la première page nous trouvons un rapport sur les expériences faites, le i3 février sur le «précipité per se de chez M. Baume », rapport dans lequel le gaz dégagé est appelé Fair déphlogistiqué de M. Prisley [sic) ».

Et M. Thorpe ajoute :

« Une telle phrase dans un livre de notes personnelles est ahsolument incompatible avec l'idée cpie l^avoisier ait pu, à cette époque, se considérer comme ayant découvert lui-même ce gaz. »

D'autre part, Ladenburg (^), sans discuter les faits, formule sur ce litige le jugement que voici :

« Lavoisier a aussi écrit im Mémoire svu' le même sujet; mais Priestley dit avoir auparavant comnuuiiqué sa découverte à Lavoisier, ce dont celui-ci ne parle pas. Il est regrettable, mais il semble malheureusement démontré (jue Lavoisier ait à plusieurs reprises cherché à s'approprier les mérites des autres. »

Admettons qvui Priestley ait signalé à Lavoisier avoir obtenu, au moyeu du précipité ]>er se inie sorte d'air m ivhich a candie hurnt niuch hetter titan in coinnwn air. C'esL tout.

Un mois seulement après cette soi-disant couiidcnce, Lavoisier public un Mémoire (|ui n'a pas poui' bul de décrire un gaznouveau, et qui ne traite nullement le même sujet ((lie Priestle\ , ainsi que le préterul Ladenburg.

D'autres rumeurs n'étaient-elles pas arrivées à Lavoisi(M' concernant ce nouvel air- ? Il est probable. Va cette su])posit loii iraiu;iil rien (|iii puisse diminuer la gloii'e du grand l'ériu'iualeiir.

(^)uel élail en ellel le luii de s(ni Mémoire ? Uni(|iienieut établir une distinclion l'ondamentale entre l'air fixé, qui se trouve dès lors parlai lemcMit courni (pialit ati\emeul , et un autre air vaguemenl observé par l'ii(>sl le\ , cpi! '< lu^ sait pas <<' <pi il a déeoii\(Ml (-) i el enirevu pr<d)ablement aussi |)ar d'autres expériiuenlateiirs.

(') Drv. '.If I liisf. ilf 1,1 ( hiiiii,'. Triid. Corvisy. l^aris, KJOi), p. iG. C) Voir le ]\F.t,i(.iiv de l>ii.-.)|cv.

r,A CIIIMII-; itK i,AV()is[KR. 179

Ce Mémoire de Lavoisier a sa source même dans son pli cacheté de 1772, sa philosophie ne doit rien à aucune inspiration étrangère, et son importance est telle qu'on peut le considérer comme le travail fondamental dvi grand chimiste pour étayer sa nouvelle théorie de la combustion.

Il est vrai qu'il signale l'observation du savant anglais sans citer son nom; mais, à côté de cela, pour caractériser cet air plus pur que l'air ordinaire, il y a une page admirable de logique expérimentale qui ne doit assurément rien à Priestley, et dans laquelle, il faut bien le dire, l'observation de ce dernier n'a qu'une importance assez mince.

Dans un travail de cette envergure, était-il tenu à honneur de mentionner l'auteur de l'observation in which a candie hurnt miich hetter titan in common air? Il est permis, ce nous semble, de dilïérer d'avis sur un sujet aussi délicat, surtout après ce que Priestley nous dit de sa propre mentalité d'octobre i774-

Cependant, pour reprendre l'accusation de Ladenburg, oîi Lavoisier a-t-il cherché à « s'approprier les mérites des autres » ? Car enfin, s'il est vrai que Priestley a (non pas décrit), mais découvert avant Lavoisier un gaz in whicli a candie hurnt luuch hetter than in common air, un gaz qui n'est même pas encore l'air déphlogistiqué, il faut bien avouer que le grand chimiste est... pour quelque chose dans la découverte de l'oxygène.

Or voici ce qu'il en dit :

« Cet air que M. Priestley a découvert à peu près dans le même temps que moi, et je crois même avant moi (^) ».

Et dans son traité :

« Cet air que nous avons découvert presque en même temps, M. Priestley, M. Scheele et moi (^) ».

Dans la plupart de ses Mémoires, Lavoisier parle de « l'air déphlogistiqué de M. Priestley ('') ». Et il est si bien dans les

(') Œuvres, t. II, p. y-}\.

(^) Œuvres, t. I, p. i',hi.

(^) Dans ces condition?, l'accusalion de M. Tliorpe, rappelée plus haut, nous seniblo assez spécieuse.

iSo (IIAPITRK V.

traditions françaises d'attribuer le mérite du fait au savant anolais, que Fourcroy (^) ne cite que lui comme auteur de la découverte de l'oxygène (-).

Et Priestley, comment apprécie-t-il les mérites qui, au dire de Ladenburg, lui auraient été usurpés par Lavoisier ?

(( Je (■") n'avais aucun soupçon que l'air que j'avais retiré du mercure calciné fût un air salubre, tant j'étais éloigné de savoir ce que j'avais réellement découvert. Je restai dans l'ignorance de sa nature réelle jusqu'au mois de mars suivant (1775). »

A cette citation si particulièrement significative, nous n'ajouterons qu'une remarciue d'un caractère plus général. L'air nouveau était-il un élément ? Pour Lavoisier, c'est un gaz « meilleur que l'air», pour Priestley, il est déphlogistiqué, avec ce contre-sens cjue les propriétés de l'air commun s'y trouvent exaltées. Ces termes suffiraient à montrer que la nature élémentaire dé cet air nouveau ne préoccupait ni Lavoisier, ni Priestley.

Mais du jour où le grand chimiste français reconnaissait (|ue cet « air meilleur » était susceptible de provoquer la calcination des métaux (novembre 177'î), qu'il était susceptible d'être cédé au mercure par l'intermédiaire de l'acide nitrique (1776), et surtout lorsqu'il eut reconiiu que l'acide vitriolique, résultat de la fixation de l'air « éminemment respirable « sur le soufre, est susceptible de rendre ce même air aux métaux en dégageant l'acide sulfureux (1777), il nous paraît impossible denier que celui (jui, de l'air « éminemment respirable», a fait un élément, l'oxygène, c'est bien Lavoisier, et Lavoisier seul.

Or, dans le Mémoire (iiii suit (U'iui incriminé par les adversaires du fondateur de la Chimie moderne, dans ce Mémoire où il prouve que l'" acide nitreux » est le véhicule de cet air «plus pur», précisément dans ce Mémoire quia tant contribué à faire de ce gaz nouveau nu élèincul, Lavoisiei' rend hommage à Priestley : « il n'est peut-être aucune d(ï ces expériences dont .^L Priestley ne puisse réclamer la première idée ».

(') Sifnli'nic (les r(Hiiiiiissiiiices chiniitiucs.

\'^] (iin.MALX, Revue des cours scienL, 3'' série, 1. IV, iSS?., P..728. ^

{•') Expériences sur dif/érenles espèces d'airs, lulilion frajiçaiso, t. Il, p. \j

LA CllIMIl-: KK I.AVOISIEH. l8l

Et si l'on place la question en dehors des querelles de personnes, appréciant ce cpie Lavoisier a fait pour l'élément nouveau, ne pouvons-nous pas reprendre ses paroles : « Cet air ([ue Priestley a découvert à peu près dans le même temps que moi, et je crois même avant moi « ? Lavoisier n'a-t-il pas là fait preuve d'un réel désintéressement, et ne peut-on pas être enclin à penser c[ue tout autre que lui eût revendiqué ses titres avec moins de réserve (^) ?

Nous avons longuement développé ce débat de l'oxygène, au fond une querelle de nationalités. Mais on a trop souvent oublié un compétiteur de Lavoisier... parce qu'il est français; c'est Bayen, dont la tendance cependant pai'aît s'être élevée bien au-dessus d'un simple fait.

« Lorscpie Bayen vint offrir ce travail à l'Académie, Lavoisier, qui était présent, s'occupait aussi des oxydes métalliques. Éclairé par le trait de lumière cjui se répandait sur la science, il rentre aussitôt dans son laboratoire, répète les expériences de Bayen, les trouve exactes et déchire le voile que Bayen n'avait fait que soulever (^) ».

Parviendrait-on à mettre en relief le nom de Bayen sur celui de Lavoisier ? Le lecteur ne nous pardonnerait sans doute pas de vouloir recommencer pour lui ce c{ue nous avons fait pour Priestley. Que Bayen ait été dans la simple milice de la science, cela ne veut pas dire que son influence ait manqué d'efficacité. Il n'était pas possible d'ailleurs c[u'une découverte comme celle de l'oxygène, qui couvait depuis plus d'un siècle, fût l'or-uvre d'un seul homme, môme de Lavoisier, et ce n'est pas amoindrir la plus grande figure de notre histoire, que de la montrer soumise, malgré son génie, à l'évolution de son milieu.

(^) « On déterrait, pour chagriiicr Lavoisier, tous les vieux livres où pouvaient se trouver quelques idées analogues aux siennes, et pénétré, comme il était impossible qu'il ne le fût pas, du sentiment de sa force, en parlant avec cette réserve, il donnait moins encore une leçon de modestie que de patience. » ( Cuvier, Éloge de Berihollet.)

\^) Lassus, Eloge de Bayen [Mém. de l'Inslilut, t. II, an. vu), cité par Balland [^Revue du eour.'i scient., 3^ série, t. IV, i88?, p. 728. \'oir aussi Ihid., 3c série, t. XIX, 1890 (I), p. 811].

}8> CIIAPITRK V.

Composition de l'eau. — Il entre dans noire programme d'étudier l'évolution des théories; mais, en ce qui concerne les chimistes, nous avons dû nous borner à étudier seulement les œuvres des plus grands d'entre eux. C'est pourquoi, dans ce résumé de la découverte de la composition de l'eau, nous ne nous attacherons qu'à Lavoisier et à Cavendish ([ui partagent d'ailleurs avec plusieurs contemporains les mérites de cette invention.

Nous nous trouvons en présence de deux Mémoires (^) également admirables, également homogènes. Chacun a son caractère propre. D'une part, l'impeccable technique de Cavendish ([ui doit le conduire à la synthèse de l'acide nitrique; d'autre part, la conception de Lavoisier dans un Mémoire qui couronne l'œuvre du grand réformateur. Cavendish s'est donné la tâche la plus ingrate, il devait fatalement arriver après son compétiteur. Celui-ci a traité son sujet en s'inspirant de vues a priori, mais en appuyant la synthèse par l'analyse, et cela avec une telle largeur de vue qu'il serait bien diilicile, malgré le mérite expérimental plus grand de Cavendish, de donner sa préférence à l'un des deux Mémoires.

Seules, les œuvres originales ont cette homogénéité et cette ])rofondeur. Vn homme qui copie un autre, si c'est en science, se trompe ou laisse des lacunes dans son travail; si c'est en art, il traduit avec moins de force ou de c;harme le modèle qui lui a servi.

Cependant certains veulent cjue (kivendish soit le véritable auteur de la découverte de la composition de l'eau. Lavoisier, dont l'œuvre scient iCKiiic ne contient pas une seule erreur expérimentahi, secondé ])ar une conception puissante et vraie que lui seul défendait, n'aurait fait que copier le savant anglais, ]ii(ilitant sournoisement des (confidences de Blagden pour ])rendre les devants.

( )n trouve dans le jounuil de lai)ora1oire tic Lavoisier ('") en mars 177/1 :

(') Voir If MÔMKiirr (le Cavciidisli fp. r.>>l, relui Je Lavoijior (p. 164 de cet ouvrnjr*').

(^) lliôit 1111:1.01 , /.« livolnliiiii rliinilfjiir, p. 'PÛi. Parir, igo.».

i.A cHiMii: Dr: lwoisikr. i83

« J'étais persuadé i{ue rinflammation de l'air inflammable n'étaitautre chose qu'une fixation d'unepartie deratmosphère... et que dans toute inflammation d'air, il devrait y avoir augmentation de poids (^). »

L'air inflammable, brûlant dans l'air ordinaire, donne une buée avec une prodigieuse diminution de volume. On pourrait dire que ce fait est dans le domaine public, au moins depuis 1776; les noms de Warltire, Volta, Priestley, Cavendish, Scheele, Macquer sont liés à cette expérience fondamentale. Plusieurs même, et notamment Macquer (^), avaient reconnu la formation de l'eau.

Lavoisier croit qu'il se forme de l'air fixé ou de l'acide vitriolique. Ses expériences avec Bucquet en septembre 1777 et avec Gingembre en 1 781 -1782 sont de nature à le détromper. Dès lors, poursuivant logiquement ses expériences, il fait construire des gazomètres en vue d'essais qu'il exécute le 24 juin 1783 devant une assemblée de savants, dont Blagden :

« Ce dernier nous apprit que M. Cavendish avait déjà essayé, à Londres, de brûler l'air inflammable dans des vaisseaux ferinés et qu'il avait obtenu une quantité d'eau très sensible (''). »

Ainsi s'exprime Lavoisier en novembre 1788 (').

Dans le Mémoire de Cavendish (janvier 1784), on relève le passage suivant :

« L'un de mes amis en entretint l'été dernier AL Lavoisier et lui communiqua cette conclusion que l'air déphlogistiqué est simplement l'eau privée de phlogistique. Cependant à ce moment, M. Lavoisier était si peu enclin à admettre une

(^1 Outre son importance pour la découverte de l'eau, ou voit l'intérêt philosophique puissant de cette remarque. L'inîlammabilité n'est plus, comme l'admet notamment Priestley, une propriété essentielle de l'air inflammable.

(-) TnoRPE, Repue arieul., 3"= série, t. XX, 1890, p. 5ai.

(^) Cette relation de Lavoisier, parlant de vaisseaux fermés, iie paraît pas conforme aux expériences de Cavendish telles qu'elles ont été publiées par lui.

[^] Le Journal de Physique (décembre 1780J ; t. XXIIT, p. S/^a, donne du Mémoire de Lavoisier, une analyse qu'on lira avec intérêt. Cité par H. Kopp, Beitr'ùge (III), p. 272.

iS'i CIIAIMTIU; V.

semblable opinion, que, avant d'avoir liii-mçme répété ces expériences, il éprouvait quelque appréhension à croire que la presque totalité des deux airs pût être convertie en eau. »

Ce passage n'existait pas dans le manuscrit primitif de Cavendish: il y a été ajouté par la main de Blagden ainsi qu'on peut le voir sur l'original conservé par la Royal Society. On jugera peut-être que ce n'est pas une manière bien noble de revendication. Blagden fut couché sur le testament de Cavendish pour une somme évaluée à quatre millions de francs.

Cependant, deux ans après, Blagden exposa ses griefs dans un petit organe allemand, CreWs annalen. Voici cet exposé (^) :

« Je suis certainement à même de vous donner les meilleurs renseignements sur la petite discussion à propos de la priorité de la découverte de la génération artificielle de l'eau, car je fus le principal intermédiaire par lequel les premières nouvelles de la découverte cjui avait été déjà faite furent communiquées à M. Lavoisier. Ce qui suit est un exposé rapide de l'histoire:

» Au printemps de 1788, M. Cavendish me communiqua, ainsi qu'à d'autres membres de la « RoyalSociety », ses amis personnels, le résultat de quelques expériences c[ui l'avaient longtemps occupé. Il nous montra cjue ces expériences le conduisaient à conclure que l'air déphlogistiqué n'est autre chose que de l'eau débarrassée de son phlogiston; et, vice i>ersa, que l'eau est de l'air déphlogistiqué uni à du phlogiston. Vers la même époque, la nouvelle parvint à Londres que W. Watt, de Birmingham, avait été amené par quelques observations à émettre la même opinion. Bientôt j'allai à Paris, et, en présence de M. Lavoisier et de quelques autres meml)res de l'Académie royale des sciences, je parlai de ces nouvelles expériences et des hypothèses auxquelles elles servaient de base. Ils me répondirent qu'ils avaient déjà entendu parler de ces expériences et particulièrement que M. Priestley les avait répétées. Ils ne doutaient pas fjue de cette manière on pût obtenir une ([uantité considérable d'eau, mais étaient convaincus ([ue cette quantité ne serait pas exactement égale au poids total des deux espèces

i.A < iiiMii: ni: i a\ oisiKii.

d'air employées, et que, par conséquent, l'eau ne pouvait être considérée comme formée ou produite par les deux espèces d'air, mais comme déjà contenue et luiie aux airs, et déposée lors de leur combustion. Cette opinion fut soutenue par M. Lavoisier aussi bien que par les autres personnes qui s'entretenaient sur ce sujet; mais, comme l'expérience elle-même leur parut très remarquable à tous les points de vue, ils furent unanimes à demander à M. Lavoisier, qui possédait tous les préparatifs nécessaires, de la répéter sur une échelle plus grande aussitôt ([ue possible. Il répondit à ce désir le 24 juin 1788 (comme il 1 indique dans le dernier volume des Mémoires). Du propre rapport de M. LaAoisier sur son expérience, il ressort siiifisamment que, à cette époque, il ne s'était pas encore formé l'opinion que l'eau était composée d'air déphlogistiqué et d'air inflammable, car il compte rjue le résultat de leur union doit être une sorte d'acide en général. M. Lavoisier ne peut être convaincu d'avoir avancé quelque chose de contraire à la vérité ; mais on peut encore moins nier qu'il n'ait dissimulé une partie de cette vérité, sans quoi il aurait écrit que je lui avais fait connaître les expériences de M. Cavendish quelques jours avant, tandis ([ue l'expression « il nous apprit )> donne naissance à l'idée que je ne l'en avais pas informé avant le jour même. De même, M. Lavoisier passe sous silence une circonstance très remarquable, à savoir que l'expérience fut faite à la suite de ce cjue je lui avais dit à ce sujet. Il aurait dû également relater dans sa publication, non seulement que M. Cavendish avait obtenu w une quantité d'eau très sensible », mais aussi cjue le poids de l'eau était égal à la son'ime des poids des deux airs. Il aurait dû ajouter enfin que je lui avais fait connaître les conclusions de MM. Cavendish et Watt, à savoir que le résultat de la combustion des airs inflammable et déphlogistiqué était l'eau, et non un acide ou toute autre substance. Mais ces conclusions ouvraient la voie à la présente théorie de M. Lavoisier. c[ui s'accorde parfaitement avec celle de M. Cavendish, mais que M. Lavoisier accomoda suivant sa vieille théorie qui bannit le phlogiston. Les expériences de M. Monge (dont Lavoisier parle comme si elles avaient été instituées à peu près en même temps que les siennes).

|8() (llVPlTIiK V.

lie l'ont été qu'assez longteiiips après, je crois environ deux mois, et ne viennent qu'après les résultats obtenus par lui. Toute cette histoire vous montrera clairement que M. Lavoisier (au lieu d'avoir été amené à la découverte par la suite des expériences qu'il avait commencées en 1777 avec M. Bucquet) lut amené à faire le procès de ces expériences, uniquement par les indications qu'il reçut de moi et de nos expérimentateurs anglais, et que, en réalité, il n'a rien découvert qui n'eût été signalé et démontré antérieurement en Angleterre. »

1° D'après Blagden, en juin 1788, Lavoisier était encore convaincu que la combustion de l'air inflammable devait donner un acide (^). Cette assertion est contredite par Lavoisier luimcme; ses essais de 1777 et de 1781 avaient dû ébranler siugulièreiTient la conviction d'un tel expérimentateur.

9° Lavoisier n'aurait institué ses expériences qu'après les conlidences de Blagden. Cette prétention paraît inadmissible puisque Lavoisier nous dit avoir commandé des récipients spéciaux dans ce but. Il faut croire C[ue ceux-ci avaient une certaine importance pour la technique de cette époc[ue, puisqu'ils ont fait l'objet d'un Mémoire spécial ("). Ils auraient été conçus, commandés et exécutés « en quelques jours )). D'ailleurs Blagden ne nous dit-il pas lui-même que Lavoisier « possédait tous les préparatifs nécessaires » ?

3° Il y a donc à choisir, pour ces deux remarques 1° et 9,°, entre la parole de Lavoisier et celle de Blagdeu dont le zèle fui SI Iticu r('M()iii])cnsé ])ar sou maître. C'est une (|uestion de symj)al lue ]>crs(niiielle.

1^ Blagden signale (puî la nouvelle des résultats de Wall, |iai\iiil à Londres vers la même époque où furent connus les résultais de Cavendish. I''.l puis(pi'il avait pris l'initiative d'insérci- une note conirc; Lavoisier dans le Mémoire de son

(') Signalons qur; Lavoisier n'établit pas la confusion de Priestley entre l'J'.ydrogène et les autres gaz inflammables. Pour ce dernier, l'idée prénxiriin de Lavoisier serait fatalement devenue une erreur expérimentale très j;ravo. Pour Lavoisier liii-niririe, elle u été sans autres conséquences qu'un relard.

(') (Kin'irs ronipirfrs, I. II. p. 'j'5c>.

i.v ciuMiK i»i: i.A\()isii:it. 187

maître, pourquoi donc n'en a-t-il pas mis une seconde en faveur de Watt?

50 Blagden discute la manière de voir de Lavoisier au sujet de la formation de l'eau dans la combustion de l'air inflammable et attribue au grand chimiste l'idée que celle-ci était unie primitivement aux airs entrant en combinaison. Blaoden qui traite les idées de Lavoisier de « vielle théorie » ne nous paraît pas ([ualifié pour les apprécier exactement.

6° Blagden nous dit que, en juin 1788, il aurait rapporté à Lavoisier que la combinaison de l'air inflammable avec l'air déphlogistiqué ne donne pas d'acide. Il nous paraît difficile de mettre cette assertion d'accord avec le Mémoire de Cavendish tel c[u'il a paru en janver 1784.

70 C'est que dans sa lettre de 1786, Blagden juge le débat avec deux années de recul. Les esprits se sont habitués à l'idée nouvelle, Cavendish a complété ses expériences et, réalisant la synthèse de l'acide nitrique, il a fait de l'air déphlogistiqué un véritable élément qui aurait mérité dans toutes les langues le nom de nitrogène. L'acide produit par la synthèse s'expliquait, la combustion de l'hydrogène dans l'oxygène donnait et ne pouvait donner que de l'eau.

Mais, au moment de la publication de leur Mémoire, aucun des deux grands expérimentateurs n'avait peut-être acqviis la solidité de conviction que Blagden leur attribue. Pour Cavendish, c'est précisément dans la combustion de l'air inflammable avec l'air déphlogistiqué ciu'il retrouve l'acide. C'était une petite faute expérimentale, il a considéré le fait comme accessoire, sans plus. Mais il ne faut pas oublier que le Mémoire de Lavoisier avait paru et que ses conclusions se trouvaient, de cette manière, appuyées.

Quant à Lavoisier, s'il n'a pas obtenu d'acide dans sa synthèse, du moins son préjugé est si fort qu'il exprime encore un doute dans son Mémoire suivant (décembre 1783); il signale que l'air inflammable donne avec l'oxygène de l'eau, et peut-être de l'acide nitreux suivant la différence des proportions.

Outre l'avis partial de Blagden, on a encore fait état contre Lavoisier d'une lettre de Laplace à de Luc (28 juin 1783) dont

l88 CIIAI'I TRK V.

voici le passage utile aux détracteurs du grand chimiste français :

« Nous avons répété, ces jours derniers, M. Lavoisier et moi, devant M. Blagden et plusieurs autres personnes, l'expérience de M. Cavendish sur la conversion en eau des airs déphlogistiqué et inflammable, par leur combustion; avec cette différence que nous les avons fait brûler sans le secours de l'étincelle électrique, en faisant concourir deux courants, l'un de l'air pur, l'autre de l'air inflammable. Nous avons obtenu de cette manière plus de -1 V gros d'eau pure, ou au moins cjui n'avait aucun caractère d'acidité, et qui était insipide au goût, mais nous ne savons pas encore si cette quantité d'eau représexite le poids des airs consumés; c'est une expérience à recommencer avec toute l'attention possible et qui me paraît de la plus grande importance. »

Cette lettre a été communiquée plus tard par de Luc à Watt (^) , visiblement pour qu'il s'en serve contre Lavoisier. Si Laplace a parlé de 1' « expérience de Cavendish )) n'était-ce pas pour éviter une description à de Luc qvii connaissait peut-être l'expérience de Cavendish et non celle de Lavoisier. Pourquoi cela voudrait-il dire cpie la seconde est une copie de la joremière? Elles pouvaient avoir été conçues indépendamment, mais la conférence avec Blagden avait montré à Laplace leur identité. Quoi cju'il en soit, il nous paraît imprudent de faire état dans l'espèce d'une pièce d'ordre privé et qui n'a pas été écrite en vue d'un débatimpartial. D'ailleurs, si l'on voulaitfaire intervenir Watt (^) dans l'affaire, et admettre l'exactitude absolue de ses idées et de ses assertions, comme certains le font pour 131agden, ni Lavoisier ni Cavendish n'auraieirl plus rien à prétendre dans la dé((Mi\ cric de l'eau (■').

(M ][. IsMi'i-, Jicilrns,c zur pescli. d. Clieiii.. 111, p. 271. Brunswick, 1 87:).

(2) V'o<> ;irlicli' lie lord J5roii^iiain (Edinih. ncw. phanii. Jonrii., I. XXVII, p. 3iG) analyse par Dcrzclius (Rapport annuel présenté le 3i mars 1840, p. vS, Paris, Forliii, 18^1).

(') Dans imo Ictlrn à de Luc du G mars 178;, Watt, s'exprime comme suit au sujet du > j>laj;iaL > de Cavendisli : c I liy no nieans wish lo makc

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